En dehors de ma passion pour mon métier d'ingénieur, je suis également intéressé par les médias auxquels je consacre ce blog pour mettre en avant mes coups de cœur artistiques.
Aussi, au travers d'interviews exclusives, j'aime à partager l'actualité, les projets et les envies d'animateurs de télévision, de journalistes de radio, de comédiens de théâtre et de musiciens.
C'est aussi l'occasion de mieux comprendre leur organisation de travail ainsi que les coulisses de leur métier.
Retrouvez ainsi tout au long de ce blog les entretiens que j'ai pu mener par passion, mais aussi avec plaisir !
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Nous nous retrouvons au festival 2025 de la fiction TV de La Rochelle, où vous venez défendre “Monsieur”, prochainement diffusé sur France Télévisions. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous d’être présente ici ?
Ah ben oui, d’autant plus que, là, il y avait vraiment une grande partie du casting qui découvrait le film et une grande partie de l’équipe technique qui est venue à La Rochelle, ce qui est assez exceptionnel et rare. Donc c’était vraiment un moment très fort en émotions et je suis très heureuse, parce qu’ils ont l’air contents ! Mais j’avais quand même cette petite appréhension en plus…Donc je n’étais pas trop sur le festival, j’étais plus sur mes acteurs et mes équipes, j’avais tellement envie qu’ils soient heureux du film.
Si l’on revient à la genèse de cette aventure, qu’est-ce qui vous avait donné envie d’y participer ?
C’était immédiat ! Martine Lheureux, la productrice, ma bonne fée, ne fait que la comédie d’habitude. Je travaillais avec elle sur un projet en écriture qui n’a pas encore abouti. En revanche, quand elle m’a proposé ce scénario, je l’ai lu et j’ai dit oui dans la minute. Déjà, le scénario est vraiment très très bien écrit, Natalie Carter est une scénariste incroyable, et c’est un univers qui me touche énormément, mais que je n'avais pas fait et que je rêvais de faire. Un univers que je peux explorer en bandes dessinées, parce que je suis scénariste aussi de BDs, sur des choses historiques et plus sombres, mais pas du tout en tant que réalisatrice. Donc, voilà, j’avais extrêmement envie de faire ce film !
C’est une adaptation d’un roman. Quel lien avez-vous fait ?
J’ai lu le scénario, d’abord, pas le livre, que j’ai trouvé formidable et ensuite, j’ai lu le livre, qui est formidable aussi mais qui est un autre objet, et que je me suis empressée d’oublier, pour me reconcentrer sur le scénario, parce qu’on n’a pas la place. Je pense que, malgré tout, ça m’a nourrie…J’ai fait un travail de digestion inconsciente du livre et je me suis efforcée de ne plus du tout m’y raccrocher, en revanche, quand je suis rentrée dans la vraie phase de préparation et dans le casting. Mais, forcément, ça a dû m’imprégner d’une façon ou d’une autre.
Sans doute que, tout au long du tournage, de travailler avec cette équipe-là a dû être très plaisant pour vous ?
Oui, c’était très impressionnant pour moi, aussi car ce sont des grands acteurs. Mais, en fait, dans le travail, on oublie cela immédiatement et, surtout, il y avait quelque chose qui était cohérent dans la façon de travailler, qui a été assez immédiate. Je ne sais travailler que dans le plaisir, la douceur et en troupe, j’aime les tournages pour cela, parce que je trouve que l’on est dans une bulle et que c’est un phénomène de troupe. Je ne conçois pas que ça puisse être douloureux et dans la souffrance. C’est vrai que l’inconnue sur ce scénario, par rapport à ce que j’avais fait avant, est que, dans les comédies, ça parait plus facile d’être légère sur un plateau, de rigoler donc je me disais un peu “Mince, comment est-ce que je vais faire ?” et ça s’est fait très naturellement, on a énormément ri, en fait, sur ce tournage, on s’est beaucoup amusés, le plaisir a été le même. Finalement, comme le disait un peu Jean-Pierre, on part toujours de la vie et, dans la vie, on rit à un enterrement et on pleure à un mariage…Tout cela est confus et l’émotion est mouvante, elle s’exprime de façon diverse.
L’histoire n’étant pas contemporaine, des adaptations ont probablement été nécessaires sur plateau…
Effectivement, c’est un film d’époque, c’était passionnant en termes de costumes et de décors mais, après, on est plongé dedans, on est dans cet univers et on ne se pose plus la question. Davantage pendant la préparation…Après, les êtres humains sont les mêmes donc les sentiments sont les mêmes et donc la direction est la même ! Je suis toujours assez friande, malgré tout, de la précision et la question ne s’est pas posée là, parce que ce n’étaient que des acteurs extrêmement précis. La seule chose, peut-être, surtout quand on a un scénario comme cela, est que la précision dans les dialogues et dans le respect de l’écriture est primordiale. Ca, c’est presque une formation de la comédie parce que la comédie est tellement précise et calculée qu’en fait, alors qu’on a l’impression qu’il faut en rajouter, il ne faut surtout pas le faire. Je pense que ça m’a aidée aussi pour cela, parce que j’étais dans une rigueur : malgré tout le bonheur, les joies et les fou-rires, il y avait toujours une rigueur que l’on avait tous…En plus, c’était un tournage assez difficile en termes de conditions parce qu’il faisait très froid, c’était très rapide aussi, en 21 jours, ce qui est peu pour un film de cette ambition mais tout le monde a tellement aimé le scénario que tout le monde était mobilisé dans la même direction, toutes les équipes - techniques ou artistiques - ont vraiment donné de leurs personnes et on était tous à fabriquer un objet. J’ai beaucoup de mal avec le côté pyramidal du système hiérarchique, je suis un peu au milieu de tout le monde, je pioche un peu les éléments des uns et des autres et je trouve que chacun a sa responsabilité dans la fabrication du film : évidemment l’accessoiriste, les décorateurs, les costumes, le chef op mais ça va plus loin, n’importe quel élément fait en sorte que le film se passe bien, et ça se ressent, je pense.
Pour terminer, on vous imagine impatiente de pouvoir proposer le film aux téléspectateurs ?
Ah, oui, j’ai hâte de voir comment le film sera reçu et qu’un maximum de téléspectateurs puissent le voir. La télé est un formidable vecteur pour cela, c’est vrai qu’en général, il y a quand même plus facilement des entrées qu’au cinéma. Mais je l’ai envisagé comme un film de cinéma : de toute façon, que je fasse de la télé ou du cinéma, j’envisage toujours les films de la même façon, avec le même engagement. Pour moi, il n’y a pas de différence, c’est juste le vecteur qui change…
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous deux !
Nous nous retrouvons dans le cadre du festival de la fiction TV de La Rochelle, où vous venez défendre “Monsieur”, qui sera prochainement diffusé sur France Télévisions. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Léontine : Totalement !
Aurélien : C’est magnifique ! La Rochelle est un endroit que j’aime beaucoup…La dernière fois, c’était pour “Trepalium”, il y a quelques années, en 2013 je crois. C’est un endroit magique ! On fait de belles rencontres et de belles projections avec le public, ici…Pour moi, c’est important de pouvoir partager ça…
Léontine : Je n’étais jamais venue à La Rochelle donc c’est une première fois mais je suis très contente que cette première fois soit avec “Monsieur”. Voilà, c’est un très beau projet !
Justement, si l’on revient à la genèse de cette aventure, quelles principales raisons vous avaient incités à y participer ?
Léontine : J’ai passé un casting donc, en soi, quand j’avais reçu le casting, j’avais juste reçu une description avec très peu de choses dessus. C’était juste Catherine Caron, une jeune fille dont l’âge n’est pas connu. On n’arrive pas à déterminer si elle est jolie ou pas, c’est un personnage un peu indéfinissable, qui a peu de texte mais qui est très présent et qui va avoir une grande importance. Forcément, ça m’a beaucoup intriguée et ça m’a donné envie de participer au casting, donc je l’ai passé.
C’est la première fois de ma vie que j’avais l’impression d’avoir réussi un casting, je n’avais jamais eu cette sensation, je suis toujours déçue de moi-même mais c’est la première fois où je me suis sentie tellement bien que je ne me rendais même pas compte de mes craintes sur le moment. Donc ça oui, c’était le meilleur casting que j’ai pu passer…C’était mon préféré, en tout cas ! Voilà, forcément, j’ai voulu participer à ce projet…
Aurélien : Il y a, comme ça, des évidences, dès fois…C’est une évidence, c’est pour moi et, même si je ne le faisais pas, peu importe, c’est le rôle qui est écrit pour moi ! Mais vous voyez, moi, c’était en lisant le scénario…Le scénario est tellement merveilleux…Et puis, ça m’a permis de plonger aussi dans le roman. Voilà, j’ai été intéressé par ce personnage, qui me fait penser à tellement de personnes, enfin de figures, que j’ai pu rencontrer quand j’étais enfant, dans les années 60. En 68, j’avais 10 ans…J’ai le souvenir des labours, des petits villages, des fermes, où on se rassemblait avec les autres enfants, les autres camarades. Voilà, que ce soit le scénario ou le livre, ça m’a fait toucher du doigt à cet univers donc j’ai eu envie, évidemment, de le représenter et de l’incarner.
Quel regard portez-vous, chacun, sur votre personnage ?
Léontine : Moi, personnellement, le personnage de Catherine est quand même assez loin de moi. Déjà, c’est toute une autre époque donc je le vois forcément avec mes yeux de jeune fille en 2025 donc le fait d’être une servante, de s’occuper, dans une maison, d’un monsieur qui est très autoritaire, où il y avait aussi beaucoup de complications vis-à-vis des femmes, où les femmes n’avaient pas beaucoup de droits, aucun surtout en campagne alors que, dans la ville, c’était beaucoup plus développé, me tient à coeur. Catherine, je la vois comme une fille assez moderne, elle est en avance sur sa génération puisque ce qu’elle fait est une vengeance, elle cherche à venger toute une région. Tout cela est contre ce monsieur qui est très cruel donc elle a des aspirations que, moi, en 2025, je pourrais encore avoir…
Aurélien : Oui, c’est en ça que le projet est très beau : en parlant d’hier, on continue à parler d’aujourd’hui, ce qui n’est jamais gagné. Il y a donc du boulot…En jouant Monsieur, j’ai pu pousser le curseur très loin, en incarnant ce monde patriarcal, surpuissant et, en même temps, tout d’un coup, il est fragilisé parce que sa petite fille est kidnappée…Oui, il y a alors de l’humanité en lui mais ça n’empêche…Il assiste à un monde qui s’écroule devant lui, dans ces années 60, avec 68 qui vient d’arriver…Il ne s’en rend pas compte, il ne comprend pas qu’il ne sera peut-être plus tout à fait le même. Donc j’avais envie d’incarner ça et d’y aller à fond… A fond, on ne peut pas tergiverser, il faut vraiment être pleinement conscient de qui était ce personnage, qui a un droit de vie et de mort sur les autres. Il y en a d’autres, aujourd’hui donc attention…
Artistiquement parlant, ces personnages vous ont permis des palettes de jeu larges et variées…
Léontine : Oui !
Aurélien : Les situations ont l’air inébranlables et, en vérité, ce n’est jamais tout à fait les mêmes, ça bouge peu à peu et on voit les personnages se défaire. En tout cas, pour Monsieur, face à sa bru, face à Catherine, face aux policiers…Forcément, il est déstabilisé donc c’est “1,2,3…Soleil” : ça bouge mais de très peu. Peu à peu, on arrive à cette fin : toute l’enquête est ratée mais ce qui n’est pas râté, c’est la libération de Catherine.
Léontine : Monsieur a cette faille alors que Catherine, justement, s’endurcit et prend du pouvoir. Elle a réussi son stratagème et elle a réussi à devenir, elle, puissante parce qu’elle a réussi à avoir l’argent. C’est ce que Monsieur redoutait le plus, que l’on mette la main sur son argent. Donc, oui, on voit son évolution à elle par une certaine puissance…Voilà, une petite révolution qui est, en fait, une grande révolution pour cette région !
Vous sortez de la projection sur grand écran, en public. Sans doute que l’émotion devait être forte ?
Léontine : Oui, c’était très émouvant de sortir de la salle, sachant qu’on n’avait jamais vu le projet encore, donc c’était une vraie découverte. Même si on avait lu le scénario et donc qu’on connaissait tous les sujets et qu’on savait de quoi ça parle, c’est vrai qu’en le voyant en vrai, c’était poignant…Notamment la cause des femmes. Oui, j’ai trouvé cela très touchant, très poignant !
Aurélien : J’adore ça, de pouvoir voir un film en salle, comme une pièce de théâtre, avec un vrai public, et de sentir comment les gens réagissent, comment ils interagissent avec le film. Donc ça, c’est toujours un bonheur total !
On vous imagine, du coup, impatients de pouvoir le proposer au grand public, sur France Télévisions ?
Aurélien : Absolument ! On a hâte que ça puisse être diffusé et peut-être aussi dans d’autres festivals, pour avoir un public présent. Ce serait intéressant…Là, en sortant, on a vu un peu, les gens venaient nous voir donc c’est fort d’avoir ces retours.
Quel plaisir d’effectuer cette nouvelle interview avec vous !
Nous nous retrouvons dans le cadre de l’édition 2025 du festival de la fiction Tv de La Rochelle, où vous venez défendre « Monsieur », pour France Télévisions. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oh oui, oui ! C’est vraiment un film qui me tient à cœur, adapté d’un beau livre, qui s’appelle « Petite sale » et j’ai découvert le film ce matin, je l’ai trouvé magnifique. Il est sinueux, il est plein de messages sur le combat des femmes dans les années 60 qui sont encore actuels. Dans la réalisation, il y a une ambiance assez lancinante, ça nous met à la fois mal à l’aise et, en même temps, c’est contemplatif. Je trouve que c’est un film qui est très original !
Et puis, ce tournage a été un vrai bonheur, avec la réalisatrice, Méliane Marcaggi, qui est vraiment une femme incroyable, et des comédiens, comme Jean-Pierre Darroussin, Aurélie Recoing, Jérémy Lewin, …C’était vraiment un beau projet et je suis heureuse d’être aussi fière en voyant le film !
Un mot sur votre personnage ?
Je fais le rôle de Madame Salors, qui tient le café en fait. Elle est un peu une pièce rapportée dans ce village, ce village dominé par un homme, qui a le pouvoir sur tout le monde. Il est vraiment la figure du patriarcat !
Cette pièce rapportée va, un peu au compte-goutte, révéler des choses et donner des pistes, pour essayer de faire en sorte que la justice soit rétablie dans ce village.
Sans doute qu’elle vous a permis une palette de jeu plaisante à défendre ?
C’est vrai que c’était un petit personnage qui était assez touchant, je trouvais. Ça se passe en 69, du coup, tout va avec : les costumes, les décors,…On était portés ! J’ai les cheveux très courts, avec une petite perruque des années 60 et c’est vrai que, quand on est comme ça, habillée et coiffée d’une façon tellement différente de son quotidien, je trouve que, déjà, la moitié du travail est faite. Mais c’était bizarre de me voir dans ce look-là parce que c’est vrai que je ne me reconnais même pas moi-même. Mais c’était intéressant, en tout cas, à faire !
@ Anne-Sophie Guebey
Sans doute avez-vous hâte, du coup, de pouvoir proposer le rendu final au public de France Télévisions ?
Ah oui ! Je ne sais pas quand il sera diffusé mais, en tout cas, l’accueil a été très chaleureux, on nous a fait de beaux compliments. Donc j’espère qu’il sera bien accueilli quand il sera diffusé à la télé !
En complément, quels sont vos autres projets en cours ?
Il y a toujours « Alexandra Ehle » avec, je crois, deux ou trois épisodes qui n’ont pas encore été diffusés. J’avais arrêté la quotidienne « Un Si Grand Soleil » mais je suis revenue pour une petite arche, avec une petite histoire autour de mon personnage, qui sera diffusée dans quelques semaines.
Quel plaisir d’effectuer cette nouvelle interview ensemble !
Nous nous retrouvons dans le cadre de l’édition 2026 du festival de la fiction TV de La Rochelle, où vous vous venez présenter “Vital”, prochainement diffusé sur la RTBF. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Tout à fait ! On est ravis d’être là, je suis très heureuse de pouvoir porter ce projet haut et fort, et de faire partie de la compétition internationale du festival. C’est un privilège de pouvoir présenter une série dans un cadre comme celui-ci, à La Rochelle, et on est très très heureux d’être ici, en plus avec toute l’équipe.
Si l’on revient à la genèse de cette aventure, qu’est-ce qui vous avait donné envie d’y participer ?
Je trouve que le genre médical est un genre qui me plait tellement dans les séries. C’est quelque chose, je pense, qui nous fait écho, à toutes et tous, dans nos jeunesses. Je parle de “Urgences”, de “Grey's Anatomy”, ce sont des séries qui nous ont accompagnés un peu. Plus récemment, de “The pitt”, qui est quand même, pour moi, une des meilleures séries de ces cinq dernières années, je pense. J’ai toujours été attirée par cet univers-là !
En tant qu’actrice, pouvoir jouer un docteur, pouvoir faire croire que l’on utilise des ustensiles et qu’on peut sauver des gens est, je trouve, un très grand défi à relever ! C’étaient deux choses qui me tentaient énormément.
Après, il y a aussi l’univers dans lequel “Vital” nous plonge, qui est un univers plus de thriller médical. C’est génial parce qu’il y a deux genres qui se mêlent, le côté série médicale et le côté thriller, donc.
Quel regard avez-vous posé sur votre personnage ?
Laure est une combattante, c’est quelqu’un qui sauve des vies, en tout cas qui tente de sauver des gens. C’est quelqu’un qui ne s’arrête jamais. Elle fait partie de ce monde hospitalier et de la santé qui vit des heures difficiles, fait de difficultés financières et de pressions politiques. C’est quelqu’un qui fait partie de ces gens qui se sont battus pendant le covid et à qui on n’a pas du tout laissé la place pour qu'eux aussi puissent s’exprimer et déposer tous les traumatismes qu’ils ont vu passer. Voilà, elle fait partie de ces gens-là, de ces gens qui ont une vie personnelle qui est déplorable mais qui passent leur temps à sauver les autres. Elle a une brigade, une équipe, qu’elle emmène du mieux qu’elle peut, même si elle n’utilise pas toujours les meilleures méthodes pour le faire.
J’ai aussi abordé ce personnage comme un soldat, en fait. Vraiment, il y avait quelque chose de cet ordre-là. L'hôpital, à la base, est un cadre militaire et on trouvait, avec les gens avec qui j’ai travaillé ce personnage, que Laure avait ce côté-là. Dans les archétypes des personnages, c’était quelqu’un qui pouvait vraiment ressembler le plus possible à un soldat, donc on l’a abordée comme cela. C’est une femme qui n’est pas douce, qui n’est féminine au niveau esthétique, qui ne fait pas l’effort de se maquiller. Je trouvais cela tellement intéressant de porter, en 2026, ce personnage-là à l’écran. J’ai eu beaucoup d’enthousiasme à le faire !
@ RTBF
La palette de couleurs a été certainement plaisante à défendre…
C’est un grand avantage dans les séries, c’est que l’on a cette possibilité de pouvoir explorer beaucoup plus d’émotions que sur un long-métrage. On voit le personnage dans des moments que l’on n’aurait peut-être pas eu le temps de montrer : en 6 x 52 minutes on a vraiment le temps de déployer les émotions, les côtés sombres, les moments de joie et de tristesse qu’un personnage peut vivre à travers le temps.
Avez-vous d’ailleurs eu certaines sources particulières d’inspiration ?
Bien sûr ! Je pense que notre regard d’acteur et d’actrice est constamment en alerte dans la vie. Pour ma part, c’est comme si je collectais chaque chose que je vois de gens qui m’entourent et que je les mettais dans une petite case, à me dire qu’un jour, j’aimerais bien utiliser cette façon de parler ou cette démarche.
D’abord, j’ai été passé deux jours de stage d’observation en réanimation, au centre hospitalier d’Aix en Provence. J’ai pu vivre avec les soignants du service, c’était vraiment très très intéressant et très très intense de vivre cela à côté d’eux. Après, notre conseillère médicale est venue sur le plateau quasiment tout le tournage, pour pouvoir justement nous montrer, nous apprendre, nous faire répéter ces gestes médicaux que l’on doit poser.
@ RTBF
On vous imagine, du coup, impatiente de pouvoir proposer le programme au grand public ?
Bien sûr ! La diffusion est prévue sur Auvio, la plateforme de la RTBF, pour le 1er octobre. Dans la foulée, il va y avoir une diffusion sur le linéaire, donc en télévision.
J’espère que cette série va pouvoir toucher les soignants et les autres personnes. Je pense qu’on a voulu essayer de respecter le plus possible les gestes médicaux, la crédibilité d’un hôpital, la hiérarchie, le travail, même si la fiction emporte le récit à un autre endroit que de la crédibilité pure. On a voulu être au plus près de cela, sans justifier, sans encenser ni critiquer, mais en posant un regard juste. Je pense que si, déjà, cette diffusion peut générer, justement, un enthousiasme auprès des gens qui travaillent dans le médical et même d’autres personnes, si on en parle, si on peut commencer à avoir des débats qui sont plus larges, alors ce sera gagné !
Si l’opportunité se présentait, auriez-vous l’envie de proposer une suite ?
Je pense que si vous posez cette question à toute l’équipe, tout le monde est prêt demain à repartir pour une nouvelle aventure ! Après, je pense qu’il faut être réaliste et, pour le moment, le cadre est celui d’une mini série de 6 épisodes. On s’en tient à cela pour l’instant, même si, évidemment, on serait tous très enthousiastes à l’idée de partir pour une nouvelle aventure.
En complément, quels sont vos autres projets en cours ou à venir ?
Il y a une diffusion prochaine de la série “Alice”, qui a été produite par HBO France. C’est un tout autre univers, où on suit les premiers pas de cette réalisatrice, Alice Guy, qui est vraiment pionnière en France, et qui a travaillé avec Gaumont. C’est donc une série d’époque, qui se passe au début du XXème siècle.
Autrement, je reprends un seule-en-scène, créé il y a deux ans et qui continue sa route, “L’amour sous algorithme”. C’est une adaptation théâtrale de l’enquête de Judith Duportail sur les applications de rencontre. Je continuerai donc la tournée belge et aurai quelques dates en France, à Montpellier.
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous êtes une jeune artiste, avec un parcours original. Si l’on en revient à sa genèse, d’où vous vient cette passion pour l’artistique ?
En fait, c’est marrant parce que, pour moi, ça n’a jamais été un souhait de le faire. Je trouve que c’est quelque chose qui me correspond bien et c’est venu à moi, un peu comme tout ce que j’ai fait dans ma vie. Au même titre que je suis, aujourd'hui, sur les réseaux sociaux : beaucoup de gens ont pour projet d’être influenceurs mais moi, pas du tout…Je racontais juste ma vie et ça a pris de l’ampleur…D’être dans l’artistique n’a jamais été un objectif pour moi mais je trouve que c’est quelque chose qui permet réellement de s’exprimer.
Peut-être que j’avais, inconsciemment, une appétence et une capacité pour cela ? C’est bête mais je me rappelle, en CM2, de la pièce de théâtre de fin d’année, où j’avais eu le premier rôle. On avait bossé dessus pendant des mois, j’avais pris beaucoup de plaisir à apprendre mon texte, on avait joué trois à quatre fois…
Quand j’ai vu l’annonce pour “Nouveau jour”, j’avais hésité à postuler et c’est la directrice de casting qui m’a contactée, en direct, sur Instagram. Le rôle me correspondait pleinement, c’était vraiment moi. Je n’ai pas passé de casting, j’ai surtout fait des essais en vidéo. J’ai été validée dans les tous premiers, du coup. C’était assez gratifiant, surtout après le nombre de candidats qui avaient été vus pour ce rôle… Ce tournage a été pour moi un peu comme un mirage, je rentrais très peu, j’étais pleinement dans cet univers-là. C’était très intense mais ça m’a plu !
Justement, le cadre de tournage, tant en intérieur qu’en extérieur, était très plaisant…
Bien sûr ! Toutes les quotidiennes sont dans la région, il y a près de 300 jours de soleil par an, c’est plus pratique. J’aime Paris mais j’ai trouvé cette ville très sympa. J’ai bien aimé l’ambiance, les gens sont très agréables.
Ce programme a aussi été l’occasion de côtoyer un très chouette casting, tant de jeunes comédiens que d’artistes plus expérimentés, ce qui a dû être très enrichissant, humainement et professionnellement ?
Oui ! J’étais la plus jeune donc je pense aussi que beaucoup m’ont tendu la main parce qu’ils savaient que c’était mon premier projet. C’était marrant, ils m’aidaient par rapport à ça et, en contrepartie, je les aidais pour leurs réseaux sociaux. On s’entraidaient pas mal…On a évoqué également l’évolution du milieu sur ces dernières années, c’était enrichissant. On était vraiment une bonne équipe, on était 34 et tout le monde s’appréciait, ce qui nous a beaucoup aidé. C’était vraiment rassurant, notamment pour moi qui ai arrêté l’école très tôt et qui n’ai donc pas connu de collectivité. On était presque dans notre bulle, ça faisait un peu “Secret Story” et, si on avait mis des caméras dans les coulisses, on aurait pu faire une série parallèle. En vrai, ça aurait été une bonne idée, vu tout ce qui se passait en off 🙂 !
Avec le recul, quel regard portez-vous sur votre personnage et sur son évolution ?
C’est assez particulier. J’étais fière de mon personnage et de ses valeurs mais j’ai toujours été partagée, je me disais que j’ai peut-être moins tourné que les autres parce que j’étais moins expérimentée. A un moment, j’ai eu peur que mon rôle soit trop codé “handicapé”, au sens de l’isolement. Camille ne faisait rien, elle ne sortait jamais de chez elle, la seule fois où elle a quitté la maison, elle s’est faite agresser par Jean, qui lui a dit qu’elle était trop handicapée pour aller à la plage.
Vu que tout est allé très vite, je n’ai peut-être pas fait tout ce que je voulais faire et je n’ai peut-être pas osé parce que, même si on était très bien accompagnés, le tournage allait vite et tu n’avais pas forcément les clés. Je suis un peu restée sur ma faim : j’ai fait beaucoup de scènes de la vie quotidienne mais je n’ai pas été plus que cela dans l’émotion ou dans le drame. Je n’ai pas non plus eu d’arche particulière…Cela m’a permis de me faire la main, ce qui était très bien, mais je pense que j’aurais pu faire plus. Cela me motive d’autant plus pour les prochaines fois !
Au moment de vous glisser dans sa peau, aviez-vous pu avoir certaines sources particulières d’inspiration ?
La vie personnelle rentre en compte parce que je pense que l’on s’identifie un minimum à nos personnages. Je crois que j’ai vraiment réussi à tenir quelque chose à ce niveau-là, j’ai réussi à être moi-même d’une certaine manière donc j’ai pu m'inspirer aussi du jeu des autres, notamment des comédiens expérimentés.
Les textes, bien sûr, étaient également très aidants. Camille était contre le fachisme et le masculinisme, ses phrases sont sorties naturellement car elles me rappelaient moi plus jeune. Du coup, j’ai pu évoluer avec mon personnage et décider où l’emmener. D’ailleurs, sur une quotidienne, un personnage ne nous quitte jamais vraiment, même en dehors du tournage. Parfois, ils nous arrivaient de parler comme eux en off.
Quels principaux retours du public aviez-vous pu avoir ?
La série a plu aux gens parce que c’était quelque chose de nouveau. C’est peut-être aussi cela qui a joué en notre défaveur : c’était tellement nouveau que l’audimat français, beaucoup plus habitué à quelque chose de policier, a peut-être eu plus de mal avec ce programme lumineux et woke.
Les gens qui me connaissent me disaient que ce personnage était tellement moi…J’avais, d’ailleurs, parfois l’impression que c’était écrit et calé en fonction de moi. Pour vous dire, je suis devenue vegan sur le tournage et cela a été subtilement intégré à mon personnage.
Vous l’avez dit, le rythme sur une quotidienne est particulièrement soutenu. Sans doute que vous preniez vos marques petit à petit ?
Bien sûr ! On se levait très tôt, on tournait beaucoup, c’était très sport, c’était assez fatiguant mais hyper enrichissant. Finalement, quand on le fait, on arrive à rentrer dedans. Pour moi qui ai du mal à lâcher prise, j’avais des difficultés à me remettre dedans quand il y avait un petit souci technique, alors que d’autres avaient plus de facilité à switcher. En tout cas, je pense que ça m’a aidé dans ma gestion des émotions et à dire les choses aux autres. J’ai toujours peur de déranger mais, là, quand j’étais frustrée, j’ai su l’exprimer…
Aimiez-vous regarder le rendu final, notamment vos scènes, afin de capitaliser sur votre propre jeu ?
Je regardais les scènes, particulièrement pour juger si je me trouvais moche…ou pas. C’était ma manière de voir les choses, avec des images qui allaient rester. Parfois, je me concentrais plus sur ma coiffure, sur le moindre faux raccord ou sur le fait qu’une réplique ait été coupée, c’est un peu idiot en soi car le téléspectateur ne s’en rend pas compte…Mais on est toujours très critique envers soi-même !
En conclusion, quels souvenirs allez-vous garder de cette aventure ?
Je pense que j’ai vraiment pu me connaître ! Sur le plateau, j’ai découvert que j'étais autiste…Cette prise de conscience m’a fait du bien. Aujourd’hui, j’ai plus conscience de moi-même, ça déculpabilise un petit peu. J’ai aussi compris ce que je voulais et, surtout, ce que je ne voulais pas dans la vie.
Pour terminer, un court-métrage est en projet…
Là, ce ne sera pas du tout un rôle de petite fille à papa accro aux réseaux sociaux, ce sera un personnage, je pense, un poil plus méchant. On sera sur tout autre chose, je ne serai plus la gentille, c’est cool de pouvoir toucher à autre chose. C’est hyper intéressant, pour moi, de montrer un autre registre, je ne voulais pas m’enfermer dans ce rôle de “l’handicapée”, pourtant génial à faire.
Merci de nous accorder un peu de votre temps pour cette interview tous ensemble !
Vous êtes présents au festival 2026 de la fiction TV de La Rochelle, pour “Paolo”, nouveau programme de HBO Max. Sans doute êtes-vous très heureux de pouvoir le proposer ici ?
Marie : Ah, oui ! C’est ma première fois ici, au festival donc c’est aussi l’occasion de découvrir l'événement. En plus, là, d’être sélectionnés en ouverture est trop chouette, on a l’impression de lancer quelque chose à une semaine de la sortie de notre série. Du coup, c’est aussi l’occasion de nous retrouver, avec toute cette troupe et toute cette équipe, donc ça fait trop plaisir !
Yoann : Oui ! Comme la série est quelque chose d’intime, que l’on regarde seul ou à deux voire trois, là, de voir une salle entière qui regarde est particulier. Ce sont des moments savoureux pour les spectateurs et pour nous qui avons joué dedans. Nous avons une occasion, comme jamais, de recevoir les vibrations du public, c’est agréable !
Léa : Oui, c’est trop chouette ! C’est aussi la première fois que je viens au festival de La Rochelle et c’est excitant, c’est émouvant, c’est plein de choses…J’adore !
D’ailleurs, qu’est-ce qui vous avait incité à participer à ce nouveau programme ?
Léa : Sébastien Marnier, déjà ! L’homme que c’est, le réalisateur que c’est, l’artiste que c’est. Et puis le scénario qui est génial.
Yoann : Je suis d’accord avec toi. La première connexion que j’ai eue à ce projet, c’était le texte du discours, que j’ai passé en casting mais, après, c’est la rencontre avec Sébastien qui a été forte parce qu’il a su réunir des chefs d’équipe qu’il connaissait. Il a fait en sorte qu’il y ait beaucoup de joie pendant le tournage. C’était, pour moi aussi, une de mes premières expériences au long cours, sur autant de jours, une cinquantaine, donc j’étais chanceux de commencer dans ce métier avec une équipe comme celle-là et avec un homme comme Sébastien, qui est un cinéphile absolu, qui est un amoureux des artistes, qui a casté et qui a réuni plusieurs familles. Que ce soit Jérôme, qui vient plutôt de l’humour sur Youtube, nous qui venions de la comédie française, ainsi que des acteurs qui viennent du cinéma. Quand il prend Bernard Menez, il convoque un peu Truffaut. C’est cette science-là de Sébastien et ce savant mélange qui permettent une alchimie détonante.
Marie : En découvrant les premières scènes, le personnage m’intriguait parce que Sébastien m’a tout de suite dit que c’était une jeune femme qui allait complètement se transformer. C’est un truc qui me fascine pas mal en tant qu’actrice. On sort des facettes de nous-même que l’on ne soupçonne pas forcément ou que les autres perçoivent en nous…Je trouve cela trop intéressant ! D’avoir un personnage qui permet de jouer beaucoup de situations différentes et, du coup, beaucoup de facettes assez complexes, d’une jeune femme qui grandit en peu de temps, à travers 7 épisodes, m’intriguait beaucoup et m’excitait. C’est rare d’avoir cette occasion-là, d’avoir des personnages aussi riches et qui nous paraissent exister. Le format de la série permet de les développer encore plus, je trouve, que si c’était un long métrage d’une heure et demie, où on n’aurait peut-être même pas la moitié d’une scène que l’on a eue à jouer.
@ Alessandro Clemenza. Warner Bros Discovery
Yoann : C’est vrai que le format série permet d’approfondir vraiment les personnages, d’aller dans le détail, de donner sa chance au silence, de donner sa chance au temps long.
Marie : Oui et, en même temps, dans un rythme très rapide de tournage, où il fallait quand même faire beaucoup de séquences chaque jour. Mais on avait toujours la liberté de chercher aussi sur place : la contrainte du temps n’était pas une pression, Sébastien nous laissait aussi la liberté de toujours essayer d’autres choses. Donc c’était trop agréable de sentir cette possibilité de jeu.
Quel regard avez-vous posé sur votre personnage ?
Yoann : Téophane est un personnage en plein vertige, il ne manque pas de convictions politiques mais il est face à un engagement qui l’attend et donc on est d’autant plus vulnérable quand on est à l’aune de s’engager dans des choses au long cours dans nos vies. Cela crée toujours des angoisses et des stress, chacun réagit différemment par rapport à cela. C’est le point commun, d’ailleurs, qu’il a avec Paolo, qui vient de se marier et qui s’engage donc sur une autoroute. C’est pareil pour Téophane, il va être papa, il peut être élu pour un mandat donc il est d’autant plus vulnérable, ce qui m’a beaucoup plu. Après, il y avait aussi toute la joie d’incarner un homme politique, c’était la jouissance de l’acteur parce qu’il y a tellement de matière à prendre à droite, à gauche dans l'univers collectif.
Marie : Les hommes politiques sont tellement des acteurs…
Yoann : Oui…C’était la grande jubilation de me dire quel homme politique je voulais incarner et qu’est-ce que le scénario me donnait l’occasion de montrer, ou pas. C’était la grande joie de la préparation. Et puis, après, on a des situations à jouer qui sont violentes et extrêmes.
Marie : C’est mon rêve, depuis que je suis enfant, de jouer dans un film d’horreur et, là, il y a des aspects d’horreur. On ne va pas dévoiler mais c’était quand même l’occasion d’avoir des situations extrêmes. C’est trop jouissif !
Yoann : C’est une grande jubilation, dans notre métier, quand on a des rôles qui nous permettent d’explorer des zones de ressenti et d’émotion que l’on n’explore pas dans nos vraies vies - ou alors très rarement.
Léa : J’ai bien aimé le fait que ce soit une jeune fille qui arrive dans ce milieu-là, avec, peut-être, ses certitudes et ses envies un peu de s’imposer en tant que femme dans ce milieu très masculin. Et, en même temps, d’être tout de suite prise dans une enquête et d’aller sur le terrain. En vrai, la construction du personnage se jouait principalement avec le rôle de Marie et j’aimais bien la relation qui se tissait entre les deux.
La palette de jeu à défendre était donc large et variée…
Yoann : Oui, j’avais vraiment la sensation, en découvrant la série, où tout le montage, l'étalonnage et l’esthétique de Sébastien apparaissent, d’appartenir finalement à cette peinture. Chez Sébastien, il y a quelque chose qui est de l’ordre du pictural, il amène vraiment la peinture donc j’avais l’impression d’appartenir à ce tableau presque surréaliste, qui n’est pas figé du tout. C’est vrai que le fait d’être dans un registre de genre pousse les curseurs un peu partout mais il faut quand même rester réaliste, ce que Sébastien a fait de manière absolument subtile et fantastique.
Marie : Oui, c’était trop génial ! C’est une apprentie journaliste donc très novice mais, en même temps, c’est son rêve. Elle va s’opposer à sa famille, en cachette, c’est donc une personne très courageuse et qui se bat contre sa condition sociale, qui voudrait être ailleurs que là où elle est. Elle est très différente chez elle ou face au monde réel, qui lui fait sûrement peur. Après, elle va même découvrir de nouveaux sentiments donc, oui, c’est génial de voir toute cette émancipation progressive et de passer presque d’enfant à femme, en une saison donc en quelques mois de temps sur lesquels se passent les élections. On a toujours notre côté enfant qui est très présent et de jouer plusieurs âges avec un seul rôle est trop intéressant, je trouve.
@ Alessandro Clemenza. Warner Bros Discovery
A quelques jours de la diffusion au grand public, certainement que l’excitation est grande ?
Yoann : Oui, oui, on a hâte de découvrir l’impact qu’aura cette série sur les gens, qui découvriront peut-être l’univers de Sébastien pour la première fois, et les réactions.
Marie : En vrai, on a fait tout cela aussi pour le public parce que, sans les gens, ça ne servirait à rien. En plus, ça va sortir dans un contexte actuel quand même particulier, donc on a hâte de voir !
Pour terminer, que peut-on donc vous souhaiter pour cette diffusion à venir ?
Yoann : Que chacun y trouve une sorte de divertissement, une prise de conscience, que cette série puisse éveiller des vocations, mais pas de psychopathes 🙂. On peut nous souhaiter que la série marche, pour que l’on puisse continuer l’histoire.
Ce fut un plaisir d’effectuer cette interview avec vous trois !
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous deux !
Nous nous retrouvons dans le cadre de l’édition 2026 du festival de la fiction TV de La Rochelle, pour “Paolo”, programme qui sera diffusé dans quelques jours sur HBO Max. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous de participer à ce bel évènement ?
Véronique : Oui, c’est toujours agréable ! On est restés dans la salle pour entendre les réactions des gens qui ont découvert cette série particulière. C’est un thriller politique et social avec pas mal de moments de suspense.
On se retrouve aussi, ce qui est chouette : on est une équipe, on a beaucoup d’affection les uns pour les autres donc c’est aussi un moment de partage sympathique.
Zahia : Exactement ! Je suis d’accord, c’est toujours un bonheur de retrouver toute l’équipe. C’est ma première fois à La Rochelle, du coup je suis extrêmement heureuse de découvrir la ville, c’est extrêmement charmant.
Si l’on revient à la genèse de ce projet, quelles raisons vous avaient donné l’envie d’y participer ?
Véronique : J’ai une histoire assez longue avec Sébastien Marnier, parce que je travaille avec lui depuis ses premiers films. Donc je savais que j’allais jouer quelque chose dans cette série. Evidemment, ce qui démarre toujours, c’est le scénario. J’ai le ventre tordu quand je regarde des épisodes de “Paolo” mais c’était déjà le cas à la lecture aussi. Je me demandais ce qu’il allait se passer.
Je connaissais donc Sébastien, je savais qu’il avait écrit ce rôle pour moi et je crois que c’est la même chose pour toi, Zahia. Oui, c’est toujours extraordinaire de lire ce qu’il a pu projeter sur qui on est. C’est touchant ! J’aime l’ensemble, en fait. Évidemment, on va regarder son personnage mais ce qui est le plus intéressant, c’est quand même qu’on est une note à l’intérieur d’une symphonie. Donc la symphonie est belle 🙂.
Zahia : Ce qui m’a donné envie, en premier c’est Sébastien Marnier. J’ai toujours admiré son travail ! Ensuite, quand j’ai commencé à lire le scénario, j’étais complètement prise et c’était vraiment un moment de bonheur. Cette lecture m’a donné aussi envie de faire ce projet ! Puis, j’étais très agréablement surprise et extrêmement touchée qu’il ait pu penser à moi. Surtout, comme l’a dit Véronique, de faire cette projection, finalement, sur qui je suis et de se dire que, oui, je peux interpréter ce personnage de Sabrina.
Justement, quel regard portez-vous, chacune, sur votre personnage ?
Véronique : Je joue Laurence, qui fait partie du QG et de la campagne de Téophane Tolbiac. Ce que j’aime bien dans ce personnage, et Sébastien me l’avait dit assez vite, lui qui, habituellement, adore me faire peter des plombs, c’est que, là, j’étais moins folle, c’est plus proche de ce que je suis. Je la trouve très humaine, c’est quelqu’un qui s’est investie en politique mais parce qu’elle pense que ça peut changer des choses en proximité, elle y croit. Je pense que c’est important de montrer ce genre de personne, engagée mais avec des convictions de cœur. Elle a un côté populaire, on s’est imaginé plein de choses sur ce qu’elle avait fait avant, qu’elle avait travaillé peut-être dans le milieu social, avec des jeunes. Et puis, ce que Sébastien a aussi ramené comme petites touches, quand elle parle de son mariage par exemple, qui n’était pas forcément un mariage heureux.
Il voulait absolument qu’elle soit très sexy, donc j’étais tout le temps habillée en cuir, avec des jupes moulantes. J’adore comment il transforme aussi nos silhouettes. On ne le dit peut-être pas suffisamment, Sébastien est quelqu’un qui a un vrai rapport à l’esthétique, pas dans le sens extériorité, mais vraiment à dessiner des silhouettes. Il travaille depuis le début avec la même costumière, qui est extraordinaire et c’est un moment très très important pour lui de vraiment avoir cette idée de la silhouette du personnage. Donc il y avait ce côté sexy et, en même temps, cet engagement très sincère, populaire, qu’elle peut avoir. Du coup, je la trouve très touchante cette Laurence ! Et elle est drôle aussi.
Zahia : Quand j’ai découvert le dialogue, j’étais émue et touchée. Je pense, comme beaucoup de personnes, qu’on ressent un peu de la tendresse pour Sabrina et par le fait qu’elle se démène, qu’elle soit touchée par tout le monde et par toute l’injustice du monde. On a cette sensation qu’elle porte sur ses épaules toute la cruauté du monde, et c’est ça qui la rend touchante. C’est assez émouvant, presque, de constater tout ce qu’elle porte et qu’elle est complètement foudroyée par la cruauté de ce monde.
Véronique : La scène du kebab fait partie de mes scènes préférées, parce que je trouve que c’est super rare de montrer des personnes d’un milieu populaire qui ont une vision du monde assez naïve, dans le bon sens du terme. Pour moi, la naïveté est une valeur importante que l’on a tordue, je trouve. C’est très important d’entendre aussi des points de vue qui sont profonds et simples, sur comment la politique impacte notre vie. J’adore cette scène, qui incarne cela…On attendait tous de la voir avec impatience.
@ Warner Bros. Discovery
Les couleurs de jeu à défendre étaient larges et variées…
Véronique : Oui, chaque moment était vraiment une découverte. Ce que j’aime le plus dans le jeu, c’est le fait que l’on propose, que l’on amène quelque chose soi-même mais on dépend tellement des autres, qui vont vraiment nous amener à la couleur la plus fine. Là, il y avait tellement de talent dans tous les acteurs et actrices qui sont autours que c’est comme si on était dans une espèce de chose qui éclatait en couleurs. On se découvrait aussi là-dedans : j’aime beaucoup être à l’écoute de ce que les autres vont provoquer en moi !
Zahia : Je suis totalement d’accord avec elle ! En fait, on ne peut pas jouer seul : c’est le partenaire que l’on a qui va provoquer quelque chose en nous, l’écoute est vraiment importante et, là, sur ce projet, j’ai eu beaucoup de chance, j’ai eu des partenaires de jeu exceptionnels, qui m’ont permis de lâcher-prise, qui ont provoqué aussi cette nuance et cette vérité.
A quelques jours de la diffusion, on vous imagine impatientes de pouvoir proposer ce programme au grand public ?
Véronique : Oui, j’ai très hâte de voir les réactions des gens. On a déjà un bon accueil dans la presse, je trouve que c’est une série exceptionnelle, dans le sens où on n’a pas vu cela en France. Je suis une grande grande consommatrice de séries et je trouve fabuleux le mélange de genres qu’il y a ici, la façon dont ça a été fabriqué, l’image, la musique…Tout cela porte vraiment un projet que l’on ne sait pas mettre dans une case, ce que j’aime. Cette série ne peut pas avoir d’étiquettes, ce qui est bien. Donc, oui, j’ai hâte de voir les réactions et comment les gens vont être accrocs, je pense, comme nous le sommes déjà. Chaque fin d’épisode crée vraiment une frustration, on a vraiment envie de voir la suite !
Zahia : Oui, oui, j’éprouve beaucoup d’excitation et d’impatience. J’ai hâte d’avoir le retour du public, de ma famille, de mes amis et j’ai hâte aussi de voir la suite, car je n’ai vu que deux épisodes pour l’instant. Oui, il y a beaucoup d’excitation !
Quel plaisir d’effectuer cette nouvelle interview ensemble !
Nous nous retrouvons dans le cadre de l’édition 2026 du festival de la fiction TV de La Rochelle, où vous êtes membre du jury de la compétition francophone internationale. Justement, quelle a été votre réaction lorsque cette casquette vous a été proposée ?
Je suivais ce festival depuis très longtemps, depuis mes tout débuts en fait. J’avais commencé par faire un Maupassant mais, après, on avait eu un prix dans ce festival, pour un film que j’adorais, qui s’appelait “BXL/USA”, avec un réalisateur belge que j’aime beaucoup, Gaëtan Bevernaege. On avait fait ce film en 24 jours, avec la Parisienne d’images, qui laissait la possibilité à de jeunes réalisateurs de faire un premier film. On l’avait fait avec tellement de coeur et de joie qu’on avait été tellement heureux d’avoir un prix ici…Du coup, ce festival a été marqué par mon trajet d’actrice, beaucoup et, vraiment, la directrice, Pauline Hertault, m’a toujours beaucoup soutenue, elle a toujours cru en mon travail. Après, ça a été des vraies rencontres, avec Quentin Raspail et Stéphane Strano. C’est un festival qui a été plus doux pour moi que certains endroits, en fait ! Du coup, c’est important…
Je ne sais pas ce que ça veut dire, pour moi, d’être dans le jury, parce que je me sens plutôt du côté des créateurs et dans le public, que sur la scène, parce que je ne cesse de travailler pour créer, inventer et continuer ma carrière d’actrice. Je me sens avec les gens qui font, pas dans un jury de quoi que ce soit, donc ça me plait juste pour voir le travail des gens que j’estime et de gens que je pourrais découvrir. Dans ce jury-là, ça me plait aussi beaucoup de voir des films qui viennent d’autres pays, du Canada, d’Afrique, de mon pays, de Suisse…Cette idée-là me plait beaucoup ! Je suis accompagnée par deux hommes super. Je connais un peu Louis Choquette, on a beaucoup d’humour en commun. Mais je me situe plutôt du côté des créateurs que du côté du jury, de toute façon.
Après, évidemment que c’est un honneur et une reconnaissance. Je pense que c’est aussi dû au fait que, l’année passée, j’ai écrit une série, avec Frédéric Krivine, qui a eu ce prix à La Rochelle donc ils ont voulu inviter, et Akim dans le jury principal qui était le réalisateur de cette série, et moi dans ce jury-là. Je pense qu’ils avaient beaucoup apprécié le travail sur “L’affaire Laura Stern”. Tout cela est une suite…Maintenant, je sais que ce n’est qu’une semaine, que ce seront nos coups de cœur et nos avis, et que, déjà, le simple fait de créer est énorme. Donc même pour tous ceux qui ont créé et qui n’ont pas été sélectionnés, et pour ceux qui sont là, le fait que les projets existent est déjà formidable.
Vous avez rappelé les pays représentés dans cette compétition. Y voyez-vous des différences artistiques ?
Je n’ai pas encore tout vu mais on sent, évidemment, que, quand tu changes de pays, tu as, par exemple, d’autres mentalités et, justement, d’autres humours et d’autres manières de voir les choses. Après, ce n’est pas que quand tu changes de pays, c’est dès que tu changes de créateur, je pense. Mais on fabrique les films différemment en Belgique, par exemple, mon pays. On a moins d’argent, même si, ici, on n’est pas protégés du futur ni du manque d’argent qui se fait ressentir partout mais la culture est un peu en état de fragilité. Du coup, comme on a moins d’argent en Belgique, je pense que l’on est obligés de fabriquer les choses autrement…Je ne peux pas parler pour les autres pays pour lesquels je n’ai pas tourné.
Vous êtes accompagnée de deux autres jurés aux profils différents, ce qui permettra sans doute des échanges aux prismes variés…
Oui ! Un producteur, un réalisateur, une actrice un peu scénariste, c’est intéressant. Quand tu fais partie d’un jury, ce qui est intéressant, c’est d’échanger, c’est sûr !
En tant que membre du jury, avec quel oeil regardez-vous les fictions ? Celui de la professionnelle ou celui de la téléspectatrice ?
De toute façon, je n’oublie jamais la téléspectatrice que je suis. Après, quand c’est ton métier, tu peux te dire que tu regardes différemment…J’ai réalisé deux courts-métrages et, tout à coup, quand je venais de les faire, je regardais tous les plans. On est acteur, on connaît tellement les acteurs qu’on peut les aimer plus ou différemment. On ne peut pas dire que notre œil n’est pas rempli de notre métier, puisque je fais cela depuis 25 ans mais ce qui compte pour moi, comme quand je vais dans un musée en fait, c’est est-ce que je suis touchée par quelque chose ou pas. Même si c’est de travers, je m’en fous ! Ca peut être tout de travers, et la comparaison n’est vraiment pas déconnante : tu peux comparer à, quand tu rentres dans une maison, si quelque chose te touche et qui l’habite, ou, quand tu regardes un tableau de Picasso, même si tu ne connais pas toute l’histoire de Picasso parce que tu n’as pas eu l’occasion d’apprendre, est-ce qu’il n’y en a pas un qui te touche…C’est pareil pour les films : qu’est-ce qui me touche dans le film qui a été projeté hier ? est-ce que ça me touche ? C’est super bien fait mais est-ce que ça me touche et où est-ce que ça me touche ? Souvent, c’est dans les failles et dans les humains ! Après, j’aime beaucoup plein de choses : la beauté des plans, la lumière et tout mais c’est vrai que ce qui me touche, c’est quand tout cela concorde et va chercher un bout d’enfance, un bout de colère et c’est cela que je “juge” important. C’est ma vision à moi !
Du coup, que peut-on vous souhaiter pour ces quelques jours de festival ?
De toute façon, je vous dis, on sera devant des œuvres qui existent, déjà on va respecter cela. Après, je nous souhaite d’être dans la rencontre, la discussion et la découverte…Il y a certains programmes que je n’aurais jamais vus sans être ici, puisque l’on n’a pas accès à toutes les télévisions canadiennes ou suisses, du coup je vais peut-être découvrir le travail de réalisateurs qui me plaisent. C’est ça, il faut être curieux mais pas que dans notre métier, dans tout !
Pour terminer, quels sont vos autres projets en cours ou à venir ?
J’ai plein de projets ! Après, j’ai écrit “L’affaire Laura Stern”, j’ai écrit des longs métrages mais je me suis rendu compte que j’ai plein d’amis qui sont scénaristes depuis 20 ans, comme, moi, mon métier, depuis 20 ans, est d’être actrice…Donc j’écris, mais que sur des sujets qui me transportent. “L’affaire Laura Stern” était mon sujet et, avec Frédéric, qui est un grand scénariste, on en a fait notre sujet mais je me suis battue parce que ça venait de moi et d’une nécessité absolue d’en parler donc le prochain sujet viendra quand il viendra mais ce sera aussi une nécessité. D’autre part, j’irai écrire avec d’autres gens, pour apprendre, pour voir différentes manières d’écrire mais c’est vrai que les projets que je vais porter seront des projets qui me sont nécessaires. C’est tellement dur de porter un projet jusqu’au bout que je ne peux pas me battre pendant 4 ou 5 ans à l’écriture sur des sujets qui ne m’appartiennent pas, je crois. Après, d’autre part, je continue ma carrière d’actrice, cela m’est très très important. Je suis en tournage pour un téléfilm, avec une femme que j’aime beaucoup et j’espère que je vais continuer à jouer, parce que j’aime tellement cela, écouter les gens…
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous êtes une artiste aux multiples casquettes, nous aurons l’occasion de l’évoquer. Si l’on revient à la genèse de votre parcours, d’où vous vient cette passion pour l’artistique ?
Je ne sais pas d’où elle vient mais ce qui est sûr, c’est qu’elle a toujours été là. Aussi loin que je me souvienne, dans tous les métiers que j’ai pu envisager, il y avait un lien avec l’artistique. Je suis un pur produit des années 80 donc on m’a encouragée à faire des voies scientifiques ou littéraires très classiques mais moi, je voulais être, alternativement, styliste, décoratrice d’intérieur, autrice puis réalisatrice… J’ai pourtant mis de côté ces envies, parce que j'étais plutôt bonne élève et que l’on m’a incitée à faire une 1ère scientifique, puis une prépa, puis une grande école, Science po, puis une autre, le Celsa… Bref, j’ai pris des chemins détournés, mais je suis là finalement !
Et j’ai toujours écrit, dès petite : des nouvelles, mon journal… J’avais ce besoin viscéral d’exprimer et de raconter des choses. Par la suite, ça a pris des formes différentes : un film, une chronique, une nouvelle, un one woman show….
Sans doute que, par la suite, certaines expériences ont été encore plus marquantes que d’autres ?
L'événement le plus marquant a été quand mon frère m’a offert un caméscope mini DV pour Noël. On est en 2006. Et moi qui n’ai pas la patience comme qualité première, je me suis découvert une passion pour le montage. D’un coup, j’ai compris que je pouvais passer une nuit entière sur une table de montage, sans ni me lasser, ni speeder. Cela ne faisait pas des images merveilleuses mais je passais un temps fou à comprendre un raccord et le rythme. J’ai fait mes premiers petits films comme cela, notamment un reportage sur un copain grapheur, Da Cruz. J’ai revu le film récemment, on est vraiment sur du montage des années 2000, ce n’est pas fou-fou mais c’était dans l’air du temps à ce moment-là 🙂. En tout cas, ça a été vraiment révélateur pour moi, d’une partie de ma personnalité, une espèce d’acceptation que c’est long mais que c’est ok, alors que je voulais toujours que tout aille vite. Cela a été un vrai déclencheur pour moi !
Vous l’avez dit, l’écriture est un peu le dénominateur commun à chaque projet. Y voyez-vous, d’ailleurs, de grosses différences selon les supports ?
Il y a, évidemment, des techniques d’écriture qui changent mais, effectivement, je ne pense pas comme cela. Je me demande, pour telle histoire que j’ai envie de raconter, quel est le médium le plus adapté. Par exemple, je ne me voyais pas du tout dire en film ce que j’ai raconté sur scène dans mon one-woman show. Je voulais que, pour une fois, ce soit moi qui porte cette voix-là et ça a été un apprentissage énorme.
Après, je crois que j’écris avec la même patte partout… J’écrivais mes chroniques dans “So Good” comme je parle, donc comme du dialogue finalement. D’ailleurs, quand j’écris du dialogue pour un scénario, je lis toujours tout à haute voix, je fais tous les personnages et, si je me rends compte que ce n’est pas facile à dire ou que la rythmique n’est pas bonne, je change. J’ai besoin que la phrase sonne bien… Là-dessus, le one-woman show m’a vraiment aidée pour puncher, et j’ai l’impression qu’il y a un avant et un après dans mes comédies. Évidemment, chaque exercice a ses particularités, il y a des règles et des techniques spécifiques, mais j’essaie de ne pas trop intellectualiser, sinon ça bloque l’élan d’écriture.
Au-delà des consignes qui vous sont transmises, avez-vous parfois des sources particulières d’inspiration ?
Il n’y a aucun autre endroit où je suis plus inspirée qu’à une terrasse de café… J’adore être là, j’observe, je regarde autour de moi et ça peut durer longtemps. Je m’inspire, je regarde, je sens des choses et je vais avoir un déclic. Après, c’est peut-être mon côté un peu hyperactif mais j’ai souvent les meilleures idées pas au moment ou à l’endroit adéquat. J’ai pas mal de potes qui n’en peuvent plus parce qu’en plein milieu d’un dîner, je vais sortir mon téléphone et écrire quelque chose. Ce n’est vraiment pas parce que je m’ennuie ou parce que je suis ailleurs, au contraire ! C’est que je suis stimulée et que mon « disque dur » continue de tourner et paf, j’ai une idée et je dois l’écrire tout de suite pour ne pas l’oublier. J’ai aussi souvent ça à la caisse du supermarché, mais là c’est parce que c’est trop long 🙂 … En tout cas, ma source d’inspiration, c’est la vie ! Je suis vraiment une metteuse en scène de la vie quotidienne… Cela me fait un peu souffrir parce que, aujourd’hui, la tendance n’est pas à la chronique mais, pour autant, je trouve que c’est là où on a les choses les plus riches, les plus vraies, auxquelles le public peut vraiment s’identifier.
Lors d’une écriture pour l’image, quel regard portez-vous sur le rendu final ?
En vrai, aujourd’hui, il y a très peu de projets que j’ai écrits mais que je n’ai pas réalisés. Mais j’ai pas mal de commandes d’écriture en cours et où je sais déjà que je n’en serai pas la réalisatrice… C’est le jeu. En tout cas, je trouve toujours cela hyper intéressant d’avoir un autre regard que le sien sur son texte, j’aime vraiment travailler en équipe.
D’ailleurs, est-ce “facile” de réaliser un projet que l’on a écrit ?
C’est marrant que vous me posiez cette question parce que je suis, en ce moment, en train d’écrire quelque chose que je ne suis pas sûre de savoir réaliser. Du coup, j’étais en train de me demander si je devais m’auto-censurer sur l’écriture et écrire quelque chose où j’étais en totale capacité à réaliser, bien calée dans ma zone de confort. Ou s’il fallait que je grandisse un peu, en écrivant le film que j’ai envie de voir et, ensuite, soit aller chercher les informations auprès des personnes compétentes et apprendre à le réaliser, quitte à ce que ce soit une catastrophe, soit pourquoi pas, proposer une coréalisation. Finalement, j’ai décidé d’écrire le film que j’ai envie de voir…C’est aussi ça un tournage, c’est trouver les bonnes personnes pour nous accompagner, capables de nous conseiller.
Vous l’avez dit, vous êtes montée sur scène pendant deux ans. Quels souvenirs en gardez-vous ?
Ce que je garde, c’est l'instantanéité de la réaction ! C’est incroyable, pour quelqu’un qui n’est jamais montée sur scène, d’avoir une réaction en direct sur quelque chose que l’on a écrit. J’ai vu quelques projections mais je ne suis pas dans les canapés de tous les spectateurs pour voir comment ils réagissent. Alors que, là, c’est tous les soirs différents, chaque représentation provoque des réactions différentes. C’est incroyable comme expérience, comme apprentissage… et aussi l’humilité. Ce que l’on a joué la veille et qui a cartonné peut être un énorme four le lendemain, ce qui est incompréhensible. Donc j’ai des souvenirs de succès mais aussi de moments douloureux, dont j’ai tiré quelque chose de fort. J’ai un respect encore plus fort des comédiens ! Donc, oui, ce sont plein de souvenirs, des émotions parfois contradictoires mais j’ai vraiment évolué.
Qu’est-ce que cette expérience a pu changer pour vos autres casquettes ?
C’est un game-changer en termes d’écriture ! Je suis beaucoup plus exigeante sur la comédie, le rythme est devenu presque obsessionnel. A force de tester une punchline sur scène, d’essayer de comprendre pourquoi elle a fait rire la veille mais pas le lendemain, quelle intention j’ai mise, quel regard j’ai fait, quel silence j’ai posé, je suis devenue vraiment beaucoup plus regardante là-dessus, et je trouve ça super. C’est, je pense, le changement principal !
Et puis, je faisais déjà partie, je pense, des réalisatrices plutôt bienveillantes et à l’écoute mais, maintenant que je me suis mise toute seule « à poil » sur une scène, je fais encore plus attention au bien-être des comédiens sur un plateau. Quand un comédien ne me donne pas ce que j’attends de lui, je commence par me remettre en question, à essayer de comprendre ce que je n’explique pas bien dans mes indications de mise en scène et aussi à le prendre à l’écart pour le préserver. J’essaie de mettre mes comédiens dans un cocon.
Plus globalement, considérez-vous que toutes vos cordes artistiques font partie d’un seul et même ensemble ? Ou les dissociez-vous davantage ?
Pour moi, l’écriture est clairement le tronc commun de tout ! C’est vrai que l’on est dans un pays qui aime bien nous mettre dans des cases et, très longtemps, on m’a dit que je me dispersais, que je m’éparpillais, que je n’étais pas assez focus, alors que, pour moi, j’étais en train de faire le même métier, celui d’écrire. J’aime bien utiliser l’image du jardinier : je plante des graines là où je suis inspirée et, si certaines prennent, c’est super. Pour moi, tout cela est connecté et lié ! Aller écrire des chroniques, toutes les semaines ou tous les mois, pour la radio ou pour un magazine, c’est un entraînement et c’est faire marcher mon cerveau. L’écriture est un muscle et un sport, si tu ne t’entraines pas, ton cerveau s'éteint donc j’ai besoin d’être challengée.
Et puis c’est aussi des temporalités différentes, qui m’aident à supporter le temps long de certains projets. En plus, en général, plus j’ai de projets ouverts, plus j’ai de nouvelles idées et plus j’avance sur mes projets. Il y a, je pense, alors, une espèce d'effervescence dans mon cerveau. C’est un cercle vertueux.
En tout cas, pour moi, tout cela fait partie d’un même ensemble, et je n’aime pas qu’on les dissocie.
Dans cet ensemble, quels sont vos projets en cours ou à venir ?
Les projets à venir et qui me tiennent le plus à cœur sont des projets audiovisuels. J’ai un long-métrage en développement, c’est une comédie romantique. J’aimerais bien pouvoir vous dire que dans un an, ça y est, ça sort. Mais il va falloir être encore un peu patient. D’autres ne sont pas encore signés, notamment un autre long-métrage sur les attentats de Madrid en 2004, un thriller de perception, un peu une auberge espagnole dans un contexte politique et électoral très particulier, qui mélange mon parcours à Sciences-Po, où j’ai vraiment suivi de très près ce qui s’était passé, et ce côté comédie, avec la vie de tous les jours, dans une colocation de jeunes vingtenaires. C’est un projet qui m’éclate et sur lequel j’ai décidé de mettre le turbo.
Pour terminer, que peut-on vous souhaiter pour la suite de votre parcours ?
J’ai plein d’envies… Mais d’abord et surtout : de continuer à vivre de mon métier ! Cela peut paraître bête mais ce n’est pas le cas depuis très longtemps donc j’aimerais bien que ça continue.
En fait, j’ai l’impression que, là, de plus en plus, j’essaie de me mouler dans un cadre qu’on attend de moi, parce que je suis émergente et qu’il faut se faire une place. Alors, pour la suite, j’aimerais pouvoir mieux imposer ma touche personnelle et qu’on me fasse confiance sur un certain ton qui, parfois, ne correspond pas aux standards du scénario.
Merci, Laura, pour toutes vos réponses !
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