En dehors de ma passion pour mon métier d'ingénieur, je suis également intéressé par les médias auxquels je consacre ce blog pour mettre en avant mes coups de cœur artistiques.
Aussi, au travers d'interviews exclusives, j'aime à partager l'actualité, les projets et les envies d'animateurs de télévision, de journalistes de radio, de comédiens de théâtre et de musiciens.
C'est aussi l'occasion de mieux comprendre leur organisation de travail ainsi que les coulisses de leur métier.
Retrouvez ainsi tout au long de ce blog les entretiens que j'ai pu mener par passion, mais aussi avec plaisir !
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous êtes régulièrement à l’affiche, au théâtre, de plusieurs spectacles, notamment pour le jeune public. A titre personnel, on imagine sans doute le plaisir que ce doit être, à chaque fois, de retrouver la scène et les spectateurs ?
Tout à fait ! C’est vrai qu’au début, quand on commence à jouer et à se représenter sur scène, on est très stressé mais le stress est vite éclipsé, parce qu’on voit le visage des enfants. Au fur et à mesure des années, à force de monter sur scène, il n’y a plus trop ce stress, ce n’est plus que du plaisir et j’ai hâte de remonter sur les planches, rien que pour ça, en fait. Ce qui est particulier aussi, dans notre compagnie, c’est qu’il y a beaucoup de familles qui reviennent voir plusieurs fois le même spectacle, parce qu’elles l’ont vraiment apprécié et qu’elles le redécouvrent à chaque fois, avec plusieurs niveaux de lecture. Du coup, on reconnaît ces familles, on reconnaît ces enfants, on les voit grandir et je crois que c’est ce qui est le plus beau !
D’ailleurs, sur scène, le fait de s’adresser notamment à des enfants change-t-il quelque chose pour vous ?
Oui, ça change quand même pas mal de choses. Pour le très jeune public, on est obligé d’adopter une certaine attitude, d’avoir une certaine douceur, de ne pas parler trop vite ni trop fort. Pareil dans nos agissements, on ne doit pas bouger trop vite ni faire trop de bruit quand on se déplace. On est donc obligés de s’adapter corporellement et dans notre voix, mais aussi lorsque, par exemple, on fait une boulette sur scène, où il faut faire attention aux mots employés. Il faut se sortir de son comportement naturel d’adulte parce que, sur scène, on n’est pas vu comme cela mais comme un personnage, et qu’un rien peut suffire pour ramener à la réalité et briser le rêve des enfants.
Le fait d’être à l’affiche de plusieurs spectacles permet sans doute une palette de jeu large et variée…
C’est vrai. On est souvent deux au plateau, et donc, l'un des deux est le clown blanc et l’autre, l'auguste. Donc il y aura un personnage très haut en couleurs, très rigolo et absurde, alors que l’autre va être très sérieux, ce qui va amener ce décalage. On joue beaucoup “Raiponce”, où la mère Gothel est le clown blanc, très rigolote, à la limite du ridicule. Alors que l’autre personnage (Raiponce) ramène au réel. On s’amuse beaucoup de ce genre de palettes.
Donc, oui, selon le spectacle, nous sommes amenés à jouer différents types de personnages et nous devons nous adapter à sa personnalité.
Un mot, si vous le voulez bien, sur chacun de vos spectacles ?
“Raiponce” a été créé en 2023, il a d’abord été joué à Marseille. Au moment de l’écriture, on s’est inspirés de l’histoire originale des frères Grimm, où une sorcière emprisonne une demoiselle, après l’avoir kidnappée, à cause de ses parents qui lui ont volé des salades dans le jardin. On joue sur une ambiance médiévale et onirique. Dans le spectacle en lui-même, on essaie autant de faire rire et de faire voyager les enfants, que de s'adresser aux adultes, pour qu’ils y trouvent leur compte. C’est pour cela, je pense, que les spectacles de la compagnie sont appréciés…Les parents s’amusent autant que les enfants.
“Peter Pan” a été écrit l’an dernier. Dans l’histoire, Peter, qui a perdu son nounours, va voir Wendy, et ils retournent alors au pays imaginaire pour essayer de retrouver ce doudou. Ils vont affronter le Capitaine Crochet et Mouche grâce à l'aide de Clochette et des Enfants perdus…L’importance que le doudou a pour les enfants n’avait pas été abordée dans les spectacles de la compagnie et on voulait montrer que Peter, par sa personnalité, ne veut pas grandir, expliquant le fait qu’il ait un doudou. Mais à la fin spectacle, quand il le retrouve, il reconnaît qu’il a peut-être un peu grandi et qu’il va pouvoir s’en passer même si, dans sa tête, il restera toujours un enfant.
“Le merveilleux Noël de Mr Silver” est l’occasion de jouer une orpheline, Jessie, qui traverse toute la ville en tshirt, afin d’aller en Laponie remonter les bretelles du Père Noël, qui oublie à chaque fois son orphelinat à Noël. Elle va rencontrer Monsieur Silver, un vieux monsieur un peu seul et elle va l'emmener avec elle dans son périple. Ils traversent ensuite le continent, pour qu'elle puisse défendre ce qu’elle croit juste, ce que je trouve super mignon.
“Les gens heureux ne tombent pas amoureux” est une pièce pour adultes, de Yannick Schiavone. C’est mon premier projet en ce sens, une comédie-dramatique. Cette pièce est un vrai coup de cœur, elle est un peu comme un film que l’on regarde évoluer, avec beaucoup de rythme comique au début, avant que le drame ne s’installe. On s’enferme souvent dans un genre mais je trouve que cette pièce-là mêle plusieurs registres. Yannick sait s’adapter à ce qu’il veut créer…Ce projet me donne, d’ailleurs, l’envie de renouveler l’expérience !
Et deux autres projets sont en cours…dont une comédie adulte.
En complément, vous faites beaucoup de doublages et de voix-off, un autre exercice, différent mais sans doute complémentaire des planches…
Totalement ! J’aime tous les arts. Avant d’être comédienne, j’étais photographe…Je trouve que tous les aspects de l’art se nourrissent entre eux. L’écriture va servir, par exemple, à inspirer des tableaux photo ou de la musique. A l’inverse, la musique peut m’inspirer une photo ou une pièce de théâtre. La voix est un exercice totalement à part, ce sont des émotions, c’est aussi du contrôle, c’est donner sa voix à quelqu'un, …C’est différent parce qu’il faut presque surjouer les émotions, pour qu’elles s’entendent, surtout quand il y a une image calquée dessus, mais c’est une maîtrise différente. Je trouve que ça m’a plus apporté, en tant que comédienne, de travailler la voix parce que, sur scène, j’identifie plus facilement les enjeux qui en découlent pour les personnages. Quand tu interprètes un personnage, quand tu sais que ta voix est maîtrisée et que tu arrives à véhiculer ce que tu veux par ce biais, alors le corps suit et tu es de suite plus juste que si tu ne maîtrisais pas ta voix.
La voix est un exercice d’instantanéité…
C’est une des particularités qui fait que c’est quand même un métier assez difficile. Il n’y a pas de répétition, c’est dans l’instant, le comédien doit saisir de suite les enjeux pour les retranscrire derrière. Après, il y a différents aspects de la voix qui, quand même, peuvent nécessiter un travail en amont, comme pour un projet de série audio que j'ai récemment fait, où il fallait prendre connaissance du projet dans son intégralité, pour avoir une idée de ce que l’on dit et de comment est notre personnage.
Parmi vos autres casquettes artistiques, vous êtes en écriture d’un roman…
J’ai commencé cette écriture l’an dernier, dans le cadre d’un concours sur la plateforme Fyctia, créée par une maison d’édition canadienne. C’est marrant, ce concours avait été lancé trois mois après ma première formation en doublage et, pour la première fois, ce concours était en partenariat avec un studio lyonnais, pour permettre au gagnant d’enregistrer un livre audio. Je me suis dit que c’était beau et que c’était fait pour moi !
Je me suis inspirée de l'histoire de “La Belle au bois dormant”, en y mettant des personnages vraiment torturés, avec des personnages qui veulent s’approprier le pouvoir. J’ai joué sur mes études de psycho d’il y a quelques années, en essayant d’y incorporer une personnalité clinique distincte dans chaque personnage. Un est bipolaire, un autre est narcissique, un autre encore est déprimé…Le prince est vraiment un pourri, le père du roi est assez naïf, et Aurore est plus active et plus sombre, elle ne se cantonne pas qu’à dormir. A travers son parcours initiatique, elle va essayer de retrouver le pouvoir sur sa vie et sur son royaume qu’elle a perdu.
Dans ce roman, j’ai également voulu y incorporer d’autres personnages de contes, comme “Blanche Neige”, qui est vraiment frappée, ainsi que “Jacques et le haricot magique”, plutôt taciturne, avec des tendances un peu matérialistes, sans oublier “Hansel et Gretel”, qui sont muets et un peu flippants. Par la suite, je voudrais faire des romans indépendants, où il y aurait, par exemple, Blanche Neige à l’honneur, qui croiserait encore d’autres personnages de contes.
Pour terminer, que peut-on vous souhaiter pour la suite de votre parcours ?
Je ne suis pas quelqu’un qui a peur. Je pense qu'on peut me souhaiter que ça continue comme cela, pour que je mène mes projets à bien. Notamment les deux projets de pièce que j’évoquais, avec l’envie d’être entourée de personnes aussi passionnées que moi par l’art et l’écriture…
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous avez deux beaux projets en cours de développement, notamment un nouveau spectacle. Si l’on en revient à sa genèse, comment en sont venues l’idée et l’envie ?
La genèse de ce spectacle est mon engagement féministe et humaniste, concernant les discriminations et les violences faites aux femmes. J’ai eu envie de parler du combat des femmes, qui sont souvent dans l’ombre et de leur donner une voix, ce qui est assez spécifique à mon travail artistique en général. Au-delà de ce désir que j’avais en moi, j’ai retrouvé Théodora Valente, une copine des cours Florent qui s’est installée dans le sud, pas très loin de ma ville, et on s’est dit que le théâtre nous manquait trop. C’est top de tourner dans des séries mais ça ne nourrit pas l’âme donc on a voulu monter quelque chose qui nous anime, sans se mettre de pression sur le temps.
Petit à petit, on en est venues à collaborer avec Chloé Beaudet, avec qui j’ai déjà travaillé par le passé, qui est comédienne, metteuse en scène et, maintenant, une autrice publiée. Je lui ai proposé de se greffer à nos résidences et il y a eu une vraie rencontre avec l’âme de notre spectacle. Naturellement, on a travaillé ensemble, en partant d’improvisations du corps. Théodora étant danseuse et moi boxeuse, on s’exprime toutes les deux énormément par notre corps mais de manière totalement différente. De là, Chloé nous a proposé de traiter le sujet à travers deux personnages extrêmement marqués par le corps, où Théodora est un pantin de bois et moi une poupée ballerine de boîte à musique. Chacun de ces personnages étant enfermé dans sa condition d’objet, les parallèles avec les femmes et la métaphore racontée sont plus faciles…Tous deux vont subir des oppressions de la part du vendeur et de leurs familles adoptantes. Par la force des choses, elles vont devoir se révolter et vont être jugées pour cela !
D’être à l’origine mais aussi dans le développement du projet doit permettre des palettes larges de compétences ?
Oui, bien sûr ! Ce n’est pas la première fois que j’endosse plusieurs casquettes. D’ailleurs, sur ce projet, j’en endosse moins que jusqu’à présent. Je veux que ce projet aille au bout mais je ne veux pas me perdre dedans, comme ça a pu être le cas précédemment. On veut, bien sûr, toujours bien faire et, ayant pas mal d’énergie et de ressources, j’avais fait beaucoup, parfois un peu trop, à m’oublier. Il faut que ce soit une joie et pas une source d’angoisse. Avec Chloé, on a cette expérience et on a décidé de déléguer, de prendre le temps, de moins se mettre d’échéances. Je suis sur scène, j’apporte évidemment plein d’idées sur la mise en scène mais c’est Chloé qui tranche, tout comme c’est elle qui écrit le texte, avec beaucoup de discussions au plateau. Cela fonctionne super bien aussi parce qu’on a une confiance aveugle en elle. Elle est d’une bienveillance folle donc on se sent vraiment très libres de proposer. Elle met le doigt sur des choses avec énormément de délicatesse, elle perçoit des choses dont nous n’avons même pas idée donc le travail avec elle est vraiment passionnant. Je suis vraiment très fière de collaborer avec ces deux belles artistes, qui sont deux femmes exceptionnelles. J’ai très hâte d’attaquer vraiment le plateau et d’incarner cette poupée de boîte à musique, à qui il arrive plein de choses.
On va aussi commencer à chercher une programmation, peut-être dans le sud, ou à Rennes, chez Chloé.
On comprend que le spectre de couleurs à défendre sur scène sera très diversifié ?
Oui, c’est très grisant ! Je vous ai parlé des deux personnages principaux, dont on suit les trajectoires mais on joue également tous les autres personnages. Il y a un vrai défi de mise en scène, il va y avoir un gros travail d’interprétation, avec beaucoup de précision. Il y a plein de challenges, oui, très excitants autour du spectacle.
Comment présenter, en complément, votre deuxième projet ?
C’est la création d’un festival de théâtre en plein air et c’est beaucoup de joie parce que c’est un rêve depuis des années, en fait, de créer cet événement. Il y a presque dix ans, quand j’ai terminé la classe libre des cours Florent, j’ai fait des projets professionnels intéressants mais où je n’ai pas eu la liberté de création similaire au temps qu’on peut prendre et à l’effervescence que l’on a à l’école. Donc ça me manque beaucoup de faire du théâtre sans contrainte et je rêvais de pouvoir être dans un endroit loin de nos vies et d’avoir du temps pour créer, avec, quand même, une échéance pour pouvoir offrir un rendu aux spectateurs. Je voulais aussi que ce soit dans un esprit de grande fête, que ce soit hyper populaire, pas cher, accessible, et que ce ne soit pas du théâtre intello ni élitiste.
D’autres camarades de promo avaient créé, il y a quelques années, le festival “La grande hâte”, dans l’Yonne. Chaque année, dans un champ, au milieu de nulle part, ils montent les spectacles qu’ils rêvent de monter. Ce doit être énormément de travail mais c’est ma conception du théâtre : quelque chose d’hyper populaire, avec des comédiens très engagés, une place de metteur en scène qui est assez relative parce que ce sont les comédiens qui arrivent avec beaucoup de propositions. Ils font du théâtre avec le cœur et avec pas grand chose, ce qui est un peu mon idéal de comédienne…
J’ai rencontré, avec Chloé, ma comparse aussi sur ce projet, le maire de Saint Gildas de Rhuys, ainsi que l’élu à la culture. On attend confirmation mais, à priori, ça devrait se faire…Ils nous accueilleraient dans un espace en plein air, pour pouvoir jouer deux spectacles, que l’on créera sur place, deux semaines avant la première. Chloé va s’emparer du spectacle pour enfants, dont le thème reste à définir, et je vais orchestrer, avec les comédiens qui participeront au projet, une adaptation de “Roméo et Juliette”. Ces deux spectacles seront joués quotidiennement, sur cinq jours. L’idée serait que ce festival soit annuel et, pourquoi pas, qu’il dure plus longtemps, en invitant des compagnies amies à venir présenter leur spectacle sur un ou deux soirs. A côté du spectacle, il y aura une guinguette, où on pourra créer du lien avec les gens, en restant après les représentations. C’est important, pour moi, de rencontrer le public !
Mon but est de rémunérer l’équipe artistique, avec l’aide de la billetterie, de la buvette et, peut-être, de la commune.
En parallèle, vous avez récemment vécu une expérience assez dingue, à l’image, de deux mois et demi en Chine. Quels souvenirs en gardez-vous ?
J’en garde plusieurs ! Un des plus incroyables est que je ne savais pas trop dans quoi je m'embarquais, parce que tout s’est fait hyper vite et que j’ai choisi de faire confiance à la personne qui m’a contactée, et j’ai bien fait. Un autre souvenir, parmi les meilleurs, est d’avoir pu rencontrer Michelle Yeoh, mon idole, qui joue dans mon film préféré, “Tigre et dragon”. C’est une dame qui a plus de soixante ans maintenant et qui est une queen, elle est tellement élégante, dans ce qu’elle dégage mais aussi humainement.
J’ai donc eu cette chance de participer à un projet monstrueux, on parle d’un blockbuster à des centaines de millions de dollars. J’ai tourné dans des scènes où j’avais, autour de moi, plus de cent figurants, c’était complètement fou. Et puis, j’ai été recrutée en tant que comédienne mais aussi que cascadeuse, ce qui est un aspect de l’artistique qui me fascine et que je rêve de développer depuis longtemps. Là, c’est venu à moi et je me suis dit que ce serait peut être le moment de renouveler l’expérience. Je suis athlète de haut niveau, je suis plusieurs fois championne de France de boxe thaïlandaise, ce qui veut dire que j’ai les bons mouvements. Je suis également une ancienne gymnaste de haut niveau, je fais de la plongée et de l’apnée et j’espère que je vais pouvoir développer cette nouvelle corde à mon arc. Je trouve très excitant de mêler le corps à l’interprétation…
J’ai participé à plein de projets formidables, je suis actrice récurrente sur “Alex Hugo”, où je fais la médecin légiste, ce dont je suis trop contente, j’ai tourné dans “La stagiaire”, dans “Zodiaque”, dans “Plus belle la vie, encore plus belle” mais, à chaque fois, ce sont des petits rôles, où je n’ai pas un truc énorme à défendre. On ne me demande pas grand chose dans le corps et j’ai l’impression que, sur l’aspect de la cascade, je vais pouvoir beaucoup plus m’exprimer, montrer qui je suis et m’éclater. Cela reste du jeu et on fait ce métier pour jouer, mais aussi pour prendre du plaisir.
Pour terminer, et revenir sur votre rôle dans “Alex Hugo”, on peut imaginer que ce doit être, à chaque fois, très plaisant de retrouver cette belle équipe et ce cadre incroyable de tournage ?
C’est vraiment familial, on tourne à Briançon, on est logés dans un hôtel de station, on est hyper bien, c’est paisible, on est en pleine montagne, c’est beau, sans qu’il ne fasse trop chaud en été. Le rythme est exigeant mais on prend le temps, ce qui est appréciable. Les décors sont magnifiques, c’est vraiment dépaysant, c’est un petit break : tu bosses mais, en même temps, tu déconnectes de l’effervescence des grandes villes. J’ai la chance de tourner avec Samuel Le Bihan et Mikaël Fitoussi, qui sont hyper pros et hyper accueillants. Je suis hyper flattée qu’ils prennent mes propositions, alors que j’ai un petit rôle. Je suis vraiment heureuse de faire partie de cette équipe, c’est une belle expérience et j’espère qu’ils développeront mon rôle, avec un peu plus de jours de tournage, pour profiter davantage encore d’être avec eux.
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Les auditeurs de M Radio peuvent vous retrouver, chaque jour de la semaine, entre 10h et 13, dans “Les M’Amours”, aux côtés de Tex. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
C’est vrai que je vis un métier de passion ! Depuis toute petite, j’ai toujours voulu être animatrice radio…J’ai eu la chance de faire des stages et ça a toujours été un plaisir et une passion d’être au micro et d’accompagner les gens, que ce soit pour les réveiller ou passer des fins de journée. Être derrière un micro est mon métier ! Là, en plus, on est en équipe alors que, avant, j’étais seule donc c’est un partage, à deux, avec Tex et, forcément, il y a un échange. On est sur une émission de contenu, qui suit le “M Radio réveil” et, sur le créneau de 10h à 13h, aucune autre radio ne propose un tel programme.
Je ne fais pas un métier difficile, on passe derrière un micro, on parle aux gens, on accompagne les auditeurs donc il n’y a aucune contrainte à venir travailler tous les matins. Même si le réveil peut piquer un petit peu, à 6h, ce qui est normal 🙂. En tout cas, c’est toujours un plaisir de retrouver les auditeurs pendant trois heures !
Vous l’avez dit, Tex et vous intervenez régulièrement, entre les titres diffusés, pour accompagner vos auditeurs sur des sujets divers et variés…
En fait, notre but est vraiment de faire passer aux gens un bon moment ! On rigole, on ne se prend pas au sérieux. Tex est un personnage, il est toujours dans la vanne et dans les blagues, on se charrie à l’antenne et hors antenne. On est là pour vraiment détendre les gens, on ne se prend pas au sérieux donc les sujets sont peut-être aussi un peu plus légers que certaines radios qui parlent d’autres choses. On tourne même parfois à la rigolade les thèmes dont on parle parce que le but est que les auditeurs qui nous écoutent se disent qu’ils n’entendent pas du tout la même chose sur les autres radios.
On le sait, Tex est très spontané et aime beaucoup l’improvisation…
C’est un vrai exercice ! Encore une fois, j’ai appris la radio seule, j’ai toujours été habituée à cela donc, déjà, de travailler en binôme est totalement différent et, oui, Tex…quel personnage ! L’improvisation ? Totalement…Mais, ce qui est bien, c’est que ça me permet de me détacher un peu de mon cadre, que j’avais avant. Là, je ne sais pas de quoi la seconde d’après va être faite 🙂 mais c’est ce qui est drôle. On travaille ensemble depuis février, c’est sûr qu’au début, ça pouvait être un peu difficile parce qu’on ne se connaissait pas encore mais ce qui est bien également, je trouve, dans ce duo, c’est que l’on est totalement différents. De par notre sexe, notre âge mais aussi par le fait que je ne sois pas beaucoup dans l’improvisation…J’ai fait un peu de théâtre quand j’étais plus jeune mais c’était hors cadre, alors que Tex est un vrai personnage de théâtre et de télévision, il est comédien et humoriste. Cette différence fait que ça fonctionne à l’antenne, on apporte chacun ce que l’on sait faire.
Pouvez-vous, parfois, avoir des sources particulières d’inspiration pour les sujets que vous évoquez lors de vos différentes interventions à l’antenne ?
Forcément, pour mes chroniques, je m’inspire un peu de tout ce qui marche sur les réseaux, mais aussi de ce que l’on entend parler en France ou à l’étranger. J’essaie aussi de sortir un peu de l’actualité, avec un “Top 3”, plus léger. Tex nous parle d’un point de France par émission, dans sa “Minute géographie”. Sans oublier la “Minute promo”, mise en place pour tous les artisans, les auto entrepreneurs, les restaurateurs, les artistes, …Cela les aide à développer leur activité.
La tranche 10h-13h est un moment charnière de la journée des auditeurs. Justement, y pensez-vous, dans le ton notamment que vous employez à l’antenne ?
Bien sûr qu’il faut parler aux gens donc il y a toujours un ton à adopter mais on part du principe que Tex et moi sommes là pour détendre les auditeurs, pour les faire sortir de leur quotidien et leur faire penser à autre chose. On est vraiment dans l’optique d’essayer de les faire rire et de les accompagner au maximum. Il n’y a aucune autre radio dans laquelle on peut entendre ce genre d’émission ! Évidemment que l’on respecte la couleur de M Radio mais en prenant les choses légèrement et en déconnant avec les auditeurs et auditrices qui nous écoutent.
La chanson française est le fil conducteur de la radio. De baigner dans cette ambiance musicale-là doit certainement être très plaisant ?
M Radio est le plus grand karaoké de France donc, si vous posez la question à Tex, il vous dira que, dès que l’on diffuse Jenifer ou Kendji, je suis la première à chanter et à casser les oreilles de l’équipe 🙂. Ça chante faux dans les studios mais ça chante 🙂 !
On a un large répertoire, c’est vrai, de chansons françaises, que ce soient des plus anciennes ou des plus actuelles donc, forcément, on peut défendre la chanson française d’hier et d’aujourd’hui.
En parallèle, vous publiez régulièrement, sur vos réseaux, des vidéos autour du PSG, votre club de football de cœur. D’où vous vient cette passion ?
C’est vrai que, depuis quelques temps, je me suis lancée sur les réseaux sociaux. J’ai commencé par TikTok, mais en ne parlant pas que du PSG d’ailleurs. Au fil du temps, je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas beaucoup de femmes qui connaissent bien ce club donc je me suis demandé pourquoi ne pas allier ma passion pour le PSG avec mon métier, en étant créatrice de contenus ?
Cette passion pour le club parisien est arrivée au début des années 2000, avec mon papa et mon frère, qui regardaient tous les matchs. Petit à petit, je m’y suis intéressée aussi et, aujourd’hui, je suis même plus passionnée qu’eux !
D’où vous viennent vos idées de vidéos ?
Je fais des lives d’avant-matchs, je fais même, parfois, des veilles de matchs. Il m’arrive aussi de proposer des chroniques, comme “Parisienne Sans Gêne” ou “Potins Sur Gazon”, pour reprendre le trigramme “PSG”. Dans cette dernière, j’évoque notamment l'actualité du club. Pour les vidéos, en scrollant sur TikTok, je peux avoir des idées…Ces contenus sont assez “drôles” en général. Moi qui ai une grosse collection de maillots, j’en parle également souvent. Je fais aussi ce que l’on appelle un unboxing quand j’achète un produit dérivé et ça marche plutôt pas mal…
Quand on parle du PSG, on peut imaginer que les retours des suiveurs sont nombreux et variés…
Il y a de tout ! Forcément, en étant une femme qui parle de football, je peux avoir certains réactions “étonnantes”. Mais les retours qui me font particulièrement plaisir sont ceux de femmes qui m’écrivent des compliments. Ceux des hommes sont aussi une marque de respect pour moi.
Les deux titres de champions d’Europe, ces deux dernières saisons, vous ont probablement fait chaud au cœur ?
On avait mangé du pain noir pendant des années et des années ! On a vécu une remontada que tout le monde connait mais c’est vrai que de vivre le premier sacre m’a mis les larmes aux yeux, je n’ai pas de honte à le dire. J’avais regardé la finale avec mon papa et mon frère, pour vivre ce moment-là avec eux. De gagner 5 à 0 était incroyable ! Je n’y croyais pas…Comment était-ce possible ? On avait tellement ramé, pendant des années et des années, on a aimé l’équipe, on l’a détestée, on était énervés, …il s’était passé tellement de choses que le fait d’avoir ce premier sacre était merveilleux !
Très honnêtement, je n’aurais pas pensé voir un deuxième titre suivre. Déjà un était magnifique, alors deux…Je ne dirais pas qu’encore aujourd’hui, j’ai du mal à y croire mais j’ai l’impression d’être dans un rêve. On est quand même double champions d’Europe ! C’est incroyable ! C’est ça, le football, on vit des émotions fortes !
En 25 ans de passion, quels joueurs du club vous ont particulièrement marquée ?
Le tout premier joueur, qui m’a fait m’intéresser au Paris Saint-Germain, était Laurent Robert, un gaucher, comme moi. Il avait des coups francs de malade ! Il y a ensuite eu l'arrivée de la légende Ronaldinho. J’ai aussi aimé Pedro Miguel Pauleta. Pour la petite anecdote, le premier match que j’ai été voir au Parc des Princes était face au Bordeaux de …Pauleta. En tant que supporters, forcément, on le sifflait et je crois bien qu’il nous avait répondu par un bras d’honneur. Avant de signer à Paris l’année d’après…C’est fou 🙂.
Je suis d’origine espagnole donc c’était exceptionnel, pour moi, de voir Sergio Ramos arriver au Paris Saint-Germain. Il avait tout gagné, la coupe du monde, l’euro, la ligue des champions, c’était l’un des meilleurs défenseurs centraux au monde donc j’étais refaite. Alors, il n’a pas fait grand chose et n’est pas resté longtemps mais c’est un joueur que j’aimé avant le PSG donc j’ai aimé qu’il soit au Paris Saint-Germain.
De la même façon, retenez-vous certaines rencontres plus encore que d’autres ?
Avant l’ère qatari, j’ai été marquée par le match de Marseille, avec Pedro Miguel Pauleta qui nous met un but contre Barthez sur lequel je ne sais même pas s’il sait comment il a fait. On ne sait pas si c’est un centre ou autre chose mais c’est un but exceptionnel… Les classiques d’avant avaient une autre saveur que ceux d’aujourd’hui et c’est vrai que, maintenant, malheureusement, je ne vais pas dire que l’on aime moins les Marseille - Psg, parce que ça restera notre rival de toujours, mais c’est vrai qu’avant, on était stressés, à ne pas savoir qui allait gagner. On criait devant notre télé, c’était compliqué mais ça fait des années et des années que Paris gagne…N’en déplaise à certains, je trouve que c’est dommage parce que j’aime bien cette petite adrénaline de match. Dans les classicos d’avant, j’ai également été marquée par le coup-franc de Cavani…
La saison 2026/27 démarre seulement. A quoi, selon vous, peut-on s’attendre ?
Le “three-peat”, comme on dit, serait exceptionnel ! Maintenant, je n’ai pas peur de ce début de saison du PSG, j’ai appris à ne pas avoir peur grâce à Luis Enrique, on sait que les saisons sont très longues. On revient d’une coupe du monde et, l’année d’avant, d’une coupe du monde des clubs, ça fait deux ans que les joueurs parisiens enchaînent. Certes, cela faisait longtemps que l’on n’avait pas fait un début de saison comme celui-ci mais, petit à petit, les joueurs qui ont enchaîné prennent le rythme. En plus, il y a eu beaucoup d’arrivées cet été donc il faut aussi faire tourner un peu l’effectif. Il y a des nouveaux qui ne connaissent pas forcément la tactique de Luis Enrique et de l’équipe, c’est plus compliqué de s’y faire. Le seul qui s’est déjà complètement adapté est Ferran Torres mais il connaissait Enrique, Ruiz et Dembélé. Un temps d’adaptation est donc forcément nécessaire…Du coup, ce début de saison ne m’inquiète pas plus que ça, je trouve que l’équipe montre certaines bonnes choses et d’autres qui sont moins bien, mais c’est partout pareil. Luis Enrique nous a ramené deux ligues des champions donc si on ne lui fait pas confiance, on ne fait pas confiance à nos parents 🙂.
Mais j’ai envie de dire “tant mieux, ça change un petit peu” ! Les années précédentes, les gens reprochaient de s’ennuyer donc, déjà l’année dernière, je disais que c’était tant mieux que Lens nous colle aux basques. Cela fait du bien que le Paris Saint-Germain ne soit pas champion dès le mois de mars, tant mieux si ça se bat et s’il y a du suspense.
Bien sûr que n’importe quel supporter parisien rêve du “three-peat” mais j’ai envie de dire que ce n’est pas grave si on sort en quarts de finale. On a déjà vécu deux titres, là où des supporters d’autres grandes équipes n’en ont même pas connu un seul…
Le ballon d’or va prochainement être désigné. Peut-on espérer voir un joueur parisien le soulever ?
C’est très compliqué cette année, j’ai fait une vidéo là-dessus et j’ai lu de tout. A mon avis, il est très difficile de sortir un seul joueur…Un a les performances individuelles mais pas collectives, un autre a les performances collectives mais pas individuelles…Il ne faut pas oublier qu’il y a trois critères : les performances individuelles avec le caractère impressionnant et le sens décisif, la performance collective avec les trophées, le fair-play et le respect. Oui, c’est un trophée individuel mais qui récompense les trois critères…Certains disent que Kvara, meilleur joueur de la ligue des champions, mérite le ballon d’or mais peut-on le donner à quelqu’un qui n’a pas disputé la coupe du monde ? C’est la question que je me pose. Si on me demande, je dis oui mais ce n’est pas moi qui ai voté. On serait sur l’année dernière ou l’année prochaine, il aurait largement été élu mais, malheureusement pour lui, on est sur une année de coupe du monde. Fabien Ruiz ? Il a tout gagné mais a manqué de nombreux mois en fin de saison, sur des matchs décisifs. Peut-on lui donner le trophée ? Je ne sais pas…Dembélé ? Selon moi, il remplit tous les critères mais le mérite-t-il ? Je n’en sais rien…Il reste aussi Kane, Yamal et Mbappé, chacun remplit une partie des critères mais une partie seulement…Autant, l’année dernière, c’était fait, autant c’est beaucoup plus compliqué cette année !
Pour terminer, et boucler la boucle, que peut-on vous souhaiter pour cette nouvelle saison qui a démarré depuis quelques semaines ?
Que l’on continue, pas uniquement cette saison mais pendant des années, à accompagner les gens, tous les jours, de 10h à 13h, avec Tex, sur M Radio. Qu’il y ait aussi de plus en plus d’audiences, avec toujours plus de rigolade à l’antenne, d’improvisations et de blagues.
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Nous nous retrouvons dans le cadre de l’édition 2026 du festival de la fiction TV de La Rochelle, pour “Impossible”, diffusé sur Arte. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous d’être présent ici ?
Oui, oui, oui ! Parce que, quand on fait des films, on est derrière la caméra, quand c’est projeté, on est dans l’ombre de la salle et, après, quand c’est diffusé, on n’est tout simplement pas là, donc on rencontre très rarement les gens, à part un cercle relativement restreint, pour pouvoir se guider. Donc, oui, c’est très très important ! En fait, on fait un film, à la fois, on le connait absolument et, à la fois, on ne sait pas trop à quoi il ressemble, on ne le sait que dans le regard ou dans les dires des gens. Donc, oui, c’est vachement réjouissant, en plus dans ce cadre-là. Il y a une autre chose qui est rare, c’est que, dans ce genre d'événement, tout d’un coup, par miracle, chez les gens, il y a une disponibilité à voir les films. Ce n’est pas si courant que cela dans la vie de tous les jours…Il y a du désir qui se balade à La Rochelle, et c’est réjouissant !
Si l’on revient à la genèse de cette aventure, sur laquelle vous avez plusieurs casquettes, comment en sont venues l’idée et l’envie ?
Vraiment, tout simplement et tout bêtement, par opportunité. C’est la productrice, Nicole Collet, qui m’a appelé parce qu’elle désirait faire l’adaptation d’un livre d’Erri De Luca, mais pas du tout celui-ci, un autre, plus récent. Je l’ai lu et, ou ça vous parle immédiatement, ou il ne faut pas chercher de midi à quatorze heures, il faut que ça fasse vibrer quelque chose, ce qui n’était pas arrivé. Je lui ai dit mais il se trouve que j’avais lu “Impossible” quelques mois auparavant et par contre, là, sans en avoir l’idée de l’adapter, à ce moment-là, oui, il y avait quelque chose qui me paraissait tout à fait cinématographique, paradoxalement. Je dis paradoxalement parce que, sur le papier, c’est juste une confrontation de plusieurs auditions entre un juge et un vieux suspect. Mais ils évoquent des choses qui me semblaient tout à fait un espace idéal pour faire un récit cinématographique.
Entre l’adaptation du livre et le format fiction, sans doute qu’il y a eu un équilibre à trouver ?
Oui, il y a le travail de l’adaptation. Il est à plusieurs endroits et registres. Je me dis toujours deux choses. Que je n'adapte pas le livre, qu’au fond, si on réfléchit bien, qu’est-ce que c’est que “le livre existe-t-il” ? Je veux dire qu’il y a autant de livres “Impossible” qu’il y a de lectures et de lecteurs. Chacun a son “Impossible”. C’est assez joli, parce que ça joue sur plusieurs tableaux à chaque fois. La notion d’impossible est comme la notion d’infini. Il y a déjà ce fait-là, que j’adapte ma lecture, ce que ça me suggère et, d’autre part, par conséquent, il n’y a pas de notion d’adaptation fidèle. A partir du moment où vous lisez le livre, vous avez vos montagnes dans la tête et votre personnage, qui a ces traits-là, et j’arrive et je le fixe sur une montagne, sur un comédien, sur une image et pas une autre. Je suis, par définition, infidèle…Mais j’ai toujours à coeur, pour tous ceux qui aiment De Luca, qui dégage une certaine musique, qu’on puisse un peu ou l’entendre ou la retrouver en voyant le film. Donc, à la fois, ça s’écarte pas mal et, à la fois, j’espère qu’il y a des molécules qui sont tout à fait comme dans l’original.
Justement, quel regard avez-vous voulu poser sur cette histoire au travers de la caméra ?
La question est vaste…Déjà, le premier travail a été de l’adapter pour la France parce que c’est un auteur italien et c’est une histoire qui se passe en Italie. D’ailleurs, le profil du magistrat est forcément un peu différent parce que le caractère du juge d’instruction à la française n’existe qu’en France. Dans le roman, il a beaucoup plus figure de procureur, si on voulait le comparer. Donc il a fallu adapter tout cela…Et puis, évidemment, pour nous, les brigades rouges, en Italie, font partie de leur ADN. Cela a été tellement choquant et violent que ça a impacté tout l’ensemble de la société, pour plusieurs générations alors que, pour nous, ça ne nous dit rien du tout. Donc il était important que, pour un public français, on les informe un peu…Après, quel regard j’ai eu là-dessus ? Il y a eu plusieurs niveaux. Au niveau politique, ça ne me semblait pas totalement inintéressant aujourd’hui, dans une période qui va bientôt être celle des élections, et où on reçoit absolument toutes les mauvaises nouvelles, dans notre pays, chaque matin, d’évoquer l’histoire qui fait le portrait d’un homme du XXe siècle, d’une époque où il y avait des utopies. On voit bien que le XXè siècle est jalonné d’utopies, qui ont été plus ou moins sanctionnées par des horreurs et des réactions. Aujourd’hui, on n’en est plus vraiment là…Il ne faut pas confondre l’utopie collective et la pensée ainsi que le magma que forme la soi-disant pensée d’un groupe de réseau social. Quand on utilise le “nous”, nous ne supportons plus ça, nous sommes Charlie, derrière le “nous”, non pas se cachent mais, à mon sens, se dissolvent tout un tas de “je”. Le personnage de ce vieux monsieur italien, cet ancien activiste, est un personnage qui n’existe plus. Il est en perdition dans le XXIè siècle, il finit sa vie et c’était intéressant, politiquement je trouve, de rappeler le profil d’un monsieur, il le dit dans le film, qui avait cette particularité, à tort ou à raison, de mettre la fraternité en premier.
On adapte les écrits de De Luca mais on adapte aussi, un petit peu, sa pensée. Dans un entretien, il disait “Vous, en France, vous avez “Liberté, égalité, fraternité”” mais que ça lui semblait un peu une erreur de mettre ça dans cet ordre. Il lui semblait que la première chose à faire était de régler la chose de la fraternité, qu’il fallait qu’elle soit là, comme socle. A partir de là, la liberté et l’égalité peuvent advenir. Bon, c’est une pensée que l’on peut entendre aujourd’hui, qui ne correspond à aucun parti mais qui ne fait pas de mal, je trouve. C’est pour la partie “politique”. Sans ça, sur le fond, je l’ai à moitié dit, c’est quand même l’enquête que fait le juge sur ce vieux monsieur et sur cette affaire, très vite, qui lui fait dérouler l'entièreté de sa vie. Finalement, cette arrestation, pour ce monsieur, représente une heure de bilan, en quelque sorte et je trouve ça bon. C’est peut-être mon âge qui avance qui fait que j’ai été très sensible à cela dans le livre 🙂 et que, dans le film, j’ai essayé d’y mettre cette dimension-là, finalement, de ce que c’est que la vie d’un homme. Au fond, une fois que l’on s’est dit tout cela, on se rend bien compte, à la fin du film, que le titre “Impossible” et le signifiant impossible caractérisent, au premier niveau, le fait qu’il y a deux mecs qui marchent sur une montagne, qui sont tous seuls, par hasard, mais qu’ils étaient tout à fait liés, donc comment est-il possible qu’ils soient là par hasard ce jour-là sans, soi-disant, se reconnaître. C’est ça, l’impossible contre lequel le juge essaie de se battre. Mais, très vite, on se rend compte que le signifiant impossible se met au schéma de la vie entière de cet homme et, au fond, à la fin, cet homme qui parle à une femme qui n’existe plus, c’est peut-être ça, l’impossible.
Ce projet a été l’occasion de côtoyer un chouette casting…
Oui, j’ai eu de la chance pour ça, j’ai deux acteurs prodigieux ! Swann Arlaud, on le connaît, il est à la hauteur de ce qu’on sait de lui, c’est-à-dire qu’il se dégage une espèce de vérité. Je sentais cela comme ça…C’est un prodigieux acteur ! Et puis, il y a cette découverte pour moi, et sans doute pour beaucoup, parce que je ne le connaissais pas, de cet acteur italien, Fabrizio Bentivoglio. Il est connu en Italie mais pas en France, il gagne à l’être, il m’a totalement bluffé, il est devenu le personnage, il est devenu, à un certain niveau, presque un double de De Luca. Il n’est pas du tout comme cela dans la vie…Quand on le voit dans la vie, on croit que j’ai été le chercher là où il était et que je l’ai filmé comme on filme un rocher mais pas du tout. C’est une chance fantastique parce que, évidemment, les acteurs soutiennent, ça repose sur leurs épaules et, dans celui-ci particulièrement, puisque c’est beaucoup sur la parole, la confrontation et le face à face.
On vous imagine impatient de pouvoir présenter le rendu final au grand public et curieux des retours ?
Oui ! Les films sont faits pour être vus…Il y a un mélange de curiosité et d’inquiétude. Vous voyez, c’est difficile de présupposer à l’avance. Je sais ce que le film me fait, c’est difficile de savoir ce qu’il fait aux autres.
C’est toujours la même chose : pour moi, un film c’est comme un mille-feuille, vous avez la partie supérieure, qui est toujours très attractive, qui est, je dirais, l’histoire “policière” du film…un homme est mort, est-ce un accident, est-ce un meurtre, est-il coupable, n’est-il pas coupable ? C’est la ligne mais, autour de cette ligne, je fais comme un mille-feuille et chaque feuille, chaque strate, constitue l’ensemble et est fait de la matière, je dirais, plutôt humaine de l’histoire, humaine des personnages particulièrement. Le film a été projeté ici et, après, j’ai eu quelques réactions qui m’ont fait plaisir parce qu’elles étaient enthousiastes et me semblaient tout à fait sincères. Il y a une dame qui m’a dit que, “au fond, c’est un film sur la solitude, la solitude du juge, évidemment de ce vieux monsieur et la solitude de cette femme qui semble délaissée”. C’est une strate du mille-feuille ! Je ne peux pas dire que j’ai fait un film pour Arte sur la solitude de la condition humaine, jamais je ne ferais ça mais il est vrai que, dans une strate, oui, il y a quelque chose. Et puis, j’avais l’ambition que l’on sente que l’on était en train de dérouler la vie d’un homme.
Pour répondre à la question, c’est quand vous tombez sur quelqu’un qui a vu quelque chose que l’on a mis, pas forcément dans les strates officielles et visibles, mais dans les non-dits. En quelque sorte, si j’écrivais des livres, je crois que je serais content de rencontrer quelqu’un qui me dise qu’il a vu entre les lignes. Si ça correspond à ce que j’ai voulu y mettre, là, je suis au paradis 🙂.
En complément, quels sont vos autres projets en cours ou à venir ?
Je suis en train d’écrire un nouveau film, c’est un peu prématuré pour en parler, j’avoue.
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous trois !
Nous nous retrouvons dans le cadre de l’édition 2026 du festival de la fiction TV de La Rochelle, pour “Un jour on fera l’amour”, prochainement diffusé sur ARTE, dont vous êtes respectivement les deux comédiens principaux et le créateur / réalisateur. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous d’être présents ici ?
Jérôme : Pour moi, c’est une émotion particulière parce que c’est ma troisième fois au festival, à chaque fois pour ARTE. Donc c’est une double fidélité ! Cela m’émeut beaucoup, parce que la confiance que me témoigne ARTE et la singularité que défend la chaîne sont quelque chose d’assez exceptionnel. A chaque fois, on est sélectionnés à La Rochelle donc c’est vraiment un grand grand plaisir ! Mais je crois que, pour vous, c’est la première ?
Natacha : C’est ma première …
Édouard : Moi aussi. J’avais une série l’année dernière mais j’étais sur le tournage de ce programme donc je n’avais pas pu être là. Je suis content de me rattraper.
Natacha : C’est la première fois…J’avais fait peu de séries, j’avais plus fait du cinéma, je ne connaissais ce festival que de nom.
Si l’on revient à la genèse de ce projet, Jérôme, comment en sont venues l’idée et l’envie ?
Jérôme : Je crois que les deux sources étaient, d’abord, une histoire dans un temps rétréci, en un week-end, et je voulais une histoire où ce serait l’action qui détermine les personnages, plutôt que l’inverse. Comme dans un western, comme dans une screwball-comedy, où ce sont vraiment les évènements qui font que. Quand même, l’envie la plus profonde était de faire le portrait de cette jeune femme, Aurore. Je voulais qu’il y ait une rencontre amoureuse et je voulais un récit, comme ça, qui aille de surprise en surprise, où aucun personnage ne soit trop prédéfini, que ce soit sur sa psychologie ou sur sa classe sociale. Il y avait toutes ces envies-là …Après, évidemment, c’est toujours mystérieux comment les choses viennent…
Pour vous, Natacha et Edouard, qu’est-ce qui vous avait plu, dès le début, dans ce projet ?
Natacha : Au tout début, on avait passé une scène d’essai avec Jérôme et il ne m’avait pas encore envoyé le scénario. Déjà, cette scène m’a vachement marquée parce que c’était une scène de grande discussion un peu ivre entre Aurore et Noé, et le personnage d’Aurore était débordant, il prenait de la place et on ne m’avait jamais offert un rôle où le personnage prend autant de place. C’était aussi un dialogue avec un personnage masculin, où elle pouvait dire des choses qui n’étaient, parfois, pas politiquement correctes. Cela avait déjà énormément attiré mon attention. Ensuite, quand j’ai découvert le scénario, c’était le fait qu’elle ose tant de choses, qu’elle ose prendre toute cette place et que, en même temps, elle ait beaucoup de pudeur à certains endroits, où, moi, ce n’aurait pas forcément été là que j’aurais mis ma pudeur. Cela m’a vraiment donné envie d’essayer d’être elle !
Édouard : J’ai un souvenir marquant aussi des essais. Je me souviens bien de la scène parce que tout le film est sur leur rencontre, ainsi que leur relation, et, déjà, c’est une scène où ils sont un peu ivres et où, en plus, ils se tirent un peu dans les pattes. C’est quand même un truc de “ils s’envoient des choses dans la gueule, ils se répondent, ils se cherchent, ils se disent des choses que l’autre n’a pas envie d’entendre” donc, déjà, il y a beaucoup de choses qui peuvent germer de cette situation. C’était super de commencer sur cette scène ! C’était assez beau, je pense, que ça démarre là-dessus. Après, c’était un bonheur de découvrir le scénario, ça permettait de déployer tout ce qui pouvait se passer entre ces deux personnages, tout ce qu’il peut y avoir dans le fond, dans leur histoire personnelle et dans l’évolution entre eux. Donc c’était passionnant ! Que ça se passe dans un temps très réduit est aussi la force du film, ça donne une attention, je pense, à l’instant même, de ce qui se passe et, en même temps, ce côté minuscule a un côté très grand où ce sont les petites choses de la vie qui sont grandes, en fait…
Jérôme : Quand j’ai fait mon casting, j’ai vu pas mal de duos acteur / actrice et l’heureux hasard est qu’ils ont passé leurs essais ensemble. Donc je les ai vus ensemble tout de suite. C’était, effectivement, une scène difficile que je leur demandais, puisqu’il y avait l’ivresse plus le rythme de la comédie à tenir. Et puis, ça évoluait tout le temps donc c’était une scène vraiment difficile.
Natacha : Ça a duré longtemps, tu nous a ajouté des couches et des couches et des couches 🙂.
Tout au long du tournage, Jérôme, quelles couleurs avez-vous voulu donner à ce beau duo ?
Jérôme : En tout cas, c’est ma nature et c’est quelque chose que j’ai exploré beaucoup, mais c’est vrai que je ne suis jamais allé aussi loin que sur ce film-là, dans le fait de rire beaucoup à certains moments et de pleurer beaucoup à d’autres. Comme cela, on a l’impression que l’on parle de cuisine 🙂 mais c’est parce que c’est mystérieux. Justement, il n’y a pas de recette et j’ai essayé d’être le plus honnête possible. D’ailleurs, le rire, dans la série, à mon avis, arrive souvent comme une défense contre quelque chose qu’on ne voit pas venir. Je pense que la plupart des rires sont de cet ordre et, d’ailleurs, c’est comme cela dans la vie. Je ne sais plus qui disait que, quand on rit, on montre ses dents mais, en fait, on montre ses dents parce que l’on a peur.
La palette de jeu a sans doute été très plaisante, en tant que comédiens, à défendre ?
Natacha : Très différente aussi ! J’ai beaucoup ri en voyant la série mais, en fait, finalement, quand on joue de la comédie, on n’est pas censé trop la jouer, on est censé être sincère et ne pas jouer le gag, mais, vraiment, je n’ai jamais vu le personnage comme un personnage qui allait faire rire. J’ai été surprise, en découvrant la série, qu’il y ait vraiment des moments où ce que je faisais à l’instant T était rigolo, en fait. Je l’avais vécu comme quelque chose de vraiment pas drôle et, donc, oui, j’ai plus eu l’impression de jouer une couleur quand même assez grave et assez sombre. Je me sentais vachement en contraste avec toi, Edouard et, finalement, en voyant la série, il y a plein de moments où on se rejoint…
Édouard : …et où c’est toi qui déclenche le rire, parce que tu réagis et que tu dis de grosses punchlines.
Natacha : Et toi, à des moments, justement, aussi, tu es sombre à des endroits et j’avais moins vu ça pendant le tournage. C’est marrant, en fait.
Édouard : Mais c’est vrai que c’est quelque chose, j’imagine, que tu as beaucoup travaillé, qui existe, qui est un équilibre super précieux et assez rare, je trouve, entre la comédie et le drame. Dès fois, les deux s’entremêlent un peu et même sur le tournage, c’était un enjeu. Parfois, des scènes me paraissaient avec un endroit de légèreté mais qui, en fait, n’en étaient pas du tout, et sur d’autres, dès fois, c’était plus léger que ce que je ne pensais. C’était bien cette précision que l’on avait de trouver ces choses-là.
Jérôme : Oui ! Et puis, moi-même, je me fais avoir par mes propres intentions, et ça, j’adore ! Je deviens spectateur et je mesure à quel point une scène est plus violente que ce que j’avais écrit ou plus drôle que ce que je ne pensais. Dans le troisième épisode, il y a un long slow, qui me touchait dans l’écriture mais je ne pensais pas que je serais aussi ému en le filmant. C’est grâce à ce que vous avez donné vous deux ! J’adore quand il y a des choses comme cela qui s’explorent et qui me sautent à la figure. Je ne crois pas du tout à la maîtrise totale : c’est ça qui est merveilleux quand on fait des films, on redevient spectateur et je pense qu’on dirige les acteurs mais que les acteurs vous dirigent aussi.
Natacha : C’est ce que l’on ressentait avec toi, en tout cas. C’est ce que j’ai aimé quand on a travaillé ensemble, c’est que tu nous laissais vraiment une part artistique. Tu avais une manière de travailler où, en arrivant sur le plateau, on avait un temps où la technique n’était pas là et où on devait proposer. En fait, tu nous redonnes aussi notre pouvoir, disons que tu considères la vision que l’on a de la scène et des choses. Là, on pouvait proposer la manière dont on voyait les choses, pour que ce soit organique de se déplacer, de circuler, de se toucher ou pas. Ensuite, tu nous disais ce que tu en pensais, toi, puis la technique venait s’ajouter. Je n’avais jamais travaillé comme cela…
Jérôme : Je ne veux pas déterminer de place de caméra tant que je n’ai pas vu les acteurs jouer…
Natacha : Ca, c’est rare !
Au-delà de la projection au festival, on vous imagine impatients de pouvoir le proposer au grand public et curieux des retours ?
Jérôme : Ah oui ! Ici, la projection a été très très émouvante, c’était vraiment très chaleureux. Donc, oui, j’ai hâte !
Natacha : Moi aussi !
Jérôme : J’étais là aussi pour écouter les gens, c’était super, parfois, d’entendre des rires à des moments où on ne s’y attend pas forcément. C’était une belle salle, il y avait une très belle écoute.
Natacha : C’est marrant de voir des gens très émus, alors que ça s’est fini sur le deuxième épisode, qui est vraiment plutôt rigolo par rapport aux autres. Je m’attendais à ce qu’ils sortent assez légers alors qu’en fait, ils étaient hyper émus. Donc je me suis dit que, même dans l’épisode où il y a le plus de comédie et de drôlerie, il y a quand même cette émotion-là. C’est ce qui leur reste !
Édouard : Cela rejoint ce que l’on a dit sur la comédie et le drame qui s’entremêlent. J’ai l’impression qu’il y a quelque chose, en dessous, qui est présent, un peu frémissant, qui fait que les gens sentent que ce côté profond peut venir.
En conclusion, que peut-on vous souhaiter pour cette diffusion à venir ?
Jérôme : Déjà, que les gens soient nombreux, à regarder et à aimer. On aimerait que notre travail soit vu, qu’il ne soit pas perdu au milieu des images de plus en plus nombreuses, on aimerait que notre œuvre fasse un chemin bien clair au milieu de tout ça, et se caractérise bien, ce qui n’est pas une mince affaire.
Natacha : Que ça parle !
Édouard : En tout cas, j’adore le rythme de la série, je pense que tu as pris le temps, Jérôme, à chaque fois, dans le scénario ou dans le montage, d’entrer dans les scènes et c’est émouvant de sentir, comme ici, que les gens entrent dans la temporalité du film, qu’ils ont le temps de vivre les émotions des personnages entre eux et avec eux. Cela les emporte petit à petit, au fil de l’histoire et c’est ça, je crois, qui nous touche, quand on sent que les gens, en sortant, ont traversé quelque chose. Je pense que la série va leur faire cela, même chez eux…
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Nous nous retrouvons dans le cadre de l’édition 2026 du festival de la fiction TV de La Rochelle, pour “Les disparus des Argonnes”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être, pour vous, d’être présente ici ?
Oui ! C’est mon premier festival de la fiction de La Rochelle, puisque j’écris des romans et, qu’en scénarios, j’écris plutôt des films. Donc d’être sélectionnés et d’être en compétition était vraiment une excellente nouvelle. Je croise beaucoup de gens qui me disent que j’ai de la chance et j’en suis consciente, donc je profite.
Si l’on revient à la genèse de ce projet, comment vous en sont venues l’envie et l’idée ?
Vraiment, j’avais toujours cette histoire et ce fait divers dans un coin de ma tête, depuis que j’écris. Je collectionnais un peu les articles et je ne savais pas si j’allais en faire quelque chose un jour. Quand j’écris, je pense toujours à mon roman d’après et donc, quand j’écrivais mon deuxième roman, “Anomalie”, je me disais “Je crois que le prochain sera sur cette affaire”. En m’en inspirant, parce que je ne suis pas journaliste, je n’enquête pas, j’aime travailler avec l’imaginaire. Je trouvais beaucoup de matière dans l’arène de cette histoire et, à un moment donné, il y a toujours un déclic, qui est : Quel est le point de vue de l’histoire ? Quand j’ai trouvé que le point de vue allait être celui d’une famille et, plus précisément, d’une mère dont le fils avait disparu, après, c’était comme une évidence de l’écrire.
Justement, cette inspiration d’un fait réel ensuite fictionné vous a sans doute demandé un certain équilibre ?
Absolument ! Il est vrai que, parfois, en collant trop à la réalité, on n’est pas si crédible que cela, parce qu’il se passe des choses tellement incroyables. Si on regarde le fait divers, notamment la lenteur de la justice est incompréhensible, en fait et, donc, on a envie aussi de s’en éloigner parce que ce n’est pas un témoignage. Ce n’est pas une invention de rebondissements, l’imaginaire est d’aller chercher en soi l’émotion pour essayer de raconter celle de ces familles. C’était l’intime qui m’intéressait et c’est cette intimité-là que j’ai imaginée et inventée.
On vous imagine certainement impatiente de pouvoir proposer le programme au grand public et curieuse des retours ?
Oui, beaucoup ! J’espère que cette histoire va toucher. Dans la série, il y a un panel d’émotions, grâce à cette merveilleuse équipe de comédiens et de comédiennes. Il y a aussi cette mise en abîme que l’on a créée avec l’émission télé. Je suis très curieuse de savoir comment ça va raisonner chez les gens, j’ai envie de savoir s’ils aimeront ce procédé que l’on espère original.
Entre le fait historique et la part de créativité, votre terrain de jeu était large et varié…
L'écriture d’un roman est très solitaire. Quand on écrit une série, on est déjà un peu plus nombreux, on a les producteurs, les diffuseurs et puis les co-scénaristes. Ce qui est très excitant, c’est quand, tout d’un coup, les choses s’incarnent…Tout d’un coup, de voir que ces personnages existent, incarnés par des comédiens aussi formidables, on oublie complètement les comédiens et les comédiennes. Il y a du temps qui passe dans la série, il y a de la transformation des corps et j’ai trouvé que Safy a fait un travail vraiment artistique. Toute l’équipe artistique et de déco a été vraiment géniale, ça fait revivre cette époque, connue ou pas. De revoir cette époque, de rentrer dans la maison des Veyrades, que l’on a écrite, était chouette.
Du coup, que peut-on vous souhaiter pour cette diffusion à venir ?
Je souhaite que les téléspectateurs soient au rendez-vous, qu’ils donnent toute leur confiance à ce merveilleux service public, qui nous permet de faire, comme celui-là, des projets ambitieux et artistiques. J’espère que ça donnera envie de faire d’autres projets tout aussi ambitieux à l’avenir, avec moi ou avec d’autres 🙂.
Justement, quels sont vos autres projets en cours ou à venir ?
C’est encore très embryonnaire mais j’écris un quatrième roman actuellement. J’aime bien alterner écriture de scénario et écriture de roman, et, là, je me donne le temps d’écrire un nouveau roman, qui ne se passera pas en France mais aux Etats-Unis.
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Nous nous retrouvons dans le cadre de l’édition 2026 du festival de la fiction TV de La Rochelle, pour “Les disparus des Argonnes”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être, pour vous, d’être présent ici ?
Oui ! C’est toujours joyeux de fêter, d’une certaine manière, un travail commun, de se retrouver et, surtout, d’avoir le plaisir de montrer aux autres, après tant d’années d’écriture, de développement et de tournage, l’objet pour lequel on a travaillé et que l’on a peaufiné depuis tant de temps. Donc, oui, très heureux !
Si l’on revient à la genèse de ce projet, qu’est-ce qui vous avait plu ?
Au départ, c’est vraiment le roman de Julie Peyr, qu’elle m’envoie et qu’elle me propose sous forme de blague, en me disant “Tiens, ça ferait peut-être un film ou une série”. Au bout de 100 pages, j’ai su qu’il fallait faire une série et j’ai proposé à Julie de la coécrire. Ensuite, on est partis dans un travail de plusieurs années, pour en faire une série. Il y avait plein d’éléments dans le roman et j’avais envie, oui, d’aborder tous ces sujets, d'éclatement de famille, de la disparition, des fantômes, du combat face aux institutions et face à l’armée. Il y avait plein de thématiques qui me touchaient et qui me plaisaient.
Entre réalité et fiction, votre terrain de jeu était large et sans doute plaisant…
Quel plaisir d’effectuer cette nouvelle interview ensemble !
Nous nous retrouvons dans le cadre de l’édition 2025 du festival CreaTVty, à Sète, pour la diffusion du programme “Les farouches”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être, pour vous, de revenir pour cette deuxième édition ?
Oui, oui ! J’étais très honoré, l’année dernière, d’être jury et le hasard des choses et de la vie fait que “Les farouches”, dont je partage le rôle avec Barbara Schulz, est en sélection cette année…Donc je ne sais pas encore comme je vais revenir l’année prochaine, il va falloir que je trouve encore une autre porte d’entrée pour revenir à Sète, une ville que j’aime beaucoup et que j’ai découverte petit à petit…J’y ai des amis, maintenant !
Si l’on revient à l’origine de votre participation à ce beau projet, qu’est ce qui vous y avait plu ?
Principalement Barbara Schulz ! C’était ma condition sine qua non et elle m’a dit, quelques temps après, avoir exprimé mon nom comme sa condition sine qua non…Cela fait longtemps qu’on se connaît, on est un peu de la même génération mais on n’avait jamais réellement tourné ensemble. On avait joué quelques scènes dans “Bernadette”, le long-métrage sur Bernadette Chirac, on s’était croisés à moultes reprises, on vient tous les deux du théâtre, on a les mêmes réflexes, les mêmes envies de travail, de construction de personnage et d’amusement entre partenaires.
Et je voyais très bien ce que je pouvais faire de ce rôle…Je préfère la comédie à un policier mais quand on mélange les deux et que la part belle à la comédie est là…Je connais très bien Barbara, je sais que c’est une extraordinaire comédienne donc on a trouvé, en tout cas à mon goût, le plaisir de jouer ensemble, d’être un peu chien et chat. Ce sont des ressorts très classiques mais j’ai la prétention de dire que ça marche, en tout cas que le couple fonctionne.
Donc je m’étais projeté là-dedans et je ne suis pas déçu du résultat que j’ai découvert ici, à Sète : il est à la hauteur de ce que j’avais imaginé en lisant le scénario.
Votre personnage vous permet une palette de jeu large et variée…
Oui ! Quand j’interprète un rôle, en tout cas c’est ma façon de fonctionner, je pars toujours du personnage qui est en moi, que je vais nourrir et faire grandir. Ce commandant existe en moi, quand je suis de mauvaise humeur, je peux être comme lui, je peux être cassant. Donc je me suis amusé avec lui, à être un râleur ! Je me suis inspiré aussi de plein de gens que j’ai vus ou que j’ai aimés. J’aime beaucoup ce personnage, je serais très content si ça fonctionne, ce qui nous permettrait de faire une saison 2. Je crois que le champ des possibles est grand…C’est aussi une comédie romantique, parce qu’on les aime ensemble. C’est classique, encore une fois, c’est comme dans “HPI”, on les aime bien, même si, là, c’est impossible…Non seulement parce que le personnage de Barbara est marié mais aussi parce que, dorénavant, nous allons avoir un lien familial qui nous interdit d’être ensemble. Donc c’est d’autant plus troublant parce que je pense, objectivement, qu’on les aime bien ensemble, les deux…Ce sont des espèces de vieux beaux : même s’ils vieillissent, ils sont encore beaux, ils ont encore cette espèce de pétillance et de volonté de se battre…Je les aime bien ! C’est le rapport que j’ai, réellement dans la vie, avec Barbara, qui est une pile électrique. Je la connais assez pour qu’on se parle très franchement des choses, elle peut être sévère sur des trucs, râler, tirer la gueule et je peux lui rentrer dedans …
Comment, d’ailleurs, avez-vous appréhendé cet exercice de découvrir sur grand écran, en public, le rendu final ?
C’est la chance que l’on a d’aller dans des festivals présenter des films. Moi qui vient du théâtre, c’est la seule frustration que l’on peut avoir avec le cinéma ou la télé, c’est qu’on ne rencontre pas le public. Ce que j’aime au théâtre, principalement, c’est justement ce contact direct, ce direct live…Là, comme je découvrais le film, j’étais un peu hésitant mais ça reste un vrai bonheur. D’autant plus que c’est un “vrai” public, ce n’est pas un public de professionnels, ce sont des gens qui aiment bien les séries et la télé…Donc ce sont eux qu’il faut écouter, ce sont des spectateurs professionnels, ce qui est intéressant, ce ne sont pas des critiques du métier…
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
La mini-série “La terre et le sang” est actuellement diffusée sur France 2. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oui ! C’est un projet que j’ai commencé à écrire en mars 2021, donc ça commençait à faire long. La préparation avait démarré en octobre 2024, pour une livraison totale de la série en décembre 2025, donc c’est vrai que c’était un bébé qui a eu le temps d’évoluer. Après, c’est vrai que ça appartient maintenant au public donc c’est super d’avoir les retours !
Si l’on en revient à la genèse du projet, d’où vous sont venues l’idée et l’envie ?
L’idée était de raconter une histoire différente et de casser un peu les clichés sur les histoires qui se racontaient en Corse. Donc on voulait prendre les codes sociétaux de la vendetta et les tordre, pour raconter une histoire haletante. Il y avait aussi une vraie volonté de ma part de faire mon premier 6x52 avec Thierry Neuvic qui, il y a 15 ans de cela, avait fait mon premier court-métrage. C’était donc une façon de développer une envie commune de travailler ensemble !
La diversité des sujets vous a permis un beau terrain de jeu…
Totalement ! C’est une série que l’on a traitée sous l’angle de la saga familiale, parce qu’on pense que c’est ce qu’il y a de plus haletant dans les codes moraux, dans les codes sociétaux et dans les dilemmes que l’on peut créer. C’est aussi transgénérationnel, c’est-à-dire qu’il y a beaucoup de générations qui s’entremêlent dans cette série et c’était super de pouvoir la traiter avec le scénario que l’on avait construit ensemble.
D’ailleurs, quel regard avez-vous voulu porter sur cette histoire, en tant que réalisateur ?
Déjà, en premier lieu, ce qui m’intéresse le plus, c’est le public et de lui raconter une histoire avec des sujets très présents, très réalistes, très portés sur l’identité corse. Cela était super important pour moi et ça permettait de raconter une histoire universelle pour le grand public. Il ne fallait pas que ce ne soit une histoire que pour les corses, même si, bien sûr, je voulais qu’ils s’y retrouvent dedans. D’ailleurs, j’ai beaucoup de retours très sympathiques de la part du public corse mais j’ai aussi beaucoup de téléspectateurs lambda qui m’envoient des messages pour me féliciter de la série. On est même numéro 1 sur la plateforme France.Tv
Ce projet a été l’occasion de tourner dans un chouette cadre…
Exactement ! En plus, c’est la région où je vis…J’avais un décor qui était à 50 mètres de chez moi, j’ai mon fils qui joue dedans, de la famille faisait de la figuration, des décors où on a tourné étaient des restaurants d’amis, on a également tourné sur des plages que je fréquente pratiquement toute l’année, donc c’est vrai que ce tournage était un vrai bonheur !
…et de côtoyer un beau casting…
Oh, oui ! D’ailleurs, je ne remercierais jamais assez France Télévisions de m’avoir fait confiance, moi qui ai eu carte blanche sur le casting. Ils ne m’ont imposé aucun acteur, ils m’ont fait confiance, on a travaillé ensemble mais c’était une vraie sensibilité de ma part de choisir tous ces comédiens et comédiennes. Dont le regretté Tchéky Karyo, qui nous a fait l’honneur de faire sa dernière apparition dans notre série.
Parmi tous les retours du public, lesquels vous ont fait particulièrement plaisir ?
C’est un peu personnel mais on a eu beaucoup de bons retours de gens de la communauté corse. C’est ce qu’il y a de plus difficile parce que, comme on le dit, nul n’est prophète en son pays. C’est vrai que j’ai eu beaucoup de retours d’inconnus qui m’ont dit avoir vraiment adoré et dévoré la série, alors qu’ils avaient peur du traitement du sujet. Même, dès fois, des gens du continent me disent avoir “bouffé” la série en une soirée…Comme cela représente plus de 3 heures de visionnage, ça fait quand même plaisir ! Les gens n’étant pas forcés de me le dire, c’est donc qu’ils doivent être sincères…
Du coup, que peut-on vous souhaiter pour les prochaines soirées de diffusion ?
Si on arrive à se maintenir, c’est très bien. Si on arrive à faire un meilleur score, c’est encore mieux…Maintenant, le plus important, au-delà des soirées de diffusion, qui restent très importantes aussi, c’est que la série puisse marcher en replay. Je crois beaucoup au replay par rapport à cette série, qui est peut-être un peu différente, un peu genrée, par rapport à ce que France Télévisions a l’habitude de fabriquer. Donc je pense que c’est un programme qui marchera en replay…J’espère que beaucoup de spectateurs vont pouvoir la binger. C’est vrai que, maintenant, dans les habitudes de consommation, les gens regardent les séries aux heures où ils ont envie. Le prime est important mais les replays le sont tout autant…
En complément, quels sont vos autres projets en cours ou à venir ?
J’ai des projets de séries et de long-métrages, qui sont en cours de discussion. Malheureusement, je ne peux pas rentrer dans les détails, je suis superstitieux et tant que les choses ne sont pas signées, il faut savoir garder sa réserve. J’espère que ce programme va pouvoir me crédibiliser encore plus et inciter davantage encore l’accélération de la validation des futurs projets. J’ai hâte d’être sur un plateau, j’ai hâte de tourner, c’est là qu’est vraiment ma place !