Farida Rahouadj évoque son actualité et ses projets, à l'image mais aussi sur scène !
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Bonjour Farida,
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Les téléspectateurs de France Télévisions pourront prochainement vous retrouver dans “Une place au soleil”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Laly Vannucci, la réalisatrice, est une femme merveilleuse et une directrice d’acteurs géniale. Ce tournage était câlin et joyeux ! Un moment d’une grande gaieté passé avec, entres autres, Béatrice de la Boulaye, Philippe Duquesne, … Nous avons tourné dans le sud, pas très loin de Montpellier…J’espère que cela évoluera en série !
Ce n’était pas un rôle attendu compte tenu de mes origines, Patricia tient une boutique, fait partie du conseil municipal et a une histoire d’amour avec le maire. Il y a pas mal de péripéties, c’est très vivant, le tout dans un village merveilleux. C’est d'une grande qualité !
Quel regard portez-vous justement sur Patricia, votre personnage ?
Patricia est épicière, elle fait partie intégrante du village, on y retrouve d’autres personnages assez hauts en couleurs. Notamment une dame qui a un coq comme animal de compagnie, une jeune femme qui débarque avec ses 2 enfants pour remplacer l’ancienne secrétaire de mairie car elle veut fuir la ville où elle vivait suite aux soucis de son fils. Notre rencontre, dans la fiction, sera explosive !
On va suivre l’intégration de cette femme dans le village. Au début, Patricia regarde son arrivée d’un mauvais œil mais, après moults péripéties, elles finiront par être très amies.
Sans doute que la palette de jeu a été très plaisante à défendre ?
Oui ! Vous savez, quand vous êtes avec des gens qui sont très précis dans la direction, chaleureux et bienveillants, vous avez des ailes et êtes assez détendu pour accueillir tout ce qui peut se passer. Vous vous laissez aussi plus facilement surprendre, offrant plusieurs strates au personnage.
Avez-vous eu des sources particulières d’inspiration au moment de vous glisser dans sa peau
Pas du tout ! En fait, il faut surtout s’intégrer à l’équipe, être à l’écoute…et puis, le scénario est là, c’est quand même la matière numéro une. Il y a le scénario invisible que l’on invente, je n’ai pas eu besoin d’une préparation particulière.
Par contre, au théâtre, sur “Les paravents”, on a dû faire un training physique énorme avant, c’était très physique, le décor est un immense escalier, avec des marches de trente centimètres.
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Que peut-on vous souhaiter pour la diffusion à venir et la suite éventuelle ?
J’espère retrouver cette équipe formidable. Caroline Lassa, la productrice est merveilleuse, chaleureuse et présente, c’est assez rare pour le souligner.
En parallèle, vous serez prochainement de retour sur scène, à Rennes, dans “Les paravents”....
Nous avons créé ce spectacle à Rennes, avant de le jouer à l’Odéon, à Paris. Nous avons aussi eu l’immense chance de le jouer en Chine, à Pékin. C’était une magnifique expérience ! Les Chinois ont construit le décor sur place, c’était remarquable et impressionnant.
On va heureusement le reprendre à Rennes, en décembre, puis, je l’espère, en tournée. Nous sommes seize acteurs sur scène, c’est merveilleux ! Dommage qu’il y ait de moins en moins de productions comme celle-ci.
Avec vos mots, très simplement, comment pitcher ce spectacle ?
C’est une pièce de Jean Genet, elle a été créée dans les années 60, à l’Odéon. Il y a eu d’autres mises en scène ensuite, j’avais fait partie de la distribution dans la mise en scène de Patrice Chéreau en 1982, j’avais un petit rôle.
C’était très émouvant pour moi de retrouver cette pièce , quarante ans plus tard, dans la mise en scène d’Arthur Nauzyciel. C’est un beau cadeau et j’y interprète Warda la reine du bordel.
Cela se passe pendant la guerre d’Algérie mais ce n’est pas le sujet de la pièce. C’est un spectacle sur les fantômes qui reviennent hanter les vivants. On comprend également comment, au cours de l’histoire, les événements se reproduisent inlassablement, éternellement, dans leur cruauté. Notamment comment les opprimés reproduisent le schéma des oppresseurs..
L’auteur écrivait qu’il faudrait jouer cette pièce comme s’il n’y avait pas de public. Comme si nous étions dans un cimetière. Il est très compliqué de parler de cette pièce … C’est un théâtre métaphorique, ce n’est pas un théâtre réaliste ni psychologique. C’est une écriture poétique, transfigurée.
J’ai été très impressionnée par la direction d’acteur d’Arthur, qui était de nous amener à nous laisser agir par les mots, que cela devienne organique sans chercher à calquer une illusion.
Warda, mon personnage, est la reine du bordel, elle vient exposer son agonie. C’est un personnage christique, elle est en train de mourir quand elle arrive sur le plateau. Elle rêvait d’un monde idéal, vertical, comme si son bordel avait été une chapelle et elle La Pute Céleste avec ses rituels. Les événements la tirent vers le bas, vers le monde terrestre sans spiritualité et elle devient la pute d’un petit bordel pour soldats et hommes du village, elle ne peut y survivre.
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Quels retours du public avez-vous déjà pu avoir ?
Les retours étaient très enthousiastes, la presse a été très élogieuse, c’était magnifique ! En Chine, Arthur a eu deux prix au festival auquel nous participions. Son courage et son audace ont été recompensés, c’est mérité !
En complément, vous êtes en préparation d’un seule-en-scène…
Oui, le producteur, Nicolas Boualami qui m’avait proposé de me produire, m’accompagne depuis plusieurs années, c’est une personne extraordinaire qui a cru dans ce projet dès le début. Une première résidence a eu lieu à Châteauvallon, pendant cinq jours. J’espère être en mesure de présenter notre travail dans un an environ.
L’histoire a pris un tournant inattendu. Nicolas avait été impressionné par une exposition sur les divas, à l’institut du monde arabe, il m’avait alors proposé de faire un spectacle sur ce thème. Comme je ne sentais pas de liens émotionnels, particuliers, avec « Les Divas », j’ai eu besoin d’écrire des monologues intérieurs, qui, au départ, n’avaient ni queue ni tête, jusqu’à ce que Nicolas me dise que la matière principale serait cette écriture .
Il m’a encouragée à écrire, l’écriture s’est axée sur l’enfance, cette période de vie où on se sent un peu reines et princesses. Et cela s’est mis, malgré moi, à se centrer autour de la figure de ma mère. Mon héroïne en quelque sorte, cette femme veuve à 25 ans, avec cinq enfants à charge, dans notre petit village de la région PACA avec toutes les difficultés surmontées tout au long de sa vie. Ma diva à moi était de toute évidence ma mère.
C’est très drôle et joyeux aussi malgré les difficultés. C’est le récit de la vie d’une famille d’origine maghrébine en Provence qui essaye de s’intégrer dans ce pays qu’elle considère comme sa patrie.
Certainement que le fait de vous replonger dans tous ces souvenirs a été riche en émotions ?
Tout à fait ! C’est un voyage auquel je ne m’attendais pas. C’est un tsunami intérieur parce qu’il y a des choses que l’on a oubliées, d’autres que l’on a voulu oublier. Plus on va profondément dans ce qui nous a remué, plus on rentre en connexion avec les autres et on les rejoint.
Merci, Farida, pour toutes vos réponses !
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