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theatre

Salomé Granelli évoque sa belle et variée actualité, théâtrale mais aussi télévisuelle !

Publié le par Julian STOCKY

 

 

 

Bonjour Salomé,

 

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

 

Votre actualité est riche, à l’image, sur scène mais aussi derrière le plateau. Commençons, si vous le voulez bien, par “Aïe”, pièce qui reprend en septembre au Théâtre de Dix Heures et que vous produisez. Certainement que ce bébé vous tient particulièrement à cœur ?

 

Absolument ! C’est un spectacle que j’ai co-écrit et que je coproduis donc je passe de l’autre côté, pour la première fois. C’est une aventure assez extraordinaire !

 

C’est une comédie musicale jeune public sur les émotions, où une joyeuse fée, la fée Bobos, celle des petits bobos que l’on ne voit pas, vient apprendre et exprimer à Aïe, cette petite fille qui a un peu mal partout, qu’on peut mettre des mots sur ses maux. Donc c’est un spectacle vraiment sur le lien parent - enfant et sur la façon de transformer les émotions négatives en émotions positives. C’est un spectacle musical, magique et interactif, qui permet aux petits et aux grands de verbaliser et de transformer.

 

 

 

 

Au moment de l’écriture, qu’est-ce qui vous avait donné l’envie de ce thème en particulier ?

 

Je coécris, avec une amie qui était venue me parler de son idée, que j’ai trouvée extraordinaire. On a écrit ensemble, j’ai mis beaucoup de ma personne, de mon chemin parcouru et de ma thérapie, vraiment. A la première, ma psy était dans la salle et était très émue. C’est un vrai chemin pour moi…

 

J’ai tellement aimé ce projet que j’ai décidé de le coproduire, avec une femme qui m’a fait confiance. Ensemble, on a monté notre structure et contacté deux excellentes comédiennes et chanteuses de comédies musicales, qui jouent les rôles de Aïe et de la fée Bobos, Cassiopé Mayance et Ana Ka. J’aime mettre en valeur ces comédiennes qui ont donné vie à ce spectacle.

 

C’est un spectacle vraiment familial, dans lequel chacun, selon son âge, comprendra soit le texte, sinon le sous-texte…

 

Oui ! Au début, la volonté du metteur en scène, Sebastiao Saramago, qui est aussi le compositeur des chansons, était de rendre vraiment accessibles, aux plus jeunes, des concepts qui paraissent adultes. Donc, à la base, c’était un spectacle jeune public et c’est au début de l’exploitation que l’on s’est rendus compte que nos amis, venus pour nous soutenir, sortaient en pleurs, alors qu’ils n’ont pas d’enfant. C’est là que l’on a pris conscience de l’ampleur et de l’aspect multi générationnel de ce spectacle. Il touche des parents, des grands-parents, des oncles et des tantes qui n’ont pas d’enfants…mais le but était d’être accessible aux plus petits. C’est pour cela que l’on dit que c’est un spectacle jeune public avant tout.

 

 

 

 

D’ailleurs, quels premiers retours avez-vous déjà pu avoir des spectateurs ?

 

On a eu la chance d’avoir, notamment, un pédopsychiatre, qui nous a dit, et ce retour nous a fait du bien, que “si ce spectacle était plus joué et qu’il existait dans toute la scolarité, il aurait moins de patients”. Beaucoup de mamans se retrouvent touchées et se permettent de récréer du lien, en prenant plus de temps avec leurs enfants. On a aussi des petits qui chantent les chansons parce qu’elles restent vraiment en tête et sont très très belles.

 

Les enfants nous disent que, maintenant, ils connaissent les étapes pour transformer les peurs. C’est pour cela que l’on va créer le livre au plus vite. Ils veulent aussi connaître les tours de magie, mais ça, on ne leur dira pas 🙂….

 

En étant de l’autre côté, comment avez-vous vécu, notamment, la première où, quelque part, votre bébé ne vous appartenait plus ?

 

C’est une question très intéressante ! Je n’ai jamais été autant stressée que dans la salle…J’ai l’habitude de voir des amis sur scène et d’être stressée parce que j’ai cette empathie mais, là, c’était fou ! J’ai une confiance absolue en mes comédiennes et mon metteur en scène, ils ont fait un travail extraordinaire, mais, mine de rien, à l’écriture, cette petite fille, Aïe, c’est un peu moi donc ça m’a profondément émue de la voir interprétée par quelqu’un d’autre. Cassiopé apporte une richesse folle à ce rôle et, en même temps, que ce soit ma maman, ou d’autres membres de ma famille, ils m’ont dit qu’ils me retrouvaient dans ce personnage. Ça continue encore à me bouleverser…C’est une place assez magique, où on lâche le contrôle et où on profite juste d’être spectatrice.

 

 

 

 

Cette expérience-là fait-elle de vous, consciemment ou inconsciemment, une comédienne différente encore ?

 

Encore une fois, cette question est très très intéressante ! Effectivement, je suis persuadée que ça m’a fait grandir en tant que comédienne. Pas forcément dans le jeu en soit mais plutôt dans la façon d’appréhender le stress : en fait, ça m’a permis de me rendre compte que, quand je ne suis “que” comédienne, je ne suis que comédienne, qu’on m’emploie parce qu’on m’a fait confiance et que toutes les problématiques, de budget ou encore de remplissage, ne m’appartiennent pas. Ca fait un bien fou de me dire que c’est magique : c’est Noël, j’ai juste à jouer ! Le fait d’avoir, de l’autre côté, toute cette pression, qui est vraiment conséquente et que je n’avais pas forcément anticipée, me permet d’être beaucoup plus détendue dans le boulot d’actrice. Donc j’aborde les projets à venir en tant que comédienne avec beaucoup plus de sérénité ! 

 

Vous avez également tourné dans “Après la fin”, le premier film de Frédéric Lopez. On imagine sans doute la joie que cela a dû être pour vous ?

 

Absolument ! Cette aventure-là, c’est quelque chose ! J’ai été très très honorée et heureuse de participer à ce projet, malgré une appréhension, au début, de part le fait de jouer une personne invalide, alors que je suis valide. J’ai eu une vraie peur d'illégitimité, que j’ai partagée au réalisateur, Frédéric Lopez, qui a été merveilleux et qui a su me faire me sentir à ma juste place.

 

Je joue une personne qui est paraplégique et donc en fauteuil roulant. On a eu une formation d'une demi-journée, qui nous a permis de nous mettre au service de ce fauteuil et, sur le tournage, j’ai tenu à être beaucoup en chaise roulante, pour sentir cette frustration extrême que ça peut être de ne pas pouvoir se mouvoir comme on veut. C’est vrai que, en plus de cela, le soir, en se levant, on se rend compte de la chance que l’on a…Cela m’a vraiment bouleversée ! Tout comme de tourner avec Louis Derungs, qui a lui-même un handicap, dont traite le film…Je l’ai vu avec tant d’aisance dans sa vie et tant de joie de vivre…C’était un tournage qui a été vraiment la joie de vivre, justement ! C’était réellement le point commun entre nous tous. Du coup, ça montre à quel point, quand c’est vertueux, c’est vertueux. 

 

Le tournage a eu lieu quelques mois avant que je ne lance mon spectacle et ça m’a énormément apporté, à me dire que je voulais absolument nourrir la joie de vivre dans l’équipe que je créais, à l'instar de Frédéric, qui a su faire un casting de comédiens mais aussi d’être humains, vraiment. C’est un très très très beau film ! Je suis vraiment très reconnaissante d’avoir pu y participer !

 

 

 

 

Au-delà de l’adaptation du livre “15 000 volts” de Louis, on voit cette histoire par le prisme de plein d’autres personnages. C’est vraiment un regard sur comment chacun vit le phénomène de rééducation…

 

Oui ! J’ai eu la chance d’incarner Océane et c’est vrai que ce personnage est génial. Je me rends compte qu’il est assez proche de moi, sur plein de choses : elle est très impétueuse et elle a une façon de gérer, dans un premier temps, le trauma par le déni…et je suis aussi un peu comme cela ! Il y a cette scène qui est terrible, où elle va jusqu’à s’inventer qu’elle ne s’est pas faite larguer et fait semblant d'être au téléphone avec son chéri  …J’ai trouvé cela bouleversant à jouer et Frédéric m’a raconté qu’il avait mis cet élément, dans ce rôle-là, d’une personne qu’il avait vraiment vue vivre cela. Je me suis dit que je voulais la défendre : elle est vue comme un peu peste mais j’ai tout de suite vu sa douleur à elle et le masque qu’elle s’est mis. J’ai vraiment aimé soutenir ce personnage-là !

 

C’est aussi un film très drôle, dans lequel les téléspectateurs vont beaucoup rire car ces rires sont nécessaires pour les personnes qui vivent ces situations…

 

En fait, ce qu’il ressort de ce film, c’est qu’il y a, certes, les accidents de la vie mais qu’il reste la vie ! Tant qu’on est en vie, on a la possibilité de transformer…ce qui ramène, un peu, à “Aïe”. On peut soit être résigné, soit transformer et tous les personnages du film, à des rythmes différents, décident de faire quelque chose de leur histoire. C’est fort !

 

Vous avez tourné la grande majorité des scènes dans un vrai centre de rééducation, ce qui a été certainement aidant à prendre pleinement conscience des enjeux…

 

Cela nous a complètement aidés, en tant que comédiens, même si, pour l’équipe technique, ça a été autant une chance qu’une contrainte. Dans un premier temps, ça a été difficile, en tout cas pour moi, d’un point de vue de la légitimité comme je vous ai dit plus tôt…Je me suis dit que je prenais sur leur espace personnel, j’avais l’impression que c’était un pied de nez de se lever devant eux mais, en fait, ils étaient tellement bienveillants et ça a été merveilleusement bien organisé que j’ai eu l’impression que ça a été fluide. Il faut savoir que beaucoup des figurants sont des personnes qui étaient là-bas, on a pu être avec eux et échanger, pour de vrai. C’est en cela que ça a été vraiment une expérience humaine, on s’est adaptés à leur planning et pas l’inverse. Donc il y avait, j’ai le sentiment, ce respect total !

 

En tant que comédien, c’est bizarre à dire mais c’est une aubaine de pouvoir être imprégné et de pouvoir, entre deux prises, juste regarder autour de soi. 

 

 

 

 

Vous avez eu la chance de déjà voir le rendu final. Comment avez-vous vécu la projection ?

 

J’étais tellement heureuse ! Pour tout vous dire, lors du tournage, j’avais l’impression de ne pas avoir été à la hauteur, dans ce rôle. Oui, c’est la fois, dans ma carrière, où, en tant que comédienne, j’avais le plus l’impression d’avoir été en dessous. Je ne saurais pas l’expliquer mais je l’avais verbalisé à Frédéric et quand, à la fin de la projection, il m’a dit “Bon, tu es bien !”, je lui ai répondu “Oui, je crois”. En fait, le montage est vraiment bon et il permet de faire exister ces personnages secondaires, vraiment, ce qui est rare dans ce genre de format. 

 

J’ai énormément aimé le film et j’ai réussi à le voir autrement que dans ma petite tête ou que par cet égo d’une actrice qui voit tout à travers son prisme. Je suis simplement fière d'avoir fait partie de cette aventure collective !

 

Sans doute êtes-vous impatiente de pouvoir proposer le rendu final aux téléspectateurs et curieuse de leurs commentaires ?

 

Malheureusement, je n’ai pas eu l’opportunité d'assister à une projection en festival, mais rien que de voir la vidéo envoyée par Frédéric de cette standing ovation... C’est la première perspective extérieure que j’ai pu voir… j’ai vraiment hâte qu’il soit diffusé et qu’il soit vu !

 

En complément, quels sont vos autres projets en cours ou à venir ?

 

J’ai tourné dans un téléfilm, qui va s’appeler “Meurtres à Epinal”, dans lequel je joue la fille du rôle tenu par Patrick Sabatier, qui a fait cet exercice et ce travail d’être acteur, et qui l’a fait de façon assez excellente, je dois dire. J’ai adoré avoir ce papa, je l’ai trouvé tellement humble et, en même temps, extraordinaire…Il est très bon, mais sans le savoir et c’est assez agréable à voir. J’ai eu de très belles scènes à partager avec lui : cette fille que je joue est enceinte, et son père n’a pas pu la voir depuis 20 ans…

 

 

 

 

 

 

 

J’ai également tourné un autre téléfilm, “Le dernier hiver”, réalisé par Didier Bivel dans lequel je joue une gendarme cynophile, aux côtés de Sagamore Stévenin. Je me réjouis que vous le découvriez et vous tiendrai informés de sa diffusion !

 

Merci, Salomé, pour toutes vos réponses !

Publié dans Théâtre, Télévision

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Marion Aydalot : Luis Enrique est beaucoup plus qu’un simple entraîneur!

Publié le par Julian STOCKY

 

 

Bonjour Marion,

 

Quelle joie d’effectuer cette nouvelle interview ensemble !

 

La saison 2025/26 a été marquée, notamment, par le “Back to back” du PSG en Ligue des Champions. Quel regard portez-vous sur cette prestation ?

 

J’ai envie de vous demander “Qui avait raison depuis de nombreuses années ?” 🙂. Je vous l’avais dit : Luis Enrique est un grand coach, il ne manquait que ça à Paris. Je trouve qu’il montre qu’il est beaucoup plus qu’un simple entraîneur : c’est un manager, c’est un psy…ou presque, puisqu’il y en a un dans son équipe, et puis, porté par le drame de la mort de sa fille et celui de son adjoint, qui a perdu sa femme, il y a quelque chose qui est presque de l’ordre de la lutte pour la vie. Ce n’est pas que du sport, c’est carrément une émotion forte !

 

Et, aussi, cette envie de toujours prendre des jeunes, de ne pas se laisser aller par des gros caractères ou des gros égos, et ça marche. Cela nous prouve que le football est, plus que jamais, un sport collectif.

 

Selon vous, lequel de ces deux titres en Ligue des Champions a été le plus beau ? Et lequel a été le plus difficile ?

 

Je dirais que les deux avaient la même difficulté. Simplement, il y avait sans doute plus d’émotion pour la première, justement parce que c’était la première, mais surtout par le score contre l’Inter. Ce match restera quand même dans les annales, alors que celui contre Arsenal était quand même “Voyage au bout de l’ennui”. Mais, effectivement, ces deux titres consécutifs sont, je pense, d’abord une surprise pour les supporters et puis une manière, finalement, de faire oublier toutes les années difficiles qu’a vécues le Paris Saint-Germain. 

 

En quoi cette troisième saison du coach espagnol à Paris était-elle différente des autres ?

 

Je n’ai pas vu de grande différence entre cette saison et la précédente. La vraie différence a été le départ de Mbappé : à partir du moment où il est parti, le coach a montré qu’il n’en avait finalement pas spécialement besoin et qu’il était sûr de lui. Maintenant, c’est la continuité dans la réussite. 

 

Je trouve parfait ce que fait Luis Enrique ! Je suis très impressionnée par le mec, par son histoire et par sa personnalité.

 

Individuellement, avez-vous été quand même déçue par certains joueurs ? Ou, à l’inverse, particulièrement surprise par d’autres ?

 

Je n’ai pas été déçue mais un joueur qui m’a impressionnée en bien, c’est Safonov ! Je ne m’y attendais pas du tout…Je dois dire que je n’ai pas très bien vécu le départ de Donnarumma, je pensais que ce serait difficile, je me demandais comment il allait être remplacé. Je n’étais pas très emballée par l’arrivée de Chevalier mais il a fait un début de saison qui n’était pas trop mal, au point de me retourner le cerveau. Avant de finir sur le banc…Je trouve que Safonov est génial. Il faut voir la suite mais, pour ce qu’il a montré, il a été très fort et très rassurant.

 

Cela veut-il dire qu’il sera le gardien numéro 1 de l’équipe pendant les années à venir, sans contestations possibles ?

 

J’ai tendance à penser que oui. Il ne m’impressionne pas mais, en même temps, je me dis qu’un mec qui arrive à faire ces séances de tirs au but, à être présent, à avoir le mental de champion lors de matchs difficiles de Ligue des Champions, c’est 100% réussi ! Pour l’instant, je suis bluffée par Safonov, je ne m’attendais pas à cela.

 

Quel regard portez-vous sur le reste de l’effectif ?

 

Je trouve quand même que le milieu du Paris Saint-Germain, Joao Neves - Vitinha, est très fort, magnifique et fantastique. Cela commence à être comparable aux plus grands milieux de l’histoire du foot. Je suis très très heureuse de ces deux joueurs-là, vraiment. Vitinha s’est énormément donné avec le PSG, c’est pour cela qu’il n’a pas fait une coupe du monde aussi fantastique….Il y a trop de matchs donc il faut choisir, parfois, ses compétitions.

 

A l’inverse, avec un Marquinhos vieillissant et un Zabarnyi qui n’a pas pleinement rassuré, la défense parisienne est-elle un sujet d’inquiétude pour l’avenir ?

 

C’est toujours un sujet d’inquiétude parce que je trouve, de toute façon, que, dans le monde, il n’y a pas beaucoup de grands défenseurs centraux en ce moment. Même en coupe du monde…Le 6 - 4 de l’Angleterre contre la France traduit une inquiétude sur les défenseurs des deux sélections. Ce n’est pas fantastique pour l’Italie ou l’Allemagne non plus donc, pour l’instant, je crois que le PSG ne s’en sort pas trop mal. Mais je ne sais pas pour combien de temps. On verra bien…

 

Les supporters parisiens doivent-ils réserver leur soirée du 5 juin prochain, date de la finale de la Ligue des Champions ?

 

Je pense que c’est comme l’équipe de France et celles de l’Espagne ainsi que du Portugal, qui s’étaient préparées à la victoire en coupe du monde. Bon, il se trouve que ça a été l’Espagne…Oui, je dirais aux supporters du PSG de ne rien prévoir ce soir-là et de bloquer leurs soirées également du printemps. Pour moi, c’est une évidence que c’est possible. Maintenant, le PSG peut aussi sortir en demi ou en quart, face à un Bayern de folie, qui aura appris de ses erreurs de l’année dernière, mais ça ne passera pas très très loin. Je sais déjà, par contre, que si l’équipe sort au stade des quarts de finale, on dira que Luis Enrique a été catastrophique…

 

Ce PSG-là pourrait-il aussi chuter face au Real de Mourinho ?

 

J’aime beaucoup José Mourinho, depuis toujours. Pendant longtemps, je pense qu’il a été le meilleur coach du monde, sans débat possible. Ce qu’il a fait avec Porto, avec l’Inter, même avec l’AS Rome et United, montre qu’à chaque fois, il y a des titres. Reste à voir comment il va gérer les stars et s’il est encore au top…C’est la grande question ! Si Mourinho est au top, je ne vois pas comment ils peuvent passer à côté de la Ligue des Champions. Mais le coach peut aussi avoir perdu beaucoup en entraînant Fenerbahçe et Benfica. Encore une fois, ce sera fonction de l'entraîneur, pas de l’équipe, qui est belle, avec des joueurs qui sont tous magnifiques. 

 

Plus généralement, quelle analyse faites-vous de la dernière saison de Ligue 1 ?

 

Je trouve que, comme d’habitude, on s’énerve trop et beaucoup trop vite à Marseille. Ce n’est pas parce que l’on se fait sortir par Bruges en Ligue des Champions et qu’on se prend une tanas contre le meilleur club du monde qu’est le PSG, que tout est fini. A un moment, il faut quand même que tout le monde se calme…A chaque fois, il faudrait tout recommencer. C’est un défaut énorme à Marseille !

 

Pour le reste, à Lyon, j’aime bien Michèle Kang, je trouve qu’elle fait son job et qu’elle a pris la bonne suite qu’il fallait. Je suis curieuse de voir ce que va faire le PFC, parce que je trouve que les choix sont bons, les choses avancent lentement mais sûrement. Je suis un peu déçue par Monaco, je m’attendais à mieux mais ils mettent de moins en moins d’argent, ce qui est aussi une explication.

 

Si je suis vraiment sincère, je pense que la Ligue 1 n’est pas vraiment à la hauteur. J’y suis attachée parce que c’est mon pays mais, sorti du PSG, ce n’est pas fou-fou quand même…

 

Pour la prochaine saison, Lens et Lille, deux clubs qualifiés pour la plus grande des coupes d’Europe, ont changé d'entraîneurs. Cette année sera-t-elle celle de la confirmation ? Ou sera-t-elle plus compliquée ?

 

Dans les équipes en construction, que je verrais monter, je mettrais le PFC et Lyon. Mais pas forcément deuxième et troisième…Après, il y a toujours une surprise, ce peut être Strasbourg. A Marseille, on nous propose surtout beaucoup de jeunes et une masse salariale réduite. Monaco, pourquoi pas…Comme cela, spontanément, je dirais Lyon sur le podium.

 

La coupe du monde 2026 s’est achevée il y a quelques jours. Sportivement parlant, avez-vous pris du plaisir à suivre cette compétition ?

 

Oui et non ! En tant que française, c’est sûr que les matchs la nuit ne sont pas ma tasse de thé. Je trouve aussi qu’il y avait trop d’équipes, je réduirais de moitié pour passer à 24, ce serait beaucoup plus serré, avec plus de niveau. Là, je trouve quand même qu’on fait surtout plaisir à de petites équipes mais je reste sur ma faim…J’aime toujours voir des stars et des nations européennes. 

 

En revanche, je trouve que l’on a fait un procès à Infantino que je ne trouve pas juste…On oublie que, quand un pays reçoit la coupe du monde, c’est lui qui fait la loi durant la compétition. Il n’y a pas eu de coupe du monde en Europe depuis 2006. Je n’ai pas d’hypocrisie, j’adorerais que ce soit toujours chez nous mais il faut partager le gâteau. Je regrette mais c’est comme ça, c’est l’ordre des choses !

 

L’équipe de France a fini quatrième…Est-elle à sa place ?

 

Oui, oui, elle est totalement à sa place ! Elle n’a pas la génération 2018, elle n’a pas, au milieu, Matuidi - Pogba - Kanté, elle a de bons défenseurs mais pas les meilleurs du monde, il va falloir en trouver de meilleurs. En en prenant 6 contre l’Angleterre, je considère que nous n’étions pas l’équipe qui devait gagner la coupe du monde.

 

L’Espagne est-elle partie pour régner quelques années encore sur l’Europe et le monde ?

 

L’Espagne est toujours présente, dans tous les sports d’ailleurs. C’est un pays de sport, c’est une évidence ! Si, vraiment, je devais trouver des inquiétudes, offensivement, il manque quand même un attaquant star. J’ai peur que ça manque pour l’Euro dans deux ans.

 

Beaucoup ont critiqué l’attitude de l’équipe d’Argentine sur le terrain. Qu’en avez-vous pensé ?

 

C’est comme le Paraguay ! Ça a toujours été comme cela avec les équipes d’Amérique du sud…On dirait que les gens découvrent que ce sont des bouchers ! Le plus beau football est européen, il ne faut pas aller le chercher ailleurs, c’est un football mature, avec des joueurs calmes, avec une éducation, avec des gentlemen. 

 

Pour terminer, que peut-on attendre de l’équipe de France de Zinédine Zidane ?

 

Je n’en attends pas grand chose, contrairement à beaucoup de monde, parce que je trouve que ça va être très très difficile d’arriver à dépasser le palmarès de Didier Deschamps. On ne lui a pas fait une fin très agréable d’ailleurs…Bonne chance à Zidane ! S’il remporte une coupe du monde, je serais la première heureuse mais j’y crois beaucoup moins, avec une génération moins intéressante. Il va obligatoirement devoir faire des changements radicaux…

 

On aura déjà un premier aperçu avec les quatre matchs qui vont arriver à l’automne puis on aura le temps de bien juger d’ici au prochain Euro…Mais je reste très très fan de Deschamps ! 

 

Merci, Marion, pour toutes vos réponses !

Publié dans Théâtre, Télévision

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Didier Constant évoque en détails son actualité sur scène et à l'image !

Publié le par Julian STOCKY

 

 

 

Bonjour Didier,

 

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

 

Vous avez une belle actualité, en cours et à venir, sur les planches et à l’image. Vous répétez actuellement une pièce que vous connaissez bien, “Les voisins du dessus”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?

 

Oui ! D’autant plus que je n’ai pas le même rôle que la première fois, il y a plus de dix ans. Donc c’est une redécouverte. Je connaissais le rôle, la pièce et les situations mais j’avoue qu’au début, je me demandais si j’arriverais à avoir la truculence que doit avoir le personnage. Il va loin, il est très gonflé et…je m’éclate, en fait ! A la limite, je dirais que j’ai plus la nature de ce personnage-là. 

 

Sans tout en dévoiler, comment pitcher cette pièce ?

 

Cette comédie traite de deux sujets de fond. D’abord du désir d’enfant (maternité / paternité) pour des quinquagénaires qui n’en ont pas et, ensuite, de jeunisme. Les jeunes, aujourd’hui, sont déjà vieux dans leur tête, ils pensent à la retraite alors que les anciens, pour certains, refusent de vieillir, allant même jusqu’à faire de la chirurgie esthétique. Cela ne peut pas coller car, normalement, il y a une dissonance cognitive entre ce que l’on est et ce que l’on veut être. On dit toujours que les personnes qui acceptent de vieillir sont beaucoup plus belles que celles qui veulent absolument rester jeunes. 

 

Laurence Jyl, l’autrice, sait jouer sur plusieurs tableaux : il y a du rire, il y a des choses sur lesquelles on peut dire que les personnages sont gonflés mais il y a aussi de la tendresse et de la profondeur. C’est un spectacle vraiment familial, pas vulgaire. 

 

Mon personnage forme avant tout un duo avec sa femme, interprétée par Caroline Margeridon. On est “attachiants”.

 

 

 

 

Sans doute que la palette de couleurs doit être très plaisante pour vous ?

 

Oh oui ! De toute façon, à chaque fois que je prends un rôle à bras le corps, ça me grise. Je trouve que c’est tellement amusant d’incarner un personnage, il faut tout regarder dans ce cas-là, je m’inspire de partout, de plein de gens, je fais des petits clins d’oeil à des anciens, avec qui j’ai partagé la scène. On a tous des types de langage et de jeu et, quand je peux m’en servir dans un rôle, je le fais. 

 

Ici, les personnages sont instinctifs, cashs et sans détours, ils disent ce qu’ils pensent mais, en même temps, ils ne sont pas méchants, ils sont maladroits. Tout cela est drôle, d’ailleurs ! Ils peuvent également être touchants, quand ils disent quelque chose qui leur est arrivé ou pourquoi ils veulent rester jeunes. C’est un ascenseur émotionnel, même pour le public. On peut les détester, ou en rire tellement c’est énorme et puis, d’un seul coup, on peut être touchés. C’est génial, c’est rare, dans un personnage, d’avoir plein de couleurs à défendre. 

 

La première adaptation date d’il y a quelques années maintenant, ce qui montre bien que cette pièce est restée très contemporaine…

 

Cette pièce pourra se rejouer dans dix ou vingt ans, avec d’autres. Je pense que ces problèmes de jeunisme, de désir d’enfants, de gens étriqués dans leur tête existeront toujours. Cela existait déjà en 1988, ça existe toujours en 2026…ça existera encore dans quelques années !

 

La tournée est prévue un peu partout en France et même au-delà des frontières. Ce doit être très plaisant d’aller à la rencontre de ces différents publics ?

 

J’ai toujours été attiré par les tournées théâtrales….Dieu sait que j’ai joué pendant des années à Paris dans des grandes salles prestigieuses mais partir en tournée est un bonheur sans nom. On va à la rencontre des gens et le public en province n’a rien à voir avec celui de Paris. Dans la capitale, ce n’est pas une machinerie mais presque. En province, on a davantage le temps d’échanger avec les spectateurs après, ce que j’adore ! 

 

J’aime partir avec ma valise, aller à l'hôtel, se retrouver au restaurant…Ce n’est pas que le fait d’aller jouer quelque chose, c’est aussi de profiter du voyage, de découvrir un nouveau théâtre ou une nouvelle salle, de faire un raccord. Pour moi, c’est l’essence même du métier…A l’époque, Molière faisait les marchés à la rencontre du public, c’est ce qu’il y a de mieux.

 

En complément, à l’image cette fois-ci, vous allez prochainement tourner dans la nouvelle saison de “Askip”. Quel regard portez-vous d’ailleurs sur votre personnage ?

 

(Grand sourire) Pour remettre dans le contexte, j’étais quasiment tout le temps sur scène de 1997 à 2019, je tournais aussi mais très peu du coup. Puis, j’ai eu cette chance d’être pris sur “Askip” un mois avant le Covid. Au début, ça me faisait drôle de jouer ce personnage de Philippe Couret, le principal du collège, parce que c’était la première fois que l’on me donnait le rôle du directeur, une fonction que j’adore. 

 

Ce devait être un personnage strict et sévère, que tout le monde craignait, des élèves aux parents. Mais le créateur et réalisateur de la série, Benoît Masocco a vu en moi un côté comédie, que j’ai, apparemment, intrinsèquement. Ce qui a été génial, c’est que les auteurs m’ont découvert aussi et, au fur et à mesure, ont écrit en fonction de ce que je pouvais dégager et faire. Je ne dirais pas que ce personnage, c’est moi mais un peu quand même 🙂. J’ai un côté autoritaire mais aussi un côté papa. Couret est un peu le directeur que tout le monde aimerait avoir : il gueule mais a un cœur grand comme ça ! En plus, tout un univers a été créé autour de lui : il est en couple avec Eliane mais, comme dans “Columbo”, on ne la verra jamais…Ils n’ont pas d’enfant donc ses élèves sont un peu ses enfants, du coup il est touché, il pleure, il est en colère, il se prend les pieds dans le tapis, les élèves se moquent de lui mais il s’en fout. C’est génial à jouer !

 

J’avoue que j’aime bien ce Couret. Quand on est récurrent sur un rôle, l’équipe s’adapte aussi à ce que donne le comédien et, petit à petit, il y a des similitudes. J’aime quand des gamins ou des parents m’interpellent pour me dire qu’ils adorent ce personnage. Il y en a même qui écrivent à la chaîne, pour demander à s’inscrire dans ce collège, afin d’avoir Couret comme principal…Je suis content de ce côté populaire ! 

 

On tourne principalement pendant les périodes de vacances scolaires. De mon côté, je regarde tous les épisodes, pour ne pas perdre l’essence du personnage…

 

Récemment a été diffusée la saison 2 de “A priori”. Probablement que la fidélité du public vous a fait chaud au cœur ?

 

Oui, c’est vrai que ça fait toujours plaisir. C’est un peu comme quand la salle est pleine au théâtre. C’est le résultat d’un travail d’équipe : les comédiens, l’équipe technique mais aussi les auteurs, l'administratif, le juridique, les coiffeuses, les habilleuses, …C’est un paquebot dont on ne voit que la partie émergée mais tout le monde est content quand ça fonctionne. 

 

Votre personnage était un peu un confident, tout en étant fédérateur…

 

C’était un peu “Huggy les bons tuyaux” 🙂. On a tourné à la Grande-Motte et le maire était même venu sur le tournage, à la paillote. Je regrette qu’il n’y ait pas de saison 3 car des négociations avaient été entamées pour ouvrir toute l’année un lieu inspiré de celui de la série. Cela aurait été un peu flatteur et ça m’aurait amusé. 

 

Mon personnage était récurrent mais faisait partie des plus petits rôles…et il redevenait central lorsque l’équipe du commissariat venait chez lui. On retrouvait alors toujours ce même côté papa. J’ai aimé ce personnage !

 

Pour terminer, peut-on dire que vos différentes cordes artistiques évoquées sont complémentaires pour vous ?

 

Oui, c’est intéressant. Au théâtre, on est sur scène donc il faut jouer plus large et plus grand. A l’inverse, à la caméra, comme elle vient prendre, il n’y a pas besoin de projeter. Je trouve que le plateau est plus facile, il suffit d’être…En plus, on peut refaire, contrairement aux planches. En tout cas, je trouve que l’un nourrit l’autre sans arrêt. 

 

Merci, Didier, pour toutes vos réponses !

Publié dans Télévision, Théâtre

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Didier Brice évoque son actualité théâtre et télévisuelle, mais aussi ses souvenirs d'une série culte !

Publié le par Julian STOCKY

 

 

 

Bonjour Didier,

 

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

 

Vous serez de retour sur scène, en septembre prochain, au théâtre Saint-Georges, dans la pièce à succès “Du charbon dans les veines”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?

 

Oui, surtout que, depuis que j’ai débuté, j’ai beaucoup travaillé avec des auteurs vivants, par choix, parce que je pense que donner cette parole-là est plus riche encore. Dans la parole des auteurs vivants, il y a une fraternité qui est plus évidente, qui est plus immédiate et qui nous permet de parler de cœur à cœur avec ces auteurs. J’adore travailler avec les auteurs, échanger des idées avec eux, écouter ce qu’ils ont à dire sur l’interprétation, sur les motivations de leur écriture…Là, grâce à cette aventure j’ai eu la joie immense de pouvoir mieux connaître Jean-Philippe Daguerre, qui est aussi le metteur en scène. C’est un homme exceptionnel, c’est un auteur que j’aimais, que j’aime toujours mais c’est un homme que j’ai découvert à la hauteur de ce qu’il écrit. C’est un type qui vit ce qu’il écrit, c’est-à-dire qu’il n’est pas dans le paraître, il n’écrit pas pour changer son image, il écrit vraiment comme il vit, il écrit avec le goût du partage, le goût de la loyauté en amour et en amitié, le goût du compagnonnage, le goût de l’excellence et, dans sa vie, il est comme ça…

 

Dans sa vie, il est extrêmement généreux, j’ai rarement vu quelqu’un d’aussi généreux, vraiment, c’est un type que je suis très heureux d’avoir rencontré dans ces conditions-là, c’est-à-dire pour mieux le connaître que ce que je le connaissais avant, alors que je le côtoyais de fêtes en fêtes, de représentations en représentations depuis quinze ans.

 

J’avais vu toutes ses pièces. lui me connaissait d’avant, puisqu’il m’avait vu au théâtre, mais je ne le savais pas…J’ai découvert aussi ses mises en scène de classiques au théâtre du Ranelagh et ce qu’il fait là-bas est incroyable ! L’histoire de la compagnie Babouchka, avec Charlotte Matzneff, est aussi une histoire remarquable, de compagnonnage, de troupe, de fidélité…C’est une histoire familiale incroyable, c’est dingue : ils sont toujours là, ensemble, malgré les années et ça tient vraiment à leurs deux personnalités.

 

Un mot, si vous le voulez bien, sur le spectacle et sur l’histoire qui y est racontée ?

 

Ça parle de générosité, d’amour, de loyauté, de grandeur d'âme …Souvent, quand on utilise ces mots-là, on nous répond “Ah, des bons sentiments”. Pourtant cette fois-ci, une de mes amies chères, qui est dans la mouvance punk - oui, ça existe encore -, m’a dit en sortant de la pièce “Didier, quand on voit ça, on a l’impression que la gentillesse pourrait sauver le monde, et ça fait du bien”. Là, je me suis dit que le succès de cette pièce n’était pas un hasard : si cette fille-là, en voyant ça, me dit ça, je me dis que ça œuvre ! C’est souvent le problème des auteurs, des metteurs en scène et des acteurs, c’est qu’on est persuadés de dire des choses au monde, qu’on les dit avec tout notre cœur mais que ce n’est pas reçu… Là, elle recevait ça !

 

J’avais vu le spectacle bien avant de savoir que j’allais jouer dedans, il m’avait bouleversé, notamment parce qu’il n’y a pas de méchant sur le plateau, ce qui est une anomalie au théâtre. Dans tous les manuels d’écriture dramatique, on dit qu’il faut un protagoniste et des obstacles, parmi lesquels il y a un ou plusieurs méchants. Là, il n’y en a pas, les méchants sont laissés hors cadre, ils n’entrent jamais sur le plateau, on en parle un petit peu, ce sont les patrons qui sont critiqués, notamment par le syndicaliste mais ils ne sont pas là, parce que ce n’est pas ça le problème, et que ce n’est pas l’histoire. L’histoire est celle de gens qui s’aiment et qui vont s’aimer malgré toutes les épreuves. Le sujet de la pièce est l’amour inconditionnel, l’amour malgré tout, malgré la maladie, malgré la mine, malgré les journées harassantes et puis, la joie de vivre, la joie d’être en vie, jusqu’au bout, jusqu’à la toute fin. Mon personnage est très malade dès le départ, on le comprend mais ça ne l’empêche pas d’être absolument joyeux de vivre, il en profite ! C’est une vraie belle leçon qui ressemble, encore une fois, à Jean-Philippe Daguerre, qui est comme cela dans la vie. C’est un mec en vie !

 

Justement, quel regard portez-vous sur votre personnage ?

 

J’ai un regard de fraternité, parce que je connais des gens comme ça. Il me rappelle beaucoup mon père, il me rappelle beaucoup les amis de mon père. Mon père était artisan, il fabriquait des chariots, au départ il était maréchal ferrant et c’était quelqu’un qui avait une culture sans lire, faite du travail du bois, du travail du fer, du travail de la peinture.

 

C’est d’ailleurs un de mes soucis par rapport au nom du ministère de la culture, qui ne considère que la culture artistique, ce qui est catastrophique dans ce que ça symbolise, comme si la culture n’était pas dans la façon de savoir planter une carotte ou de savoir tailler les sabots des chevaux. C’est aussi de la culture ! Depuis que ce ministère ne s’appelle plus le ministère des arts et lettres, je trouve que ça pose problème…Ce changement était sans doute une façon de vouloir intégrer tous les français mais je pense que c’est excluant. Je me suis élevé à la culture livresque grâce à mon métier, j’ai une culture beaucoup plus vaste grâce à mon métier mais, sans ce que mon père m’a appris, à travailler le bois, à manipuler une raboteuse ou un poste à souder, ma culture serait moindre, forcément. Quand je rencontre Sosten, ce personnage, qu’on me propose de le jouer, d’abord c’était un vrai beau cadeau parce que c’est toujours formidable de défendre des rôles dont on se dit qu’ils vont raconter au public quelque chose qu’il n’a pas l’habitude qu’on lui raconte. Dès le début, j’ai été surpris par la hardiesse de cette écriture, où l’auteur écrit ce qu’il a à dire et où il n’a pas juste écrit une pièce pour qu’elle ait du succès. Ça se passe dans la mine, c’est rude mais les gens sont venus, finalement…Cela a été long, ils ont eu du mal à venir mais cela n’a pas arrêté Jean-Philippe. Il a bien fait d’écrire cette pièce, qui a un beau succès.

 

Sans doute que la palette de jeu à défendre sur le plateau doit être très plaisante pour vous ?

 

Je ne suis pas un acteur qui entre sur le plateau pour se faire plaisir, je ne suis pas là pour ça. Je me considère comme un artisan, j’essaie de faire mon métier le mieux possible chaque jour. Déjà, cela veut dire rester dans l’invention, pour que le public se sente privilégié, qu’il se dise “Ah, là, il y a des accents qui sembleraient me dire que cet acteur ne fait pas ce qu’il a fait hier”. Sinon, le public se sent lésé, à sentir que le comédien a déjà joué dix, cinquante ou cent fois, et qu’il a déjà fait ce qu’il fait ce jour. Il faut que le spectateur se dise, au contraire “Ah non, aujourd’hui, c’est différent, aujourd’hui, ça m’est particulièrement adressé !”. J’y crois très fort et cela n’est pas basé sur le plaisir, c’est basé sur une extrême rigueur, c’est basé sur une vigilance de tous les instants, qui nous permet de nous mettre en danger et de ne pas faire comme hier, mais de répondre à ce que propose l’auteur, à ce que proposent les partenaires et à ce que propose la situation. Cela ne laisse pas beaucoup de place au plaisir : s’il arrive, très bien mais, pour moi, il vient quand j’ai de l’inspiration et que je peux dire “Oh, là, il s’est passé quelque chose que je n’avais jamais prévu”. Je m’en rends compte plutôt après, à la fin de la représentation : “Tiens, là, c’était plutôt pas mal parce que c’était nouveau, ça avait le goût du neuf, ça avait le goût de la vie, en fait”.

 

Je l’ai écrit dans un monologue, que j’ai adapté de Marivaux, qui met en scène un comédien qui dit que “notre défi est de brûler chaque soir les mêmes comburants mais d’un feu différent, d’un feu unique”. Le comburant, c’est la relation à l’autre personnage, c’est le texte, c’est la mise en scène mais il y a un feu différent qui fait que le public assiste à quelque chose d’unique. Ce qui est une des grandes forces du théâtre par rapport au cinéma.

 

En complément, toujours au théâtre, vous développez une autre pièce, pour le printemps prochain, une pièce à deux personnages sur la maladie d’Alzheimer mais avec un prisme joyeux…

 

Jean-Jacques Vanier, avec qui je suis en alternance dans “Du charbon dans les veines”, m’a présenté la metteuse en scène. Je la connaissais un peu et elle cherchait un acteur pour cette pièce d’Olivier Maille, “Une mémoire, deux poissons rouges”. On sent, tout de suite dans ce spectacle, un style fort et, surtout, c’est très très drôle, chaque réplique est percutante. L’auteur a beaucoup de talent et, suite aux conseils qu’on a pu lui donner avec Jean-Jacques, il a été très réactif pour nous proposer une version très séduisante. Une lecture a été organisée au Lucernaire, la salle était quasi pleine, sans doute en lien avec le duo que l’on forme, un duo qui est marrant, c’est un peu le clown blanc et l’auguste, on a deux énergies très différentes…et ça a hurlé de rire d’un bout à l’autre ! A la fin de la lecture, le directeur du théâtre, Benoît Lavigne, nous a directement demandé quand nous étions libres. La pièce est extrêmement efficace et Pascal Guillaume, le producteur, nous avait même dit “C’est dingue, depuis le temps que j’attendais cette pièce, une comédie sur Alzheimer…”.

 

Je suis plutôt excité, je suis content, d’autant plus qu’il y a longtemps que je n’ai pas joué une pure comédie.

 

En parallèle, les téléspectateurs de France 2 pourront prochainement vous retrouver dans “Monsieur”...

 

C’est un rôle de pure salaud ! L’histoire se passe en 1969, c’est l’adaptation du roman “Petite sale”. Ce téléfilm évoque l’histoire d’un enlèvement dans le nord, une enquête est menée par deux parisiens qui arrivent sur place et ces deux personnes découvrent un environnement extrêmement patriarcal, avec de la maltraitance de jeunes filles et des abus sexuels. S’en suit alors l’émancipation d’une jeune fille par ce kidnapping. C’est un film qui vaut aussi pour ce qu’il raconte d’une époque, pour ce qu’il raconte de ce qu’on ne peut plus admettre aujourd’hui. C’est chouette de participer à la mise en lumière de ce qui fait que notre monde a évolué dans le positif !

 

Historiquement parlant, ça se passe donc au moment où les femmes ont commencé à s’émanciper…Cela avait peut-être débuté pendant la guerre de 14 mais, là, c’est plus clair, c’est plus écrit, c’est plus dit, c’est plus revendiqué par les femmes et c’est aussi plus accepté par les hommes.

 

Je joue un sale type, au service du patriarcat, qui s’occupe de l’exécution des basses œuvres, et qui a l’accent du nord. C’était encore un beau travail ! Je parlais d’artisanat, j’étais en plein dedans : j’ai travaillé l’accent, j’ai travaillé la posture, j’ai travaillé la façon de mener les jeunes femmes par le bras, sans les toucher, juste en montrant que j’ai de l’autorité, qui vient forcément de quelque chose qui n’est pas montré, probablement de la maltraitance physique.

 

Le film est super, il est vraiment beau ! Ca s’est tourné rapidement, dans une économie de moyens assez forte mais ça ne se voit pas à l’image. La production a été très très intelligente, les économies ont été faites aux bons endroits. Méliane Marcaggi est une réalisatrice qui avait une idée très précise de ce qu’elle voulait tourner, une idée très précise des personnages, une idée très précise de ce qu’elle voulait raconter à travers cette histoire, une idée aussi très précise de ses cadres. C’est précieux sur un tournage qui va aussi vite, c’était super, elle nous a fait gagner du temps et du confort !

 

Parmi vos nombreuses expériences, vous avez tourné pendant plusieurs années dans la série à succès de TF1, “Père et maire”. Quels souvenirs en gardez-vous ?

 

J’ai le souvenir de Christian Rauth en train de réécrire les dialogues de la journée du lendemain, entre les prises du jour…Il était maire, je jouais son directeur de mairie, on avait toujours un parapheur sur le bureau, c’était un attribut du personnage et c’était aussi un objet transitionnel entre lui et moi. Je me souviens, je suis assis à côté de lui, on tourne, j’ouvre le parapheur, il signe un document, je lui donne la réplique, il me donne la sienne, la scène est bonne, le moteur est coupé et là, il rouvre le parapheur où, à la page suivante, il y avait les dialogues du lendemain…Il me les montre, en me disant “Tu te rends compte ? Regarde ce qui est écrit…”, je lis et c’était consternant. C’était bizarrement produit, alors que cette série était un énorme succès : à la première diffusion, je crois que l’on a fait plus de 12 millions de téléspectateurs, ce qui était dément pour l’époque et on a fini entre 7 et 8 millions, ce qui est énorme… On en tournait quatre par an, ce n’est pas beaucoup mais on n’arrivait pas à les faire écrire. Pourquoi ? Je ne sais pas…Sûrement aussi parce que c’était très personnel, c’était vraiment l’idée de Christian et de Daniel Rialet, qui voulaient absolument que ça leur ressemble. En plus, si ça ne leur ressemblait pas, ça ne marchait pas…Donc il y avait aussi un peu de ça…On voyait des choses incroyables : un autre jour, Christian m’a montré un scénario qu’il venait de recevoir pour l’épisode suivant et, là, on lisait “Le Père Erwan soulève sa soutane et prend son téléphone”...alors que ce personnage n’avait pas de soutane ! Le scénariste n’avait jamais visionné un épisode…

 

 

 

 

On nous a souvent comparés à “Don Camillo” mais, entre lui et Peppone, ce n’était pas les mêmes enjeux, ni les mêmes façons de s’affronter. Nous étions une façon moderne de parler de religion, dans un moment où les religieux n’étaient plus les mêmes, où les fidèles n’étaient plus les mêmes, et une façon également différente de parler de la politique. Et puis, après, je retiens les éclats de rires, les joies de travailler avec des réalisateurs comme Pascal Heylbroeck, qui est un grand metteur en scène de comédies. Il était tellement à l’écoute que je lui disais “Tiens, je pourrais partir avec mon téléphone et on verrait que le fil est long, long, long, long. Mets moi un système pour qu’au moment où je dis que ça a coupé, je lâche le fil qui se barre”. On a fait plein de gags comme celui-ci, on s’est beaucoup beaucoup amusés à tourner ! En même temps, toujours avec les impératifs de la télé : peu de jours de tournage, des journées longues, extrêmement denses mais avec beaucoup de joie !

 

Sans oublier une amitié grandissante avec Christian ! On se voit beaucoup…Il a énormément écrit, notamment “Les monos” et j’ai le souvenir d’avoir été impressionné dès les premiers épisodes. C’était vraiment aussi une très belle série ! Il a aussi écrit beaucoup de livres et, en ce moment, il travaille sur un nouveau, différent de ceux qu’il a faits jusqu’à présent car ce sera une saga historique.

 

Merci, Didier, pour toutes vos réponses !

Publié dans Télévision, Théâtre

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Eric Bougnon nous livre une belle vision de son métier d'acteur !

Publié le par Julian STOCKY

 

 

 

Bonjour Eric,

 

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

 

Vous sortez de neuf mois sur scène, à La Scala, dans “Le mariage de Figaro”. Quels souvenirs en gardez-vous ?

 

Déjà, il n’y a pas une seule représentation qui se ressemble. On a beau avoir de la bouteille et de l’expérience, c’est toujours étonnant…Je pense que c’est pour cela que l’on a le trac ! On ne sait jamais ce qui va se passer. Ça dépend de la température, du jour de la semaine, du public. C’est une alchimie complexe, c’est très excitant et, en même temps, terrifiant, parce qu’on est impuissant face à cela. Lorsque j’enseignais au cours Florent et maintenant quand je donne des stages, je dis à mes élèves que l’on est un peu comme une équipe de foot : ce n’est pas parce que vous vous entraînez comme des dingues que vous allez gagner le match mais, par contre, si vous ne vous entraînez pas, c’est sûr que vous allez le perdre ! Donc il faut toujours être prêt…

 

Et quand tu joues sur une très longue période, il y a forcément, déjà, les saisons qui changent et, avec, les humeurs, l’énergie . Sur la durée, il y a forcément des jours où on est fatigué ou malade …déprimé, une rupture amoureuse ou autre chose…Bref, la vie ! Donc, en fait, dans ce métier, on passe notre temps  à marcher sur notre humeur : tu as la connerie et tu dois faire pleurer ou tu es déprimé et tu dois être drôle. Dans ce spectacle-là en particulier, j’avais un personnage censé être très drôle et le challenge, tous les soirs, était de faire rire aux éclats, et quand ce n’est pas le cas, c’est la parano totale…Sur une période, j’ai traversé un passage très compliqué dans ma vie, la magie du théâtre a fait que, plusieurs soirs, il m’est arrivé de pleurer derrière le rideau, tellement j’étais mal et 10 secondes plus tard, d’être sur scène, devant une salle qui hurlait de rire. C’est quelque chose d’étrange qui, en même temps, m’a toujours fasciné : il y a comme un mur invisible que l’on traverse et qui, tout d’un coup, nous métamorphose. 

 

A l’inverse, le fait d’être sur scène pendant neuf mois vous a sans doute permis de vous approprier un peu plus encore votre personnage ?

 

Oui, bien sûr ! Mais c’est jamais gagné car, pour le spectateur, c’est la première et unique fois. Contrairement au cinéma où, une fois que c’est dans la boite, c’est terminé même si on n’est pas content, au théâtre on peut tous les jours essayer de parfaire…le travail ne s’arrête jamais. Ça doit être la première fois tous les jours. Donc, ce qui est important, je pense, c’est aussi l’esprit d’équipe, de se dire les choses, d’échanger, d’accepter les conseils et les remarques des autres, pour être tout le temps ensemble, en train d’essayer d’avancer. Là encore, c’est comme une équipe de foot…

 

Il n’y a pas de vérité sur un rôle, ce que veut voir le public c’est notre personnage imaginaire ici et maintenant, donc il faut accepter de prendre des risques, et de ne jamais être dans sa zone de confort. Même dans les rôles très burlesques, le gens veulent se reconnaître. Donc dans la création, plus les choses sont intimes, plus elles sont communes. Je fais du théâtre depuis 35 ans et je suis toujours comme au premier jour, j’ai toujours peur de ne pas être à la hauteur et, plus on a été bon le mardi, plus on est flippé le mercredi, parce qu’on se demande si on va arriver à retrouver cet état de grâce qui nous échappe et que l’on ne maîtrise pas. C’est un peu comme le jonglage, ça peut se casser la gueule…Donc, non, ce n’est pas embêtant de faire chaque soir la même chose car ce n’est jamais la même chose ! Du coup, quand j’invite des copains ou de la famille, je suis terrorisé, parce que je ne peux pas savoir avant si ce sera un bon soir, ou non…souvent, pour déconner, je dis que le théâtre c’est un peu comme le surf, où les surfeurs dont je fais partie aiment dire “oh tu serais venu hier, il y avait de ces vagues….”

 

 

 

 

Vous êtes aussi un comédien d’images, aux expériences diverses et variées…

 

C’est un plaisir totalement différent, ce n’est pas le même souffle. Au théâtre, c’est un même espace temps, il y a un début et une fin, alors qu’au cinéma, c’est par petits bouts et, la plupart du temps, pas dans la chronologie. Donc il faut se fabriquer mentalement un parcours et essayer de le livrer. Il faut apprendre à se mettre en stand-by, sans s’user…C’est assez mystérieux ! Avant tout, je pense que c’est surtout un vrai lâcher-prise, il faut arriver à se détacher de plein de choses. 

 

Sauf qu’il y a souvent des impondérables…Je me souviens d’une scène où je devais pleurer sur une phrase bien précise… en apprenant le décès de mon fils. J’étais prêt, je sentais que j’étais exactement au bon endroit, l’émotion était là dans le bon timing et, tac, il y a eu un problème technique, ça a commencé à discutailler et là tout le monde s’en fout de toi et tu te retrouves tout seul avec ton émotion que tu es allé chercher dans ton intimité et que tu dois garder au chaud en te disant, en boucle, «garde l’humeur ». C’est un peu un travail de funambule ! 

 

Après, il faut dire que ma carrière à l’image est un peu en dents de scie, même si j’ai participé à plus de cent films . Mais c’est peut-être aussi parce que je me tiens souvent éloigné de ce milieu…

 

En télé, très souvent, il n’y a pas le temps donc on n’est pas dirigé…On fait confiance à l’acteur pour qu’il donne le meilleur de lui-même, c’est très rare qu’on ait une réelle direction d’acteur et qu’on puisse refaire, si besoin, tellement les journées sont chargées, aussi pour les réalisateurs. Concrètement, c’est très difficile car il faut être crédible, avec l’émotion qui correspond à la situation, tout ça de manière condensée, parfois en passant du coq à l’âne d’une séquence à la suivante. J’ai, des fois, l’impression de faire du bidouillage…. Je ne dis pas que c’est toujours le cas mais ça arrive de temps en temps, tu as alors l’impression que l’artistique passe au second plan. Au cinéma, c’est différent, c’est plus écrit donc c’est plus simple à jouer et à incarner, les choses étant plus fluides. 

 

Le travail à l'image reste donc encore un peu mystérieux pour moi, il faut répondre à une demande, tu n’es pas ton propre boss, tu es au service d’un tout qui t’échappe et sur lequel tu n’as, au final, pas de contrôle, contrairement au théâtre. Ton travail consiste à trouver la justesse sans faire. C’est subtil. Il faut relier la fiction au réel, pour que l’on y croit. 

 

Il y a une vingtaine d’années, j’ai eu le premier rôle dans le deuxième long-métrage d’Alain Guiraudie. C’est un souvenir extraordinaire ! Je pensais que ça allait me permettre de décoller mais finalement non, ça m’a surtout donné, on va dire, un succès d’estime qui m’a permis de continuer à tourner. 

 

Pour terminer, quels sont vos projets en cours ou à venir ?

 

J’ai, récemment, retrouvé le personnage de Kiki, dans “Désordres” de Florence Foresti et je vais tourner dans des séries à la rentrée. Parallèlement à cela, j’ai réalisé un documentaire sur un groupe de rock, Eiffel, que j’ai suivi pendant 10 ans. Je raconte leur trajet de vie sur 30 ans. Mais le sujet n’est pas le groupe, c’est comment un artiste, en l’occurrence un musicien, fait pour rester intègre et garder sa ligne, et ne pas subir le déclin de l’industrie musicale. J’ai tout fait moi-même : la réalisation, le montage…Il sera enfin bientôt diffusé dans des cinémas indépendants, et sur les plateformes de streaming après un long combat juridique par rapport aux droits. Je suis aussi sur le développement d’une série avec un producteur, dans laquelle je suis censé avoir le rôle principal…mais je n’en dis pas plus. Enfin, l’année prochaine, je pars en tournée avec “Le mariage de Figaro”, pour une cinquantaine de dates.

 

Merci, Eric, pour toutes vos réponses !

Publié dans Théâtre, Télévision

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Camille Remy évoque sa belle actualité théâtrale !

Publié le par Julian STOCKY

@ Stephane Parphot

 

 

 

Bonjour Camille,

 

Quel plaisir d’effectuer cette nouvelle interview ensemble !

 

Vous êtes actuellement sur scène, au théâtre du Funambule Montmartre, dans la nouvelle pièce “La poussière sous le tapis”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?

 

Oui, oui, c’est exceptionnel de participer à une nouvelle aventure et d’être présente pour la création : on est en train de se questionner, on cherche sans arrêt, on fait des modifications, on fait des changements de texte donc c’est assez excitant, c’est très flippant aussi mais c’est génial de pouvoir rediscuter, chercher, se demander sans arrêt si c’est la bonne direction…Pour le moment, tout est encore en mouvement et oui, c’est joli d’accéder à ce projet qui éclot et qui, au fur et à mesure, d’une représentation à l’autre, grandit et fleurit. C’est super intéressant en fait, c’est trop bien, c’est hyper riche !

 

Plus concrètement, avec vos mots, comment pitcher cette pièce ?

 

C’est l’histoire d’une jeune comédienne qui vient d’être giflée, en répétitions, par la star du spectacle, un homme plus âgé, qui a déjà une grosse carrière et qui est vraiment le gros nom du casting. Donc on entre, comme cela, dans la pièce avec cette jeune femme qui vient de se faire humilier en public, devant tous ses collègues, notamment le metteur en scène. Mais, en fait, elle ne veut pas se laisser faire, elle en a ras le bol de cette société aussi patriarcale, où les violences faites aux femmes sont un peu banalisées et où ce n’est pas si grave, où ce n’est qu’une petite gifle, où ce n’est pas grand chose, après tout il ne lui a pas fracassé la tête…Sauf qu’en fait, elle dit “Stop, ce n’est plus possible !”, elle ne va pas se laisser faire et va vouloir porter plainte. 

 

Dans l’histoire, on est à 8 jours de la grande première de ce spectacle, qui, on l’imagine, est une grosse production, avec beaucoup d’argent en jeu et beaucoup de travail qui a déjà été fait. Du coup, tous les gens, autour d’elle - l’assistante mise en scène, ses collègues, les autres comédiens - sont d’accord, tout le monde est dans la compassion avec elle mais tous vont essayer de l’en empêcher…“Oui, c’est vrai que ce n’est pas ok mais ne fais pas ça parce que ça risque de tout foutre en l’air”...Donc on voit comment chacune et chacun réagit face à cette situation de grande tension. Tous les personnages ont des valeurs mais on voit leur réaction face à l’urgence d’un projet auquel on tient, et face à l’argent mis en jeu. Cela confronte aussi différentes visions du féminisme, ça parle de la sororité, ça parle de la place des hommes dans ce combat-là, ça fait référence à plein de sujets et de problématiques, le tout traité avec humour. C’est une comédie certes dramatique mais il y a plein de moments où on rit des situations, avec des personnages très drôles. Cela permet de passer des messages de façon plus subtile, moins didactique et moins revendicatrice. C’est intéressant !

 

Ces sujets sont pleinement d’actualité…

 

Carrément ! C’est complètement d’actualité donc c’est intéressant parce que c’est un spectacle qui trouve son public et, généralement, après, on en parle, on parle de ces questions-là…A l’issue d’une des représentations, j’ai eu une super conversation avec mon père, qu’on aurait pu avoir pendant 35 ans et que l’on a eue à ce moment-là. C’est chouette ! Cela soulève des questionnements, les gens parlent et partagent après le spectacle, ça ouvre le dialogue, ce qui est hyper positif…

 

Quel personnage avez-vous le plaisir d’incarner ?

 

J’ai la joie d’incarner Louison, qui est cette jeune comédienne qui vient d’être victime de son partenaire de jeu, qui lui a mis une claque…ou une tape, là est tout le débat… et qui ne veut plus se laisser faire. Elle veut en finir avec cette société patriarcale, ses non-dits, ses silences…Ce n’est plus possible de mettre la poussière sous le tapis, elle veut le crier ! 

 

La palette de jeu associée doit certainement être large et variée ?

 

Oui, oui, c’est génial parce qu’il y a plein de choses à jouer : de l'effarement, de la colère, mais pas que…il y a aussi beaucoup d’admiration, beaucoup d’amour, des moments très touchants, des moments de comédie aussi,...Donc c’est super bien de trouver toutes ces nuances ! Ce n’est pas qu’une militante, c’est aussi une jeune femme qui se bat, qui se débat et pour qui c’est difficile de trouver sa place. Elle ne veut pas et ne doit pas se faire aspirer ou asphyxier par la société, ni par ses ambitions de scène dans ce milieu-là…

 

Avez-vous, d’ailleurs, eu des sources particulières d'inspiration, pour son interprétation ?

 

Oui ! Il y a une chose très importante, c’est que Coralie Lascoux, qui a écrit la pièce, qui l’a mise en scène et qui joue dedans, a commencé à écrire le texte après avoir visionné la prise de parole de Sara Forestier sur les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes dans le milieu du cinéma. Où elle décrit et raconte plein de choses qui lui sont arrivées, notamment, sur un tournage, quand elle a été giflée par son collègue. Elle avait voulu porter plainte mais il se trouve que toute la production s’était retournée contre elle, et que les médias l’ont faite passer pour une hystérique. Coralie, qui a été particulièrement touchée par son témoignage, dans lequel elle parle d'ailleurs de mettre la poussière sous le tapis, est partie de là. 

 

Donc je me suis beaucoup intéressée à ce qu’elle a dit mais, après, il faut bien se redire que ce n’est pas l’histoire de Sara Forestier…Elle a vécu des choses plus difficiles, c’est vraiment un tout petit point de départ et Coralie a tiré ce fil-là. 

 

Après, il y a aussi beaucoup de choses, dans le spectacle, qui sont en lien avec mes convictions, et avec des conversations que l’on a eues, Coralie et moi, avant qu’elle n’écrive cette pièce. Je me suis aussi inspirée de pas mal de figures féministes et de mes convictions personnelles, tout comme de mes lectures. C’est donc un mélange de tout ça !

 

En tout cas, c’est un personnage qui est plus proche de moi que d’autres personnages que j’ai pu incarner par le passé…Il y a vraiment quelque chose, dans le ventre, qui est fort. Je suis profondément en accord et en compassion avec ce qui lui arrive et ce qu’elle défend. Donc c’est hyper jouissif de faire cela, d’être proche, à ce point-là, et d’avoir des atomes crochus marqués.

 

Quels premiers retours avez-vous déjà pu avoir du public ?

 

On nous parle beaucoup de l'écriture, qui est très très bien, de la justesse des dialogues, des personnages aussi qui ne sont jamais caricaturaux, qui sont vrais et auxquels on peut s’identifier. De l’humour également : que c’est très agréable d’avoir des moments de comédie mais pas que, que l’on rit, que l’on est touché, que l’on peut être ému, qu’il y a parfois des larmes mais que ça fait du bien. Également que ça soulève plein de questions, ce qui est très intéressant, que c’est très actuel, que c’est un sujet de société qui est politique mais pas barbant ni donneur de leçon, ce qui est très apprécié aussi. Qu’il faut en parler, que c’est une pièce importante de ce point de vue là, et qu’on ne s’ennuie pas, que la durée est bonne, qu’il y a des moments qui peuvent mettre mal à l’aise mais que c’est important, pour mélanger les genres, que ça permet aussi d’ouvrir les yeux sur une certaine réalité, celle des violences faites dans le milieu du spectacle vivant…Donc les retours sont super positifs ! 

 

Les gens trouvent ça juste, ce n’est pas trop, ni trop peu, c’est vrai, tu te prends ça dans la tête, ça peut peut-être te chambouler un peu mais dans le bon sens…C’est bien de remettre, parfois, les pendules à l’heure donc, du coup, je pense que c’est un spectacle nécessaire !

 

 

 

 

En parallèle, à partir de septembre, vous reprendrez, au théâtre du marais, un spectacle jeune public que vous connaissez bien, “La fée des chaussettes et le musicien”...

 

C’est un personnage emblématique des spectacles jeune public d’Emilie Pfeffer, parce que “La fée des chaussettes” a été créé, je crois, il y a 13 ans maintenant et qu’il tourne encore. Actuellement, il est au théâtre du marais, tout cet été. Ce personnage est un peu loufoque, ce n’est pas la fée à laquelle on s’attend mais c’est très intelligemment écrit : à chaque fois, il y a une morale, ça parle aux enfants et aux adultes, donc tout le monde y prend goût. 

 

Là, c’est sur la thématique du “terrible two”, l’âge que l’on appelle la crise d’adolescence des enfants. La fée des chaussettes a deux “terrible two”, qui sont incontrôlables, elle ne sait plus quoi faire, c’est la panique dans son royaume. Il se trouve qu’il y a un musicien un peu maladroit qui arrive, elle ne croit pas du tout qu’il va pouvoir l’aider mais, finalement, avec la musique, plein de choses passent et les calment, ils arrivent à faire des activités ensemble. Donc par le biais de cette rencontre et de la musique, les “terrible two” vont retrouver des astuces pour se calmer…La fée des chaussettes va aussi en trouver pour se calmer elle-même parce que, dès fois, c’est difficile de garder les nerfs solides face à la crise d’ado des enfants. C’est une jolie histoire, qui donne aussi de petits tips pour les parents, qui font rire. Souvent il y a des moments participatifs très chouettes avec les enfants, en chanson. C’est très joyeux, il y a plein d’instruments, de l’accordéon, une guitare, des maraccasses, du piano, …Les découvertes sont donc nombreuses pour les enfants, chaque instrument étant présenté et étant un personnage à part entière. C’est un super spectacle, que j’ai hâte de rejouer. Ca va être cool, on va bien rigoler !

 

Sans doute que la palette de jeu doit être très différente de celle du premier spectacle évoqué ?

 

C’est sûr ! Ce n’est pas du tout le même type de jeu…En fait, c’est un spectacle qui est à partir de deux ans mais, parfois, il y a des enfants encore plus petits. Il ne faut donc pas les effrayer. Souvent, c’est même leur premier spectacle…Donc c’est tout autre chose : il y a beaucoup de douceur mais, en même temps, beaucoup d’énergie. Il y a quelque chose de magique, j’adore le jeune public pour cela, les enfants sont dans l’histoire et ne font plus la différence avec la comédienne. A la fin du spectacle, leurs yeux d’émerveillement valent tout l’or du monde ! Je crois que c’est l’une des choses que je préfère dans ce métier…

 

Après, il y a aussi un gros défi pour moi dans ce spectacle : les chansons ! Je chante, alors que je ne suis pas chanteuse de formation…Mais ça se passe bien, ça fait partie du personnage et c’est cool !

 

On peut donc imaginer qu’il y a plusieurs degrés de lecture possible tout au long du spectacle ?

 

Exactement ! Je crois que ça fait du bien aussi aux parents, parce que, parfois, dans ces moments-là, ils se sentent un peu seuls, un peu désoeuvrés, à ne plus savoir quoi faire…Dans le spectacle, on explique que, quand on ne sait plus quoi faire, parfois il faut attendre ou laisser faire. On est ensemble, ils comprennent qu’ils ne sont pas seuls, ça leur fait du bien d’entendre que d’autres vivent la même chose, ils sont soulagés et contents. Oui, les parents passent vraiment un bon moment aussi, et je crois qu’ils en ont besoin en fait…

 

Pour terminer, un troisième spectacle est actuellement en tournée…

 

Cette autre pièce, “Un caillou dans la chaussure”, écrit par Kevin Coquard et mis en scène par Lydie Tison, est l’histoire de Fabien, qui veut quitter sa femme mais il se trouve que rien ne se passe comme prévu. Son cousin lorrain vient lui faire la surprise et arrive, tout comme sa maîtresse. Du coup, tout le monde est là, au moment fatidique et tout le monde veut se mêler du fait qu’il veut quitter sa femme…Ca prend des tournures imprévues, cocasses et très drôles. C’est une comédie de boulevard légère mais pas du tout vulgaire, elle est moderne, hyper sympa, hyper dynamique et hyper belle. C’est du boulevard esthétique, je m’amuse beaucoup, c’est plein de situations et plein de rebondissements ! 

 

Vous interprétez même deux personnages…

 

Je joue d’abord Lucienne, une provinciale, qui monte à la capitale, qui est très nature, peut-être un peu naïve mais très touchante. Elle est la future femme du cousin lorrain, elle découvre Paris, elle est un peu hors sol. Et je joue aussi Lucie, la femme de Fabien, qui s’apprête à apprendre la grande nouvelle…Mais elle aussi a peut-être des nouvelles à divulguer 🙂…Elle est beaucoup plus terre à terre, je l’adore, elle est très sympa aussi.

 

De jouer deux personnages dans une même pièce demande de switcher rapidement…

 

Oui, oui ! Cela a été un gros travail, parce que l’on cherchait aussi des façons de parler différentes et, parfois, ce n’est pas évident. Cela nous a pris beaucoup de temps, c’est encore en travail, ce sera toujours en travail mais c’est chouette, on les différencie très bien. On l’a jouée quatre fois et il y a plein de gens qui n’ont pas vu que c’était la même comédienne…ce qui veut dire que ça fonctionne ! J’en étais ravie, parce que c’était vraiment ma plus grande peur. 

 

Les changements rapides de costumes sont toujours un peu sport, et font peur mais on s’aide, j’ai les autres comédiens qui m’assistent en coulisses, et, en quelques secondes, c’est reparti. Je touche du bois également, ça s’est bien passé mais c’est toujours un peu le grand saut donc je reste sur le qui-vive… Mais bon, c’est super chouette de passer d’un personnage à un autre ! 

 

En conclusion, que peut-on vous souhaiter pour ces trois spectacles très différents les uns des autres ?

 

En réalité, on peut me souhaiter que le public soit au rendez-vous ! Que les gens viennent au théâtre, pour faire vivre toutes les petites compagnies qui se battent, qui créent, qui prennent des risques énormes financièrement, qui travaillent d’arrache pied, où les répétitions ne sont pas payées et où toutes les billes sont mises dans les représentations. Il faut donc que les gens viennent au spectacle, pour que les compagnies perdurent et qu’on continue nos projets.

 

Merci, Camille, pour toutes vos réponses !

Publié dans Théâtre

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Julie Oh évoque son parcours artistique, son actualité et ses projets !

Publié le par Julian STOCKY

 

 

 

Bonjour Julie,

 

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

 

Vous êtes une artiste aux nombreuses cordes et aux multiples casquettes, entre, notamment, les planches, la caméra, la peinture ou encore la chanson. Si l’on s’intéresse à la genèse de votre parcours, d’où vous vient cette passion ?

 

C’est une très bonne question ! En fait, je ne suis pas du tout issue d’une famille d’artistes, mes parents aimaient beaucoup la musique et m’en faisaient pas mal écouter mais ils ne m’ont jamais, par exemple, emmenée au théâtre. Pour autant, j’ai toujours été attirée par cela. Dès petite, après l’école, je prenais des cours de piano, de théâtre, de danse, j’écrivais aussi des petites chansons que je chantais seule dans ma chambre…

 

D’aussi loin que je me souvienne, le plus beau cadeau de Noël qu’on m’ait fait était un théâtre de marionnettes. Je devais avoir 7 ou 8 ans. J’en ai pleuré de joie et j’ai commencé à faire des petits spectacles, à tous mes copains et copines de l’école : j’inventais des personnages, je faisais des voix pour les faire rire. Je créais des décors et des costumes. Avec la caméra de mes parents, j’ai filmé des fausses interviews, mes premiers sketchs et j’ai même fait un clip sur la chanson de Charlie et Lulu, “Le feu ça brûle”. Je réquisitionnais tout le monde : ma sœur, mes cousins et même mes petites voisines pour jouer dans mes « films » ! Je crois que j’ai toujours eu ce truc-là en moi. Quand j’avais des moments difficiles, pendant l’adolescence, je me mettais à écrire et c’est quelque chose qui me ressourçait, qui me faisait du bien, et ça ne s’est jamais arrêté.

 

 

 

 

Certainement qu’ensuite, dans votre parcours, des expériences ont été encore plus marquantes que d’autres ?

 

Oui, il y a eu des moments clé, c’est vrai. Lorsque j’habitais à Lyon, j’ai réussi un casting qui m’a permis d’intégrer un girls-band parisien avec deux autres filles. On a enregistré tout un album en studio mais il n’est jamais sorti…En fait, ça m’a amenée à Paris, où on m’a recrutée dans une école artistique, ce qui m’a vraiment donné envie de devenir actrice ! 

 

Au départ j’ai, quand même, toujours travaillé en parallèle de mes activités artistiques, parce que mon entourage n’envisageait pas cela comme un vrai métier. On me disait sans arrêt que c’était trop dur voire quasiment impossible de gagner sa vie dans ce domaine. Je me sentais découragée par tout ce que j’entendais autour de moi et, en fait, ce qui a tout changé, c’est ma rencontre avec les youtubeurs Yacetom qui se sont imposés avec leurs vidéos d’humour sur les réseaux sociaux depuis une dizaine d’années. C’est grâce à eux que j’ai mis le pied à l’étrier dans la comédie. Et c’est également lors d’un tournage que j’ai fait la rencontre de Kader Nemer, qui a été mon metteur en scène durant toute cette année. C’est une rencontre, pour le coup, qui a été marquante ! Il m’a beaucoup appris. Je me suis aussi rendue compte que tout était possible.

 

 

 

 

D’ailleurs, considérez-vous toutes vos cordes artistiques comme un seul et même métier ? Ou les dissociez-vous davantage ?

 

Ce sont des choses que je dissocie, dans le sens où, vraiment, aujourd’hui, j’exerce le métier d’actrice/comédienne. Après, je pense que le fait d’avoir de l’expérience en tant que chanteuse est un plus, car certains rôles peuvent demander une bonne maîtrise vocale. J’ai également beaucoup travaillé comme voix-off et sur des doublages, où savoir chanter est rarement une option ! Je pense que ça apporte quelque chose en plus, parce qu’aujourd’hui, on ne va pas se mentir, la concurrence est rude et les places sont chères, donc il faut savoir être polyvalent. Je vois donc cela comme une corde en plus à mon arc.

 

Pour ce qui est de la peinture, à la base, c’était vraiment pour me vider la tête, ce n’était pas quelque chose que j’envisageais professionnellement…Aujourd’hui, je vends mes toiles avec plaisir parce que ça intéresse des gens, et qu’on me l’a demandé. J’en ai été la première surprise ! Je propose maintenant uniquement de faire des toiles sur mesure d’ailleurs. Ce que je présente sur mes réseaux est en quelque sorte un catalogue de mes différentes œuvres et, après, j’adapte le format, le style et les couleurs en fonction de l’envie de la personne et de l’endroit où elle veut mettre son tableau. 

 

Ce sont donc plein de choses différentes qui font partie de ma vie mais mon activité principale est et reste toujours de jouer la comédie !

 

 

 

D’ailleurs, vous sortez d’une année à l’affiche, à la Scène Parisienne, de la pièce “Je t’aime à l’italienne et à l’algérienne” de Kader Nemer et Hugues Duquesne. Quels souvenirs en gardez-vous ?

 

Ce que j’ai adoré, c’est que, déjà, il y avait cet esprit de troupe. La complicité est venue rapidement avec les autres comédiens qui étaient sur scène avec moi. Il y avait aussi le fait de pouvoir travailler mon rôle, de pouvoir l’approfondir…Quand on joue sur le long terme, il y a forcément des soirs où on est moins spontané car on est humain avant tout. A trop répéter quelque chose, le risque est de devenir mécanique et de perdre un peu cette fraîcheur que l’on a au début. Il faut faire attention à cela et toujours se remettre en question…Je n’ai que des souvenirs extraordinaires parce qu’en fait, ça faisait un moment que je n’avais pas fait de scène. J’en avais fait il y a quelques années, notamment au République ou aussi au Cabaret Jazz Club en tant que chanteuse et ce lien avec le public, c’est quelque chose qui m’avait énormément manqué. C’est super de jouer devant une caméra mais, vraiment, d’avoir ce public qui te porte, qui réagit en direct à ce que tu fais et à ce que tu dis, c’est autre chose, c’est un sentiment merveilleux ! A ma première et à ma dernière, j’ai pleuré ! Là, rien que d’en parler, ça m’émeut parce que c’est très fort. La rencontre avec le public est, je trouve, ce qu’il y a de plus beau parce que ça donne un sens à ce que l’on fait, ce qui est super important.

 

 

 

 

Je pense que les gens qui font ce métier uniquement pour la célébrité ne durent, je crois, pas longtemps. La chance que j’ai eue, c’est d’avoir connu d’autres métiers avant celui-ci, je gagnais peut-être très bien ma vie mais je sais aussi que j’étais très frustrée. Donc ce que je fais aujourd’hui m’apporte autre chose, notamment le fait d’être en accord profond avec ce que je suis. Pour moi, ça n’a pas de prix ! Si tu ne le fais pas par passion, par ce feu-là qui brûle en toi et qui fait que, de toute façon, quoi qu’il arrive dans ta vie, tu y reviendras toujours, tu vas vite t’arrêter. C’est une course de fond, tu ne vas pas tenir la distance…Dans ce métier, tu as très peu de chance d’être connu et d’être riche, il demande des sacrifices, c’est la passion qui te tient. Donc ces moments-là font que tu ne lâches pas et te montrent qu’ils méritent d’être vécus.

 

 

 

 

Le fait d’être en alternance sur la pièce vous a sans doute permis aussi une certaine fraîcheur….

 

Complètement ! J’ai eu la chance d’avoir deux partenaires récurrents, Katib Ouadah et Zéphyr Serehen. On a commencé ensemble et il s’est créé une alchimie que le public ressentait. Souvent, en sortant de scène, on nous disait “c’est beau, on ressent vraiment la complicité entre vous”. Mais varier les partenaires de jeu a été super aussi parce que ça casse la monotonie et ça donne des choses différentes. C’est aussi très enrichissant !

 

 

 

 

En parallèle, vous publiez régulièrement, sur vos réseaux sociaux, des sketchs humoristiques. Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?

 

J’ai un humour un peu particulier, je ne saurais pas trop le définir…Il est quand même un peu barré ! Je m’inspire surtout de choses du quotidien. Je pense à un sketch que j’ai fait sur le blind-test : je sais qu’à chaque fois que j’y joue, ça me rend complètement cinglée, je me mets à hurler les réponses, je suis en stress total…J’ai vraiment extrapolé la situation, où la fille devient tellement folle, que plus personne ne veut jouer avec elle et qu’ils tentent tous de s’enfuir…En fait, dans mes sketchs, je pousse le curseur à l’extrême ! 

 

Ce sont des trucs tout bêtes du quotidien, des petits travers que l’on a et sur lesquels j’essaie de mettre l’accent. Donc, vraiment, mes sources d’inspiration sont ma vie, la vie de mes potes, ou encore toutes ces histoires que l’on peut me raconter…

 

En projet, vous réfléchissez actuellement à une série autour de rendez-vous chez le psy…

 

Elle est déjà tournée et en cours de montage ! C’est une mini-série, avec des moments de vie, de moi chez le psy. Je joue avec un partenaire, Roland Osman, et, pareil, ce sera un peu déjanté…Je pense que mon psy est encore plus cinglé que moi donc, souvent, les rôles sont inversés : parfois c’est lui qui me raconte sa vie, pour me demander conseil, parfois il ne m’écoute pas…Ce sont des tranches de vie, pour se moquer un peu des choses que l’on peut raconter chez le psy ! 

 

 

 

 

Vous avez aussi en tête de développer le « courrier du cœur… »

 

Alors là, c’est un projet que j’ai développé seule et qui me tient vraiment à cœur, où je réponds aux courriers des internautes, à toutes leurs questions sur leur vie sentimentale et plus généralement, sur leur vie affective. Le tout de façon humoristique…En espérant que les gens aient envie de m’envoyer leurs histoires, pour m’inspirer et pour entendre mes réponses un peu cash parfois. Ça démarre en septembre, j’ai hâte….

 

Ces deux projets vous permettront sans doute des palettes de jeu aux couleurs très diversifiées…

 

Oui, j’ai toujours essayé d’être dans des rôles différents. Après, je voudrais que l’on me découvre un peu plus. Autant les rendez-vous chez mon psy seront très burlesques, autant je pense que, dans le courrier du cœur, je deviendrai comme cette copine qu’on trouve agaçante parce qu’elle te met toujours face à la réalité des choses. Tu lui demandes conseil, tu as envie qu’elle te rassure, qu’elle te caresse dans le sens du poil mais, en fait, elle va faire tout l’inverse, et avec une bonne dose de sarcasme en plus. Ça fait mal, c’est piquant, et c’est drôle pour les autres mais pas toujours pour la personne qui pose la question. Et finalement, je ne dis que des choses vraies ! Tout compte fait, je ne serai pas tant que cela dans un rôle…

 

Après, bien sûr, je reste ouverte à d’autres projets : théâtre, série et bien sûr cinéma…Qui n’en rêve pas ? D’ailleurs, vous pourrez aussi me retrouver dans un moyen-métrage, sur le thème du Phantom Manor de Disney, dont la sortie est prévue en 2027. Ce sera très, très joli !

 

 

 

 

En conclusion, que peut-on vous souhaiter pour la suite de votre déjà beau parcours artistique ?

 

Ce que l’on peut me souhaiter, c’est que ça continue, parce que c’est un milieu qui n’est pas facile, dans lequel il faut se battre pour exister. J’espère continuer à vivre de ma passion et à faire de belles rencontres. Au final, je me rends compte que l’objectif, en fait, n’a d’intérêt que pour faire le chemin : quand je regarde en arrière, je me dis que c’est le chemin parcouru qui est beau, avec tous les souvenirs qu’on en garde, toutes les rencontres qu’on fait. Tout ce que j’ai vécu, je ne l’aurais pas vécu si je ne m’étais pas donné cet objectif-là : de réussir dans ce milieu…Et ce n’est pas fini…. Alors souhaitez moi que le chemin dure encore longtemps !

 

 

 

 

Merci, Julie, pour toutes vos réponses !

 

 

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Publié dans Théâtre, Télévision

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Eloise Marcenac évoque sa belle et variée actualité artistique, sur scène et à l'image !

Publié le par Julian STOCKY

@fotolaulo

 

 

 

Bonjour Eloise,

 

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

 

Vous avez une belle actualité, sur scène et à l’image. Fin août, vous serez sur les planches, dans le cadre d’un festival en Haute-Savoie, où vous jouerez deux pièces…

 

C’est une joie pour moi et, pour l’instant, c’est surtout du travail. Ce festival, “Les nuits vagabondes”, accueille une dizaine d’actrices et d’acteurs, pour trois pièces au total. Je serai sur deux d’entre elles, c’est énorme ! “La Bonne Âme du Se-Tchouan ” de Brecht est une immense pièce, avec énormément de personnages. Je joue le rôle principal, c’est une grosse joie mais c’est aussi très intense car on sera tout le mois d’août en Haute-Savoie, face au Mont-Blanc, à répéter toute la journée et même, parfois, la nuit. Le deuxième spectacle est “Ubu roi”, c’est un classique très différent et j’ai hâte de voir ce que ça va donner.

 

En parallèle, une autre pièce est en cours de développement, vous la répéterez et la jouerez en région parisienne à la rentrée. Comment pitcher ce spectacle ?

 

C’est “Amphitryon”, une pièce de Molière, cette pièce parle des dieux et des humains. C’est assez rare, avec cet auteur, d’aborder ces sujets-là. Au moment d’écrire cette pièce, Molière voulait en fait se racheter auprès du roi, il était donc alors dans une position un peu plus délicate que d’habitude. Du coup, c’est hyper intéressant, le sujet et les ressorts sont très différents, ce n’est pas du tout la comédie de Molière dont on a l’habitude. 

 

En gros, Amphitryon est un homme très puissant, un guerrier, un commandant de troupe. Le dieu Jupiter n’a d’yeux que pour la femme d’Amphitryon et, en fait, la seule chose qu’il a trouvé pour se rapprocher d’elle est de prendre la forme de son mari. Vont s’en suivre des quiproquos, des incompréhensions et de la déstabilisation. Donc cela parle des sosies, des gens qui prennent l’apparence de, ça parle aussi de la place et de changer de place, ça parle également beaucoup d’être remplaçable ou irremplaçable. On est moins dans le valet et le maître, mais on est quand même dans les dieux et le maître, donc il y a bien des gens qui descendent de leur classe.

 

Je joue Jupiter, je joue un rôle d’homme. C’est très intéressant aussi ! Je trouve cette pièce très humaine parce qu’elle va au cœur du questionnement de ce que ça fait si je suis vous ou si vous êtes moi. C’est très touchant ! 

 

Sans doute que la palette de jeu que vous avez à défendre doit être très plaisante ?

 

Oui, en effet ! Déjà, c’est vrai que c’est très intense. Cela faisait longtemps que je n’avais pas dû jouer un homme, il faut donc que je trouve à quel endroit me situer. Et puis, la langue de Molière est tellement belle mais il faut du temps pour qu’elle infuse vraiment. Quand on la lit, elle n’est pas toujours facile à comprendre mais on a déjà l’impression de voir quelque chose et de pouvoir imaginer des choses…Tu te remets souvent en question ensuite, tu te surprends régulièrement à ne pas avoir compris, en fait. Tu comprends et tu “décomprends” beaucoup, et j’adore ça ! 

 

Avec notre collectif, on est très sensibles aux textes classiques. Il n’y a que des gens de mon école et, tout au long de notre formation, on était déjà très touchés par cette écriture. Cela m’anime, tout comme de jouer avec des personnes que je connais et que j’aime. J’ai l’impression que c’est un luxe, que l’on peut se payer pour l’instant. C’est un vrai régal !

 

Avez-vous d’ailleurs des sources particulières d’inspiration pour ce personnage ?

 

Cela reste un équilibre à trouver. Tout est dans le texte, tout est dans les mots. Je crois que je n’aime pas plonger que dans mon vécu mais je suis quand même obligée de me raccrocher à ma personne, pour jouer quelqu’un de loin des humains. C’est intéressant, en fait, de pouvoir cibler les endroits de ton vécu qui t’intéressent ou pas. En plus, le metteur en scène nous y amène, sans non plus que je déverse ma vie sur le plateau. 

 

Dans quel état d’esprit êtes-vous à quelques semaines encore de la première ? Quelles sensations prédominent ?

 

C’est d’abord l’impatience ! Cela frôle même une espèce de rage…Après, on en est au trois-quart du travail mais, en même temps, je pense que ce ne sera jamais fini d’être travaillé…En fait, il faudrait presque que l’on puisse jouer cette pièce-là une centaine de fois, il y aurait besoin qu’elle soit usée pendant longtemps. 

 

Je sais que je travaille avec des comédiens et des comédiennes assez formidables, donc j’ai très envie que le monde voit ça. Ce n’est pas pour rien que notre collectif s’appelle “Saute, le monde te regarde”. 

 

En parallèle, les téléspectateurs de TF1 ont pu récemment vous retrouver dans la quotidienne “Demain nous appartient”. On imagine sans doute le plaisir que cela a été pour vous ?

 

C’était une grande surprise ! Ma formation ne vient pas du tout de la caméra donc, en fait, je suis arrivée dans un endroit où j’avais tout à apprendre. Même si j’avais les bases, c’était très très riche ! C’était presque un mois et demi de tournage donc j’avais six semaines pour tester mon jeu. 

 

Il y a évidemment un côté usine, parce que ça reste une quotidienne et qu’ils doivent par exemple tourner des scènes d’été en hiver, ce que j’ai beaucoup aimé, à ma plus grande surprise. Je pouvais, en fait, dans mon coin, un peu tester tous mes trucs, il n’y avait personne pour avoir les yeux rivés sur moi. Alors qu’à l’école, l’accompagnement était très fort, ce qui était super mais qui, parfois, était trop fort, avec trop d’yeux sur moi. Cela devenait empêchant, au bout d’un moment. Là, je me suis surprise, pas tout le temps mais quand même assez souvent, à faire selon moi et selon ce que je ressentais moi, selon mes critères et pas selon les regards. C’était quand même, bizarrement, hyper agréable !

 

Après, j'ai eu la chance de jouer principalement avec Enzo Rose, qui interprète Diego. C’était une super rencontre ! Cela aurait été sans doute totalement différent avec quelqu’un d’autre…Ca fait trois ans qu’il est sur cette série, il connaît très bien les tenants et les aboutissants donc je pense que j’ai eu la chance d’être avec quelqu’un qui faisait en sorte que je me sente bien sur ce plateau. C’est quand même plus sympa…

 

Et puis, c’était aussi un rôle très amusant ! Je jouais quand même une kitesurfeuse, bien que je ne sache pas en faire 🙂…Donc on était très souvent sur la plage mais…on avait très très froid. 

 

Quel regard avez-vous d’ailleurs porté sur votre personnage ?

 

Je pense que j’avais beaucoup de compassion pour cette jeune femme. Oui, j’avais beaucoup d’amour pour elle, pour la situation dans laquelle elle se trouve et pour ce qu’elle essaie de faire afin de se dépatouiller de tout ça. J’ai eu de la chance que ça tombe sur un personnage que je trouvais directement touchant, avec des profondeurs. Je l’aimais bien, il était vraiment chouette !

 

On le sait, le rythme de tournage d’une quotidienne est soutenu. Comment vous y êtes-vous accommodée ?

 

Oh là là, c’est fou, j’ai l’impression que c’est déjà très loin alors que c’était il y a deux mois seulement…J’ai sauté à pieds joints dedans parce que, de toute façon, tu ne peux pas trop te préparer, mais ce n’était pas forcément une mauvaise chose. La seule chose à laquelle je me suis préparée était de me dire que ça irait vite, c’est déjà ça…En effet, c’est allé très vite mais moins vite, au final, que ce que je pensais. On faisait 6 séquences par journée, on avait moins d’une heure pour chacune, c’était effréné mais j’adore ces tunnels. C’était super, on était dans quelque chose ! Notre métier est fait de hauts et de bas donc, en vrai, le tunnel fait tellement de bien ! C’est alors une bonne fatigue.

 

Tout le monde était dans la même énergie ! D’ailleurs, le nombre de personnes que l’on rencontre est assez fou, tu te prends plein de vies dans la figure 🙂. C’était très riche ! En tout cas, ce que je retiens, c’est que, bizarrement, dans un endroit comme celui-ci, alors que tout va très vite, tu trouves toujours des endroits qui te conviennent. Moi qui adore apprendre sur le tas, c’était top ! 

 

Quels retours du public aviez-vous pu avoir ?

 

Je suis assez timide avec cela mais je crois que ça s’est plutôt bien passé. L’histoire du couple Diego/Bella était fraîche, c’était de l’aventure, il y avait beaucoup de soleil et de kitesurf donc je pense que ça ne pouvait faire que du bien.

 

Je regardais aussi le rendu final et, parfois, je me disais que c’était dingue parce que jamais je n’aurais imaginé que ça puisse rendre ce que ça rendait. C’est différent du théâtre, là tu joues devant une caméra et tu n’as jamais de recul, tu es juste obligé d’être dedans. Au théâtre, tu es aussi dedans mais tu es souvent en discussion, tu joues, tu essaies et tu as tout le temps des retours du metteur en scène. C’était hyper intéressant, ici, de travailler complètement à l’aveugle…C’est une sensation différente du théâtre ! 

 

Pour terminer, sans doute seriez-vous ravie de revenir dans la série, si jamais l’opportunité se présentait ?

 

Oui, bien sûr ! C’est de l’expérience en plus, ça te met en action, c’est génial. Surtout, leur histoire était quand même vachement sympa. Je pense que là-dessus aussi, on a eu de la chance : il s’est quand même passé beaucoup de choses, il y avait beaucoup d’intrigues, de jalousies et d’histoires d’amour. Je suis encore attachée à ce personnage, je ne m’y attendais pas. Son parcours m’a permis de tester plein de choses différentes donc, oui, ce serait super de revenir, j’en serais ravi. Je laisse les choses se faire, j’essaie de ne pas avoir d’attente. 

 

Merci, Eloise, pour toutes vos réponses !

Publié dans Théâtre, Télévision

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Clara Saadoun nous en dit plus sur sa belle actualité au festival d'Avignon !

Publié le par Julian STOCKY

 

 

 

Bonjour Clara,

 

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

 

Vous serez, dans quelques jours, de retour au festival d’Avignon, avec une nouvelle version de la pièce “Chang’e et la lune”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?

 

Oui ! C’est très excitant…On a, en plus, cette année, travaillé une nouvelle version, qui est encore plus aboutie que celle de l’année dernière. On l’a même jouée au théâtre du Guichet Montparnasse en mai et juin. Ce qui est super, c’est que l’on s’est déjà beaucoup rodés sur cette nouvelle version, on l’a beaucoup testée et on s’est rendus compte que les gens étaient vraiment conquis, de manière générale, tant les petits que les grands. C’est une pièce à double lecture, c’est très visuel, elle est très enfantine car on parle du rapport au temps, donc de l’enfance. En fait, on s’aperçoit que les petits adorent parce qu’il y a des animations, de la danse et de la musique, et que les adultes aussi parce que c’est un message à portée très philosophique et très politique. On est donc assez sereins, on a très envie de la présenter, alors que l’année dernière, on était partis avec une version que l’on n’avait pas encore présentée. Là, on est emballés !

 

En plus d’être sur scène, vous avez aussi écrit cette pièce. Si l’on revient à la genèse de cette aventure, qu’est-ce qui vous en avait donné l’idée ou l’envie ?

 

J’ai fait un échange universitaire en Chine, je suis partie vivre là-bas pendant un an, j’ai vécu à Shanghai mais j’ai beaucoup voyagé, notamment dans le Yunnan, la région montagneuse qui fait face au Tibet. C’est mon plus beau voyage…On avait fait plusieurs jours de randonnée, avec un guide hyper sympa. Vers la fin du séjour, après avoir passé des jours à escalader des montagnes sublimes et à voir des monastères au pied de pics enneigés, alors qu’il faisait nuit, on regardait les étoiles, tellement c’était clair. A un moment, ce guide m’a demandé de regarder la lune pour savoir si je voyais quelque chose. Je pensais qu’il blaguait mais il a insisté et, à force de regarder, mon imagination a fait le travail et j’ai vu quelque chose bouger…Ce guide nous avait expliqué que c’était Chang’e, la déesse de la lune. 

 

Il a fini par nous raconter son mythe et, de là, j’ai commencé à m’intéresser à la mythologie chinoise. J’ai parcouru de nombreux livres et, non seulement ils sont d’une poésie sublime et d’une intelligence folle, mais, en plus de cela, ils sont très philosophiques. J’ai adoré !

 

Quelques années plus tard, à l’approche de la trentaine, j’ai commencé à angoisser et, de là, m’est revenu ce mythe. Ce guide que j’évoquais avait concentré toute mon attention sur la lune, qui, depuis que je suis toute petite, a une connotation très poétique. Comme je suis quelqu’un d’assez anxieuse, à chaque fois que je pense à elle, ça me calme et me réconforte beaucoup ! Donc, lors de ce voyage, je m’étais, en fait, reconnectée à quelque chose d’assez profond en moi…

 

En quoi consiste, justement, ce mythe ?

 

J’ai écrit une histoire vraiment différente du mythe, je me suis inspirée de son message pour en faire quelque chose à moi. Il faut savoir que ce mythe date d’il y a plus de 3 000 ans donc, forcément, il y a beaucoup de versions différentes. 

 

C’est l’histoire de Chang'e et de Houyi, son mari, le dieu archet. Un jour, les dix soleils de la mythologie chinoise se sont alignés et se sont mis à brûler la terre. L’empereur Yao priait nuit et jour pour que l’on épargne son empire et, un jour, Houyi entend ses prières, descend sur terre et détruit, avec son archet, neuf des dix soleils, en laissant un pour l’équilibre des éléments et de la nature. Pour le remercier, l’empereur lui offre un elixir de vie, à partager avec sa femme, pour qu’ils puissent rester sur terre et vivre très longtemps tous les deux. Houyi continue même d’être le bras droit de Yao, il exécute ses missions sur terre, pour terrasser les monstres qui la détruisent ou qui attaquent les hommes, et sans doute qu’il ne se voit pas vieillir, contrairement à sa femme, qui prend tellement peur qu’un jour, elle boit tout l’elixir, finissant par s’envoler toute seule sur la lune. 

 

Les autres versions diffèrent un peu mais, en tout cas, on y retrouve cette notion de la femme qui a plus peur que l’homme du temps qui passe…C’est quelque chose, je trouve, qui a toujours été d’actualité parce que nous, les femmes, avons quelque chose de différent, à savoir l’horloge biologique. J’ai 30 ans et, quand j’ai eu 27/28 ans, j’y ai pensé et des amies me disaient qu’elles allaient se faire congeler leurs ovocytes. Cela m’avait désespérée d’entendre cela, alors que, maintenant, je vais moi-aussi le faire. On n’a pas le même rythme de vie qu’il y a des années, on est jeune de plus en plus tard mais notre corps ne suit pas donc ça n’a aucun sens. 

 

 

 

 

Du coup, avec vos mots mais sans tout en dévoiler, comment pitcher la pièce ?

 

J’ai une énergie enfantine, je me suis donc beaucoup reconnue dans Chang’e et je me suis dit que j’allais faire une pièce qui parle de cela. Dans la première version, j’avais vraiment gardé le mythe, je le racontais même au début, avant de l’adapter pour en faire une satire un peu drôle, poétique et comique d’une société qui, finalement, n’accepte pas de vieillir. Ce que j’ai gardé dans la deuxième version…Où je voulais davantage exploiter l’espace de la lune, chose que je n’avais pas autant faite la première fois, où c’était assez métaphorique et lointain. La lune, pour moi, est le lieu de l’enfance mais aussi de la mort, ainsi que de l’imaginaire. C’est un lieu où on ne vieillit pas, puisque tout est en apesanteur, tout est léger et tout flotte. Il n’y a pas le poids de la gravité, qui nous emmène vers le bas et qui nous fait vieillir…

 

Je me suis demandée ce que serait Chang’e, cette jeune femme qui doit avoir entre 20 et 30 ans, si elle n’avait pas eu le poids de l’angoisse du temps…Et, en fait, ce serait une femme-enfant ! On a cherché, avec Emma, au plateau, à créer cette créature et elle fait un travail formidable de clown. Cette créature est, en fait, un extraterrestre mais c’est un petit être extrêmement doux, fragile, léger et qui flotte. Dans cette version, elle a des désirs, puisqu’elle tombe amoureuse d’un astronaute, Houyi, qui vient sur la lune pour essayer de la conquérir. Chang’e finit par le suivre sur terre, devient soumise à la gravité et se met à vieillir dans le corps mais pas du tout dans la tête…Cette pièce parle donc de notre rapport au temps et je ne donne pas, faute de temps, de solutions toutes faites, j’ai essayé de proposer différents axes de réflexion, grâce à divers tableaux. 

 

Ce spectacle est un message d’amour à tous les enfants intérieurs que l’on a et que l’on est : comment les garder ? comment les conserver ? comment accepter le temps qui passe, tout en gardant notre âme d’enfant ? Parler de notre rapport au temps veut aussi dire parler de notre peur de la mort, parler de notre volonté d’accélérer constamment pour gagner du temps, ce qui n’a aucun sens…donc de la trace qu’on laisse sur terre, même longtemps après nous. 

 

Sur scène, quels personnages avez-vous le plaisir d’incarner ?

 

Emma est le personnage principal, elle joue Chang’e. Baudoin Sama joue l’empereur Yao et une vieille fourmi. Gabriel Bizi joue Houyi, l’amoureux transit ainsi qu’une autre petite fourmi très mignonne. Je joue le docteur Nuwa : à l’origine, c’est un vrai personnage de la mythologie chinoise, en l’occurrence une sorcière et je m’en suis inspirée pour en faire la figure féminine de la femme d’aujourd’hui. C’est un médecin qui a pour mission ultime de garder l'empereur Yao en vie, lui qui est terrifié de la mort, qui est un ancien cosmonaute qui a vu la lune et qui veut absolument y retourner pour vivre sur place, la terre mourrant. Pour cela, il faut être dans une forme olympique, ce qui n’est plus son cas, puisqu’il vieillit. Mais on apprend que le docteur Nuwa propose des masques de jouvence… 

 

Nuwa est, elle aussi, terrifiée à l’idée de mourir, elle veut également sa place sur la lune, elle serait prête à tout pour l’avoir et, en même temps, c’est une femme qui n’a fait que travailler, au point de s’oublier. Elle finit par retrouver de la douceur et une joie de rire, de s’amuser, ainsi qu’un côté maternel, aux côtés de Chang’e. 

 

Je joue aussi plein de petits personnages : une reine des fourmis, tyrannique, complètement obsédée par la productivité, qui est complètement folle, ainsi qu’une députée. Tous ces personnages sont super ! Je m’amuse beaucoup…

 

Certainement que la palette de couleurs doit être très plaisante pour vous ?

 

C’est très grisant ! On finit trempés car c’est extrêmement physique. On est à l’arrière d’un grand paravent de tissus, sur lequel on projette des animations faites par Emma et, donc, on change de costumes en deux temps et trois mouvements. On crée de la magie comme cela, on joue aux marionnettes avec nos corps.

 

On peut se le permettre parce que c’est un conte. On voyage dans cette pièce, non seulement à travers le point de vue de Chang’e, que l’on suit tout le long du spectacle, et aussi à travers le musicien, qui ne parle pas mais qui joue avec nous. Ce qui est très drôle, c’est que les deux sont des gens assez enfantins, donc on peut se permettre d’aller dans des codes de jeu très hauts en couleurs. On peut pousser les choses…

 

Quels retours du public avez-vous déjà pu avoir sur cette nouvelle version ?

 

Globalement, on a eu de superbes retours ! Déjà, c’est une grande victoire comparée à l’autre version, les gens ont tout compris, alors que c’est très dur parce qu’on a inventé un monde, avec ses lois et ses règles. Les gens nous disent réussir à s’y plonger. Deuxièmement, les spectateurs passent du rire aux larmes, ce qui est une vraie satisfaction. Enfin, le personnage de Chang’e est très attachant, tout le monde s’y reconnaît.

 

C’est vraiment une jolie pièce, qui a déjà plu à des personnes d’horizons différents.

 

 

 

 

A quelques jours du début du festival, quelles sensations prédominent en vous ? L’excitation et l’impatience ? L’appréhension ?

 

Il y a, forcément, un peu des deux. A la fois, on est très excités parce qu’on a vu que les gens sont vraiment conquis, ce qui nous rassure énormément. Donc on a vraiment encore plus envie d’y aller la fleur au fusil, pour faire découvrir ce petit dessin animé au théâtre…On est excités ! Et puis, il y a, évidemment, l’appréhension parce qu’on investit toujours beaucoup d’argent pour Avignon. On est dans une salle, au théâtre du rempart, qui est vraiment belle, elle est très agréable pour jouer mais elle est un peu excentrée, sans être trop loin non plus donc il sera important que les gens en aient connaissance avant. 

 

Ce qui signifie que le tractage aura une importance encore plus grande …

 

Complètement ! On va tracter toute la journée et ce sera d’autant plus intense pour moi que, juste après cette pièce, je joue dans un autre spectacle, “7 secondes”, de Marie Mahé. Le festival va être assez énergivore mais c’est génial !

 

Pour terminer, que peut-on vous souhaiter pour cette nouvelle édition du festival, qui approche à grands pas ?

 

De faire complet ! On peut nous souhaiter que le bouche à oreille fonctionne, que les gens soient tellement conquis et touchés par le message ainsi que par l’ambiance de cette pièce qu’ils en parlent autour d’eux. On peut également nous souhaiter que des programmateurs parisiens puissent venir, que ça leur plaise, afin que le voyage puisse continuer aussi loin que possible. C’est vraiment une pièce qui nous touche, c’est notre bébé donc ce serait génial de poursuivre l’aventure !

 

Merci, Clara, pour toutes vos réponses !

Publié dans Théâtre

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Justine Grave nous en dit plus sur les deux pièces de théâtre qu'elle joue au festival d'Avignon !

Publié le par Julian STOCKY

Crédits photos : Teddy Nigita et Alexandra Accart

 

 

 

Bonjour Justine,

 

Quel plaisir d’effectuer cette nouvelle interview avec vous !

 

Vous serez, en juillet, sur la scène du festival d’Avignon, avec deux spectacles très différents. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?

 

Oui ! C’est un peu un mélange d’excitation, de peur, de hâte et de plein de choses. Depuis l’école, c’est-à-dire depuis quatre ans, je n’avais pas fait de théâtre, donc de revenir tout de suite avec quelque chose de très intense en matière de création et d'enchaîner tout de suite deux fois vingt et une représentations, est, je pense, un rythme qui me convient. Dans le sens où, dans ma vie personnelle, je suis quand même quelqu’un qui ait un peu de mal à aller jusqu’au bout des choses parce que je m’éparpille énormément, donc, là, en fait, c’est très satisfaisant de me dire que, ça y est, je me suis vraiment focusée sur quelque chose et qu’on a été au bout en quelques semaines. Ça va être le TGV jusqu’à la ligne d’arrivée et c’est hyper plaisant de se dire que tout va se faire très vite. J’avoue que c’est très cool !

 

Plus concrètement, avec vos mots, comment pitcher le spectacle jeune public “L’éléphant rose existe-t-il ?”, que vous jouerez chaque matin à 10h ?

 

Je dirais que la pièce s’adresse à ceux qui rêvent encore et à ceux qui oublient parfois de rêver, mais qui voudraient se reconnecter à l’imaginaire. C’est une pièce accessible à partir de trois ans mais qui est idéalement adaptée aux cinq à douze ans. C’est du langage d’enfants, ce sont deux personnages, un qui rentre au collège et qui est plutôt anxieux, qui a envie de grandir très rapidement, pour se sentir adulte et un autre personnage, plus enfantin, qui a sept ans et qui, justement, lui n’a pas encore pensé une seule seconde à être adulte. Donc c’est un peu tout ce rapport entre les deux personnages : le plus grand qui va apprendre au plus petit à grandir, et le plus petit qui va apprendre au plus grand à garder son âme d’enfant.

 

D’ailleurs, lequel de ces deux personnages incarnez-vous ?

 

Alors, cela peut être très étonnant me connaissant mais je vais jouer le plus grand, qui ne veut plus être enfant 🙂. Étonnant parce que, dans la vie, je suis toujours une enfant et je crois que ce n’est pas prêt de s’arrêter…

 

 

Crédits photos : Teddy Nigita et Alexandra Accart

 

 

Le fait de jouer un personnage très jeune vous offre sans doute une palette très variée de couleurs ?

 

Pour le coup, je n’avais vraiment jamais fait de spectacle jeune public, que ce soit à l’école ou en dehors, donc ce sont des codes de jeu que je n’avais pas et qui me paraissaient très très loins de moi-même parce que je suis quand même quelqu’un qui suis plutôt minimaliste à l’écran. Je déteste en faire trop, je déteste faire beaucoup d’artifices, j’aime toujours faire des choses qui se rapprochent de moi et donc, là, je sais que c’est du théâtre mais, quand même, il y avait des codes que je n’avais pas, dans le corps ou dans la voix. Surtout, je crois que le plus important est de penser aux spectateurs, pour le coup aux enfants, d’essayer de se remettre un peu dans leur tête et de se dire comment ils vont interpréter telle ou telle chose, comment ils vont accueillir telle ou telle réaction. Je pense, par exemple, à un moment où le personnage d’Ambre, le plus petit, me fait sursauter : j’avais tendance à crier mais, en fait, non, parce qu’il y a des enfants très petits qui pourraient être surpris. Donc il faut adapter tout cela ! Franchement, c’est hyper intéressant…

 

C’est aussi beaucoup de comédie et beaucoup de jeu de clown. Le langage est très corporel, les enfants comprenant beaucoup de choses par le corps. Il me faut retrouver tout cela, l’instinct, les petits tics que l’on peut avoir quand on est enfant, que ce soit de langage ou de mouvement. 

 

Dans vos éventuelles sources d’inspiration, y a-t-il l’enfant que vous avez été ?

 

Non…Pour le coup, je ne pars vraiment pas du tout de moi-même parce que, à cet âge, je n’étais pas du tout consciente de comment j’agissais donc je ne peux pas du tout m’inspirer de comment j’étais. A l’inverse de maintenant, où j’analyse beaucoup plus ce que je fais.

 

Mon inspiration, en fait, est très simple : j’ai fait beaucoup de baby-sitting, j’en faisais encore récemment et ça tombait à pic…Cette année, chaque mercredi matin, je gardais une fille de neuf ans et un garçons de douze ans, pile la tranche d’âge parfaite…Quand on a commencé à créer la pièce, je me suis beaucoup inspirée d’eux, je les regardais énormément…C’était hyper intéressant ! L’écriture étant superbe, j’avais juste à rajouter mes petits ingrédients pour faire la bonne recette.

 

On le sait, le jeune public n’a pas forcément les codes du théâtre et peut, notamment, réagir à haute voix à ce qui se passe sur scène. Il vous faudra être prête à cela aussi… 

 

Exactement ! Je pense que c’est hyper important, quand tu joues quelque chose, de toujours rester consciente de tout ce qui se passe autour de toi et d’avoir le recul nécessaire. Parfois, je crois que ça vaut le coût de réagir et de s’en servir, alors que, parfois, il faut savoir juste laisser couler et continuer son histoire. On a de la chance, on a fait une sortie de résidence en mai, très intimiste, avec des copains qui avaient des enfants. On a donc pu la tester sur un public qui allait de deux ans et demi à douze ans, on a vu un peu les différentes réactions et j’ai été très étonnée de la concentration des petits, qui étaient très émerveillés. Après, c’est un spectacle dans lequel il y a beaucoup de jeu mais aussi pas mal de jeux de lumière…On a essayé de mettre beaucoup d’ombres chinoises, d’effets de lumière, de la musique, du jeu avec les mains…Je pense que ça captive !

 

En tout cas, oui, je suis prête à ce qu’il y ait des petits qui crient, qui pleurent voire qui veulent sortir. Ce n’est pas un problème, il faut laisser la place et la liberté à l’enfant de s’exprimer donc ce n’est pas très grave.

 

On imagine également que des allusions et des références sont faites plus spécifiquement pour les adultes présents dans la salle ?

 

Exactement ! C’est une de mes meilleures amies qui a créé et écrit la pièce, ce qui fait que c’est très agréable de bosser avec elle. Au départ, on ressentait une écriture d’adulte, avec une pensée d’adulte, c’était trop mature pour des enfants. Une vraie réadaptation a été faite pour le jeune public, avec quelques références pour les adultes. Les plus petits ne percevront pas la subtilité de ne plus avoir accès à son imaginaire et de vouloir devenir grands mais, par contre, les grands le capteront. Au collège, les enfants sont à un âge où il se passe beaucoup de choses dans leur tête, je pense qu’ils retrouveront sur scène des questions qu’ils se posent eux-mêmes.

 

En complément, en début de soirée, vous serez à l’affiche de “Peines perdues”...

 

Ce sont quatre personnages : Christine, Sophie, que j’incarne, Alain et Didier. Christine est patronne de bar, Sophie est son employée, Alain est son mari et Didier est le père de Sophie, ainsi qu’un ami de Christine. Cela fait vingt ans qu’Alain est en prison et que Christine ne nous en a jamais parlé, elle n’a même jamais parlé de lui et …elle nous annonce qu’il revient aujourd’hui, qu’il sort de prison, après avoir été incarsceré pour le meurtre de son frère, dont on ne sait pas s’il est coupable ou pas.

 

Un événement va se passer dans la pièce et va faire que toutes les relations vont un peu être bouleversées. C’est un spectacle qui questionne sur, comment, en sortie de prison, reconstruire un couple, des relations amicales, des relations de travail, et sur comment les aprioris vont être menés. C'est donc une pièce sur la reconstruction et le maintien des liens. 

 

Quel regard portez-vous sur Sophie, votre personnage ?

 

Je dirais qu’il a fallu trouver le juste milieu entre le personnage qui fait tampon, qui est très joyeux, qui apporte beaucoup de bonne humeur, qui fait beaucoup les liens entre les personnages et le fait que, quand même, c’est un événement qui n’arrive pas tous les jours. Même si elle est très rêveuse, très idéaliste, si elle veut que tout se passe bien, elle ne peut pas faire comme si cet évènement était anodin…Oui, il a fallu doser !

 

 

Crédits photos : Teddy Nigita et Alexandra Accart

 

 

Là encore, sans doute que l’éventail d’émotions est large mais aussi très différent de celui du spectacle jeune public ?

 

Déjà, c’est un peu dans le nom du genre : c’est une comédie dramatique ! On s’imagine que les personnages passent de situations très loufoques à une situation beaucoup plus noire et sombre. J’avoue que c’est un plaisir de jouer dans cette pièce parce que ça commence de manière très légère, avec des petites vannes un peu à droite et à gauche, de la bonne humeur à pleines dents mais, au fur et à mesure du spectacle, il y a de plus en plus d’inquiétude, de stress, de colère et de regrets. Donc la palette est bien explorée !

 

Au moment de vous glisser dans la peau de Sophie, sans doute que les sources d’inspiration sont bien différentes de l’autre personnage ?

 

Pour le côté rêveur et sur la bonne humeur, je dirais qu’il y a quand même beaucoup de Jade de “Nouveau jour”. Je pense juste que Sophie est quand même plus terre à terre. Il y  a des scènes où elle se fritte avec son père et, pour ça, je crois que je me suis un peu inspirée de ma jeunesse et de ma crise d’ado notamment, mais avec un regard plus adulte, parce que ce sont des situations qui sont quand même plus matures. Donc je pense qu’il y a un mélange entre la Justine d’aujourd’hui et celle d’avant !

 

Les journées au festival vont être très intenses mais ce sera une bonne fatigue…

 

Carrément ! Actuellement déjà, je vois ce que ça m’apporte. Je répète, en ce moment, “Peines perdues” et j’ai la chance de travailler avec des comédiens qui sont des pointures du théâtre. Les trois ont la soixantaine, font cela depuis des années, se sont formés au conservatoire donc, pour le coup, je me suis vraiment sentie en-dessous au départ. Je pense que je le suis encore au niveau technique et que j’ai du chemin pour arriver à leur niveau mais d’être avec des gens qui sont beaucoup plus expérimentés fait que je progresse beaucoup plus vite, c’est beaucoup plus challengeant et mon ego est beaucoup plus mis à rude épreuve. C’est bien, ça force à questionner…

 

C’est la même chose sur l’autre pièce : Emilie, qui nous met en scène, a l’habitude du jeune public, elle sait ce qu’elle fait et ce qu’elle dit donc c’est hyper agréable de pouvoir lui faire confiance. Clémence, la créatrice de la pièce, avec qui je suis sur scène, a déjà fait Avignon plusieurs années. C’est donc moi la petite nouvelle dans le groupe, c’est moi qui dois un peu ramer pour arriver au niveau mais, en tout cas, c’est quand même beaucoup de plaisir ! L’expérience vient avec et elle est beaucoup plus agréable dans ces conditions. Donc c’est chouette !

 

Le festival d’Avignon est la grande fête annuelle du théâtre, où le tractage permet une proximité avec le public que l’on ne retrouve nulle part ailleurs…

 

C’est clair ! Moi qui ai plus l’habitude de l’image, je vais être contente de retrouver cette proximité avec le public, pour avoir les ressentis. Le public est nouveau chaque jour, je ressentirai donc aussi le stress chaque jour. Je pense que le tractage fait partie de ce qui me fait le plus peur : il faut adapter son discours, cela reste de la communication pour que les gens viennent car, à Avignon, tu ne penses pas uniquement artistique mais aussi rentabilité. En plus, en tractant, on reste debout donc je crois que c’est la peur d’être fatiguée et, du coup, de plus subir les représentations. Après, je pense que je suis solide et que l’excitation sera quand même beaucoup plus importante.

 

 

Crédits photos : Teddy Nigita et Alexandra Accart

 

 

En conclusion, que peut-on vous souhaiter pour ce festival d’Avignon qui approche à grands pas ?

 

De survivre 🙂. De passer une très bonne aventure, d’apprendre plein de choses, de rendre les gens heureux ! On ne pourra pas satisfaire tout le monde mais on peut nous souhaiter que les gens aient un regard critique intéressant sur le spectacle. J’ai envie que le résultat soit sympa mais j’ai surtout envie que le process soit agréable et ludique. 

 

Aussi de kiffer avec les copains et d’aller voir d’autres spectacles ! J’ai même déjà commencé ma petite liste…Et bien sûr, de faire vivre ces spectacles et de continuer à les jouer après le festival ! Plus personnellement, pourquoi pas aussi enchaîner, ensuite, sur d’autres projets de théâtre…Ce pourrait être sympa !

 

Merci, Justine, pour toutes vos réponses !

Publié dans Théâtre

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