Salomé Granelli évoque sa belle et variée actualité, théâtrale mais aussi télévisuelle !
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Bonjour Salomé,
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Votre actualité est riche, à l’image, sur scène mais aussi derrière le plateau. Commençons, si vous le voulez bien, par “Aïe”, pièce qui reprend en septembre au Théâtre de Dix Heures et que vous produisez. Certainement que ce bébé vous tient particulièrement à cœur ?
Absolument ! C’est un spectacle que j’ai co-écrit et que je coproduis donc je passe de l’autre côté, pour la première fois. C’est une aventure assez extraordinaire !
C’est une comédie musicale jeune public sur les émotions, où une joyeuse fée, la fée Bobos, celle des petits bobos que l’on ne voit pas, vient apprendre et exprimer à Aïe, cette petite fille qui a un peu mal partout, qu’on peut mettre des mots sur ses maux. Donc c’est un spectacle vraiment sur le lien parent - enfant et sur la façon de transformer les émotions négatives en émotions positives. C’est un spectacle musical, magique et interactif, qui permet aux petits et aux grands de verbaliser et de transformer.
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Au moment de l’écriture, qu’est-ce qui vous avait donné l’envie de ce thème en particulier ?
Je coécris, avec une amie qui était venue me parler de son idée, que j’ai trouvée extraordinaire. On a écrit ensemble, j’ai mis beaucoup de ma personne, de mon chemin parcouru et de ma thérapie, vraiment. A la première, ma psy était dans la salle et était très émue. C’est un vrai chemin pour moi…
J’ai tellement aimé ce projet que j’ai décidé de le coproduire, avec une femme qui m’a fait confiance. Ensemble, on a monté notre structure et contacté deux excellentes comédiennes et chanteuses de comédies musicales, qui jouent les rôles de Aïe et de la fée Bobos, Cassiopé Mayance et Ana Ka. J’aime mettre en valeur ces comédiennes qui ont donné vie à ce spectacle.
C’est un spectacle vraiment familial, dans lequel chacun, selon son âge, comprendra soit le texte, sinon le sous-texte…
Oui ! Au début, la volonté du metteur en scène, Sebastiao Saramago, qui est aussi le compositeur des chansons, était de rendre vraiment accessibles, aux plus jeunes, des concepts qui paraissent adultes. Donc, à la base, c’était un spectacle jeune public et c’est au début de l’exploitation que l’on s’est rendus compte que nos amis, venus pour nous soutenir, sortaient en pleurs, alors qu’ils n’ont pas d’enfant. C’est là que l’on a pris conscience de l’ampleur et de l’aspect multi générationnel de ce spectacle. Il touche des parents, des grands-parents, des oncles et des tantes qui n’ont pas d’enfants…mais le but était d’être accessible aux plus petits. C’est pour cela que l’on dit que c’est un spectacle jeune public avant tout.
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D’ailleurs, quels premiers retours avez-vous déjà pu avoir des spectateurs ?
On a eu la chance d’avoir, notamment, un pédopsychiatre, qui nous a dit, et ce retour nous a fait du bien, que “si ce spectacle était plus joué et qu’il existait dans toute la scolarité, il aurait moins de patients”. Beaucoup de mamans se retrouvent touchées et se permettent de récréer du lien, en prenant plus de temps avec leurs enfants. On a aussi des petits qui chantent les chansons parce qu’elles restent vraiment en tête et sont très très belles.
Les enfants nous disent que, maintenant, ils connaissent les étapes pour transformer les peurs. C’est pour cela que l’on va créer le livre au plus vite. Ils veulent aussi connaître les tours de magie, mais ça, on ne leur dira pas 🙂….
En étant de l’autre côté, comment avez-vous vécu, notamment, la première où, quelque part, votre bébé ne vous appartenait plus ?
C’est une question très intéressante ! Je n’ai jamais été autant stressée que dans la salle…J’ai l’habitude de voir des amis sur scène et d’être stressée parce que j’ai cette empathie mais, là, c’était fou ! J’ai une confiance absolue en mes comédiennes et mon metteur en scène, ils ont fait un travail extraordinaire, mais, mine de rien, à l’écriture, cette petite fille, Aïe, c’est un peu moi donc ça m’a profondément émue de la voir interprétée par quelqu’un d’autre. Cassiopé apporte une richesse folle à ce rôle et, en même temps, que ce soit ma maman, ou d’autres membres de ma famille, ils m’ont dit qu’ils me retrouvaient dans ce personnage. Ça continue encore à me bouleverser…C’est une place assez magique, où on lâche le contrôle et où on profite juste d’être spectatrice.
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Cette expérience-là fait-elle de vous, consciemment ou inconsciemment, une comédienne différente encore ?
Encore une fois, cette question est très très intéressante ! Effectivement, je suis persuadée que ça m’a fait grandir en tant que comédienne. Pas forcément dans le jeu en soit mais plutôt dans la façon d’appréhender le stress : en fait, ça m’a permis de me rendre compte que, quand je ne suis “que” comédienne, je ne suis que comédienne, qu’on m’emploie parce qu’on m’a fait confiance et que toutes les problématiques, de budget ou encore de remplissage, ne m’appartiennent pas. Ca fait un bien fou de me dire que c’est magique : c’est Noël, j’ai juste à jouer ! Le fait d’avoir, de l’autre côté, toute cette pression, qui est vraiment conséquente et que je n’avais pas forcément anticipée, me permet d’être beaucoup plus détendue dans le boulot d’actrice. Donc j’aborde les projets à venir en tant que comédienne avec beaucoup plus de sérénité !
Vous avez également tourné dans “Après la fin”, le premier film de Frédéric Lopez. On imagine sans doute la joie que cela a dû être pour vous ?
Absolument ! Cette aventure-là, c’est quelque chose ! J’ai été très très honorée et heureuse de participer à ce projet, malgré une appréhension, au début, de part le fait de jouer une personne invalide, alors que je suis valide. J’ai eu une vraie peur d'illégitimité, que j’ai partagée au réalisateur, Frédéric Lopez, qui a été merveilleux et qui a su me faire me sentir à ma juste place.
Je joue une personne qui est paraplégique et donc en fauteuil roulant. On a eu une formation d'une demi-journée, qui nous a permis de nous mettre au service de ce fauteuil et, sur le tournage, j’ai tenu à être beaucoup en chaise roulante, pour sentir cette frustration extrême que ça peut être de ne pas pouvoir se mouvoir comme on veut. C’est vrai que, en plus de cela, le soir, en se levant, on se rend compte de la chance que l’on a…Cela m’a vraiment bouleversée ! Tout comme de tourner avec Louis Derungs, qui a lui-même un handicap, dont traite le film…Je l’ai vu avec tant d’aisance dans sa vie et tant de joie de vivre…C’était un tournage qui a été vraiment la joie de vivre, justement ! C’était réellement le point commun entre nous tous. Du coup, ça montre à quel point, quand c’est vertueux, c’est vertueux.
Le tournage a eu lieu quelques mois avant que je ne lance mon spectacle et ça m’a énormément apporté, à me dire que je voulais absolument nourrir la joie de vivre dans l’équipe que je créais, à l'instar de Frédéric, qui a su faire un casting de comédiens mais aussi d’être humains, vraiment. C’est un très très très beau film ! Je suis vraiment très reconnaissante d’avoir pu y participer !
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Au-delà de l’adaptation du livre “15 000 volts” de Louis, on voit cette histoire par le prisme de plein d’autres personnages. C’est vraiment un regard sur comment chacun vit le phénomène de rééducation…
Oui ! J’ai eu la chance d’incarner Océane et c’est vrai que ce personnage est génial. Je me rends compte qu’il est assez proche de moi, sur plein de choses : elle est très impétueuse et elle a une façon de gérer, dans un premier temps, le trauma par le déni…et je suis aussi un peu comme cela ! Il y a cette scène qui est terrible, où elle va jusqu’à s’inventer qu’elle ne s’est pas faite larguer et fait semblant d'être au téléphone avec son chéri …J’ai trouvé cela bouleversant à jouer et Frédéric m’a raconté qu’il avait mis cet élément, dans ce rôle-là, d’une personne qu’il avait vraiment vue vivre cela. Je me suis dit que je voulais la défendre : elle est vue comme un peu peste mais j’ai tout de suite vu sa douleur à elle et le masque qu’elle s’est mis. J’ai vraiment aimé soutenir ce personnage-là !
C’est aussi un film très drôle, dans lequel les téléspectateurs vont beaucoup rire car ces rires sont nécessaires pour les personnes qui vivent ces situations…
En fait, ce qu’il ressort de ce film, c’est qu’il y a, certes, les accidents de la vie mais qu’il reste la vie ! Tant qu’on est en vie, on a la possibilité de transformer…ce qui ramène, un peu, à “Aïe”. On peut soit être résigné, soit transformer et tous les personnages du film, à des rythmes différents, décident de faire quelque chose de leur histoire. C’est fort !
Vous avez tourné la grande majorité des scènes dans un vrai centre de rééducation, ce qui a été certainement aidant à prendre pleinement conscience des enjeux…
Cela nous a complètement aidés, en tant que comédiens, même si, pour l’équipe technique, ça a été autant une chance qu’une contrainte. Dans un premier temps, ça a été difficile, en tout cas pour moi, d’un point de vue de la légitimité comme je vous ai dit plus tôt…Je me suis dit que je prenais sur leur espace personnel, j’avais l’impression que c’était un pied de nez de se lever devant eux mais, en fait, ils étaient tellement bienveillants et ça a été merveilleusement bien organisé que j’ai eu l’impression que ça a été fluide. Il faut savoir que beaucoup des figurants sont des personnes qui étaient là-bas, on a pu être avec eux et échanger, pour de vrai. C’est en cela que ça a été vraiment une expérience humaine, on s’est adaptés à leur planning et pas l’inverse. Donc il y avait, j’ai le sentiment, ce respect total !
En tant que comédien, c’est bizarre à dire mais c’est une aubaine de pouvoir être imprégné et de pouvoir, entre deux prises, juste regarder autour de soi.
Vous avez eu la chance de déjà voir le rendu final. Comment avez-vous vécu la projection ?
J’étais tellement heureuse ! Pour tout vous dire, lors du tournage, j’avais l’impression de ne pas avoir été à la hauteur, dans ce rôle. Oui, c’est la fois, dans ma carrière, où, en tant que comédienne, j’avais le plus l’impression d’avoir été en dessous. Je ne saurais pas l’expliquer mais je l’avais verbalisé à Frédéric et quand, à la fin de la projection, il m’a dit “Bon, tu es bien !”, je lui ai répondu “Oui, je crois”. En fait, le montage est vraiment bon et il permet de faire exister ces personnages secondaires, vraiment, ce qui est rare dans ce genre de format.
J’ai énormément aimé le film et j’ai réussi à le voir autrement que dans ma petite tête ou que par cet égo d’une actrice qui voit tout à travers son prisme. Je suis simplement fière d'avoir fait partie de cette aventure collective !
Sans doute êtes-vous impatiente de pouvoir proposer le rendu final aux téléspectateurs et curieuse de leurs commentaires ?
Malheureusement, je n’ai pas eu l’opportunité d'assister à une projection en festival, mais rien que de voir la vidéo envoyée par Frédéric de cette standing ovation... C’est la première perspective extérieure que j’ai pu voir… j’ai vraiment hâte qu’il soit diffusé et qu’il soit vu !
En complément, quels sont vos autres projets en cours ou à venir ?
J’ai tourné dans un téléfilm, qui va s’appeler “Meurtres à Epinal”, dans lequel je joue la fille du rôle tenu par Patrick Sabatier, qui a fait cet exercice et ce travail d’être acteur, et qui l’a fait de façon assez excellente, je dois dire. J’ai adoré avoir ce papa, je l’ai trouvé tellement humble et, en même temps, extraordinaire…Il est très bon, mais sans le savoir et c’est assez agréable à voir. J’ai eu de très belles scènes à partager avec lui : cette fille que je joue est enceinte, et son père n’a pas pu la voir depuis 20 ans…
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J’ai également tourné un autre téléfilm, “Le dernier hiver”, réalisé par Didier Bivel dans lequel je joue une gendarme cynophile, aux côtés de Sagamore Stévenin. Je me réjouis que vous le découvriez et vous tiendrai informés de sa diffusion !
Merci, Salomé, pour toutes vos réponses !
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