En dehors de ma passion pour mon métier d'ingénieur, je suis également intéressé par les médias auxquels je consacre ce blog pour mettre en avant mes coups de cœur artistiques.
Aussi, au travers d'interviews exclusives, j'aime à partager l'actualité, les projets et les envies d'animateurs de télévision, de journalistes de radio, de comédiens de théâtre et de musiciens.
C'est aussi l'occasion de mieux comprendre leur organisation de travail ainsi que les coulisses de leur métier.
Retrouvez ainsi tout au long de ce blog les entretiens que j'ai pu mener par passion, mais aussi avec plaisir !
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Nous pourrons prochainement vous retrouver sur France Télévisions dans le téléfilm “Le Sang des loups”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oui, cela a été un beau moment. D’autant que Xavier de Choudens, qui en est le réalisateur, est quelqu’un que j’estime beaucoup et avec qui je m’entends bien. Nous en sommes à notre quatrième collaboration. Je l’avais rencontré une première fois sur “Scènes de ménages”, il y a longtemps, dans un programme en prime, tourné en extérieur, en baie de Somme. Il m’avait repéré dans les pastilles humoristiques de Guillermo Guiz, le “Roi de la vanne”.
Pour ce film, quand bien même Xavier a pensé à moi, j’ai passé le casting, étant entendu que, même si le réalisateur vous veut, il faut que vous soyez validé par la production et la chaîne, ce qui est loin d’être systématique. Il se trouve que j’ai été retenu, ça a donc été une vraie joie. En plus, le tournage a eu lieu en Lozère, loin de Paris, qui plus est avec des loups, dans un cadre absolument somptueux. C’est un programme policier comme les chaînes en produisent beaucoup, en les déclinant à chaque fois d’une manière ou d’une autre, façon « Meurtres à » « Les mystères de » etc. Ici, il s’agit d’un duo de flics joué par deux femmes, Isabel Otero et Charlie Joirkin.
Après, c’est une chose de passer un beau moment sur un tournage, mais le film en est une autre. Il faut donc que ces beaux moments soient féconds, au service du travail. Dans un film comme celui-là, qui est d’abord un film de commande, un objet très balisé dans la ligne éditoriale d’une chaîne, les marges de manœuvre sont d’autant plus dures à trouver qu’il y a des impératifs et que les attentes sont précises. La question de l’auteur n’a donc pas court. Mais Xavier a su trouver des poches de liberté, modifier des choses sans les trahir, bien au contraire. Et puis, il aime les acteurs. Sous sa direction, avec ma partenaire principale, Aisleen Mc Lafferty, on a essayé de trouver quelque chose d’indicible dans le lien de nos personnages, quelque chose de fort. J’espère que ces moments seront perceptibles à l’écran.
Sans tout dévoiler, dans quel contexte apparaît votre personnage ?
J’aime beaucoup votre question. Elle me semble très juste, parce que le contexte y précède le personnage précisément. Or, je pourrais parler de mon personnage en tant que spectateur, mais il n’est jamais ma première préoccupation en tant qu’acteur. Je préfère parler de rôle à tenir, de partition. Parce qu’un rôle s’inscrit toujours dans un ensemble, il en est tributaire. Un personnage se pense trop souvent indépendamment du reste. Il croit exister seul. C’est un peu paradoxal, mais comme le dit le réalisateur Pierre Salvadori : « l’important c’est de jouer le film, pas le personnage. » Cela me parle ! Pour moi, un personnage doit exister avant tout dans la tête du téléspectateur. Mais, au moment du travail préparatoire, au moment du tournage, je ne me préoccupe que des situations, de comment j’y interagis ou non. Le personnage existe indépendamment de moi, il est l’addition de mon travail, des situations et du récit dans lesquels il s’inscrit, comme de la somme des autres postes : le chef op et le HMC (habillage, maquillage, coiffure) participent également à « mon » personnage. Quand on regarde un film, on s’attache à un personnage parce qu’il a eu telle interaction avec tel autre…C’est un feuilletage. Sur le plateau, j’ai besoin d’être dans une situation donnée, et j’inclue tous les postes techniques et la mise en scène à cette situation. Ils sont également des partenaires de jeu à leur manière. Mon texte est un accessoire qui participe à un ensemble beaucoup plus large. Comme acteur, je suis bien plus dans la réaction que dans l’action. Tant que je n’arrive pas à être complètement disponible à ce qui se joue à l’extérieur, c’est mort. Je n’ai pas besoin de penser à mon enfance quand j’ouvre une porte.
On a tourné, en Lozère, dans le plus grand parc à loups d’Europe, où ils sont en relative liberté, quoique dans des immenses enclos. Mon personnage est le régisseur du parc. Il est là depuis très longtemps. Le film commence par la mort du directeur du parc, puis par celle d’un loup. L’enquête va évidemment consister à trouver le ou les coupable(s), sur un site où il y a beaucoup de conflits locaux, avec les paysans entre autres, autour des loups justement.
C’est un beau rôle. Merci Xavier De Choudens ! Il m’a plu dès la lecture du scénario. Il est pris dans ce paradoxe de vouloir sauver des loups, une mémoire, une histoire, dans un climat qui ne leur est absolument plus favorable. Il veut sauvegarder tout un pan de vie qui est mis en péril.
Grâce à ce personnage, j’ai pu avoir plusieurs jours de tournage et, contrairement à un rôle de fonction, je suis parti d’un point A pour arriver à un point B, avec des évolutions. J’ai donc été très heureux de pouvoir servir cette partition. J’avais de belles scènes, et les idées de Xavier y ont contribué.
Sans doute serez-vous curieux de découvrir le rendu final ?
On l’est toujours, quoique certains acteurs détestent se voir à l’écran. Je n’ai pas ce problème là. Quand on est acteur dans un film, certains disent qu’il faut le voir deux fois : la première fois, on se regarde, on se surveille. La deuxième fois, on regarde le film. Là, j’ai déjà pu voir le film. Il a d’ailleurs été diffusé une première fois en Belgique sur la RTBF. Et je suis content de ce que j’y ai vu. Il y a de très jolies choses. Je crois que tout ce que nous avons pu vivre au moment du tournage, pour le meilleur, est perceptible à maintes reprises. Mais le téléspectateur n’aura pas ce passif. Or, c’est lui qui tranchera.
Le film “L’abandon” est actuellement en salle, film dans lequel vous avez pris plaisir à jouer…
J’ai été casté pour un rôle que je n’ai pas eu, celui d’un collègue de Samuel Paty, qui se désolidarise de sa cause. C’était bizarre, si j’étais content d’en passer le casting, je me projetais mal dans ce personnage. D’ailleurs, je n’ai pas été retenu et n’en ai pas été surpris. Je crois que je correspondais mal à cet « emploi ». Mais le réalisateur Vincent Garenq voulait quand même que je participe au film et m’a proposé le rôle du sous-directeur des renseignements. Ça, c’est typiquement un rôle de fonction : une seule séquence dans laquelle le personnage se réduit à son poste, son métier. Et la séquence n’est qu’une cheville du scénario. Ce sont toujours des scènes dures à jouer car le dialogue se réduit souvent à des considérations techniques. Il s’agit de les porter comme si elles nous étaient très familières et de s’en tenir à cette juste place. Ni plus ni moins. Quand vous faites bien votre travail, vous disparaissez dans le film, on ne vous remarque pas. Quand vous êtes mauvais, c’est là qu’on vous remarque :-) Mais c’est de ces rôles-là qu'il faut tirer les meilleures leçons, car après tout, quel que soit votre rôle, l’ambition reste quand même, comme acteur, de disparaître complètement dans le film qui vous porte, de s’y fondre.
En complément, “Access”, série tournée en 2018, continue son chemin et, encore aujourd’hui, on vous en parle…
Ce n’est même pas qu’on m’en parle encore, c’est qu’on commence à m’en parler ! A l’époque, diffusée sur C8, cette série avait été peu vue et mal vue. Alors que je n’ai jamais autant tourné de ma vie : j’avais eu près de 80 jours de tournage, ce qui est énorme. Et j'y ai endossé plus de rôles que le reste de ma carrière en compte par ailleurs (dans chaque épisode, nos personnages jouaient aussi dans des sketchs qui, à chaque fois, se passaient avec des personnages différents dans des époques différentes). Il se trouve que cette série a été visible sur Canal pendant le Covid et, désormais, elle est disponible sur TF1+ ainsi que sur Youtube. Paradoxalement, on m’en a plus parlé ces six derniers mois qu’au moment où nous l’avons faite. Cette situation est exceptionnelle, étant donné la profusion des propositions actuelles sur l’ensemble des plates-formes disponibles. Mais c’est la preuve que cette série vieillit bien et trouve enfin son public.
Pour terminer, quelles seraient vos envies pour la suite de votre parcours ?
J’en ai plein… Mais il faut trouver le circuit dans lequel elles pourraient s’inscrire. J’aimerais, par exemple, revenir au théâtre. Nous avons commencé à travailler sur un projet avec un ami, mais malheureusement il n’a pas pu se faire. C’est le lot de la majorité des projets de toutes manières… Et l’époque manque singulièrement d’enthousiasme, ce qui n’aide pas. Au cinéma ou en télé, j’aimerais également pouvoir endosser un premier rôle. (Mais quelle actrice ou quel acteur ne le souhaiterait pas ?) Et puis reste à savoir dans quel film. Mais pour moi, ce serait l’occasion de mesurer à quel point je suis capable de disparaître complètement :-)
Quel plaisir d’effectuer cette nouvelle interview ensemble !
Vous avez récemment tourné dans “Entre chien et loup”, pour France Télévisions, sous les traits du personnage de Julie. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oui, j’étais trop heureuse parce que je venais tout juste de terminer “Nouveau jour”, qui était une déception, sur le fait que ça s'arrête, alors que j’avais un personnage que j’adorais et que je trouvais cool à développer. J’ai eu cette occasion-là, j’ai passé le casting en me disant “Bon, on verra bien” parce que, finalement, c’est drôle, quand tu travailles pendant un petit temps, tu n’as plus cette pression de te dire “Il faut que je bosse !”. Là où on est souvent dans cette tension, je savais que j'avais fait mes heures et que j’étais tranquille pour un an. Donc je l’ai passé un peu chill…J’ai eu la réponse assez rapidement et, du coup, j’ai vu ce personnage de Julie, un rôle trop cool à jouer. Si je devais la décrire, je dirais qu’elle est un peu brute de décoffrage, attachante mais spéciale…J’ai adoré jouer ce personnage et, surtout, la liberté que j’ai eue dans le travail avec Xavier, le réalisateur, un super gars qui m’a laissé vraiment beaucoup d’espace pour développer ce personnage.
Sans tout en dévoiler, dans quel contexte arrive ce personnage à l’image ?
Elle travaille dans l’équipe de gendarmerie, son frère travaille avec elle, c’est un peu un duo en mode Tic et Tac donc c’est assez drôle ! Ils sont un peu les bouts en train de l’histoire, ils sont là au moment où, peut-être, ça permet de donner un peu de joie et de drôlerie. Julie n’est pas forcément un personnage qui va faire avancer l’histoire mais c’est un personnage qui vient la colorer un peu.
Certainement que la palette de couleurs a dû être très plaisante à défendre ?
Je me suis vraiment régalée, c’était super libre et c’est vraiment cool à dire, surtout dans des projets de télévision où, généralement, on n’a pas le temps et où c’est assez cadré. Là, c’était vraiment libre, je me suis vraiment amusée, j’ai vraiment joué ! C’est un tournage que j’ai kiffé ! Les gens avec qui j’ai bossé étaient géniaux. Une partie de l’équipe était belge, les comédiens étaient trop cool aussi, je me suis trop bien entendue avec eux. Je pense notamment à Zouheir, qui jouait mon frère…
On a tourné en Lozère, dans un endroit un peu perdu. Je suis arrivée un dimanche, rien n’était ouvert, sauf un bar PMU. J’ai voulu aller boire un café et, en rentrant dans le lieu, la serveuse ne m’avait pas du tout calculée, elle racontait sa vie à un des clients, elle a fini par me servir un café mais que j’avais dû boire dehors parce qu’elle fermait…J’étais donc toute seule sur la terrasse, c’était un autre monde ! Cela annonçait la couleur dès le début du tournage….
En tout cas, j’ai kiffé, c’était court mais c’était chouette, c’était une bonne semaine !
Au moment de vous glisser dans la peau de Julie, avez-vous eu des sources particulières d’inspiration ?
Non, pas tant que cela parce que, en fait, je me suis dit que j’allais vachement m’appuyer sur mes partenaires de jeu. Je savais que c’était un personnage haut en couleurs mais que je n’avais pas forcément de cadre précis. Quand je l’ai découvert pendant le casting, et que j’ai lu les didascalies qui lui correspondaient, cela m’a donné une couleur…mais que je n’ai pas forcément prise. Je lui en ai donnée une autre, en me disant que, de toute façon, il fallait juste que ce soit un personnage qui apporte quelque chose. Du coup, j’ai donné à ce personnage la couleur que je trouvais sympa et intéressante. Elle a finalement plu au réalisateur !
J’avais déjà joué une flic dans “La disparue de Compostelle” donc j’avais déjà appréhendé tout l’attirail, notamment le flingue. Je savais que je n’aurais pas le temps de faire un stage chez les flics et que ce n’est pas forcément un monde dans lequel je pouvais m’imprégner, mais, en arrivant, en mettant le costume, j’ai retrouvé des tics de jeu. J’avais décidé, en l’occurrence, que ce personnage allait constamment poser son coude sur son flingue, tellement il a la flemme de vivre…Je l’ai fait de façon nonchalante, pour que l’on croit à l’habitude.
J’ai aussi cherché à m’adapter à mes camarades. Par exemple, je ne savais pas que Zouheir allait faire deux têtes de plus que moi : il est super grand, je n’ai pas joué du tout la même chose que s’il avait fait ma taille. Cela fait jouer d’une certaine façon…
D’ailleurs, si l’on revient à la genèse de cette aventure, qu’est-ce qui vous avait plu ?
Tout ce qui avait été proposé du personnage dans les didascalies, en termes de couleur et d’énergie, m’avait beaucoup motivée. Dans “La disparue de Compostelle”, c’était vraiment un rôle d’écoute, mon rôle permettait d’avoir comme un regard extérieur. Là, ce n’est pas du tout ça, c’est limite une nana qui n’écoute pas donc c’était vraiment tout dans ce qu’elle est, elle.
Certainement êtes-vous impatiente de découvrir le rendu final et curieuse des retours des téléspectateurs ?
Oui, très curieuse des retours et de savoir comment ça va matcher à l’écran. Je sais que l’image est magnifique, j’en ai vues quelques-unes lors de la post synchronisation, je les ai trouvées très belles. J’ai hâte également de savoir ce que les gens vont en penser mais je crois que ça marchera.
En complément, les téléspectateurs de M6 avaient pu retrouver, pendant quelques mois, dans la quotidienne de M6 “Nouveau jour”. Quels souvenirs en gardez-vous ?
Du kiff et des rencontres ! On s’est revus à Paris il y a un mois parce qu’on a tous finalement gardé contact, alors que l’on était des centaines. Je me suis vraiment fait des amis. C’était tellement drôle, qu’est-ce que l’on a rigolé ! Les techniciens nous disaient également qu’ils s’amusaient beaucoup sur cette quotidienne. C’était un peu le mot d’ordre : on ne sauve pas des vies, on est là pour prendre du kiff, faire du bon travail et avancer. Nous étions en mode machine, avec je ne sais combien de séquences par jour. Ca allait tellement vite et, finalement, là-dedans, même si j’ai mis bien trois mois, on arrivait à comprendre le mécanisme, et à quel endroit on pouvait prendre du temps et s’amuser dans le travail. Il m’avait fallu ce temps pour me sentir à l’aise et à ma place parce que je n'avais pas fait de projet qui allait aussi vite…
Humainement, cela a laissé quelque chose de génial mais il reste un petit goût amer, pour tout le monde…
Artistiquement parlant, cela vous avait permis de développer un personnage sur la longueur…
C’est trop spécial comme travail ! Je n’avais jamais fait cela…Au tout début, je me disais que je ne connaissais pas grand-chose de mon personnage, vu qu’il n’avait pas d’histoire écrite. J’avais des idées de ce qu’il était mais je ne savais pas trop comment le construire…On m’avait dit qu’elle était solaire, à l’aise avec ses formes, qu’elle avait plein de potes mais ce n’était pas non plus, pour moi, comme une histoire que tu lis de A à Z. Oui, c’était spécial mais, en même temps, tellement cool de se dire que c’est un kiff ! Contrairement à un film, je ne savais pas combien j’avais de séquences ni ce que j’allais tourner deux mois plus tard, tellement c’est aléatoire. Je me suis laissée surprendre tous les jours mais, dans tout ça, il fallait veiller à garder une cohérence…Du coup, j’étais constamment en train de réécrire et de retravailler mon personnage !
@ Eloise Legay / M6
Aimiez-vous regarder le rendu final, notamment pour capitaliser sur votre propre jeu ?
Je n’ai pas tout regardé mais j’ai regardé les scènes que j’avais besoin et envie de voir…Je me suis assez vite rendue compte que je n’avais pas du tout la main sur mon travail mais ce que j’ai vu était positif : il y avait des séquences où je pensais ne pas être au bon endroit mais, à l’écran, qui passait très très bien. En tout cas, il fallait faire en sorte, en instantané, que toute la matière que l’on offre soit la plus qualitative possible, pour que, peu importe ce qui est pioché, je sois contente. J’ai donc compris que n’importe quelle prise pouvait être utilisée et, du coup, j’avais envie de me donner à fond sur toutes.
Je me suis également rendue compte d’à quel point, pour une séquence, ils prennent quatre à cinq prises différentes. J’ai trouvé cela fou ! Donc cette série m’a appris beaucoup de choses sur la rigueur et sur le fait d’être carrée sur mes textes, sur mes déplacements, sur mon travail. J’ai presque appris un nouveau métier, que je ne connaissais pas, à être à la virgule près. Les répétiteurs m’aidaient aussi beaucoup, notamment au début, où cela m’angoissait à mourir. Il était important, pour moi, de revenir aux bases, à un texte carré, connu par cœur.
Pour terminer, quelles seraient vos envies pour la suite de votre parcours artistique ?
Je suis en train d’essayer d’écrire une mini-série sur les addictions, visibles ou invisibles, sans jugement et sans morale. Je ne sais pas encore ce que j’ai envie que ça devienne, notamment si je vais la tourner à l’Iphone avec les moyens du bord, ou si je vais faire appel à une production. J’espère pouvoir faire lire d’ici début juillet les sept premiers épisodes. Je veux faire quelque chose de factuel et de sensoriel, où on voit des gens qui essaient de combler des manques dans leur vie, par X ou Y choses.
Après, j’espère des projets dans lesquels je puisse m’amuser et travailler. Je ne demande qu’à bosser, en fait parce que c’est ce qui me plait le plus.
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous serez sur la scène du Festival d’Avignon, en juillet prochain, dans “La découvreuse oubliée”, au théâtre de la Reine Blanche. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
C’est une grande joie et un grand plaisir ! C’est une grande aventure qui m’attend, c’est un peu stressant aussi, parce qu’Avignon est quand même l’endroit où on vient voir du théâtre et où les gens attendent beaucoup de choses. Surtout, c’est un public qui vient très nombreux…Il y a quand même une petite pointe de stress de vouloir bien faire.
Plus concrètement, avec vos mots, comment pitcher cette pièce ?
C’est l’histoire du docteur Marthe Gautier, qui s’est spécialisée dans une technique précise, aux Etats-Unis et qui rentre en France…mais qui se retrouve dans un service qui n’était pas prévu. Elle rencontre alors un professeur qui fait des recherches sur la trisomie 21 et sur son origine. Revenant des Etats-Unis avec cette technique qu’elle est la seule à connaître, elle va pouvoir trouver le chromosome surnuméraire. De là, les choses vont se compliquer puisqu’elle va se faire voler ses recherches…
La pièce parle de trisomie 21 mais aussi d’avortement, du droit des femmes, de la place des femme dans ce milieu scientifique d’hommes. Il y a aussi des moments où on rigole, des petites choses de mise en scène apportent un peu de légèreté et font sourire mais ce sont des sujets très sérieux.
Quels personnages avez-vous le plaisir de défendre ?
Au tout début, je joue un huissier. Ensuite, je joue une journaliste qui vient interviewer Marthe Gautier, interprétée alors Marie-Christine Barrault. De là, la scientifique, par un petit tour de passe-passe, me donne sa place et je joue donc son rôle, pour faire exister son histoire plus jeune. Ensuite, j’interprète une autre journaliste, des années 70, puis une nonne…J’ai donc cinq rôles, les deux majeurs étant la journaliste qui vient interviewer Marthe Gautier et cette dernière jeune.
@ Pascal Gély
Sans doute que la palette de jeu doit être très plaisante ?
Elle est très très large et il faut réussir à switcher d’un personnage à l’autre…L’huissier est muet mais il a une démarche un peu particulière, la première journaliste est hyper énervée et révoltée, Marthe Gautier jeune a beaucoup d’aplomb mais, en même temps, reste dans ce milieu hyper masculin donc elle n’ose pas forcément parler, cette journaliste des années 70 est très speakerine des années 50, qui sourit mais qui n’en pense pas moins, la nonne fait des signes de croix tout le temps…Il a donc eu toute une palette de jeu à trouver ! On a eu quand même six semaines de répétition dans des conditions optimales, sur le plateau, au théâtre, avec la lumière, le décor, la musique et la vidéo. On a tout construit ensemble, ce qui est hyper rare au théâtre, tous les corps de métier se sont accordés et on a tous travaillé ensemble pour créer ce spectacle. Surtout, on a pris le parti de ne jamais quitter la scène. C’est donc une mise en scène très intéressante, faite par l’incroyable Julie Timmerman. Je ne suis pas la seule, d’ailleurs, à jouer plusieurs personnages, c’est le cas également pour Matila Malliarakis et Mathieu Desfemmes.
Avez-vous, d’ailleurs, eu des sources particulières d’inspiration pour certains de ces personnages ?
Pour la journaliste des années 70, justement j’ai beaucoup regardé des vidéos des speakerines des années 50, pour voir un peu comment elles souriaient et comment elles parlaient. Pour Marthe Gautier jeune, j’ai lu pas mal de choses. Pour la nonne, je vous avoue que j’ai dû apprendre le signe de croix parce que je pensais que c’était dans l’autre sens 🙂.
C’est vrai que celle qui m’a demandé le plus de recherches en solo, étonnement, n’était pas Marthe Gautier, mais la journaliste. C’était la scène que je détestais le plus pendant les répétitions, ça n’allait pas et, en fait, trois jours avant, Julie, la metteuse en scène, m’a donné une indication qui a tout changé et c’est devenu ma scène préférée. Les gens applaudissent d’ailleurs à la fin…Comme quoi…
@ Pascal Gély
Vous avez déjà joué 52 fois entre janvier et fin mars. Quels principaux retours aviez-vous pu avoir du public ?
Les retours étaient très bons ! Les gens nous disaient que la mise en scène était très fine, très bien amenée et qu’il y avait une notion de transmission avec Marie-Christine, qui est ma grand-mère, qui m’a transmis cette passion et dont le personnage me demande de reprendre son rôle jeune. A un moment, elle me jette sa blouse et me met sur le devant de la scène, cela nous émeut beaucoup. Le public ne sait pas toujours que l’on est de la même famille et il nous dit quand même que l’on a une complicité incroyable…Cela fait 33 ans qu’on la pratique et qu’on la cultive comme un petit jardin.
On a eu beaucoup de monde d’horizons très variés, mais aussi beaucoup de membres de la famille de Marthe Gautier. Elle avait 7 frères et soeurs donc elle avait énormément de neveux et de nièces, ils sont venus très nombreux et étaient tous très émus que l’on rende la parole ainsi que l’honneur de leur tante. C’est super et très beau !
Si l’on revient à la genèse de cette aventure, qu’est-ce qui vous avait plu et donné l’envie d’y participer ?
Déjà, la perspective de faire évoluer, avec ma grand-mère, mon métier de comédienne, qui en est à ses débuts puisque j’ai commencé il y a 5 ans, était incroyable ! Surtout, d’interpréter une personne aussi forte de l’histoire, une femme qui s’est battue jusqu’à la fin de sa vie pour être reconnue était, pour moi, un honneur ! Je trouvais également que le jeu de Matila Malliarakis, qui joue celui qui a volé la recherche, allait être très ambivalent : à la fois, on a envie de le détester mais, en même temps, il a fait beaucoup de choses pour les enfants trisomiques. J’avais très envie de découvrir ce que c’était de travailler avec lui, Mathieu et Matila. J’avais très envie d’apprendre à leurs côtés !
Le fait d’être sur scène avec votre grand-mère a dû être un autre grand plaisir pour vous ?
Bien sûr ! J’ai aimé la perspective de se retrouver tous les jours et de créer cette pièce ensemble. Il faut savoir qu’elle me fait des notes tous les soirs, en sortant de scène : “Là, tu l’as dit trop aigu”, “là, ce n’était pas assez”, “là, dis le plus comme ci”, “là, dis le plus comme ça”... Donc j’apprends tous les soirs grâce à ses notes personnalisées 🙂, j’adore !
On s’est toujours très bien entendues avec Marie-Christine, j’allais dormir chez elle quand j’étais bébé, elle s’est occupée de moi donc ce spectacle nous a encore plus rapprochées, si c’était seulement possible. A la fin de la pièce, pour célébrer, on est parties en Turquie ensemble, je lui ai fait faire de la montgolfière, vous n’avez pas idée de tout ce qu’elle a fait à 82 ans ! Cette femme est incroyable…
@ Gala
De jouer en Avignon change-t-il quelque chose comparativement à des dates à Paris ?
La mise en scène change un peu parce que l’espace n’est pas le même à Avignon. A Paris, il y a deux colonnes, de chaque côté, desquelles on se sert pour ranger les accessoires. A priori, on va mettre un portant mais il y a donc des réadaptations à faire. Surtout, l’espace est plus petit donc il y a une mise en scène à faire évoluer. Et puis, cela fera trois mois que l’on n’aura pas joué…Je me suis remise à potasser mon texte du coup, je ne l’ai pas oublié parce que je l’ai joué beaucoup et qu’il sort maintenant un peu tout seul mais il y a peut-être des automatismes qui se seront un peu effacés.
Au-delà de ces trois semaines en festival, cette belle aventure reprendra, pendant six semaines, en novembre et en décembre, à Paris…
Les quatre pièces de l’auteur vont être remises à l’honneur au théâtre de la Reine Blanche à partir de la rentrée et nous rejouerons cette pièce avant la fin de l’année.
@ Pascal Gély
En parallèle, quels sont vos autres projets en cours ou à venir ?
J’ai deux écritures en cours. Une première, d’un court-métrage d’une durée de moins de 10 minutes, qui parlera du jour de la sortie de prison. On se demandera ce que c’est que de sortir de prison, dans le dénuement total d’affaires et d’argent. On se focalisera sur cette journée uniquement donc il y aura beaucoup de plans séquence, pour notamment réussir à capter l’angoisse que c’est de réussir à prendre le RER pour la première fois de sa vie, comme ce fut le cas de la personne que j’ai accompagnée et dont je m’inspire. Pour vous dire, ce monsieur saluait tout le monde dans les transports en commun puisque, pour lui, c’était normal. Il y a plein de choses qui m’avaient beaucoup émue lorsque j’avais aidé cet ex-détenu et c’est d’ailleurs Marie-Christine qui m’avait conseillé d’en écrire un film. L’idée est superbe !
L’autre écriture concerne un documentaire sur ce qu’est l’enfermement pour certains types de publics, notamment des détenus carcéraux, des adolescents en hôpital psychiatrique, des prostituées enfermées dans des réseaux, à qui on confisque leur passeport et des gens du voyage, plus libres et sans attaches. Pour cela, j’ai fait des demandes de subventions culture justice pour intervenir en prison, j’espère les avoir l’année prochaine. Ensuite, il me faut encore toutes les autorisations car c’est très compliqué de venir tourner devant une prison…
Ces différents domaines, entre le jeu d’un côté et l’écriture de l’autre, doivent certainement être très complémentaires pour vous ?
L’un nourrit l’autre parce que, en fait, je n’avais jamais écrit et le fait d’avoir joué ces 52 fois m’a un peu donné des indices sur ce qui doit être présent pour qu’une histoire avance et ce qui est en trop. C’est vrai que cela me donne des idées.
J’avais également joué dans un long-métrage, j’avais alors pu découvrir l’organisation. Avant cela, j’étais assistante réalisateur pendant 6 ans et donc je connais très bien le plateau. C’est un univers que je maîtrise presque par cœur, avec lequel j’ai grandi également, ma mère et ma grand-mère étant comédiennes. Mais c’est vrai que la pièce a complété tout cela, pour m’aider à tenir un fil rouge et pour savoir ce que l’on veut dire ou montrer.
@ India L’ange
En conclusion, que peut-on vous souhaiter pour le festival d’Avignon à venir ?
Un franc-succès et plus de reprises après, dans d’autres théâtres, en province notamment. C’est une pièce qui mérite d’être vue donc on peut nous souhaiter d’aller la jouer dans plein d’endroits en France et ailleurs !
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous avez récemment publié le livre “Monsieur l’arbitre”, chez Vaillant. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oui, oui ! Le plus beau moment a effectivement été celui d’ouvrir le carton et de récupérer le livre 🙂. C’est un instant particulier, qui est indescriptible : pour moi, cela a été 20 mois de travail acharné ! Comme je le dis dans le bouquin, 20 mois, ça correspond à la gestation d’une éléphant pour avoir son seul petit…J’ai la certitude que ce livre sera aussi le seul pour moi, même si beaucoup de gens qui l’ont déjà lu me demandent un tome 2, tellement, en toute modestie, les anecdotes leur ont fait passer un moment extraordinaire.
En tout cas, c’est la naissance de quelque chose qui vous fait dire que votre vie a été bien remplie !
Si l’on revient à la genèse de ce projet, qu’est-ce qui vous en avait donné l’idée et l’envie ?
Je vais surprendre beaucoup de gens, je suis chef d’une belle entreprise mais je n’ai jamais voulu d’ordinateur. Quand j’ai été élu de la République, je n’en avais jamais souhaité non plus. Je ne vis qu’avec des carnets et un crayon…Les mails sont le seul sujet “technique” qui vient sur mon téléphone, pour le reste je veux toujours que le cerveau soit en parfaite osmose avec la main et donc la plume qui s’y trouve. C’est pour cela que j’aime écrire ! C’est quelque chose de très fort chez moi…
J’avais commencé à écrire une histoire, celle de ce gamin de 14 ans qui se retrouve sur un terrain vague, à qui on oblige d’arbitrer, sous faute d’être puni. Quand j’ai tourné, il y a deux ans, avec M6, l’émission “99 à battre”, je me suis lié d’amitié avec Jérôme Barou, qui est une des plumes qui accompagne le magicien Eric Antoine. Suite à quoi je lui ai demandé de lire le début de mon livre, à lui qui avait écrit des sketchs pour Bigard aussi. Le soir-même, il m’avouait, alors que j’avais les doigts croisés sous la table, qu’il l’avait dévoré ! Il m’a conseillé de foncer, tellement c’est génial, de ne pas me retenir, de lâcher les coups, de me faire plaisir et de tout dire…
Gonflé à bloc, je suis allé m’enfermer plusieurs mois au Portugal et je me suis mis à écrire. La finalité représente 700 pages manuscrites, que j’ai données à mon ancienne secrétaire, Michelle, qui est à la retraite et qui a tout retapé petit à petit. Elle qui m’avait connu à la mairie, savait comment j’écrivais. A la fin, cela donne ce joli livre de 277 pages !
Plus concrètement encore, ce livre est l’occasion d’évoquer des sujets divers et variés…
Les deux premières parties évoquent ce petit garçon de 14 ans. A cet âge-là, dans les années 70, on joue, on n’arbitre pas…Les arbitres sont plutôt des personnes âgées, un peu ventripotentes, qui n’ont pas de gros potentiel footballistique. En plus, il y a très peu d’arbitres, il y a un manque récurrent au niveau des matchs amateurs. Pour les matchs jeunes, c’est toujours un dirigeant visiteur qui prend le sifflet. Donc je suis un extraterrestre parce qu’on avait rarement vu un gamin qui court, qui voit les fautes et qui siffle. Cela avait fait parler, tellement c’était irrationnel ! En rentrant ainsi dans cette aventure, j’avais pris la plus belle décision de ma vie 🙂. Jusqu’à finir en coupe du monde…
Dans la troisième partie, un peu comme Jules Verne qui avait fait le tour du monde en 80 jours, je l’ai fait en 32 pays et 101 matchs internationaux. Je ne parle presque plus de football, je parle des belles personnes que j’ai rencontrées, des beaux musées que j’ai pu visiter, mais aussi des chambres à gaz d’Auschwitz qui ont changé ma vie en y rentrant, ou encore de la possibilité incroyable et fantasmagorique d'atterrir au Japon, d’avoir des militaires qui viennent encadrer votre bus et d’aller dans une résidence pour prendre un brunch avec le fils de l’Empereur… Alors que je ne suis que Gilles Veissière, fils de Louis Veissière, livreur et de Solange Veissière, couturière, qui a grandi dans les HLM de Nice. Là, je me suis dit “Mais quels privilèges me donne ce sifflet !”.
La quatrième partie met en avant 10 matchs que j’ai choisis, parmi les 1500 que j’ai arbitrés, que j’aime le plus et qui m’ont le plus apporté en matière d’émotions. On a fait quelque chose d’incroyable avec mon éditeur, c’est que l’on a mis un QR code au début des rencontres, ce qui permet de revoir les 7 plus beaux matchs de ma carrière. Notamment un Brésil-Argentine, un PSG-OM, …
La dernière partie est mon coup de gueule, c’est du Gilles Veissière dans le texte, avec ma forte personnalité et mon impétuosité. Je parle alors de mon football vintage : ce que j’ai aimé et ce que j’ai traversé en côtoyant des Beckham, des Zidane, des Ronaldo, des Roberto Carlos, des Maldini, des Inzaghi, des Totti, des Buffon…des footballeurs de légende et des faiseurs d’émotions. Je fais la comparaison au football d’aujourd’hui, ce football datas, ce football que j'appellerais de statistiques, j’écratigne un peu tout ce qui me paraît anormal à l’heure actuelle. J’y fais beaucoup de révélations sur la corruption également. Je vous laisserai même découvrir la conclusion…J’espère, en tout cas, que les lecteurs s’apercevront qu’enfin il y a quelqu’un qui dit toute la vérité sur le football !
Choisir, c’est parfois renoncer : au moment d’évoquer certaines anecdotes de votre parcours, avez-vous parfois dû en sélectionner certaines plutôt que d’autres ?
C’est vrai qu’il y a eu un arbitrage dans ma tête parce qu’il y avait tellement d’anecdotes que je pourrais écrire un deuxième livre. On ne traverse pas 31 ans de passion, avec 1500 matchs, donc avec 1500 rencontres, sans qu’à chaque fois, il y ait une petite anecdote. J’en raconte qui sont incroyables, depuis mes débuts jusqu’à mon dernier match. Et puis, nous étions amateurs donc nous avions des moments libres…Je n’en parle pas dans le livre mais j’avouais encore récemment, en toute confidentialité, quelque chose d’incroyable à un supporter du Stade Rennais : j’arrivais un peu plus tôt au stade pour que le préposé des vestiaires arbitres aille m’acheter une galette-saucisse à la buvette 🙂. C’était ma tradition avant une rencontre là-bas, je m’enfermais même dans le vestiaire pour être tranquille. Idem, je ne commençais pas un match à Bordeaux si je n’avais pas mon café avec mes cannelés 🙂. Je pourrais encore en raconter tellement d’autres…
Au moment de vous replonger dans tous ces souvenirs, certainement que beaucoup d’émotions sont alors remontées ?
J’ai ri et pleuré, inexorablement. Quand je repensais à la Pologne, je pleurais. Quand je repensais à certaines anecdotes, je rigolais tout seul comme un idiot. On ne peut pas être insensible. J’ai maintenant une affection particulière pour les auteurs car c’est tellement dur d’écrire. J’ai souffert mais j’ai aimé faire ce livre. J’ai tout donné, j’ai beaucoup travaillé, vous découvrirez notamment beaucoup d’approches techniques dans la cinquième partie, où j’ai voulu appuyer mes thèses.
D’ailleurs, dans cette dernière partie, où vous livrez notamment vos coups de gueule, avez-vous dû vous réfréner sur certains ? Ou pas ?
La force du livre est que je dis tout ! Il n’y a pas de côté diffamatoire : je pense ce que je dis sur les instances, ce que j’explique peut dès fois faire peur et j’espère que les gens réfléchiront après m’avoir lu. Certes, ça pique mais, si le livre se vend, c’est peut-être parce que c’est Gilles Veissière. J’ai été un des plus grands arbitres de France, j’ai tout croqué (Finale de coupe de France, finale de coupe de la Ligue, finale de Coupe d’Europe, championnat d’Europe, coupe du Monde,...), j’ai été premier arbitre français sept fois consécutives, j’ai arbitré 255 matchs de Ligue 1 et 101 matchs internationaux, donc j’ai une légitimité.
J’ai arrêté ma carrière en mai 2025, je sors le livre en 2026, 21 ans se sont passés mais il n’y a jamais eu de casserole sur Gilles Veissière. En arrêtant l’arbitrage, je n’ai jamais cherché à être catapulté ailleurs, je suis sorti complètement du football en faisant d’autres choses. Mon seul plaisir est d’aller voir de temps en temps de jeunes arbitres dans ma région du sud, pour les accompagner et les encourager. Je le fais à titre gracieux et amical, d’ailleurs. Donc peut-être qu’effectivement ma crédibilité et ma légitimité vont en gêner certains 🙂…
Quels premiers retours avez-vous d’ailleurs déjà pu avoir de vos lecteurs ?
En toute modestie, ils sont extraordinaires ! L’ancien président de l’AS Cannes, Richard Conte, m’a dit que c’est la première fois de sa vie qu’il a passé un dimanche entier de lecture. Après avoir commencé le livre, il ne pouvait pas ne pas le finir, de son propre aveu. Il m’a même dit avoir eu des larmes au moment où j’évoque ma relation avec ma maman, et l’importance qu’elle a eu pour prendre la bonne direction.
D’autres m’ont dit “Je ne lisais plus, tu m’as redonné l’envie de lire ce genre de bouquin”. J’ai également des retours de femmes qui ont piqué le livre à leur mari et qui ont trouvé incroyable l’histoire de ce gamin.
J’ai un bon retour sur ma plume. Je suis quand même autodidacte, j’ai fait le livre tout seul, j’ai eu le support technique de mon ami Bernard Maccario, un écrivain historique, qui m’a expliqué comment le construire. Il m’a bien aidé ! J’ai également eu la grande chance d’avoir une relecture souhaitée par mes éditeurs d’une personne que je remercie aujourd’hui parce que, sans changer le livre, elle m’a apporté une belle continuation dans celui-ci, à savoir Stéphane Nolhart. Il a 250 manuscrits à son actif, c’est une très belle plume et il m’a beaucoup apporté pour romancer le livre dans les temps grammaticaux. Ces deux personnes m’ont vraiment apporté une certaine sécurité à ce que j’avais envie de dire. Je les en remercie infiniment !
Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de livres comme le mien. Franchement, les retours sont incroyables. J’ai eu le courage, à la fin du bouquin, tellement je l’ai écrit pour cela, de mettre mon mail parce que je veux que les gens, une fois qu’ils l’auront lu, n’aient pas peur de m’écrire afin d’échanger. Je suis super fier aussi que la nouvelle génération, qui ne lit plus, achète ce livre.
Si vous aviez arbitré aujourd’hui, en 2026, avec les mentalités actuelles et les nouvelles règles, auriez-vous pris le même plaisir qu’à l’époque ?
Je n’aurais pas pu, je n’aurais jamais fait cette carrière, je serais sorti ! Pour moi, le verbatim était important. J’étais amateur donc, sur le terrain, quand un joueur m’embêtait, je lui faisais savoir qu’il n’allait pas le faire longtemps. Je n’avais pas besoin d’un carton ou de quoi que ce soit, c’était frontal. De la même manière qu’un Pierluigi Collina était frontal. On était dans l’échange pour gérer les problèmes et les trublions, l’important était le spectacle, ainsi que la régularité du match. Aujourd’hui, on est sur un arbitrage aseptisé, uniformisé, presque robotisé…C’est normal, ils sont professionnels, ils ont un statut, ils ont pris un ascenseur social mais le prix de ce dernier coûte la liberté ! C’est, là, la force du livre : je revendique que les arbitres d’aujourd’hui sont excellents mais qu’ils ont perdu leur libre-arbitre et j’explique pourquoi. Si Gilles Veissière était là-dedans, il l’aurait perdu aussi, il n’aurait jamais été numéro un et se serait fait manger parce qu’avec sa personnalité, il aurait fait du frontal et aurait explosé. Donc je n’aurais pas fait carrière !
Entre la VAR, qui est, pour moi, un virus, les instances qui, pour moi, ne sont pas à la hauteur et tout ce que j’explique dans le livre, j’interpelle très fortement le président Diallo dans ma conclusion, et de manière un peu particulière…
L’arbitrage français est de plus en plus reconnu à l’international, ce qui doit certainement vous faire chaud au cœur ?
Oui ! Pour moi, des garçons comme Clément Turpin et François Letexier, qui ont du mal à s’exprimer en France, sont remarquables à l’étranger. Je le dis dans le livre, c’est quand même incroyable qu’ils finissent à la quatrième ou cinquième place nationale et qu’ils fassent des finales de coupe d’Europe…Cela ne veut pas dire que ceux qui sont devant eux au niveau national ne sont pas bons, mais ça m’interpelle quand même ! Je connais le problème, je sais pourquoi ils sont moins bons chez nous et c’est pour cela, au niveau fédéral, que je pense qu’ils feraient bien de prendre un peu le temps. C’est triste, je l’ai vécu…Vous verrez, en début de saison prochaine, aux premiers coups de grisou sur l’arbitrage, qu’au niveau fédéral, on dira qu’il y a un problème dans l’arbitrage. Le reste du temps, au niveau fédéral, ce sont les trois petits singes : mais sur les oreilles, mains sur les yeux et mains sur la bouche. Tant qu’on n’en parle pas, tant qu’il n’y a pas un penalty qui traine, on essaie de passer à travers les gouttes…L’arbitrage ne sert qu’à ça : ne faites pas d’histoire, ne créez pas d’emmerde, on a déjà assez de soucis avec nos finances, avec nos nominations, avec les médias, avec nos partenaires sportifs donc les arbitres, débrouillez vous pour être à la hauteur ! C’est cela qui ne va pas : on leur a enlevé le dialogue, on leur a enlevé l’échange donc, à partir de là, qu’est-ce qui se passe ? Dès l’instant où tu ne dialogues pas, où tu n’échanges pas, où tu n’ouvres pas la porte, où tu es une caste, dans laquelle tu es mieux payé que le premier ministre et un tout petit peu moins que le président de la République, tu te dois à un devoir d’explication, d’échange et de partage avec les médias notamment et avec les dirigeants. C’est là où ça ne va pas et où ça ne fonctionne absolument pas. Il y a donc beaucoup à faire pour améliorer l’arbitrage mais vous savez, quand vous avez une Ferrari et que vous donnez le volant à quelqu'un qui n’a conduit jusqu’à présent qu’une Clio, il y a des accidents à tous les carrefours…
Quel plaisir d’effectuer cette nouvelle interview avec vous !
Vous avez récemment tourné, pour France 3, dans la série “Tom et Lola”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela a été pour vous ?
Oui ! C’est vraiment une série bon enfant, l’ambiance est super, tous les comédiens sont très bienveillants entre eux, ils sont là pour se soutenir, s’entraider et prendre, ensemble, du plaisir dans le jeu. J’ai beaucoup aimé la rencontre avec Pierre-Yves Bon et Yassine Hitch notamment, ainsi qu’avec toute cette belle bande de comédien(ne)s bien sûr. Le programme a de jolies valeurs et passent de beaux messages d’amitié, d’amour, d’entraide.
J’avais eu la chance de rencontrer Delphine Lemoine, la réalisatrice, un petit peu auparavant, donc j’étais très contente de la retrouver sur le plateau. C’était un plaisir d’être dirigée par elle…Dans ce cas-là, on arrive déjà sur le tournage avec de très bonnes prédispositions. On a tourné à la Seyne-sur-mer, c’était magnifique ! Moi qui suis beaucoup dans le sud maintenant, et qui navigue vraiment entre Paris et Marseille, j’étais contente de pouvoir tourner là-bas. Donc, oui, c’était une très belle première expérience en tant que « guest » dans une série, pour France 3 en plus. C’était très chouette !
Un mot, si vous le voulez bien, sur votre personnage et sa place dans l’histoire ?
“Tom et Lola” est une série policière, avec des enquêtes donc, à un moment, mon personnage se retrouve suspecté du meurtre…On me voit à plusieurs reprises au cours de l’enquête puisque je suis la directrice du haras dont le gestionnaire a été assassiné. Je passe d’ailleurs de témoin à suspecte dans l’affaire !
@ Alizée Saurat-Croux
Est-ce d’ailleurs un univers qui vous était familier ?
Celui du meurtre ou de l’équitation ? “Rire” J’avais fait un petit peu d’équitation, quand j’étais plus jeune, avec ma meilleure amie d’enfance, qui était passionnée. Je m’y étais mise pour l’accompagner mais c’est quand même un domaine où je suis un peu froussarde. Par moment, sur le tournage, je n’étais pas toujours à l’aise avec les chevaux qui m’impressionnent beaucoup, je l’avoue…Mais on a été très bien accueillis dans le haras et les filles qui travaillaient là-bas étaient tout le temps avec nous pour nous aider à diriger le cheval donc ça allait.
En amont du tournage, vous étiez-vous (re)plongée dans les précédents épisodes, pour mieux encore vous imprégner de l’atmosphère du programme ?
Oui, oui, j’ai regardé la série. Je trouve que c’est important pour ne pas arriver sur le plateau sans connaître l’univers. Il faut s’imprégner de l’ambiance avant de s’y plonger…
On le sait, le rythme de tournage est intense et l’équipe est rodée. Comment avez-vous fait pour soutenir cette intensité ?
Alors, personnellement, je n’ai pas eu énormément de jours de tournage. En revanche, j’appréhende toujours un peu d’arriver dans une équipe rodée comme vous dites, mais vraiment, encore une fois, tous ont été tellement accueillants et bienveillants dans cette série, tous ont été très abordables, des comédiens aux coiffeurs et maquilleurs. Eux-aussi font partie de la famille et doivent également accueillir les nouveaux, ils sont finalement notre premier contact de la journée quand on arrive sur le lieu de tournage. Ils m’ont mise à l’aise de suite.
Et puis, je me rappelle d’une scène qui avait été difficile à tourner pour moi parce qu’il faisait extrêmement chaud, alors que je devais tenir un outil très lourd dans les mains. Pierre-Yves m’a beaucoup aidée, en me rassurant “Ici, personne ne te juge, tu fais ta scène, ne t’inquiète pas, relax !”. Cette bienveillance était très agréable !
@ Alizée Saurat-Croux
Toujours à l’image, sur TF1 cette fois-ci, nous pourrons vous retrouver à partir du 18 juin dans le troisième opus de “Zodiaque”, sous les traits de Mathilde. Justement, qu’est-ce qui vous avait donné envie de rejoindre cette autre belle aventure télévisuelle ?
Même si j’étais assez petite - je n’avais que 9 ans, je me souviens, à l’été 2004, de ce programme. A l’époque, il n’y avait pas ce système de plateforme donc on suivait vraiment à l’heure sur TF1, il fallait être ponctuel devant la télé, on allait vite fait chercher son dessert au moment de la pub. En tout cas, on était bien contents d’avoir des sagas d’été et j’avais eu, à l’époque, le droit de regarder alors qu’avant, j’étais trop petite… C’était donc ma première saga, c’est un souvenir puissant pour moi.
Donc, quand on m’a parlé de ce nouveau casting pour ce troisième opus, je me suis dit “Waouh, trop bien !”. J’ai tout de suite eu envie de faire partie de l’aventure…Francis Huster est quand même une figure du cinéma et du théâtre, c’est un très grand acteur donc ça me faisait très plaisir de le rencontrer. Moi qui ai suivi le cours Florent, on me parlait souvent de l’ancien élève qu’il était….Après, j’ai fait aussi plein d’autres belles rencontres comme, d’ailleurs, avec Philypa Phoenix, Blandine Papillon, Emmie Poinsot, des femmes si douces et solaires !
C’est un programme choral, qui mélange des comédiens de toutes générations…Ce qui a certainement été très plaisant pour vous ?
Oui ! Je pense notamment à Marie-Christine Barrault, une actrice que j’avais vue récemment dans plusieurs autres films. Dont un film italien « Per il mio bene », que j’avais découvert au festival d’Angoulême, et que j’avais vraiment adoré. On en avait même parlé toutes les deux pendant le tournage et cela m’avait évidemment fait très plaisir de jouer avec elle aussi peu de temps après.
@ Alizée Saurat-Croux
Quel regard portez-vous sur Mathilde, votre personnage ?
L'histoire tourne autour d’un mariage et on retrouve la future mariée assassinée…Mathilde est sa couturière. Elle est un tout petit peu plus jeune que moi, je dirais qu’elle est également plus timide. J’ai porté sur elle un regard bienveillant, un peu comme si ça avait pu être moi quelques années auparavant. Quand tu es un peu plus insouciant et naïf, tu te fais plus facilement manipuler…Je ne vous en dirais pas plus 🙂…J’ai eu, sur elle, un regard presque de grande sœur, en me disant “Attention à qui tu fréquentes et à ce qu’on essaie d’obtenir de toi !”.
A un moment donné, mon personnage va aussi se retrouver suspecté…Donc il y a des moments où Mathilde doit un peu se défendre, d’autres où elle doit être un peu plus à l’écoute dans tout ce drame que va traverser le futur mari, dont mon personnage est proche dans la série.
Au moment de vous glisser dans sa peau, aviez-vous eu des sources particulières d’inspiration ?
Pas tant que cela, non. Je me suis plus identifiée, tout simplement, à d’autres périodes de ma vie. Plus jeune, j’ai eu la chance d’aller en vacances dans un château qui appartenait, en partie, au meilleur ami de mon père. Donc j’avais pu, à certains moments, observer comment pouvaient se passer, au sein d’un même univers, les liens entre le cuisinier, la femme de ménage et les propriétaires, plus riches. C’était, du coup, assez simple pour moi de me glisser dans la peau de la couturière, qui est complètement indispensable à la situation et, en même temps, qui est quand même en-dessous socialement. J’ai donc trouvé facilement l’inspiration parce que je voyais exactement ce que ça pouvait donner….
Les décors et le cadre de tournage ont certainement été très aidants également pour vous plonger dans les intentions de jeu…
Ils étaient magnifiques ! On a tourné dans un château sublime, toujours dans le sud d’ailleurs, c’était très agréable. Donc, oui, forcément, ça a participé au plaisir pris.
@ Alizée Saurat-Croux
On vous imagine à présent curieuse des retours des téléspectateurs ?
Oh oui ! J’ai eu la chance d’être invitée à Cannes Séries, j’y ai vu le premier épisode, qui avait été suivi d’une interview de plusieurs comédiens et de Bruno Garcia, le réalisateur, avec qui j’avais également beaucoup aimé travailler. Il était très à l’écoute, très bienveillant et très professionnel.
Dans le public, des personnes étaient là aussi parce qu’elles avaient vu le programme il y a 20 ans et elles étaient contentes, à la fois de voir une suite et de retrouver Francis à l’écran. Mais aussi de découvrir une nouvelle génération de comédiens très prometteurs…
En tout cas, ce nouvel opus ne s’adresse pas uniquement aux téléspectateurs qui ont déjà vu les deux premiers, mais à tous…
Oui, parce que, même si on ne connaît pas forcément le programme, on peut facilement se raccrocher au concept. Mais, forcément, ça ajoute quelque chose d’avoir vu les deux premières saisons, il y a un petit goût « Madeleine de Proust ».
En complément, le métier de comédien étant très varié, il vous a permis d’autres belles rencontres en dehors du plateau, vous ayant offert la possibilité de développer d’autres cordes encore…
Ces rencontres ont été finalement presque hasardeuses…Les projets ne s'enchaînent pas toujours directement, ce qui nous permet alors de faire d'autres choses. J’ai ainsi pu travailler pour une grande marque italienne, j’étais comédienne en entreprise pour former leur personnel aux nouvelles techniques de vente, en interprétant certains rôles. La marque voulait absolument des comédiens, ce qui est toujours souhaitable parce que ça amène vraiment un côté très vraisemblable aux situations et aux sketchs. J’avais pu faire de superbes rencontres d’autres comédiens également, de théâtre ou de séries. C’était rigolo, cela changeait un peu !
@ Alizée Saurat-Croux
Artistiquement, ces scénettes, aux contextes très variés, ont probablement été très enrichissantes ?
Oui, et c’était, pour moi, complètement imprévisible. Je pensais, justement, que ça n’allait pas m’apporter grand chose techniquement mais ça a été, en fait, complètement l’inverse…Comme il s’agissait de sketchs de vente, le regard n’était absolument pas porté sur moi, qui n’étais pas du tout évaluée donc j’ai pu jouer devant une trentaine de personnes mais sans ressentir aucun stress. Je n’aurais jamais pensé jouer devant autant de personnes sans aucune appréhension. Je me suis rendue compte de plein de choses : il suffit de se décentrer et de se dire que ce n’est pas forcément nous que l’on regarde, pour jouer de façon beaucoup plus libre ! Cet autre style m’a donc appris beaucoup de choses au niveau technique !
En parallèle, j’ai d’autres projets en préparation, dont je ne peux pas encore parler, mais que j’ai hâte de dévoiler.
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous serez à l’affiche, en juillet prochain, du festival d’Avignon, avec la pièce “L’affaire Collini”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oui ! C’est la deuxième fois que j’y vais en tant que comédienne, après y être allée pendant quinze ans en tant que spectatrice. C’est une expérience à part, c’est un mois dans une bulle remplie d'émotions et de rencontres. J’adore…C’est un rêve, en fait ! Je me revois, il y a six ou sept ans, discuter avec les comédiens de leur vie et me dire que, “jamais, je ne pourrais faire cela car ça manque de sécurité”. Mais, quand, il y a deux ans, je me suis retrouvée à mon premier festival en tant que comédienne, je me suis dit “Waouh, ça y est, j’y suis, j’ai réussi à dépasser mes peurs et à réaliser mon rêve !”. C’était alors avec mon école, c’était le projet de fin d’année donc, même si on était dans les conditions d’une représentation par jour et que l’on flyait, on n’était pas payés. L’enjeu était différent…Cette année, il va falloir ramener du monde en salle ! Et puis jouer sans public, cela n’a pas de sens :)
Avec vos mots, comment présenter cette pièce ?
A la base, c’est un roman d’un auteur allemand, Ferdinand Von Schirach, dont mon metteur en scène, Franck Bouchet, a obtenu les droits pour pouvoir l’adapter au théâtre. C’est un procès tiré d’une histoire vraie : on sait qu’il y a eu un meurtre et toute la pièce est sur non pas le “est-ce qu’il l’a fait ?” mais sur le “pourquoi il l’a fait ?” En enquêtant sur le dossier, l’avocat du meurtrier va découvrir un gros scandale juridique de l’histoire allemande, et une vérité à laquelle personne ne veut se confronter.
Quels personnages avez-vous le plaisir de défendre ?
C’est un vrai challenge pour moi : j’en incarne trois ! Avec, en plus, des changements très rapides de costumes…Je joue la juge, je joue Johanna, la petite-fille de la personne assassinée et je joue un témoin, une juriste spécialisée dans l’Histoire. Je change de voix pour chaque personnage, c’est nouveau pour moi et cela représente un gros travail. C’est hyper intéressant ! Emotionnellement, c’est un vrai exercice également : en l’espace de trente secondes, je dois passer d’une juge, qui doit être la plus neutre et la plus droite possible, à une Johanna qui vient d’apprendre la mort de son grand-père et qui est donc chargée d’émotions. Passer d’un état à un autre a été le plus difficile pour moi !
J’ai fait, cette année, une formation passionnante, qui m’a aidée à passer plus facilement d’une émotion à la suivante. Les méthodes y étaient particulières mais hyper enrichissantes.
En tout cas, on peut imaginer que cette diversité de personnages vous permet une palette de jeu riche en couleurs ?
Ah oui, c’est génial de jouer trois personnages en une pièce, avec des tessitures, des postures et des corps différents. Cette recherche a été passionnante et c’est tellement enrichissant d’avoir tout cela à jouer, cela rend un peu schizo mais c’est un travail très intéressant.
D’ailleurs, au moment de travailler cette pièce, vous étiez-vous renseignée sur le roman ? Ou, au contraire, aviez-vous préféré garder une certaine distance ?
Je suis restée focus sur le texte théâtral. Il existe aussi une adaptation télé mais je ne l’ai pas regardée. Quand je joue des pièces, je ne m’intéresse volontairement pas à ce qui a été fait d’autre sur le sujet parce que, sinon, je suis forcément influencée. Sur mes deux premières pièces, je remplaçais une comédienne qui jouait depuis longtemps, j’avais dû apprendre la mise en scène sur vidéo et, pendant très longtemps, je copiais cette comédienne-là plutôt que de m’approprier le personnage…Cela m’avait permis de comprendre qu’il valait mieux éviter ce genre de chose…Donc je suis restée sur le texte de mon metteur en scène et sur sa vision. Même lui m’avait déconseillé de regarder le téléfilm… Une adaptation est une vision propre à celui qui la fait, et qui n’est pas forcément celle de l’auteur initial….et qui ne serait pas forcément la mienne non plus. Je préfère donc rester, ici, sur les directives de Franck 🙂.
A quelques semaines de la première, dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Avant, dans mon ancienne vie, je serais certainement déjà dans l’anticipation mais, aujourd’hui, ce métier m’a appris à être beaucoup plus dans le moment présent. Ce qui fait que c’est, à la fois, demain et dans un mois. Donc je n’y suis pas encore…Je suis une grosse traqueuse, je sais très bien ce que ça va me provoquer quand on y sera, un mélange d’excitation et de stress. Donc, pour l’instant, je ne suis pas encore connectée à Avignon. J’y vais step by step, pour rester concentrée.
Je sais que la première sera dure : cette pièce, je le disais, est un vrai challenge pour moi, je ne fais pas ce métier depuis très longtemps, c’est le premier drame que je défends sur scène et, en Avignon, le public sera différent de celui devant lequel j’ai l’habitude de jouer, où ce sont plutôt des gens qui viennent s’aérer l’esprit en regardant une comédie. A Avignon, c’est un public de connaisseurs qui enchainent les pièces et qui sont donc beaucoup plus critiques, il faut, du coup, les tenir en haleine. La barre est beaucoup plus haute, l’enjeu est encore différent.
On le sait, ce festival est un moment privilégié d’échanges et de proximité avec le public…
Oui…Justement, le challenge sera de ne pas trop se laisser influencer, ni par les bonnes critiques, ni par les mauvaises. D’une personne à l’autre, sur trois semaines, on n’aura jamais les mêmes avis, c’est très subjectif finalement.
On a quand même été rassurés par nos deux premières représentations, les retours étaient bons. En première lecture, la pièce n’est pas forcément facile à comprendre mais les spectateurs avaient bien capté ce qui se jouait. Mon dernier personnage, celui du témoin, explique et dénoue d’ailleurs pas mal de choses par rapport aux lois de l’époque notamment.
Du coup, que peut-on vous souhaiter pour ces trois semaines d’exploitation en Avignon ?
De s’éclater sur scène, ensemble, avec le public ! Ce qui est génial aussi avec Avignon, c’est qu’on joue tous les jours donc je sais qu’on va évoluer dans nos personnages. Ce sera l’occasion, très rapidement, de faire grandir la pièce. Je sais déjà qu’entre le 3 juillet et le 25, la pièce va évoluer et …c’est génial ! En moyenne, il est dit qu’on peut se lâcher au bout de 10 représentations, car le texte est là et nous traverse. On peut alors s’amuser à aller chercher de nouvelles choses et jouer avec son personnage…Avignon va nous le permettre, c’est trop bien !
Et un peu de monde quand même 🙂 car, sans public, on n’est rien. Cela reste du spectacle vivant…
En complément, parmi vos autres casquettes, vous accompagnez la mise en scène d’un spectacle jeune public…
Jeune public, oui, mais qui est assez poétique pour être accessible aux enfants et aux grands enfants 🙂. “Les fabuleuses rencontres de Buffito” est un spectacle joué par un comédien, Jean-Philippe Mabbit, qui est également psychologue scolaire en milieu difficile et qui a donc une grande connaissance de l’enfant. Il a voulu travailler sur les objets d’attachement et leurs rôles, notamment des nounours que l’on avait quand on était enfants. Il montre aussi comment, avec rien, on peut trouver la joie…et donc qu’on a besoin de peu pour vivre heureux. La notion de prendre soin est aussi mise en avant.
C’est l’histoire d’un clown, qui est balayeur mais qui est un peu tristouille…Pendant son épopée, il va faire des rencontres, avec des objets, entre autres un ours en peluche qui va lui faire voir le monde un peu autrement, de manière un peu plus colorée. On va donc également traverser l’histoire de Boubou, cet ourson, qui a perdu sa petite fille et que notre clown va aider dans sa recherche…Il me paraissait important de montrer que les attributs sont une chose mais, grâce à un jeu de miroir, on finira par se rendre compte qu’on se suffit à soi-même. La notion d’estime de soi est quelque chose d’important.
Justement, dans votre travail de mise en scène, quel est l’impact de s’adresser principalement à des enfants ?
Les enfants ne réagissent pas aux mêmes choses que les adultes donc c’était un challenge pour moi, qui connais beaucoup plus le public adulte. Avec ma petite fille, on va souvent voir des spectacles de son âge, j’adore cela ! J’aime bien ceux qui parlent autant aux petits qu’aux adultes mais il y en a peu qui y arrivent…C’est vraiment ce que l’on essaie de faire nous aussi, avec un côté poétique qui peut emporter les adultes et avec des répétitions qui plaisent beaucoup aux enfants. Pour le personnage du clown, il est important d’aller au bout de ses mouvements car le corps est quelque chose qui compte. Ses gestes doivent aussi être explicites, plus encore qu’avec les adultes. Donc, oui, les points d’attention sont un peu différents.
Pour garder les enfants en éveil, il faut également de l’interaction et éviter la monotonie. Il faut les étonner ! Ils aiment quand c’est multidisciplinaire, ce qui est un peu le cas dans notre spectacle.
Plus globalement, ces différentes casquettes artistiques peuvent paraître très éloignées mais, à l’inverse, y trouvez-vous des complémentarités ?
Forcément, parce que tu sais ce que c’est que d’être sur scène. Donc je pense que c’est un plus…Cela aide à la connaissance de l’espace scénique également. Je sais aussi mieux ce qu’il est possible de faire et ce qu’il n’est pas possible de faire. J’ai moi-même fait des expérimentations sur scène et mon expérience me permet d’en suggérer d’autres. En tant que comédienne, j’ai moi-même été mise en scène donc j’ai eu à faire avec des metteurs en scène.
En conclusion, quelles seraient vos envies pour la suite de votre parcours artistique ?
J’ai beaucoup aimé cette première expérience de mise en scène professionnelle, c’est quelque chose que j’aimerais continuer. Peut-être pas tout de suite mais, à termes, j’aimerais écrire ma propre pièce et la mettre en scène.
Globalement, depuis que j’ai commencé, j’ai beaucoup joué dans des comédies parce que j’adore cela et aussi parce que c’est clairement le registre le plus programmé, on ne va pas se mentir. Mais j’aimerais bien jouer quand même dans des pièces qui me parlent profondément, qui me touchent encore plus…La formation que j’évoquais m’a rappelé pourquoi j’ai choisi ce métier, à savoir pour vivre et faire ressentir des émotions, ainsi que pour faire passer des messages, messages qui ont du sens pour moi. Je n’abandonnerai pas la comédie parce que j’adore cela mais ça me plairait d’avoir du temps pour d’autres projets qui iraient dans ce sens.
Je mets en scène une pièce avec mes élèves, c’est une création avec plein de textes, de théâtre bien-sûr mais pas uniquement, aussi de poésies, de courts-métrages, de chansons,...Le tout sur l’affirmation de soi. Je suis fière de ce que l’on est en train de faire donc pourquoi pas, ensuite, créer ce genre de choses à titre professionnel.
Cette année, mon objectif était aussi de commencer à aller plus vers la caméra. J’aimerais bien expérimenter cela. Le théâtre est mon premier choix de cœur mais l’acting m’attire aussi. Le jeu y est quand même différent…Tout en portant la voix au théâtre, il faut rester dans la sincérité alors que, à l’image, on peut parler plus doucement pour dire la même chose, la caméra et le micro faisant leur travail.
Le téléfilm “C’est qui le chef ?” sera diffusé ce mardi 9 juin, en prime-time, sur France 3. Y participer sous les traits du personnage de Benoît Debruyne a certainement été très plaisant ?
C’était dingue ! Ce tournage a vraiment été un cadeau. Tout d’abord, parce que je trouve que c’est très bien écrit. C’est un très joli unitaire, une délicieuse comédie, avec de bons dialogues, chose à laquelle je suis assez sensible. Ensuite, comme vous le savez, puisque vous l’avez interviewée, j’ai retrouvé Céline Ronté, qui est une amie intime depuis 25 ans, qui jouait ma femme. Donc, pour créer une intimité de couple, tout était déjà là…Et puis, on a rencontré Alice Daubelcour, dont on est tombés raides dingues, l’un comme l’autre. Le coup de cœur à 3 a été immédiat ! Quand elle me laisse des messages, elle m’écrit “Daddy” et je l’appelle “Ma princesse” ou “Ma puce”. J’ai retrouvé aussi Bruno Solo, avec qui j’avais travaillé en doublage et avec qui on s’était très bien entendus. C’était chouette de le revoir ! Enfin, je ne pourrais dire que le plus grand bien, à tous les endroits, d’Aude Gogny-Goubert, la réalisatrice. Elle est brillante, sensible, drôle, …Je ne la connaissais pas du tout, je ne savais même pas qui elle était en fait, j’étais passé un peu à côté du “Palmashow” et de “Golden Moustache”. J’avais découvert son parcours en me renseignant au moment de faire la selftape pour l’audition…Elle a su créer une famille, elle a sû s’entourer de gens qui, humainement et artistiquement, s’entendaient bien. Mon premier jour de tournage était celui de la scène de fin, à plusieurs caméras, avec tous les protagonistes qui étaient là. C’était le premier unitaire d’Aude mais j’étais halluciné de la façon dont elle gérait ce plateau, avec douceur, drôlerie et fermeté. C’était une scène compliquée techniquement et avec plein de comédiens, en petits groupes et je trouve qu’elle a été très bien réalisée !
Aude avait un code couleurs sur tout le film. Avec le chef opérateur, Rémi Mestre, ils en avaient 6 et, vous le verrez, elles sont toutes déclinées et cela donne quelque chose que l’on n’identifie pas forcément mais qui donne une grande cohérence esthétique. C’est d’une vraie finesse !
Aude comme formidable directrice d’acteurs, l’ambiance, les comédiens… tout était un cadeau ! Je ne connaissais pas vraiment Michel Cymes en tant que comédien mais je l’ai trouvé vachement bien. En plus, il est adorable.
Je n’ai jamais vu, à la télé, une productrice comme Gabrielle Gerin. Elle est très intelligente, accessible, présente pour nous, elle connaît son métier mais aussi celui des autres : elle sait ce que sont les acteurs et les actrices, elle sait ce qu’est une équipe technique, elle est discrète mais elle est hyper présente, et elle est tellement gentille. C’était vraiment idyllique !
Je n’oublie pas toute l’équipe technique. C’étaient des gens de la Fabrique France Télévisions, ils font plein de choses mais, comme nous, je crois qu’ils ont été séduits par Aude et sa garde rapprochée. Je pense que, quand le chef de projet est humainement bien et met une super ambiance, tout se passe mieux ! Là, ça a été dingue ! J’avais d’ailleurs vu, dès mon arrivée, que tout le monde était heureux sur le tournage…
La cuisine est le point de départ de ce téléfilm, on la retrouve en toile de fond mais elle est aussi un “prétexte” à plein d’autres sujets, familiaux et personnels, dans lesquels s’inscrit pleinement votre personnage…
Effectivement, il y a aussi, notamment, cette thématique du secret et du non-dit familial. Je pense que toutes les familles ont leur secret, qu’on le sache ou non. C’est une thématique qui m’est chère : avec ma compagnie, Seizième étage, l’axe fort est la notion de transmission, ce que l’on récupère, comment on se débrouille avec, ce que l’on veut transmettre ou pas, et comment on arrive à le faire ou pas. C’est un sujet un peu vaste mais qui concerne chacune et chacun d’entre nous… Quand on parle de transmission, il y a souvent des secrets qui surgissent.
Le film parle aussi de la communication entre les générations et, là encore, ces relations intergénérationnelles sont quelque chose qui me fascine, particulièrement en ce moment, où les gens de ma génération prennent conscience que les choses doivent évoluer. C’est aussi pour ça que je disais que ce téléfilm est très bien écrit. C’est une comédie, qui est bien faite en tant que telle mais, si on a envie de voir tout ce que ça traite derrière, on peut trouver plusieurs couches, qu’Aude a su voir et nous rappeler aux bons moments. Le film est plus profond qu’il n’y paraît de prime abord. Je trouve toujours bien que, dans un divertissement, chacun puisse y prendre ce qu’il veut. Parfois même, le téléspectateur ne prend que la première couche au moment de la diffusion et, un petit peu plus tard, un écho se fait. Là, je pense qu’au-delà d’une comédie de divertissement, c’est un film qui peut accompagner les gens un peu plus que ce qu’ils imaginent. C’est agréable d’être fier, comme cela, de participer à une œuvre. J’aime bien ce que fait France Télévisions en général, je trouve que c’est qualitatif et, là, vraiment, je pense que ce téléfilm est un petit bijou…
@ Hélène Delfine
Vous incarnez le papa du personnage joué par Alice et, dès les premières minutes, on sent que votre couple soutient beaucoup sa fille dans ses projets et l’encourage vivement…
Oui, oui ! Il y a, effectivement, cette famille, avec des parents aimant, la mère surprotectrice et très volontaire, ainsi que le père qui semble très effacé mais dont on comprendra après que ce n’est pas parce qu’il est un peu en retrait, qu’il est inexistant dans le couple ou dans la famille…Mais je trouve que ce qui était aussi très intéressant, dès l’écriture, c’est qu’on montre également une famille standard, un papa, une maman et une enfant, avec, comme ça existe beaucoup, des polarités qui ne sont pas toujours celles qu’on représente dans les fictions : l’image de l’homme fort et de la femme qui accompagne…Là, c’est un peu l’inverse, ça donne un équilibre, avec un papa qui est plutôt sur la douceur, et une maman qui est plutôt sur la force, l’autorité et la détermination, ce qui arrive dans énormément de familles mais qui est beaucoup moins représenté. Il existe des familles et des couples de plein de sortes et c'est toujours plus complexe que ça en a l'air…Il me semble que c'est aussi un des atouts du film.
Dans l’histoire, notre famille s’aime et notre fille grandit bien, elle est une jeune femme intelligente, sensible, talentueuse, avec des ambitions, que nous laissons, en tant que parents, s’accomplir. C’est une très belle famille, je trouve !
D’ailleurs, avez-vous eu des sources particulières d’inspiration pour votre personnage ?
On ne sait pas toujours d’où vient l’inspiration... Je n’ai pas d’enfant mais j’ai autour de moi plein de papas qui correspondent à mon personnage, qui sont des papas doux et tendres et qui ne craignent pas de le montrer. Je pense à deux amis en particulier, qui ont des enfants hyper chouettes. Probablement qu’ils m’ont inspiré, sans que je ne m’en rende compte... en réalité, je trouvais le personnage assez proche de moi. C’est probablement aussi pour cela que j’ai été choisi. Parfois, on a des choses à composer, ce qui est très bien aussi et, parfois, on n’a plus qu’à mettre les chaussons du personnage. Évidemment qu’il y avait quand même un travail personnel à faire avant d’arriver sur le plateau mais je n’ai pas eu à chercher très loin. Tout était à disposition assez facilement, d’autant plus que je me suis retrouvé avec une femme qui est quelqu’un que j’aime.
De plus, je ne pense jamais que je vais jouer un personnage : je joue des situations et, quand c’est bien écrit, l'enchaînement des situations fait un personnage. D’autant plus ici, où Aude était une merveilleuse garante de cela. Elle nous a pris en main mais en douceur.
Ce genre de tournage est, pour vous, sans doute très complémentaire de vos autres cordes artistiques, que sont notamment le doublage, la mise en scène et la direction d’une compagnie de théâtre ?
Absolument ! J’ai fini par comprendre que, si je suis dans une zone de confort, je m’ennuie et je m'éteins. Donc j’ai besoin que ça bouge, j’ai besoin d’apprendre, j’ai besoin de me challenger…alors que je passe ma vie à me dire “mais qu’est-ce que tu serais bien dans ton confort”, parce que c’est de l’angoisse, de la fatigue, des doutes, du découragement…Mais je suis comme ça : si je veux avancer et être heureux, en réalité il faut que je fasse ça ! Donc, oui, j’ai besoin que ces domaines interfèrent consciemment ou inconsciemment, pour m’épanouir et être animé.
En fait, j’ai commencé à tourner à l’âge de 10 ans, parce que je n’ai toujours voulu faire que ça. Puis je me suis post-synchronisé…A 22 ans, j’ai eu envie de faire de la mise en scène mais j’avais très peur. J’aurais mis 30 ans mais je l’ai fait 🙂! A un moment, je me suis senti aussi prêt à faire mes propres gestes artistiques…
J’ai eu beaucoup de chance, j’ai fait des choses incroyables, avec des gens qui le sont aussi, et je suis extrêmement fier de tout cela. Que ce soit au théâtre, en doublage ou à l’image, j’ai vraiment été très gâté ! J’ai toujours adoré travailler et quel que soit le sujet, je prends toujours ce même plaisir fou.
Encore une fois, j’ai été profondément heureux de jouer dans cette jolie comédie pour France 3, à quelques mois d'intervalle avec un guest sur “HPI” ou sur “A priori”. La caméra est une drogue dure pour moi, c’est un shoot d’existence et d’adrénaline. En parallèle, je mettais en scène la création d'un texte contemporain. Le théâtre est une autre drogue... Toutes ces expériences et ces registres différents se nourrissent et me nourrissent, j'ai besoin de ça.
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous avez une belle actualité, à l’image et sur scène. Les téléspectateurs de France 3 pourront prochainement vous retrouver dans la quotidienne “Un Si Grand Soleil”, sous les traits d’un patron de boîte de nuit. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Absolument ! Déjà, j’aime bien cette série et, sans dénigrer personne, je pense que c’est la série la plus intéressante qu’il y ait dans la région, à tous points de vue. L’équipe est super, l’accueil est génial et le personnage était intéressant. La séquence était plaisante, avec de la tension, ce qu’il y avait à interpréter était vraiment sympa.
Mon personnage a été victime d’un cambriolage mais il est carrément suspecté d’en être l’auteur. Il finit par s’énerver et monter dans les tours, donc c’était intéressant de jouer cette confrontation. Il pourra peut-être revenir dans la série, ce que j’espère, tout s’étant extrêmement bien passé, avec le réalisateur et avec toute l’équipe.
Cette série est diffusée depuis huit ans, le tournage est rodé. Comment avez-vous fait pour soutenir le rythme associé ?
Je m’adapte ! Il y a toujours une petite tension avant, surtout que j’ai fait partie de la dernière séquence de la journée. On sait que tout le monde veut alors rentrer chez soi et, pour peu qu’il y ait un peu de retard, il faut aller vite…Mais ils ont été très bienveillants et sympathiques.
Je pense qu’il faut être rapide et bien, tout de suite, dans le personnage, ce qui n’est pas évident. Il ne faut pas montrer trop son stress, il faut essayer de l’oublier.
D’ailleurs, au moment de vous glisser dans la peau de votre personnage, avez-vous eu des sources particulières d’inspiration ?
Pas spécialement…Quand j’avais fait le casting, j’avais joué un peu comme je le sentais et la directrice en était contente. Elle sentait la tension sans que je n’ai élevé la voix…Donc le réalisateur m’a simplement donné deux à trois indications supplémentaires, comme le fait de se lever avant de partir. Il était très bienveillant et sympathique, m’expliquant que je pouvais utiliser un mot que je sentais plus, si le sens de la phrase était respecté. C’était une très belle expérience !
Vous avez aussi fait d’autres tournages, pour TF1 notamment…
Il y aura, cet été, un petit rôle sympathique dans l’épisode “Pâtisserie au paradis” sur “Camping Paradis”. Il y aura aussi “Petits secrets entre voisins”, dans un rôle de tueur en série. C’est un genre de personnage que l’on me propose souvent, du fait de ma carrure et de ma voix, alors que je suis tout l’inverse dans la vie, heureusement.
Pour finir, mon rôle le plus important a été dans un docu-fiction pour France 2, qui passe à 13h 15 le dimanche. J’en avais déjà faits plusieurs et, là, c’est un agent de la CIA, qui faisait passer, de façon illégale, des livres, à l’époque de la guerre froide, de l’autre côté du rideau de fer. Je suis le personnage principal, ainsi que le narrateur, de ces quatre épisodes. C’était très intéressant à faire, avec une superbe équipe.
D’ailleurs, dans votre travail de préparation, aimez-vous vous renseigner également au travers de documents de l’époque par exemple ?
Sur les deux précédents, j’avais des rôles particulièrement lourds à porter, ceux du Général de Gaulle et du Général Massu. Ce dernier était extrêmement controversé pendant la guerre d’Algérie, il a amené la torture, en suivant les ordres mais en expliquant qu’il n’y avait pas d’autre solution. C’est un sujet toujours très sensible en France, même 60 ans plus tard…Donc j’ai pas mal stressé pour ces personnages. Mais, en général, malgré tout, comme dans la musique en fait, je fais confiance à mon instinct. Je peux me tromper mais je ne suis pas du genre à me regarder dans la glace, à essayer de faire le personnage.
Pour De Gaulle, je me suis dit qu’il ne fallait pas tomber dans la caricature et s’approcher de son phrasé. Ce qui était difficile, c’est qu’on le connaît surtout de façon vindicative, quand il faisait des discours mais on n’a pas de document où il parlait dans la vie privée. Sans doute qu’il ne faisait pas alors de grandes phases…Je l’avais donc joué plus calme.
Évidemment, j’écoute les indications du réalisateur, c’est le plus important et c’est lui qui me dit si c’est bien, si c’est trop ou si ce n’est pas assez.
Plus globalement, au moment de la diffusion, aimez-vous regarder le rendu final ?
Bien sûr ! Mais toujours avec pas mal d’appréhension…Contrairement à ce que beaucoup de gens imaginent, les artistes n’ont pas un ego surdimensionné et beaucoup ne sont pas sûrs d’eux du tout, n’aiment pas se voir et perçoivent surtout les défauts. On ne se voit jamais comme les autres nous voient…Je ne vois que mes défauts donc j’aime beaucoup demander à mon fils, qui ne me rate pas. C’est mon meilleur critique !
On peut avoir des surprises aussi, des bonnes comme des mauvaises. Beaucoup de scènes sont coupées au montage, on le sait. Ce qui ne veut pas forcément dire que l’on n’a pas été bon, c’est juste qu’il y a un timing à respecter…Parfois, on pense avoir fait quelque chose de pas terrible mais qui, finalement, rend bien. Cela tient à plein de choses, notamment au montage.
Vous êtes également chanteur. De monter sur scène doit être, à chaque fois, un réel plaisir ?
Oui, c’est un bonheur absolu ! Je suis chanteur et musicien depuis 30 ans, j’ai fait plus de 3 500 concerts, un peu partout en France et en Europe. Donc cela fait très longtemps que je tourne…Je me suis mis à la composition il y a une dizaine d’années, je ne fais donc plus uniquement des reprises.
Depuis le Covid, tout s’est cassé la figure, il y a moins d’endroits pour jouer, les gens sortent moins. C’est comme cela, en fait, que je suis arrivé à la comédie. J’en avais toujours rêvé mais je n’avais pas le temps. Avec 250 concerts par an, c’était impossible…Un jour, complètement par hasard, je suis allé faire une figuration, je n’en voyais pas l’intérêt, je stressais même mais j’ai adoré le milieu, j’ai trouvé cela extrêmement bienveillant, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer. C’est passionnant de découvrir l’envers du décor.
J’ai eu envie d’essayer, on m’a conseillé de commencer par des courts métrages, afin d’avoir des images à exploiter et à envoyer aux directeurs de casting. Je n’avais aucune formation de comédien mais certaines de mes candidatures ont été validées et les gens étaient contents de mon travail. Je me suis dit que, finalement, j’étais peut-être quand même fait un peu pour ça aussi…
Depuis, j’ai fait une centaine de courts métrages et, petit à petit, j’ai réussi à décrocher des rôles à la télé. En fait, j’écoute beaucoup ce que les gens me disent et, après, je fais comme je le sens. On est tous différents donc je pense que chacun a sa chance. C’est, je trouve, un métier extraordinaire pour cela … Par contre, il y a, du coup, énormément de concurrence !
Quels registres musicaux aimez-vous plus particulièrement interpréter ?
J’ai toujours été passionné par le rock’n roll, même celui des années 50. J’aime tout ce qui va autour, la country, le gospel, le blues, …Mais je suis fan également de Serge Gainsbourg et de Renaud, donc ça ne m’empêche pas d’écouter de la musique française.
En France, on aime mettre des étiquettes : oui, j’aime la musique américaine des années 50, mais aussi celle des années 60 et des années 70…Il y a des choses qui me plaisent partout !
C’est pire encore au cinéma, j’ai pu le remarquer : je suis marrant, je sais faire le clown mais on m’oriente plus facilement vers des rôles de mafieux.
Aller en tournée en province doit être très grisant…
Exact ! Il y a même des régions où l’accueil est plus chaleureux que d’autres…Bon, je ne vous dirai pas lesquelles 🙂. Je découvre des coins incroyables de France…Je dois dire qu’à Paris, je sens que le public est habitué, les gens sont à l’écoute, ils aiment venir nous voir.
D’alterner entre la scène et le plateau doit être très complémentaire ?
C’est ça ! En ayant autant tourné en musique, je commençais quand même à sentir une petite lassitude…Là, effectivement, j’apprécie d’autant plus d’aller faire mes concerts quand, entre temps, j’ai fait des tournages, et vice versa. Je fais aussi beaucoup de pubs donc c’est assez amusant de passer d’une pub où on parle d’assurances, au Général de Gaulle, puis à chanter sur scène du rock’n roll. Je trouve cela extraordinaire ! Parfois, on perd un peu la boule mais c’est bien…C’est super, également, de rencontrer des milieux différents. C’est très étonnant d’ailleurs de voir à quel point les milieux de la musique et du cinéma ne se côtoient pas, c’est vraiment incroyable. Ils ne se connaissent pas, chaque milieu paraît très étranger à l’autre…Contrairement à la culture américaine, c’est très cloisonné.
Pour terminer, quelles seraient vos envies pour la suite de votre parcours artistique ?
J’ai de plus en plus d’envies dans le cinéma. Pour l’instant, je n’ai eu que des rôles en télévision, pas encore sur grand écran. Comme je le disais, j’aimerais également bien revenir sur “Un Si Grand Soleil”, j’adorerais être récurrent car j’aime beaucoup cette équipe, cette ambiance, ce studio et cette série.
Je sais jouer d’autres choses que des personnages qui font peur. J’aimerais que les directeurs de casting s’en aperçoivent davantage.
Niveau musique, je pense que je suis déjà allé au plus haut de ce que je pouvais faire…Mais sait-on jamais….
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
La série “Lucky Luke” est toujours diffusée sur Disney+. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela a été, pour vous, de participer à ce beau projet ?
Oui ! Faire un western, avec des gens que tu aimes beaucoup, Alban, Benjamin, …était, bien sûr, un grand plaisir ! J’ai quand même été bercé, dans mon enfance, par les westerns, j’en étais fan et, là, j’étais dans les décors des westerns spaghetti. C’est immédiatement cinématographique…C’est assez étonnant ! Les costumes étaient incroyables, on était totalement immergés. C’est en cela que le cinéma est génial : on est pris dans un réel qui n’est pas le nôtre ! C’est un grand plaisir.
La série est originale, avec des personnages qui ont vieilli, bouleversant les codes…
Bien sûr ! C’est le travail des auteurs. A mon avis, c’est très compliqué d’adapter au cinéma une tranche du patrimoine français. “Lucky Luke” est quelque chose qui appartient à chacun donc on se sent tous soit un peu trahis, soit heureux de retrouver des choses que l’on a aimées. En tout cas, c’est agréable d’en faire partie ! J’ai joué un Dalton, un personnage un peu con et un peu agressif, ce qui est toujours agréable et facile à jouer. Ce qui était impressionnant, c’était de voir Alban dans le décor, avec son costume. Je me rappellerai toujours de la première fois que je l’ai vu, c’était fou, il était Lucky Luke !
Avec les autres Dalton, on était dans une partie parallèle, on était dans notre monde des Dalton, je n’ai pas traversé tous les univers mais c’était super.
Au moment de vous glisser dans la peau de ce personnage, aviez-vous eu des sources particulières d’inspiration ?
Non, pas forcément ! Tous les éléments étaient donnés : le décor, le costume et, parfois, le personnage naît en se regardant dans le miroir. Surtout, un Dalton n’est pas un personnage en lui-même, c’est un personnage à quatre. Donc l’idée était de ne pas en faire des personnages séparés : il y a le grand, Averell, le petit nerveux, Joe et, au milieu, c’est un peu une sorte de no-mans-land. Ma théorie est que les Dalton sont quatre, pour faire le nombre mais que les deux du milieu ne sont pas très définis. L’idée a été de créer un binôme avec Mathieu. On savait également que nos visages seraient mixés, pour avoir tous des éléments de Jérôme Niel et qu’on soit des frères, sans être tout à fait identiques. Cette idée est géniale ! En fonction de tous ces éléments, j’ai pu travailler…Ce n’était pas pareil que pour un personnage à part. En même temps, on était assez libres parce que, comme il n’y a pas trop de trace, on pouvait inventer. On en a fait des personnages qui s’engueulent tout le temps. Comme nous n’avions pas d’opposition extérieure, on en a créée une intérieure.
C’est une chance d’être plongé dans un univers comme celui-ci !
Quels retours du public avez-vous pu avoir ?
J’ai une petite théorie là-dessus : les gens, globalement, sont gentils donc ceux qui te donnent leur avis sont ceux qui ont aimé…Ceux qui n’ont pas aimé ne vont pas te le dire. Donc, oui, j’ai eu des retours positifs sur ce que l’on a fait. Sur la série en elle-même, les retours sont vachement touchants parce qu’ils sont toujours liés à l’enfance de chacun. La série est décalée mais les gens retrouvent leurs souvenirs…Je crois que ça marche super bien !
En complément, vous avez tourné dans un court-métrage, qui vous tient particulièrement à cœur…
C’est un court-métrage d’horreur, réalisé par Victor Cesca, dont une première réalisation avait fait 250 festivals et obtenu 80 prix. C’était une comédie, en comédie musicale, sur un prêtre, dans une église qui fait un battle de piano. Là, il fait de l’horreur…Victor est un gars à suivre, je vous le dis !
L’histoire se passe dans un ascenseur. C’était une très belle rencontre avec le reste du casting (Mika Abiteboul est un ami très cher) et le réalisateur n’avait pas de limite dans son exigence. Quand on s’amuse beaucoup, c’est une sorte de décompensation. C’était physique, avec de l’engagement, pile comme j’aime !
Je joue un salaud, un rôle qu’on me donne souvent. Mais, au final, il est un peu victime aussi. J’aime bien faire des cons et des salauds, c’est très agréable, c’est plus savoureux. Tu dois trouver sa raison et il y en a toujours une, c’est intéressant à comprendre. Et le héros a besoin de toi, sinon il n’y a pas de film…Je remercie systématiquement les gens qui me permettent de faire ce genre de choses, comme Fred Grivois dans la série “Machine”. Quel cadeau ! Sans oublier Guillaume Pierret dans “Balle perdue”, un autre bonheur absolu…
“Entre chien et loup” est un programme pour France 3, dans lequel vous avez également tourné…
Le titre va, d’ailleurs, sans doute changer. C’est un téléfilm policier, tourné en Lozère. C’est une enquête, suite à un meurtre…Ca se passe plutôt à la tombée du jour et je fais une petite intervention un peu particulière, je suis le maire d’un village, qui est confronté à la scission de son village. Je suis souvent dans la mairie, j’ai donc traversé le film d’un point de vue administratif on va dire mais c’était chouette. Chaque tournage est particulier puisque chaque tournage a une identité, souvent celle de son réalisateur. Alors que l’on pourrait croire qu’un téléfilm est quelque chose d’installé, là, Xavier de Choudens faisait en sorte d’avoir quelque chose de très léger. Il était très disponible, il se donnait énormément de marge et de liberté, il réduisait le nombre de plans et donnait plus de responsabilités aux acteurs. Ça change tout !
Toujours dans l’actualité, la série “France Kbek” est disponible sur TF1+...
C’est un truc totalement taré, que j’avais a-do-ré faire ! C’est complètement punk, ça part dans tous les sens, c’est débile, c’est trash ! Quand tu regardes ça, tu as l’impression d’avoir les doigts dans la prise. C’est défoulatoire, c’est tellement débile que ça en devient un manifeste ! Qu’est-ce que j’ai ri là-dessus…
Pour terminer, quelles seraient vos envies pour la suite de votre parcours artistique ?
Quand vous demandez à un comédien, il ne travaille jamais assez…J’aimerais tourner plus et faire partie de ces gens qui en ont ras le bol d’être sur un plateau. Je ne suis pas encore de ceux-là mais tout me plait !
A côté de cela, j’écris et je fais aussi de la mise en scène, essentiellement de spectacles de cirque. Là, deux spectacles tournent…J’adore cela, ça me remplit de joie. C’est particulier, il y a un engagement physique de la part des gens, c’est dangereux, il y a donc une tension sur le travail. Il y a du bois et du métal à installer, ce n’est pas comme au théâtre, où tu arrives avec une chaise pour jouer. Sur un des spectacles, une structure fait 7 mètres de haut…Sur l’autre, il y a beaucoup de technologies…Donc c’est très intéressant, tu es obligé de bien réfléchir car la vie des artistes en dépend. Ce n’est évidemment pas du bricolage…Et puis, surtout, les Wriggles passent à l’Olympia le 10 octobre 2026 !