Olivier Charasson évoque son actualité à l'image et en profite pour revenir sur un rôle particulièrement marquant pour lui !
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Bonjour Olivier,
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Nous pourrons prochainement vous retrouver sur France Télévisions dans le téléfilm “Le Sang des loups”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oui, cela a été un beau moment. D’autant que Xavier de Choudens, qui en est le réalisateur, est quelqu’un que j’estime beaucoup et avec qui je m’entends bien. Nous en sommes à notre quatrième collaboration. Je l’avais rencontré une première fois sur “Scènes de ménages”, il y a longtemps, dans un programme en prime, tourné en extérieur, en baie de Somme. Il m’avait repéré dans les pastilles humoristiques de Guillermo Guiz, le “Roi de la vanne”.
Pour ce film, quand bien même Xavier a pensé à moi, j’ai passé le casting, étant entendu que, même si le réalisateur vous veut, il faut que vous soyez validé par la production et la chaîne, ce qui est loin d’être systématique. Il se trouve que j’ai été retenu, ça a donc été une vraie joie. En plus, le tournage a eu lieu en Lozère, loin de Paris, qui plus est avec des loups, dans un cadre absolument somptueux. C’est un programme policier comme les chaînes en produisent beaucoup, en les déclinant à chaque fois d’une manière ou d’une autre, façon « Meurtres à » « Les mystères de » etc. Ici, il s’agit d’un duo de flics joué par deux femmes, Isabel Otero et Charlie Joirkin.
Après, c’est une chose de passer un beau moment sur un tournage, mais le film en est une autre. Il faut donc que ces beaux moments soient féconds, au service du travail. Dans un film comme celui-là, qui est d’abord un film de commande, un objet très balisé dans la ligne éditoriale d’une chaîne, les marges de manœuvre sont d’autant plus dures à trouver qu’il y a des impératifs et que les attentes sont précises. La question de l’auteur n’a donc pas court. Mais Xavier a su trouver des poches de liberté, modifier des choses sans les trahir, bien au contraire. Et puis, il aime les acteurs. Sous sa direction, avec ma partenaire principale, Aisleen Mc Lafferty, on a essayé de trouver quelque chose d’indicible dans le lien de nos personnages, quelque chose de fort. J’espère que ces moments seront perceptibles à l’écran.
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Sans tout dévoiler, dans quel contexte apparaît votre personnage ?
J’aime beaucoup votre question. Elle me semble très juste, parce que le contexte y précède le personnage précisément. Or, je pourrais parler de mon personnage en tant que spectateur, mais il n’est jamais ma première préoccupation en tant qu’acteur. Je préfère parler de rôle à tenir, de partition. Parce qu’un rôle s’inscrit toujours dans un ensemble, il en est tributaire. Un personnage se pense trop souvent indépendamment du reste. Il croit exister seul. C’est un peu paradoxal, mais comme le dit le réalisateur Pierre Salvadori : « l’important c’est de jouer le film, pas le personnage. » Cela me parle ! Pour moi, un personnage doit exister avant tout dans la tête du téléspectateur. Mais, au moment du travail préparatoire, au moment du tournage, je ne me préoccupe que des situations, de comment j’y interagis ou non. Le personnage existe indépendamment de moi, il est l’addition de mon travail, des situations et du récit dans lesquels il s’inscrit, comme de la somme des autres postes : le chef op et le HMC (habillage, maquillage, coiffure) participent également à « mon » personnage. Quand on regarde un film, on s’attache à un personnage parce qu’il a eu telle interaction avec tel autre…C’est un feuilletage. Sur le plateau, j’ai besoin d’être dans une situation donnée, et j’inclue tous les postes techniques et la mise en scène à cette situation. Ils sont également des partenaires de jeu à leur manière. Mon texte est un accessoire qui participe à un ensemble beaucoup plus large. Comme acteur, je suis bien plus dans la réaction que dans l’action. Tant que je n’arrive pas à être complètement disponible à ce qui se joue à l’extérieur, c’est mort. Je n’ai pas besoin de penser à mon enfance quand j’ouvre une porte.
On a tourné, en Lozère, dans le plus grand parc à loups d’Europe, où ils sont en relative liberté, quoique dans des immenses enclos. Mon personnage est le régisseur du parc. Il est là depuis très longtemps. Le film commence par la mort du directeur du parc, puis par celle d’un loup. L’enquête va évidemment consister à trouver le ou les coupable(s), sur un site où il y a beaucoup de conflits locaux, avec les paysans entre autres, autour des loups justement.
C’est un beau rôle. Merci Xavier De Choudens ! Il m’a plu dès la lecture du scénario. Il est pris dans ce paradoxe de vouloir sauver des loups, une mémoire, une histoire, dans un climat qui ne leur est absolument plus favorable. Il veut sauvegarder tout un pan de vie qui est mis en péril.
Grâce à ce personnage, j’ai pu avoir plusieurs jours de tournage et, contrairement à un rôle de fonction, je suis parti d’un point A pour arriver à un point B, avec des évolutions. J’ai donc été très heureux de pouvoir servir cette partition. J’avais de belles scènes, et les idées de Xavier y ont contribué.
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Sans doute serez-vous curieux de découvrir le rendu final ?
On l’est toujours, quoique certains acteurs détestent se voir à l’écran. Je n’ai pas ce problème là. Quand on est acteur dans un film, certains disent qu’il faut le voir deux fois : la première fois, on se regarde, on se surveille. La deuxième fois, on regarde le film. Là, j’ai déjà pu voir le film. Il a d’ailleurs été diffusé une première fois en Belgique sur la RTBF. Et je suis content de ce que j’y ai vu. Il y a de très jolies choses. Je crois que tout ce que nous avons pu vivre au moment du tournage, pour le meilleur, est perceptible à maintes reprises. Mais le téléspectateur n’aura pas ce passif. Or, c’est lui qui tranchera.
Le film “L’abandon” est actuellement en salle, film dans lequel vous avez pris plaisir à jouer…
J’ai été casté pour un rôle que je n’ai pas eu, celui d’un collègue de Samuel Paty, qui se désolidarise de sa cause. C’était bizarre, si j’étais content d’en passer le casting, je me projetais mal dans ce personnage. D’ailleurs, je n’ai pas été retenu et n’en ai pas été surpris. Je crois que je correspondais mal à cet « emploi ». Mais le réalisateur Vincent Garenq voulait quand même que je participe au film et m’a proposé le rôle du sous-directeur des renseignements. Ça, c’est typiquement un rôle de fonction : une seule séquence dans laquelle le personnage se réduit à son poste, son métier. Et la séquence n’est qu’une cheville du scénario. Ce sont toujours des scènes dures à jouer car le dialogue se réduit souvent à des considérations techniques. Il s’agit de les porter comme si elles nous étaient très familières et de s’en tenir à cette juste place. Ni plus ni moins. Quand vous faites bien votre travail, vous disparaissez dans le film, on ne vous remarque pas. Quand vous êtes mauvais, c’est là qu’on vous remarque :-) Mais c’est de ces rôles-là qu'il faut tirer les meilleures leçons, car après tout, quel que soit votre rôle, l’ambition reste quand même, comme acteur, de disparaître complètement dans le film qui vous porte, de s’y fondre.
En complément, “Access”, série tournée en 2018, continue son chemin et, encore aujourd’hui, on vous en parle…
Ce n’est même pas qu’on m’en parle encore, c’est qu’on commence à m’en parler ! A l’époque, diffusée sur C8, cette série avait été peu vue et mal vue. Alors que je n’ai jamais autant tourné de ma vie : j’avais eu près de 80 jours de tournage, ce qui est énorme. Et j'y ai endossé plus de rôles que le reste de ma carrière en compte par ailleurs (dans chaque épisode, nos personnages jouaient aussi dans des sketchs qui, à chaque fois, se passaient avec des personnages différents dans des époques différentes). Il se trouve que cette série a été visible sur Canal pendant le Covid et, désormais, elle est disponible sur TF1+ ainsi que sur Youtube. Paradoxalement, on m’en a plus parlé ces six derniers mois qu’au moment où nous l’avons faite. Cette situation est exceptionnelle, étant donné la profusion des propositions actuelles sur l’ensemble des plates-formes disponibles. Mais c’est la preuve que cette série vieillit bien et trouve enfin son public.
Pour terminer, quelles seraient vos envies pour la suite de votre parcours ?
J’en ai plein… Mais il faut trouver le circuit dans lequel elles pourraient s’inscrire. J’aimerais, par exemple, revenir au théâtre. Nous avons commencé à travailler sur un projet avec un ami, mais malheureusement il n’a pas pu se faire. C’est le lot de la majorité des projets de toutes manières… Et l’époque manque singulièrement d’enthousiasme, ce qui n’aide pas. Au cinéma ou en télé, j’aimerais également pouvoir endosser un premier rôle. (Mais quelle actrice ou quel acteur ne le souhaiterait pas ?) Et puis reste à savoir dans quel film. Mais pour moi, ce serait l’occasion de mesurer à quel point je suis capable de disparaître complètement :-)
Merci, Olivier, pour toutes vos réponses !
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