France 3 / Affaire Festina, coup de théâtre chez les Chirac : Dominique Lenglart nous raconte les coulisses de ce documentaire !
Bonjour Dominique,
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Ce lundi 2 juin sera diffusé, à 23h sur France 3, le documentaire « Affaire Festina, coup de théâtre chez les Chirac », que vous avez écrit, réalisé et pour lequel vous êtes à la narration. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oui ! Un documentaire comme celui-ci, de 52 minutes, sur un sujet comme celui du dopage, a été pratiquement un an de travail. Cela n’a pas été simple…Quand on parle du dopage, cela reste quand même très difficile de creuser, les institutions, comme celle du tour de France, n’ayant pas forcément envie que l’on s’intéresse à tout cela. Donc, oui, je suis très content que ça soit diffusé maintenant !
Je suis surtout très content, il faut le dire, parce que c’est quand même très courageux et que ça prouve l’indépendance des services documentaires de France Télévisions, qui nous laisse faire un documentaire sur le dopage dans le tour de France alors que les chaines sont aussi diffuseurs de l’épreuve …Cela montre la liberté éditoriale que l’on peut avoir sur France Télés…C’est quand même, je pense, quelque chose d’intéressant à signaler !
D’ailleurs, comment vous est venue l’envie d’évoquer ce sujet ?
Je suis amateur du tour de France depuis que je suis tout petit, j’ai toujours suivi le tour, j’allais voir des étapes et, après, j’ai pu accompagner des pilotes d’hélico qui filmaient le tour donc j’ai pu assister à plusieurs épreuves dans le car régie. C’est un évènement magnifique, mondialement connu, qui fait partie du patrimoine et auquel je me suis donc toujours intéressé…J’ai rencontré un producteur, Laurent Dy, de la société de production, « 10.7 Productions », qui avait cette idée-là et qui m’a sympathiquement proposé de le réaliser, de faire l’enquête et de faire grandir le bébé.
On a donc travaillé ensemble tous les deux, sur la base de son idée, qu’il a proposée à cette belle case documentaire de France Télés, « La ligne bleue ». Dont la particularité est de partir d’un phénomène régional, révélé localement, qui est ensuite devenu une affaire nationale voire internationale. On peut aussi penser à Vaison-la-Romaine, avec les inondations et toutes les problématiques autour des constructions… C’est le cas, ici aussi, avec l’affaire Festina, qui éclate vraiment aux yeux du grand public en Corrèze : ça se développe, l’équipe est exclue, le dopage est révélé, des lois sont votées et l’agence mondiale anti-dopage voit le jour après toutes ces péripéties.
Si on se replonge dans le contexte de juillet 1998, la France vient juste de remporter la coupe du monde de football mais c’est un autre évènement qui va venir ébranler l’image du sport français…
Tout à fait ! Ce qui est étonnant, c’est qu’il y a tous les éléments pour en faire une histoire romanesque. Au début de l’affaire, Willy Voet se fait arrêter en Belgique le 8 juillet, alors que le tour n’est pas encore parti : ce soigneur se fait arrêter à la frontière avec plein de produits dopants, notamment de l’EPO mais les journalistes ne s’y intéressent pas parce qu’ils sont tous focus sur la coupe du monde que la France va peut-être gagner.
C’est seulement après que les journalistes sportifs prennent conscience de ce qui se passe sur le tour… Jacques Chirac était président, le tour revient en Corrèze pour deux étapes et un contre-la-montre. Là, Bruno Roussel reconnait, depuis Lille où il venait d’être arrêté, au moment où le tour de France arrive chez les Chirac, qu’il y a du dopage organisé au sein de son équipe Festina. L’affaire s’emballe alors dans la presse du monde entier, avec l’exclusion de Richard Virenque et de ses co-équipiers.
C’est, vous l’aviez dit, un scandale mondial qui se dessine……et qui se joue, notamment, dans l’arrière salle d’un café d’un village…
Exactement ! La veille au soir, le tour de France est arrivé à Brive la Gaillarde et, lorsque, depuis le palais de justice de Lille, Bruno Roussel reconnait le dopage, c’est une immense pagaille ! Jean-Marie Leblanc essaie de calmer le jeu mais il ne sait pas ce qu’il doit faire…Il y a un diner organisé chez les Chirac, au château de Bity, mais auquel il ne peut pas se rendre, pour gérer la situation. Toujours le soir-même, il décide d’exclure Festina. Mais le lendemain matin, c’est le contre la montre à Meyrignac l’Eglise, et Richard Virenque, le chef de meute, refuse l’exclusion et veut partir. C’est là où, non loin de ce contre la montre, Jean-Marie Leblanc organise, à la débottée, une réunion avec l’équipe Festina dans un petit café, chez Gillou, à Gare-de-Corrèze, pour les convaincre de quitter le tour.
On a retrouvé la tenancière du café, qui a vécu cet épisode, elle raconte comment les coureurs sont venus dans le café, elle explique qu’elle leur a donné la petite salle arrière dans laquelle Jean-Marie Leblanc est venu leur parler pour finalement réussir à convaincre Richard Virenque de quitter le tour avec son équipe…
C’est devenu un imbroglio politique ! Jacques Chirac est président de la République, c’est la cohabitation avec Lionel Jospin, et, surtout, Marie-Georges Buffet, ministre de la jeunesse et des sports, tient depuis longtemps son projet de faire une loi contre le dopage…Virenque et les autres ont toujours dit et laissé croire que c’était politique, que ce n’était pas un hasard si ça avait éclaté en Corrèze mais ce n’est pas vrai ! Tous les éléments que j’ai pu avoir, notamment de Marie-George Buffet ou du commissaire Muller qui a mené l'enquête, montrent que c’est la chronologie de l’affaire judiciaire qui fait que ça arrive en Corrèze ! C’est le temps judiciaire qui fait que ça tombe par hasard en Corrèze…
À noter également les témoignages des acteurs directs, Willy Voet, le soigneur de l’équipe, par qui le scandale est arrivé, ou Bruno Roussel qui était le directeur de l’équipe Festina….27 ans plus tard, vous a-t-il été facile de les convaincre ?
Non, cela n’a pas été facile du tout ! Beaucoup de gens qui étaient alors dans le peloton ont refusé…Il faut savoir que ASO, qui organise le tour de France, n’était pas du tout content que l’on fasse ce documentaire…J’ai voulu interviewer des photographes ou d’anciens coureurs qui travaillent encore aujourd’hui sur le tour et ils ont refusé, ne voulant pas s’afficher. Sinon, ils risquaient de se faire black-lister…Donc ça n’a pas été simple !
Je ne trouve pas normal qu’il ait été impossible de faire des interviews de membres de l’agence française de lutte contre le dopage, une organisation née après cette affaire-là ! Je me demande pourquoi…On fait un documentaire sur une chaine nationale qui s’intéresse au dopage, qui est, aujourd’hui encore, un problème dans tous les sports et je n’ai pas réussi – ce n’est pas faute d’avoir essayé – à avoir une interview d’un représentant ou même d’un chargé de communication de cette agence ! En faisant, pour une chaine nationale, un documentaire de référence sur cette question, je ne comprends pas …
Certainement êtes-vous impatient de découvrir les retours des téléspectateurs ?
C’est toujours une excitation car c’est un peu comme notre bébé. Déjà, on a de bons retours de presse et de bonnes critiques. J’aimerais beaucoup aussi avoir les retours du milieu du cyclisme !
Pour terminer, en complément, quels sont vos autres projets et actualités en cours ou à venir ?
Je travaille souvent sur l’émission quotidienne d’Arte, « Invitation au voyage », pour laquelle j’ai des projets en Bolivie. En parallèle, je prépare aussi, pour fin juin, un tournage à Chamonix d’un peintre des montagnes.
Merci, Dominique, pour toutes vos réponses !
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