Nikon Film Festival / Un.e : Interview croisée avec Marie Clotilde Ramos Ibanez et Camille Baradel !
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Bonjour Marie Clotilde, bonjour Camille,
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous deux !
Dans le cadre de l’édition 2025 du Nikon Film Festival, ayant pour thème « un super pouvoir », le court-métrage « Un.e » que vous proposez est disponible depuis quelques jours maintenant (https://festivalnikon.fr/video/2024/6164). On invite d’ailleurs les lecteurs à le découvrir avant même de lire cet entretienJ.
On imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous d’avoir développé ce beau projet ?
Camille : Cela s’est fait un peu sur un coup de tête. A la base, on cherchait simplement un contenu original à développer…
Marie Clotilde : …A développer ensemble…car on a toujours eu l’envie de le faire au moins toutes les deux. On a demandé à des personnes qui, au final, nous ont dit non à cause de contraintes de planning. Au fur et à mesure de nos discussions, on s’est dit qu’il pourrait être bien de ne le faire que nous deux.
Camille : Cela faisait un moment que Marie Clotilde voulait se lancer dans la réalisation. Ce projet lui a permis de sauter le pas, ça l’a mise au pied du mur et elle s’est lancée ! C’est comme cela que l’idée s’est concrétisée !
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Marie Clotilde : On avait envisagé de jouer toutes les deux mais je me suis finalement concentrée sur la réalisation. Comme Camille est très flexible, j’ai pu l’orienter comme je le voulais, c’était très simple pour moi. L’idée du sujet, quant à elle, est arrivée en discutant…
Camille : On était à une terrasse de café…Forcément, on parle toujours de nous quand on fait un projet. On est parties sur le super pouvoir de la femme…
Marie Clotilde : …Qui est de pouvoir procréer. Sachant que cela me touche encore plus, je peux le dire, parce que je suis en train d’essayer de procréer avec mon amoureux, à 42 ans. Pendant longtemps, je m’étais posé la question de faire ou non un enfant, jusqu’au moment où j’ai rencontré quelqu’un avec qui j’ai eu l’envie de me lancer.
Camille : Ce qui m’a touché dans ce projet, c’est que, de plus en plus, les femmes ont des enfants tard et que, du coup, c’est de plus en plus difficile à cause de l’horloge biologique. Autour de moi, je sais qu’il y a beaucoup de parcours de femmes qui essaient d’avoir des enfants, soit accompagnées, soit seules. Je trouvais que c’était quelque chose qui nous touche toutes, en tant que femmes et c’était important, pour moi, de porter cette parole-là.
Marie Clotilde : Avec humour toujours ! Du moins, c’est ce que l’on a essayé de faire…C’est pour cela qu’il y a des couleurs très flashy et un côté très « années 80 ». Je voulais que le contenu soit drôle sur la fin et, pour le reste, qu’il soit enjoué et positif. En plus, il y a une réponse positive car, à la fin, cette femme réussitJ. Il y a aussi plusieurs couches au-dessus : Sandrine Poulet parle à des super-héros, pour leur faire comprendre qu’ils peuvent y arriver, que ça peut marcher et c’est cela qui permet le twist de fin.
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Le festival impose une durée de 2 minutes et 20 secondes par court-métrage, c’est certainement un vrai exercice technique en soi pour faire passer une idée, tout en étant qualitatif dans son travail…
Camille : Oui, c’est un vrai exercice de style ! Autant dans l’écriture que dans la réalisation ou encore dans le jeu…C’est vraiment un format qui nécessite de savoir exactement ce que l’on veut. Sachant qu’au départ, la volonté de Marie Clotilde était de faire un plan séquence, qui est un des exercices les plus durs…
Marie Clotilde : J’étais, effectivement, focusée sur le plan séquence, sauf que ma cadreuse, Sophie, et Camille m’ont dit que ce serait chaud. Les premiers tests ont ensuite confirmé que ce n’était pas possible. Donc on a twisté pour faire autre chose.
Camille : Un plan séquence est un peu une chorégraphie entre les acteurs et les techniciens …Du coup, à la fin des premières répétitions, quand on était à peu près calés, le programme durait déjà 3 minutes et 30 secondes…C’était trop long, il aurait fallu couper plus d’une minute donc on a fait le choix de finir en découpage.
Marie Clotilde : Le plan séquence est sur la fin, avec les super-héros un peu déchus…Ce qui n’est pas plus mal car ça marque ! Je pense, globalement, que j’ai fait de petites erreurs que je ne referai plus lors de ma prochaine réalisation. C’est normal…Mais je pense que ça marche plutôt pas mal !
En tout cas, de nombreux plans resserrés de Camille sont proposés, ce qui vous a certainement permis une palette de jeu large et variée…
Camille : Oui, oui, c’est sûr ! Après, ce qui était compliqué au début pour moi, c’était d’arriver à être très précise dans l’éventuel plan séquence alors envisagé, au niveau de la chorégraphie, du placement, du regard et des émotions. Le fait, finalement, d’avoir coupé était plutôt chouette pour cela aussi. En tout cas, Marie Clotilde a voulu un personnage assez haut en couleurs, quelqu’un d’un peu exubérant, c’est pour cela que le jeu est un peu burlesque, mais avec sincérité.
Marie Clotilde : Beaucoup de gens m’ont dit que tu es très douée ! Tout le monde ne peut pas jouer cela ni avoir ce sourire continuel, sans montrer ni ses émotions, ni sa peine, ni ses douleurs. Le personnage de Sandrine est quand même dans un workshop donc si elle commence à ne pas être bien, comment pourrait-elle aider d’autres personnes ? C’était un bel exercice…J’avoue que je t’ai un peu laissée faire car je savais que tu y arriverais.
Camille : C’est aussi notre métier de faire des propositions, c’est super important d’arriver sur le plateau avec des choses à manger. Sinon, c’est laborieux pour tout le monde… Ensuite, le réalisateur ou la réalisatrice affine les curseurs.
Marie Clotilde : Camille est plus jeune, elle a fait moins d’images que moi donc je trouve que c’est important pour elle, aussi, de pouvoir être vue en tant que bonne comédienne. J’espère qu’avec ce court-métrage, tu vas pouvoir avoir encore d’autres projets. D’où le fait que je n’arrête pas d’envoyer le lien à tout le monde…C’est bien, également, d’aider la génération suivante !
On continuera, de toute façon, à bosser ensemble…Au début, c’était un crush de travail puis c’est devenu de l’amitié. On écrit ensemble, on bosse ensemble, c’est vrai que l’on fait plein de choses ensemble.
Camille : On se soutient beaucoup aussi, ce qui est important en tant que comédiennes parce que c’est un métier dans lequel, contrairement aux apparences, on est souvent isolées, avec beaucoup de travail à faire en sous-marin. Le fait d’avoir quelqu’un avec qui travailler est important ! Surtout, soyons francs, c’est un domaine dans lequel il y a beaucoup de jalousie et de concurrence donc c’est agréable d’avoir quelqu’un avec qui on se sent soutenue. Cela incite aussi à se donner, pour avoir un vrai partenaire de travail !
La fin du court-métrage transmet un message de fond clair mais reste suffisamment ouverte pour laisser aussi à chacun libre-court à une interprétation plus personnelle…
Marie Clotilde : Bien sûr ! On voit notamment, à la fin, un lapin être tout peiné et un proche m’a dit avoir trouvé cela génial, voyant ça comme un pied de nez aux hommes, quand on fait le rapprochement avec l’image de cet animal en tant que mauvais mâle alpha. Mais je n’avais pas du tout pensé à cela…Je voulais surtout faire une référence au film « Donnie Darko ». En tout cas, dans les retours que j’ai eus, la fin plait beaucoup et interroge aussi pas mal…Les gens trouvent super qu’il y ait ces super-héros et s’interrogent sur la raison de leur présence, ce qui est drôle ! Certains ont même pensé à des prisonniers…D’autres que c’était un rêve…Comme on ne sait pas forcément à qui parle cette femme, c’est un peu déroutant. En tout cas, on peut le dire, « France Power » est l’image de « France Travail ». Donc c’est chouette de voir autant d’interprétations différentes !
En tout cas, ce projet vous a permis, Marie Clotilde, de développer plusieurs casquettes différentes…
Marie Clotilde : Je suis productrice et réalisatrice, j’ai accompagné le montage, en termes de consignes notamment. C’est tout…Mais c’est déjà pas mal ! J’ai été bien entourée pour le reste, c’était un travail d’équipe ! D’ailleurs, beaucoup de proches ont collaboré avec nous. Je crois, globalement, que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même donc le fait d’être en comité restreint, avec des gens que je connaissais, a facilité le travail.
Normalement, le Nikon Film Festival met en avant des projets faits maison mais on a remarqué que, de plus en plus, de grosses productions accompagnent certains films. Cela se professionnalise fortement…Mais ça n’aide pas les projets comme le nôtre par exemple !
Camille : C’est vrai que plus ça avance, plus ça perd de son sens initial : à la base, ce festival permettait de s’essayer et d’y aller sans trop de frais. Maintenant, certains y vont avec davantage de moyens donc ça n’a plus la même valeur…
Cet exercice vous a-t-il, en tout cas, donné l’envie de renouveler l’expérience ?
Marie Clotilde : Clairement, je vais continuer la réalisation ! Cela m’a vraiment donné l’envie de développer d’autres projets courts ou moyens et de bosser à nouveau avec Camille. On commence d’ailleurs déjà à réfléchir à un autre projet, mais c’est encore un peu tôt pour en parler.
Entre temps, sur la proposition de Camille, on a même participé à un autre-court métrage, dans le cadre du festival « Paris Courts Devant ». C’était un super projet !
Camille : On a même faits partie des dix finalistes…Le jury a beaucoup hésité entre notre proposition et celle qui a été finalement retenue, donc c’est un peu comme si on était deuxièmes ! C’est, en tout cas, ce que je me dis…C’est déjà bien !
Marie Clotilde : Je pense que c’est important, même après avoir travaillé sur France Télévisions, de faire des projets pour de jeunes réalisateurs. Le jeu est notre outil de travail, c’est un outil comme un autre, il faut donc continuer à le bosser.
En conclusion, que peut-on vous souhaiter d’ici à la fin du Nikon Film Festival ?
Marie Clotilde : D’être sélectionnées dans les 50 derniers, pour que le court-métrage soit vu par le jury. Cela m’importe plus encore que de gagner un prix !
Camille : On est agréablement surprises des premiers retours. Comme il y a aussi pas mal de femmes dans le jury, on espère que ça pourra nous aider…
Marie Clotilde : J’ai même une amie qui m’a dit que c’était entre du Lynch et du AlmodovarJ. C’est encourageant ! Et je n’oublie pas non plus les chouettes retours des gens du métier…
Merci à toutes les deux pour vos réponses !
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