En dehors de ma passion pour mon métier d'ingénieur, je suis également intéressé par les médias auxquels je consacre ce blog pour mettre en avant mes coups de cœur artistiques.
Aussi, au travers d'interviews exclusives, j'aime à partager l'actualité, les projets et les envies d'animateurs de télévision, de journalistes de radio, de comédiens de théâtre et de musiciens.
C'est aussi l'occasion de mieux comprendre leur organisation de travail ainsi que les coulisses de leur métier.
Retrouvez ainsi tout au long de ce blog les entretiens que j'ai pu mener par passion, mais aussi avec plaisir !
Quel plaisir d’effectuer cette nouvelle interview ensemble !
Vous êtes actuellement sur scène, au théâtre du Funambule Montmartre, dans la nouvelle pièce “La poussière sous le tapis”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oui, oui, c’est exceptionnel de participer à une nouvelle aventure et d’être présente pour la création : on est en train de se questionner, on cherche sans arrêt, on fait des modifications, on fait des changements de texte donc c’est assez excitant, c’est très flippant aussi mais c’est génial de pouvoir rediscuter, chercher, se demander sans arrêt si c’est la bonne direction…Pour le moment, tout est encore en mouvement et oui, c’est joli d’accéder à ce projet qui éclot et qui, au fur et à mesure, d’une représentation à l’autre, grandit et fleurit. C’est super intéressant en fait, c’est trop bien, c’est hyper riche !
Plus concrètement, avec vos mots, comment pitcher cette pièce ?
C’est l’histoire d’une jeune comédienne qui vient d’être giflée, en répétitions, par la star du spectacle, un homme plus âgé, qui a déjà une grosse carrière et qui est vraiment le gros nom du casting. Donc on entre, comme cela, dans la pièce avec cette jeune femme qui vient de se faire humilier en public, devant tous ses collègues, notamment le metteur en scène. Mais, en fait, elle ne veut pas se laisser faire, elle en a ras le bol de cette société aussi patriarcale, où les violences faites aux femmes sont un peu banalisées et où ce n’est pas si grave, où ce n’est qu’une petite gifle, où ce n’est pas grand chose, après tout il ne lui a pas fracassé la tête…Sauf qu’en fait, elle dit “Stop, ce n’est plus possible !”, elle ne va pas se laisser faire et va vouloir porter plainte.
Dans l’histoire, on est à 8 jours de la grande première de ce spectacle, qui, on l’imagine, est une grosse production, avec beaucoup d’argent en jeu et beaucoup de travail qui a déjà été fait. Du coup, tous les gens, autour d’elle - l’assistante mise en scène, ses collègues, les autres comédiens - sont d’accord, tout le monde est dans la compassion avec elle mais tous vont essayer de l’en empêcher…“Oui, c’est vrai que ce n’est pas ok mais ne fais pas ça parce que ça risque de tout foutre en l’air”...Donc on voit comment chacune et chacun réagit face à cette situation de grande tension. Tous les personnages ont des valeurs mais on voit leur réaction face à l’urgence d’un projet auquel on tient, et face à l’argent mis en jeu. Cela confronte aussi différentes visions du féminisme, ça parle de la sororité, ça parle de la place des hommes dans ce combat-là, ça fait référence à plein de sujets et de problématiques, le tout traité avec humour. C’est une comédie certes dramatique mais il y a plein de moments où on rit des situations, avec des personnages très drôles. Cela permet de passer des messages de façon plus subtile, moins didactique et moins revendicatrice. C’est intéressant !
Ces sujets sont pleinement d’actualité…
Carrément ! C’est complètement d’actualité donc c’est intéressant parce que c’est un spectacle qui trouve son public et, généralement, après, on en parle, on parle de ces questions-là…A l’issue d’une des représentations, j’ai eu une super conversation avec mon père, qu’on aurait pu avoir pendant 35 ans et que l’on a eue à ce moment-là. C’est chouette ! Cela soulève des questionnements, les gens parlent et partagent après le spectacle, ça ouvre le dialogue, ce qui est hyper positif…
Quel personnage avez-vous le plaisir d’incarner ?
J’ai la joie d’incarner Louison, qui est cette jeune comédienne qui vient d’être victime de son partenaire de jeu, qui lui a mis une claque…ou une tape, là est tout le débat… et qui ne veut plus se laisser faire. Elle veut en finir avec cette société patriarcale, ses non-dits, ses silences…Ce n’est plus possible de mettre la poussière sous le tapis, elle veut le crier !
La palette de jeu associée doit certainement être large et variée ?
Oui, oui, c’est génial parce qu’il y a plein de choses à jouer : de l'effarement, de la colère, mais pas que…il y a aussi beaucoup d’admiration, beaucoup d’amour, des moments très touchants, des moments de comédie aussi,...Donc c’est super bien de trouver toutes ces nuances ! Ce n’est pas qu’une militante, c’est aussi une jeune femme qui se bat, qui se débat et pour qui c’est difficile de trouver sa place. Elle ne veut pas et ne doit pas se faire aspirer ou asphyxier par la société, ni par ses ambitions de scène dans ce milieu-là…
Avez-vous, d’ailleurs, eu des sources particulières d'inspiration, pour son interprétation ?
Oui ! Il y a une chose très importante, c’est que Coralie Lascoux, qui a écrit la pièce, qui l’a mise en scène et qui joue dedans, a commencé à écrire le texte après avoir visionné la prise de parole de Sara Forestier sur les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes dans le milieu du cinéma. Où elle décrit et raconte plein de choses qui lui sont arrivées, notamment, sur un tournage, quand elle a été giflée par son collègue. Elle avait voulu porter plainte mais il se trouve que toute la production s’était retournée contre elle, et que les médias l’ont faite passer pour une hystérique. Coralie, qui a été particulièrement touchée par son témoignage, dans lequel elle parle d'ailleurs de mettre la poussière sous le tapis, est partie de là.
Donc je me suis beaucoup intéressée à ce qu’elle a dit mais, après, il faut bien se redire que ce n’est pas l’histoire de Sara Forestier…Elle a vécu des choses plus difficiles, c’est vraiment un tout petit point de départ et Coralie a tiré ce fil-là.
Après, il y a aussi beaucoup de choses, dans le spectacle, qui sont en lien avec mes convictions, et avec des conversations que l’on a eues, Coralie et moi, avant qu’elle n’écrive cette pièce. Je me suis aussi inspirée de pas mal de figures féministes et de mes convictions personnelles, tout comme de mes lectures. C’est donc un mélange de tout ça !
En tout cas, c’est un personnage qui est plus proche de moi que d’autres personnages que j’ai pu incarner par le passé…Il y a vraiment quelque chose, dans le ventre, qui est fort. Je suis profondément en accord et en compassion avec ce qui lui arrive et ce qu’elle défend. Donc c’est hyper jouissif de faire cela, d’être proche, à ce point-là, et d’avoir des atomes crochus marqués.
Quels premiers retours avez-vous déjà pu avoir du public ?
On nous parle beaucoup de l'écriture, qui est très très bien, de la justesse des dialogues, des personnages aussi qui ne sont jamais caricaturaux, qui sont vrais et auxquels on peut s’identifier. De l’humour également : que c’est très agréable d’avoir des moments de comédie mais pas que, que l’on rit, que l’on est touché, que l’on peut être ému, qu’il y a parfois des larmes mais que ça fait du bien. Également que ça soulève plein de questions, ce qui est très intéressant, que c’est très actuel, que c’est un sujet de société qui est politique mais pas barbant ni donneur de leçon, ce qui est très apprécié aussi. Qu’il faut en parler, que c’est une pièce importante de ce point de vue là, et qu’on ne s’ennuie pas, que la durée est bonne, qu’il y a des moments qui peuvent mettre mal à l’aise mais que c’est important, pour mélanger les genres, que ça permet aussi d’ouvrir les yeux sur une certaine réalité, celle des violences faites dans le milieu du spectacle vivant…Donc les retours sont super positifs !
Les gens trouvent ça juste, ce n’est pas trop, ni trop peu, c’est vrai, tu te prends ça dans la tête, ça peut peut-être te chambouler un peu mais dans le bon sens…C’est bien de remettre, parfois, les pendules à l’heure donc, du coup, je pense que c’est un spectacle nécessaire !
En parallèle, à partir de septembre, vous reprendrez, au théâtre du marais, un spectacle jeune public que vous connaissez bien, “La fée des chaussettes et le musicien”...
C’est un personnage emblématique des spectacles jeune public d’Emilie Pfeffer, parce que “La fée des chaussettes” a été créé, je crois, il y a 13 ans maintenant et qu’il tourne encore. Actuellement, il est au théâtre du marais, tout cet été. Ce personnage est un peu loufoque, ce n’est pas la fée à laquelle on s’attend mais c’est très intelligemment écrit : à chaque fois, il y a une morale, ça parle aux enfants et aux adultes, donc tout le monde y prend goût.
Là, c’est sur la thématique du “terrible two”, l’âge que l’on appelle la crise d’adolescence des enfants. La fée des chaussettes a deux “terrible two”, qui sont incontrôlables, elle ne sait plus quoi faire, c’est la panique dans son royaume. Il se trouve qu’il y a un musicien un peu maladroit qui arrive, elle ne croit pas du tout qu’il va pouvoir l’aider mais, finalement, avec la musique, plein de choses passent et les calment, ils arrivent à faire des activités ensemble. Donc par le biais de cette rencontre et de la musique, les “terrible two” vont retrouver des astuces pour se calmer…La fée des chaussettes va aussi en trouver pour se calmer elle-même parce que, dès fois, c’est difficile de garder les nerfs solides face à la crise d’ado des enfants. C’est une jolie histoire, qui donne aussi de petits tips pour les parents, qui font rire. Souvent il y a des moments participatifs très chouettes avec les enfants, en chanson. C’est très joyeux, il y a plein d’instruments, de l’accordéon, une guitare, des maraccasses, du piano, …Les découvertes sont donc nombreuses pour les enfants, chaque instrument étant présenté et étant un personnage à part entière. C’est un super spectacle, que j’ai hâte de rejouer. Ca va être cool, on va bien rigoler !
Sans doute que la palette de jeu doit être très différente de celle du premier spectacle évoqué ?
C’est sûr ! Ce n’est pas du tout le même type de jeu…En fait, c’est un spectacle qui est à partir de deux ans mais, parfois, il y a des enfants encore plus petits. Il ne faut donc pas les effrayer. Souvent, c’est même leur premier spectacle…Donc c’est tout autre chose : il y a beaucoup de douceur mais, en même temps, beaucoup d’énergie. Il y a quelque chose de magique, j’adore le jeune public pour cela, les enfants sont dans l’histoire et ne font plus la différence avec la comédienne. A la fin du spectacle, leurs yeux d’émerveillement valent tout l’or du monde ! Je crois que c’est l’une des choses que je préfère dans ce métier…
Après, il y a aussi un gros défi pour moi dans ce spectacle : les chansons ! Je chante, alors que je ne suis pas chanteuse de formation…Mais ça se passe bien, ça fait partie du personnage et c’est cool !
On peut donc imaginer qu’il y a plusieurs degrés de lecture possible tout au long du spectacle ?
Exactement ! Je crois que ça fait du bien aussi aux parents, parce que, parfois, dans ces moments-là, ils se sentent un peu seuls, un peu désoeuvrés, à ne plus savoir quoi faire…Dans le spectacle, on explique que, quand on ne sait plus quoi faire, parfois il faut attendre ou laisser faire. On est ensemble, ils comprennent qu’ils ne sont pas seuls, ça leur fait du bien d’entendre que d’autres vivent la même chose, ils sont soulagés et contents. Oui, les parents passent vraiment un bon moment aussi, et je crois qu’ils en ont besoin en fait…
Pour terminer, un troisième spectacle est actuellement en tournée…
Cette autre pièce, “Un caillou dans la chaussure”, écrit par Kevin Coquard et mis en scène par Lydie Tison, est l’histoire de Fabien, qui veut quitter sa femme mais il se trouve que rien ne se passe comme prévu. Son cousin lorrain vient lui faire la surprise et arrive, tout comme sa maîtresse. Du coup, tout le monde est là, au moment fatidique et tout le monde veut se mêler du fait qu’il veut quitter sa femme…Ca prend des tournures imprévues, cocasses et très drôles. C’est une comédie de boulevard légère mais pas du tout vulgaire, elle est moderne, hyper sympa, hyper dynamique et hyper belle. C’est du boulevard esthétique, je m’amuse beaucoup, c’est plein de situations et plein de rebondissements !
Vous interprétez même deux personnages…
Je joue d’abord Lucienne, une provinciale, qui monte à la capitale, qui est très nature, peut-être un peu naïve mais très touchante. Elle est la future femme du cousin lorrain, elle découvre Paris, elle est un peu hors sol. Et je joue aussi Lucie, la femme de Fabien, qui s’apprête à apprendre la grande nouvelle…Mais elle aussi a peut-être des nouvelles à divulguer 🙂…Elle est beaucoup plus terre à terre, je l’adore, elle est très sympa aussi.
De jouer deux personnages dans une même pièce demande de switcher rapidement…
Oui, oui ! Cela a été un gros travail, parce que l’on cherchait aussi des façons de parler différentes et, parfois, ce n’est pas évident. Cela nous a pris beaucoup de temps, c’est encore en travail, ce sera toujours en travail mais c’est chouette, on les différencie très bien. On l’a jouée quatre fois et il y a plein de gens qui n’ont pas vu que c’était la même comédienne…ce qui veut dire que ça fonctionne ! J’en étais ravie, parce que c’était vraiment ma plus grande peur.
Les changements rapides de costumes sont toujours un peu sport, et font peur mais on s’aide, j’ai les autres comédiens qui m’assistent en coulisses, et, en quelques secondes, c’est reparti. Je touche du bois également, ça s’est bien passé mais c’est toujours un peu le grand saut donc je reste sur le qui-vive… Mais bon, c’est super chouette de passer d’un personnage à un autre !
En conclusion, que peut-on vous souhaiter pour ces trois spectacles très différents les uns des autres ?
En réalité, on peut me souhaiter que le public soit au rendez-vous ! Que les gens viennent au théâtre, pour faire vivre toutes les petites compagnies qui se battent, qui créent, qui prennent des risques énormes financièrement, qui travaillent d’arrache pied, où les répétitions ne sont pas payées et où toutes les billes sont mises dans les représentations. Il faut donc que les gens viennent au spectacle, pour que les compagnies perdurent et qu’on continue nos projets.
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous êtes une artiste aux nombreuses cordes et aux multiples casquettes, entre, notamment, les planches, la caméra, la peinture ou encore la chanson. Si l’on s’intéresse à la genèse de votre parcours, d’où vous vient cette passion ?
C’est une très bonne question ! En fait, je ne suis pas du tout issue d’une famille d’artistes, mes parents aimaient beaucoup la musique et m’en faisaient pas mal écouter mais ils ne m’ont jamais, par exemple, emmenée au théâtre. Pour autant, j’ai toujours été attirée par cela. Dès petite, après l’école, je prenais des cours de piano, de théâtre, de danse, j’écrivais aussi des petites chansons que je chantais seule dans ma chambre…
D’aussi loin que je me souvienne, le plus beau cadeau de Noël qu’on m’ait fait était un théâtre de marionnettes. Je devais avoir 7 ou 8 ans. J’en ai pleuré de joie et j’ai commencé à faire des petits spectacles, à tous mes copains et copines de l’école : j’inventais des personnages, je faisais des voix pour les faire rire. Je créais des décors et des costumes. Avec la caméra de mes parents, j’ai filmé des fausses interviews, mes premiers sketchs et j’ai même fait un clip sur la chanson de Charlie et Lulu, “Le feu ça brûle”. Je réquisitionnais tout le monde : ma sœur, mes cousins et même mes petites voisines pour jouer dans mes « films » ! Je crois que j’ai toujours eu ce truc-là en moi. Quand j’avais des moments difficiles, pendant l’adolescence, je me mettais à écrire et c’est quelque chose qui me ressourçait, qui me faisait du bien, et ça ne s’est jamais arrêté.
Certainement qu’ensuite, dans votre parcours, des expériences ont été encore plus marquantes que d’autres ?
Oui, il y a eu des moments clé, c’est vrai. Lorsque j’habitais à Lyon, j’ai réussi un casting qui m’a permis d’intégrer un girls-band parisien avec deux autres filles. On a enregistré tout un album en studio mais il n’est jamais sorti…En fait, ça m’a amenée à Paris, où on m’a recrutée dans une école artistique, ce qui m’a vraiment donné envie de devenir actrice !
Au départ j’ai, quand même, toujours travaillé en parallèle de mes activités artistiques, parce que mon entourage n’envisageait pas cela comme un vrai métier. On me disait sans arrêt que c’était trop dur voire quasiment impossible de gagner sa vie dans ce domaine. Je me sentais découragée par tout ce que j’entendais autour de moi et, en fait, ce qui a tout changé, c’est ma rencontre avec les youtubeurs Yacetom qui se sont imposés avec leurs vidéos d’humour sur les réseaux sociaux depuis une dizaine d’années. C’est grâce à eux que j’ai mis le pied à l’étrier dans la comédie. Et c’est également lors d’un tournage que j’ai fait la rencontre de Kader Nemer, qui a été mon metteur en scène durant toute cette année. C’est une rencontre, pour le coup, qui a été marquante ! Il m’a beaucoup appris. Je me suis aussi rendue compte que tout était possible.
D’ailleurs, considérez-vous toutes vos cordes artistiques comme un seul et même métier ? Ou les dissociez-vous davantage ?
Ce sont des choses que je dissocie, dans le sens où, vraiment, aujourd’hui, j’exerce le métier d’actrice/comédienne. Après, je pense que le fait d’avoir de l’expérience en tant que chanteuse est un plus, car certains rôles peuvent demander une bonne maîtrise vocale. J’ai également beaucoup travaillé comme voix-off et sur des doublages, où savoir chanter est rarement une option ! Je pense que ça apporte quelque chose en plus, parce qu’aujourd’hui, on ne va pas se mentir, la concurrence est rude et les places sont chères, donc il faut savoir être polyvalent. Je vois donc cela comme une corde en plus à mon arc.
Pour ce qui est de la peinture, à la base, c’était vraiment pour me vider la tête, ce n’était pas quelque chose que j’envisageais professionnellement…Aujourd’hui, je vends mes toiles avec plaisir parce que ça intéresse des gens, et qu’on me l’a demandé. J’en ai été la première surprise ! Je propose maintenant uniquement de faire des toiles sur mesure d’ailleurs. Ce que je présente sur mes réseaux est en quelque sorte un catalogue de mes différentes œuvres et, après, j’adapte le format, le style et les couleurs en fonction de l’envie de la personne et de l’endroit où elle veut mettre son tableau.
Ce sont donc plein de choses différentes qui font partie de ma vie mais mon activité principale est et reste toujours de jouer la comédie !
D’ailleurs, vous sortez d’une année à l’affiche, à la Scène Parisienne, de la pièce “Je t’aime à l’italienne et à l’algérienne” de Kader Nemer et Hugues Duquesne. Quels souvenirs en gardez-vous ?
Ce que j’ai adoré, c’est que, déjà, il y avait cet esprit de troupe. La complicité est venue rapidement avec les autres comédiens qui étaient sur scène avec moi. Il y avait aussi le fait de pouvoir travailler mon rôle, de pouvoir l’approfondir…Quand on joue sur le long terme, il y a forcément des soirs où on est moins spontané car on est humain avant tout. A trop répéter quelque chose, le risque est de devenir mécanique et de perdre un peu cette fraîcheur que l’on a au début. Il faut faire attention à cela et toujours se remettre en question…Je n’ai que des souvenirs extraordinaires parce qu’en fait, ça faisait un moment que je n’avais pas fait de scène. J’en avais fait il y a quelques années, notamment au République ou aussi au Cabaret Jazz Club en tant que chanteuse et ce lien avec le public, c’est quelque chose qui m’avait énormément manqué. C’est super de jouer devant une caméra mais, vraiment, d’avoir ce public qui te porte, qui réagit en direct à ce que tu fais et à ce que tu dis, c’est autre chose, c’est un sentiment merveilleux ! A ma première et à ma dernière, j’ai pleuré ! Là, rien que d’en parler, ça m’émeut parce que c’est très fort. La rencontre avec le public est, je trouve, ce qu’il y a de plus beau parce que ça donne un sens à ce que l’on fait, ce qui est super important.
Je pense que les gens qui font ce métier uniquement pour la célébrité ne durent, je crois, pas longtemps. La chance que j’ai eue, c’est d’avoir connu d’autres métiers avant celui-ci, je gagnais peut-être très bien ma vie mais je sais aussi que j’étais très frustrée. Donc ce que je fais aujourd’hui m’apporte autre chose, notamment le fait d’être en accord profond avec ce que je suis. Pour moi, ça n’a pas de prix ! Si tu ne le fais pas par passion, par ce feu-là qui brûle en toi et qui fait que, de toute façon, quoi qu’il arrive dans ta vie, tu y reviendras toujours, tu vas vite t’arrêter. C’est une course de fond, tu ne vas pas tenir la distance…Dans ce métier, tu as très peu de chance d’être connu et d’être riche, il demande des sacrifices, c’est la passion qui te tient. Donc ces moments-là font que tu ne lâches pas et te montrent qu’ils méritent d’être vécus.
Le fait d’être en alternance sur la pièce vous a sans doute permis aussi une certaine fraîcheur….
Complètement ! J’ai eu la chance d’avoir deux partenaires récurrents, Katib Ouadah et Zéphyr Serehen. On a commencé ensemble et il s’est créé une alchimie que le public ressentait. Souvent, en sortant de scène, on nous disait “c’est beau, on ressent vraiment la complicité entre vous”. Mais varier les partenaires de jeu a été super aussi parce que ça casse la monotonie et ça donne des choses différentes. C’est aussi très enrichissant !
En parallèle, vous publiez régulièrement, sur vos réseaux sociaux, des sketchs humoristiques. Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?
J’ai un humour un peu particulier, je ne saurais pas trop le définir…Il est quand même un peu barré ! Je m’inspire surtout de choses du quotidien. Je pense à un sketch que j’ai fait sur le blind-test : je sais qu’à chaque fois que j’y joue, ça me rend complètement cinglée, je me mets à hurler les réponses, je suis en stress total…J’ai vraiment extrapolé la situation, où la fille devient tellement folle, que plus personne ne veut jouer avec elle et qu’ils tentent tous de s’enfuir…En fait, dans mes sketchs, je pousse le curseur à l’extrême !
Ce sont des trucs tout bêtes du quotidien, des petits travers que l’on a et sur lesquels j’essaie de mettre l’accent. Donc, vraiment, mes sources d’inspiration sont ma vie, la vie de mes potes, ou encore toutes ces histoires que l’on peut me raconter…
En projet, vous réfléchissez actuellement à une série autour de rendez-vous chez le psy…
Elle est déjà tournée et en cours de montage ! C’est une mini-série, avec des moments de vie, de moi chez le psy. Je joue avec un partenaire, Roland Osman, et, pareil, ce sera un peu déjanté…Je pense que mon psy est encore plus cinglé que moi donc, souvent, les rôles sont inversés : parfois c’est lui qui me raconte sa vie, pour me demander conseil, parfois il ne m’écoute pas…Ce sont des tranches de vie, pour se moquer un peu des choses que l’on peut raconter chez le psy !
Vous avez aussi en tête de développer le « courrier du cœur… »
Alors là, c’est un projet que j’ai développé seule et qui me tient vraiment à cœur, où je réponds aux courriers des internautes, à toutes leurs questions sur leur vie sentimentale et plus généralement, sur leur vie affective. Le tout de façon humoristique…En espérant que les gens aient envie de m’envoyer leurs histoires, pour m’inspirer et pour entendre mes réponses un peu cash parfois. Ça démarre en septembre, j’ai hâte….
Ces deux projets vous permettront sans doute des palettes de jeu aux couleurs très diversifiées…
Oui, j’ai toujours essayé d’être dans des rôles différents. Après, je voudrais que l’on me découvre un peu plus. Autant les rendez-vous chez mon psy seront très burlesques, autant je pense que, dans le courrier du cœur, je deviendrai comme cette copine qu’on trouve agaçante parce qu’elle te met toujours face à la réalité des choses. Tu lui demandes conseil, tu as envie qu’elle te rassure, qu’elle te caresse dans le sens du poil mais, en fait, elle va faire tout l’inverse, et avec une bonne dose de sarcasme en plus. Ça fait mal, c’est piquant, et c’est drôle pour les autres mais pas toujours pour la personne qui pose la question. Et finalement, je ne dis que des choses vraies ! Tout compte fait, je ne serai pas tant que cela dans un rôle…
Après, bien sûr, je reste ouverte à d’autres projets : théâtre, série et bien sûr cinéma…Qui n’en rêve pas ? D’ailleurs, vous pourrez aussi me retrouver dans un moyen-métrage, sur le thème du Phantom Manor de Disney, dont la sortie est prévue en 2027. Ce sera très, très joli !
En conclusion, que peut-on vous souhaiter pour la suite de votre déjà beau parcours artistique ?
Ce que l’on peut me souhaiter, c’est que ça continue, parce que c’est un milieu qui n’est pas facile, dans lequel il faut se battre pour exister. J’espère continuer à vivre de ma passion et à faire de belles rencontres. Au final, je me rends compte que l’objectif, en fait, n’a d’intérêt que pour faire le chemin : quand je regarde en arrière, je me dis que c’est le chemin parcouru qui est beau, avec tous les souvenirs qu’on en garde, toutes les rencontres qu’on fait. Tout ce que j’ai vécu, je ne l’aurais pas vécu si je ne m’étais pas donné cet objectif-là : de réussir dans ce milieu…Et ce n’est pas fini…. Alors souhaitez moi que le chemin dure encore longtemps !
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Ce dimanche 26 juillet, à 21h, sur France 5, sera diffusé le programme “Le Nord, terre de vélo”, que vous avez réalisé dans le cadre de la collection “Les 100 lieux qu’il faut voir”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Complètement ! Je suis le producteur de cette émission et le réalisateur de certains épisodes, c’est une collection que j’aime beaucoup, parce que c’est un programme qui est extrêmement positif et extrêmement enthousiasmant à faire, et, je crois, à regarder. C’est vraiment un voyage dans les plus belles régions de France ! Cet épisode me tient particulièrement à cœur parce que j’aime beaucoup le Nord, même si je n’en suis pas originaire, et que j’aime beaucoup le vélo. J’ai été ravi de mixer ces deux histoires pour redécouvrir cette région de façon un peu différente.
Si l’on en revient à la genèse de ce numéro, qu’est-ce qui vous avait donné l’envie de ce thème ?
En fait, il y a deux ans, on avait déjà fait un épisode, qui sera rediffusé dimanche prochain après celui sur le Nord, sur les cols de légende des Alpes traversés par le tour de France, et on trouvait que c’était une jolie thématique que de s’inspirer de ces territoires qui sont traversés par le tour et de tout ce que ça veut dire pour les gens. S’il y a une région de vélo en France, c’est vraiment le Nord, avec la Bretagne peut-être…
Cette soirée sera l’occasion d’un voyage en terre de vélo, entre lieux incontournables, histoires méconnues et patrimoine industriel, en compagnie de ceux qui aiment passionnément ce territoire…
Exactement ! Ce qui est assez intéressant, je trouve, dans ce numéro, c’est que, à la fois, on découvre une passion du Nord de la France pour le cyclisme, mais qu’on se rend compte aussi que, si ce territoire est autant imprégné par cette pratique du vélo, ce n’est pas un hasard…Il y a une vraie raison historique, il y a une vraie raison sociale et sociétale, et je trouve que c’est intéressant à découvrir…
Région ouvrière, minière, le Nord a fourni au cyclisme français, non seulement ses plus grands champions, mais également certains des lieux qui ont forgé sa légende …
Exactement ! C’est l’occasion de reparler d’un coureur comme Jean Stablinski, qui est un des plus grands coureurs de l’histoire du vélo français. C’est, évidemment, l’occasion de retourner à Arenberg, d’aller sur la piste du vélodrome de Roubaix, d’aller dans les douches de ce vélodrome, qui sont un endroit dont on a tous pu voir des images de ces hommes de boue recouverts de terre après cette épreuve de légende.
Face à la richesse cycliste de cette région, a-t-il été facile de choisir les thèmes à aborder ?
Ce n’est jamais facile parce qu’on doit forcément faire des choix. Il y a des choses que l’on aurait aussi envie de raconter…Là, l’avantage était que l’on avait vraiment un fil rouge, qui était ce lien entre la région et le cyclisme, ce qui nous a donc quand même aidés et aiguillés. Cela nous a permis de revisiter du patrimoine différemment, de comprendre pourquoi on avait construit des vélodromes comme celui de Roubaix dès la la fin du XIXè siècle, dans le Nord…Tout simplement parce que l’industrie, qui était déjà présente dans cette région, avait besoin de donner du loisir à ses ouvriers…C’est une raison au fait que le vélo soit aussi imprégné dans cette région du Nord de la France.
Vous-même, quels souvenirs vous viennent à l’esprit quand on évoque le vélo dans le Nord ?
J’ai plein de souvenirs de vélo parce que mon papa est un fan de vélo et du tour de France. Quand j’étais enfant, on regardait les étapes du tour à la télé, on est allés voir des étapes plusieurs fois et puis, il me racontait, il m'expliquait le vélo…J’ai eu la chance de comprendre très jeune que le vélo était d’abord et avant tout un sport d’équipe, avec des stratégies. J’ai des souvenirs d’étapes incroyables et puis, j’ai des souvenirs de Paris Roubaix, évidemment…J’en ai plein, de ces conditions dantesques, début avril, où on voyait passer les coureurs.
Certainement que cette réalisation a été, pour vous, très enrichissante, bien sûr artistiquement, mais aussi humainement…
C’est sûr ! Et encore plus dans une région comme le Nord…C’est peut-être un poncif de dire cela mais, vraiment, les gens du Nord sont toujours prompts à faire découvrir, avec tout leur cœur, leur région et à mettre en avant les spécialités, qu’elles soient patrimoniales ou gastronomiques. C’était un vrai plaisir ! Je suis extrêmement content de cet épisode et des rencontres que l’on a pu faire. En plus, le principe de cette série est que ce sont ce que nous appelons des ambassadeurs, des gens qui vivent dans la région, qui nous guident au travers du documentaire. Là, ce sont trois femmes, d’âges différents, qui ont toutes un lien profond avec la région, qui sont amoureuses de leur territoire, c’était un vrai bonheur de passer du temps avec elles et de partir à la rencontre de tous ces lieux.
Sans doute avez-vous hâte de découvrir les retours des téléspectateurs ?
Oui, oui ! Comme je le disais, c’est une collection donc il y a plusieurs épisodes par an et cela fait plusieurs années que ça existe, donc j’ai peu de craintes sur les retours du public, dans le sens où je pense que le but de ce programme est vraiment de mettre en lumière et en avant des régions. D’abord, les gens sont toujours d’une extrême gentillesse avec nous lorsqu’on fait le tournage mais, en plus, les retours sont toujours extrêmement positifs. J’ai l’habitude de dire que l’on a une chance folle parce qu’on va dans les plus beaux endroits, avec les meilleurs guides, des gens qui sont là et qui nous font partager leurs connaissances de leur territoire. Donc c’est exceptionnel, c’est une chance fabuleuse et je pense qu’on arrive à leur rendre ça dans le documentaire.
En complément, quels sont vos autres projets, en cours ou à venir ?
Il y aura un autre épisode de cette série, le dimanche suivant, consacré aux peintres du mouvement des Fauves dans la région de Perpignan et de Collioure. Et je viens de finir la réalisation d’une série documentaire qui sera diffusée à la rentrée, sur France 3, le 9 et le 10 septembre, qui s’appelle “5ème B”. On a pris une photo de classe, d’une classe de 5ème dans un collège de Grenoble, en 1987 et on a retrouvé des élèves de cette classe. Au travers de ces élèves, de leurs parents et de leurs enfants, on a tenté de raconter leur histoire de France, du lendemain de la guerre à aujourd’hui. Au travers de l’histoire de ces familles, c’est une autre histoire de France, la leur mais, du coup, la nôtre aussi parce que, globalement, ce sont des thématiques qui s’attachent un peu à tous.
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous êtes une artiste aux multiples cordes et casquettes, on aura l’occasion de l’évoquer. Si l’on revient à la genèse de votre parcours, d’où vous vient cette passion pour l’artistique ?
Ce n’était pas un choix très conscient quand j’étais plus jeune et ce n’était pas quelque chose que j’avais imaginé pour moi au départ. Ce qui m’a toujours animée, c’est l’envie de voyager et de découvrir le monde. Mon parcours s’est construit au fil des opportunités et de la manière dont les autres me percevaient. À 14 ans, j’avais été pas mal contactée pour du mannequinat, mais je n’y ai pas donné suite immédiatement. Ce n’est que quelques années plus tard que j’ai accepté de le découvrir. À cette période, je travaillais dans le marketing et la communication, et j’avais déjà trouvé le monde du travail assez rude. Je manquais aussi de confiance en moi. Je me suis dit que cet univers, aussi exigeant qu’il est, allait me forger. Alors j’ai plongé... et je n’en suis plus jamais ressortie. Je me suis sentie de plus en plus enfermée dans ce que je renvoyais plutôt que dans ce que j’étais, ce qui a fortement développé mon côté photographe. La passion est née au moment où j'ai eu besoin de m'exprimer et de mieux me connaître. Mais je crois qu'on ne se connaît jamais vraiment. C'est le chemin de toute une vie.
D’ailleurs, considérez-vous ces différentes cordes artistiques comme un seul et même ensemble ? Ou les dissociez-vous davantage ?
C’est moi. Mais ce n’est pas évident, en France, j’ai le sentiment qu’on aime beaucoup mettre les gens dans des cases et les définir par un seul métier. Je ne les ai jamais vraiment dissociées. Par contre, j’ai choisi de consacrer plusieurs années à chacune de ces disciplines pour explorer chacune d’elles, avant de les réunir dans une même vision et savoir si je pouvais tout canaliser car c’est énormément d’énergie. Du coup, il m’a fallu du temps pour assumer que je n’avais pas à choisir et, au fond, pour assumer qui je suis vraiment. En tant que comédienne/mannequin, je me rendais compte que je dépendais des choix d’un réalisateur ou d’un directeur de casting. Je n’étais pas très actrice de ce que je pouvais proposer. C’est cette frustration qui m’a menée vers la photographie. Passer derrière l’objectif m’a permis d’exprimer ma sensibilité et surtout d’offrir un espace où chacun a la liberté de s’exprimer. Je sais que certaines personnes se tournent vers la réalisation parce qu’elles ressentent une frustration de ne pas jouer. Ce n’est pas mon cas. Je ne cherche pas à combler ce manque : ce sont mes différentes façons de m’exprimer à travers mes différents prismes. Je me sens plus complète et plus entière comme ça.
Certainement que, dans votre parcours, certaines expériences ont été encore plus marquantes que d’autres ?
En tant que comédienne, ce sont les castings, comme dans le mannequinat. C’est très compliqué, d’autant plus qu’on n’arrive pas à m’identifier d’un point de vue physique. Je suis un peu incasable... Au début, je le voyais vraiment comme un défaut, on me proposait surtout des rôles de masseuse ou de prostituée…Quand tu es dans la construction de « ton toi », c’est assez délicat, tout comme dans la représentation. Je pars du principe qu’une carrière se construit également avec des refus : on te choisit mais tu choisis aussi.
En tant que photographe, toutes mes séances sont très intimes, où je vais aller chercher la vulnérabilité. Je trouve ça super intéressant d’aller chercher ça chez l’humain et particulièrement les comédiens et les artistes, tout court, car on est souvent dans le paraître plus que dans l’être. Ce sont des moments presque de confession. Au début, lors de mes séances photos, je pensais que leurs émotions étaient les miennes, j’étais complètement épuisée pendant deux jours parce que j’absorbais énormément. Cette hypersensibilité que j’avais beaucoup de mal à accepter plus jeune, que je voyais vraiment comme un fardeau, est ce pour quoi j’ai le plus de gratitude aujourd’hui. Elle me donne envie de comprendre le monde et, si possible, de le retranscrire avec amour dans tout ce que je crée.
Beaucoup de personnes me demandent aujourd’hui si la réalisation va remplacer la photographie. Je ne pourrais jamais arrêter la photo, ce serait comme si on me demandait d’arrêter de voir. Pour moi, la question ne se pose pas. Dans les deux, il y a l’esthétique, le cadre, les émotions, des histoires, elles restent liées. En tant que réalisatrice, tous les retours du public que j’ai eus suite à la projection de “Nzela” m’ont vraiment bouleversée, de voir que cela peut avoir un impact m’a vraiment donné envie d’aller plus loin car, ce qui m’intéresse, c’est que chacun puisse se faire sa propre interprétation à travers son propre vécu. J’espère que mes films permettront, à leur manière, de développer un regard plus bienveillant et plus nuancé sur l’autre.
Parmi les expériences marquantes, un court-métrage que vous avez développé a récemment gagné un prix…
Pour expliquer un peu comment est né le court “Nzela”, je faisais, pour la première fois, un atelier d’écriture, c’était plus axé sur les romans mais je trouvais ça super intéressant à explorer pour développer le sens de la narration. Moi qui suis très visuelle, le sens des mots est, je trouve, super important : je n’ai pas envie qu’on prenne ça de manière frontale, que ce soit très jugeant... Pour moi, chaque mot a une signification et, quand je suis sortie de cet atelier, je suis tombée sur un appel à projets de la Maison des Femmes, qui finissait seulement trois jours plus tard. C’était l’occasion de mettre en pratique l’écriture sans avoir la pression de faire le tournage car j’étais vraiment inspirée par la thématique. J’ai animé pendant trois ans des ateliers sur la confiance et l’estime de soi pour des femmes cherchant une réinsertion professionnelle, je me suis inspirée de cette expérience pour écrire, ainsi que de toutes ces femmes que j’avais prises en photos.
L’appel à projet avait finalement été prolongé... La semaine d’après, j’ai rencontré une comédienne pour un book photos et j’y ai vu un parallèle avec ce que j’avais écrit... Je me suis dit que j’étais foutue, qu’il fallait que je le tourne, j’ai ressenti une urgence à le faire ! Du coup, on a vraiment tourné sur un laps de temps très court et, au final, je trouve la symbolique super belle parce qu’il a été sélectionné en festivals et a gagné le prix de l’appel à films, avec un alignement et une fluidité assez incroyable grâce à mon équipe.
Actuellement, vous êtes en train d’écrire un long-métrage…
Cela s’inspire de l’histoire de ma mère. J’ai eu l’occasion d’aller plusieurs fois aux Philippines, durant plusieurs périodes de ma vie, j’y suis même retournée en octobre dernier, seule, spécialement pour m’immerger dans mes personnages en plein Manille. Cela parlerait de comment on peut vraiment trouver sa place et son bonheur quand on laisse une partie de soi ailleurs ?… Que ce soit au niveau de ses origines, de sa famille, de son identité, de sa culture... Les Philippines restent un pays méconnu, à tous points de vue et j’ai envie de proposer un autre regard, tout en confrontant d’autres réalités car ce film se tournerait en France et aux Philippines.
Auriez-vous l’envie de le réaliser ? Voir de jouer dedans ?
Le réaliser, c’est sûr, c’est une évidence… Mais je ne suis pas forcément adepte de jouer dans mes propres réalisations. Autant, je me dis que je me trouve entière dans tout ce que je fais, autant je préfère être dirigée, si je suis amenée à jouer. La réalisation, pour moi, demande vraiment un focus qui mobilise toute mon attention. La seule exception serait si les personnes qui portent le projet partageaient cette conviction, qu’un film nécessiterait ma présence devant la caméra, peut-être parce que mon parcours entre la France et les Philippines apporterait quelque chose de singulier. Mais ce serait toujours au service de l'histoire, jamais par envie de tout faire.
En novembre, vous serez à nouveau jury dans un festival, le Denys Film Festival…
C’est, je crois, le cinquième festival en un an dont je suis membre du jury. Sincèrement, au tout début, c’est quelque chose que je redoutais, parce que je ne suis pas quelqu’un qui aime juger. J’estime que chacun a son histoire à raconter, que chacun a la liberté de s’exprimer et de créer... Mais chaque expérience est incroyable car cela me permet d’écouter les avis des autres, comprendre ce qui les touche, ce qui les fait vibrer, c’est très enrichissant. Au final, j’avoue que j’y ai pris goût car j’apprends énormément ! Je suis touchée que l’on pense à moi par rapport à ça. C’est aussi l’occasion de découvrir des courts-métrages que l’on ne voit pas forcément sur grand écran, et je trouve ça inspirant en termes de créativité, d’histoires et de rencontres.
C’est un festival tout récent, la première édition a eu lieu l’an dernier, on m’avait déjà contactée mais j’étais aux Philippines...Je leur avais demandé, comme ça a lieu dans ma ville de cœur, à Saint-Ouen, s’il serait possible que j’y participe l’année suivante. Il y a plusieurs catégories super variées de courts-métrages, la palette est vraiment assez chouette et j’ai hâte de découvrir tout ça.
En festival, au moment de visionner une œuvre, avec quel œil le faites-vous ? Celui de la professionnelle ? Ou de la téléspectatrice ?
A chaque fois que je regarde un film, c’est vraiment en termes de ressentis. C’est la première chose ! Après, forcément, je commence à regarder l’esthétique, sans doute en lien avec mon côté photographe. Mais, en tout premier, c’est vraiment : est-ce que je ressens quelque chose ? Où est-ce que le réalisateur veut nous emmener ? Est-ce que l’histoire peut avoir un impact sur la conscience des gens ? C’est vraiment ça qui me guide... Et j’ai une sensibilité particulière à tout ce qui est sensoriel, si un film parvient à m’embarquer à travers l’image, le son et les émotions alors il m’emporte complètement.
Pour en revenir à la photographie, selon vous, quelles seraient les clés d’un cliché réussi ?
Pour moi, il faut être têtu...Je crois qu’être photographe, c’est déjà l’expression de soi, de son propre regard sans l’imposer aux autres, au contraire il faut laisser à la personne en face la liberté de s’exprimer. Une séance photos est pour moi une rencontre.
Quand j’ai commencé la photo, j’avais fait du mannequinat avant, donc il y avait un peu le stéréotype de la modèle qui veut devenir photographe sans savoir construire une image. Je n’avais pas rencontré beaucoup de bienveillance à cette période mais je suis toujours restée fidèle à ma propre vision.
Pour moi, une photo est vraiment réussie lorsque que tu ressens une émotion. Une photo qui a du sens. Je ne cherche pas à enfermer, ni les gens que je photographie, ni les personnes qui les regardent.
Plus globalement, avez-vous des sources particulières d’inspiration ?
Tout ce qui m’entoure ! C’est pour cela que mon cerveau a du mal à se mettre en off, il suffit d’une rue, d’un passant, d’une couleur, d’une discussion... En fait, je suis fascinée par l’humain et sa complexité, c’est aussi pour cela que j’aime autant photographier. Avec le cinéma, ce sont peut-être les seules empreintes visuelles de nous qu’on laisse après notre passage. C’est aussi une histoire de rencontres... La réalisation est liée au fait qu’il y a tellement de choses à dire dans ce monde que de façons de le regarder, que c’est quelque chose d’illimité.
Pour terminer, que peut-on vous souhaiter pour la suite de votre parcours artistique ?
Des financements ! Plus sérieusement que cela continue, tout simplement. C’est sûr que j’aimerais avoir des financements pour mes projets de films, que ce soit le long-métrage que l’on a évoqué ou mon court-métrage pour continuer à construire dans cette passerelle entre ces deux pays. J’adorerais aussi avoir un rôle philippin qui s’éloigne des clichés. Et avant tout la santé parce qu’au fond, c’est ce qui permet de créer.
Quel plaisir d’effectuer cette nouvelle interview avec vous !
Les téléspectateurs de France 2 ont pu retrouver, il y a quelques jours, pour une deuxième participation au programme estival “Fort Boyard”. Quelles principales raisons vous avaient incité à revenir ?
L’asso que l’on défendait avec l’équipe, notamment avec Lucien Jean-Baptiste, le capitaine. Je suis impliqué de près dans “Projet Moteur” depuis pratiquement dix ans donc c’est la raison principale de ma venue. Parce que je peux vous dire que de se faire malmener comme j’ai pu me faire malmener n’est pas la raison principale, c’est surtout pour l’asso que je suis revenu !
Comme à chaque fois, ce fut l’occasion d’une belle solidarité entre vous et d’une ambiance, dès le début, très chaleureuse…
Je connaissais donc Lucien Jean-Baptiste, qui est très impliqué dans l’asso et avec qui on se croise souvent, et, de nom, Nicole Ferroni et Charles Doré, ainsi que la comédienne Léa François. Je ne connaissais pas Jean-Philippe, le téléspectateur. Mais j’ai fait de vraies belles découvertes ! Franchement, des gens simples, humbles, super drôles…On s’est tapé des barres de rire avec Léa, pareil avec Nicole. Vraiment, j’ai aimé cette équipe ! Je ne suis pas connu pour faire de la langue de bois…A “Fort Boyard”, souvent, ils nous assemblent au sein d’une équipe. Alors, on savait qu’il y avait Lucien Jean-Baptiste et, après, ils agrègent des noms de personnalités, donc tu ne sais jamais vraiment sur qui tu vas tomber…Là, franchement, que des gens humbles, avec de l’humour, de la rigolade, de la déconnade.
Généralement, on arrive la veille et, dès qu’on s’est rencontrés au dîner, on a commencé à se balancer tous des vannes. En fait, la mayonnaise a pris dès le diner donc je suis assez content que ça se voit aussi à l’écran parce qu’on était vraiment tous soudés. Parfois, tu rencontres des gens et ça ne le fait pas, et, avec d’autres, ça le fait tout de suite, ce qui était vraiment le cas pour l’ensemble du groupe. Et puis, c’est assez drôle, même Jean-Philippe, qui était un peu impressionné au début, parce qu’il ne connaît pas le milieu de la télé, qu’il découvrait donc un petit peu, s’est pris au jeu, on a commencé à le vanner et à se vanner tous ensemble. Vraiment, j’ai été ravi de participer à cette édition !
Cette année, un candidat anonyme rejoint l’équipe et représente les téléspectateurs. Selon vous, quel plus cela apporte-t-il au groupe ?
Déjà, je trouve ça bien de faire partager le téléspectateur. Le fort est quand même quelque chose que l’on suit depuis tout petit, l’émission a une trentaine d’années, je ne sais pas si vous imaginez et il y a quand même ce côté où, parfois, tu te dis que c’est destiné uniquement aux mêmes personnalités, qui reviennent régulièrement, notamment des comédiens ou des chanteurs. Donc je trouve super bien l’idée d’ouvrir de nouveau, comme c’était le cas il y a très longtemps d’ailleurs, à des téléspectateurs lambda, qui peuvent venir mettre un pied sur le fort. C’est magique, parce que le fort, c’est quand même Disneyland donc c’est une chance incroyable !
Honnêtement, pour avoir fait le fort il y a quelques années et l’avoir refait cette année, je trouve que, même en termes d’épreuves, alors qu’avant, ils ménageaient un peu les personnalités qui n’avaient pas de clés et les mettaient dans des cellules plus faciles, cette année le scénario a vachement été travaillé. Si tu n’as plus que deux clefs, tu vas te démerder, il y aura des prisonniers…Ils sont revenus un peu, je dirais, aux bases de “Fort Boyard”, avec l’impulsion, pour le coup, de Cyril Féraud, qui est, je trouve, très important là-dedans. On a tous pris un vrai plaisir à le faire !
Votre première épreuve individuelle a été celle de la poudrière. Malheureusement, très vite, vous êtes tombé sur le canon noir…
Je me suis fait avoir bêtement ! Je suis un poisseux donc j’ai l’habitude…Je ne joue jamais ou rarement …Quand je joue à la Française des Jeux, je suis sûr de perdre et, là, dès le deuxième coup de canon, je me suis pris directement la mauvaise poudre en pleine tronche. Malheureusement, c’est le coup du sort…J’ai, là-dessus, un peu un côté Gaston Lagaffe : c’est sûr qu’il va m’en arriver une en permanence, je le sais 🙂 et ça n’a pas loupé, dès la première épreuve…Le chat noir !
Parmi les nouveautés de l’année, les temps forts viennent challenger l’ensemble de l’équipe, à commencer par les thermes cachés…
Vous savez que c’est peut-être notre plus grande rigolade, justement avec Léa François, qui était à côté de moi…Je n’arrivais pas à rentrer dans cet espèce de tonneau transparent, où tu mets ta tête dedans, ce que l’on n’a pas trop vu dans le montage. Je pense qu’ils m’ont épargné…A un moment, alors qu’il ne fallait pas mettre les mains à l’intérieur, j’ai essayé de m’accrocher vers le fond en mettant une main mais mes épaules - vous avez vu que je suis un peu un gabarit assez fort, on va dire - ne rentraient pas dans ce fichu tonneau…et Léa appuyait ma tête, genre “Mais tu vas rentrer ! Il faut que tu rentres ! Rentres !”. Même Cyril lui a dit “Arrêtes d’appuyer sur lui, tu vas le noyer !”. C’est vrai qu’à un moment, elle appuyait tellement que je n’arrivais plus à respirer…Je faisais de grands gestes pour essayer de remonter à la surface…Mais on ne l’a pas trop trop vu à l’image. Cela reste un de nos plus gros fou-rires ! On en a reparlé après et on s’échange même encore des messages, en disant “C’est quand que tu me noies la prochaine fois ?”. Vraiment, elle appuyait comme quand tu appuies sur quelqu’un et que tu n’as pas envie qu’il remonte…Il fallait absolument que j’aille souffler dans ce fichu truc ! Donc les thermes restent vraiment un de nos plus grands fou-rires.
Vous avez ensuite eu le privilège de répondre à une énigme du Père Fouras. Se retrouver dans la vigie, face à ce personnage plus que mythique, doit certainement être déstabilisant ?
Ouf, ma réussite, ma grande réussite ! Le coup du double…Pareil, j’avais très peur de perdre. Vous voulez que je vous dise vraiment ? Je flippais de louper cette histoire. Souvent, derrière ton téléviseur, au moment d’une énigme, je me dis “Oh, vas-y, comment tu peux louper ça ?”. Mais ça va aussi tellement vite…Tu es focus, il y a les caméras qui sont là, il y a le Père Fouras, et toute la mise en scène, avec le sablier. Et, là, quand tu vois tout ça, tu te dis “Putain, il faut que j’arrive à trouver”. Donc, déjà, tu te mets la pression même avant d’avoir l’énigme. C’est vrai que je me suis dit qu’il ne fallait pas que je me loupe. J’étais vraiment heureux de l’avoir, j’étais très content de moi !
Le morpion avait fait son retour dans l’émission l’année dernière. Physiquement parlant, cette cellule est certainement plus dure qu’il n’y paraît ?
Sachez-le, j’ai toujours été nul, à l’école, quand il fallait monter à la corde. Je n’ai jamais réussi. Bon, pareil, il faut dire que j’ai un bon petit poids, ce qui fait que je suis un peu handicapé dans ce genre de cellule. Quand tu es Charles Doré, c’est plus simple à grimper 🙂, tu es un peu plus léger. Là, ils nous ont choisis, avec Jean-Philippe, nous les deux beaux gabarits de l’équipe donc on s’est dit “Waouh…”. Avec le stress, tu as les mains qui glissent sur ces barres. On a vraiment vraiment tenté des trucs mais, à un moment, je me suis dit “Avec mon gabarit, je ne vais pas y arriver, je ne vais pas pouvoir réussir cette histoire”. Donc on est sortis, bêtement, à ce jeu des morpions. Mais, quand tu es derrière ton téléviseur, et moi certainement le premier, j’aurais vu cela en me disant “Mais qu’est-ce qu’ils foutent, les mecs ? Ce n’est quand même pas si dur de grimper sur une barre !”. Ben si, je confirme !
Avec trois candidats sacrifiés, puis un prisonnier supplémentaire, sans doute que votre séjour en prison s’est fait dans des conditions un peu précaires ?
Là, on était ultra serrés ! Mais, encore une fois, et c’est ce qui fait tout le bonheur d’être avec cette équipe, on a passé notre temps à rigoler, on se racontait des histoires, on se disait “Mais qu’est-ce que l’on fout là ? Pourquoi on est venus ? En plus, on se retrouve en taule, comme des losers…”. Cela a été prétexte à plein de déconnades, en fait. Oui, sur le coup, tu es un peu dégouté, tu te dis “Mince, je ne vais pas faire ceci ou cela”. J’avais encore envie de faire des épreuves, j’aurais adoré, pour le coup, faire la cabine, qu’a eue Charles. Le côté vertige n’est pas quelque chose qui me fait forcément très très peur, même si c’est quand même super impressionnant. Tu n’es pas serein mais tu es attaché, il y a quand même de la sécurité sur le fort. Donc il y a un côté où tu es frustré parce que tu te dis “Zut, j’aurais bien aimé tenter deux trois autres aventures” mais on était avec une belle équipe en prison et c’est passé tout seul !
Heureusement, l’évasion a permis à tout le monde de se libérer, même si ça s’est joué à quelques secondes pour vous. Le parcours a été riche en surprises mais vous étiez, tous les quatre, particulièrement déterminés…
Je peux même vous dire que je me suis ouvert le crâne en sortant ! Si vous regardez les images, on le voit un petit peu, on remarque que je pisse un peu de sang. Ils m’ont expliqué que Philippe Etchebest avait eu cette épreuve-là aussi et que lui s’était carrément ouvert…Il avait reçu deux à trois points de suture dessus.
A un moment, c’est vrai que tu t’accroches et, pareil, pour passer les épaules, j’avais du mal donc je me suis pris le truc à la sortie. J’avais une ouverture, rien de grave mais la tête pissait un peu le sang. D’ailleurs, les images, quand on est en train de chercher les pièces, montrent que je me suis un peu éraflé le crâne.
Au conseil, vous affrontez un maître des temps sur l’épreuve du bonneteau. On a beau être concentré, trouver le boyard caché reste redoutable…
Et puis, j’en ai vu du bonneteau ! J’étais, à une époque, pas très loin du XVIIIè, donc je voyais tous les escrocs du bonneteau qui existaient… 🙂 Ben, c’est la même dans le fort ! Quand j’ai donné, les deux fois, l’endroit, pour moi la pièce était vraiment là. J’essayais même d’écouter le bruit de la pièce qui se ballade au sein des gobelets, que l’on entend peut-être un peu moins à l’écran…Mais, comme vous avez pu le voir, ça n’a pas été une grande réussite. Bravo au maître, qui a été brillant là-dessus ! D’ailleurs, je me demande si ce n’est pas un mec que j’ai croisé dans le XVIIIè à une époque, celui-ci ? 🙂
Quels souvenirs gardez-vous de cette nouvelle venue sur le fort ?
Je garde, déjà, le souvenir de Cyril ! J’avais bien aimé Olivier Minne que je connais, en plus, depuis très longtemps mais je trouvais que, peut-être, il était arrivé à la fin d’un cycle. Je ne suis pas sûr que ça se passait très bien avec France TV et ça avait tendance, un peu, à se ressentir. En tout cas, quand j’avais fait le fort, la dernière fois, avec lui, je trouvais qu’il faisait ça d’une façon un peu “mécanique” mais ce sont des choses qui peuvent arriver. Là, tu sens que c’est la première année pour Cyril, j’espère que ça durera longtemps pour lui, il y avait un côté agréable et chaleureux, il a envie. Il m’expliquait même qu’il était très impliqué aussi sur les épreuves, qu’il voulait redonner un peu le côté fort et que c’est pour cela, par exemple, qu’ils avaient inclus le téléspectateur qui vient avec nous. Donc il s’est aussi vachement impliqué dans la production et dans l’écriture de cette nouvelle version de “Fort Boyard”. Honnêtement, ça se ressent vraiment !
Il y a un côté colonie de vacances quand tu vas sur ce fort. En dehors des personnages qu’ils jouent à l’écran, il y a une vraie belle déconnade avec les membres de l’équipe.
Pour la petite histoire, ça avait commencé très fort pour moi. On arrive tous en bâteau le matin, l’animateur, les personnages, les gens de l’équipe technique, et je fais une première connerie, qui les a tous fait écrouler de rire. Pour aller sur le fort, c’est une espèce d’énorme passerelle, un peu comme ce qu’il y a sur les plateformes pétrolières, tu dois t’accrocher et ils te mettent un gilet de sauvetage…Mais, évidemment, première connerie que j’ai faite, j’ai tiré sur le gilet de sauvetage et il a gonflé 🙂 ! Ils m’ont tous regardé en disant “Mais non, Fred, commences pas comme ça la journée !”. Et, là, c’était parti pour le reste de la journée, tout le monde me taillait, en me disant “Oh Fred, tu nous coûtes cher en gilet de sauvetage…Ne refais pas de connerie en repartant ce soir !” 🙂.
C’est un tournage qui est dur, tu arrives tôt le matin, la coupure déjeuner du midi est quand même assez rapide, c’est un sacré boulot mais il y a un côté tellement détente…Cette année, en tout cas, j’ai vraiment adoré le faire !
La diffusion de l’épisode vous a-t-elle permis de revivre certaines sensations connues sur place ?
Ah, oui ! Je l’ai partagée en famille, avec ma fille et ma femme, qui m’ont taillé en me disant “Quand même, tu n’es pas brillant, il va falloir te remettre au sport ! “. J’ai eu le droit à plein de bons conseils 🙂. Surtout, j’ai eu un nombre de messages, de gens tellement différents, certains que je n’avais pas vus depuis longtemps et qui m’ont dit avoir regardé avec leurs enfants. Pour la petite histoire, il se trouve que j’ai croisé Vianney dans la rue, qui était venu dans “Planète Rap” il y a longtemps, c’est lui qui m’a interpellé et qui m’a dit m’avoir regardé dans “Fort Boyard” samedi dernier, avec son fils. L’histoire de fous !
Pour avoir regardé l’émission, ce que je n’avais plus fait depuis un sacré moment, je trouve que ça passe vite. Il y a une écriture qui fait que tu prends du bon temps, c’est vraiment bien foutu ! C’est assez marrant, la télévision dit tout le temps qu’il faut constamment mettre de nouveaux programmes et, là, tu as quand même un programme qui est ancien mais neuf. Donc j’ai trouvé ça vraiment bien foutu !
Comme le dit le proverbe, “Jamais deux sans trois” donc rendez-vous est-il déjà pris pour l’été prochain ?
Figurez-vous que la première fois, après avoir fini dans la flotte, avec une mer qui était un peu démontée, je m’étais dit que je n’irai pas une deuxième fois...Là, j’y suis allé, surtout, au début, porté par l’asso et, honnêtement, pour une troisième, je veux bien lier, une nouvelle fois, l’utile à l’agréable, pour défendre une asso dont je suis proche, et pour les épreuves ainsi que pour l’ambiance de colonie de vacances. Donc, franchement, avec grand plaisir pour faire résonner cette fameuse citation, “Jamais deux sans trois”.
En complément, vous serez de retour le 24 août, à la radio, même heure, même endroit…
Toujours sur Skyrock…On va essayer de faire encore une belle saison ! J’attaque la trentième saison de “Planète Rap”, un peu comme le fort, en essayant de se renouveler, une fois de plus…
Quel plaisir d’effectuer cette nouvelle interview avec vous !
Les téléspectateurs de France 2 ont pu retrouver, il y a quelques jours, pour une cinquième participation au programme estival “Fort Boyard”. Quelles principales raisons vous avaient incitée à revenir ?
Mes proches ! C’est-à-dire qu’autour de moi, il y a beaucoup de monde, je pense, qui rêve de le faire et, à chaque fois qu’on me le propose, que je dis “Je ne sais pas, j’ai peur”, ils répondent tous “Ah non, nous, on rêve de le faire et on ne peut pas, alors toi, tu y vas et tu te tais”...
Maintenant, j’ai mes filles aussi donc j’avoue que je le fais à fond pour elles…Ca me fait trop rire quand elles regardent l’émission et qu’elles hurlent devant la télé, c’est quand même assez magique !
Comme à chaque fois, ce fut l’occasion d’une belle solidarité entre vous et d’une ambiance, dès le début, très chaleureuse…
Oui, oui, oui ! A chaque fois, j’ai fait des émissions avec des personnes différentes et j’ai toujours eu des super ambiances. Comme on dit, on se soutient…Je ne connais pas forcément tout le monde avant de démarrer l’émission mais on crée des liens très très vite dans ce fort 🙂 donc, non, non, super souvenirs, on vit des choses intenses très courtes donc ça crée des liens très vite !
Cette année, un candidat anonyme rejoint l’équipe et représente les téléspectateurs. Selon vous, quel plus cela apporte-t-il au groupe ?
Je trouve ça trop bien ! Déjà, pour tous les téléspectateurs, je trouve ça trop cool de revenir à ce concept parce que, voilà, ça réouvre le fort à tout le monde et cette émission est quand même culte…Pour beaucoup d’entre nous, on la regarde depuis qu’on est gamins donc je trouve ça trop bien que les français ne rêvent pas que à travers des personnalités, mais que ce soit accessible à tous. C’est vraiment chouette ! C’est comme ça qu’on avait découvert l’émission il y a très longtemps, c’est cool de revenir aux sources ! Pour nous, c’est super aussi : franchement, Jean-Philippe était un membre de l’équipe exactement comme les autres, il a été une aussi belle rencontre que mes partenaires que je ne connaissais pas donc c’est chouette, c’est une aventure humaine, anonymes ou pas !
Peut-être même qu’en étant, avec Nicole, parmi les plus expérimentées de l’équipe sur le fort, votre rôle au sein du groupe était un peu différent de celui d’un novice ?
Peut-être…Après, vous voyez, ça ne veut pas dire que l’on réussit tout, la preuve 🙂…Mais, en tout cas, oui, c’est sûr que l’on peut donner un petit peu des conseils sur comment ça se passe, comment se déroule un peu le tournage, déstresser éventuellement pour ceux qui sont stressés, même si, moi, je suis toujours stressée après plusieurs participations 🙂. Donc, oui, oui, on essaie de les materner mais bon, bien sûr, il reste toujours des épreuves qu’on n’a jamais faites donc on repart toujours quand même sur des gros suspenses, si on a déjà expérimenté quelques épreuves.
Votre première épreuve individuelle a été celle du précipice extérieur, face à Lady Boo. Les images ont montré que les émotions étaient fortes avant, pendant et après le parcours…
Oui, oui, complètement ! C’était riche en émotions et puis, on ne se rend pas compte, entre le stress et l’envie de trop bien faire pour l’équipe et l’association que l’on défend - Là, c’était le projet Moteur, une trop chouette association -, on a vraiment envie de se dépasser pour tout le monde donc on donne tout mais c’est super stressant. Et puis, les épreuves en duel, comme cela, me stressent encore plus…J’ai réussi à baisser la tête une fois, je l’ai revu sur les images, c’était au moment où j’ai eu la clé et que je commence à refaire le parcours dans l’autre sens. J’ai vu qu’elle était vraiment pile en-dessous de moi, sauf que je ne savais pas si elle en était à l’aller ou au retour. Donc j’ai vraiment été à la vitesse maximale…En réalité, j’avais un peu d’avance, c’est ce que j’ai vu sur les images mais j’ai vraiment été à la vitesse maximale tout le long.
Il n’a, ensuite, pas manqué grand-chose à votre duo avec Charles dans la nouvelle cellule de l’escalier glissant…
Quand je revois les images, je me dis que je l’ai vraiment escaladé 🙂 mais bon, quand on est dans une épreuve, je crois qu’il ne faut pas se poser de question, il faut essayer de tout donner et c’est ce que l’on a essayé de faire. Mais je n’avais pas pensé qu’on allait perdre le seau…Je n’ai vraiment pas capté ce qui s’est passé 🙂 donc, bon, ben voilà, on rate encore des choses mais, en tout cas, on essaie de faire de notre mieux, et c’est le principal ! Franchement, c’est une grosse émission de dépassement de soi, j’y vais aussi pour ça chaque année, je sais que je repars toujours du fort avec de la confiance en moi, je fais des choses que je ne me pensais pas capable de faire donc je trouve que c’est bon pour le mental et la confiance en soi.
L’épreuve de la banque a, elle, été plus compliquée…
Ben oui, j’ai galéré ! J’ai galéré à trouver le briquet, j’ai vraiment perdu beaucoup de temps…J’étais trop énervée contre moi-même, c’est tellement frustrant quand on rate quelque chose ! On a envie de recommencer, d’avoir une seconde chance mais ça fait partie du jeu.
Avec trois candidats sacrifiés, puis un prisonnier supplémentaire, sans doute que votre séjour en prison s’est fait dans des conditions un peu précaires ?
Oui, oui, c’est clair ! C’était ma première fois en prison, je n’avais jamais encore eu l’occasion de tester les prisons du fort. C’était une expérience, dont je me serais bien passée, certes mais, après, on s’est quand même tapé deux trois fou-rires en prison. Et puis, quand on a vu débarquer Lucien, on s’est dit “Non mais ce n’est pas possible, il n’y a plus d’équipe quoi ! Qui va taper à la porte pour leur dire de sortir ? En fait, il n’y a plus personne, il reste le pauvre Cyril, Passe-Muraille et Passe-Partout…On ne va pas y arriver…”.
Heureusement, l’évasion a permis à tout le monde de se libérer, même si ça s’est joué à quelques secondes pour Fred. Le parcours a été riche en surprises mais vous étiez, tous les quatre, particulièrement déterminés…
Ah oui, c’était vraiment sur le gong ! Pendant un moment, je me suis dit “Non, mais là, ils vont l’accepter, on est tous sortis vite fait”. En fait, on aurait tellement été dégoutés tous…Jean-Philippe avait trop envie de tout déchirer parce que, pareil, il avait plein de personnes qui allaient regarder l’émission qui l’encourageaient…J’étais trop contente pour lui, il avait trop envie de les rendre fières…Nous tous pareils, donc on était vraiment trop trop deg d’être en prison, on ne savait pas du tout ce qu’allait être l’évasion mais on s’est dit que, vraiment, il ne fallait pas que l’on perde de temps. On se disait qu’à quatre, on n’arriverait pas à tous s’échapper parce que, souvent, je sais que le délai est serré…Déjà, à un ou deux, dès fois c’est chaud…Non, non, on s’est bien rattrapés sur le final, mais c’était chaud chaud chaud !
Au conseil, vous affrontez un maître des temps sur l’épreuve des clous aimantés. Ramener 20 secondes de plus à votre équipe pour la quête des boyards a certainement été très plaisant pour vous ?
Oui, oui, c’était super, j’étais trop contente ! En sortant de prison, de pouvoir, après, réussir l’évasion et les maîtres du temps, c’était vraiment trop cool ! Et, effectivement, 20 secondes, ce n’est pas rien, c’est hyper précieux dans la salle du trésor. On a récolté une belle somme quand même, on était fiers de nous : malgré les difficultés que l’on a pu rencontrer et les trois quarts de l’équipe en prison, on s’en est quand même sortis !
Quels souvenirs gardez-vous de cette nouvelle venue sur le fort ?
Je garde pas mal la prison, franchement ! La prison, et cette évasion à quatre. Après, il y a toujours plein de souvenirs. On ne voit pas forcément tout mais on débriefe entre nous après l’émission aussi, quand on est claqué, à passer une journée intense en fatigue et en émotions. On a vraiment eu de bons fou-rires avec toute l’équipe, c’était assez drôle ! Je me rappelle que, quand Fred a essayé de souffler dans le gros tonneau où il y avait les grenouilles et qu’il n’arrivait pas à rentrer dedans parce que ses épaules ne rentraient pas, à un moment, alors que j’étais à côté, je lui ai un peu appuyé dessus pour essayer de l’aider…Mais, après, on a rigolé de ce truc-là, on s’est vraiment dit “mais, genre, j’ai essayé de le noyer 🙂”. C’était la fatigue aussi, mais on s’est tapé beaucoup de fou-rires.
La diffusion de l’épisode vous a-t-elle permis de revivre certaines sensations connues sur place ?
Oui, oui, oui ! Déjà, en fait, il y a des épreuves que l’on ne voit pas. Par exemple, quand je pars m’équiper, au départ, pour aller sur le fort, j’ai raté, je crois, une épreuve de Lucien. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne voit pas tout : pareil, quand on était en prison, on a raté pas mal de trucs aussi donc on était trop contents de pouvoir découvrir tout ce que l’on n’a pas vu. Et puis, quand on est dans l’épreuve, on ne se rend pas forcément compte de la prestation qu’on a faite, donc c’est assez marrant de le regarder à la télé. Évidemment qu’on revit la journée à fond et toutes les émotions, ça nous rappelle plein de souvenirs ! Et puis, pour moi, c’est surtout l’occasion aussi de le regarder avec mes enfants, de leur expliquer un peu deux trois coulisses et de les rassurer parce que, toutes les deux secondes, elles sont en stress, surtout la petite “Maman, maman !” donc, voilà, ça me fait surtout vraiment marrer de le regarder avec elles, avec des potes et les enfants des potes.
En complément, entre TF1, M6 et le théâtre, vos journées doivent être bien remplies ?
Tout à fait ! Là, déjà, je vais avoir un peu de vacances cet été mais c’est vrai qu’il y a des projets pour la rentrée. C’est plutôt cool, je m’éclate bien, à me lancer de nouveaux défis à travers des expériences, des jeux, des tournages, des nouveaux apartés. Non, non, c’est plutôt cool !
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous avez une belle actualité, sur scène et à l’image. Fin août, vous serez sur les planches, dans le cadre d’un festival en Haute-Savoie, où vous jouerez deux pièces…
C’est une joie pour moi et, pour l’instant, c’est surtout du travail. Ce festival, “Les nuits vagabondes”, accueille une dizaine d’actrices et d’acteurs, pour trois pièces au total. Je serai sur deux d’entre elles, c’est énorme ! “La Bonne Âme du Se-Tchouan ” de Brecht est une immense pièce, avec énormément de personnages. Je joue le rôle principal, c’est une grosse joie mais c’est aussi très intense car on sera tout le mois d’août en Haute-Savoie, face au Mont-Blanc, à répéter toute la journée et même, parfois, la nuit. Le deuxième spectacle est “Ubu roi”, c’est un classique très différent et j’ai hâte de voir ce que ça va donner.
En parallèle, une autre pièce est en cours de développement, vous la répéterez et la jouerez en région parisienne à la rentrée. Comment pitcher ce spectacle ?
C’est “Amphitryon”, une pièce de Molière, cette pièce parle des dieux et des humains. C’est assez rare, avec cet auteur, d’aborder ces sujets-là. Au moment d’écrire cette pièce, Molière voulait en fait se racheter auprès du roi, il était donc alors dans une position un peu plus délicate que d’habitude. Du coup, c’est hyper intéressant, le sujet et les ressorts sont très différents, ce n’est pas du tout la comédie de Molière dont on a l’habitude.
En gros, Amphitryon est un homme très puissant, un guerrier, un commandant de troupe. Le dieu Jupiter n’a d’yeux que pour la femme d’Amphitryon et, en fait, la seule chose qu’il a trouvé pour se rapprocher d’elle est de prendre la forme de son mari. Vont s’en suivre des quiproquos, des incompréhensions et de la déstabilisation. Donc cela parle des sosies, des gens qui prennent l’apparence de, ça parle aussi de la place et de changer de place, ça parle également beaucoup d’être remplaçable ou irremplaçable. On est moins dans le valet et le maître, mais on est quand même dans les dieux et le maître, donc il y a bien des gens qui descendent de leur classe.
Je joue Jupiter, je joue un rôle d’homme. C’est très intéressant aussi ! Je trouve cette pièce très humaine parce qu’elle va au cœur du questionnement de ce que ça fait si je suis vous ou si vous êtes moi. C’est très touchant !
Sans doute que la palette de jeu que vous avez à défendre doit être très plaisante ?
Oui, en effet ! Déjà, c’est vrai que c’est très intense. Cela faisait longtemps que je n’avais pas dû jouer un homme, il faut donc que je trouve à quel endroit me situer. Et puis, la langue de Molière est tellement belle mais il faut du temps pour qu’elle infuse vraiment. Quand on la lit, elle n’est pas toujours facile à comprendre mais on a déjà l’impression de voir quelque chose et de pouvoir imaginer des choses…Tu te remets souvent en question ensuite, tu te surprends régulièrement à ne pas avoir compris, en fait. Tu comprends et tu “décomprends” beaucoup, et j’adore ça !
Avec notre collectif, on est très sensibles aux textes classiques. Il n’y a que des gens de mon école et, tout au long de notre formation, on était déjà très touchés par cette écriture. Cela m’anime, tout comme de jouer avec des personnes que je connais et que j’aime. J’ai l’impression que c’est un luxe, que l’on peut se payer pour l’instant. C’est un vrai régal !
Avez-vous d’ailleurs des sources particulières d’inspiration pour ce personnage ?
Cela reste un équilibre à trouver. Tout est dans le texte, tout est dans les mots. Je crois que je n’aime pas plonger que dans mon vécu mais je suis quand même obligée de me raccrocher à ma personne, pour jouer quelqu’un de loin des humains. C’est intéressant, en fait, de pouvoir cibler les endroits de ton vécu qui t’intéressent ou pas. En plus, le metteur en scène nous y amène, sans non plus que je déverse ma vie sur le plateau.
Dans quel état d’esprit êtes-vous à quelques semaines encore de la première ? Quelles sensations prédominent ?
C’est d’abord l’impatience ! Cela frôle même une espèce de rage…Après, on en est au trois-quart du travail mais, en même temps, je pense que ce ne sera jamais fini d’être travaillé…En fait, il faudrait presque que l’on puisse jouer cette pièce-là une centaine de fois, il y aurait besoin qu’elle soit usée pendant longtemps.
Je sais que je travaille avec des comédiens et des comédiennes assez formidables, donc j’ai très envie que le monde voit ça. Ce n’est pas pour rien que notre collectif s’appelle “Saute, le monde te regarde”.
En parallèle, les téléspectateurs de TF1 ont pu récemment vous retrouver dans la quotidienne “Demain nous appartient”. On imagine sans doute le plaisir que cela a été pour vous ?
C’était une grande surprise ! Ma formation ne vient pas du tout de la caméra donc, en fait, je suis arrivée dans un endroit où j’avais tout à apprendre. Même si j’avais les bases, c’était très très riche ! C’était presque un mois et demi de tournage donc j’avais six semaines pour tester mon jeu.
Il y a évidemment un côté usine, parce que ça reste une quotidienne et qu’ils doivent par exemple tourner des scènes d’été en hiver, ce que j’ai beaucoup aimé, à ma plus grande surprise. Je pouvais, en fait, dans mon coin, un peu tester tous mes trucs, il n’y avait personne pour avoir les yeux rivés sur moi. Alors qu’à l’école, l’accompagnement était très fort, ce qui était super mais qui, parfois, était trop fort, avec trop d’yeux sur moi. Cela devenait empêchant, au bout d’un moment. Là, je me suis surprise, pas tout le temps mais quand même assez souvent, à faire selon moi et selon ce que je ressentais moi, selon mes critères et pas selon les regards. C’était quand même, bizarrement, hyper agréable !
Après, j'ai eu la chance de jouer principalement avec Enzo Rose, qui interprète Diego. C’était une super rencontre ! Cela aurait été sans doute totalement différent avec quelqu’un d’autre…Ca fait trois ans qu’il est sur cette série, il connaît très bien les tenants et les aboutissants donc je pense que j’ai eu la chance d’être avec quelqu’un qui faisait en sorte que je me sente bien sur ce plateau. C’est quand même plus sympa…
Et puis, c’était aussi un rôle très amusant ! Je jouais quand même une kitesurfeuse, bien que je ne sache pas en faire 🙂…Donc on était très souvent sur la plage mais…on avait très très froid.
Quel regard avez-vous d’ailleurs porté sur votre personnage ?
Je pense que j’avais beaucoup de compassion pour cette jeune femme. Oui, j’avais beaucoup d’amour pour elle, pour la situation dans laquelle elle se trouve et pour ce qu’elle essaie de faire afin de se dépatouiller de tout ça. J’ai eu de la chance que ça tombe sur un personnage que je trouvais directement touchant, avec des profondeurs. Je l’aimais bien, il était vraiment chouette !
On le sait, le rythme de tournage d’une quotidienne est soutenu. Comment vous y êtes-vous accommodée ?
Oh là là, c’est fou, j’ai l’impression que c’est déjà très loin alors que c’était il y a deux mois seulement…J’ai sauté à pieds joints dedans parce que, de toute façon, tu ne peux pas trop te préparer, mais ce n’était pas forcément une mauvaise chose. La seule chose à laquelle je me suis préparée était de me dire que ça irait vite, c’est déjà ça…En effet, c’est allé très vite mais moins vite, au final, que ce que je pensais. On faisait 6 séquences par journée, on avait moins d’une heure pour chacune, c’était effréné mais j’adore ces tunnels. C’était super, on était dans quelque chose ! Notre métier est fait de hauts et de bas donc, en vrai, le tunnel fait tellement de bien ! C’est alors une bonne fatigue.
Tout le monde était dans la même énergie ! D’ailleurs, le nombre de personnes que l’on rencontre est assez fou, tu te prends plein de vies dans la figure 🙂. C’était très riche ! En tout cas, ce que je retiens, c’est que, bizarrement, dans un endroit comme celui-ci, alors que tout va très vite, tu trouves toujours des endroits qui te conviennent. Moi qui adore apprendre sur le tas, c’était top !
Quels retours du public aviez-vous pu avoir ?
Je suis assez timide avec cela mais je crois que ça s’est plutôt bien passé. L’histoire du couple Diego/Bella était fraîche, c’était de l’aventure, il y avait beaucoup de soleil et de kitesurf donc je pense que ça ne pouvait faire que du bien.
Je regardais aussi le rendu final et, parfois, je me disais que c’était dingue parce que jamais je n’aurais imaginé que ça puisse rendre ce que ça rendait. C’est différent du théâtre, là tu joues devant une caméra et tu n’as jamais de recul, tu es juste obligé d’être dedans. Au théâtre, tu es aussi dedans mais tu es souvent en discussion, tu joues, tu essaies et tu as tout le temps des retours du metteur en scène. C’était hyper intéressant, ici, de travailler complètement à l’aveugle…C’est une sensation différente du théâtre !
Pour terminer, sans doute seriez-vous ravie de revenir dans la série, si jamais l’opportunité se présentait ?
Oui, bien sûr ! C’est de l’expérience en plus, ça te met en action, c’est génial. Surtout, leur histoire était quand même vachement sympa. Je pense que là-dessus aussi, on a eu de la chance : il s’est quand même passé beaucoup de choses, il y avait beaucoup d’intrigues, de jalousies et d’histoires d’amour. Je suis encore attachée à ce personnage, je ne m’y attendais pas. Son parcours m’a permis de tester plein de choses différentes donc, oui, ce serait super de revenir, j’en serais ravi. Je laisse les choses se faire, j’essaie de ne pas avoir d’attente.
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous serez, dans quelques jours, de retour au festival d’Avignon, avec une nouvelle version de la pièce “Chang’e et la lune”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oui ! C’est très excitant…On a, en plus, cette année, travaillé une nouvelle version, qui est encore plus aboutie que celle de l’année dernière. On l’a même jouée au théâtre du Guichet Montparnasse en mai et juin. Ce qui est super, c’est que l’on s’est déjà beaucoup rodés sur cette nouvelle version, on l’a beaucoup testée et on s’est rendus compte que les gens étaient vraiment conquis, de manière générale, tant les petits que les grands. C’est une pièce à double lecture, c’est très visuel, elle est très enfantine car on parle du rapport au temps, donc de l’enfance. En fait, on s’aperçoit que les petits adorent parce qu’il y a des animations, de la danse et de la musique, et que les adultes aussi parce que c’est un message à portée très philosophique et très politique. On est donc assez sereins, on a très envie de la présenter, alors que l’année dernière, on était partis avec une version que l’on n’avait pas encore présentée. Là, on est emballés !
En plus d’être sur scène, vous avez aussi écrit cette pièce. Si l’on revient à la genèse de cette aventure, qu’est-ce qui vous en avait donné l’idée ou l’envie ?
J’ai fait un échange universitaire en Chine, je suis partie vivre là-bas pendant un an, j’ai vécu à Shanghai mais j’ai beaucoup voyagé, notamment dans le Yunnan, la région montagneuse qui fait face au Tibet. C’est mon plus beau voyage…On avait fait plusieurs jours de randonnée, avec un guide hyper sympa. Vers la fin du séjour, après avoir passé des jours à escalader des montagnes sublimes et à voir des monastères au pied de pics enneigés, alors qu’il faisait nuit, on regardait les étoiles, tellement c’était clair. A un moment, ce guide m’a demandé de regarder la lune pour savoir si je voyais quelque chose. Je pensais qu’il blaguait mais il a insisté et, à force de regarder, mon imagination a fait le travail et j’ai vu quelque chose bouger…Ce guide nous avait expliqué que c’était Chang’e, la déesse de la lune.
Il a fini par nous raconter son mythe et, de là, j’ai commencé à m’intéresser à la mythologie chinoise. J’ai parcouru de nombreux livres et, non seulement ils sont d’une poésie sublime et d’une intelligence folle, mais, en plus de cela, ils sont très philosophiques. J’ai adoré !
Quelques années plus tard, à l’approche de la trentaine, j’ai commencé à angoisser et, de là, m’est revenu ce mythe. Ce guide que j’évoquais avait concentré toute mon attention sur la lune, qui, depuis que je suis toute petite, a une connotation très poétique. Comme je suis quelqu’un d’assez anxieuse, à chaque fois que je pense à elle, ça me calme et me réconforte beaucoup ! Donc, lors de ce voyage, je m’étais, en fait, reconnectée à quelque chose d’assez profond en moi…
En quoi consiste, justement, ce mythe ?
J’ai écrit une histoire vraiment différente du mythe, je me suis inspirée de son message pour en faire quelque chose à moi. Il faut savoir que ce mythe date d’il y a plus de 3 000 ans donc, forcément, il y a beaucoup de versions différentes.
C’est l’histoire de Chang'e et de Houyi, son mari, le dieu archet. Un jour, les dix soleils de la mythologie chinoise se sont alignés et se sont mis à brûler la terre. L’empereur Yao priait nuit et jour pour que l’on épargne son empire et, un jour, Houyi entend ses prières, descend sur terre et détruit, avec son archet, neuf des dix soleils, en laissant un pour l’équilibre des éléments et de la nature. Pour le remercier, l’empereur lui offre un elixir de vie, à partager avec sa femme, pour qu’ils puissent rester sur terre et vivre très longtemps tous les deux. Houyi continue même d’être le bras droit de Yao, il exécute ses missions sur terre, pour terrasser les monstres qui la détruisent ou qui attaquent les hommes, et sans doute qu’il ne se voit pas vieillir, contrairement à sa femme, qui prend tellement peur qu’un jour, elle boit tout l’elixir, finissant par s’envoler toute seule sur la lune.
Les autres versions diffèrent un peu mais, en tout cas, on y retrouve cette notion de la femme qui a plus peur que l’homme du temps qui passe…C’est quelque chose, je trouve, qui a toujours été d’actualité parce que nous, les femmes, avons quelque chose de différent, à savoir l’horloge biologique. J’ai 30 ans et, quand j’ai eu 27/28 ans, j’y ai pensé et des amies me disaient qu’elles allaient se faire congeler leurs ovocytes. Cela m’avait désespérée d’entendre cela, alors que, maintenant, je vais moi-aussi le faire. On n’a pas le même rythme de vie qu’il y a des années, on est jeune de plus en plus tard mais notre corps ne suit pas donc ça n’a aucun sens.
Du coup, avec vos mots mais sans tout en dévoiler, comment pitcher la pièce ?
J’ai une énergie enfantine, je me suis donc beaucoup reconnue dans Chang’e et je me suis dit que j’allais faire une pièce qui parle de cela. Dans la première version, j’avais vraiment gardé le mythe, je le racontais même au début, avant de l’adapter pour en faire une satire un peu drôle, poétique et comique d’une société qui, finalement, n’accepte pas de vieillir. Ce que j’ai gardé dans la deuxième version…Où je voulais davantage exploiter l’espace de la lune, chose que je n’avais pas autant faite la première fois, où c’était assez métaphorique et lointain. La lune, pour moi, est le lieu de l’enfance mais aussi de la mort, ainsi que de l’imaginaire. C’est un lieu où on ne vieillit pas, puisque tout est en apesanteur, tout est léger et tout flotte. Il n’y a pas le poids de la gravité, qui nous emmène vers le bas et qui nous fait vieillir…
Je me suis demandée ce que serait Chang’e, cette jeune femme qui doit avoir entre 20 et 30 ans, si elle n’avait pas eu le poids de l’angoisse du temps…Et, en fait, ce serait une femme-enfant ! On a cherché, avec Emma, au plateau, à créer cette créature et elle fait un travail formidable de clown. Cette créature est, en fait, un extraterrestre mais c’est un petit être extrêmement doux, fragile, léger et qui flotte. Dans cette version, elle a des désirs, puisqu’elle tombe amoureuse d’un astronaute, Houyi, qui vient sur la lune pour essayer de la conquérir. Chang’e finit par le suivre sur terre, devient soumise à la gravité et se met à vieillir dans le corps mais pas du tout dans la tête…Cette pièce parle donc de notre rapport au temps et je ne donne pas, faute de temps, de solutions toutes faites, j’ai essayé de proposer différents axes de réflexion, grâce à divers tableaux.
Ce spectacle est un message d’amour à tous les enfants intérieurs que l’on a et que l’on est : comment les garder ? comment les conserver ? comment accepter le temps qui passe, tout en gardant notre âme d’enfant ? Parler de notre rapport au temps veut aussi dire parler de notre peur de la mort, parler de notre volonté d’accélérer constamment pour gagner du temps, ce qui n’a aucun sens…donc de la trace qu’on laisse sur terre, même longtemps après nous.
Sur scène, quels personnages avez-vous le plaisir d’incarner ?
Emma est le personnage principal, elle joue Chang’e. Baudoin Sama joue l’empereur Yao et une vieille fourmi. Gabriel Bizi joue Houyi, l’amoureux transit ainsi qu’une autre petite fourmi très mignonne. Je joue le docteur Nuwa : à l’origine, c’est un vrai personnage de la mythologie chinoise, en l’occurrence une sorcière et je m’en suis inspirée pour en faire la figure féminine de la femme d’aujourd’hui. C’est un médecin qui a pour mission ultime de garder l'empereur Yao en vie, lui qui est terrifié de la mort, qui est un ancien cosmonaute qui a vu la lune et qui veut absolument y retourner pour vivre sur place, la terre mourrant. Pour cela, il faut être dans une forme olympique, ce qui n’est plus son cas, puisqu’il vieillit. Mais on apprend que le docteur Nuwa propose des masques de jouvence…
Nuwa est, elle aussi, terrifiée à l’idée de mourir, elle veut également sa place sur la lune, elle serait prête à tout pour l’avoir et, en même temps, c’est une femme qui n’a fait que travailler, au point de s’oublier. Elle finit par retrouver de la douceur et une joie de rire, de s’amuser, ainsi qu’un côté maternel, aux côtés de Chang’e.
Je joue aussi plein de petits personnages : une reine des fourmis, tyrannique, complètement obsédée par la productivité, qui est complètement folle, ainsi qu’une députée. Tous ces personnages sont super ! Je m’amuse beaucoup…
Certainement que la palette de couleurs doit être très plaisante pour vous ?
C’est très grisant ! On finit trempés car c’est extrêmement physique. On est à l’arrière d’un grand paravent de tissus, sur lequel on projette des animations faites par Emma et, donc, on change de costumes en deux temps et trois mouvements. On crée de la magie comme cela, on joue aux marionnettes avec nos corps.
On peut se le permettre parce que c’est un conte. On voyage dans cette pièce, non seulement à travers le point de vue de Chang’e, que l’on suit tout le long du spectacle, et aussi à travers le musicien, qui ne parle pas mais qui joue avec nous. Ce qui est très drôle, c’est que les deux sont des gens assez enfantins, donc on peut se permettre d’aller dans des codes de jeu très hauts en couleurs. On peut pousser les choses…
Quels retours du public avez-vous déjà pu avoir sur cette nouvelle version ?
Globalement, on a eu de superbes retours ! Déjà, c’est une grande victoire comparée à l’autre version, les gens ont tout compris, alors que c’est très dur parce qu’on a inventé un monde, avec ses lois et ses règles. Les gens nous disent réussir à s’y plonger. Deuxièmement, les spectateurs passent du rire aux larmes, ce qui est une vraie satisfaction. Enfin, le personnage de Chang’e est très attachant, tout le monde s’y reconnaît.
C’est vraiment une jolie pièce, qui a déjà plu à des personnes d’horizons différents.
A quelques jours du début du festival, quelles sensations prédominent en vous ? L’excitation et l’impatience ? L’appréhension ?
Il y a, forcément, un peu des deux. A la fois, on est très excités parce qu’on a vu que les gens sont vraiment conquis, ce qui nous rassure énormément. Donc on a vraiment encore plus envie d’y aller la fleur au fusil, pour faire découvrir ce petit dessin animé au théâtre…On est excités ! Et puis, il y a, évidemment, l’appréhension parce qu’on investit toujours beaucoup d’argent pour Avignon. On est dans une salle, au théâtre du rempart, qui est vraiment belle, elle est très agréable pour jouer mais elle est un peu excentrée, sans être trop loin non plus donc il sera important que les gens en aient connaissance avant.
Ce qui signifie que le tractage aura une importance encore plus grande …
Complètement ! On va tracter toute la journée et ce sera d’autant plus intense pour moi que, juste après cette pièce, je joue dans un autre spectacle, “7 secondes”, de Marie Mahé. Le festival va être assez énergivore mais c’est génial !
Pour terminer, que peut-on vous souhaiter pour cette nouvelle édition du festival, qui approche à grands pas ?
De faire complet ! On peut nous souhaiter que le bouche à oreille fonctionne, que les gens soient tellement conquis et touchés par le message ainsi que par l’ambiance de cette pièce qu’ils en parlent autour d’eux. On peut également nous souhaiter que des programmateurs parisiens puissent venir, que ça leur plaise, afin que le voyage puisse continuer aussi loin que possible. C’est vraiment une pièce qui nous touche, c’est notre bébé donc ce serait génial de poursuivre l’aventure !
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous êtes une jeune chanteuse, au parcours déjà significatif, on aura l’occasion de l’évoquer. Si l’on s’intéresse à sa genèse, d’où vous vient cette passion ?
Cela vient de mes parents ! Mon papa chantait beaucoup à la maison, ma maman aussi mais mon papa se produisait un peu plus sur scène…Du coup, j’étais tout le temps dans un théâtre, à écouter des répétitions, et à regarder papa et maman faire. J’allais les voir partout où ils allaient et j'y ai pris goût, je pense, comme cela. J’ai des vidéos de moi, à 3 ans, avant les répétitions de mon papa, où j’ai le micro à la main et où je chante devant une salle vide. J’ai aussi beaucoup été bercée, à la maison, par les comédies musicales.
En grandissant, j’ai voulu faire un peu comme papa. Du coup, on m’a inscrite à “The Voice Kids” et c’est là que tout a commencé…
Justement, quels souvenirs gardez-vous de cette première expérience significative ?
J’en garde un très bon souvenir ! Après, j’étais très jeune, je n’ai pas beaucoup de photos ni de vidéos mais j’en garde des souvenirs incroyables. C’était ma première expérience, je découvrais absolument tout et puis, c’est un regard d’enfant, donc ce n’est pas pareil que celui d’un adulte. J’ai pris un plaisir monstre à être là-bas, c’était formidable, j’ai appris plein plein de choses et ça a concrétisé cette envie de faire de la musique. En sortant de là, je me suis dit “Ah ouais, c’est vraiment ce que je veux faire !”. J’ai rencontré des gens super, que je garde encore en contact aujourd’hui donc c’était une très très belle aventure ! Même pour une enfant, c’était super chouette…
Vous évoquiez, à juste titre, le regard d’enfant que vous aviez alors. Étiez-vous pleinement consciente de ce qui se passait ?
Non, je ne pense pas ! J’étais un peu plus dans une mentalité de “Ah cool, je chante avec des copains, je suis sur scène, c’est trop bien !”. A 11 ans, c’était, pour moi, plus un jeu qu’une émission de télé. Je ne me rendais pas compte de l’audience : il y avait, je crois, trois millions de gens qui ont vu cette saison-là…J’étais très très loin de tout ça, j’étais juste trop contente de porter de belles robes à la télé…Ce qui était impressionnant, c’était de voir les stars devant nous. J’ai des flashbacks de moi sur le plateau avec les coachs devant et Nikos à ma gauche, qui était immense pour moi.
Il y a quand même la pression parce qu’on sait que c’est à la télé et qu’il ne faut pas se louper, on n’a qu’une seule chance en plus donc c’est quand même beaucoup de stress pour des enfants, mais ça allait, j’étais dans ma petite bulle, c’était un jeu pour moi.
Ce qui signifie que vous arriviez détendue sur le plateau ?
J’étais dans un petit rêve, dans un petit monde parfait de la télé, j’étais très très très loin de m’imaginer tout ce qui allait se passer et toutes les conséquences que ça pouvait avoir. Mais c’était quand même très impressionnant ! Pour un enfant, les caméras sont immenses, elles étaient plus grosses que ma tête. Pendant les auditions à l’aveugle, je me souviens que ce qui m’avait impressionnée, ce n’était même pas le plateau mais de voir Karine Ferri : elle était devant moi, j’étais en mode “Waouh, il y a Karine Ferri”, donc j’étais trop contente !
C’est tellement spécial que je ne me souviens même pas de tout. J’ai très peu de souvenirs, au final, des auditions à l’aveugle, tellement c’est impressionnant. Je pense que mon cerveau en a pris tellement plein la tête que je ne m’en souviens même plus trop…Mais je me rappelle que c’était magique ! De voir les caméras est impressionnant mais c’est le rêve donc c’était cool !
Au moment de vous voir à la télévision, quelles sensations aviez-vous alors ressenties ?
Je sais que, la première fois que je me suis vue à la télé, j’ai crié…En fait, dans une pub, il y avait plein de têtes d’enfants qui apparaissaient et, en voyant la mienne, j’ai fait “Ahhhh”. Après, au moment des portraits, j’étais choquée…En fait, je ne me rendais plus trop compte…A la télé, ça devient concret, ça montrait que les efforts ont payé. Cela m’a fait super bizarre, même au niveau des réactions autour de moi. Ce n’est pas qu’un passage à la télé, c’est une vie qui prend un autre chemin, que ce soit à l’école ou n’importe où. Donc, oui, beaucoup de fierté mais ça m’a fait un peu bizarre…
En parlant de fierté, sans doute que vos parents étaient fiers de ce parcours-là ?
Oui, ils étaient hyper contents ! J’ai beaucoup de chance, mes parents me soutiennent depuis toujours, c’est grâce à eux que j’ai fait tout ça. Je sais que je vis cela un peu, aussi, pour mon papa, je vis cette aventure également pour tous ceux qui ne peuvent pas la faire, c’est important pour moi.
Plusieurs années après, il y a quelques mois en l’occurrence, vous êtes revenue sur le plateau de “The Voice” mais, cette fois-ci, chez les adultes. Était-ce, là, la suite logique et naturelle ?
Oui et non ! Oui, parce que j’aurais pu penser revenir mais non, parce que ce n’est même pas moi qui me suis inscrite. C’est Bruno Berberes qui m’a proposé de venir. J’avais fait les castings du “Roi Soleil”, j’avais même atteint l’étape finale mais je n’avais finalement pas été prise…J’étais un peu triste mais il m’a dit qu’il me voulait dans “The Voice”. C’était finalement logique, c’était un beau challenge de revenir et d’essayer de faire mieux qu’avant. Je voulais aussi voir comment je le vivrai à cet âge-là. Même si j’avais grandi, j’étais quand même une des plus jeunes de l’émission…C’était particulier, c’était différent mais je ne regrette pas, c’était vraiment super !
Malgré les années qui se sont passées entre ces deux émissions, l’expérience et les souvenirs de la première fois vous ont-ils aidée ?
Oui, je pense. Quand tu rentres sur le plateau, il n’y a pas un bruit, tu as les sièges devant toi mais on a beau l’expliquer, tant que tu ne le vis pas, c’est un peu particulier. Donc je pense que ça m’a aidée de l’avoir déjà vécu. Je connaissais déjà la pression que c’est, je connaissais déjà un peu le mécanisme de cette émission, comment ça fonctionne, comment se passent les répétitions, quelle est l’ambiance…Donc, forcément, au pire ça n’a rien fait et, au mieux, ça m’a aidée.
Quelle raison vous avait incitée à choisir “Super trouper” comme chanson pour l’audition à l’aveugle ?
C’était plus un accord entre la production et moi. On choisit notre chanson mais il faut que la production soit d’accord et je sais que ce titre était dans les propositions qui m’ont été faites. J’adore le groupe Abba, c’est très familial donc j’étais trop contente. J’ai décidé de l’arrangement : à la base, c’est une chanson qui bouge beaucoup plus et, en disant ok, j’ai expliqué que j’aimerais bien la travailler différemment. Au final, c’était une pure découverte : la première fois que je l’ai faite, c’était à “The Voice”, je ne l’avais jamais chantée avant.
Les quatre coachs se sont retournés à tour de rôle et on le voit sur votre visage, l’émotion est montée progressivement en vous…
Oui ! C’était tellement spécial de voir les coachs se retourner…Déjà, à la base, j’étais malade, j’avais pris de la cortisone juste avant, j’étais au bout de ma vie, j’avais mal à la gorge, j’avais les yeux un peu gonflés le matin, je toussais. J’étais donc partie en mode “Ok, ça va être compliqué” donc je ne m’attendais tellement pas à avoir les quatre….Au bout de dix secondes, Tayc se retourne et je me dis “Non, incroyable !”. J’étais loin d’imaginer que ça arriverait aussi vite.
A la base, je voulais absolument Lara Fabian. Quand je vois que son siège se retourne, je ne comprends pas tout de suite que c’est Tayc qui s’était levé pour buzzer à sa place…Je ne comprends pas, je vois un siège vide, je capte qu’il se passe quelque chose mais je ne sais pas ce que c’est. En fait, il se passe tellement de choses dans ma tête que je me souviens que j’ai même complètement décroché de ma chanson : je ne savais même plus où j’en étais, mon corps connaissait la chanson donc il chantait mais, mentalement, j’étais complètement ailleurs, j’étais en mode “Lara Fabian s’est retournée”. Quand Amel buzze à la dernière seconde, j’étais trop heureuse, c’était irréel !
Au moment de choisir le coach, sans doute qu’avec l’émotion et ce qui s’était passé, vous étiez chamboulée ?
Complètement ! A la fin de la prestation, je comprends que ce n’est pas Lara Fabian qui a buzzé…Bien évidemment, elle m’a dit qu’elle me voulait quand même mais je ne pouvais pas le vérifier. Je ne savais pas trop qui choisir entre Amel Bent, Tayc et Florent Pagny, ça s’est joué entre les deux hommes, jusqu’au bout du bout du bout je ne savais pas..Je me suis dit que Florent Pagny avait quand même bercé une partie de mon enfance donc, pour le choix du coeur et de la famille, je suis allée avec lui. Même si Tayc a été très investi pour m’avoir - il a parlé tellement longtemps, une partie a d’ailleurs été coupée au montage-, j’ai beaucoup hésité mais le choix du cœur m’a orientée vers le boss, Florent Pagny !
Sans doute que les séances de travail à ses côtés ont été très enrichissantes, artistiquement et humainement ?
Bien sûr ! Tout n’a pas été filmé pour la télé, je l’ai aussi vu plus tranquillement sur le plateau, pour répéter. Il est tellement gentil et bienveillant, que c’est agréable de travailler avec lui. C’est vraiment quelqu’un de très posé, de très chill, il est pareil quand il y a des caméras et quand il n’y en a pas, il est juste trop gentil donc c’était génial ! Et puis, j’ai découvert d’autres registres, je ne connaissais pas du tout, à la base, ma chanson des “Battles”, je ne chantais pas du tout ce genre de chose donc ça m’a fait découvrir d’autres univers, ce qui était très enrichissant.
Justement, le moment des “Battles” a aussi été très marquant …
Oui, parce que je ne savais pas, au début, contre qui j’allais tomber. Je ne pouvais pas savoir si on allait s’entendre, si nos voix allaient coller, si ça allait bien rendre. On a découvert la chanson, en fait, un peu ensemble et, au final, ça s’est super bien passé. Lady’O a été super gentille avec moi, c’était vraiment un petit duo : je me souviens qu’en arrivant sur le plateau pour les répétitions, on était bras dessus - bras dessous, alors que la production nous rappelait que l’on était en compétition. J’étais juste trop contente d’être avec elle, on s’entendait bien donc c’était cool. C’était, certes, une battle mais, franchement, on l’a plus vue comme un duo…J’ai pris du plaisir à le faire et à travailler avec Lady’O. Même si je ne suis pas passée, je suis contente pour elle et, surtout, elle a gagné…
Plus globalement, quels principaux retours des téléspectateurs avez-vous pu avoir tout au long de cette nouvelle aventure ?
J’ai eu une vague de messages, c’était hyper impressionnant, je n’avais jamais vécu cela. Quand j’ai allumé mon téléphone après mon passage, j’avais gagné des milliers de gens qui me suivaient et qui m’envoyaient plein plein plein de messages d’amour, c’était incroyable ! Certaines personnes m’ont même reconnue d’avant. Franchement, j’ai eu de la chance, je n’ai eu que des commentaires bienveillants et adorables.
Cette nouvelle aventure “The Voice” a été un tremplin pour vous, cela vous a permis de passer le casting pour le rôle de Marguerite, dans la comédie musicale “La dame aux Camélias”, en tournée en Chine en fin d’année…
Je savais qu’avec “The Voice”, il y avait un petit peu la possibilité de se faire voir pour les comédies musicales et je l’espérais, au fond de moi. Aujourd’hui, je suis la plus heureuse du monde parce que les comédies musicales sont l’histoire de ma vie. La musique en général mais particulièrement les comédies musicales.
Chose improbable, j’étais sur une piste de ski quand ils m’ont appelée, et jamais de la vie je ne pensais alors être prise…Mais j’ai passé le casting et tout a bien avancé. En plus, c’est grandiose d’avoir le rôle principal, je ne pouvais pas rêver mieux. Surtout, c’est tout nouveau, c’est-à-dire que je suis la première à faire ce rôle-là donc je peux le faire comme j’en ai envie. Il n’y a pas de modèle avant donc je fais un peu ce que je veux du personnage, c’est cela aussi qui est cool ! L’équipe est super, j’ai très hâte de partir et de découvrir, également, une autre culture. On ira quand même trois mois et demi en Chine, dans un pays qui a un fonctionnement différent de la France, je vais apprendre plein plein de choses, ça va me faire grandir, ça va me faire du bien !
En quelques mots, comment présenter ce spectacle ?
A la base, c’est un roman d’Alexandre Dumas, qui parle d’une jeune femme qui vit à Paris et qui est malade de la tuberculose. En fait, elle va avoir plusieurs amants, elle va aller voir un peu à gauche et à droite avant, un jour, de tomber folle amoureuse d’un homme, Armand. Ils finissent par partir à la campagne, où il dit qu’elle va guérir. Mais le père d’Armand n’est pas d’accord avec cette relation-là, par rapport au statut de cette fille, et il demande à son fils de la quitter. Par amour, Marguerite va, du coup, faire des sacrifices….Mais, au final, elle décédera toute seule de sa maladie.
Cette histoire d’amour un peu tragique est très très triste et très dure, mais il y a plein de chansons très jolies pour l’accompagner.
Connaissiez-vous cette histoire avant de passer le casting ? Ou vous étiez-vous particulièrement renseignée au moment de le passer ?
Je savais que c’était une histoire très connue, je connaissais le nom, je pense, comme beaucoup de français. Je me suis particulièrement renseignée, notamment sur l’époque et sur le personnage, pour mieux l’interpréter et cela m’a aidée, je savais vraiment ce que je devais raconter à travers les chansons.
Entre chansons et jeu, la palette à défendre sur scène sera large et variée…
Oh oui ! C’est mon école à moi : en septembre, au lieu d’aller à l’université, je vais apprendre autrement. Cela demande plein de capacités différentes. Il y aura du chant, de la danse, du théâtre, …Le cardio devra être énorme, il va falloir aussi que je m’y prépare. Ca promet d’être très très enrichissant mais il faudra que je bosse.
A quelques semaines du début, dans quel état d’esprit êtes-vous actuellement ?
J’ai vraiment très très très hâte ! Je commence à discuter aussi un peu avec le producteur, je me projette sur comment ça va se passer et j’ai juste trop hâte d’y être ! J’ai déjà fait le clip, j’ai tourné un petit peu donc j’ai pu voir le décor et les costumes, c’est énorme. Je n’attends qu’une chose, c’est de commencer à travailler.
Partir tous ensemble pendant presque quatre mois à l’autre bout du monde sera également une grande aventure humaine…
Oh que oui ! C’est comme une énorme colonie de vacances de presque quatre mois. C’est pour cela que c’est hyper important de bien s’entendre avec les autres et d’être agréable à vivre. En tout cas, tous ont l'air d’être adorables.
Le rythme va être particulièrement soutenu, à enchaîner les représentations mais ce sera pour la bonne cause…
Il y a plein de dates prévues donc, oui, ça veut dire que c’est censé fonctionner. En tout cas, on l’espère tous…Cela demande une préparation physique importante, pour tenir tous les jours. Dans tous les cas, il y aura des doublures, c’est très important pour un show aussi important. Mais ça va être chouette !
Au-delà de cette belle aventure qui vous attend, que peut-on vous souhaiter pour la suite de votre parcours musical ?
On peut me souhaiter un peu de réussite dans mes projets solos. J’ai des chansons à moi qui sont dans mes tiroirs et qui attendent juste d’être montrées, donc j’aimerais bien aussi sortir mes propres titres. Pourquoi pas en partager quelques-uns au retour de Chine, ce serait chouette !
Dans ces chansons, je parle un petit peu de tout, en fait. J’avais déjà sorti le titre “Mes chers parents”, qui évoque les relations conflictuelles entre un adolescent et un parent. Dans les autres chansons, je parle d’amour, de rupture, de maladie, de la passion pour la musique, des problèmes de société…Tout le monde peut se retrouver dans ces textes.
Pour m’inspirer, je lis aussi beaucoup les paroles d’autres chansons. J’aime notamment énormément celles de Lara Fabian et, en lisant ses textes, je comprends comment c’est formé et cela peut me donner une idée pour rebondir sur tel ou tel sujet. Et, forcément, mon œil d’enfant passe doucement à celui d’adulte donc j’ai un regard sur la société qui a un peu évolué ces dernières années. Même si je suis encore loin de m’imaginer tout ce qui peut se passer dans le monde…Je trouve joli d’avoir ce regard-là sur le monde car il n’y en a pas beaucoup qui sont partagés.
Musicalement, ces titres se rapprochent, si je devais donner des noms, de ceux de Lara Fabian, de Patrick Fiori ou de Florent Pagny. C’est très orienté variété française ! Ces mélodies-là m’inspirent pas mal. J’essaie aussi d’écrire des choses un peu plus tranquilles au niveau instrumental : j’adore le piano-voix et, là, j’adorerais écrire des choses dans le même registre que Pomme, que j’aime bien. En tout cas, j’essaie de m’ouvrir à plein d’univers et je vais tenter d’écrire au maximum avant de partir en Chine.