Didier Brice évoque son actualité théâtre et télévisuelle, mais aussi ses souvenirs d'une série culte !
/image%2F1552669%2F20260729%2Fob_3299cf_d2861c96-e647-4b26-9953-193d3dc5f916.png)
Bonjour Didier,
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous serez de retour sur scène, en septembre prochain, au théâtre Saint-Georges, dans la pièce à succès “Du charbon dans les veines”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oui, surtout que, depuis que j’ai débuté, j’ai beaucoup travaillé avec des auteurs vivants, par choix, parce que je pense que donner cette parole-là est plus riche encore. Dans la parole des auteurs vivants, il y a une fraternité qui est plus évidente, qui est plus immédiate et qui nous permet de parler de cœur à cœur avec ces auteurs. J’adore travailler avec les auteurs, échanger des idées avec eux, écouter ce qu’ils ont à dire sur l’interprétation, sur les motivations de leur écriture…Là, grâce à cette aventure j’ai eu la joie immense de pouvoir mieux connaître Jean-Philippe Daguerre, qui est aussi le metteur en scène. C’est un homme exceptionnel, c’est un auteur que j’aimais, que j’aime toujours mais c’est un homme que j’ai découvert à la hauteur de ce qu’il écrit. C’est un type qui vit ce qu’il écrit, c’est-à-dire qu’il n’est pas dans le paraître, il n’écrit pas pour changer son image, il écrit vraiment comme il vit, il écrit avec le goût du partage, le goût de la loyauté en amour et en amitié, le goût du compagnonnage, le goût de l’excellence et, dans sa vie, il est comme ça…
Dans sa vie, il est extrêmement généreux, j’ai rarement vu quelqu’un d’aussi généreux, vraiment, c’est un type que je suis très heureux d’avoir rencontré dans ces conditions-là, c’est-à-dire pour mieux le connaître que ce que je le connaissais avant, alors que je le côtoyais de fêtes en fêtes, de représentations en représentations depuis quinze ans.
J’avais vu toutes ses pièces. lui me connaissait d’avant, puisqu’il m’avait vu au théâtre, mais je ne le savais pas…J’ai découvert aussi ses mises en scène de classiques au théâtre du Ranelagh et ce qu’il fait là-bas est incroyable ! L’histoire de la compagnie Babouchka, avec Charlotte Matzneff, est aussi une histoire remarquable, de compagnonnage, de troupe, de fidélité…C’est une histoire familiale incroyable, c’est dingue : ils sont toujours là, ensemble, malgré les années et ça tient vraiment à leurs deux personnalités.
Un mot, si vous le voulez bien, sur le spectacle et sur l’histoire qui y est racontée ?
Ça parle de générosité, d’amour, de loyauté, de grandeur d'âme …Souvent, quand on utilise ces mots-là, on nous répond “Ah, des bons sentiments”. Pourtant cette fois-ci, une de mes amies chères, qui est dans la mouvance punk - oui, ça existe encore -, m’a dit en sortant de la pièce “Didier, quand on voit ça, on a l’impression que la gentillesse pourrait sauver le monde, et ça fait du bien”. Là, je me suis dit que le succès de cette pièce n’était pas un hasard : si cette fille-là, en voyant ça, me dit ça, je me dis que ça œuvre ! C’est souvent le problème des auteurs, des metteurs en scène et des acteurs, c’est qu’on est persuadés de dire des choses au monde, qu’on les dit avec tout notre cœur mais que ce n’est pas reçu… Là, elle recevait ça !
J’avais vu le spectacle bien avant de savoir que j’allais jouer dedans, il m’avait bouleversé, notamment parce qu’il n’y a pas de méchant sur le plateau, ce qui est une anomalie au théâtre. Dans tous les manuels d’écriture dramatique, on dit qu’il faut un protagoniste et des obstacles, parmi lesquels il y a un ou plusieurs méchants. Là, il n’y en a pas, les méchants sont laissés hors cadre, ils n’entrent jamais sur le plateau, on en parle un petit peu, ce sont les patrons qui sont critiqués, notamment par le syndicaliste mais ils ne sont pas là, parce que ce n’est pas ça le problème, et que ce n’est pas l’histoire. L’histoire est celle de gens qui s’aiment et qui vont s’aimer malgré toutes les épreuves. Le sujet de la pièce est l’amour inconditionnel, l’amour malgré tout, malgré la maladie, malgré la mine, malgré les journées harassantes et puis, la joie de vivre, la joie d’être en vie, jusqu’au bout, jusqu’à la toute fin. Mon personnage est très malade dès le départ, on le comprend mais ça ne l’empêche pas d’être absolument joyeux de vivre, il en profite ! C’est une vraie belle leçon qui ressemble, encore une fois, à Jean-Philippe Daguerre, qui est comme cela dans la vie. C’est un mec en vie !
Justement, quel regard portez-vous sur votre personnage ?
J’ai un regard de fraternité, parce que je connais des gens comme ça. Il me rappelle beaucoup mon père, il me rappelle beaucoup les amis de mon père. Mon père était artisan, il fabriquait des chariots, au départ il était maréchal ferrant et c’était quelqu’un qui avait une culture sans lire, faite du travail du bois, du travail du fer, du travail de la peinture.
C’est d’ailleurs un de mes soucis par rapport au nom du ministère de la culture, qui ne considère que la culture artistique, ce qui est catastrophique dans ce que ça symbolise, comme si la culture n’était pas dans la façon de savoir planter une carotte ou de savoir tailler les sabots des chevaux. C’est aussi de la culture ! Depuis que ce ministère ne s’appelle plus le ministère des arts et lettres, je trouve que ça pose problème…Ce changement était sans doute une façon de vouloir intégrer tous les français mais je pense que c’est excluant. Je me suis élevé à la culture livresque grâce à mon métier, j’ai une culture beaucoup plus vaste grâce à mon métier mais, sans ce que mon père m’a appris, à travailler le bois, à manipuler une raboteuse ou un poste à souder, ma culture serait moindre, forcément. Quand je rencontre Sosten, ce personnage, qu’on me propose de le jouer, d’abord c’était un vrai beau cadeau parce que c’est toujours formidable de défendre des rôles dont on se dit qu’ils vont raconter au public quelque chose qu’il n’a pas l’habitude qu’on lui raconte. Dès le début, j’ai été surpris par la hardiesse de cette écriture, où l’auteur écrit ce qu’il a à dire et où il n’a pas juste écrit une pièce pour qu’elle ait du succès. Ça se passe dans la mine, c’est rude mais les gens sont venus, finalement…Cela a été long, ils ont eu du mal à venir mais cela n’a pas arrêté Jean-Philippe. Il a bien fait d’écrire cette pièce, qui a un beau succès.
Sans doute que la palette de jeu à défendre sur le plateau doit être très plaisante pour vous ?
Je ne suis pas un acteur qui entre sur le plateau pour se faire plaisir, je ne suis pas là pour ça. Je me considère comme un artisan, j’essaie de faire mon métier le mieux possible chaque jour. Déjà, cela veut dire rester dans l’invention, pour que le public se sente privilégié, qu’il se dise “Ah, là, il y a des accents qui sembleraient me dire que cet acteur ne fait pas ce qu’il a fait hier”. Sinon, le public se sent lésé, à sentir que le comédien a déjà joué dix, cinquante ou cent fois, et qu’il a déjà fait ce qu’il fait ce jour. Il faut que le spectateur se dise, au contraire “Ah non, aujourd’hui, c’est différent, aujourd’hui, ça m’est particulièrement adressé !”. J’y crois très fort et cela n’est pas basé sur le plaisir, c’est basé sur une extrême rigueur, c’est basé sur une vigilance de tous les instants, qui nous permet de nous mettre en danger et de ne pas faire comme hier, mais de répondre à ce que propose l’auteur, à ce que proposent les partenaires et à ce que propose la situation. Cela ne laisse pas beaucoup de place au plaisir : s’il arrive, très bien mais, pour moi, il vient quand j’ai de l’inspiration et que je peux dire “Oh, là, il s’est passé quelque chose que je n’avais jamais prévu”. Je m’en rends compte plutôt après, à la fin de la représentation : “Tiens, là, c’était plutôt pas mal parce que c’était nouveau, ça avait le goût du neuf, ça avait le goût de la vie, en fait”.
Je l’ai écrit dans un monologue, que j’ai adapté de Marivaux, qui met en scène un comédien qui dit que “notre défi est de brûler chaque soir les mêmes comburants mais d’un feu différent, d’un feu unique”. Le comburant, c’est la relation à l’autre personnage, c’est le texte, c’est la mise en scène mais il y a un feu différent qui fait que le public assiste à quelque chose d’unique. Ce qui est une des grandes forces du théâtre par rapport au cinéma.
En complément, toujours au théâtre, vous développez une autre pièce, pour le printemps prochain, une pièce à deux personnages sur la maladie d’Alzheimer mais avec un prisme joyeux…
Jean-Jacques Vanier, avec qui je suis en alternance dans “Du charbon dans les veines”, m’a présenté la metteuse en scène. Je la connaissais un peu et elle cherchait un acteur pour cette pièce d’Olivier Maille, “Une mémoire, deux poissons rouges”. On sent, tout de suite dans ce spectacle, un style fort et, surtout, c’est très très drôle, chaque réplique est percutante. L’auteur a beaucoup de talent et, suite aux conseils qu’on a pu lui donner avec Jean-Jacques, il a été très réactif pour nous proposer une version très séduisante. Une lecture a été organisée au Lucernaire, la salle était quasi pleine, sans doute en lien avec le duo que l’on forme, un duo qui est marrant, c’est un peu le clown blanc et l’auguste, on a deux énergies très différentes…et ça a hurlé de rire d’un bout à l’autre ! A la fin de la lecture, le directeur du théâtre, Benoît Lavigne, nous a directement demandé quand nous étions libres. La pièce est extrêmement efficace et Pascal Guillaume, le producteur, nous avait même dit “C’est dingue, depuis le temps que j’attendais cette pièce, une comédie sur Alzheimer…”.
Je suis plutôt excité, je suis content, d’autant plus qu’il y a longtemps que je n’ai pas joué une pure comédie.
En parallèle, les téléspectateurs de France 2 pourront prochainement vous retrouver dans “Monsieur”...
C’est un rôle de pure salaud ! L’histoire se passe en 1969, c’est l’adaptation du roman “Petite sale”. Ce téléfilm évoque l’histoire d’un enlèvement dans le nord, une enquête est menée par deux parisiens qui arrivent sur place et ces deux personnes découvrent un environnement extrêmement patriarcal, avec de la maltraitance de jeunes filles et des abus sexuels. S’en suit alors l’émancipation d’une jeune fille par ce kidnapping. C’est un film qui vaut aussi pour ce qu’il raconte d’une époque, pour ce qu’il raconte de ce qu’on ne peut plus admettre aujourd’hui. C’est chouette de participer à la mise en lumière de ce qui fait que notre monde a évolué dans le positif !
Historiquement parlant, ça se passe donc au moment où les femmes ont commencé à s’émanciper…Cela avait peut-être débuté pendant la guerre de 14 mais, là, c’est plus clair, c’est plus écrit, c’est plus dit, c’est plus revendiqué par les femmes et c’est aussi plus accepté par les hommes.
Je joue un sale type, au service du patriarcat, qui s’occupe de l’exécution des basses œuvres, et qui a l’accent du nord. C’était encore un beau travail ! Je parlais d’artisanat, j’étais en plein dedans : j’ai travaillé l’accent, j’ai travaillé la posture, j’ai travaillé la façon de mener les jeunes femmes par le bras, sans les toucher, juste en montrant que j’ai de l’autorité, qui vient forcément de quelque chose qui n’est pas montré, probablement de la maltraitance physique.
Le film est super, il est vraiment beau ! Ca s’est tourné rapidement, dans une économie de moyens assez forte mais ça ne se voit pas à l’image. La production a été très très intelligente, les économies ont été faites aux bons endroits. Méliane Marcaggi est une réalisatrice qui avait une idée très précise de ce qu’elle voulait tourner, une idée très précise des personnages, une idée très précise de ce qu’elle voulait raconter à travers cette histoire, une idée aussi très précise de ses cadres. C’est précieux sur un tournage qui va aussi vite, c’était super, elle nous a fait gagner du temps et du confort !
Parmi vos nombreuses expériences, vous avez tourné pendant plusieurs années dans la série à succès de TF1, “Père et maire”. Quels souvenirs en gardez-vous ?
J’ai le souvenir de Christian Rauth en train de réécrire les dialogues de la journée du lendemain, entre les prises du jour…Il était maire, je jouais son directeur de mairie, on avait toujours un parapheur sur le bureau, c’était un attribut du personnage et c’était aussi un objet transitionnel entre lui et moi. Je me souviens, je suis assis à côté de lui, on tourne, j’ouvre le parapheur, il signe un document, je lui donne la réplique, il me donne la sienne, la scène est bonne, le moteur est coupé et là, il rouvre le parapheur où, à la page suivante, il y avait les dialogues du lendemain…Il me les montre, en me disant “Tu te rends compte ? Regarde ce qui est écrit…”, je lis et c’était consternant. C’était bizarrement produit, alors que cette série était un énorme succès : à la première diffusion, je crois que l’on a fait plus de 12 millions de téléspectateurs, ce qui était dément pour l’époque et on a fini entre 7 et 8 millions, ce qui est énorme… On en tournait quatre par an, ce n’est pas beaucoup mais on n’arrivait pas à les faire écrire. Pourquoi ? Je ne sais pas…Sûrement aussi parce que c’était très personnel, c’était vraiment l’idée de Christian et de Daniel Rialet, qui voulaient absolument que ça leur ressemble. En plus, si ça ne leur ressemblait pas, ça ne marchait pas…Donc il y avait aussi un peu de ça…On voyait des choses incroyables : un autre jour, Christian m’a montré un scénario qu’il venait de recevoir pour l’épisode suivant et, là, on lisait “Le Père Erwan soulève sa soutane et prend son téléphone”...alors que ce personnage n’avait pas de soutane ! Le scénariste n’avait jamais visionné un épisode…
/image%2F1552669%2F20260729%2Fob_06f589_35183ed4-c7d0-4369-aa5e-7abcd6ae8d44.png)
On nous a souvent comparés à “Don Camillo” mais, entre lui et Peppone, ce n’était pas les mêmes enjeux, ni les mêmes façons de s’affronter. Nous étions une façon moderne de parler de religion, dans un moment où les religieux n’étaient plus les mêmes, où les fidèles n’étaient plus les mêmes, et une façon également différente de parler de la politique. Et puis, après, je retiens les éclats de rires, les joies de travailler avec des réalisateurs comme Pascal Heylbroeck, qui est un grand metteur en scène de comédies. Il était tellement à l’écoute que je lui disais “Tiens, je pourrais partir avec mon téléphone et on verrait que le fil est long, long, long, long. Mets moi un système pour qu’au moment où je dis que ça a coupé, je lâche le fil qui se barre”. On a fait plein de gags comme celui-ci, on s’est beaucoup beaucoup amusés à tourner ! En même temps, toujours avec les impératifs de la télé : peu de jours de tournage, des journées longues, extrêmement denses mais avec beaucoup de joie !
Sans oublier une amitié grandissante avec Christian ! On se voit beaucoup…Il a énormément écrit, notamment “Les monos” et j’ai le souvenir d’avoir été impressionné dès les premiers épisodes. C’était vraiment aussi une très belle série ! Il a aussi écrit beaucoup de livres et, en ce moment, il travaille sur un nouveau, différent de ceux qu’il a faits jusqu’à présent car ce sera une saga historique.
Merci, Didier, pour toutes vos réponses !
/image%2F1552669%2F20260723%2Fob_f8953c_28a5536a-9950-4dd9-853c-032d82aff89e.png)
/image%2F1552669%2F20260722%2Fob_27044f_affiche-lpslt-funambule.png)
/image%2F1552669%2F20260722%2Fob_012969_img-7647.jpeg)
/image%2F1552669%2F20260722%2Fob_0d33e6_img-7649.jpeg)
/image%2F1552669%2F20260722%2Fob_e2f407_img-7640.jpeg)
/image%2F1552669%2F20260722%2Fob_05f3f9_img-7639.jpeg)
/image%2F1552669%2F20260722%2Fob_cd8333_img-7664.jpeg)
/image%2F1552669%2F20260722%2Fob_5aac1f_img-7638.jpeg)
/image%2F1552669%2F20260722%2Fob_1cd44e_img-7667.jpeg)
/image%2F1552669%2F20260722%2Fob_4c64e8_img-7444.jpeg)
/image%2F1552669%2F20260722%2Fob_b02a52_img-7651.jpeg)
/image%2F1552669%2F20260722%2Fob_b42d00_img-7656.jpeg)
/image%2F1552669%2F20260722%2Fob_f4e225_img-7658.jpeg)
/image%2F1552669%2F20260722%2Fob_7ee282_img-7653.png)
/image%2F1552669%2F20260722%2Fob_dfcde4_img-7654.jpeg)
/image%2F1552669%2F20260722%2Fob_881985_img-7679.png)
/image%2F1552669%2F20260722%2Fob_5953d5_img-7671.jpeg)
/image%2F1552669%2F20260722%2Fob_a47b60_img-6846.png)
/image%2F1552669%2F20260722%2Fob_945ea3_img-7434.png)
/image%2F1552669%2F20260722%2Fob_3e6840_img-7562.png)
/image%2F1552669%2F20260718%2Fob_4b5f20_img-4611-1.jpg)
/image%2F1552669%2F20260712%2Fob_1a1841_b6c0bcc9-9624-42b0-aa2f-26635a044bc5.jpg)
/image%2F1552669%2F20260712%2Fob_0dd51c_a52c40f8-13d4-45dc-9b34-e57ed1ae2114.png)
/image%2F1552669%2F20260712%2Fob_724358_1898fa61-ceae-46c8-8b2f-31c92416ee4f.png)