Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous êtes actuellement sur scène, en alternance, au théâtre Le Lucernaire, dans la pièce « Le bourgeois gentilhomme ». A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
C’est une version qui est revisitée mais sans l’être : c’est quand même le texte original de Molière, auquel le metteur en scène Bastien Ossart a rajouté des chansons. Il y a également un petit passage qui rappelle une émission de télé, et qui fait un peu penser au sketch des Inconnus sur la 5, avec des grands intellectuels qui vont parler de la notion du paraitre dans la société. En revanche, même s’il s’agit du texte original, il a été coupé parce que la pièce initiale dure très longtemps.
Il faut savoir qu’à la base, « le Bourgeois Gentilhomme » était basé sur la musique, c’était une commande du roi Louis XVI à Lully. Suite à une visite du roi turc, qui ne s’était pas bien passée, le roi français avait demandé l’organisation d’un gros bal, pour se moquer des turcs. Lully, ne s’en sortant pas dans la création de ce que l’on peut considérer comme une des premières comédies musicales, avait alors demandé l’appui de Molière dans l’écriture. Donc la genèse de cette pièce est vraiment ce mélange de musique et de théâtre dansant !
Quels personnages y interprétez-vous ?
Je joue le maitre d’armes et Nicole, la servante. Le premier est très pédant, autoritaire, il y a notamment une scène où il débat avec trois autres maitres (de danse, de musique, de philosophie), chacun veut faire admettre aux deux autres que son art est le plus important. Nicole, elle, est coquine, mimi, adorable, on a envie de lui faire des gros câlins et, en même temps, elle est facétieuse. C’est un personnage très agréable à jouer !
J’avais vu cette pièce en Avignon… A la base, l’assistance metteuse en scène, Iana Serena, qui a créé le rôle de Nicole dans ce spectacle, est une amie. Elle est d’ailleurs exceptionnelle dans son interprétation, j’ai même toujours des scrupules à donner mes dates, tellement elle est incroyable. Quand elle m’a proposé de faire son alternance, j’étais hyper touchée, c’était une grande preuve de confiance mais j’étais aussi impressionnée car ce n’est pas évident de passer après elle sur ce rôle. C’était un challenge mais cela ne m’empêche pas de m’amuser et d’avoir trouvé, maintenant, mon axe à moi.
Artistiquement, interpréter, dans une même pièce, ces deux rôles bien différents doit être très plaisant…
Oui, c’est vraiment top ! C’est très différent de ce que je fais habituellement, je joue surtout dans des comédies, registre dans lequel s’inscrit aussi cette pièce, mais je n’avais jamais joué dans un classique. Je trouve chouette de toucher à tout !
« Comme on brûle encore », pièce que j’ai jouée en Avignon et avec laquelle j’y retourne cette année, est encore différente. On y évoque les violences faites aux femmes, on est dans un jeu beaucoup plus naturaliste et cinématographique, là, où, dans « Le bourgeois gentilhomme », on est dans le grandiloquent, le baroque. C’est hyper intéressant de se fondre dans ces différents codes et ces différentes formes de jeu. C’est challengeant ! Je pense qu’à la base, j’ai voulu faire ce métier aussi pour cela, on n’y fait jamais la même chose.
D’ailleurs, quels principaux retours pouvez-vous avoir des spectateurs à la sortie du Lucernaire ?
Les gens sont enchantés par l’univers visuel ! Il y a des perruques très colorées et de magnifiques costumes… C’est un honneur de porter des costumes aussi incroyables.
Il se passe beaucoup de choses dans la pièce, il y a aussi du chant ou encore de la danse donc les retours sont très positifs, les gens ressortent avec des paillettes dans les yeux.
En complément, vous serez à nouveau cet été au festival d’Avignon, avec deux pièces…
Oui c’est une chance ! Il m’est déjà arrivé d’y jouer deux pièces et je suis heureuse de renouveler l’expérience. « Comme on brûle encore », de Macha Orlova, est bouleversante à plein de niveaux. Elle parle des violences faites aux femmes, des gens nous attendent à la sortie, en pleurs, pour nous prendre dans leurs bras et nous remercier d’avoir mis des mots sur certaines choses qu’ils ont pu vivre. Quand on aborde les gens dans la rue pendant le tractage, il arrive que certaines personnes se braquent en nous disant « qu’on a assez parlé de ce sujet », ou « qu’il faut arrêter de se victimiser ». Or, je pense que les partages d’expériences ne sont pas une manière de se positionner en victime.
Cela peut, en revanche, aider des personnes ayant subi des violences (ou les subissant) à reconnaître certains signes, à comprendre qu’elles ne sont pas seules dans leur processus chaotique de guérison (on parle notamment à plusieurs reprises du sentiment de culpabilité, partagé par énormément de femmes qui ont été la cible de violences sexuelles ou physiques, et qui fait parfois rester ces femmes dans des situations où elles sont violentées). Bref, cette pièce n’est pas un lieu où l’on entend « des femmes se plaindre » comme certaines personnes peuvent le craindre, mais un espace de liberté, d’expression et de guérison. D’autant plus qu’elle est riche : il y a du chant, de la danse, des sketchs, des témoignages…
Quoiqu’il en soit, le rapport au public est vraiment incroyable, Et puis, j’adore l’équipe, on est toutes devenues copines, c’est vraiment chouette de se dire qu’on va repartir ensemble !
La deuxième pièce, « Sherlock Holmes contre Arsène Lupin », mise en scène par Pierre Leandri, va être une comédie grandiose ! Elle est très bien écrite, vraiment drôle, mes partenaires de jeu sont formidables. Je ne peux pas encore trop en parler car nous commençons tout juste le travail, mais j’ai vraiment hâte de poursuivre la préparation, la pièce est tellement prometteuse !
Ces deux actualités sont très enthousiasmantes. C’est important d’aller à Avignon avec des pièces que l’on est content de défendre. On tracte toute la journée, il faut donc avoir à cœur de défendre ses spectacles.
Le festival est un moment grisant, c’est le rendez-vous annuel à ne pas louper…
Complètement ! Il y a une effervescence énorme, des gens paradent en costumes à chaque coin de rue, c’est une sorte de folie ! Il faut venir, on se régale, on est hors du temps pendant trois semaines, c’est vraiment top !
A l’image, les téléspectateurs de TMC peuvent vous voir en ce moment dans « Les mystères de l’amour ». Quels souvenirs gardez-vous de ce tournage ?
De très chouettes souvenirs ! L’équipe artistique est adorable, vraiment. Tous les comédiens m’ont fait un super accueil, les réalisateurs aussi, ça s’est très bien passé. Je ne demande qu’à y retourner, je serais ravie que Natacha revienne…On verra si Jean-Luc Azoulay est inspiré par mon personnage, ce serait avec plaisir en tout cas !
Ce genre de série est un challenge, on tourne énormément en très peu de temps donc il n’y a pas trop le droit à l’erreur. Il faut être de suite dans le ton…Plus on est efficace, mieux c’est ! Donc la préparation est primordiale. En tout cas, je me suis bien amusée, j’ai beaucoup aimé mes partenaires et c’était un bonheur de tourner avec Patrick !
Pour terminer, quelles sont vos envies pour la suite de votre parcours artistique ?
Je fais beaucoup de théâtre, je suis très heureuse, j’adore cela et, là, j’ai eu beaucoup de tournages en très peu de temps, entre « Orig’ami » et « Les mystères de l’amour ». Cela m’a fait du bien de renouer avec la caméra, je me suis rendue compte que c’était aussi un jeu qui me plaisait beaucoup et que, si je pouvais tourner un peu plus à l’avenir, ce serait du bonheur. J’aimerais écrire aussi, j’ai d’ailleurs un projet en ce sens pour le théâtre, dans lequel il me plairait de pouvoir jouer.
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Votre actualité à l’image et sur scène est riche et variée. Nous pourrons, notamment, vous retrouver prochainement sur France 2 dans un épisode de « Tropiques criminels », sous les traits du personnage d’Alexandra Tell. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oh oui ! Un plaisir infini…Une sorte de casting-cadeau…S’il y a vraiment un casting à passer au mois de février / mars et s’il y a bien un tournage à faire ensuite, ce sont ceux de « Tropiques criminels ». C’est en Martinique, on est logé dans un hôtel avec la mer juste devant, le tout entouré d’une équipe extraordinaire et gentille. Sonia Rolland et Béatrice de La Boulaye sont absolument adorables, conviviales et bienveillantes. J’avoue que mon rôle d’Alexandra Tell était très agréable à jouer, c’était vraiment une méchante, riche héritière, hautaine et détestable…Que demander de plus ? C’était vraiment, je le redis, le tournage cadeau, la belle surprise de ce métier…
Au moment de rejoindre pendant quelques jours, en tant que guest, une telle série, vous étiez-vous (re)plongée dans certains des épisodes déjà diffusés pour mieux encore vous imprégner de son atmosphère ?
Je n’ai pas beaucoup regardé, honnêtement, les épisodes, j’ai pris connaissance évidemment de la série, du thème, du ton et j’ai voulu voir quand même plusieurs scènes avec Béatrice et Sonia, pour connaitre leur jeu et leur complicité. Cela me donnait des informations sur mes scènes au commissariat avec elles deux, pour savoir comment positionner mon personnage. Pour le reste, c’est du jeu, c’est une création, c’est une fraicheur à amener…
Ce personnage est un vrai rôle de composition, ce qui a certainement dû accentuer votre plaisir à l’interpréter…
Ses caractéristiques ne font pas du tout partie de mon quotidien mais je pense que l’on est tous multifacettes. Même si on n’est pas méchant dans la vie, on ressent quand même, parfois, des petites choses…C’est là où je suis allée puiser, comme si j’avais pris cette petite graine que l’on a tous de méchanceté, d’avoir envie d’être hautain, que je l’avais ouverte et exacerbée. J’ai, surtout, essayé de comprendre pourquoi ce personnage d’Alexandra était comme cela et quelles sont ses raisons. Je me suis inventé une histoire, elle est seule, ce n’est pas facile de naitre dans une famille qui a beaucoup de moyens et qui est déjà successful, cela veut dire qu’il faut faire ses preuves, qu’il faut être à la hauteur, que l’on a déjà tout ce que l’on veut matériellement. A l’inverse, quand on est nait dans une famille plus pauvre, on a la niaque pour aller chercher ce que l’on veut. Je pense que c’est une vraie difficulté de ne pas avoir cette niaque quand on a déjà ce que l’on veut. Tout cela ne rend pas forcément plus heureux…Je suis allée chercher ces frustrations pour comprendre et défendre le personnage. J’ai trouvé cela passionnant, c’était très agréable à faire, je me suis beaucoup amusée !
La richesse du métier de comédienne vous permet, d’un rôle à un autre, d’interpréter des personnages bien différents. Comme ce sera le cas prochainement sur France 3, dans « Un Si Grand Soleil »…
Iris Guillon est totalement différente, elle est une femme plutôt « normale » de la vie quotidienne, elle divorce et se fait harceler par son mari. C’est plus proche de moi parce que je me suis aussi séparée. Ce n’est pas que j’ai vécu du harcèlement mais un peu quand même donc j’ai pu beaucoup plus facilement me projeter en elle. J’avais, de suite, en moi les sentiments qu’elle éprouvait, je n’ai pas dû les construire.
Le cadre et les conditions de tournage de la série sont aussi très agréables…
Oui ! Mais j’ai tourné de soirée à Montpellier, la semaine où il faisait moins six degrés donc, en fait, j’étais frigorifiée. Je pense à une scène de peur, où je me fais courser et où je saute dans le tram qui repart, j’ai dû faire beaucoup de prises dans le froid, c’était dur.
Ce que j’ai bien aimé dans cette expérience, c’est que je n’avais jamais tourné dans des studios aussi grands. Ils rappellent un peu les studios à l’américaine donc c’était plaisant et impressionnant. Quatre équipes tournent chaque jour et, la première journée, je suis passée de l’équipe 1 le matin à l’équipe 4 l’après-midi. J’étais comme mangée un peu par cette grosse machine mais, passée la première journée, je me suis rapidement habituée et c’était très bien. C’est vrai, en tout cas, que, sur cinq jours de tournage, j’ai travaillé avec cinq réalisateurs différents, ce n’est pas banal, c’était une première pour moi. Avec, chacun, sa façon de faire, sa façon de voir le personnage,…C’est une grosse adaptation ! Mais, encore une fois, l’aventure, la nouveauté et l’adaptabilité me plaisent énormément parce que ça va convoquer beaucoup de choses hyper enrichissantes en moi. J’adore !
Un épisode est mis en boite chaque jour, il vous a donc fallu tenir la cadence …
Il faut être à la hauteur, il faut être là et, en réalité, j’ai été agréablement surprise parce qu’on a quand même du temps. S’il y avait encore du travail après les deux premières prises, on en faisait quand même d’autres en plus, pour peaufiner un peu le jeu.
Toujours à l’image, vous avez récemment tourné dans un long-métrage indépendant en noir et blanc, qui commence son chemin de diffusion. Un mot sur cette autre aventure ?
Ce film s’appelle « La clé », il a été réalisé par Paul Sportiello, de façon complètement indépendante, avec sa propre boite de production. En fait, c’est un ami commun qui nous a présentés, Paul cherchait, pour le rôle de Victoire, une actrice d’une trentaine d’années, il voulait une femme très froide, très forte, une carriériste qui consomme tout. Il a vu cela en moi visiblement J…
A chaque fois, ce que j’aime dans ce genre de rôle, c’est d’aller trouver la faille derrière. Des gens sont très forts d’apparence mais on est tous humains…Dans ce film, il y a une très belle scène où Victoire, mon personnage, a sa mère au téléphone et où on apprend alors tout : sa mère est dysfonctionnelle et Victoire hurle, craque, on voit ainsi toutes ses failles. Donc on commence par voir sa force, avant cette scène de craquage…C’est très vrai !
Plus généralement, ce film est l’histoire de trois hommes d’un certain âge, qui sont plus ou moins SDF et qui ont pour habitude d’entrer dans les appartements de gens fortunés, quand ils ne sont pas là, pour y rester deux à trois jours. Parfois même, ils arrivent à habiter chez les gens en la présence de ces derniers, ils se dissimulent sous le lit. A un moment donné, ils arrivent dans l’appartement de Victoire et un des personnages est fasciné par elle, il tombe amoureux.
C’est presque hitchcockien, c’est tourné en noir et blanc, cette relation entre ces trois hommes est très jolie. Dès la lecture du scénario, j’ai été extrêmement touchée par cette délicatesse d’écriture et par la beauté de la relation entre ces trois hommes.
Ce film va certainement aller au marché du film à Cannes et ira peut-être dans des festivals. En tout cas, il commence son chemin de diffusion. J’aimerais beaucoup qu’il soit vu et apprécié car il est très beau.
Vous êtes également sur scène, dans la pièce à succès « L’embarras du choix ». La fidélité du public doit certainement vous faire particulièrement chaud au cœur ?
Cela fait très très chaud au cœur ! Pareil, c’est un cadeau…Il n’y a pas énormément de pièces qui fonctionnent au théâtre, il est rare qu’elles fassent d’ailleurs plus qu’une saison mais celle-ci se joue sans discontinuer depuis presque quatre ans. Le public est toujours autant au rendez-vous ! Les applaudissements et la joie des gens au salut sont un pur bonheur, vraiment. Cette pièce le mérite, Sébastien a toute mon admiration là-dessus, il sait divertir, il sait donner au public de la joie, du plaisir, des émotions, du divertissement. Il fait du bien au théâtre ! C’est magnifique de faire cela, c’est hyper important…De pouvoir, moi, par mon rôle dans « L’embarras du choix », participer à cette démarche est vraiment superbe !
Plus concrètement, comment pitcher cette pièce ?
C’est l’histoire de Max, un homme de trente-cinq ans, qui réside à Lens et qui a une vie un peu plan-plan. Il est en couple et est à peu près heureux, il est dans une bonne moyenne. Tout d’un coup revient, à Lens, Alice, que j’interprète, son amour de jeunesse…En la renvoyant, il va être extrêmement perturbé, il va revivre un peu le passé, jusqu’à se demander si, finalement, il n’a pas besoin de plus d’aventures que ce qu’il n’a dans sa vie. Ainsi, il va faire appel au public plusieurs fois dans la pièce, en lui demandant le choix qu’il doit faire au fur et à mesure de l’histoire. Cette dernière change donc en fonction des réponses…Cela nous mène, petit à petit, vers un personnage qui a, finalement, fait son chemin émotionnel, pour finir soit avec Alice, soit avec sa femme. Cela permet de s’interroger sur où se positionne l’amour : dans la passion ou dans la raison ? Ces questionnements sont réels, les gens sont vraiment très concernés, ça les fait vraiment réfléchir à chaque fois.
Tout est bien écrit, ce n’est pas de l’adaptation, simplement une multitude de scènes est possible. Au bout de deux ans, une forme d’habitude s’est créée en moi et c’est très agréable de jouer cette pièce, du fait de ces changements et de ce sujet. Finalement, même après tout ce temps de représentation, je n’ai toujours pas trouvé la clé de ce qu’il faut faire en amour…C’est une perpétuelle réflexion. Donc c’est vraiment sympa !
Toujours sur les planches, mais dans le domaine cette fois-ci de la mise en scène, vous accompagnez actuellement la préparation d’un seule en scène…
C’est encore une autre façon de vivre ce métier, de vivre le spectacle et de raconter une histoire ! Ce n’est plus en l’incarnant, mais en matérialisant sur scène ce que je ressens, ma vision d’un texte et ma sensibilité. Capucine Héry est une artiste très singulière, que j’aime énormément, qui me touche beaucoup, elle est une magnifique danseuse et elle écrit, tout aussi magnifiquement, des poèmes. Elle vient d’écrire son seule-en-scène, qui mêle théâtre, danse et poésie. C’est un sublime OVNI, je me suis demandé comment faire pour le mettre en scène mais, en même temps, c’est passionnant parce que c’est challengeant. On est en préparation, on fait des lectures dans des théâtres et j’espère que ce spectacle va aboutir.
Le sujet est comment une femme peut vivre sainement ce métier en étant danseuse. Capucine était danseuse au Crazy Horse, elle dansait donc nue mais dans un show magnifique qui met vraiment la femme en valeur. On s’interroge, ainsi, sur comment, dans cette vie parfois misogyne, toujours un peu patriarcale, on peut avancer au milieu des regards des hommes…
Quel plaisir de vous retrouver pour cette nouvelle interview ensemble !
En ce début d’année 2025, dans le cadre du Nikon Film Festival, « SP », le premier court-métrage que vous avez réalisé, est en ligne. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oui ! C’est tout nouveau, pour moi, de réaliser, c’est encore plus nouveau de réaliser un film que j’avais écrit. « SP » est une première expérience, pour moi, très riche, entouré de gens que j’aime. Christophe Pujol est un comédien que j’admire et avec qui je travaille très souvent. J’avais joué avec Antoine Coesens dans « Mon nom est Marianne » et j’avais envie qu’il soit ce chef de caserne expérimenté. Les autres trois comédiens, Eric Colonge, Romain Bouix et Pauline Lapierre, sont aussi des gens que j’apprécie. J’y ai associé une équipe technique de gens de la région, avec qui je commence à travailler régulièrement et qui ont tout donné pour ce film et je suis super content de ce résultat !
@ Augustin Rogel
Ces 2 minutes et 20 secondes font passer les téléspectateurs par tout un mélange de sentiments et de sensations…
Effectivement ! C’est très complexe de réaliser et de monter un film en 2 minutes 20. Je dois vous avouer que j’avais énormément d’images et que j’ai dû en couper. Notamment la scène de sortie du camion jusqu’au départ : c’est un plan séquence, il est mis tel quel dans le film mais j’ai dû rajouter, au montage, le regard de Pauline, qui joue Axelle parce qu’il me paraissait nécessaire dans la narration.
@ Augustin Rogel
C’est complètement fou de se dire qu’en 2 minutes 20, on raconte une histoire, on rencontre les personnages qui sont très forts humainement et qu’on séduit le public. Sur 2137 films, être dans les 30 plus vus et dans les 50 les plus soutenus est, je trouve, très impressionnant. Nous n’avons pas été sélectionnés par le jury mais nous avons déjà gagné, c’est chouette, je suis très content ! La concurrence était rude et j’ai pu découvrir aussi, grâce à ce festival, de nombreux autres talents. Cela me donne surtout envie de faire la suite et je réfléchis à une série sur les sapeurs-pompiers, ça trotte dans ma tête.
@ Augustin Rogel
D’ailleurs, quels principaux retours avez-vous pu avoir du public ?
Beaucoup insistent sur le côté humain, sur le fait d’être saisi en 2 minutes 20 par une émotion assez forte mais aussi, en même temps, sur la frustration de ne pas en voir plus. D’où mon idée de me projeter dans une série…J’ai aussi eu des retours très sympas sur l’écriture et sur la réalisation, autant de gens de la profession que de spectateurs. Beaucoup de personnes proches des sapeurs-pompiers ont été impressionnées par le réalisme…Même si, je l’avoue, on est dans une fiction car, normalement, un sapeur-pompier ne craque pas comme cela devant les autres, notamment devant une jeune qui arrive dans la caserne. Mais j’en avais besoin dans la narration pour apporter cette dimension humaine, qui fait l’objet, certainement, du plus de retours.
@ Augustin Rogel
Pour moi, c’est un premier film, je reste assez novice dans le métier mais je suis content des retours des gens de la profession, notamment de réalisateurs avec qui j’ai travaillé, qui sont très positifs et encourageants.
Plus personnellement, cette expérience derrière la caméra fera-t-elle de vous un autre comédien devant la caméra ?
Evidemment ! Se retrouver de l’autre côté de la caméra demande de percevoir les sensibilités, les angoisses et les joies des comédiens que l’on dirige. Je me souviens notamment que Christophe, sur « SP », était assez angoissé à l’idée de jouer son personnage, tellement ce qu’il vit est fort. J’étais complètement persuadé qu’il allait faire le job, comme on dit et tout s’est joué dans ce rapport entre le réalisateur et le comédien, où on s’est accompagnés mutuellement pour arriver au résultat. Evidemment, je n’ai pas l’expérience de réalisateurs qui en sont à leur cinquantième épisode de série ou leur dixième film mais je crois qu’il y a un endroit où on se retrouve, dans ce que je peux ressentir quand je suis de l’autre côté. Le fait de me mettre, à ce moment-là, à la place du comédien m’a certainement permis de trouver les mots et de pouvoir obtenir ce que je voulais.
En parallèle, vous êtes actuellement en tournage d’une nouvelle mini-série pour TF1, « Montmartre », au début des années 1900…
Oui, j’ai terminé le tournage début mars. C’est une série de 8x52 minutes, qui se tourne en région parisienne, réalisée par le québécois Louis Choquette. La série se passe dans le milieu des cabarets au passage à l’année 1900, j’y joue une nouvelle fois un policier, je crois que c’est vraiment mon emploi à la télévision☺. Je l’aime bien ce personnage, il s’appelle Séraphin, il est un peu borderline, il a un petit passif que je ne peux pas dévoiler, il va être confronté de manière un peu suspicieuse à son ami Léon, joué par Hugo Becker, que je retrouve pour la troisième fois dans un projet après « Les disparues de la Gare » et « Tout le bleu du ciel ». Nous avons été très complices et j’espère que cela se verra à l’écran !
J’espère aussi que Séraphin plaira au public car c’est un personnage très intéressant !
Vous tournez en costumes d’époque, ce qui doit être très plaisant…
Oui ! Le travail ne se cantonne d’ailleurs pas qu’aux costumes, le décor, aussi, est fantastique. Je me souviens des essayages que l’on avait faits il y a quelques mois, où, sur les cintres étaient pendues l’ensemble des robes, notamment de cabaret. La première journée, en janvier, s’est faite dans un théâtre d’époque, pour une revue de cabaret, avec une centaine de figurants pour jouer les spectateurs et c’était incroyable de voir tous ces gens transposés dans une autre époque, avec tous les accessoires, mobiliers, costumes…
Tout est fantastique, c’est extrêmement bien produit, on est vraiment immergés dans cette époque-là ! J’adore cela…Bon, par contre, il me tarde de me raser mes rouflaquettes☺, elles font d’ailleurs beaucoup rire les gens de mon entourage.
Au moment de vous glisser dans la peau de votre personnage, vous étiez-vous (re)plongé dans certains documents de l’époque, pour mieux encore vous imprégner de son atmosphère ?
J’avais déjà vu « Paris Police 1900 », une série d’époque. J’ai, aussi, dans mon passif d’animateur théâtre, travaillé dans un château du Gard aux voitures, mobilier et ambiance d’époque. Dans mon travail d’acteur, je me suis concentré sur le texte et sur les détails que je devais trouver, plus que sur l’époque, pour ne pas être trop influencé.
En complément, le 17 mai prochain aura lieu la première édition d’un bel évènement dédié aux jeunes talents dans les industries créatives et culturelles, ainsi que le théâtre en Occitanie que vous organisez chez vous, dans le sud de la France…
C’est un festival entièrement dédié à la jeunesse. Cela fait maintenant près de 3 ans que l’on y réfléchit, notamment avec les membres de la fondation du Cercle Mozart de Montpellier, Fond de dotation qui supporte le projet. Depuis 18 mois, on lance certains appels à projets, notamment un pocket film lancé dans tous les collèges et lycées pour permettre à des jeunes de créer leur court-métrage, ou encore un concours de scénarios, un appel à projet pour les compagnies émergentes de théâtre qui vont pouvoir participer au festival d’Avignon,…Le 3 avril, on va aussi lancer les « 48 heures théâtre », ce qui va permettre à des jeunes qui sortent d’écoles de théâtre de pouvoir se produire lors de la cérémonie.
L’idée, le 17 mai, est de faire une grande fête, qui va regrouper toutes ces personnes et de montrer, à travers des nominations et des lauréats, que bon nombre de comédiens en Occitanie et dans le sud de la France commencent à travailler dans ce métier et que Paris n’est pas forcément un passage obligé. On souhaite mettre en lumière tous ces talents et aussi montrer l’ensemble des métiers que l’on peut apprendre par chez nous.
On aimerait pérenniser ce festival, pour en faire un rendez-vous incontournable de la région.
Le même mois de mai, vous allez tourner une web-série à 3 personnages principaux. Ça s’appelle « Charlotte ». Comment pitcher ce projet ?
Je dirais que c’est une famille comme il en existe beaucoup, un papa, une maman et une ado de 14 ans, et que c’est un peu le regard de parents sur un monde qui va beaucoup trop vite pour eux. Aujourd’hui, les jeunes naissent connectés…Cette ado de 14 ans est dans tous ces questionnements qui fleurissent aujourd’hui, sur le genre, sur l’amour, sur la différence d’âge, sur le respect de règles,…Et on a les réactions du papa et de la maman qui sont différentes, eux qui ont 10 ans d’écart.
Les 3 ne se ménagent pas, ils se parlent vraiment franchement. L’humour de la série, je l’espère, va venir de ce décalage entre ces 3 personnages, qui ont un bon tempérament et qui portent un regard sur le quotidien chacun à leur manière et assez moqueur. Cela va être un peu dans l’esprit des formats courts que l’on peut voir sur le web.
J’écris depuis un an et on va certainement tourner une douzaine d’épisodes en mai prochain à Montpellier.
Certainement avez-vous hâte de concrétiser ce beau projet ?
Oui ! D’abord parce que je l’ai écrit, en partie, pour Juliette Gillis, avec qui je partage la scène sur ma dernière création théâtrale qui porte le même nom « Charlotte ». Aussi parce que, pour le rôle de la maman, on avait envie de collaborer ensemble avec Juliette Tresanini…Je pense que nos 3 énergies et nos 3 mondes différents vont donner une belle rencontre et une belle dynamique ! J’ai hâte.
Vous parliez de théâtre, vous serez de retour en Avignon, en juillet, avec 2 spectacles, que vous proposerez, cette année encore, au public…
Ce sera la dernière exploitation de « Fake news », que je joue avec Didier Lagana et Laura Charpentier…On a envie de terminer par un gros festival et, pourquoi pas, enchainer derrière avec une dernière tournée. On a déjà joué ce spectacle près de 150 fois, un peu partout en France, jusqu’à l’ile de la Réunion. On s’entend très bien tous les trois, ce spectacle nous amuse beaucoup, on a envie de terminer d’une belle façon !
@ ERIC DE HULESSEN
Avec Juliette Gillis, nous jouerons aussi au théâtre « Charlotte » à La Luna, à 10h05, en alternance avec le spectacle de Didier « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran ». Puis j’enchainerai à 12h 45 à l’Albatros avec mes deux autres camarades pour « Fake News »… Un vrai marathon !
Et justement, votre apparition dans une publicité pour une grande marque de distribution, très prochainement, c’est une Fake News ?
Ah ah ah ! Vous êtes au courant de tout Julian ! Non, ce n’est pas une Fake News. La pub sortira fin avril. On va me découvrir dans ce spot humoristique pour la marque Leclerc, que j’ai tourné avec le réalisateur Hafid Benamar, qui a notamment collaboré aux séries « Platane », « Week-end Family ». Cette pub pour les parapharmacies est un sketch bourré de jeux de mots entre Lisa Garcia (qui joue la parapharmacienne) et moi (qui joue le client). Les gens vont bien se marrer !
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Nous pouvons vous retrouver, depuis quelques semaines, dans la quotidienne de TF1 « Demain Nous Appartient ». A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oui ! En fait, c’est ma première quotidienne…De façon basique, j’ai passé un casting et j’ai été prise ! J’en suis super contente ! C’est un rôle qui est différent de ceux que j’avais pu faire à la télé ou au théâtre. Je suis plus dans la comédie, j’aime faire rire et ce personnage est vraiment aux antipodes. C’est une femme qui a vécu et qui a beaucoup souffert…Elle a subi des violences conjugales, elle a tué son mari puis fait douze ans de prison. Elle n’avait alors quasiment pas vu sa famille et va la retrouver donc il y a beaucoup d’émotion. Niveau jeu, ça me changeait et je suis vraiment contente d’avoir à défendre un tel personnage.
Qui plus est dans une quotidienne…Je n’en avais pas l’habitude, on m’a dit « tu vas voir, ça bosse, ça y va, on fait cinq, six séquences par jour »…En plus, le premier jour, j’ai démarré avec une séquence bien costaud, dans le square, lorsque mon personnage perd la tête…Mais je m’y étais préparée, j’avais bien travaillé en amont et il le faut. Il est nécessaire d’arriver prêt, texte su, ce qui est la base, avec un travail que l’on fait soi-même parce que ça va très vite. Et Charlotte a été super avec moi !
Sur le tournage, on change de réalisateurs, de plateaux, d’acteurs….On a également quelqu’un qui nous coache, qui nous fait répéter notre texte. Tout est bien programmé ! Ce qui fait que je me suis bien amusée, même si le rôle est tragique. J’ai vraiment pris du plaisir à jouer dans cette quotidienne ! Je vais d’ailleurs sans doute revenir…
Vous avez, ainsi, eu l’opportunité de tourner avec des comédiens aux profils très différents…
Cela a bien matché avec tout le monde ! En plus, j’ai croisé plein de gens que je connaissais, moi qui ai roulé ma bosse depuis le temps : Catherine Benguigui, Dominique Guillo, … C’était sympa ! L’ambiance est vraiment très bonne, du HMC au plateau, donc je me suis éclatée !
D’ailleurs, quels retours avez-vous pu avoir des fidèles téléspectateurs de la série ?
Un de mes amis m’avait dit « Tu vas voir, ça va te changer, sur Instagram notamment ». J’avais une page, que je gérais tranquillement et, depuis, j’ai pris je ne sais combien d’abonnés. Les gens posent plein de questions, se demandent ce qui va se passer, s’inquiètent pour l’état de santé du personnage, …C’est très rigolo !
Les retours sont très bons et très touchants, notamment sur la scène où je retrouve mes petits-enfants. Les spectateurs m’ont dit avoir pleuré devant cette grand-mère qui revoit sa famille…En tout cas, j’aime cette proximité avec le public : quand je suis au théâtre, j’adore, à la fin, discuter avec les gens, faire des photos, signer, …Je trouve cela bien et normal !
L’arrivée du personnage a aussi été l’occasion d’aborder des sujets de société…
La réinsertion, les violences conjugales - on était en plein procès Pelicot au moment du tournage-, aussi l’homosexualité et peut-être l’homophobie de la grand-mère, qui n’est pas une vraie homophobie, c’est surtout qu’elle n’est pas habituée et qu’elle ne sait pas ce que c’est. Cela a permis de montrer que les enfants, aussi, peuvent parler aux grands-parents de sexualité. Mon personnage le dit, à son époque, elle ne parlait jamais de sexualité avec ses parents…mais, maintenant, les choses sont différentes !
Le cadre de tournage, tant en intérieur qu’en extérieur, a dû être très plaisant…
Les studios sont très impressionnants ! Ils sont tellement grands que je me suis souvent perdue et, à chaque fois, mes camarades se moquaient de moi…Vous n’imaginez pas le nombre de fois où j’ai fait le tour du studio avant de trouver la sortie.
J’ai aussi tourné, en extérieur, au Little Spoon, c’était super également !
En complément, toujours à l’image, encore dans le sud, vous tournez actuellement la saison 2 de « Tom et Lola » pour France 3. Où vous jouez à nouveau une maman…
On est sur une maman et une mamie complètement différente, elle est plus dans la comédie, elle est très actuelle, très branchée, elle veut caser sa fille, elle a un côté bohème. Tom et Lola sont deux policiers, amis d’enfance, qui se chamaillent tout le temps…Je suis encore dans le sud, j’adore, c’est formidable, je ne vais pas me plaindre !
Prochainement, vous allez retrouver Claudia Tagbo et l’équipe de « R.I.P, aimons-nous vivants ! » pour une nouvelle session de tournage…
Même si ça se passe dans une maison funéraire, on est, là aussi, dans de la comédie. Claudia est un amour, on s’est vraiment bien entendues toutes les deux. Tous les comédiens qui font les porteurs sont également très drôles ! Je me marre bien à chaque fois. Je suis contente, du coup, de les retrouver pour ces nouveaux épisodes.
Mon personnage seconde celui de Claudia, elle rattrape tout le temps les bourdes des autres. Donc les trois rôles que nous venons d’évoquer sont totalement différents…Franchement, c’est ce que l’on recherche quand on est comédien !
D’ailleurs, sur ces programmes ou sur d’autres, aimez-vous regarder le rendu final, notamment pour capitaliser sur votre propre interprétation ?
J’avoue qu’au début de ma carrière, j’avais du mal mais tous les acteurs vous diront la même chose. Je ne regarde pas tout, je regarde certaines choses en particulier. Sur DNA, comme je changeais de tête, ça m’intéressait de voir le rendu à l’image, parfois même je me suis demandée si c’était vraiment moi…Mais c’est normal, c’est une femme qui sort de prison et qui est marquée par la vie.
Dans un autre registre, celui des planches, vous serez de retour au festival d’Avignon, avec « Ma famille en or », chaque soir à 19h 50. Comment pitcher cette pièce ?
C’est une famille un peu dysfonctionnelle qui, un jour, reçoit une lettre indiquant qu’un héritage de deux millions d’euros l’attend d’un inconnu. Pour cela, il faut être quatre le jour J, à une heure précise, en Argentine…Mais la fille manque à l’appel, elle est partie faire un tour du monde et personne ne sait où elle est. Donc, à trois, on va partir la chercher…sur la base d’indices en lien avec Tintin.
Le père ne peut pas prendre l’avion, sinon il tombe raide, la mère dépense son argent partout et tout le temps, …C’est assez drôle, la famille va se retrouver mais, pour cela, il va se passer beaucoup d’évènements et ils vont se dire beaucoup de choses…
Le festival est clairement un grand barnum théâtral…
J’y suis retournée en 2017 et, depuis, je m’éclate. J’ai rencontré plein de gens, j’ai revu des copains que je n’avais pas revus, pour certains, depuis longtemps. L’ambiance est top !
L’année dernière, le spectacle avait déjà bien marché, j’ai confiance pour cette année encore, on sera dans un autre lieu, au théâtre des Gémeaux. On est aussi dans la comédie, pas dans un gros boulevard mais dans quelque chose de fluide, aux nombreux changements de décor. La mise en scène d’Anne Bouvier aide beaucoup à cela.
D’ailleurs, c’est toujours marrant de recroiser les spectateurs dans la rue les jours d’après, on discute, c’est sympa. C’est une vraie rencontre avec le public !
Au-delà du festival, la pièce sera à l’affiche à Paris dès septembre, au théâtre des Gémeaux parisiens…
Ce sont les mêmes directeurs qu’en Avignon. On sera sur scène du mercredi au dimanche, ce qui me permettra de tourner, en début de semaine, je l’espère notamment sur « Demain Nous Appartient ».
Pour boucler la boucle, à titre personnel, considérez-vous l’image et la scène comme un seul et même métier, ou les dissociez-vous davantage ?
C’est le même métier, avec des curseurs différents ! A la base, mon amour est vraiment pour les planches de théâtre, je suis montée dessus à l’âge de dix ans et je savais déjà que je voulais en faire mon métier. J’ai fait, depuis, beaucoup de pièces, à Paris et en tournée…J’adore entendre les gens rire ! J’ai aussi fait quelques spectacles de comédie dramatique, j’aime également faire rire pour mieux choper ensuite le public.
Maintenant que j’enchaine plus régulièrement les tournages, je suis de plus en plus à l’aise et je prends davantage encore de plaisir. Sur DNA, ce rôle plus sombre m’a confortée dans ma capacité à proposer des choses moins drôles, tout en m’y amusant.
Quel plaisir d’effectuer cette nouvelle interview ensemble !
Votre actualité et vos projets sont riches et variés en ce moment. Nous pouvons, notamment, vous retrouver sur scène, à l’Apollo théâtre, un jeudi sur deux, dans « Au top de ma life »…
Il reste, pour l’instant, deux dates, le 27 mars et le 10 avril, à 20h. C’est mon nouveau spectacle, dont la première a eu lieu en juillet dernier mais que j’ai commencé à jouer plus régulièrement en fin d’année dernière.
C’est l’histoire d’une femme, la mienne, qui a divorcée, qui, métaboliquement n’a que 21 ans, mais qui en a 38 en réalitéet qui vit sa vie de célibataire. Elle a quelques névroses, elle pense qu’elle a un peu raison sur tout donc, forcément, il y a des petits challenges qui accompagnent ses expériences. Il y a un peu d’absurde, c’est un univers où il y a beaucoup de folie, beaucoup d’états émotionnels variés et, en fait, j’ai juste envie d’emmener les gens dans mon histoire.
On peut donc imaginer que certaines sources d’inspiration, au moment de développer ce spectacle, étaient directement liées à votre parcours personnel ?
On peut dire que mon spectacle est inspiré de faits réels mais, évidemment, il y a des choses que je puise dans mon imagination parce que ce qui est beau dans cet art-là, c’est que, sur scène, tu peux créer la vie donc tu peux créer ce que tu veux. Même des choses très absurdes…Je parle, ainsi, d’un hippopotame…Je ne vous en dis pas plus, il faut venir voir le spectacle…En tout cas, l’idée est vraiment de se dire qu’il n’y a pas de limites. Bien sûr, la base est réelle mais pour le reste, il n’y a pas de limite… Quoi qu’il en soit, il faut être authentique sur scène, peu importe ce qu’on raconte !
Quels principaux retours avez-vous déjà pu avoir des spectateurs ?
Ils m’ont dit « Bravo », ce qui est rassurant☺. Les retours sont positifs, c’est encourageant…Après, un spectacle qui démarre est forcément un spectacle en rodage, qui évolue. Le point positif est que j’avais rodé beaucoup de parties en comedy clubs pour que, justement, ce soit, dès le début, quelque chose d’assez construit et le plus solide possible. Après, bien sûr, à chaque fois, je me dis que je vais peut-être changer ceci ou cela… Donc ce spectacle va encore évoluer !
D’ailleurs, en étant à l’affiche une semaine sur deux, cela vous permet sans doute, plus personnellement, de laisser « reposer » le contenu en vous, pour y revenir plus fraîche…
Oui, c’est vrai ! Quand on joue la comédie, à chaque fois il faut revivre l’instant. Comme beaucoup de choses sont très écrites, en jouant toutes les deux semaines, je revis pleinement mes émotions à chaque fois. Après, c’est le travail du comédien de faire en sorte que, même si tu joues tous les soirs, tu dois recréer la vie et non pas être en mode pilote automatique. Mais c’est vrai que le fait de jouer toutes les deux semaines est intéressant ! Je ne voulais pas jouer tous les mois car, pour faire avancer le spectacle, il faut une certaine régularité. Évidemment, j’espère pouvoir le jouer toutes les semaines à un moment donné mais ça me tient aussi à cœur d’y aller par étape, on va d’abord voir ce que ça donne et comment le public réagit, avant de s’intéresser à la suite…
En complément, est encore disponible sur myCanal « Faites nous rire », que vous avez récemment remporté. Sans doute que ce succès a été la source d’une grande joie pour vous ?
Oui ! Le tournage de cette émission a changé ma vie, cela m’a donné l’impulsion pour démissionner…J’ai fait des rencontres incroyables, qui ont été de grands soutiens pour moi. Je pense à mon coach, Jeanfi Janssens, qui a été génial avec moi. On va même jouer ensemble prochainement, ce qui montre bien que la rencontre a été vraie, pas uniquement pour la télé. Dans le jury, il y avait Issa Doumbia, Madja Delmas Rida et la Bajon, tous, aussi, sont derrière moi ! Franchement, ils m’ont accompagnée avec de vrais conseils, l’expérience était super !
Même les autres humoristes étaient sympas, il y avait une bonne ambiance et de la bienveillance, bien que ce soit un concours. Donc beaucoup de fierté ! En vrai, je voulais trop gagner, j’y suis vraiment allée pour l’emporter…J’étais au taquet ! La joie est d’autant plus grande que, dans ce métier, tu es porté par le doute…Le fait d’avoir des pros qui te soutiennent, des gens que tu admiresqui sont derrière toi et qui te donnent confiance, fait du bien : nous, les artistes, avons besoin d’être rassurés donc je suis super contente ! Cela m’a ouvert d’autres portes, c’est grâce à ça que j’ai pu tourner sur TF1 dans « Vendredi tout est permis », avec Arthur et Cartman. Ce fut une autre chouette expérience en télévision ! On a tourné « Faites nous rire » à l’Apollo théâtre, ce qui fait que je ne sentais pas les caméras, donc l’ambiance d’un plateau TV avec du public était une vraie première pour moi !
Cela me donne plein d’expériences professionnelles très différentes, tout en faisant rire les gens…Que demander de plus ?
Ces expériences à l’image sont l’occasion, pour le public, de vous découvrir ou de vous redécouvrir dans des registres encore plus larges et variés…
Bien sûr ! Honnêtement, je n’ai pas encore beaucoup exploité les réseaux sociaux…Mais je commence à le faire ! Je viens de créer un concept sur Instagram en collaboration avec Timothé Poissonnet, un humoriste brillant de la troupe du « Jamel Comedy Club », cela s’appelle « Serial dateuse ». Sans spoiler, vous imaginez bien que mon personnage n’a pas encore trouvé de mari…L’idée, en tout cas, est d’être plus visible sur les réseaux sociaux parce que, pour faire vivre le spectacle, il faut qu’il y ait des gens qui soient assez curieux pour avoir envie de découvrir mon univers. Cela passe par différents canaux : la télé, c’est super, les réseaux sociaux, c’est super et, tout cumulé, j’espère que ça va créer un petit engouement ! Sans oublier la radio…
@ Justin Personnaz
Justement, vous intervenez de plus en plus régulièrement sur « Rire et chansons », au plus proche de certains artistes de renom. C’est une corde artistique de plus pour vous…
J’adore ! Pour la première, j’ai fait un canular à la Bajon, je me suis éclatée, je me suis faite passer pour une mamie en colère contre la Bajon…Et puis, on m’a invitée pour faire une chronique face à Redouane Bougheraba et Vanessa Guide, pour leur film « Délocalisés ». Evidemment, on ne les présente plus donc j’étais super contente. Cela s’est très bien passé, ils ont été top avec moi et, du coup, bientôt, je vais faire une chronique pour Jeff Panacloc. Donc je suis ravie aussi ! C’est un exercice que j’aime bien. Cela me plairait de poursuivre l’aventure…
A la radio, les auditeurs sont principalement attentifs à votre voix. Qu’est-ce que cela change pour vous, comparativement à la scène ou à la télévision ?
C’est intéressant comme question …et je pense que je n’y ai pas du tout réfléchi ! Honnêtement, je ne l’ai pas intellectualisé, j’ai vécu le moment. En fait, je suis fidèle à moi-même et à mon spectacle pendant la chronique, en vivant chaque instant. Je ne me suis pas dit que je devais être différente parce que c’est la radio, je me suis dit d’être moi-même et d’être ce que je voulais que le public voit, pour donner envie aux gens de venir découvrirle spectacle.
En conclusion, que peut-on vous souhaiter pour la suite de votre parcours ?
Je suis bien entourée, j’ai un attaché de presse, j’ai une chargée de production et j’ai mon co-auteur / metteur en scène, Lucas Riway…C’est clé ! C’est une chance, en fait, d’avoir des gens qui t’aident vraiment et qui apprécient ce que tu fais, qui ont un vrai coup de cœur artistique. Donc on peut me souhaiter de continuer à être bien entourée car c’est, je pense, le plus important. On peut également me souhaiter des salles pleines, que les gens viennent me voir, que je joue de plus en plus, dans de plus en plus de villes et, pourquoi pas, une chronique à la télé ou à la radio toute la semaine. Cela serait pas mal déjà, non ?
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous êtes de retour sur les planches avec « La double inconstance », un spectacle déjà joué l’année dernière, en Avignon et à Paris. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oui, c’est une joie de pouvoir continuer à partager Marivaux et, aussi, de déguster cette pièce. Personnellement, c’était la première fois que j’abordais cet auteur, j’avais beaucoup d’angoisse, à me demander comment j’allais pouvoir être drôle, dans cet univers plus léger que la tragédie et le drame, qui sont plutôt mes fers de lance. Là, je suis confrontée à quelque chose de plus enlevé…D’ailleurs, dans la vie, j’en vois l’influence : après la représentation, je vais bien, je n’ai pas de tourments, là où d’autres pièces me marquent un peu plus… Comme avec Phèdre ou Hermione. C’est donc un plaisir de reprendre cette pièce pendant deux mois au Lucernaire !
Plus concrètement, comment présenter le spectacle ?
À la cour, le Prince et Flaminia, que j’interprète, décident, par amusement, de séduire Sylvia, une jeune paysanne, et Arlequin, dont elle est éprise. Dans le but de les séparer… C’est vraiment de la manipulation des esprits…Mon personnage fait plein de flagorneries à Arlequin, qui finit par tomber amoureux et il en est de même pour Sylvia et le Prince. D’où la double inconstance…Toutefois, la fin reste très ouverte…Le metteur en scène a, d’ailleurs, voulu laisser planer le doute au travers de la mise en scène.
La particularité se fait dans la langue très ciselée, c’est un régal à dire et à entendre ! Par exemple, « l’humilité n’accommode pas les glorieux mais la rancune donne de la malice »…Il y a beaucoup d’aphorismes…
Quel regard portez-vous, plus personnellement, sur votre personnage ?
C’est une manipulatrice sans scrupule qui, pour arriver à ses fins, c’est-à-dire un certain rapport au pouvoir et à l’argent, va user de tous ses charmes et de son esprit. Le Prince lui promettant un beau mariage et une place encore plus importante dans sa cour…Elle est une fille de valet, elle n’a pas de titre de noblesse, c’est une arriviste et c’est en cela qu’elle est intéressante à jouer…
Avec Marivaux, il y a beaucoup de couleurs et de relief, ce personnage est un camaïeu de pastels. Le plus dur étant de savoir où placer le curseur entre la vérité et le masque. Par exemple, on s’est beaucoup interrogé sur l’amour qu’elle porte à Arlequin et sur le degré de sincérité qu’il y avait. Elle le flatte, elle dit, en aparté, qu’elle est bouleversée par ses sentiments mais, en vérité, le Prince a raison, « ces petites personnes-là font l’amour d’une manière à ne pouvoir y résister »…C’est quand même odieux de parler ainsi, non ? Surtout qu’il y a juste eu un baisemain…C’est donc une ironie assez vicieuse, avec le sourire… Mon personnage emmène même sa sœur draguer Arlequin…C’est un jeu cruel ! D’ailleurs, il y a une vitre sans tain, où toute la cour observe ce qui se passe…
Donc, oui, il y a plein de reliefs, notamment un côté très champagne, très pétillant. En plus, je suis en corset, je suis bien enveloppée, avec de beaux vêtements…C’est chatoyant !
Le fait d’avoir pu laisser reposer la pièce et votre personnage depuis les précédentes représentations vous permet-il de revenir avec un œil un peu différent ?
C’est une grande question ! C’est valable pour tous les rôles d’ailleurs…Cela permet, en tout cas, de laisser infuser. C’est comme le peintre qui fait ses premiers traits au crayon d’abord : il a alors une vision de l’œuvre mais sans encore savoir où elle va aller…En laissant du temps, il y revient ensuite avec des idées plus précises sur les couleurs à utiliser. Donc, en effet, dans les reprises, il y a quelque chose de plus latent qui arrive, ainsi qu’un prisme un peu différent. Comme le peintre qui revient encore sur sa toile, cette fois-ci au couteau, pour l’agrémenter un peu plus encore, jusqu’à obtenir satisfaction. Même si je pense qu’une œuvre n’est jamais achevée et qu’il y a toujours à chercher…
En synthèse, le fait de reprendre un rôle, grâce à la maturation, permet de voir le rôle différemment ! Les choses sont, certes, déjà déposées en soi, par tout le travail organique fait en répétitions, c’est un peu comme une seconde nature, les gestes sont devenus nôtres mais, pour autant, on apporte à présent un autre regard, qui peut même, parfois, faire repartir de zéro sur certains moments de la pièce…A présent, je trouve Flaminia plus humaine et moins cruelle qu’il y a 6 mois. Il y avait alors plus d’écart entre nous alors que, là, j’ai l’impression qu’elle me constitue davantage, même si je la laisse loin de moi, bien sûr, sur certains côtés plus sombres de sa personnalité.
D’ailleurs, la psychanalyse m’aide généralement beaucoup pour comprendre mes personnages et me les approprier. Je ne suis qu’une petite humaine et cela me permet de tenter de donner un maximum de justesse et de sincérité à l’endroit où le metteur en scène décide de rencontrer l’œuvre.
Quel plaisir d’effectuer cette nouvelle interview ensemble !
En ce début d’année, votre actualité théâtrale est particulièrement riche, vous proposez trois spectacles différents avec votre compagnie. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
En effet, quelle joie de pouvoir être sur scène ! Le théâtre permet la rencontre avec le public. Avec la compagnie du théâtre de l’estrade, on intervient sur ce que l’on appelle des publics dédiés, notamment le jeune public – collégien·es, lycéen·es, étudiant·es en fac-, ou encore des personnes femmes et hommes en centres de détention. A chaque fois, ce sont de belles rencontres et des échanges riches : on intervient en amont, en atelier, pendant trois heures, autour de la thématique du spectacle et de la pratique théâtrale, aussi de la dramaturgie de la pièce. On co-construit avec elles et eux une réflexion avant la représentation.
On est autonomes, on vient avec notre camion, notre décor et notre matériel, on peut ainsi s’implanter n’importe où, que ce soit dans un théâtre, dans un gymnase ou en extérieur. A l’issue de la pièce, on anime toujours un débat, en bord plateau pour échanger sur ce que les personnes ont ressenti, on partage leurs questions et leurs réflexions.
Humainement parlant, cette diversité de sujets et de publics doit être très enrichissante…
Pour moi, le théâtre est du spectacle vivant car on est dans la vie d’aujourd’hui, on est dans la société d’aujourd’hui, ces échanges-là sur ces thématiques diverses permettent, en effet, de prendre le pouls, notamment de cette jeunesse.
Le spectacle « Morphine », de Boulgakov raconte la descente aux enfers d’un jeune médecin, qui rencontre la morphine puis la cocaïne, le processus de l’addiction, avec ce que ça s’implique : le sentiment de pouvoir, le mensonge, la violence, jusqu’à la mort du personnage. Avec les ados et les jeunes, on échange sur ce sujet : selon les générations, ça ne va pas être les mêmes produits, ni le même rapport à certains produits, par exemple ils ont entièrement conscience de l’addiction aux écrans, qui est très forte. Donc on questionne tout cela avec eux…
Plus concrètement, quels sont les thèmes et sujets évoqués dans chacun des spectacles proposés ?
Il n’y a pas de spectacle vivant sans partenaires, je vais en profiter pour citer nos partenaires, qui sont très importants dans le spectacle vivant. On a la chance d’être soutenus, notamment pour « Morphine », par l’ARS, l’Agence Régionale de Santé, ainsi que la MILDECA, la Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues Et les Conduites Addictives.
Nous jouons également « Le problème Spinoza », d’Irvin Yalom, un auteur américain. Cet ouvrage fait partie de ses best-sellers, c’est un livre d’à peu près 500 pages, où il met en parallèle la vie du philosophe Spinoza - comment il va s’émanciper de sa condition, de sa communauté religieuse et de sa famille, en remettant en question notamment le dogme dans sa religion – et Alfred Rosenberg, historiquement l’idéologue du parti nazi, qui a construit sa pensée autour du rejet et de la haine de l’autre. C’est l’histoire d’une radicalité philosophique et d’une radicalité idéologique. Ces deux formes de radicalités sont, ainsi, mises en parallèle et on va questionner la construction de la pensée, la construction de soi. Il me semble qu’aujourd’hui, c’est d’autant plus d’actualité avec tout ce qui se passe. Nous n’apportons pas de réponse toute faite, ne voulant pas nous-mêmes être dans l’idéologie. Par contre, on est là pour questionner le public : on pose des questions pour ensuite essayer de co-construire une pensée ensemble.
@ Cris Noé
Sur cette pièce, on est soutenus par la DILCRAH, la Délégation Interministérielle de Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti LGBT et le FIPDR, Fond Interministériel de Prévention de la Délinquance et de la Radicalisation.
On a créé le premier spectacle « Morphine » il y a 10 ans, le deuxième « Le Problème Spinoza » il y a 5 ans et là, on vient de créer « Bambi, ou Marie parce que c’est joli… ». Les trois tournent : on est à plus de 150 représentations pour « Morphine », on approche les 100 représentations pour « Le problème Spinoza » et on commence les premières représentations avec « Bambi ».
Ce dernier spectacle, soutenu par la DILCRAH encore une fois, est l’adaptation d’un roman de Marie-Pierre Pruvot, « Marie parce que c’est joli ». Elle est née Jean-Pierre, en Algérie, dans les années 30, et a très vite senti qu’elle n’était pas en adéquation entre ce qu’elle était et ce que les gens voyaient d’elle. Dès l’âge de 4 ans, elle se sentait fille…Dans le spectacle, on voit tout son rapport avec sa mère, tout son questionnement, elle vient à 17 ans à Paris et intègre le cabaret « Madame Arthur » puis deviendra la tête d’affiche du cabaret le Carrousel et fera des tournées internationales.
Elle est l’une des premières personnes trans publique en France. Dans son parcours, Marie-Pierre va vite comprendre que d’autres personnes au cabaret vont prendre sa place et décide de suivre des cours par correspondance, à 5 heures du matin, en rentrant du cabaret. Elle reprend ses études et devient professeure de français, d’abord dans le 93 puis dans le nord de la France. Après avoir été sous les feux des projecteurs aux cabarets, elle retrouve l’anonymat le plus total. A la fin de sa carrière, elle reçoit les palmes académiques, une très grande reconnaissance pour les professeur·es. Une fois à la retraite son passé la rattrape, elle recommence à faire des interviews, des ancien·nes élèves la reconnaissent dans des émissions de radio et lui écrivent. Ils l’adulaient en classe mais ne connaissaient pas du tout son parcours…Aujourd’hui, elle a 89 ans et elle accompagne le spectacle !
Au-delà de la dimension humaine, ces différents spectacles sont l’occasion de palettes de jeu larges et variées…
Oui, la palette de jeu est très large, avec tous ces personnages. On travaille en compagnie, on s’agrandit de plus en plus…Benoit Weiler, en plus d’être médecin, est le directeur depuis plus 20 ans, ses compétences nous permettent d’élargir le champ artistique pour nourrir ce que l’on porte, c’est le pilier de la compagnie sans qui rien ne serais possible. Delphine Haber est une comédienne intense et brillante, elle fait également de la formation en prise de parole en public, en gestion de conflits, elle est un soutien important pour la technique de l’acteur·rice et pour la dramaturgie des pièces. Sébastien Dumont joue à présent, lui qui est aussi chorégraphe et vidéaste, il enrichie toutes nos créations de ses différentes propositions artistiques, il a une capacité de travail hors-norme. Nos créations sont vraiment multi médias : on a de l’art scénique, avec de la musique et de la vidéo. Geoffrey Dugas, notre talentueux musicien et compositeur, joue, ainsi, en direct ses compositions. Ensemble, en résidence, on cherche comment raconter une histoire, en utilisant les compétences et les parcours variés de chacun·e.
Depuis quelques années, Christelle Barrillet, notre administratrice, nous accompagne pour trouver des financements et pour gérer la structure, indispensable pour pérenniser notre travail. C’est une chance de l’avoir à nos côtés. Lorena Caniaux nous a rejoints récemment, pour nous accompagner sur les différents volets de la production. On est une très belle équipe qui relevons le défi du travail en compagnie et en collectif depuis plus de 20 ans !
Pour en revenir à votre question, on essaie de rester avec cette équipe que l’on fidélise. Selon les spectacles, des médias ou des comédien·es ont des partitions plus ou moins grandes. En tout cas, on joue tous en général plusieurs personnages. Sur « Le problème Spinoza » par exemple, on a 13 personnages pour 4 comédien·es…C’est un beau ratio !
On peut donc dire que le questionnement est le dénominateur commun à tous ces spectacles, sans pour autant, vous l’avez dit, donner une réponse unique…
Dans une pièce de théâtre, il y a ce que l’auteur·rice a voulu dire, il y a également ce que nous voulons raconter dans l’adaptation mais le reste, ensuite, nous échappe. Le public, suivant son vécu, ne va pas voir la même chose et, parfois, deux personnes d’un même public ne voient pas forcément la même histoire. C’est ce qui est beau au théâtre ! On est là pour ouvrir le débat…
Les ateliers en amont, de trois heures, sont également très intéressants, on est alors des facilitateurs. Notre rôle n’est surtout pas de donner notre point de vue mais d’accompagner la parole de l’autre. C’est ce que l’on essaie de faire, notamment avec de jeunes adultes en construction de pensée : on ne leur dit pas quoi penser, on leur dit que l’on peut penser certaines choses mais qu’il faut savoir les mettre en mots pour que ce soit le plus construit possible, tout en restant dans certaines limites, du respect de l’autre et de la loi notamment. Notre société nous donne droit à la liberté d’expression, mais reste encadrée, pour le bien vivre ensemble. On questionne donc comme faire société aujourd’hui et demain…
@ Cris Noé
Plus globalement, quels principaux retours pouvez-vous avoir des structures qui vous accueillent ?
Les retours sont excellents. Pour « Morphine », sur la prévention / addiction, on a des partenaires, comme le collège Berthelot à Montreuil, qui souhaite que toutes leurs classes de troisième voient le spectacle chaque année, pour que toute une génération soit éveillée au processus et aux risques de l’addiction. On n’est pas dans un discours à juste dire que la consommation de substances est mal, on leur dit que l’on rencontrera tous, dans nos vies, des produits mais qu’il est important de comprendre le processus d’addiction pour détecter à quel moment on se met en danger, à quel moment on met en danger les autres, à quel moment une petite lumière rouge doit s’allumer pour oser demander de l’aide. A la fin des spectacles, des personnes ressources de la ville sont là pour accompagner le processus une fois que nous sommes partis.
On a récemment joué « Bambi » à Moissy-Cramayel, ce fut un important projet porté par le grand Paris sud, la Médiathèque et le théâtre La Rotonde. On avait des ateliers dans trois villes différentes. Il faut trouver des professeurs qui nous laissent du temps, et qui comprennent que c’est important pour leurs élèves de se questionner sur l’identité et sur l’autre. On se rend compte qu’une fois que l’on en parle et que l’on fait tomber les stéréotypes et les préjugés, on est tout de suite plus dans la compréhension et la reconnaissance de l’autre dans sa différence.
Très simplement, que peut-on vous souhaiter pour la suite de cette belle aventure ?
Que les soutiens restent ! C’est vrai que c’est compliqué en ce moment, on sent que des coupes s’annoncent et on ressent même les premiers impacts. On peut donc nous souhaiter que l’on puisse continuer à porter ces spectacles et ces ateliers de prévention. Pour cela, il faut que les financements perdurent !
Aussi que l’on poursuive nos belles rencontres et que d’autres portes s’ouvrent encore…Il y a plein de choses à faire ! Notamment un quatrième spectacle dans quelques années…
En complément, vous avez rejoint, il y a quelques mois, la quotidienne de France 3 « Un Si Grand Soleil », sous les traits de Nicolas, le conservateur du musée. Certainement que cela doit vous faire particulièrement plaisir ?
C’est vrai que c’est un plaisir, à chaque fois, de descendre au soleil. C’est agréable de retrouver une quotidienne, un format que j’ai toujours défendu et qui n’est pas loin du théâtre que je fais, finalement. Je trouve que la quotidienne parle aussi de sujets de société. Mon personnage n’a pas encore été confronté à cela, on est, pour l’instant, sur quelque chose de plus léger. C’était beaucoup plus le cas sur « Plus Belle La Vie », où je jouais le juge Estève, amoureux de Thomas. On était un des premiers couples homosexuels, sur France 3, à cette époque-là.
C’est également un plaisir de retrouver les équipes, je connaissais beaucoup de ses membres, que je n’avais pas revus depuis 15 ans. J’ai la chance de jouer avec Nadia Fossier, une comédienne absolument extraordinaire, humainement et artistiquement. C’est une très très belle rencontre, avec quelqu’un à la palette de jeu incroyable.
J’ai commencé en mars l’année dernière, je devais arriver pour deux mois mais ça continue. On verra bien où ça ira…En tout cas, c’est vrai que c’est particulièrement agréable aussi de retrouver les studios et ce travail à la caméra. J’ai besoin du théâtre pour me nourrir et arriver à l’image avec une certaine technique, rempli de quelque chose de la scène. Mais l’image me permet aussi d’aller chercher plus en moi, intérieurement, et de revenir au théâtre avec quelque chose de plus centré.
En plus des studios, qui sont à la pointe de la technologie, la ville de Montpellier et ses alentours vous permettent des conditions de tournage très plaisantes…
C’est très plaisant ! J’ai découvert la ville et je pourrais en tomber fortement amoureux. C’est une belle ville, les gens sont chaleureux, c’est très agréable d’y vivre.
En effet, la série est à la pointe de la technologie, elle est avant-gardiste sur beaucoup de choses, sur de nouvelles technologies, où de nombreux essais sont faits. Il n’y a pas longtemps, avec Nadia on a été voir la postproduction et toutes les petites mains qui travaillent en coulisses. Ce qu’ils font est incroyable, les avancées en effets spéciaux sont impressionnantes.
Il y a environ 300 personnes par jour qui travaillent, avec 4 équipes en parallèle, dans une organisation écologique. On voit qu’une attention toute particulière y est portée : on prend le train plutôt que l’avion, les déchets sont recyclés, on utilise des gourdes plutôt que des gobelets en plastique, …Cela fait partie de convictions qui me plaisent bien !
Quel regard portez-vous sur Nicolas, votre personnage ?
Pour l’instant, il y a encore toute une part du personnage que l’on n’a pas explorée. Au départ, on s’est demandé si Nicolas était réellement sincère, au moment où Alix l’accuse d’avoir cambriolé la galerie mais, au final, ce n’était pas lui. Cela avait d’ailleurs engendré la première séparation. Ces deux personnes – Alix et Nicolas – se complètent par leurs différences. Chez Alix, il y a quelque chose de très border line, avec la légalité notamment, elle est dans une folie et a besoin d’une structure, alors que Nicolas, lui, est dans une certaine structure, il a besoin de vérité mais aussi de folie. Je trouve cela très juste : souvent, dans la vie, dans les relations amoureuses, on peut être soit en miroir soit en opposé, on va chercher soit quelqu’un qui nous ressemble, soit quelqu’un de différent, qui nous emmène ailleurs. Ces deux personnages-là cherchent la différence chez l’autre mais, après, cela pourrait devenir compliqué : est-ce que ça va tenir ? Ou pas ?
Il y a toute une partie de Nicolas que l’on ne connait pas : qu’a-t-il fait avant ? Est-il finalement aussi droit que cela ou cache-t-il certaines choses ? A-t-il une famille ? C’est toute la magie des scénarios…On verra bien !
Tant dans ses vêtements que dans sa posture, on sent en lui toute la passion de son beau métier…
Oui, c’est un passionné d’histoire, réellement, un passionné des tableaux…Le décor du musée est magnifique, c’est splendide ! On ne sait pas non plus de quelle famille il vient…Forcément, en attendant, je me raconte ma propre histoire dans ma tête. En tout cas, cette relation avec Alix est belle, on a beaucoup de complicité avec Nadia, c’est un vrai plaisir de se retrouver !
Avez-vous déjà eu l’occasion de premiers retours des téléspectateurs depuis votre arrivée dans la série ?
Cela a changé…Sur la première intrigue, on est venu me voir pour me mettre un peu en garde sur ce que j’allais faire à Alix. Les téléspectateurs que je rencontrais pensaient vraiment que j’allais lui faire à l’envers. Alix est un personnage très aimé du public donc, forcément, je pense qu’il y avait là une sorte de protection vis-à-vis d’elle. Maintenant, on a plein de témoignages de gens qui nous disent aimer notre couple et qui trouvent que l’on se complète bien. Le public semble donc se projeter dans ce couple aimant et protecteur.
Sans doute que vos expériences théâtrales et celle d’une première quotidienne vous aident à soutenir le rythme élevé du tournage ?
Le rythme sur une quotidienne est soutenu, on n’attend pas un comédien qui ne sait pas suffisamment son texte ou qui n’est pas prêt, il faut que ça avance ! J’en avais déjà totalement conscience et comme Nadia est aussi une grosse bosseuse, on travaille beaucoup en amont. On arrive sur le plateau texte su au cordeau, pour ne pas faire perdre de temps à l’équipe et pour prendre le plus de plaisir possible. Car c’est bien là l’objectif, comme sur scène d’ailleurs.
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous êtes une jeune artiste, aux multiples cordes et casquettes. Si l’on en revient à la genèse de votre parcours, d’où vous vient cette passion de l’artistique ?
J’ai démarré le théâtre à l’âge de 8 ans et j’ai eu la chance d’avoir comme professeure Julie Kent, une comédienne, issue de l’école de la rue blanche à Paris. Etant de nature introvertie, elle m’a donné les premières clefs pour laisser parler ma créativité tout en me laissant l’espace de jeu nécessaire à mon développement.
J’ai également eu la chance d’avoir un parcours familial artistique…Tout d’abord par mon grand-père, comédien et metteur en scène qui faisait partie de la troupe de Jean Vilar et était directeur du théâtre du Jeune Colombier à Paris, mais je ne l’ai jamais connu. Il a rencontré ma grand-mère lors d’une tournée théâtrale aux Antilles alors qu’elle était une toute jeune comédienne diplômée de l’Ecole du Nord. Bien que j’ai découvert le théâtre par moi-même, cela a été une évidence ancrée en moi depuis longtemps !
Après mes 8 ans, j’ai continué mon parcours artistique dès que j’ai pu. Je prenais des cours quand j’avais un moment et allais voir des pièces de théâtre régulièrement. Au lycée, on m’a orientée vers une prépa littéraire et c’est sur les bancs d’Hypokhâgne au lycée Molière, que j’ai rencontré une jeune metteuse en scène Léa Sananes qui m’a fait vivre ma première expérience au sein d’une compagnie. Avec la compagnie Chat Noir, et le spectacle « L’Eveil du Printemps », nous sommes partis au Festival Off d’Avignon en 2015 et en tournée, en faisant plus d’une soixantaine de dates.
A la suite de cette rencontre, en khâgne cette fois, j’ai intégré ma première troupe professionnelle, la compagnie Le Parvis, avec qui j’ai joué par la suite sur quatre spectacles différents. Etant encore en prépa, je suivais les cours la journée et, du jeudi au dimanche soir, je jouais sur scène. Beaucoup de mes professeurs m’ont dit, à l’époque, que j’allais devoir faire un choix, mais j’ai assumé les deux !
Ma licence en poche et un festival d’Avignon plus tard, j’ai décidé de passer les concours de conservatoires d’arrondissement et j’ai intégré le Conservatoire Jean-Philippe Rameau. J’ai fait la rencontre de deux professeures formidables, Bernadatte le Saché et Sylvie Pascaud, qui m’ont permis de vraiment m’exprimer et de découvrir l’artiste que j’aspirais à devenir. Le plateau devenait un laboratoire à explorations et cela a été une expérience formidable !
Parallèlement au conservatoire, je continuais à jouer sur scène le soir : « L’éveil du Printemps » de Franck Wedekind, « Sallinger » de Bernard Marie Koltès et deux créations d’Henry le Bal, « La Péniche » et « Les Personnages Oubliés ». Comme en prépa, j’étais à la fois en cours et sur scène. Cela a été une grande force : je me nourrissais en journée et m’exprimais le soir !
Pour résumé, depuis mes 8 ans, il n’y a pas une année où je n’ai pas joué sur scène ; d’abord en amateur et rapidement en professionnelle.
@ Lucrèce Hamon
Certainement aussi que, dans votre parcours, certaines expériences ont été particulièrement marquantes….
Oui et, en même temps, chaque expérience a été enrichissante. On se remémore souvent les débuts. Je pense que je me souviendrai toujours de mon premier Avignon, en 2015, avec la compagnie Chat Noir. Je jouais « L’éveil du printemps », une pièce qui traite de l’adolescence. Moi qui étais une toute jeune adulte, j’avais pratiquement l’âge du rôle…
En parlant de jeunesse, avec la compagnie Chat Noir au Festival Off d’Avignon, on nous surnommait « Les petits chatons », on ne nous donnait pas une semaine mais, finalement, on a fait tout le festival et on a même terminé complets.
C’était une vie de tous les instants : pour la première fois, je me confrontais à la réalité du métier de comédienne. Je tractais, je jouais finalement plus dans la rue que sur scène pour donner envie aux festivaliers de découvrir le spectacle. C’était vraiment une période très riche, qui m’a donné les armes pour intégrer, par la suite, d’autres compagnies.
Ensuite, avec la compagnie Le Parvis, j’ai défendu quatre pièces d’Henry Le bal, un dramaturge contemporain. C’était des textes forts, mes premiers grands rôles féminins, emprunts de poésies et de spiritualité.
En 2018, une fois diplômée, j’ai cherché par mes propres moyens, en passant de nombreux castings, jusqu’à 300 sur une année. Je l’ai fait pour me confronter à la réalité de mon métier et voir si je pouvais tenir sur la longueur…
De nombreux refus, certes, mais cela n’a fait que grandir mon envie de retrouver les planches. A chaque fois que j’avais l’opportunité d’intégrer une compagnie de théâtre, je le faisais… En dix ans, j’ai interprété plus d’une vingtaine de pièces. Il est vrai que j’ai privilégié le théâtre, un univers rassurant, familial et connu pour moi.
Ce fut l’occasion d’élargir mon champ de compétences, moi qui étais alors plutôt dans des thématiques dramatiques ou tragiques, en me tournant vers des comédies, notamment de boulevard. Encore une fois, c’était enrichissant, la dynamique y est différente, où tout n’est qu’urgence, rebond.
Est arrivée la crise sanitaire, où toutes les cartes ont été rabattues. J’ai dû me réinventer, différemment. Je suis devenue professeure de théâtre, une grande première pour moi, face à des enfants, un public assez exigeant. Je continue toujours au sein d’une association Odyssée Théâtre, à Gagny. C’est l’occasion, pour moi, d’écrire les spectacles que j’accompagne ensuite à la mise en scène.
C’est, je pense, par ce biais-là, que, en 2021, j’ai monté ma compagnie, qui a structuré la suite de mon parcours. Je suis devenue directrice de compagnie, metteuse en scène, comédienne et, grâce à mon parcours précédent, j’ai fait des rencontres assez extraordinaires avec des comédiens, avec qui j’ai eu la chance de jouer plusieurs années de suite, dans différents projets.
J’ai pu écrire et monter ma première pièce, « Cocorico, lève-toi Chantecler », inspirée d’Edmond Rostand. Je suis partie de cette légende pour en faire un spectacle musical, qui a un très beau parcours aujourd’hui. On a eu deux programmations sur Paris, on a été au Festival d’Avignon en 2023 et on est maintenant en tournée en France.
A côté de cela, j’ai monté deux autres pièces. « Britannicus in Space », une adaptation de la pièce de Jean Racine retranscrit dans l’espace, un projet ambitieux. La pièce continue son parcours…Dernièrement, on a créé la suite de notre première production « Cocorico et l’élan des glaces », la légende d’hiver de Chantecler.
@ Avril Dunoyer
Cette compagnie vous permet de développer un panel de compétences particulièrement larges et variées…
Tout à fait ! Je ne regrette rien parce que, finalement, quand la compagnie aura évolué, je saurais comment faire. Maintenant, je sais faire une fiche de paie, m’occuper de la comptabilité et de l’administration, chercher des subventions…C’est un travail de tous les jours, en off ! Heureusement, je ne suis pas seule dans cette compagnie, je fonctionne notamment en binôme avec Rémi Custey, il a une place importante dans la création, mise en scène et la diffusion des productions. Avec les années, on a la chance d’avoir des comédiens et artistes récurrents qui constituent le socle et l’âme de notre structure.
Pour terminer, quels sont vos autres projets et actualités en cours ou à venir ?
« Rosa Lova », une pièce écrite et mise en scène par Laura Ketels produite par la compagnie ETNA, qui se jouera à Lyon en mars prochain. On suit le parcours d’une jeune danseuse, dans l’univers du peep-show, c’est donc l’occasion pour moi aussi de danser. On traite le sujet par le biais de la poésie, des états d’âme ainsi que de la façon dont on gère le corps et l’esprit. La performance dure 45 minutes, c’est un format assez court mais très dense. Nous sommes au milieu du public, les gens s’installent autour de nous. C’est un merveilleux spectacle que je vous invite à découvrir !
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous êtes récemment rentrée en résidence pour un nouveau projet théâtral. Comment présenteriez-vous ce spectacle ?
C’est un spectacle adapté de « Cyrano de Bergerac », l’œuvre d’Edmond Rostand. Parmi les changements, le personnage principal, dans cette pièce, est une femme ronde. Evidemment, cela va notamment parler de la grossophobie mais pas que, ça va parler aussi du harcèlement et de discriminations. C’est notamment pour cela que ce projet est également orienté vers les scolaires, en plus du grand public. Le spectacle vivant est souvent une belle manière de parler de sujets difficiles comme ceux-là, c’est une approche intéressante pour libérer la parole. On cherche également à se rapprocher d’associations et d’organismes qui traitent de ce sujet pour, peut-être, mener des ateliers.
On garde la trame de l’œuvre originelle, avec l’histoire d’amour et les sacrifices. Mais on va beaucoup l’actualiser à notre temps donc Cyrano sera quelqu’un d’engagée, avec des prises de parole droites et claires. On sera sept au plateau, ce sera une équipe importante. De la musique sera jouée en live, ce sera moderne !
Quels personnages allez-vous incarner ?
Celui d’une des meilleures amies de Cyrano et, en même temps, celui de la préfète, qui s’oppose au personnage principal. Donc je joue à la fois la meilleure amie et la pire ennemie de Cyrano. J’aime bien cette dualité !
J’aime beaucoup avoir plusieurs personnes à jouer, je l’avais déjà fait pour la précédente pièce de la metteuse en scène, sur le monde de l’hôpital. On ne s’ennuie pas, cela demande de créer des choses un peu différentes, de faire de la composition. Le jeu est toujours de faire en sorte que l’on ne me reconnaisse pas, que l’on voit vraiment une différence entre les personnages. C’est vraiment cool à faire comme travail d’acteur ! Je suis vraiment contente, il me tarde !
La résidence évoquée est l’une des étapes du processus de création pour ensuite pouvoir proposer le spectacle à différents lieux…
Tout à fait ! On avait précédemment déjà fait une lecture, pour laquelle on avait fait venir du monde pour entendre le texte. Des premiers théâtres s’étaient alors déjà montrés intéressés…Récemment, une première semaine a été faite au plateau pour débroussailler le contenu. Une semaine, ça passe très vite, surtout quand on est sept mais c’est déjà l’occasion de travailler les rapports entre les personnages et la prise de parole en alexandrins.
En parallèle, vous continuez à accompagner un autre spectacle, qui suit le beau chemin sur lequel il est depuis plus de trois ans…
Complètement ! Quand on crée un spectacle, on a envie qu’il vive le plus longtemps possible. Réaliser ses envies est bien mais c’est dommage si le spectacle se joue peu…Donc, là, c’est vraiment génial que « Tristan et Iseut » suive son chemin. J’avais adapté et actualisé la légende, pour la rendre accessible à tous, aux scolaires mais pas uniquement. Plusieurs lectures et résidences avaient permis de garantir la cohérence d’ensemble de ce spectacle vivant. Spectacle qui reste en constance évolution…Déjà, après Avignon 2023, nous l’avions resserré pour lui donner une autre dynamique et, finalement, nous avons gardé cette version. Depuis, la création musicale a été finalisée : j’adore écrire et, encore, d’autres personnes sont intervenues pour créer des ambiances sonores. Je n’oublie pas non plus le travail de notre costumier. C’est vraiment un spectacle très riche, beaucoup de personnes y contribuent, en plus des comédiens. Même la scénographie et la technique au plateau continuent à se peaufiner, on a par exemple maintenant de la neige qui tombe du ciel.
On a appris ensemble, au fur et à mesure. On a découvert de nouvelles techniques, par exemple certains comédiens sont devenus aussi musiciens et, du coup, Tristan joue maintenant de la harpe en live. C’était un rêve pour moi, qui est devenu réalité. Tous ces petits ajouts sont incroyables et subliment le spectacle, en lui apportant de la magie et du merveilleux. On a vraiment fait en sorte que cette légende ressemble à un conte ! On se plait à le jouer et on continue à avoir de nouvelles dates. On intervient même, parfois, dans des établissements scolaires, ça marche bien, les élèves sont hyper réceptifs. C’est souvent une histoire qu’ils ont étudiée en classe et de la voir en spectacle change quand même les choses. Ils voient aussi les différences que nous avons apportées, on en parle ensemble, ce qui est vraiment super !
On continue aussi en tout public. Parfois, les gens viennent en famille et aussi bien pour les enfants, que les parents ou que les grands-parents, on voit que quelque chose se passe et que leurs liens se renforcent. Ils sont émus ensemble…Des grands-parents nous avaient dit, en Avignon, « ne pas penser, à leur âge, pleurer encore d’amour, encore moins avec leurs enfants ». Il y a vraiment quelque chose de fédérateur avec ce spectacle, que l’on est trop heureux de continuer à jouer. Toute l’équipe est fière ! Je suis à l’origine de l’idée mais, aujourd’hui, c’est vraiment un spectacle de toute une équipe. On le porte tous ensemble et on est heureux de l’emmener.
On est même en train de penser à une version immersive, avec encore plus de comédiens pour gérer la simultanéité des scènes. C’est encore un plus gros projet que l’on a bien en tête !
Quels sont d’ailleurs vos autres projets en cours ou à venir ?
Avec la compagnie du vent contraire, on est en train d’adapter le conte d’Andersen « La reine des neiges ». Ce ne sera vraiment pas la version de Disney mais bien le conte que l’on va mettre en scène. Nous serons deux comédiennes au plateau pour apporter le théâtre là où il n’y en a pas. On va tout faire : écrire, mettre en scène, créer le décor, jouer, chanter, ….On va faire en sorte que ce spectacle soit accessible aux plus jeunes, dès l’âge de six ans. On en est vraiment aux prémices mais des lieux sont prêts à nous accueillir en résidence. Une est d’ailleurs déjà calée pour septembre prochain…
On a aussi un spectacle en cours de création, « Roméo et Jeannette », d’Anouilh. La pièce est déjà écrite, on va refaire deux à trois résidences encore pour finaliser la mise en scène. La première aura lieu le 10 avril en région parisienne. Avec la même compagnie, nous sommes aussi en préparation de la tournée 2025/2026 du spectacle « J'appelle mes frères, mis en scène, par Floriane Delahousse et écrit par Jonas Hassen Khemiri.
Avec la compagnie Quintessence, on l’a dit, la pièce autour de Cyrano arrive et le spectacle sur le milieu hospitalier pourrait revenir en tournée. Ce spectacle est plein d’humour, c’est nécessaire car le sujet n’est pas facile. Sur scène, les cinq mettons beaucoup d’énergie, on joue tous plusieurs personnages, pour dénoncer pas mal de choses. L’autrice avait réellement vu ce qu’elle décrit dans le spectacle, 99% de ce que l’on joue est vrai ! On y évoque les problèmes connus du milieu hospitalier, notamment la situation des soignants. Sans eux, rien ne serait possible mais ils ont un métier très compliqué, sans avoir forcément de retour sur leur investissement.
Enfin, avec une troisième compagnie, je suis en création sur une pièce musicale d'Alain Peron qui parle des Penn Sardin et dont la première se jouera en Bretagne cet été. Ce sont des ouvrières qui se sont révoltées à Douranenez contre les patrons d'usine (conserveries) afin de voir augmenter leur salaire. La grande grève a eu lieu en 1924.
Quel plaisir d’effectuer cette nouvelle interview ensemble !
Les 7 et 8 février prochains auront lieu, à Levallois, deux représentations du spectacle musical « La princesse au petit pois ». On imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oui ! C’est une vraie joie de retrouver l’équipe, on s’entend tous très bien, on a beaucoup ri pendant les répétitions, on a eu un mélange de sérieux et d’amusement, le travail s’est fait dans la bonne humeur. Evidemment, je suis très heureuse aussi que ce spectacle, que j’avais créé à l’ESCA, soit diffusé ailleurs également.
Justement, si l’on en revient à la genèse de ce projet, comment vous sont venues l’envie et l’idée de développer ce spectacle ?
L’écriture est une adaptation du conte d’Andersen par Edouard Signolet, auteur français qui travaille beaucoup pour le jeune public. A l’origine, c’était une commande du studio de la Comédie Française. Il se trouve que j’ai pu rencontrer Edouard, qui a laissé libre court à mon imagination, pour que je puisse utiliser son texte à ma guise. C’était vraiment appréciable ! J’ai, ainsi, décidé d’en faire ma propre adaptation…
Au départ, ce n’est pas une comédie musicale, aucune chanson n’avait été écrite mais cela me paraissait évident, en relisant le texte, que l’on pouvait y ajouter des respirations musicales et chorégraphiques, pour ramener de l’imaginaire. Le but était aussi de donner un peu plus encore aux personnages leur côté cartoonesque…
Plus concrètement, avec vos mots, comment présenter l’histoire abordée ?
Dans l’écriture d’Edouard, les narrateurs de l’histoire sont les comédiens eux-mêmes : une scène se joue et, ensuite, ils enlèvent leurs costumes pour devenir les narrateurs. Je trouve cette esthétique superbe mais j’avais envie d’amener ma propre touche, avec la volonté d’aller dans quelque chose de plus immersif. C’est pour cela que j’ai pensé à la comédie musicale mais aussi à la vidéo d’animation et à la marionnette. D’ailleurs, on ne voit jamais les changements de décors, le but était de faire quelque chose de très visuel et d’assez magique. Il y a quatre acteurs sur le plateau pour interpréter au total onze personnages différents mais, à chaque fois, les costumes, les accents, les caractères varient.
C’est l’histoire d’un roi, d’une reine et d’un prince, qui vivent dans leur royaume, tout est pour le mieux, ils y sont heureux parce qu’ils n’en sont jamais sortis. Complètement enfermés, ils ne connaissent rien des drames du monde ni des malheurs de la vie. Mais il se trouve qu’un jour, le prince dit avoir envie de quelque chose de plus…Ses parents comprennent finalement qu’il lui manque une princesse : il se sent seul, il n’a plus envie d’être seulement un, il a envie d’être deux. Le roi et la reine, comprenant son souhait à son âge, lui demandent cependant d’épouser une vraie princesse. Là, arrive tout le drame…
Le prince va, ainsi, de royaume en royaume mais tombe, à chaque fois, sur des princesses très extravagantes, qui vont vouloir le manger ou l’attacher.
On comprend ainsi que les thèmes abordés sont nombreux et variés…
C’est un voyage initiatique à la découverte de l’amour. Evidemment, les enfants ne captent pas forcément tout, le but était de faire un spectacle à double lecture, qui plaise aussi aux adultes. L’objectif est de réunir enfants et parents, chacun avec leur sensibilité propre.
Il y a cette réflexion sur l’amour, notamment l’amour androgame : sociologiquement, il est prouvé que les couples mixtes ne sont pas du tout en majorité. La mixité sociale n’est pas forte, il est rare de trouver un ouvrier qui sorte avec une cadre supérieure. C’est une réalité…Je trouvais très intéressant, du coup, de se demander pourquoi on est attirés par des gens qui nous ressemblent et ce qui fait que l’amour est ainsi conditionné. Je voulais aussi m’interroger sur l’héritage de nos parents, sur le rôle qu’ils ont à jouer dans ce chemin-là vers la recherche de l’amour. En général, ils nous transmettent des valeurs, nous donnent un chemin, nous indiquent une façon de vivre, parfois même un métier ou encore un choix de conjoint. Dans ce spectacle, il est d’une extrême nécessité, pour le roi et la reine, que leur fils soit avec une vraie princesse, au sens de quelqu’un du même rang social.
Le conte d’Andersen est, en fait, une vraie farce, qu’Edouard met bien en avant : l’histoire raconte une princesse qui, un jour, dégoutante d’une pluie battante, tape à la porte d’un château demander un abri pour la nuit. Le roi et la reine sont répugnés par son état mais ils la laissent quand même rentrer dans leur royaume…De par son apparence, ils doutent qu’elle soit une vraie princesse et, pour s’en assurer, ils décident de mettre un petit pois sous son matelas…Si elle le sent, cela voudrait dire qu’elle a une peau tellement sensible qu’elle serait une vrai princesse. C’est là qu’est la farce : cela voudrait dire qu’un légume pourrait déterminer la pureté d’une personne…Je trouve cela absolument absurde et très drôle ! J’ai, ainsi, trouvé intéressant de s’interroger sur l’impact de l’apparence et sur les raisons du rejet éventuel d’un membre d’une société…
Ce projet vous permet de développer différentes cordes et techniques, qui doivent certainement être très enrichissantes…
Oui ! C’est une jeune compagnie donc je fais la mise en scène, je suis la narratrice du spectacle en voix-off et je suis aussi la régisseuse plateau pendant la représentation. Je suis également la productrice et la diffuseuse de ce spectacle. A un moment, j’ai même fait un peu de scéno mais, aujourd’hui, j’ai la chance de travailler avec deux nouvelles scénographes.
C’est un spectacle qui vit grâce à une équipe qui a cru au projet, qui s’est investie réellement, ce qui est super ! Il y a quatre comédiens, je le disais, mais on est quatorze au total, si l’on compte les musiciens, les régisseurs plateau, la régisseuse son, la créatrice lumière, la costumière…Ce sont de superbes rencontres et tous sont d’un grand soutien.
Au-delà des deux dates évoquées, quelle suite aimeriez-vous donner à cette belle aventure ?
Nous aussi des dates pour les scolaires, toujours à Levallois, début février. On a eu beaucoup de demandes d’écoles locales mais aussi de centres de loisirs, c’est vraiment super ! Pour les dates des 7 et 8, des professionnels ont été invités à venir, on verra comment ils réagiront, on espère que ça va donner encore une suite à ce projet pour les saisons prochaines.
En tout cas, on a déjà d’autres dates qui sont programmées pour cette saison, on a la chance d’être soutenus par la ville d’Asnières, ville dans l’école nous avons tous faits l’ESCA, l’Ecole Supérieure de Comédiens par l’Alternance. On en est très contents ! Ainsi, nous serons programmés le 11 avril pour deux séances aux scolaires dans le théâtre Armande Bejart, un lieu de 500 places. C’est une fierté ! La semaine du 19 mai, nous serons aussi programmés au château de la ville, dans le cadre du festival château en scène. C’est royal pour nous, c’est le cas de le direJ. On y jouera, pour l’occasion, la version extérieure du spectacle, avec des interactions qui vous surprendront. On aura une liberté de jeu et un espace immenses de recréation de la pièce…
En complément, la pièce « Qui a hacké Garoutzia ? » poursuit son chemin, pour votre plus grand plaisir…
Oui, vraiment ! On a eu la chance d’être quasi complets tous les mardis soirs, ce qui n’est pas donné à Paris, encore plus pour un spectacle autour de l’IA…On est trop contents ! Cela nous permet de prolonger au moins jusqu’à fin février, en plus des autres dates prévues en tournée. D’ailleurs, le 25 janvier dernier, dans le cadre d’une journée spéciale autour de l’IA, on a même eu la chance de jouer à la mairie de ParisJ. C’était une vraie joie et un vrai honneur !