Festival d'Avignon 2025 : Interview croisée avec Camille Lebreton et Manon Palacios, à l'affiche tous les soirs à 22h20 au 3S !
Bonjour Camille, bonjour Manon,
Quel plaisir d’effectuer cette interview tous ensemble !
Vous êtes actuellement sur scène, au festival d’Avignon, à 22h 20, au 3S, dans « La face cachée du Walter’s cabaret ». A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Manon : La joie…mais la fatigue aussi ! C’est sûr que l’on est plongé, pendant un mois, dans une atmosphère hyper festive, c’est un peu le tourbillon, ce qui est super mais, aussi, on est là pour travailler. Surtout, on est confronté à la réalité financière du festival, à la difficulté que c’est de remplir les salles, au cout de la vie à Avignon pendant le festival, où tout est plus cher…Donc c’est un sentiment qui est quand même partagé : il y a des moments de joie mais il y a aussi des moments de difficulté !
Camille : Dans ce tourbillon-là, je trouve que l’on a l’avantage d’avoir un spectacle original, ce qui nous permet de faire de belles salles, de bien remplir, d’attirer le public. Cela joue beaucoup aussi sur la joie que l’on ressent ! On tracte dans la rue, on joue mais le travail paie car le spectacle plait ! Ca rééquilibre l’énergie, la motivation et ce pour quoi on est là !
Justement, comment pitcher ce spectacle ?
Camille : Quand on tracte, on n’a pas le même pitch…Je dis que c’est un spectacle musical et interactif, qu’il y a eu un meurtre dans un cabaret des années 30, à New-York, que le public verra les 4 jours suivants et, à l’issue, qu’il devra voter pour qui il croit être le ou les coupables. Deux scénarii sont alors possibles : un exhaustif, s’ils ont trouvé, et un autre qui l’est un peu moins…
Manon : Mon pitch n’est pas très différent dans le fond, un peu plus sur la forme…Je commence d’abord par l’enquête immersive et interactive, avant d’évoquer le spectacle musical. Je leur explique donc qu’on a retrouvé un cadavre dans la chaufferie d’un cabaret, à New-York, dans les années 30 et que les enquêteurs étant débordés par l’affaire Al Capone, ils décident de faire appel au public pour résoudre l’enquête à leur place. Aussi qu’on chante, qu’on danse mais que la mission première du spectateur est, en votant à la fin, de déterminer qui sont le ou les coupables. Surtout, je leur demande d’enquêter le plus attentivement possible, pour trouver la bonne réponse…S’ils se trompent, il est possible qu’ils repartent sans tout savoir du meurtre !
Camille : Selon les réactions, comme on joue à 22h 20, je dis aux gens de ne pas s’inquiéter, on est sur fond de cabaret, avec de la musique en live et des numéros. Donc, s’ils sentent, parce qu’ils sont fatigués de leur journée, qu’ils n’ont pas l’attention nécessaire pour suivre l’enquête assidument, ils pourront apprécier simplement le spectacle, qui se suffit à lui-même, pendant que nous nous occuperons du reste.
Vous qui êtes, Manon, aussi à l’origine de ce spectacle, d’où vous en sont venues l’envie et l’idée ?
Manon : En fait, on a coécrit ce spectacle avec Raphael Plutino. Je suis très fan d’escape game, de Cluedo, de jeux de rôles et je suis aussi très fan de cabarets. Un jour, je lui ai dit avoir l’envie d’écrire un cabaret, qui mêlerait du jeu. On a mis beaucoup de temps à trouver comment y parvenir et est venue l’idée d’un escape game au plateau, qui soit interactif et immersif. J’ai donc mêlé 2 de mes passions pour en faire ce spectacle !
Quelles sont les principales caractéristiques des personnages que vous défendez ?
Camille : J’incarne Billie, qui est la vedette du cabaret. C’est une nana un peu tendue et un peu diva mais qui, derrière ses airs très assurés, est pleine de fragilité, pas sûr d’elle du tout. C’est un personnage très intéressant à incarner parce que, au fil du spectacle, ça demande de la nuance dans le jeu. En plus de cela, j’ai la liberté de le faire à ma guise, selon les soirs et selon où je veux essayer de guider le spectateur dans son choix final.
Manon : Je joue le rôle de Salie, une prostituée qui vient se reposer en fait dans cette espace d’arrière-cour. Ce n’est pas un lieu de passage donc ça lui permet de le faire tranquillement. C’est un personnage plus brutal que Billie, dans le sens où elle a une vie et un passé qui sont quand même violents. En revanche, je pense qu’elle a beaucoup de faiblesses et d’optimisme, elle a quand même gardé son âme d’enfant, il y a une candeur en elle, elle aspire à une meilleure vie et elle dit qu’un jour, ce sera possible…
Camille : A contrario, Billie, qui a une meilleure situation, est beaucoup plus pessimiste sur la vie et sur le destin des personnages.
On est 4 au plateau, il y a aussi Miles, muet, musicien, qui est plutôt le binôme de Billie et il y a également Ancelin, qui est un loubard de la rue, qui est plutôt le binôme de Salie.
Vous l’avez dit, 2 fins sont possibles, selon le choix du public. Qu’est-ce que cela change pour vous, artistiquement ?
Manon : Je constate qu’en fonction de notre énergie, de notre fatigue, de ce que l’on a vécu dans la journée entre nous, l’influence sur le public peut être importante. C’est assez marrant que notre état général, en tant que comédien, impacte les spectateurs !
Quand les gens ont voté et que le verdict est tombé, cela ne change pas grand-chose artistiquement, dans le sens où on connait parfaitement les 2 fins. Dès lors que l’annonce est tombée, on se met dans l’état émotionnel du personnage qui correspond.
Quels principaux retours du public pouvez-vous avoir à l’issue des représentations ?
Camille : Que c’est original, que ça chante bien, que les musiques sont chouettes. Les gens apprécient aussi le côté live de la musique…
Manon : Le public retient l’originalité du concept. Souvent, ils nous disent, au-delà d’avoir vu un bon spectacle, avoir surtout été plongés vraiment dans un univers et avoir retrouvé leur âme d’enfant. Ils se rêvent enquêteurs, sont à fond pendant une heure et demie et oublient tout le reste.
Camille : On se faisait la réflexion, on a un public très diversifié : on a des familles qui viennent jouer ensemble, on a des couples du troisième âge qui viennent se tester aussi, on a des bandes de potes de 18 à 25 ans. C’est trop chouette, on a de tous les âges !
Manon : Cela fait plaisir de voir des bandes de potes au théâtre ! A chaque fois, je suis hyper contente de voir des jeunes venir nous voir…Le côté ludique crée du lien !
De façon unanime, des proches m’ont dit avoir entendu, tout au long du spectacle, des gens se faire des nœuds au cerveau pour résoudre l’enquête…Au début, quand on a commencé cette pièce, c’était déstabilisant d’entendre des gens parler, je craignais qu’ils soient en train de s’ennuyer mais j’ai fini par réaliser qu’ils menaient l’enquête. C’est chouette !
En conclusion, que peut-on vous souhaiter pour la suite de cette belle aventure ?
Camille : Que ça continue à remplir ! Que le public soit toujours au rendez-vous, que des professionnels aussi viennent découvrir le spectacle pour nous permettre de continuer à le faire exister le reste de l’année !
Manon : Oui, c’est sûr que c’est le but principal, au-delà du remplissage à Avignon, qui met évidemment du baume au cœur et qui fait du bien au moral. On aimerait que le « Walter’s cabaret » vive toute l’année et parcoure un peu la France !
Merci à toutes les deux pour vos réponses !
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