Quelle joie d'effectuer cette interview avec vous !
Vous êtes actuellement sur scène, en alternance, au Funambule Montmartre, avec la pièce « Polar, comment écrire un polar suédois sans se fatiguer ». Très simplement, comment présenteriez-vous ce spectacle ?
C'est une pièce complètement hybride, je n'ai pas vraiment de points de comparaison tellement elle est atypique. En gros, un metteur en scène et comédien extraordinaire, Marc Riso, que j'avais rencontré aux cours Simon, est tombé sur une BD suédoise du même nom. Celle ci est entrecoupée de petits tableaux pour mettre en scène les situations, ce que Marc a trouvé génial, au point d'en faire une pièce de théâtre.
On oscille entre la leçon d'écriture, en s'adressant au public, et le polar en lui-même, comme si nous menions vraiment l'enquête. On y retrouve l'inspecteur, la vieille dame, un peu les personnages caricaturaux des polars comme le vendeur de hot dog. On est vraiment dans les caricatures totales mais c'est très drôle. Je joue le rôle du boss de l'inspecteur, qui chapeaute un peu l'enquête.
C'est très chouette, les effets de mise en scène sont sympas, on passe d'une scène à une autre en quelques secondes. Personnellement, j'ai 18 changements de costumes. Il y a aussi des chorégraphies, c'est complètement barré. Le public participe un peu également.
Quelles sont les principales caractéristiques de votre personnage ? Comment le décririez-vous ?
Il est grossier, il est sans compassion, il est sale. On est vraiment dans la caricature et, pour le coup, c'est un vrai rôle de composition. Vu qu'il s'agit d'une caricature, il faut vraiment le construire dans les grosses lignes. Mais c'est rigolo à jouer.
Selon les retours que vous avez pu avoir des spectateurs, qu'est ce qui leur a plu ?
L'originalité. Généralement, les gens sortent en se disant qu'ils n'ont jamais vu cela ailleurs. Il y a un côté assez jouissif dans cet enchaînement de petites scénettes et d'intrigues qui se faufilent au fur et à mesure. Du coup, les spectateurs se laissent porter.
En parallèle, vous êtes en phase de développement et d'écriture d'une web série, pour un premier tournage espéré cet été, « Casting sauvage ». Comment présenter ce projet ?
C'est un format court, 3 minutes, avec un côté hyper efficace. En m'inspirant de ma vie, l'exercice du casting est, je pense, l'une des choses les plus ridicules que j'ai pu vivre. Je me suis parfois retrouvé dans des situations très surprenantes, notamment pour les castings pub.
Dans les 30 premières secondes, un producteur donne une mission à un directeur de casting et à un réalisateur. Mais les deux sont très mauvais, ils vont développer des suites de classique absurdes et en organiser le casting.
Où en êtes-vous dans le développement ? Quelles sont les prochaines étapes espérées ?
Au début ! J'espère pouvoir décliner le concept sur une cinquantaine d'épisodes. Il faut à chaque fois trouver une originalité, ce que je m'efforce à faire.
L'objectif, dans un premier temps, est d'écrire une dizaine d'épisodes bien différents, mais avec le même esprit et la même structure autour du producteur, le directeur et le réalisateur, et d'essayer d'en tourner idéalement trois d'ici la fin du mois d'août. C'est l'objectif affiché et on va faire le maximum pour. J'ai envie en tout cas d'en faire un pilote pour l'envoyer aux producteurs intéressés.
Toujours à l'image, on a pu vous voir récemment sur France 3, dans deux épisodes de la série « Crimes parfaits », aux côtés notamment d'Isabelle Otero. Quels souvenirs gardez-vous de ces tournages ?
Un souvenir absolument extraordinaire. Je connaissais le réalisateur, Emmanuel Rigaut, avec qui je m'entends très bien, avec qui j'adore tourner. J'apprécie sa manière de faire, il est très précis, très méticuleux, très organisé. Il a une préparation qui est extraordinaire et il nous met dans les meilleures conditions.
Tourner sur la Côte d'Azur en octobre est toujours agréable. L'équipe était vraiment sympa. Avec Isabelle, ça s'est vraiment super bien passé. L'entente était très bonne, nous avions trouvé notre équilibre. Cela passait par des échanges de textes, des adaptations de scènes pour qu'elles soient encore plus efficaces selon nous. Une super script nous a aidé dans ce sens. Nous nous sommes beaucoup amusés, avec une vraie recherche.
La production et France 3 sont très contents de ces deux épisodes d'un point de vue artistique. Les audiences ont été excellentes, du coup je pense qu'ils veulent reconduire le duo sur deux nouveaux épisodes. Ce n'est pas signé, ce n'est pas acté mais, normalement, début 2020, il devrait y avoir une suite.
Enfin, vous aviez tourné dans « Meurtre à Brides les Bains », toujours pour France 3. Un nouveau tournage, dans la même région, est programmé pour la fin de l'été.
On repart en tournage avec Line Renaud, Patrick Catalifo, toujours en Savoie mais cette fois ci un peu plus haut. Cela s'appellera « Meurtre dans les trois vallées ». Ça va être super !
C'est un plaisir de vous retrouver pour ce nouvel échange.
Vous avez une belle et riche actualité en ce moment. Prochainement sera diffusé le premier long métrage produit par Netflix, « La grande classe ». Très simplement, comment le présenteriez-vous ?
C'est réalisé par Julien War et Rémy Four, qui sont aussi les co-auteurs. Des anciens lycéens se retrouvent quinze à vingt ans après et les anciennes querelles de l'époque ressurgissent. On y voit notamment que l'on ne se dégage jamais totalement de ses tares ni de ce que l'on a été.
Cette comédie est pleine de scènes très drôles. Je joue Linda, je suis l'ancienne petite peste du lycée, qui était amoureuse transie d'un garçon qu'elle retrouve. Elle va vouloir revivre sa passion de l'époque mais il va y avoir un chamboulement... On va découvrir que la fille mignonne qui se la jouait à l'époque n'a pas forcément beaucoup changé.
A titre plus personnel, avez-vous déjà été amenée à vivre pareille situation de retrouvailles d'anciens camarades ? Le cas échéant, cela vous a-t-il aidé pour ce rôle ?
Je n'ai pas forcément travaillé le rôle comme cela. Pour autant, j'ai retrouvé avec ma meilleure amie, il y a quelques années dans un bar, une dizaine d'anciens camarades de CE2. C'était marrant. On a échangé de vieux souvenirs et ce qu’on avait gardé de cette époque.
Je m'aperçois que l'on oublie les noms de ses collègues de lycée, même de collège mais, souvent, qu'on se souvient de ceux de l'école primaire. Ce qui est mon cas. C'est assez marrant. Je me souviens de chaque nom de famille, comme les noms de mes professeurs d’ailleurs.
Au delà de l'aspect nouveauté de cette première production, qu'est ce qui pourra attirer dans ce programme ?
Je pense que l'on a tous une nostalgie de l'époque, de l'école. Je trouve que c'est marrant de faire comme cela des petits retours dans le passé. Pour toute une génération de trentenaires, quarantenaires, regarder d'anciens élèves se retrouver dans leur ancien lycée pourrait plaire.
Au delà de l'histoire même, je pense que ce casting très intéressant peut attirer. Je suis entourée de Jérôme Niel, Ludovik, Nicolas Berno, très connus sur Youtube, mais aussi Joséphine Drai, Claire Tran, Lætitia Chambon, Marc Rizo, Johanna Dionnet, Romain Lancry, Nicolas Lumbreras qui viennent un peu plus du théâtre et du cinéma. Bref, un casting divers et varié qui va séduire plein de générations et de supports différents. J'ai hâte de voir le résultat en tout cas.
En parallèle, vous serez à l'affiche de « Divorce Club », le prochain long métrage de Michael Youn. Sans tout en dévoiler, que pouvez-vous déjà nous en dire ?
Cela parle d'un homme, interprété par Arnaud Ducret, qui va se faire lourder de façon un peu brutale par sa copine et qui, du coup, va se retrouver seul. Il va alors retomber sur un ancien coloc, joué par François-Xavier Demaison, avec lequel il avait beaucoup ri et partagé une époque de folie. Celui-ci va lui proposer de venir habiter chez lui. Ils vont alors reformer un peu leur duo. Le personnage de François-Xavier va ainsi avoir l'idée de créer un Divorce Club, qui organisera de grandes réunions avec tous les gens qui se sont faits quitter et qui en souffrent. Plutôt que de pleurer sur leur sort et de se plaindre, ils vont fêter la séparation.
Jusqu'au jour où le personnage d'Arnaud rencontrera une fille, ce qui va bouleverser tout ça, notamment sa relation avec son colocataire. Je joue justement ce nouveau coup de cœur.
C'est une comédie vraiment très drôle qui tire aussi vers la comédie romantique. Parce qu'il y a le parallèle entre cette vraie histoire d'amour et ce Divorce Club, où tout part en vrille. C'est très très drôle, avec de superbes sketchs. Une très belle distribution est à noter. En plus de ceux déjà cités, ajoutons Audrey Fleurot, Grégoire Bonnet, Youssef Hajdi, Frédérique Bel. Donc ça va partir dans tous les sens et je pense que ça va être chouette. J’ai hâte de vous le présenter.
Nous venons d'évoquer deux longs métrages, un pour le petit écran, un autre pour le cinéma. En termes de méthodologie, vous adaptez-vous en fonction du support ? Ou restez-vous assez classique et standard ?
Je crois que je me prépare de la même façon, peu importe le support. Je lis d'abord à plusieurs reprises le scénario, pour comprendre le personnage, pour le faire évoluer dans ma tête. Ensuite, selon les difficultés que le rôle va m'apporter, ma méthode peut légèrement différer.
A présent, j'ai tendance à préparer encore plus mes rôles en amont et à me faire une sorte de topo sur le passif. Je le fantasme, je m'en fais ma propre histoire, en plus des informations du scénario.
Afin que, lorsque j'arrive sur le tournage, je sache qui ils sont, comment ils ont vécu, ce qui fait que, aujourd'hui, ils en sont là. Pour rentrer directement dans leur vie à ce moment-là de l'histoire. J'ai fait beaucoup de séances de travail comme cela, notamment avec Julie de Bona, pour « Une mère sous influence ». Nous avions beaucoup travaillé en amont la relation entre nos deux personnages. Cela m'a donné envie de m'orienter encore plus dans ce sens pour l'avenir car j'étais arrivée chargée de quelque chose sur le plateau. J'ai trouvé hyper intéressant d'avoir déjà décortiqué le personnage pour lui donner une dimension supplémentaire.
Je travail avec le réalisateur ou la réalisatrice qui ont eux aussi une vision bien claire de ce qu'ils souhaitent. Si, en plus, ils sont à l'écoute, c'est l'occasion de faire grandir encore plus notre imagination.
Par ailleurs, vous finirez le 26 mai prochain le tournage d'une mini série en 6x52 minutes, « Pour Sarah », qui sera diffusée sur TF1. De quoi s'agira-t-il ?
C'est réalisé par Frédéric Berthe et c'est l'adaptation d'une série québecoise, elle même adaptée d'une histoire vraie. Sur l'accident de deux adolescents et sur l'enquête associée. En fait, deux adolescents prennent la route, ont un grave accident, tombent tous les deux dans le coma et la jeune fille, elle, a malheureusement beaucoup plus de complications. Une enquête est menée mais, au delà, ce sont aussi les dommages collatéraux autours de cette histoire qui sont évoqués.
Comment deux ados, qui sont amis, et leurs familles, elles aussi amies, vont se disloquer à la suite de cette histoire ? Comment des meilleurs amis, tout d'un coup, pour défendre leur progéniture, vont se séparer ? J'ai aimé aussi cette partie là, où les dommages associés poussent les gens à devenir ennemis. J’espère ne jamais être confrontée à cela.
C'est assez sombre mais très intéressant. J'ai eu la chance de tomber sur une équipe incroyable. Je pense notamment à Thomas Jouannet, l'un des deux papas dans l'histoire. Je joue sa compagne, la belle mère de l'enfant. J'ai dû me créer ma propre histoire avec ce dernier, ce n'est pas mon fils mais je l'aime tel quel. Ma rencontre avec Thomas fut magnifique, c'est quelqu'un de très généreux et de très rieur. Ce qui nous a permis de désamorcer des scènes pas évidentes à jouer. Il y aussi Audrey Dana, Francois-Xavier Demaison dans le rôle des parents, Aure Atika, Frédérique Bel, Bruno Sanchez et un superbe casting de jeunes gens dont Eden Ducourant et Clement Rémiens qui sont formidables !
Nous évoquions précédemment votre préparation. Justement, avez-vous regardé la série diffusée outre manche ?
J'ai préféré, comme tous mes collègues je crois, ne pas regarder cette série pour ne pas être influencée par des personnages déjà existants. Nous nous sommes davantage reposés sur le scénario et sur l'histoire. Pour ne pas faire de copier coller, j'ai préféré rester neutre et en donner ma propre interprétation. Peut-être que, lorsque le tournage sera terminé, j'aurai la curiosité de regarder.
En tout cas, je me suis bien préparée pour ce joli rôle. On découvrira plus tard que mon personnage a du mal à avoir ses propres enfants, elle a donc un dilemme en plus dans sa vie. Ce qui l'oblige à devoir tout gérer en même temps.
Enfin, deux tournages sont prévus, un en juin, l'autre en août. Voulez-vous déjà nous en parler ?
« Tout simplement noir » sera tourné en juin, de Jean Pascal Zadi et John Waxxx. Ce film évoque sur fond de comédie, la place des noirs dans notre société. En l'occurrence, JP n'en est pas du tout content et, du coup, va vouloir créer une marche avec toute sa « communauté » pour faire bouger les choses.
Il va alors faire appel à tous les noirs un peu connus en France pour pouvoir se faire entendre ! C’est sur fond de comédie que ce sujet de société est traité, avec du contenu certes mais beaucoup d'autodérision aussi. Je jouerai la femme de Jean-Pascal Zadi, qui va tenter de lui remettre les idées au clair et de le calmer dans sa frénésie de défendre sa place à tout prix. Ça va remettre en question leur couple. J’ai énormément ri en lisant le scénario et il y a un casting assez fou, Jean-Pascal Zadi, Fary, Tahar Rahim, Omar Sy, Mathieu Kassovitz, Aissa Maiga, Leila Bekti, Fabrice Eboué, Jonathan Cohen, … entre autres.
Et à la rentrée, nous commencerons le tournage de « La Scala » de Bruno Chiche. Un très joli film sur la relation entre un père et son fils dans le monde de la musique classique.
En conclusion, si l'opportunité se présente, avez-vous l'envie de revenir sur les planches ?
Oui, tout à fait. J'ai un projet qui me tient à cœur. Nous essayons actuellement de monter « Les survivants » d'Alain Teulié, mise en scène d'Aline Gaillot, où je jouerais avec Soufiane Guerrab. Il faut trouver le théâtre et la programmation adéquats. Nous travaillons dessus. Je rêve que cette pièce se monte parce que la scène me manque beaucoup depuis deux ans.
Quel plaisir de vous retrouver pour ce nouvel entretien.
Vous êtes actuellement à l'affiche de la comédie « Jamais le deuxième soir » qui se joue au théâtre Le République, Comment la présenteriez-vous ?
C'est une comédie à trois personnages. Mirabelle, que j'interprète, est une jeune femme très déçue par les hommes qu'elle rencontre, auxquels elle s'attache très vite mais qui la larguent juste après avoir couché avec elle. Quand la pièce commence elle vient justement de se faire quitter une fois de plus par un garçon qu’elle aimait bien et avec qui elle était seulement depuis douze jours.
Elle appelle donc à la rescousse sa meilleure amie, Cynthia, avec qui elle décide de se venger et de s'inscrire sur un site de rencontre, afin d'appâter les hommes et de faire comme eux, les larguer après avoir couché avec. Elle y rencontre Lorenzo, le cliché de l'italien dragueur et séducteur, qui lui fait son grand jeu d'italiano-romantico mais qui, contrairement à ses attentes, refuse de coucher avec elle le premier soir. Mirabelle se fait donc prendre à son propre jeu. Elle essaie alors de tout faire pour qu'il cède, à l'aide de Cynthia qui a plus d'un tour dans son sac…
C’est une comédie haute en couleurs et en rebondissements où les femmes s'amusent à inverser les rôles et à prendre le pouvoir, du moins à essayer…
Cette pièce tourne depuis deux ans. Du coup, comment avez-vous procédé pour vous approprier votre personnage ?
Il faut dire que je connais déjà la pièce, ses auteurs et ses comédiennes qui jouent en alternance depuis 2 ans. Je suis allée les voir jouer plusieurs fois, j'ai donc répété en m'inspirant de leur jeu, tout en apportant ma touche personnelle.
Après quelques jours dans la peau du personnage, comment vous sentez-vous ? Avez-vous déjà digéré toutes les attentes ?
Je me sens bien, l'entente est très bonne avec mes différents partenaires. La complicité est là. J'ai l'habitude de rejoindre des aventures et des équipes en cours et je me sens à l'aise et bien intégrée. Je m'amuse déjà beaucoup.
En parallèle, dans un autre registre, vous venez de tourner à Montpellier pour « Un Si Grand Soleil », où votre personnage de Julia Rumi arrivera à l'antenne en juillet. Que dire sur cette autre aventure artistique ?
J'ai eu en effet le plaisir de tourner 5 jours dans la quotidienne de France 2 : UN SI GRAND SOLEIL. Mon personnage, pour l'instant, n'est pas récurrent mais il pourra peut-être le devenir si les retours sont positifs. Tout ce que je peux vous dire pour le moment, c'est que je ne joue pas une gentille…
J’ai adoré tourner avec les équipes de France Télévisions qui sont vraiment super. L'ambiance est top, C'est une grosse machinerie très bien huilée. Les studios sont gigantesques et plusieurs équipes de réalisateurs différents se relayent. Il faut alors vraiment bien connaître son personnage pour rester dans une certaine cohérence d'une session de tournage à l'autre.
En complément de ces deux actualités, quels sont vos autres projets en ce moment ?
J'ai tourné un pilote d'une série : JEUX DE MAINS, dans laquelle je joue une braqueuse et que l'on souhaite vendre à OCS.
En parallèle, j'ai intégré l'équipe de « Gang of Paname », une bande de comédiens qui se sont tous rencontrés sur la série « Le Bazar de la charité », qui sera prochainement diffusée sur TF1. Ils se sont inspirés de leurs personnages de gangsters de 1900 pour en développer leur propre web série. J'y joue un membre de leur gang, une sorte de Casque d'Or, qui tient la maison close qu'ils aiment fréquenter. Pour l'instant, nous sommes visibles sur Instagram et travaillons à d'autres développements.
Et, surtout, je prépare mon seule en scène, mon one woman show Un show case aura lieu à la rentrée au Mélo d'Amélie.
C'est toujours une joie de vous retrouver pour un nouvel échange.
Vous êtes actuellement à l'affiche, en alternance, à la Comédie des Boulevards, de la pièce « Jardins Secrets ». Très simplement, comment présenteriez-vous ce spectacle ?
C'est une comédieà trois personnages féminins, écrite par Béatrice Collas. On y parle de trois femmes qui sont mères et qui se rencontrent au jardin d'enfants. Elles sont toutes les trois très différentes, l'une est avocate, très carriériste, très ego-centrée, une autre est une professeur d'arts plastiques un peu délurée et la troisième est une catholique convaincue, mère d'une famille nombreuse. Ces trois femmes, qui n'ont rien à voir les unes avec les autres, vont sympathiser et devenir amies.
C’est une histoire drôle et touchante. Une rencontre qui change le point de vue de ces trois femmes. Ce n'est pas centré que sur l'humour, ce qui est assez chouette.
Vous évoquiez les trois personnages. Lequel interprétez-vous ? Quelles sont d'ailleurs ses principales caractéristiques ?
J'interprète le personnage de Sandra, l'avocate. C'est une femme, comme je l'ai dit, assez carriériste. Elle a des jumelles mais c'est plutôt son mari qui voulait des enfants. Elle a pris un congé parental mais c'est un peu malgré elle. Elle reprendra vite son travail.
Maryline et Anne-Charlotte sont très différentes d'elle. D'ailleurs, elle ne les comprend absolument pas au début.
Elle a plein d'amants, elle a donc une vie amoureuse et sociale assez épanouie mais elle n'a que très peu d'amis proches. C'est un peu sa faille. Cette histoire lui permettra justement de se faire de vraies amies, très différentes d'elle mais une solide amitié va naître entre elles malgré tout.
Crédits photo : Le Daron Photographe
Cette rencontre un peu impromptue est elle aussi l'occasion d'aborder de nombreux thèmes et sujets ?
Il y a la maternité, la contraception, la place de l’homme et de la femme dans la société, l’émancipation des femmes. C'est beaucoup abordé avec le personnage d'Anne Charlotte, qui estcatholique pratiquante et dont le positionnement au sein du couple est différent des deux autres.
On traite aussi les sujets du divorce, de la séparation, des enfants, de l'éducation.
Vous avez rejoint l'équipe il y a quelques semaines maintenant. Selon vous, avec votre regard encore neuf, qu'est ce qui plaît tant aux spectateurs ?
Je dirais que, justement, la différence entre ces trois personnages crée un côté comique. Les gens rigolent du début à la fin, c'est une pièce drôle, ce qui est très agréable. Pour l'avoir vue en tant que spectatrice avant de jouer le rôle de Sandra, j'ai trouvé cette pièce vraiment plaisante et différente des autres comédies. On passe un très bon moment. Il y a tout, de l'humour, des thématiques différentes assez engagées, … plein de choses qui font que c'est une bonne pièce.
Quelle a été votre méthodologie pour vous approprier le personnage ?
Je suis beaucoup allée voir Raphaelle Lenoble jouer et par la suite j'ai travaillé, avec la metteur en scène Elza Pontonnier, le personnage. Qui, finalement, est assez loin de moi. Notamment sur les premières scènes, où Sandra est très cassante. Donc beaucoup d'observations et de travail ont été nécessaires.
Une reprise de rôle est souvent rapide dans le temps, j'aime bien fonctionner comme cela pour le moment. Sur les premières représentations, je rentre dans les chaussons de ma prédécesseur avant, ensuite, de ne plus trop y penser et de trouver ma propre touche au fur et à mesure.
Sur cette pièce ci, trois semaines environ se sont passées entre ma confirmation et mes débuts. Je me suis concentrée à fond pour apprendre le texte, me faire une idée du personnage et me lancer.
Crédits photo : Alejandro Marval
En parallèle, on vous trouve en tournée, dans « Chérie, c'est qui le patron ? ». Quel est le pitch ?
C'est l'histoire un peu farfelue d'un personnage féminin, Judith, qui est en couple avec José et qui tombe enceinte, mais du boulanger d'en bas de l’immeuble. Elle cherche une solution, elle ne peut pas avouer cela à son compagnon et elle ne trouve pas d'autre moyen que d'essayer de le tuer. Elle passe toute la pièce à essayer d'atteindre cet objectif.
J'ai hâte à chaque fois, c'est toujours agréable de jouer en tournée. Le jeu reste le même mais on s'adapte différemment aux spectateurs, ce n'est pas la même ambiance.
J'espère pouvoir la rejouer, une autre tournée aura sans doute lieu l'année prochaine.
Quel plaisir d'effectuer cette interview avec vous !
Vous êtes tous trois à l'affiche, au théâtre La Boussole, de la pièce « Love stories », que vous avez écrite et mise en scène Thibaut. Très simplement, comment présenteriez-vous ce spectacle ?
Thibaut : C'est l'histoire de Delphine, 35 ans, célibataire et de sa petite voisine Ophélie, 25 ans, qui est très connectée sur le net, de part son métier d'influenceuse. Cette dernière lui demande alors de lui prêter son appartement car elle vient de rencontrer un garçon sur le site « AdopteUnMec ».
La situation va bien entendu évoluer avec l’arrivée de « l’homme mystère » et déboucher sur des situations cocasses et des quiproquos. On n’en dira pas plus ;)
Élodie :Delphine a 35 ans, elle est un peu vieille fille et elle aime beaucoup.. les plantes ! Elle n’a pas un mauvais fond même si elle peut être un peu sèche parfois, elle est surtout empêtrée dans un certain mal-être lié à sa solitude et à son désir profond de se marier et d’avoir des enfants.
Marion : J'interprète Ophélie, une jeune influenceuse passionnée des réseaux sociaux et surtout de mode. Elle est toujours à l'affût des dernières tendances, des dernières marques, elle a beaucoup de followers, cela en est même devenu son métier.
Thibaut : Certaines critiques le disent, c'est une pièce sur les réseaux sociaux, sur le métier d'influenceuse. C'est très moderne, dans l'air du temps.
Marion : C'est une jeune femme qui est aussi bienveillante, qui aime énormément son amie, qu'elle considère d'ailleurs comme la meilleure. Mais c'est vrai qu'elle a ce côté très jeune, donc un peu candide et naïf sur certains points, mais pas que.
Thibaut : Elle est vraiment à fond dans son époque, elle a combiné ses deux passions pour en faire son métier. C'est assez révélateur de ce que l'on voit sur Facebook et Instagram notamment, avec tous ces femmes influenceuses, qui racontent leurs vies au travers de la mode et, entre autres, des défilés.
Delphine caractérise davantage les femmes qui travaillent en entreprise, qui sont parfois célibataires. Pourquoi ? On en apprendra peut-être quelques petites raisons dans la pièce.
Marion : L'âge n'est pas dit mais on comprend, par certains dialogues, qu'elles ont quand même une petite différence. C'est un peu, je trouve, le « choc des générations ». Il y avait l'amour avant internet, il y a l'amour depuis internet. Les modes de communication et de rencontre ont changé.
Thibaut : C'est une approche différente d'internet. J'ai voulu, dans l'écriture, mettre en opposition ces deux visions et ces deux pratiques du web. Le monsieur, au milieu, est très gentil, un peu dépassé par les événements.
Marion : Au final, il a un peu des deux personnages dans son approche de l'amour.
Élodie : Il fait vraiment le pont entre les deux rôles féminins.
Thibaut : Un sacré pont :) Il faut aussi préciser qu'il y a un grand écran, une sorte de quatrième comédien, sur lequel on retrouve des messages Facebook, des photos Instagram, des stories, des FaceTime. C'est très vivant.
A titre plus personnel, avez-vous eu des sources d'inspiration particulières pour incarner votre personnage ?
Élodie : Delphine évolue dans le milieu de l’entreprise que j’ai bien connu avant ma reconversion en tant que comédienne. C’est un personnage qui fait écho chez moi et pour lequel les sources d’inspiration sont assez proches.
Thibaut : Quand j'ai proposé ce rôle à Élodie, je savais à qui je m'adressais. Élodie n'a rien à voir avec Delphine mais j'ai vu effectivement quelque chose qui pouvait résonner en elle.
Thibaut : De mon côté, je ne peux pas vraiment répondre à la question concernant mon personnage, pour ne pas vous spoiler. Je peux juste dire que je suis parti d'une situation dans ma tête, qui a été l'élément déclencheur de la pièce. J'ai, après, développé le caractère de Delphine puis celui d'Ophélie. Finalement, la première est devenue un peu plus vieille fille et moins branchée, au fur et à mesure de l'écriture. A l'inverse, j'ai maximisé le rapport d'Ophélie au web et à la mode.
Mon amie travaille dans ce milieu, ce qui m'a beaucoup inspiré. A travers Delphine, je pense que je me suis inspiré de femmes que j'ai déjà rencontrées. Dès les premières scènes, des petites choses parlent aux femmes dans le public, même si le côté comique, vaudeville prévaut.Très honnêtement, je n'ai pas développé tant que ça mon personnage. Il n'a finalement pas un caractère vert, bleu ou rouge, il subit juste un peu les situations. C'est plutôt un CSP+, quelqu'un de cultivé et qui aime bien draguer les filles.
Marion : J’essaye de faire un mix entre « Les Reines du Shopping » et des influenceuses que je suis sur Instagram avec un vocabulaire un peu « pointu » en termes de mode. Sinon, je me suis inspirée aussi de jeunes femmes de 5 à 10 ans de moins que moi, pour voir comment elles se comportent avec leur téléphone, comment elles parlent, avec la fraîcheur et le côté très connecté de la génération Y.
Thibaut : Elle est aérienne, elle n'est pas du tout stupide, ce n'est pas du tout une potiche. En revanche, c'est un ange, c'est quelqu'un de bienveillant, de gentil qui, effectivement, est dans son monde.
Élodie : Elle est, à la fois, très connectée sur les réseaux et parfois déconnectée d'une certaine réalité.
Thibaut : Elle vit vraiment dans le monde virtuel, qu'elle connaît par cœur. Elle en a tous les codes.
Marion : Bien sûr, je suis née avec un téléphone dans la main et je fais partie de la génération Y justement mais je n'ai jamais été ultra-connectée. Et puis Ophélie est un peu un défi parce qu’elle est un électron libre, très speed et jeune dans sa façon d’être et ce sont des choses que j'avais essayé de gommer dans mon jeu pour pouvoir arriver à maturité sur certains autres rôles. Donc, là, je dois retrouver ce que j'essaie d'effacer depuis des années.
Thibaut : Effectivement, quand j'ai développé le personnage, j'avais en tête quelqu'un de 20 ans. Au théâtre, c'est un peu jeune pour avoir l'impact nécessaire sur scène, afin de toucher le public et de le faire rire. Marion était le parfait alliage entre les deux, entre cette jeunesse apparente et l'expérience théâtrale indispensable. J'en profite pour le souligner, les deux comédiennes sont excellentes.
Marion : Et nous sommes accompagnées d'un excellent comédien :)
Thibaut : Ça me gêne :)
Les retours des spectateurs sont très positifs. Qu'est ce qui en ressort majoritairement ?
Thibaut : Les gens, d'abord, se sont mis à suivre l'histoire. Dès fois, on écrit une pièce comme une succession de gags et de vannes, là je crois qu'il y a plus une histoire, une comédie romantique, il faut bien le préciser. On s'identifie aux personnages, on suit autre chose que simplement les blagues. Finalement, il n'y a pas que ça, il y a du fond.
Je l'ai très vite compris en tant qu'auteur, dès les premiers jours : le public suit avant tout l'histoire. Ce qui m'a beaucoup enrichi et incité à orienter notre jeu dans ce sens.
Je pense donc que les gens aiment la comédie romantique, ils nous disent aussi que c'est moderne, jeune, dans l'air du temps. C'est très actuel, sur les nouveaux codes amoureux avec les réseaux sociaux. Dernier élément, le décor touche aussi le public, il semble bien plaire.
Élodie : Avec un sujet finalement intemporel, vieux comme le monde.
Thibaut : J'ai clairement réfléchi, au moment de l'écriture, à un autre point. Je voulais que les gens qui ne sont jamais allés sur Facebook ou Instagram ne soient pas du tout largués.
Élodie : C'est gaguesque mais sans vulgarité aucune.
Marion : Et puis c'est fait de manière très fine, vraiment.
Élodie : C'est idéal pour une soirée en couple ou entre amis. J'ai plein de copines qui sont venues en bande, qui ont adoré, qui ont passé une super soirée.
Thibaut : A la base, Pierre, le directeur du théâtre, m'avait demandé d'écrire pour les femmes, ce que j'ai fait, en pensant à elles. Au final, les hommes apprécient énormément aussi. Au travers notamment du rapport homme-femme qui s'installe dans la pièce.
Élodie : Les trois personnages sont assez touchants dans le fond.
Thibaut : Les spectateurs s'attachent aux personnages, c'est super, j'adore.
Élodie : C'est là le petit plus de la pièce, c'est drôle mais pas que.
Vous êtes au début de l'exploitation de la pièce, vous êtes à l'affiche depuis quelques jours seulement. Pour autant, l'appréhension des premières est-elle déjà passée ?
Élodie : Je ne sais pas dire car je n'ai pas vraiment de stress. Je n'ai pas le stress de l'auteur ni du metteur en scène, je m'éclate simplement avec mon personnage.
Thibaut : Avant la première, je n'étais pas bien du tout, je ne savais pas comment le public allait recevoir la pièce. J'ai compris, les premiers jours, que ça marchait, ce qui m'a beaucoup rassuré en tant qu'auteur et que metteur en scène. En tant que comédien, parfois il m'arrive d'avoir encore de l'appréhension, en toute honnêteté.
J'ai la chance de rentrer un peu plus tard sur scène, j'entends donc le public, cela me met en confiance lorsque ça se passe bien. J'arrive rassuré.
Marion : La première scène est un enjeu pour moi parce qu’Ophélie tient les rênes au départ. Et quand on arrive on ne sait pas quelle va être la réaction du public, quel est son rythme, son humour, etc. Et on raconte une histoire donc il faut installer un personnage crédible dès le départ pour que le public se laisse porter par l’intrigue.
Thibaut : On a beau préparer et répéter la pièce longtemps, c'est le public qui décide, qui est juge et qui donne finalement le rythme du spectacle. Les premiers jours nous ont ainsi permis de faire quelques modifications marginales. C'est le principe du spectacle vivant.
En conclusion, comment définitivement inciter les lecteurs à venir voir la pièce ?
Élodie : Je dis « place remboursée si vous ne riez pas au moins une fois ».
Thibaut : Je crois très sincèrement qu'il faut aller lire les critiques sur les sites de réservation. C'est vraiment l'avis du public.
Élodie : Ce ne sont pas que nos cousins qui les écrivent :)
Thibaut : Il y en a déjà beaucoup, les gens, je le redis, voient la pièce comme drôle, moderne, dans l'air du temps, originale. Ils sont notre meilleure publicité et nous n'avons payé personne :)
Élodie : C'est un super moment de détente, d'une heure dix. C'est feel-good, sans cliché.
Marion : Si vous voulez passer une bonne soirée, venez nous voir !
Quel plaisir d'effectuer cet entretien avec vous !
Vous serez à l'affiche, au Festival d'Avignon, de la pièce « Faut il tout dire dans son couple ? », au théâtre Le Capitole. Très simplement, comment présenteriez-vous ce spectacle ?
Isabelle : C'est une comédie romantique de Vincent Delboy et mise en scène par Thibault Martel. Elle est très bien écrite, avec des personnages riches, hauts en couleurs et très singuliers. Ils vont finalement s'apporter l'un l'autre, se compléter pour, à la fin, au travers de ce qu'ils auront vécu, se trouver changés. La pièce est drôle mais pas que...
Thomas : Colin, que j'interprète, raconte son histoire directement au public. Il est un comptable un peu étriqué dans sa vie. Il vient de se faire larguer par sa copine, via une lettre un peu lâche. Dès le début, il promet du coup qu'il n'y aura plus de mensonge dans sa future relation.
Pour essayer de passer à autre chose, il s'inscrit sur un site de rencontre et, très vite, il échange avec Debra, jouée par Isabelle, qui va débarquer ensuite chez lui. Elle est très franche du collier, sans filtre, elle dit ce qu'elle pense au moment où elle le pense, elle ne mâche pas ses mots. Elle va un peu le déboussoler.
On va suivre leur histoire, le moment où ça brille, où ils tombent amoureux l'un de l'autre puis les différentes étapes que peut vivre un couple sur une année. Jusqu'à un twist final inattendu, qui va complètement chambouler ce duo.
Isabelle : Debra est un personnage haut en couleurs, elle a un côté « brute de décoffrage », elle est sans filtre. Pour elle, c'est normal de tout dire. Son curseur émotionnel est très haut, que ce soit dans la joie, la colère ou la tristesse. Au fil de la pièce, on va découvrir ce qui s'est passé dans sa vie et comprendre pourquoi elle est comme ça. En tant que comédienne, ce rôle est génial à jouer, la palette est tellement riche. C'est rare et ça fait du bien !!
Thomas : C'est rare pour une comédie. Celle ci n'a pas que pour but de faire marrer les spectateurs et de les divertir, avec des répliques « efficaces » et des situations déjà vues. C'est très écrit, presque comme un scénario de film. C'est avant tout la rencontre amoureuse de Colin et Débra qui est mise en avant, ainsi que leur façon de s’apprivoiser, leur vision du couple et l'apport de l'un envers l'autre.
A titre plus personnel, avez-vous des sources particulières d'inspiration pour vous approprier votre personnage ?
Thomas : On se connaît très bien avec Isabelle, du coup on a trouvé un rythme assez naturellement, une sorte d'énergie commune.
Isabelle : La pièce a été créée et jouée il y a plusieurs années à Nantes. Il s'agit cette fois ci d'une deuxième création finalement. C'est la même pièce mais très différente de part nos personnalités bien distinctes. On crée le personnage aussi par rapport à ce que l'on est.
Thomas : On s'inspire effectivement d'une petite partie de nous-même. Comédien ou pas, on a tous plein de facettes différentes en fonction des personnes avec lesquelles on est. Sur scène, du coup, on reconnecte celles qui vont bien dans la situation.
Sous couvert de comédie familiale, il y a un fond qui me touche et c'est plaisant aussi pour s'approprier les personnages. On va plus loin que le titre, ce dernier ne prend sens qu'à la fin de la pièce de toute façon.
Isabelle : On nourrit aussi son personnage grâce au jeu. Après chaque représentation, on voit l'évolution clairement, on est de plus en plus libre.
Le Festival d'Avignon, on le sait, est très intense et très diversifié. A ce titre, comment se démarquer ?
Thomas : Je pense aborder les festivaliers en leur expliquant que j'ai une question un peu indiscrète à leur poser : « Est ce que vous vous dites tout dans votre couple ? ». Pour essayer de créer une complicité avec ces personnes. Même si on ne parle pas que de ça, loin de là, on peut accrocher le public sur ce sujet.
Isabelle : Et moi c'est mon premier Avignon, je vais découvrir les parades. Je pense qu'il faut que les démarches nous ressemblent, on va faire quelque chose de « nature » qui va accrocher les gens. En restant simple comme dans la vie. On pourra même aller voir des couples qui s’engueulent et les inviter à se réconcilier pendant la pièce (rires) !!
Le but est de faire comprendre, avec subtilité, aux gens la richesse du spectacle : on se sert du divertissement et du rire pour raconter une histoire, et non pas l'inverse.
En parallèle, Thomas, toujours en Avignon, vous jouerez dans une autre pièce, « On dirait ton père », un peu plus tôt dans la journée. Que dire sur cette autre aventure théâtrale ?
Thomas : C'est totalement différent, sur le format et le sujet. J'ai rejoins la pièce en tant que comédien il y a peu de temps, j'y étais l'année dernière en assistant mise en scène et, en février dernier, j'ai repris le rôle masculin. J'ai donc un « affect » tout particulier pour ce spectacle.
Je partage la scène avec 2 comédiennes de talent. Chacun d'entre nous joue un personnage, que l'on suivra de sa naissance à sa vie adulte, et pour chaque enfant, les deux autres jouent les parents! Le sujet de la pièce s'articule ainsi autours du poids des bagages familiaux, de l'héritage familial. Comment grandir avec ce que nous ont transmis nos parents, volontairement et involontairement ? Dans l'éducation, dans leurs peurs. Est ce que l'on quitte cela ? Vit on avec ? Est-ce un poids ?
Isabelle : Je l'ai vue et c'est vraiment une belle pièce. Le propos est abordé et écrit de façon originale. On suit les personnages dans leur évolution et c'est assez inédit, notamment au niveau de la mise en scène liée aux trois couleurs primaires. C'est intelligent, tout en simplicité et très bien joué.
Thomas : Autours de trois cubes et trois valises, on utilise de nombreux accessoires pour illustrer les situations et les personnages. C'est une superbe pièce. Reprendre le rôle masculin est un très beau cadeau. A l'image de l'autre spectacle évoqué, je retrouve aussi un panel de jeu assez large mais d'une autre manière. Dans le sens où chacun joue plein de personnages différents et opposés. Le travail de comédien y est passionnant enrichissant.
Les gens sortent émus et se questionnent vraiment. On s'y retrouve tous de près ou de loin. Je suis donc très fier de défendre deux spectacles différents, avec des partenaires géniaux. Tout est réuni pour que ça se passe bien.
Quel plaisir de vous retrouver pour ce nouvel entretien.
Il y a quelques jours a été diffusé sur TF1 l'épisode de « Joséphine, Ange Gardien » un peu spécial, en ambiance western, que vous aviez proposé, coécrit et dans lequel vous avez joué. Avoir autant de casquettes en même temps fut une première pour vous. A froid, quels souvenirs en gardez-vous ?
D'abord, le souvenir d'un tournage absolument exceptionnel, sur les terres de Sergio Leone, là où Audiard a tourné « Les Frères Sisters ». Donc une ambiance incroyable, complètement désertique, c'était absolument dingue. Beaucoup de cohésion entre les comédiens, nous avions l'impression d'être des enfants en train de jouer aux cow-boys et aux indiens. C'était formidable.
Ensuite, l'écriture a été extrêmement intéressante parce que c'est compliqué d'écrire un « Joséphine, Ange Gardien », beaucoup plus qu'il n'y paraît. Il faut plaire aux parents et aux enfants, il faut aborder de vraies thématiques tout en restant très politiquement correct. Cela a été un processus long, d'un an et demi. J'ai découvert le plaisir de la co-écriture avec Virginie Parietti, grâce à laquelle j'ai vraiment beaucoup appris. Donc c'était tout à fait passionnant.
Enfin, quel plaisir de proposer quelque chose qui sort de l'ordinaire, et de le voir diffuser en prime time sur TF1, en intéressant 4,4 millions de téléspectateurs ! Et tout a commencé sur un coin de la table du salon… Donc, vraiment, je ne retire que le meilleur. Après, il y a eu des moments un peu compliqués, dans les relations entre les différents interlocuteurs : auteurs, producteur, chaîne. Beaucoup d’allers-retours, de péripéties. Mais, pour moi, cela a surtout été un énorme apprentissage de ce qu'est le métier de scénariste à la télévision. On se fait beaucoup de fantasmes mais, finalement, la réalité n'est pas simple. La position du scénariste en France n'est pas du tout la même qu'aux États-Unis, elle est beaucoup moins valorisée.
J'ai beaucoup appris aussi sur l'écriture, en pratique, ce qui est absolument génial. Donc que du bon... :)
Vous évoquiez ce long processus de co-écriture. Avez-vous eu des sources particulières d'inspiration ? Notamment en lien avec le côté western.
Bien sûr ! J'ai regardé des tonnes de westerns, j'ai relu plein de « Lucky Luke » parce que, dans « Joséphine, Ange Gardien », il y a de la comédie. C'est donc important de mettre des personnages qui sont un peu hauts en couleurs pour retrouver les codes. Quand on travaille sur une écriture de genre comme celle-ci, c'est nécessaire. Il faut les identifier pour pouvoir les placer de façon intelligente.
Ce goût pour l'écriture se prolonge. Vous sortez d'une résidence pour « Mauvaises filles », une nouvelle pièce de théâtre dont vous êtes l’auteur, qui sera proposée au Festival d'Avignon en juillet. Pour poser un peu le cadre, comment présenteriez-vous ce spectacle ?
Cela se passe au début des années 2000. C’est l'histoire de Maud, une jeune femme qui a une vie un peu étriquée. Elle vit sous la coupe de sa mère autoritaire et a un boulot sans intérêt à la Poste. Un jour, elle tombe sur une lettre qui s'est perdue au courrier, qui date de 1989 et qui a été écrite en Irlande par une religieuse dans un couvent. Cette lettre annonce à Chris Roberts, habitant aux États-Unis, qu'il a été adopté.
Maud, avec l'aide de sa meilleure copine Vava, décide de retrouver cet homme, pour lui révéler la vérité sur sa naissance. Tout au long de cette enquête, nous allons nous replonger dans les années 50, en Irlande, là où la religieuse a écrit cette lettre.
La pièce est donc conçue selon une double temporalité.
On explore, dans les années 50, le destin de Rose, une fille mère qui arrive au couvent et qui est séquestrée, maltraitée par les bonnes sœurs, jusqu’à ce qu’elles lui fassent vivre la pire des épreuves… Je n’en dis pas plus. Et l’enquête que Maud, dans les années 2000, fait sur toute cette histoire, va l’aider elle-même à se révéler en tant que femme, à comprendre des choses sur sa féminité, sur la vie qu'elle veut. Cela lui permettra de faire un choix décisif pour son avenir…
On a donc deux destins qui s’entremêlent, autour de cette thématique assez universelle de la liberté de la femme à disposer de son corps.
Sans indiscrétion, qu'est ce qui vous a donné l'envie de mettre en avant ces thèmes-là sur scène ?
Cette histoire absolument abominable est connue sous le nom des « Couvents de la Madeleine ». Entre 1922 et 1996, 30 000 femmes ont été séquestrées et leurs enfants volés ou maltraités. C'est seulement en 2013 que l’état irlandais a reconnu sa responsabilité, qu'il a beaucoup minimisée, ne parlant « que » de 10 000 femmes. Il y a quelques années aussi, on a retrouvé 700 cadavres de petits enfants morts, dans une fosse commune sur un terrain ayant appartenu à l'un des couvents.
Coup sur coup, je suis tombée sur deux articles. Ce fut un déclic pour moi, je me suis dit que c'est une histoire bien sûr horrible mais qui ferait un très beau sujet de théâtre. Je me suis beaucoup documentée sur le sujet, j'ai regardé les rares films qui en font état, deux en l'occurrence, j'ai relu pas mal de témoignages, ce qui m'a renforcée dans ma conviction théâtrale.
Mais je n'ai pas eu envie de traiter ce sujet de façon complètement premier degré, réaliste car, trouvant cela tellement horrible, je n'avais pas le souhait de plomber l'ambiance ! Cette problématique étant incroyablement actuelle, je me suis dit qu'il serait intéressant, pour davantage toucher le public et aussi pour donner une sorte de légèreté que le sujet ne peut pas avoir par essence, de faire une double histoire. J'ai alors cherché à lier les deux, d'où l'idée de l'enquête.
Cette double temporalité me permet de donner, dans les scènes modernes, des touches de comédie, avec des personnages très drôles. Cela permet d'autoriser le côté ultra dramatique et terrifiant de cette histoire, sans que l'on soit submergé par le pathos.
A deux mois des premières en Avignon, dans quel état d'esprit êtes-vous ?
Je suis hyper impatiente, hyper enthousiaste, hyper contente, hyper excitée et aussi hyper flippée ! Parce que c'est ma première vraie mise en scène. Je saute à pieds joints dans l'inconnu.
Je suis entourée de gens absolument formidables, j'ai donc envie d'être à la hauteur. Ce qui me fait le plus peur, ce n'est pas tant la direction d'acteurs qui viendra, je pense, assez naturellement grâce à mes quinze ans d'actrice. C'est plus au niveau de l'écriture car j'écris mes pièces comme j'écris des épisodes télé. Je suis un peu lassée par le théâtre qu’on propose dans la plupart des salles, avec l’unité classique de lieu et d’action, le canapé au milieu du salon, la chambre à cour, le couloir à jardin… Je m'ennuie souvent et parfois même je m'endors ! Je trouve qu'aujourd'hui, avec les systèmes de vidéo, et l’habitude qu’on a pris, à l'écran, de voir des séries au rythme effréné, on peut se permettre des narrations beaucoup plus dynamiques.
C'est dans cette direction que je vais, avec presque des scenarii de films, mais au théâtre. Ce sont donc des scènes courtes, on change très vite d'un personnage à un autre, d'un décor à un autre. Ça rend, je pense, la pièce extrêmement dynamique, ludique et facile à suivre. C'est génial, je l'ai déjà vu à la lecture. Par contre, pour la mise en scène, c'est un enfer. Un vrai casse-tête chinois. Il va donc falloir que je réussisse à faire tenir la route à tout cet équilibre mécanique très instable, entre les scènes, le jeu, les décors, les personnages multiples. C'est ce côté très mécanique de la pièce qui va me donner beaucoup de fil à retordre.
Donc aussi cette appréhension mais, avant tout, beaucoup de plaisir et d'excitation. Heureusement, mon équipe artistique est géniale ! Les comédiens sont vraiment talentueux et de bonne composition, et l'équipe technique très expérimentée, je peux leur faire entièrement confiance.
Vous démarrerez en Avignon en juillet prochain, on peut imaginer que vous souhaitez emmener cette pièce plus loin encore ?
Oui, bien sûr. De toute façon, il est probable qu'une tournée sera organisée ensuite. On l'espère très belle. Éventuellement une programmation à Paris sera envisagée plus tard mais cela dépendra avant tout des retours du public.
Pour terminer, en conclusion, comment définitivement inciter les lecteurs à venir voir la pièce ?
C'est une pièce qui est assez haletante au niveau de la tension. Elle donne envie d'aller jusqu'au bout. Je pense que j'ai une équipe de comédiens absolument hallucinante. C'est un spectacle émouvant, prenant mais, en même temps, qui fait sourire souvent. Et surtout la thématique parlera à tous, et surtout à toutes les femmes…
Merci de m'accorder un peu de votre temps pour répondre à quelques questions.
Vous serez à l'affiche, au Festival d'Avignon, du 5 au 28 juillet prochain, à 15h 20, au théâtre Barretta, de la pièce « Fausse Note ». Très simplement, comment présenteriez-vous ce spectacle ?
Pierre D : C'est un spectacle dont il est difficile de parler, pour une raison simple, à savoir que c'est une pièce à suspense. On ne peut dévoiler que le pitch de manière très superficielle parce que, si on rentre dans les détails, on va spoiler un petit peu la suite.
Pour résumer, on peut dire que c'est l'histoire d'un chef orchestre mondialement connu, joué par Pierre Azéma, qui sort de scène après un concert à Genève. Il reçoit la visite d'un admirateur, qui se fait de plus en plus pressant, qui lui demande un autographe, une photo, des détails,... Petit à petit, le public va comprendre que cet admirateur ne vient pas uniquement parce qu'il est fan mais parce qu'il y a une blessure commune à ces deux hommes. Il est là en souvenir d’un passé qui va progressivement remonter à la surface jusqu'au dénouement final.
Quelles sont les principales caractéristiques de vos personnages respectifs ?
Pierre A : Ce chef d'orchestre est un artiste mondialement connu, avec tout ce que ça amène comme ego, un peu développé, et comme sensibilité, toute aussi développée. Je crois qu'il a les deux et il est à un moment charnière de sa vie. Il est un artiste déjà bien accompli mais il a encore une étape à franchir.
Pierre D : L'admirateur que je joue est un admirateur que l'on peut supposer, au début, un peu lourd, un peu collant. Mais on va s'apercevoir petit à petit qu'il dissimule une brûlure, une blessure du passé qu'il n'a jamais pu refermer. Cette soirée, pour lui, est une soirée qu'il a réfléchie depuis des dizaines d'années. Il a enfin envie de régler ses comptes avec le chef d'orchestre.
Il est important de dire aussi que la pièce se passe en 1990. Nous sommes au moment où le mur de Berlin vient de tomber. C'est un détail important.
Pierre A : Mon personnage est allemand et il joue à l'orchestre philharmonique de Genève.
La pièce se déroule donc en une seule et même soirée ?
Pierre D : Tout à fait ! Il y a une unité de temps, de lieu et d'action. Tout se passe entre 23h et minuit, à la fin du concert, lorsque cet admirateur fait irruption dans la loge du chef d'orchestre. Tout se passe en temps réel.
Vous évoquiez chacun votre personnage. En termes d'appropriation, avez-vous eu des sources particulières d'inspiration pour aller « chercher » en vous ces rôles-ci ?
Pierre A : Très concrètement, cela s'est passé après avoir discuté avec Didier Caron, l'auteur, après une première salve de répétitions où nous avons traversé tout le spectacle, autant au niveau des actions que des psychologies. Cela a permis d'avoir une idée de ce que voulait Didier, d'en avoir une de son partenaire et une autre de son personnage. A partir de là, j'ai caractérisé ce chef d'orchestre surtout sur des aspects physiques, sur des actions que je ne fais pas personnellement tous les jours, en lien avec son métier.
Donc, d'abord, je me suis concentré sur la bulle dans laquelle il évolue et, ensuite, je me suis intéressé à lui, à son métier.
Pierre D : De mon côté, je ne peux pas dire que je dois aller rechercher des exemples. Car mon personnage se distingue surtout par ce qu'il vient chercher pour cette soirée. Il est ingénieur au centre archéologique de Liège mais cela n'intervient pas tellement dans le déroulé du personnage. En revanche, je fais confiance complètement à Didier et au regard de mon partenaire pour avancer petit à petit et mettre en place le puzzle de la pièce.
Selon vous, qu'est-ce qui pourra plaire aux, on l'espère, nombreux spectateurs qui viendront vous voir sur scène ?
Pierre A : Je pense à la retenue à laquelle on doit être vigilant, c'est-à-dire au suspense très fort. On ne sait pas ce que veut cet admirateur. Tout l'intérêt de la pièce réside dans cette incertitude. Une fois qu'on le sait, on voit que c'est assez costaud et je pense que les gens seront curieux de savoir comment ça va se finir. La pièce est très bien construite en cela.
Pierre D : C'est aussi le principe du huis-clos, il marche toujours sur le spectateur parce que l'on est dans une petite loge de 10 m² et que l'atmosphère va devenir étouffante entre ces deux personnes. Comme l'a dit très justement Pierre, je pense aussi que le public va être attiré par la montée du suspense. Jusqu'à deux pages de la fin, on ne sait pas ce qui va se passer.
Nous sommes à moins de deux mois du Festival d'Avignon. Où en êtes-vous dans la préparation ?
Pierre D : Nous avons fait une première période de répétitions de quinze jours il y a peu et nous ré-attaquons quasiment tout le mois de juin. Avec deux représentations à Paris, les 23 et 24, pour se mettre en jambes, à la Contrescarpe.
Pierre A : Nous sommes très excités et impatients à l'idée de reprendre les répétitions parce que la première salve était très encourageante, très euphorisante. J'ai hâte que l'on soit de nouveau sur le plateau, pour aller au fond et aller chercher tout ce qui se passe dans cette pièce passionnante.
Pierre D : Cette première salve était tellement intense que je suis en manque maintenant. Ça me manque de ne pas voir Pierre et Didier tous le jours. Il faut bien savoir que, lorsque l'on est enfermé 8 heures par jour dans un théâtre, surtout pour une pièce à deux, on est sur le feu en permanence. Une espèce d'addiction se crée alors qui donne envie d'y retourner le lendemain, puis le surlendemain et ainsi de suite. J'ai le texte sur ma table de chevet et je le regarde tous les jours, il fait partie de moi maintenant.
Pierre A : C'est délicat de laisser reposer le texte entre deux répétitions. Cela permet de mieux le retrouver, certes, mais ces moments sont aussi l'occasion de bien l'avoir en bouche avec les indications connues de ce que veut en faire Didier. C'est une période très excitante.
Nous le disions au début de l'entretien, vous serez à l'affiche au Barretta. Un mot peut-être sur ce lieu ?
Pierre A : Il est tout récent, il a deux ans. C'est sur une place magnifique, la place Saint-Didier, l'une des plus belles d'Avignon. Avec un très bel arbre qui trône. Le lieu est très beau, en pierres, avec 120 places, ce qui est parfait dans le cadre du Festival, pour une pièce à deux sur scène.
Justement, le Festival est encore plus intense cette année, avec près de 1 600 spectacles. Comment réussir à se distinguer et à sortir du lot ?
Pierre D : Sur 1 600 spectacles, il faut savoir que la moitié environ sont des comédies pures à 2 ou 3 personnages. Pour des raisons économiques. Mais il y a aussi des pièces classiques, des pièces contemporaines comme la nôtre. Il y a donc un public pour des pièces plus recherchées, plus denses, plus riches et on espère que ça va jouer pour nous, bien sûr.
Pierre A : Au final, si vous voulez voir une pièce à 2, forte, contemporaine, il n'y a qu'une trentaine de choix. Dont le nôtre :) Le théâtre est central, bien placé, il est à la croisée de plusieurs chemins, l'horaire est adapté, l'affiche est réussie.
Cette pièce avait déjà été montée avec une autre distribution il y a trois ans. L'aviez-vous vue à l'époque ?
Pierre D : Pour ma part, je l'avais vue à Paris, au théâtre Michel et je l'avais déjà trouvée formidable. C'est pour cela que j'ai été d'autant plus enchanté quand Didier m'a proposé de reprendre le rôle de Christophe Malavoy. Dans une carrière d'acteur, quand on se retourne sur toutes les pièces que l'on a faites, on s'aperçoit que l'on en a fait beaucoup pour simplement jouer et que certaines autres vont nous chercher un peu plus en profondeur. Celle-là en fait partie, à mon avis. C'est une pièce que je suis très heureux de jouer, qui soulève des problèmes, qui ouvre plein de petits tiroirs intérieurs intéressants.
Pierre A : Je l'avais vue aussi à Paris. J'avais déjà eu la chance de travailler avec Didier sur d'autres projets, c'est donc un vrai plaisir de le retrouver. J'aime son univers, son écriture. C'est là sa première pièce dramatique et je trouve que, pour un galop d'essai, c'est très réussi. Quand je l'ai vue, je m'étais dit que ce devait être un pied énorme de jouer dedans. J'étais donc super étonné, super flatté et super heureux quand Didier m'a proposé ce rôle.
Pierre D : Ce sont des personnages profonds, forts, touchants, ça peut parler aux gens. Il y a des histoires de secrets, de culpabilité, d'honnêteté intellectuelle, d'usurpation d'identité, de rapport au père, de blessure, de rédemption, de résilience, de vengeance. Tout ça touchera complètement, je l'espère, le public.
Pierre A : Là, c'est une situation extrême mais je crois que ce sont des sentiments auxquels on est confronté tous les jours. Je pense que, si les gens arrivent à sentir cela, ça pourra leur permettre de faire éclater quelques bulles à l'intérieur et, du coup, de ressortir plus légers. Ils comprendront quelque chose de l'âme humaine et, de fait, d'eux mêmes.
Quel plaisir d'effectuer cette interview avec vous !
On peut vous retrouver, depuis quelques mois, dans la série de France 2 « Un Si Grand Soleil ». A présent, après plusieurs semaines de tournage, comment présenteriez-vous votre personnage ?
Pour le moment, c'est un personnage qui est, je pense, centré sur son travail. Stéphanie essaye de faire ce dernier au mieux. C'est une jeune brigadière qui apprend de ses supérieurs à les regarder travailler.
Je ne sais pas encore quelles sont ses envies pour les scénaristes. Mais cela ne m'empêche pas de me raconter des choses, c'est important de le faire en tant que comédienne, d'avoir un fond, de savoir ce qu'elle aime, ce dont elle a envie, je me raconte plein de choses ! Mais je garde cette cuisine personnelle pour moi car, comme c'est moi qui l'invente, ça n'est pas une réalité scénaristique.
Pour l'appropriation du personnage, avez-vous des sources particulières d'inspiration ?
Non, pas particulièrement. J'essaye, au contraire, de la chercher un peu proche de moi mais, en même temps, éloignée. Car je n'ai pas envie de me jouer, cela n'aurait pas d'intérêt. J'aime bien aussi chercher des choses éloignées pour creuser, pour tenter. C'est aussi plus intéressant en termes de jeu.
Dans la vie, j'adore rire, je suis très blagueuse, je fais souvent le clown, et je suis très maladroite. Benjamin Bourgois (Alex Lévy) me surnomme Pierre Richard…
Dans la série, Stéphanie n'a pas vraiment de scène où elle montre son caractère, mais elle est désireuse de faire son travail au mieux, d'avancer, de progresser. Quand elle interroge des suspects, elle n'est pas particulièrement rigolote et n'a pas à l'être. Elle doit être impartiale, ce qui ne veut pas dire qu'elle n'est pas empathique, mais elle doit rester dans un juste milieu. Et elle n'est pas du tout maladroite…
Le rythme de tournage est généralement soutenu sur ce genre de programme. A ce titre, avez-vous une méthodologie particulière de préparation en amont ?
Je viens du théâtre, j'avais une méthodologie de travail totalement différente. Je suis arrivée novice sur la série. Au début, j'apprenais mon texte comme au théâtre, avec l'idée de la répétition. Au bout de deux jours, je me suis rendue compte que ça ne fonctionnerait pas et j'ai revue totalement ma méthode. Je travaille vraiment en amont, j'apprends les textes dès que l'on me les envoies, sans trop les fixer non plus. Pour ne pas qu'ils deviennent trop fermes, pour garder un peu de fraîcheur.
Même si je n'ai qu'une ou deux phrases, ce qui peut être le plus traître, j'apprends mon texte avant pour y mettre de l'ampleur, pour le mâcher, le triturer dans tous les sens. Afin d'être à l'endroit le plus juste sur le tournage.
Comment se passent les tournages avec, justement, ce rythme intense ?
L'équipe est très gentille, très sympa, on y retrouve ce que j'ai toujours recherché au théâtre, à savoir l'idée du collectif et de la troupe. Le bonheur de jouer, au sens le plus littéral, ensembles. C'est si agréable quand on voit l'œil du ou de la partenaire qui pétille !
Pour la suite, aimeriez-vous défendre d'autres thèmes avec votre personnage ? Aimeriez-vous que sa vie privée par exemple soit développée ?
J'aimerais bien. Ça donnerait à jouer encore plus. J'adorerais que l'on découvre un peu sa vie personnelle, pour enrichir le personnage et pour explorer des choses dans le jeu.
Nous n'avons pas une grande visibilité là dessus, c'est une volonté de la production de ne pas nous dévoiler trop tôt les informations pour que l'on soit aussi aux moments de nos vies. J'en ai en tout cas la sensation. On découvre mois après mois ce que l'on devient, c'est très beau et on est souvent étonnés par ce qui se passe. J'ai l'impression, même moi, de découvrir la série au fur et à mesure. C'est excitant car on a toujours des surprises.
De façon plus générale, quelles sont vos envies artistiques pour la suite de votre parcours ?
Au théâtre, j'aimerais bien découvrir un metteur en scène que j'apprécie beaucoup, Jean-François Sivadier. J’adore son travail depuis longtemps et il me plairait de connaître sa façon de travailler.
D'autres rôles à la télévision, pourquoi pas au cinéma ! Je suis très ouverte à tout, je n'ai pas d'interdit. Comme si je voguais un peu sur une rivière, je me laisse porter par les courants. Pour l'instant, ça a plutôt pas mal fonctionné pour moi. J'essaye de sentir là où ça m'attire, les familles de théâtre, de jeu et, parfois, j'adore me confronter à des choses que je n'aime pas particulièrement. Comprendre une œuvre de l'intérieur permet de l'appréhender différemment. Ça me plaît donc de me laisser surprendre.
Quelle joie de vous revoir pour ce nouvel échange !
Nous pouvons vous retrouver depuis le 21 mai dernier, en access prime time sur France 3, dans la série à succès « Plus Belle la Vie ». Vous y incarnez, on l'a vu, le rôle de Stéphanie. Comment présenteriez-vous cette nouvelle professeur de SVT ?
Stéphanie a fait son entrée au lycée en tant que professeur de Sciences Naturelles, elle a pris ses fonctions il y a quelques mois et on la découvre à présent. Elle a une relation amoureuse avec le personnage de Nathan, interprété par Thibault Vaneck. Elle est un peu fou fou, très drôle, elle pense que la vie est un jeu et donc se dit que ça vaut le coût de s'amuser pour vivre des émotions.
Elle va entraîner son amoureux dans sa folie de jeu, ils vont bien bien bien se marrer. Elle va lui faire faire tout et n'importe quoi. Ils vont aussi emmener d'autres personnages avec eux.
Sans tout en dévoiler, vous êtes présente pendant une dizaine d'épisodes. Pour bien comprendre, votre arche et votre intrigue ne sont pas orientées sur son rôle de professeur mais sur sa vie personnelle ?
Complètement ! C'est vraiment axé sur son histoire d’amour avec Nathan, qui a un peu de mal à se trouver une copine de manière fixe. Pour ce dernier, il s'agit là d'une nouvelle romance.
De près ou de loin, vous retrouvez-vous dans certains aspects de la personnalité de Stéphanie ?
Oui, c'est un personnage très léger, hyper pétillant, un peu dans son monde, qui ne se prend pas la tête. C'est vraiment quelqu'un qui donne la joie de vivre, en tout cas c'est l'objectif. Stéphanie tend à montrer que la vie mérite d'être vécue et qu'il faut s'amuser, sans s'enquiquiner avec des problèmes annexes du quotidien.
Le temps entre le casting et la validation du rôle a été assez court. Du coup, comment vous êtes-vous préparée ?
C'est vrai que ça a été assez rapide. Décrocher ce rôle fut une belle et grande surprise. Je passais des castings depuis quatre ans pour la série, que je n'avais pas, pour différentes raisons. Ma joie en fut d'autant plus grande.
J'ai eu un peu de temps quand même pour essayer de comprendre le personnage, pour trouver mes marques avec Thibault. Ce qui est normal car il faut le temps de se chercher.
Je suis arrivée dans une série qui existe depuis quinze ans, avec des gens qui sont là depuis très longtemps. Mon partenaire en est à sa douzième année. Tous ont leurs petites habitudes, il a fallu d'abord que je trouve ma place en tant que personne puis en tant que personnage. Mais on est très bien entourés, des coachs géniaux sont là pour nous aider et nous orienter sur les différentes séquences et sur l'attendu autours du personnage.
Ce temps d'adaptation se fait donc aussi sur les scènes car, bien sûr que nous, en tant qu'acteurs, nous sommes préparés à différentes couleurs de jeu. Mais, après, c'est aussi le rôle du réalisateur et des coachs de jauger et d'adapter. Ce partage est permanent, pour trouver le juste équilibre du rôle.
Face à un rythme intense de tournage, vous êtes-vous sentie rapidement à l'aise ?
Oui, effectivement. J'avais déjà eu une expérience similaire, voire plus rapide encore, sur la série de TMC « Les Mystères de l'Amour ». J'avais donc connaissance du rythme, je m'étais préparée en amont mais, en fait, on n'est jamais complètement prêts. On reste des humains. Pour autant, on arrive tous à se mobiliser, à se concentrer.
Au delà de la dizaine d'épisodes que nous avons évoquée, seriez-vous tentée de revenir ?
Oui, j'aimerais bien que Nathan vive une longue histoire d'amour avec Stéphanie. Ce serai top. Je pense qu'il a aussi envie de se poser dans une relation. Après, ce n'est pas nous qui décidons mais ça me tenterait bien.
En parallèle, dans un autre registre, vous êtes en phase de développement d'un nouveau spectacle, pour lequel vous endossez une nouvelle casquette, celle de directrice artistique. Très simplement, comment le présenter ?
C'est mon premier vrai gros bébé, je suis excitée, effrayée, ravie. C'est un spectacle pour 4 danseurs et une chanteuse lyrique qui va mêler la danse et le chant lyrique, qui sont vraiment les deux arches de ma carrière d'artiste. C'était une vraie envie de les mêler, eux qui peuvent se sublimer.
Ce spectacle questionne la Femme amoureuse et ses choix par amour et pour l’Amour.
Comment se sacrifie-t-elle pour sauver son amour, son rang ou bien l’être aimé …
Une femme, plusieurs destins amoureux possibles. Lequel va-t’-elle choisir ?
L’idée est de découvrir le destin de chaque femme face à l’amour. L’amour qu’elle porte, l’amour qu’on lui porte, l’amour réciproque…
Au travers des airs d’opéras que j'ai choisis, en accord bien sûr avec la chanteuse Valentine Martinez, nous parlerons donc d'amour. La chanteuse représentera toutes les Femmes. Les danseurs représenteront les divers destinées possibles. On se demandera ce qu'elle choisira. Va-t-elle choisir comme destinée de devoir se sacrifier pour sauver l'autre ? Va-t-elle tomber dans un amour non réciproque, qui aboutira à la trahison de l'être aimé ?
Où en êtes-vous dans le développement de ce projet ? Quelles sont les prochaines étapes ?
Nous avons fini les dix premiers jours de création, qui se sont très bien passés, avec des artistes qui acceptent de me suivre dans cette aventure. Nous avons désormais des visuels car des amis photographes et une équipe caméra sont venus capter des instants de cette création.
A présent, l'objectif va être de démarcher des subventions, des dons, du mécénats ainsi que des structures pour nous accueillir. J'aimerais en tout cas que le spectacle soit fini pour janvier 2020 et j'ai la chance d'avoir déjà un premier partenariat avec une résidence, et même une sortie de résidence, dans une petite ville du Sud de la France, à Quillan à côté de Narbonne. Le responsable du théâtre, Charles Rouger accepte de nous accueillir dans une salle de théâtre, nous en sommes ravis.
A titre plus personnel, comment appréhendez-vous cette nouvelle casquette artistique ?
Je suis hyper heureuse, je ne suis pas du tout frustrée de ne pas danser, bien au contraire. J'adore être de l'autre côté. Les artistes acceptent de me prêter leurs corps mais ils sont eux la clé du spectacle, pour illustrer ce que j'ai en tête. C'est hyper nourrissant et c'est cette transmission qui m'intéresse. J'attends de voir ce qu'ils vont faire du spectacle, ce que cela va pouvoir donner sur scène. Je suis pleinement épanouie dans ce rôle. Voir mes artistes sur scène me nourrit.