TF1 / Monsieur Parizot : François Guérin, le réalisateur, évoque le troisième épisode, qui sera prochainement diffusé !
/image%2F1552669%2F20260322%2Fob_493b08_3f297fd2-eee8-4d02-a741-0a2cd1e1dcf5.png)
Bonjour François,
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Un nouvel épisode de “Monsieur Parizot”, que vous avez réalisé, sera prochainement diffusé sur TF1. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
J’avais réalisé le deuxième épisode, à Aix-en-Provence, et, là, j’ai donc tourné le troisième, à Nancy. Oui, c’était un vrai plaisir de retrouver Patrick Paroux, alias Christian Parizot, avec qui j’avais déjà tourné sur quelques “Camping paradis” il y a une bonne dizaine d’années. C’est un vrai plaisir de travailler avec lui !
/image%2F1552669%2F20260322%2Fob_39e03e_57ce38f9-e7c7-4e7f-9827-2386e7683f61.png)
Patrick est aussi un grand homme de théâtre et sans doute que le côté très rigoureux, sur le texte, qu’impose cet art est aidant pour lui dans sa façon d’appréhender cette série ?
Oui, ce que vous dites est vraiment très important. Ce qui fait la particularité de la série “Monsieur Parizot”, c’est ce que j’appelle le grand final, où Parizot réunit tout le monde dans une même pièce, dans un même lieu et où il passe chacun en revue pour expliquer pourquoi untel aurait pu tuer mais n’a pas tué, pourquoi untel aurait aussi pu tuer mais ne l’a pas fait et pourquoi celui auquel on ne pensait pas a tué. A chaque fois, ce sont vraiment des morceaux de bravoure pour Patrick : ce sont des scènes qui durent une dizaine de minutes, que l’on tourne en une journée et c’est vraiment quasiment du monologue. C’est son personnage qui enchaîne les preuves… et Patrick est extrêmement rigoureux. Cela m’avait surpris sur mon premier : quand on avait fait une lecture une dizaine de jours avant le tournage, il connaissait déjà 70% du dialogue de fin du film. Comme son nom l’indique, lors d’une lecture, normalement on lit, lui récitait et jouait. C’est bluffant ! Et la première fois qu’il avait enchaîné toute sa prise, les autres comédiens avaient applaudi parce que c’est vraiment un exercice peu commun. Ces autres artistes, qui savent le travail que ça représente, avaient été bluffés !
Vous parliez de théâtre, c’est vrai que le principe de cette série est d’être dans un décor unique. C’est un huis-clos, avec un côté “Agatha Christie” ou “Cluedo”, ce qui fait que l’équipe technique et les comédiens travaillons dans le même lieu tous les jours. Cela permet aussi de pouvoir aller répéter, quelques jours avant, ce fameux grand final par exemple. La manière dont j’aime travailler est similaire au théâtre : j’imagine les déplacements, j’imagine l’emplacement des autres comédiens et ça permet, avec Patrick, d’aller voir, quelques jours avant, pour lui montrer comment ça va se passer. Je lui propose, bien sûr, je travaille avec lui et il me fait des propositions complémentaires. Donc c’est vrai que c’est assez génial de pouvoir répéter, à l’avance, dans le décor, ce qui n’est pas courant. Normalement, dans un film, tu restes deux jours dans un décor, trois jours dans un autre et tu ne peux pas, quinze jours avant, emmener un comédien répéter dans un futur décor…Non, souvent ce dernier n’est pas encore construit ou est loin.
A Nancy, c’était encore plus particulier : on tournait dans les thermes de la ville mais on y logeait aussi donc c’était vraiment un huis-clos dans le huis-clos ! On était vraiment proches les uns des autres, c’était vraiment très sympa !
/image%2F1552669%2F20260322%2Fob_7a0191_d9ac4870-412c-4ed6-8f2d-2743f7b2ec65.png)
Plus globalement, à partir de quel moment votre travail de réalisateur commence-t-il dans le processus de création d’un nouvel épisode de cette série ?
J’étais suffisamment impliqué en amont pour aller voir le décor, avant même que le scénario ne soit écrit. J’y étais avec Richard Berkowitz, le producteur, Olivier Guedj et Mathieu Delarive, ainsi que le scénariste Laurent Mondy. Nous avons visité les lieux, des sous-sols au toit et, comme cela, quand Laurent a écrit, il avait déjà le décor…
Sur cette série, la particularité est donc que le scénariste écrit pour un décor. Habituellement, un scénariste écrit une histoire et, après, on cherche le décor…Ici, on choisit le décor et, après, l’écriture se fait. C’est-à-dire que, quand le scénariste dit “Il prend l'ascenseur pour aller de là à là” ou “Il va dans tel bassin” ou “Du bassin, il voit le jardin”, comme sur cet épisode, c’est vrai ! C’est extrêmement reposant pour un réalisateur parce que, d’habitude, c’est l’inverse : on prend un scénario et on se demande comment ça va rentrer dans ce décor…Là, non, et c’est génial ! Sur les deux autres épisodes précédents tournés à Aix, il y avait notamment des passages de porte entre deux chambres et, à la lecture, je m’étais dit que ça allait être compliqué mais c’était hyper facile en fait parce que Laurent Mondy avait écrit pour ce décor. Pour en revenir à Nancy, lorsque j’ai reçu le scénario, j’avais déjà les photos du décor sur mon ordinateur.
/image%2F1552669%2F20260322%2Fob_d19ed2_4c52e7e8-33c0-4a52-b321-fd38dae41982.png)
Le reste du temps, j’ai envie de dire que le réalisateur est le premier technicien qui lit le scénario et c’est à partir de ce moment-là que je décide dans quels endroits on va tourner, comment ça va se passer et puis, plus tard, comment je vais mettre la caméra et comment vont bouger les comédiens.
Sur le plateau, au moment du tournage, qu’est-ce qui prime dans votre approche ? La technique ? La bonne ambiance ?
L’un ne va pas sans l’autre ! Je ne crée pas dans la douleur et je ne peux pas travailler dans la douleur. Je n’en vois pas l’intérêt…On fait un beau métier, tout va bien, on ne sauve pas des vies, on essaie de donner du bonheur aux gens et j’ai réussi à avoir une équipe technique assez fidèle, je crois, parce que j’essaie de mettre une bonne ambiance sur le plateau. En plus, c’est une comédie, Patrick Paroux est un homme charmant, on essaie de s’entourer de personnes charmantes. Corinne Touzet était très heureuse d’être là, on était tous heureux d’être là, Aurélien Wiik, Caroline Bourg, Philypa Phoenix…Oui, tout va bien, on est dans un joli endroit, le scénario est sympa, il n’y a pas de raison de créer dans la douleur, en tout cas je n’en ai pas. Après, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas des moments de tension, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas des moments où quelque chose ne marche pas…
Pour revenir un tout peu à ma manière de travailler, en fait quand je vois un décor, je pense à certains axes, à certains plans, à certaines choses que j’ai envie de filmer, à certains effets mais je vais surtout commencer, en lisant une séquence, par me demander ce que vont faire les comédiens. Pour moi, c’est la base : quels vont être les déplacements ? est-ce qu’ils vont être statiques ou en mouvement ? dans quel état d’esprit sont-ils à ce moment-là de l’histoire ? Je crois que ce sont d’abord les placements et déplacements des comédiens puis, ensuite, comment la caméra va mettre tout cela en image… avec une espèce de charte graphique que l’on a créée avec le chef opérateur et les producteurs, où on s’est parlés à l’avance de ce que l’on aimerait faire. Cela passe par un moodboard, par des réunions, où on se demande si ce genre d’images et d'étalonnage nous conviennent, et on se met d’accord sur une liste de matériel, avec les enjeux financiers qui vont derrière, bien évidemment. Puis on essaie de créer une ambiance, je ne sais pas si elle est particulière, en tout cas on essaie de donner un look à la série.
/image%2F1552669%2F20260322%2Fob_15aa7d_6994ff4b-477a-433b-8c18-368798eae99e.png)
Certainement aussi que, sur le plateau, beaucoup de ces comédiens expérimentés sont forces de proposition ?
C’est exactement ça ! Je prépare à l’avance, je n’arrive jamais sur le plateau en me disant “Alors, qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire aujourd’hui ?”. Je crois que cela a existé mais que, maintenant, plus grand monde ne fait ça parce que les temps de tournage se sont réduits. Je dis toujours “Cela est mon idée donc c’est la meilleure…jusqu’à ce qu’il y en ait une meilleure qui apparaisse”. J’arrive avec une base et, de plus en plus, elle est faite pour exploser ! J’ai imaginé les déplacements, j’ai imaginé les choses, j’ai imaginé les places de caméras et puis, si, à un moment,....et c’est arrivé…Je pense à une séquence où j’avais imaginé que Patrick serait debout, il a finalement décidé de s’asseoir et il s’est assis…C’est normal : à un moment, il faut qu’il joue donc, si lui sent quelque chose, il le fait !
C’est vrai que j’aime qu’il y ait des déplacements dans les séquences, on a souvent des scènes un peu longues et je préfère des walking talks à des gens assis dans un canapé. Je trouve cela plus intéressant, c’est mon avis !
Une fois le tournage fini et avant la diffusion, il reste encore tout un travail de l’ombre, dans lequel vous avez sans doute un rôle important…
C’est ce que l’on appelle la post-production : cela commence avec le montage images et puis, quand il est validé par le producteur et par la chaîne, à ce moment-là, on arrive à un travail avec le musicien. Même si, souvent, il a commencé un peu en amont pour nous aider pendant le montage images…Et puis, il y a le montage son, ainsi que la post synchronisation de quelques voix, sans oublier l’étalonnage. De plus en plus, il y a aussi une partie trucage numérique, qui devient importante. Par exemple, dans l’épisode de Nancy, à un moment, il y a un gros plan sur un thermomètre qui augmente : aujourd’hui, c’est plus rapide de filmer un thermomètre vide et de faire l’aiguille plus tard, à la post production, en la gérant à la vitesse que l’on veut. Toujours à Nancy, il y avait, derrière, un chantier avec une grosse grue donc, dès que l’on faisait un plan large en drône, c’était moche…Eh ben, on vire la grue ! On ne s’embête plus, c’est assez génial, les progrès faits sont super et c’est assez agréable !
/image%2F1552669%2F20260322%2Fob_32073e_d9ac4870-412c-4ed6-8f2d-2743f7b2ec65.png)
Dans quel état d’esprit êtes-vous généralement le soir de la diffusion ?
Le soir, je suis content parce que je vais montrer le résultat à tous les gens à qui j’ai parlé du film. Souvent, 80% des personnes qui y ont participé ne l’ont pas vu fini donc j’ai envie de leur montrer ! Du chauffeur de la régie au caméraman, en passant par l’ingénieur du son…Certains en ont vu des morceaux, d’autres ont travaillé sur certaines parties, le musicien ne l’a pas vu avec la vraie image donc c’est le moment où je montre à tout le monde le résultat de leur travail. Aussi aux comédiens…Donc c’est agréable !
/image%2F1552669%2F20260322%2Fob_f05994_fc53a3d3-563b-445f-ba19-8cf273a8c637.png)
Et puis, je le montre aussi au métier, qui sait que j’ai fait quelque chose mais qui ne sait pas ce que c’est et qui va me juger, évidemment…Mais c’est aussi un moment où je revois le film peut-être un peu plus à froid, où je suis déconnecté. Notamment quand ça fait un peu longtemps, je redécouvre le film : quand tu finis un film, tu as été confronté à tous les problèmes et à tous les défauts, tu ne vois que ces derniers, tu te dis que tu aurais pu et dû faire mieux sur certaines scènes, et, quand je revois mes films, je revis aussi le tournage ! Je sais où, comment et presque l’heure à laquelle la scène a été tournée, je me rappelle que, ce jour-là, le projecteur est tombé en panne ou que, ce jour-là, le comédien était malade…Par contre, quand tu revois le film six mois ou même deux ans plus tard, je trouve que c’est à ce moment-là que c’est le plus agréable parce que je le redécouvre, et j’en oublie les problèmes et les défauts.
Sinon, le moment un peu plus angoissant est à 9h03 le lendemain matin, quand je découvre l’audimat….parce que, bien évidemment, on a tous envie que le film ait trouvé son public ! Ce n’est pas parce qu’un film fait de l’audimat qu’il est bon, ce n’est pas parce qu’un film ne fait pas d’audimat qu’il n’est pas bon mais c’est quand même super agréable quand des gens ont vu ton travail. C’est ce qui s’est passé avec “Monsieur Parizot” : ils en ont fait un, ça a plu…Du coup, ils en ont fait un deuxième…puis un troisième… C’est une série que j’aime, avec des gens que j’aime donc, que je fasse le prochain ou que je ne le fasse pas, j’ai envie que ça continue !
Justement, que peut-on vous souhaiter, ainsi qu’à toute l’équipe, pour cette diffusion à venir ?
On peut souhaiter qu’elle ait le même succès que les deux autres. C’est une série qui trouve son public. C’est une série très jeune mais la difficulté, pour ce genre d’exercice, est que le premier fonctionne bien, suffisamment pour que la chaîne signe…puis que le deuxième s’écroule : les gens sont venus voir par curiosité puis n’y sont pas retournés. Il se trouve que, là, non seulement les gens sont venus mais ils sont revenus donc c’est plutôt vachement satisfaisant ! Donc on peut souhaiter que “Monsieur Parizot” trouve son public et qu’il y en ait d’autres. Longue vie à “Monsieur Parizot”, j’ai envie de dire !
En complément, quels sont vos autres projets en cours ou à venir ?
J’ai beaucoup aimé “Meurtres à Saint-Martin”, que j’avais coécrit et que j’ai tourné il y a déjà quelques temps. J’y avais retrouvé Fabrice Deville, qui était déjà dans le numéro deux, à Aix, de “Monsieur Parizot”. On se connait depuis des années…Quand j’avais discuté avec Richard du casting, je lui avais dit que, pour moi, Fabrice serait parfait dans le rôle de l’écrivain. Cela avait mûri et c’est comme cela que j’avais retravaillé avec Fabrice directement après…
/image%2F1552669%2F20260322%2Fob_0e2186_d69d934e-0368-424a-aad3-5de7bf6ee9ff.png)
Une saga en Martinique verra aussi prochainement le jour, ce sera un 4x52 minutes.
Techniquement parlant, la distance implique-t-elle d’autres contraintes encore ?
“Meurtres à Saint-Martin” est un projet que nous avions depuis longtemps et, là aussi, un an avant le tournage, nous avions été sur place, ce qui nous avait aidés à écrire. J’en avais profité pour faire des repérages, ce qui fait que, un an à l’avance, j’avais déjà trouvé la gendarmerie, le lieu du crime, les plages, la ferme…On avait pu écrire, encore une fois, avec les photos devant les yeux, ce qui est quand même génial !
Pour la saga, je tourne au printemps et je suis parti en repérages il y a quelques semaines. Mais ce n’est pas plus compliqué : en fait, la source d’un bon tournage est, je pense, la préparation. C’est aussi la source des économies. Il y a trop de tournages où on a les textes au dernier moment et où on est donc obligés de s’adapter au dernier moment, rendant impossible des choses que l’on avait prévues…Quand on prend son temps, je pense que ça ne coûte pas plus cher, ça peut même, parfois, coûter moins cher !
Merci, François, pour toutes vos réponses !
/image%2F1552669%2F20260317%2Fob_cc0b31_01e8b144-8bec-40b8-80b8-445155ff468e.png)
/image%2F1552669%2F20260317%2Fob_d3bf56_img-20251117-wa0032-copie.jpg)
/image%2F1552669%2F20260317%2Fob_8a8efe_555877-20.jpg)
/image%2F1552669%2F20260317%2Fob_a5934f_b687865f-602d-4efb-87ee-3bfdad6faeab.png)
/image%2F1552669%2F20260308%2Fob_8e94d7_theo-1.jpg)
/image%2F1552669%2F20260301%2Fob_a26b05_fred-grivois.jpg)