Merci de nous accorder un peu de votre temps pour répondre à quelques questions.
Vous avez quitté l’aventure « Koh Lanta » vendredi dernier, à l’issue de l’épreuve des dominos. A titre personnel, comment avez-vous vécu la diffusion des images ? Ont-elles ravivé en vous certains souvenirs ?
Oui, bien sûr. J’ai vécu cette émission de vendredi la boule au ventre. Je savais bien sûr que j’avais perdu.
J’étais divisé, je suis parti sur ce jeu stressé, très fatigué, affaibli. En plus, Claude me donnait son collier pour la suite de l’aventure. Donc je pense que ça a fini un peu de me mettre du stress et, moi, tout ce qui est jeu de patience, ce n’est pas trop mon fort, je suis une boule de nerfs, je suis quelqu’un qui ne reste pas en place. Donc cette émission a été dure, j’avais encore les larmes aux yeux, même si ça faisait un an que j’avais fini. Si je passais cette émission, j’étais à l’orientation et, pourquoi pas, sur les poteaux. Donc, forcément, l’émission a été très très dure. J’ai vécu cela durement vendredi.
Personne ne le savait, même ma femme savait que, à un moment donné, j’allais m’éliminer moi-même mais elle ne savait pas comment. Cela a été très dur de me voir comme ça. Avec le souvenir, avec le recul, on fait des calculs, je serais passé à l’orientation et peut-être que je serai allé aux poteaux. Même si je n’avais pas gagné, ils m’auraient peut-être pris pour le duo final car j’étais le dernier des rouges. Donc j’ai fait plein de calculs et je me suis dit que, finalement, j’aurais pu être vainqueur de tout cela. J’ai eu énormément les boules à la fin de cette émission.
Avec le recul, qu’est-ce qui vous a manqué sur cette épreuve ? Au fur et à mesure de voir vos camarades se qualifier, on imagine que le stress que vous évoquiez n’a fait que grandir ?
Tout à fait. Bien sûr que l’on se voyait les uns les autres. Claude qui arrive premier, on se dit que c’est normal. Arrivent ensuite le deuxième, le troisième, le quatrième, le cinquième… Lors du duel final avec Naoil, ça faisait trois heures que le jeu avait commencé, on était épuisés. Elle était à côté de moi en plus, ça me mettait du stress, bien qu’elle me disait de ne pas stresser. Elle le voyait et me parlait, me réconfortait. C’était un bel esprit de sa part. Même s’il y a des stratégies dans « Koh Lanta », on était tous solidaires, on était là pour se remonter le moral quelque part.
Donc, oui, bien sûr que ça met du stress quand on voit les autres finir le jeu et que l’on est toujours là, sans y arriver.
Que retenez-vous de votre parcours ? Une élimination quelques dizaines d’heures avant la finale ? Ou un parcours qui vous a permis d’aller loin, peut-être même plus loin qu’envisagé à un moment donné de l’aventure ?
Les deux. On pense que l’on a fait une très belle aventure. Même si je me suis éliminé moi-même. Quand j’ai quitté le jeu, j’avais en tête que je n’avais pas fait une belle aventure. J’aurais pu aller plus loin, j’avais la possibilité d’aller plus loin donc, quelque part, je me suis dit que j’avais gâché mon aventure. Maintenant, avec le recul, grâce aussi au soutien des autres concurrents, je me dis que j’ai fait une très belle aventure. Je suis quand même le dernier des rouges, j’étais dans le viseur de tout le monde, j’ai eu 29 voies contre moi, c’est un record. Quelque part, je préfère m’éliminer de moi-même, plutôt que ce soient les autres qui m’éliminent. Parce que je pense que c’est encore plus frustrant d’être éliminé par des noms sur un papier. Quelque part, ils ont voulu le faire mais ils n’y sont jamais arrivés. Quelque part, j’en suis fier aussi. Donc j’ai les deux ressentis. Je ne suis pas fier d’avoir été éliminé car je suis un battant et que j’ai toujours gagné. Mais, quelque part, je suis fier qu’ils ne m’aient pas éliminé. C’est un parfum divers, un sentiment bizarre. Il faut un perdant malheureusement et j’ai été celui-là.
Qu’est-ce qui vous a permis d’aller aussi loin dans l’aventure ? Comment avez-vous réussi à naviguer entre les différentes stratégies des uns et des autres ?
Je pense que c’est un petit peu ma personne à moi, mon sourire. Je rigole toujours, je plaisante toujours, je suis un bon vivant, je ne fais jamais d’arrière-pensée, je ne critique jamais personne. Même quand quelqu’un va me dire quelque chose …comme Claude qui m’a dit deux trois fois qu’il allait voter contre moi, je lui avais répondu que je n’y pouvais rien et que je ne pouvais pas changer son vote. Je n’étais pas stratège, je n’étais pas obligé de suivre, je me suis fait accepter par tout le monde, en étant sur le camp hyper actif.
Je pense que j’étais l’un des plus présents sur le camp, je pêchais, je faisais le feu, je m’occupais du feu la nuit, j’allais chercher à boire, je ramenais du bois, j’étais toujours présent, toujours actif. Je pense que les gens se sont dits que j’étais toujours là et qu’ils pouvaient me faire confiance. Je pense que j’ai fait mon petit bout de chemin comme ça, c’était ma stratégie à moi de donner du confort aux autres. C’est ma personne. Les autres m’ont accepté comme ça, tout doucement. Je suis le doyen, les gens ne se prenaient pas la tête avec moi. J’ai fait mon aventure, je ne cassais personne.
Quelles étaient, sur le camp, vos occupations favorites ?
La pêche. J’aimais bien aller chercher à manger, chercher le feu, faire le feu. J’étais toujours actif, je faisais toujours quelque chose, j’allais aussi chercher les feuilles de palmier pour mettre sur la cabane. J’aidais toujours quelqu’un. Mon passetemps favori restait d’aller chercher du poisson. On était dans un paysage idyllique, magique, on ne pouvait qu’en profiter. Et aussi discuter avec tout le monde.
A titre personnel, quels resteront vos plus beaux moments ?
Je pense à l’arrivée de Denis quand on est le bateau. On attendait depuis un moment, on ne savait pas ce qui allait se passer, on n’avait pas de notion du temps ni d’information. Sur le bateau, on commençait à tous discuter ensemble, on essayait de trouver les personnes avec lesquelles on aurait le plus d’affinités. On essayait quand même d’aller parler avec tout le monde, même moi qui ne suis pas trop bavard. Quand Denis arrive sur l’hydravion et qu’il nous lâche, on se dit « là, c’est le départ du jeu ». C’est quelque chose qui restera gravé dans ma mémoire. Parce que, franchement, on attend cela avec tellement d’impatience que l’on veut partir et y aller. C’est un des meilleurs moments de l’émission.
J’ai vécu cela avec tellement de bonheur, je me suis fait des amis. J’ai vécu une belle aventure, mais je n’ai pas de moment en particulier qui ressort. Peut-être la réunification car je me sentais visé le jour où, finalement, Delphine est partie. Quand Ahmad était revenu des ambassadeurs, on ne savait pas ce qu’il avait fait, je me sentais dans le viseur. Comme d’ailleurs tous les conseils, où j’y allais la boule au ventre. En en sortant, je me disais « ouf, je suis encore là ». A chaque fois, je prenais encore plus à cœur ensuite le jeu.
Qu’est-ce qui a été le plus difficile ? Et, à l’inverse, le plus simple ?
Ce qui m’a le plus dérangé, c’était de ne jamais avoir l’heure. On se couche à 18h, on se relève à 11h/ minuit, on est cassé parce que l’on a mal de partout. Et on ne sait pas le temps qu’il va nous rester avant de pouvoir aller pêcher, avant d’aller mettre le feu en route, ni avant que le jeu n’arrive. Quelque part, c’est déconcertant car on ne sait jamais. C’est ce qui m’a le plus manqué, cette absence d’orientation. C’était très compliqué.
Je pensais que j’allais avoir plus faim que cela. On a eu de la chance chez les rouges d’avoir des conforts et du riz. Aussi de pouvoir pêcher. J’aurais pensé, en tout cas, que la nourriture allait plus me manquer que cela. Finalement, pas tant que ça, si ce n’est sur la fin.
A quelques heures du dénouement, qui sont vos favoris ?
J’en ai deux. Bien sûr Claude, c’est quelqu’un de très fort, on l’a vu. C’est vrai qu’il a un petit avantage sur nous car c’est sa troisième aventure. On ne va pas dire le contraire, il savait comment affronter les choses quand elles arrivaient. Alors que nous étions novices. Notre aventure n’a pas été simple pour nous. Quand j’ai vu arriver les héros, je m’étais dit que ce ne serait pas simple pour nous.
Et Naoil, elle est pour moi une super sportive, elle s’est donnée à fond, c’est une belle personne, elle disait les choses, elle prenait du recul quand il fallait parler.
Quel plaisir d’effectuer ce nouvel entretien avec vous !
On peut vous retrouver, depuis peu, dans le court métrage parodique de la Casa de Papel, « La Maison de Papier », une création des Confinis, avec Lorène Devienne, Pierre Noguéras, Roxane Le Texier, Barbara Laurent et Sébastien Gill. Très simplement, comment présenter ce programme ?
C’est un projet confiné, c’est pour cela que l’on a mis un peu d’humour dans notre nom, nous qui étions confinés ensemble en Ardèche. On est avant tout amis, pour certains on avait déjà travaillé ensemble mais pas tous. Quelques jours avant le confinement, tous nos contrats et dates ont été annulés, on n’avait plus du tout de visibilité sur notre emploi du temps et nous en avons profité pour se retrouver dans la maison de Lorène. C’était un endroit assez idyllique, complètement perdu dans la nature, éloigné de la ville. C’était l’endroit idéal pour le confinement et nous en avons bien profité, au départ, pour nous reposer. Au bout d’un moment, notre métier nous manquait et nous avions envie de créer quelque chose ensemble.
Pierre est réalisateur, nous sommes tous comédiens, avec les filles nous sommes chanteuses, Roxane sait faire du graphisme, ….chacun avait vraiment des compétences complémentaires. Il se trouve que, pendant le confinement, la partie 4 de « La Casa de Papel » est sortie, on est très fans de cette série, j’avoue que j’en suis assez accro. Ça a été un peu notre rayon de soleil de début de confinement. L’endroit où nous étions nous a complètement fait penser à celui où les personnages sont réunis par le professeur pour préparer leur coup. Parce que c’est un endroit isolé où l’on est difficilement repérable. A partir de là, on a laissé notre imagination faire le reste, on s’est mis à écrire tous ensemble ce court-métrage. Ce qui est chouette, c’est que c’est vraiment un projet collectif. Il n’y a pas quelqu’un qui l’a initié plus que les autres, ou qui a plus participé, on a vraiment tout écrit ensemble, tout le monde est passé par tous les postes, c’était l’occasion de faire un court-métrage avec rien, juste un Iphone. Pour le son, on a utilisé le micro que Barbara avait emmené pour faire des prises de voix. On a fait les décors nous-mêmes, c’était vraiment cool.
Quelles sont les principales caractéristiques de votre personnage, Roubaix ? Comment le décririez-vous facilement ?
L’une des premières idées que nous avons eue était de choisir des noms de villes françaises, j’ai trouvé cela drôle en comparaison avec les noms des vrais personnages, qui sont des noms de villes un peu sexy, comme Rio ou Denver. Roubaix est l’équivalent de Lisbonne dans la vraie série, une flic qui va démasquer le professeur dans la première saison avant de tomber amoureuse de lui, l’amenant à intégrer le groupe. C’est une forte personnalité, c’est une femme forte, avec du caractère et qui sait mener ses troupes.
Selon vous, et aussi selon les premiers retours que vous avez déjà pu obtenir, qu’est-ce qui pourra plaire aux, on l’espère, nombreux internautes qui viendront découvrir ce court-métrage ?
Je pense, déjà, que « La Casa de Papel » est assez fédératrice. C’est une série qui a connu un succès assez dingue. Il y a un engouement particulier, plus que pour une autre série. J’ai regardé le documentaire de Netflix sur la série et on ressent vraiment cela. Donc le fait que ce court-métrage en soit la parodie a plu aux fans de la série. Je pense que ça a également touché les gens, qu'il ait été tourné dans les conditions particulières du confinement. On l'a fait avec le plus grand soin, on a travaillé le rythme notamment mais c'est un vrai projet system D. Je pense, par exemple, au fond de prison que j'ai dessiné avec des feutres, Roxane a réalisé la maquette de la maison de papier, Lorène a fabriqué les origamis, etc. Il y a plein de petits clincs d’œil, de références pour les gens qui connaissent la série. Et, en même temps, il y a plein d’autres niveaux de lecture pour les gens qui ne la connaissent que de loin.
Il y a aussi plein de petites surprises, il y a même des choses que les gens ne voient pas forcément au premier abord. Par exemple, les paroles du cover du générique sont directement liées à la chute et ont un double sens une fois que l’on connait cette dernière. Quand les gens réécoutent, ils rigolent bien en général. Mais ils sont peu à l’avoir capté dès le début.
Je pense donc que chacun peut y trouver des choses qui font sourire. J’ai été très sensible à tous les projets qui ont été faits en confinement, d’artistes qui ont continué à créer. J’ai participé à distance à un film qu’ont créé les gens avec qui je jouerai dans « Titanic », ça s’appelle « Les disparus ». Plus de cent artistes ont travaillé dessus, chacun à distance a tourné des séquences et le montage a permis d’en faire un long-métrage. Je trouve ça beau de transformer une période peu facile en quelque chose d’artistique, je pense que les gens sont sensibles à cela. C’est cool en tout cas, on a vraiment eu de très bons retours, où les gens étaient très enthousiastes, où ils nous ont même remercié d’avoir partagé cela car ça leur avait fait du bien. Ça m’a fait très plaisir.
C’est un film certifié 100 pour 100 confiné, entièrement tourné à l’Iphone 11, et vous êtes tous les 6 passés par tous les postes : de l’écriture à la prise de son en passant par la confection des décors et des costumes. A titre personnel, cela a-t-il été l’occasion de découvrir ou d’approfondir certains de ces domaines ?
Complètement ! Jusque-là, en général, j’ai surtout été interprète. J’adore être interprète mais là, de participer de A à Z à l’élaboration d’un projet, de l’écriture en passant par la réalisation, jusqu’au montage final, était assez fascinant en fait. C’est là que je me dis qu’avoir, en temps normal, une équipe technique autours de soi est un réel confort car c’est un sacré boulot. Même si le programme ne dure que cinq minutes, c’est un gros travail. Ça m’a donné aussi envie de développer cette créativité et peut-être même avec cette équipe de refaire d’autres courts-métrages par la suite. De créer ensemble générait vraiment une super dynamique et une super énergie. Chacun à sa manière a apporté vraiment une valeur ajoutée. Oui, ça m’a beaucoup plu.
Avec votre groupe Fly, vous avez interprété les covers des chansons de la série. Et les musiques originales ont été composées par Ben Samama.
Je trouve que la musique, dans les films, est vraiment hyper importante, elle donne une atmosphère. Lorène et Roxane sont très fortes pour créer des harmonisations et pour écrire la musique, sur ce projet en particulier c’est Lorène qui les a faites. On avait aussi besoin de musiques additionnelles car, dans « La Casa de Papel », il y a énormément de musiques qui créent cette urgence en fait. On avait déjà travaillé avec Ben, Lorène a pensé de suite à lui, il a fait quelque chose de super, on était ravies. C’est d’ailleurs le seul qui a travaillé avec nous à distance.
Plus généralement, quels sont ou seraient vos projets à venir ?
Toutes les dates du « Passager de l’aube » ont été reportées. A priori, on va reprendre à la rentrée. Je devais faire un double Avignon cet été qui, malheureusement, a été annulé. Mais, avec « Titanic », si tout se passe bien, on finira la création en juillet et en aout pour être prêts à jouer des dates à la rentrée. Avant d’enchainer l’année prochaine en Avignon. Donc ce qui était prévu est normalement « juste » repoussé. C’était frustrant de voir passer les dates de premières et se dire que l’on était confinés, mais le fait de savoir que c’est juste repoussé donne un côté réconfortant. Après, la situation reste très incertaine sur l’ouverture des théâtres.
Merci, Florence, pour toutes vos réponses !
Le court-métrage est à retrouver sur le lien suivant :
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
On peut vous retrouver actuellement sur TMC, dans la série à succès « Les Mystères de l’Amour ». Comment présenteriez-vous votre personnage ? Quelles sont ses principales caractéristiques ?
Quelques années auparavant, Emilie a eu une aventure avec José. Suite à une dispute dans le trio Béatrice – Cathy – José, les deux derniers cités souhaitent se séparer de Béatrice. Par la suite, José recontacte plusieurs de ses conquêtes pour la remplacer, dont Emilie. Elle accepte la proposition de José, après l’avoir vu, et séduit Cathy à son insu.
Emilie est issue d’une famille portugaise, elle est serveuse dans un restaurant, c’est une jeune femme dynamique, stratégique je dirais même, aussi séductrice dans l’âme. Elle est très ouverte d’esprit et assez déterminée. Quand elle a un objectif en tête, elle ne lâche pas.
Au moment de son interprétation, avez-vous ou avez-vous eu des sources particulières d’inspiration ?
Je me suis tout simplement mise dans la peau de ce personnage, avec lequel j’ai beaucoup de similitudes. Elle s’appelle Emilie, comme moi, je suis également d’origine portugaise, comme le personnage, je suis de nature très ambitieuse, optimiste. Tout comme elle, quand j’ai un objectif, je me donne les moyens de l’atteindre.
On le sait, le rythme de tournage est particulièrement soutenu sur ce genre de programme. Aussi, quelle est votre méthodologie de préparation en amont du plateau ?
Oui, en effet, vous avez raison, c’est un rythme qui est assez soutenu. Ma méthode est simple, tout d’abord je dirais que c’est d’apprendre mes textes par cœur, je dirais même comme un robot, de façon très linéaire. Afin, ensuite, d’y introduire toutes les émotions et les caractéristiques du personnage d’Emilie.
Pour la suite, quelles autres thématiques aimeriez-vous pouvoir y développer ?
Je crois vraiment qu’un artiste doit penser au présent et au futur proche. Donc, aujourd’hui, je me concentre vraiment sur la thématique de mon personnage à l’heure actuelle dans la série. Pour la suite, j’ai toute confiance en Jean-Luc Azoulay.
En parallèle, comment vivez-vous, en tant qu’artiste, cette période si singulière du confinement ? Parvenez-vous quand même à travailler certains projets et/ou à vous exercer à votre art ?
Je pense vraiment que cette période de confinement est une réelle opportunité. Elle permet déjà, dans un premier temps, de se recentrer sur soi-même. Et j’en profite également pour revisionner chaque épisode de la série. En fait, j’en extrais les points forts et, bien évidemment, les points d’effort. Ces points d’effort-là, je les retravaille. Ça me permet aussi de m’exercer, je ne veux pas perdre la main. En fait, je le fais à la manière d’un sportif. Pour être bon, avant un match par exemple, il doit faire plusieurs heures d’entrainement. Là, c’est pareil. Et comme on dit, « oublier de se préparer, c’est se préparer à être oublié ».
D’ailleurs, quelles seront vos actualités à l’issue de ce confinement ? On imagine votre impatience de pouvoir retrouver les plateaux ?
A l’issue de ce confinement, je vais être prudente. Je pense vraiment que ça va être une période où l’on sera exposé. On a la chance que la production prenne autant de mesures de sécurité. Déjà, c’est très rassurant pour nous. Et, en effet, j’ai hâte de retrouver les plateaux.
Pour la suite de votre parcours, quelles seraient vos principales envies artistiques ?
Comme je le disais, je suis vraiment dans le présent et le futur proche. Ce qui me plait, c’est l’évolution de mon personnage, que je découvre à chaque nouveau scénario. Après, oui, bien sûr, j’ai les envies de tout acteur, de tout artiste, d’avoir un jour un grand rôle.
En parlant d’artistique, justement, qu’est-ce qui vous plaît tant dans votre quotidien d’artiste, en temps normal ?
En fait, j’aime beaucoup avoir la surprise de l’évolution de mon personnage. Et, justement, de ce fait, je vis pleinement le moment présent en fait.
En conclusion, que peut-on vous souhaiter pour la suite de votre parcours ?
Tout d’abord, c’est l’évolution du personnage d’Emilie dans « Les Mystères de l’Amour ». C’est un personnage que je me suis approprié depuis quelques mois donc, forcément, j’ai envie qu’il évolue. Et continuer à être heureuse, épanouie dans ma passion.
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous êtes une artiste aux multiples cordes artistiques, citons notamment la scène et l’image. Plus généralement, qu’est-ce qui vous plait tant dans votre quotidien artistique ?
Ce qui me plait particulièrement dans mon métier et, j’allais dire, dans mes métiers, c’est la possibilité de faire de nouvelles rencontres très régulièrement, de travailler avec des équipes différentes tout au long de l’année. Je rencontre de nouvelles personnes, de nouvelles équipes, c’est quelque chose qui m’enrichit énormément. Ce travail collectif est ce qui me plait le plus, on évite une certaine routine, on est toujours dans la nouveauté.
Retrouvez-vous, ponctuellement, certaines complémentarités entre ces différents domaines ? Ou les considérez-vous comme autant de métiers différents ?
Je pense vraiment qu’il y a un lien dans tout ce que je fais, qui me permet justement de m’adapter à chaque situation. C’est vrai que je travaille, à la fois sur scène et en plateau, aussi bien en tant que comédienne, qu’en tant que metteur en scène. J’ai fait, dans le passé, beaucoup de régie pour de gros festivals. Du coup, ça m’a permis d’apprendre toutes les facettes de ces métiers-là. Donc, je crois que, à chaque fois, ce sont des expériences qui nourrissent les suivantes.
Par exemple, quand j’ai commencé les tournages pour « Les Mystères de l’Amour », c’était quelque chose de nouveau pour moi puisque, jusqu’à présent, j’avais principalement travaillé au théâtre. Là, de travailler sur une série, toutes les expériences passées m’ont permises d’être plus à l’aise. Car, en tournage, c’est très différent du théâtre. Au théâtre, on répète pendant des semaines, des mois, on a le temps d’apprendre à connaitre les gens, on a le temps de prendre des repères avant de se lancer sur scène. En tournage, c’est un travail absolument différent, c’est de l’immédiat, même si, évidemment, il y a des répétitions, en amont, selon les scènes à jouer. Du coup, oui, je pense vraiment qu’il y a un vrai lien dans tout ça.
D’ailleurs, êtes-vous davantage encore intéressée par un de ces domaines en particulier ? Ou est-ce l’ensemble, le tout, qui vous attire ?
Je pense que j’aurais du mal à choisir, effectivement. C’est pour cela, je crois, que j’ai plusieurs « métiers ». Parce que je m’enrichis avec chacun d’entre eux. Donc c’est vrai que le choix serait difficile à faire. Mais, surement par rapport à mon parcours, mes expériences et surtout ma personnalité, c’est vrai que j’ai un affect un peu plus développé pour le théâtre. Parce que, justement, comme je suis quelqu’un qui a besoin de temps pour rencontrer les gens, pour me sentir à l’aise, je pense que le théâtre me correspond bien. J’aime aussi beaucoup le rapport direct avec le public, forcément on ne le retrouve pas en tournage par exemple. Le théâtre me permet aussi d’assembler toutes les cordes que j’ai mises à mon arc tout au long de mon parcours. C’est vrai qu’au théâtre, il m’arrive souvent à la fois de faire la mise en scène, de jouer, et de réfléchir à la scénographie. Disons que je peux me servir justement de tout ce que j’ai appris, alors qu’en tournage je suis comédienne et juste comédienne (pour l’instant !).
Concernant la mise en scène au théâtre, avez-vous des sources particulières d’inspiration ?
Je pense que oui, on est continuellement inspirés par tous les spectacles que l’on peut voir, de différents metteurs en scène. Que ce soient des grands metteurs en scène de renom ou des mises en scènes de personnes qui ont des noms, on va dire, inconnus du grand public. On est continuellement inspirés par les choses qui nous plaisent, qui nous touchent mais aussi inspirés par les choses qui peuvent nous déplaire. Il y a des spectacles avec lesquels on accroche moins et, pourtant, ils sont source d’inspiration parce qu’ils nous poussent à aller chercher ailleurs et à trouver de nouvelles idées. Donc, oui, c’est évident que l’on tire notre inspiration de tout ce que l’on voit et d’ailleurs pas uniquement du théâtre ou du cinéma ou encore des séries télé. On la tire dans une peinture, dans une musique, dans une scène du quotidien, en prenant le bus par exemple, quand on entend une conversation. On est continuellement happés par de micro choses respirées.
Au moment de rentrer sur scène ou sur un plateau, adaptez-vous votre méthodologie de préparation en fonction de l’art concerné ?
Oui, je crois que je fais ça. C’est vrai que je ne me pose pas forcément la question en le faisant, c’est quelque chose qui se fait un peu intuitivement et naturellement. En tournage, il y a un certain lâché prise qui est demandé, puisque l’on est en attente d’un résultat immédiat. Le travail qui se fait en amont, est assez solitaire je trouve. Quand on apprend notre texte, on réfléchit aux propositions que l’on pourra faire, au niveau du jeu, à notre réalisateur par exemple. Mais, une fois arrivée sur le plateau, le jour j, il y a des contraintes avec la caméra, avec l’éclairage, avec son partenaire, avec tout un tas de choses. Là, il faut intégrer tout cela en quelques secondes, en quelques minutes et faire avec. Du coup, en tournage, je projette moins à l’avance ce que je vais faire, et j’essaie de me laisser porter par toutes ces choses qui vont m’arriver à la dernière minute. Alors qu’au théâtre, je pense que je réfléchis plus, j’imagine plus, je visualise plus, mais ça, c’est probablement dû à mon petit côté metteur en scène. J’ai du mal à me détacher du rendu final que je souhaite obtenir. Parce que j’ai toujours ce regard un peu extérieur à ce que je fais et ça c’est quelque chose que je travaille continuellement en tant que comédienne, à essayer d’être plus dans le lâché prise, justement pour laisser la metteur en scène de côté, quand je suis à la place de comédienne. Ce qui n’est pas toujours évident pour moi.
Parmi vos diverses expériences, certaines ont-elles été particulièrement marquantes ?
C’est vrai que chaque expérience est tellement différente que c’est un peu difficile d’être marquée plus par certaines que par d’autres. Je pense que l’expérience que j’ai dans la série « Les Mystères de l’Amour » est une expérience unique pour l’instant dans mon parcours, puisque c’est la première série dans laquelle je travaille. Donc, effectivement, ça a quelque chose de marquant. D’autant que je suis de la génération qui regardait « Hélène et les garçons » à l’époque donc c’est un joli clin d’œil que de tourner dans cette série aujourd’hui.
Après, il y a d’autres expériences auxquelles je pense. Par exemple, récemment, j’ai travaillé à l’Opéra de Paris, l’Opéra Bastille et, pour moi qui suis une fan d’opéra et de grandes productions comme celles qu’on peut trouver là-bas, c’est quelque chose qui reste gravé en moi. Se retrouver sur ce plateau immense devant ces spectateurs qui sont là par centaines était quelque chose d’assez magique. C’était réellement un rêve de petite fille de pouvoir monter sur une scène comme celle-ci un jour.
Vous avez aussi, pendant dix ans, au conservatoire d’Aix en Provence, dirigé des ateliers théâtre. Quels souvenirs en gardez-vous ?
C’est vrai que j’ai débuté ma carrière de comédienne à 19/20 ans, donc j’ai eu la chance de travailler assez jeune. Très vite, j’ai monté une structure pour diriger des cours amateurs, pour des publics adultes amateurs de théâtre qui souhaiteraient se lancer sur scène. J’ai eu la chance d’avoir un partenariat avec le conservatoire d’Aix en Provence et j’ai pu diriger des ateliers là-bas pendant dix ans. Dix ans de vie, à mon âge, c’est énorme, c’est un travail qui me marque particulièrement.
C’est quelque chose qui m’a appris beaucoup, que ce soit dans mon métier de comédienne ou de metteur en scène. Ça demande une capacité d’adaptation permanente puisque l’on travaille avec des gens qui ne sont pas du métier, qui ont des expériences différentes, et qui pour la plupart n’ont jamais fait de théâtre. Souvent, ils viennent par envie, c’est un loisir, il y en a aussi beaucoup qui viennent pour travailler leur peur du regard des autres. C’est quelque chose d’extrêmement enrichissant, on se sent utile, vraiment utile, dans ces cas-là. Les amateurs ont une telle passion, une telle envie de se dépasser, d’aller plus loin, d’apprendre et de faire de belles choses, que j’ai passé des moments merveilleux là-bas.
En ce moment, on peut vous retrouver sur TMC, dans le rôle de Gladys. Un mot peut-être sur ce personnage ?
Gladys est un personnage plein de mystères, justement. On n’en sait pas énormément sur sa vie passée. C’est très intéressant à travailler parce qu’au tout début je n’avais pas énormément de matière à laquelle me raccrocher. Donc il y a eu des choses à inventer, à imaginer, notamment par rapport à la relation qu’elle entretient avec le personnage de Tania. Elles vivent ensemble, elles ont l’air d’être en couple mais, en même temps, rien n’est complètement défini non plus C’est assez intéressant, j’aime bien cette ambivalence que l’on peut deviner dans ce personnage. Elle fait partie de la case des méchants mais elle n’est pas qu’une méchante, elle est quand même ultra attentive et pleine d’empathie pour Tania. Donc c’est que Gladys n’a pas que des mauvais côtés. C’est quelque chose qui me plait bien dans ce rôle.
Plus généralement, indépendamment du contexte actuel, quels sont vos projets et envies pour la suite de votre parcours ?
Alors, il y en a plein. C’est vrai que ce confinement m’a un peu coupé l’herbe sous le pied, puisque j’avais beaucoup de travail en cours et à venir. C’est assez étrange comme situation. Je travaille actuellement sur l’écriture et la mise en scène d’une pièce de théâtre, qui est très importante pour moi et sur laquelle je travaille depuis des années. Les choses sont en train de se concrétiser de plus en plus, c’est pour cela que je suis très impatiente que le déconfinement arrive et surtout que la reprise de la vie culturelle se fasse. C’est une pièce qui va parler de la prostitution dans les années 70. Puisque, en 1975, il y a eu ce que l’on appelle la révolte des prostituées.
Je travaille aussi avec une chorégraphe et danseuse. On devait être en résidence au mois de mai pour travailler sur une pièce chorégraphique qui parlera des traumatismes. Je suis chargée de faire la mise en scène et la dramaturgie.
J’ai un projet de court-métrage aussi, que j’ai co-écrit et dans lequel je vais jouer. Cette comédie devait se tourner au mois d’avril. Enfin, pour l’instant, en ce qui concerne la prochaine saison sur TMC, je ne sais pas encore si on retrouvera Gladys, ni comment on la retrouvera.
En conclusion, que peut-on vous souhaiter pour la suite ?
De continuer à faire un tas de nouvelles rencontres, de participer à des projets tous plus différents les uns que les autres. De pouvoir me nourrir de toutes mes passions de jeu, que ce soit en série ou au théâtre. J’aimerais bien faire une expérience de projet de comédie pour la télévision, j’adorerais faire quelque chose d’un peu différent. Bien sûr, de continuer à faire de la mise en scène et, surtout, que la pièce que je suis en train d’écrire ait une longue et belle vie.
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous êtes une artiste aux multiples cordes artistiques, citons notamment la comédie et le chant. Qu’est-ce qui vous plait dans votre quotidien artistique ?
J'aime bien la possibilité de passer d'une discipline à l'autre justement. Je ne sais pas à l'avance comment je vais exprimer ce que j'ai à dire, la forme que ça va prendre. Cela dit, je constate à postériori que j'ai tendance à exprimer certaines parties de moi dans la musique, des parties que je n'utilise pas forcément à l'écran ou au théâtre...
En tous cas, le fait de passer d’une discipline à l’autre, et bien....euh... je crois que je suis constituée comme ça en fait ! Je ne sais pas « faire autrement » ! Ma formation est multiple, j’étais au conservatoire de Théâtre de Marseille, et en même temps, en fac de sport. Et puis un jour, pour rassembler les disciplines corporelles et les « disciplines poétiques », je suis partie faire une formation Russe à Minsk, en Biélorussie. Il y avait autant de théâtre que de musique, d’escrime ou d’acrobatie. On faisait tout. J’étais comme un poisson dans l’eau ! Le fait que tout soit possible tout le temps je trouve ça super...
Retrouvez-vous, ponctuellement, certaines complémentarités entre ces différents domaines ? Ou les considérez-vous comme des métiers différents ?
C’est une bonne question. Un peu des deux... en fait plus le temps avance, plus je me rends compte que tout ça est plus poreux que ce que je croyais au départ. En France en tous cas, car en Russie ils mélangent tout ! Mais ici, il faut déguiser les techniques pour que personne ne s'aperçoive de rien !!! Rester malins… ! Dans une pièce de théâtre que j’ai jouée l’été dernier, à des moments, j’utilisais une technique « de tournage », à d’autres moments j’utilisais une technique de clown, et à d’autres j’utilisais uniquement le rapport au texte, à sa matière, je revenais à la comédienne de théâtre au sens pur....
En ce moment je suis en train d’écrire un clip pour mon groupe de musique, « CARDINALE », que l’on va réaliser à la sortie du confinement. Et au fond, c’est pareil, je me rends compte que j’utilise un savoir-faire d’actrice mais il y a sans doute un peu de folie que je puise dans l'univers très poétique du clown, et je fais cela au service de la musique que j’écris. Tout ça est perméable en fait... J’adore l’idée que la poésie prenne pleins de formes différentes… !
Etes-vous davantage encore attirée par l’un d’eux en particulier ? Ou, à l’inverse, est-ce justement l’ensemble, le tout, qui vous ravit ?
Ça dépend des périodes de ma vie... Mais s’il y a quelque chose qui prédomine, c’est probablement mon rapport à la musique. Ça me permet d’écrire mes textes, de les interpréter et de composer les mélodies. C’est très complet. J’ai de l'espace pour créer un univers qui m'appartient, de l'espace pour l’interprétation, un rapport à la poésie, et à la composition.
Cela dit, j’adore pouvoir arriver en répétition, ou sur un tournage et être juste au service de ce que le réalisateur ou le metteur en scène veulent. Ça me repose quelque part ! C’est très agréable !
Vous évoquiez les compositions, au sens large du terme, que vous pouvez être amenée à réaliser. Avez-vous des sources particulières d’inspiration à ce moment-là ?
Ah oui, oh là là. Quand j’étais petite, j'ai la chance que mes parents aient mis de la super musique ! J'ai beaucoup entendu Gershwin, dès que je suis née, et pendant toute mon enfance, ça forge un esprit musical Gershwin ! Il mélange le classique, le jazz et la musique moderne. Du coup, ça enlève beaucoup de limites dès le départ ! Mes parents mettaient aussi du Nougaro, du Gainsbourg, qui ont un rapport très prégnant au texte, avec une vraie qualité musicale. On écoutait aussi Renaud, qui était transgressif, provocateur, avec beaucoup d’humour. Et il a de jolies mélodies. Donc des sources comme ça assez lointaines. En ce qui concerne des influences plus directes, j'ai été beaucoup inspirée par des artistes comme Emilie Simon, -M-, les Doors, BRNS, Keren Ann, Miss Li...
Etrangement, les gens qui écoutent « CARDINALE » m'ont souvent dit qu’ils entendaient des influences de Feu ! Chatterton et de Baschung. Alors que, bien que ce soit de très grands artistes, j'ai relativement peu écouté. Je pense que les gens entendent ça parce que CARDINALE déploie un rapport poétique à la langue et à l’interprétation. Comme en plus les musiciens jouent assez rock... On m’a dit aussi qu'on ressemblait un peu à Fauve mais version Meuf ! Peut-être parce qu’il y a un rapport à la parole chantée-parlée...
Sinon, j’ai tellement écouté Vanessa Paradis !!!! mais ça ne ressemble pas du tout à ce qu'on fait !!!
Avez-vous des méthodologies particulières de préparation, avant de monter sur scène ou de rentrer sur le plateau ?
J’ai l’obligation de beaucoup me chauffer les cordes vocales parce qu’elles ont été un peu fragilisées. Mais au final c'est plutôt un atout, car ça oblige à se centrer et ce n’est pas plus mal ! Je fais toujours une petite demi-heure de technique pure de chant, même parfois avant d’aller tourner. En déplacement, n'importe où, je me lève une heure avant pour faire un échauffement de chant, c’est devenu un rituel qui me permet de me centrer, d’être complètement là.
D’ailleurs, c’est drôle, à Minsk, notre professeur de théâtre nous avait demandé d’échauffer nos voix, même pour des rôles muets, nous expliquant que, pour être complètement là, complètement présent, il fallait que l’on soit échauffé même vocalement. En fait, maintenant je comprends pourquoi. La voix fait vibrer le corps et, du coup, je pense que ça réveille quelque chose d’un peu profond.
Comment vivez-vous, en tant qu’artiste, cette période si particulière du confinement ? Parvenez-vous tout de même à maintenir, en partie au moins, une activité artistique ?
Cette période est étrangement intéressante... Evidemment, elle a suspendu toute la diffusion des projets qu'on a. En revanche, ça a permis d’aborder les choses autrement. Tout d’un coup, on a eu du temps... ce qui n’arrive jamais. On est tous dans une course absolument effrénée depuis des années, ça ne va qu’en s’accélérant, et là, on a eu du temps. (Enfin, je me dois de préciser, « certains » ont eu du temps... Car on n'a pas tous eu les mêmes conditions de confinement, le nombre d'enfants jouent beaucoup sur le rapport au temps !)
Donc notre rapport au temps pour certains s'est détendu... Et la créativité a pu reprendre sa forme originelle : je veux dire qu’on pouvait expérimenter cet état d'être « traversés par » quelque chose... ne pas forcer la chose à advenir parce qu'on est pressés...
Cela dit, on est aussi évidemment très poreux à l'actualité, ce qui ne permet pas toujours de s'abandonner... Il y a beaucoup d’enjeux en ce moment. Notamment sur le monde d’après. La culture risque de ne pas reprendre aussi vite que les autres secteurs. Que va-t-on faire de ce temps-là ? Va-t-on l’utiliser pour créer le monde d’après ? Comment on y réfléchit ? Comment on utilise ce temps-là pour construire quelque chose de nouveau, puisque le monde anormal dans lequel nous étions n’était plus vivable. Avec des camarades du même métier et aussi d’autres métiers, on prend du temps pour réfléchir à l’après. En regardant comment le gouvernement est en train de gérer cette crise… Comment nos esprits vont réinventer, renverser les imaginaires pour aller inventer un autre monde que celui que l’on nous a proposé jusque-là. Et ça, je crois, que c’est de notre responsabilité.
Plus généralement, quels sont vos projets et envies artistiques actuels ?
Nous devions sortir le premier EP de « CARDINALE » en avril. Et là nous sommes en train de réorganiser une tournée qui a été en partie annulée. On a beaucoup d’inconnues quant aux dates de reprises, ce qui ne nous empêche pas de continuer à travailler sur des morceaux, des clips et de nouveaux arrangements !
Et puis, j’avais des tournages en prévision, qui vont sans doute être décalés au mois de juillet. Des projets de théâtre sont en place pour 2021. J’aimerais surtout que tous ces projets se fassent dans le nouveau monde, c'est ça l’essentiel !
Quel plaisir de vous retrouver pour ce nouvel échange.
Vous l’ancienne aventurière aguerrie de « Koh Lanta », la diffusion de cette nouvelle saison en ce moment sur TF1 fait-elle ressurgir des souvenirs et des émotions de vos deux participations ?
Ah oui, tout à fait. Déjà, je ne manque pas un seul épisode des nouvelles aventures. Je dois dire que ça me rappelle des bons souvenirs avec, c’est vrai, un peu de nostalgie. Parce que je me dis que j’aimerais bien être avec eux. Effectivement, je repense aux épreuves que j’avais faites et qu’ils font actuellement.
Indépendamment de la diffusion, pensez-vous encore souvent à l’aventure « Koh Lanta » ?
Oui, à vrai dire, j’y pense très souvent car, encore aujourd’hui, je croise des gens qui me reconnaissent. Forcément, ils me posent toujours des petites questions pour connaitre mon ressenti. Pour le coup, j’ai tendance à dire que « Koh Lanta » fait partie de mon quotidien. Ces échanges se font toujours avec bienveillance et sympathie.
Etes-vous encore en contact régulier avec d’anciens camarades d’aventure ?
On se croise une fois par an en fait avec les anciens candidats, toutes saisons confondues. Au jour d’aujourd’hui, je me suis plus rapprochée de certains aventuriers avec lesquels je n’avais pas fait mes deux saisons, que j’ai découverts justement pendant ces rencontres annuelles. Comme, par exemple, Kunlé, avec lequel je suis devenue très amie. C’est un grand coach sportif, c’est vrai que j’ai fait appel à ses services pour, notamment, avoir un rééquilibrage alimentaire. Parce que « Koh Lanta » perturbe un peu l’estomac. Donc j’ai de très bons contacts avec lui notamment.
En quoi vos deux saisons vous ont-elles changée ?
« Koh Lanta » m’a apporté beaucoup de choses, surtout un peu plus de confiance en moi. Ça m’a appris à affronter mes peurs aussi. C’est vrai que je redoutais notamment l’épreuve du parcours du combattant, ainsi que celle des ambassadeurs. J’ai appris, grâce à « Koh Lanta », qu’en affrontant ses peurs, on devient beaucoup plus fort. Grâce à cela, j’ai beaucoup plus de confiance aujourd’hui, c’est merveilleux.
J’ajoute aussi, en termes de changement, tout cet amour des gens que l’on croise dans la rue. C’est formidable.
Sur cette saison actuellement en cours, de quels aventuriers vous sentez-vous la plus proche ?
A ma grande surprise, mon aventurier coup de cœur cette année a été Sam. Parce que, même si tout nous oppose au niveau des caractères, on a quand même un point commun, il m’a d’ailleurs touchée avec cela, il a dit que c’était son rêve d’enfant. Il avait cette petite larme à l’œil quand il a été éliminé, ça m’a touchée. Il a réalisé son rêve d’enfant et je suis pour la réalisation des rêves. Il l’a fait avec brio, donc je ne peux que le féliciter.
Auriez-vous d’ailleurs aimé être l’un des cinq héros ?
Sportivement parlant, je ne suis pas très forte. Je ne sais pas si je leur aurais été d’une grande aide sportive, bien que j’ai quand même gagné des épreuves. Donc il ne faut pas se dévaloriser. J’avoue, c’est vrai, ça ne m’aurait pas déplu d’être avec eux. Au moins pour leur donner des petites astuces ou pour leur remonter le moral. Quand même, sur le camp, j’étais super active donc ça m’aurait bien plu d’être à leurs côtés, c’est sûr que ça aurait été un honneur. Mais bon, je pense que les cinq héros sont très bien là, je suis très contente pour eux.
A l’inverse, sur votre première participation, comment auriez-vous réagi en voyant débarquer cinq aventuriers déjà expérimentés ?
C’est une bonne question… Cette année, en fait, ils ont eu quand même le temps de découvrir l’île, le jeu et l’aventure tous seuls. Puisque, finalement, les héros les ont rejoints après. Donc je pense que si j’avais été à la place des nouveaux et que j’avais découvert cinq anciens aventuriers, j’aurais été super contente, c’est sûr, mais, à la fois, j’aurais eu le temps de faire mon expérience. Donc ça m’aurait bien plu, j’aurais eu et le temps d’être une nouvelle aventurière et celui de profiter de la venue d’anciens aventuriers pour m’enrichir de toutes leurs connaissances de survivants. Ça aurait été extraordinaire. Ça aurait été très enrichissant, ça m’aurait beaucoup plu.
Quels moments, depuis le début de l’aventure, vous ont semblés les plus forts, les plus marquants ?
L’épisode, j’avoue, qui m’a beaucoup marquée est quand même celui de vendredi dernier. L’élimination de Teheiura et Charlotte avec leurs colliers m’a beaucoup marquée. C’était une grande surprise pour tout le monde. C’est quand même un point fort de cette aventure-là, c’est terrible de se faire éliminer en la possession d’un collier. Ça m’a forcément fait penser à ce que j’avais vécu. A l’époque, j’avais trouvé un collier et je me souviens l’avoir donné pour en faire profiter les autres.
Ça m’a vraiment marquée, comme quoi, il faut vraiment s’attendre à tout dans « Koh Lanta », il y a toujours plein de surprises et de rebondissements.
Un mot aussi sur l’attitude de Joseph qui, à la fin du premier épisode, tente d’éteindre le feu qu’il avait mis plusieurs jours à faire ?
Je crois que c’était du jamais vu non plus, un aventurier qui réussit à faire du feu et qui, par colère, l’éteint et s’en va. Chaque être humain est différent et a son caractère mais, pour ma part, c’est vrai que je n’aurais jamais fait cela. Je ne peux cependant pas juger, on n’est pas à sa place à ce moment-là mais c’est du jamais vu. Lui aussi aura marqué « Koh Lanta ».
Comprenez-vous les différents points de vue qui peuvent être opposés, notamment celui d’un Ahmad très stratège et ceux d’un Sam ou d’un Teheiura, aventuriers dans l’âme ?
C’est délicat. « Koh Lanta » est un mélange de tout cela, c’est de la stratégie, du sport et de l’aventure de survie. Je pense que chacun fait comme il peut, avec les moyens qu’il a. D’ailleurs, il ne faut pas l’oublier, on s’en sort comme on peut, c’est vraiment difficile comme aventure. Pour avoir vécu les ambassadeurs, c’est très dur. Franchement, je me suis mise à la place d’Ahmad et ce n’est pas facile. Etre ambassadeur a été ma bête noire. La veille au soir, j’en ai pleuré toute la nuit parce que je ne suis pas du tout stratège. J’avoue que c’est une place très difficile donc, pareil, je ne lui jetterai pas la pierre. J’ai eu la chance finalement d’avoir tiré la boule blanche mais j’avoue que c’est une position difficile.
J’ai entendu dire que l’on avait été méchant avec lui sur les réseaux sociaux. Je ne les suis pas trop, j’ai même tendance à dire que je me protège un peu des commentaires des gens. J’aurais tendance quand même à le soutenir car c’est dur d’être ambassadeur.
Il ne reste plus que huit aventuriers dans le jeu. Qui sont vos favoris ?
J’aime Naoil, je trouve que c’est une aventurière très forte physiquement et même mentalement. Je trouve qu’elle est droite, elle dit ce qu’elle pense et elle est juste. Elle fera partie de mes favoris pour la suite de cette aventure. Dans les anciens, j’aime beaucoup Jessica aussi. C’est une grande sportive, qui s’entraîne très fort tous les jours. J’avoue que je défends beaucoup les femmes.
En tout cas, ils méritent tous de gagner. S’ils sont tous arrivés là, c’est qu’ils ont tous leur chance.
Pour finir, quels sont vos projets personnels pour la suite ?
Je suis en plein changement de vie, je suis un peu dans l’inconnue. J’ai divorcé, je cherche un nouveau travail actuellement. J’ai confiance en la vie, je suis toujours dans la positive attitude, je me dis que la vie me réserve de belles choses et de belles surprises. J’espère avoir aussi la chance, pourquoi pas, de faire d’autres belles émissions. Pourquoi pas un troisième « Koh Lanta », je ne sais pas, on verra bien ce que l’avenir me réserve. Disons que ma priorité est vraiment de trouver un travail. Après, pourquoi pas l’amour…et la cerise sur le gâteau serait de faire une autre émission télévisée artistique. Je laisse la porte ouverte aux belles opportunités.
Quel plaisir de vous retrouver pour ce nouvel entretien !
Vendredi soir a été diffusée votre élimination dans cette saison de « Koh Lanta », à l’issu des destins liés où vous étiez en binôme avec Charlotte. Comment s’est passé le visionnage de ces images ? Ce n’était pas trop difficile de revivre ces émotions ?
Non, pas difficile mais on va dire que c’est comme si j’y étais encore, à ce conseil là. Je le vivais intensément. Je crois que c’est Charlotte qui expliquait cela dans son live avec Denis, elle a dit, vendredi, en s’adressant à elle-même « mais vas-y, sors, sors, sors ton collier ». Je n’étais pas loin, dans le même esprit. J’étais un peu comme ça aussi, à me demander quoi faire, sortir ou pas mon collier, mais en tant que spectateur.
Avec le recul, quel regard portez-vous sur ce qui s’est passé, notamment le fait que ni Charlotte ni vous n’ayez sorti un collier d’immunité ?
Sincèrement, sur le moment, il y a beaucoup de déception. J’en voulais aussi un peu Charlotte, sur le fait de ne pas m’avoir écouté, moi qui voulais absolument jouer le collier. En même temps, c’est vrai aussi que j’aurais pu jouer le mien et, malheureusement, je ne l’ai pas fait.
Au moment de rejoindre le conseil, on le voit sur les images, même si votre alliance semble en surnombre, vous avez quand même un doute et vous suggérez à plusieurs reprises à Charlotte d’utiliser le collier trouvé. Pourquoi ne pas avoir, dans ce cas, utilisé le vôtre ?
Dans un premier temps, quand Denis demande qui a un collier et veut le jouer, là je m’attendais quand même à ce qu’elle le joue. Car, même si Régis parlait de voter Eric, il fallait le jouer. J’étais prêt à la bousculer pour qu’elle sorte son collier. Quand j’ai constaté qu’elle ne le jouait pas, j’ai eu un blocage, vraiment. Je n’ai pas plus d’explication que cela, j’étais tellement focalisé sur ce collier de binôme que j’avais oublié que je pouvais nous sauver à ce moment-là.
Au fur et à mesure du dépouillement, quelles sensations et quels sentiments avez-vous connus ?
Dès le premier vote contre Charlotte, j’avais tout de suite compris. Même si j’espérais, avant de venir, que le fait que Régis dise à Charlotte qu’il allait, comme nous, voter Eric nous donne la majorité. Du coup, forcément, je m’attendais à cette majorité mais, finalement, ça n’a pas été le cas. J’étais déjà sûr que c’était fini quand j’ai vu le premier prénom de Charlotte….
Lors de l’annonce par Denis d’un deuxième vote, vous saviez donc déjà que vos minutes dans l’aventure étaient comptées ?
Ah oui, c’était fait d’avance. On était quatre seuls à avoir votés contre Eric au premier tour, je ne vois pas pourquoi on serait six au deuxième tour. Donc c’était compliqué.
La différence de voix est notamment liée au choix de Régis, vous l’avez dit. Comprenez-vous sa décision ?
Je ne suis pas étonné parce que c’est un jaune qui veut éliminer une rouge comme Charlotte et, par la même occasion, moi, un élément fort sur les épreuves et, on va même dire, aimé par le jury final. Donc ça faisait partie de sa stratégie de faire miroiter Charlotte sur un autre vote. Finalement, il a fait basculer le vote.
Cette élimination devait être d’autant plus frustrante que, sur l’épreuve précédente de confort, comme le dit Denis à deux reprises, votre binôme a fait une véritable démonstration ?
On était un super binôme, avec Charlotte, vraiment complémentaire dans les épreuves. Avec son côté calme qui m’a beaucoup aidé dans l’épreuve de confort et même sur l’immunité. On a juste manqué d’un passage de la corde, ce qui nous a fait louper le totem qui nous protégeait.
Ce confort était, en tout cas, l’un des supers conforts que l’on peut espérer dans une telle aventure. Avec la difficulté que l’on connait sur le campement, une petite parenthèse douillée fait du bien. Le matelas est un luxe à « Koh Lanta ». Sans oublier le frigo garni, que j’ai pu cuisiner. En dehors de mon métier, j’adore cuisiner. Donc, là, cuisiner sur une ile perdue, dans une aventure telle que « Koh Lanta, est inespéré. C’était un grand grand moment de régal.
A la fin, on vous voit donner votre collier à Claude. Est-ce là le choix du cœur ?
Oui, de cœur et de stratégie en même temps. Je souhaite vraiment qu’il aille le plus loin possible. Je me souviens bien encore, quand on était chez les rouges, que l’on était mal barrés. Du coup, on s’est soutenus tant bien que mal pour aller le plus loin possible. Là, j’ai la possibilité de l’aider, de lui donner un petit coup de pousse, notamment pour rester au moins trois jours de plus. C’est aussi, oui, un cadeau de cœur.
Le challenge du nombre de victoires individuelles était un plus pour nous deux. On ne s’y attendait même pas, je ne savais pas s’il serait ou non dans cette saison. Même au début, on n’y pensait pas, c’est Denis qui nous l’a rappelé. Forcément, il nous a lancés dans ce challenge. Oui, il est à une victoire de me rattraper et, là, il a plus de chances que moi. Pour me rattraper et peut-être me dépasser car il reste quand même quatre à cinq épreuves.
Il ne reste plus que huit aventuriers en course. Quel est votre pronostic ?
Forcément, je souhaiterais que Claude soit finaliste, sinon je ne lui aurais pas légué mon collier. S’il y a un trio de héros sur les poteaux, forcément ce serait le top pour nous. Mais, attention, il y a quand même pas mal de bonnes personnes, de bons aventuriers, qui restent parmi les nouveaux. Comme Naoil par exemple, qui a beaucoup de potentiel.
Merci de répondre à quelques questions pour notre site !
On l’a vu vendredi soir, vous avez été éliminée lors des destins liés, de cette nouvelle saison de « Koh Lanta », actuellement en diffusion. A titre personnel, comment avez-vous vécu la diffusion de ces images ?
Ça ravive vraiment toutes les émotions que l’on ressent à ce moment-là. C’est tellement un épisode où il se passe énormément de choses, c’est un ascenseur émotionnel. Jusqu’à la fin, j’étais là à me dire « mais je vais le sortir ce collier, je vais le sortir ». Je connais la finalité bien évidemment mais il y avait tellement de suspense, ça a été hyper bien fait, que je me suis demandée comment, à ce moment-là, j’ai pu ne pas le sortir.
A froid, quel regard portez-vous sur ce qui s’est passé ? Notamment le fait de ne pas avoir sorti votre collier d’immunité.
C’est dommage parce que l’on aurait vraiment pu faire quelque chose de plus incroyable niveau stratégie. On est passé à côté de quelque chose.
On le voit tout au long de l’épisode, vous aviez quand même des petits doutes sur l’issue du conseil. Teheiura aussi vous avait sensibilisée sur ce point. Pourquoi avez-vous finalement choisi de prendre ce risque ?
Parce que, dans tous mes calculs que j’avais pu faire en prenant en compte certaines trahisons, je n’avais jamais envisagé celle de Moussa envers Teheiura. Encore la veille, Moussa me rassurait en disant qu’il ne pourrait jamais toucher à Teheiura. Donc j’étais sûre de moi, oui ça allait être serré mais on passait à ce moment-là. J’étais sûre de moi, vraiment.
Au moment de l’annonce par Denis d’un deuxième vote, saviez-vous déjà que la fin était proche pour vous ?
Bien sûr ! Au moment où les gens vont voter, je sais déjà que c’est terminé. Parce qu’il n’y a plus le vote noir de Teheiura et parce qu’Eric n’a plus son vote suite à sa dernière place.
Quelle a été votre réaction à l’annonce par Teheiura qu’il possédait, lui aussi, un collier ? Si vous l’aviez su, auriez-vous agi autrement ?
Si je l’avais su, évidemment que ça aurait tout changé. On aurait joué différemment et on se serait assurés ce conseil et le prochain conseil. Comme moi j’avais voulu le faire avec mon collier, en lui disant « on passe et ce collier là, au prochain conseil, je te le donne parce que les filles jaunes veulent voter pour moi, car tu es en danger en gagnant tous les conforts ». On aurait fait un retournement de situation en cassant justement ce noyau des jaunes. Donc, oui, ça aurait tout changé et, à la fois, à ce moment-là aussi, je déculpabilise et je me dis « bon, ce n’est pas que de ma faute ».
Ce départ est d’autant plus dommageable que, quelques temps avant, sur l’épreuve d’immunité, votre binôme réalisait une très belle prestation.
Oui, on était vraiment à rien de gagner cette immunité. On avait prouvé, sur l’épreuve de confort, que l’on pouvait être un super binôme et faire de belles prouesses. Franchement, c’est fâcheux quand on sait que l’on perd à 20 secondes.
Justement, sur cette épreuve de confort, Denis le dit très justement à 2 reprises, vous faites une véritable démonstration. Comment se sont passées ces quelques heures isolées, dans une maison, en guise de récompense ?
C’est vraiment un aparté dans l’aventure, en fait on déconnecte du jeu, là on apprécie le moment, on apprend à se connaitre, on discute, on rigole. Même si on pense toujours un peu au jeu et à la stratégie parce que l’on a cet indice sur le collier donc on met un peu le nez dedans. Mais on déconnecte, on apprécie vraiment là où l’on est, on se dit que l’on est aux Fidji, sur une plage, dans une maison de pêcheurs, … enfin c’est incroyable.
Crédit photo : PH LE ROUX/ALP/TF1
Plus généralement, quels resteront vos plus beaux souvenirs de cette aventure ?
Alors, il y en a beaucoup mais mon plus beau souvenir est vraiment quand je découvre ma lettre, de mes proches, avec tout le soutien qu’ils m’envoient. A ce moment-là de l’aventure, c’était vraiment important, on était à plus de deux semaines, à peu près à 16 ou 17 jours je ne sais plus, et ça fait vraiment du bien d’avoir des nouvelles de sa famille à ce moment-là.
Le fait d’avoir côtoyé des héros était-il, à vos yeux, un plus ? Ou, à l’inverse, cela a-t-il quelque peu orienté votre quotidien, quitte à perdre un peu la saveur de l’innocence ?
C’est totalement ça. On a non seulement perdu l’innocence de la découverte mais, aussi, on est face à des héros qui ont déjà vécu des aventures ensemble, qui sont amis dans la vie, donc qui se connaissent très bien. Nous, nous sommes là avec des gens que l’on ne connait pas, à qui on doit faire confiance, dont on doit se méfier en même temps. Alors que, eux, au final, avaient quand même ce noyau très dur et c’est d’ailleurs pour cela que l’on avait voulu casser ça dès le début chez les rouges en éliminant Teheiura.
Sur place, qu’est-ce qui a été le plus difficile pour vous ?
Sur place, vraiment, c’était pour moi les nuits sous la pluie. C’est long, c’est dur, il fait très froid, c’est horrible, vraiment, notre corps souffre réellement à ce moment-là.
A l’inverse, certaines choses ont-elles finalement été moins compliquées que ce que vous auriez pu penser ?
Je pensais vraiment ressentir la faim. Dans mon quotidien, quand j’ai faim, je vais avoir un peu la tête qui tourne, je ne suis pas bien. Et, en fait, pas du tout, là-bas je me sentais vraiment bien. Je pense que j’étais tellement conditionnée à cette aventure, à ressentir cette douleur de faim que, en fait, non. Bon, à trois semaines d’aventure, un peu plus forcément mais c’était plus les gouts, la gourmandise, le chocolat, les choses comme cela, pas la faim en elle-même.
Ces semaines d’aventures aux Fidji vous ont-elles quelque peu changée ?
Oui, forcément, une aventure comme cela laisse des marques, des traces. Oui, ça m’a changé, j’essaie vraiment plus d’apprécier les moments, de consommer mieux, de dépenser moins pour des futilités, de me poser vraiment la question du besoin réel. Quand on est là-bas, on arrive à vivre avec tellement rien qu’on se dit que, dans notre quotidien, on a trop, beaucoup trop. Donc, voilà, plein de petites choses comme ça au quotidien qui nous font réfléchir.
On le voit à la fin de l’épisode, vous décidez de garder pour vous le collier non joué. Pourquoi avoir fait ce choix ?
Tout simplement, tout le monde m’a trahie donc je n’allais pas le donner à des personnes qui m’ont trahie, c’était trop facile.
En conclusion, quel est votre pronostic pour la suite de l’aventure ?
Du coup, je suis un peu déçue, je vois le jeu trop facile, d’ailleurs c’est pour cela aussi que je donne mon vote noir à Jessica, en lui disant d’essayer de s’en sortir car son groupe est en minorité. On voit un noyau dur des jaunes en majorité et on se dit qu’en fait, la suite est toute tracée. Voilà, c’est ce que je pense vraiment à ce moment-là.
Ce fut un plaisir, Charlotte, d’échanger avec vous !
Quel plaisir d’effectuer cette nouvelle interview avec vous !
En cette période si spéciale du confinement, on peut actuellement vous retrouver dans une mini-série diffusée sur la chaine YouTube de "Fricero Films", « Nous Sommes En Guerre ». Très simplement, comment la présenteriez-vous ?
C'est une mini-série d'environ 4 minutes par épisode, qui est écrite, tournée et produite à 100% en confinement chaque semaine. Un défi artistique et technique chaque semaine pour donner vie à cette histoire ! Ça parle de ce que l’on vit actuellement, du confinement lié au Covid-19, l'histoire est ancrée dans la réalité. On part d'une jeune femme "Stella" qui ne croit pas au coronavirus, qui pense que c’est un complot, jusqu’à un bouleversement, qui va amener ce personnage à changer sa vision de la vie.
Quelles sont les principales caractéristiques de votre personnage "Stella" ? Comment le décrire ?
C’est quelqu’un qui, au départ, a une vision hermétique, elle est submergée sur les réseaux sociaux par la diversité des informations et par la désinformation. Elle a une vision très fermée du monde dans lequel elle vit. Il va lui arriver quelque chose dans la vie, qui va la pousser à une radicale conversion du cœur, une vision plus lumineuse, avec beaucoup d’espoir en l’humanité.
Avez-vous eu des sources particulières d’inspiration pour son interprétation ?
C’est une mini-série qui a pris naissance pendant le confinement avec le réalisateur Emmanuel Fricero et son ami le scénariste Loïc Landrau. Il n’y a pas eu d’idée avant, on est parti de quelque chose que l’on vit en ce moment pour créer. A deux vraiment sur place, confinés, avec le metteur en scène, qui fait quasiment 90% du travail technique, on est partis vraiment du cœur de ce que l’on vivait, d’un personnage qui peut exister. Il y a des "Stella" partout, d'ailleurs, le groupe Facebook qu’elle ouvre au premier épisode existe vraiment.
Le confinement impose une organisation technique et artistique particulière. Aussi, comment avez-vous procédé ? Des adaptations ont été, on l’imagine, nécessaires ?
On n’a pas d’équipe, donc pas de chef opérateur, pas de preneur de son etc etc ... on est tous seuls, il faut faire avec ce que l’on a. On est force de proposition chacun et on fait, avec notre savoir-faire. En même temps, on n’a pas de contraire horaires ou de planning de tournage à respecter par exemple, on s’adapte.
Comme Tarantino le dit « just do it », même si on se disait que ce serait compliqué au début, le fait de mettre un pied après l’autre, de sauter dedans, nous a aidés à créer. Les supers retours que l’on a résonnent en nous, nous motivent.
Selon vous, selon aussi les premiers retours que vous avez pu avoir, qu’est-ce qui plait aux internautes dans ce programme ?
Quand on lit les commentaires, ou les messages directs, Il y en a qui aiment le sujet, d'autres la qualité de l’image, la musique, la mise en scène ou l'interprétation. Chacun a une sensibilité et la décrit. On ressent en tout cas un véritable enthousiasme pour chaque épisode, toutes les semaines, de la part des spectateurs. Un grand merci à eux !
Trois épisodes sont déjà en ligne. Quelle suite est prévue ?
Un épisode sort chaque semaine, le samedi matin à 11h sur YouTube. Normalement, il y en aura six. Je touche du bois.
Une fois le confinement terminé, avez-vous l’envie d’adapter le contenu et/ou la forme de la mini-série pour prolonger l’aventure ?
Le principe de "Nous Sommes En Guerre" est d’être ancrée dans la réalité, dans ce que l’on vit. Pour l’instant, la fin de la mini-série n’est pas encore écrite, justement parce qu'on attend de voir l’évolution et le dénouement du confinement, pour s’adapter. On va suivre le personnage jusqu’au déconfinement. J'espère que la série aura elle aussi une belle histoire...
En parallèle, comment vivez-vous, en tant qu’artiste, cette période particulière du confinement ?
Je trouve que c’est plutôt le moment de se plonger à l’intérieur de soi, de se reconnecter. Je l’ai pris comme cela, comme le moment de se retrouver vraiment pour se dire ce que l’on veut dans la vie sur cette terre, parmi les autres. J’espère profondément qu’il y aura des changements, j’espère qu’il y aura une prise de conscience de la préciosité de la Vie et de son interaction directe avec son environnement. Comme le personnage de Stella, si chacun change, il peut y avoir un changement mondial.
Quels sont ou seraient vos projets et envies artistiques à venir ?
J'aimerais vraiment pouvoir retrouver mes partenaires très rapidement sur le tournage de "Un Si Grand Soleil" sur France 2, j'ai aussi quelques projets de films dont certains avec le réalisateur Emmanuel Fricero. Mais je pense que tout le monde est encore un peu en attente, pour l’instant il n’y a pas de date précise. Je pense qu'on en saura un peu plus dans les prochaines semaines.
En conclusion, pour boucler la boucle, si ce n’est pas déjà fait, comment définitivement inciter les lecteurs à suivre la mini-série ?
Je reprendrais le message de la mini-série : Si nous changeons, le monde change.
Merci, Stana, pour cet échange très agréable !
Les premiers épisodes sont visibles sur les liens ci-dessous :
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Depuis peu, votre série « Baby clash » est disponible sur Youtube, en 5 épisodes, série que vous avez développée en autoproduction, on y reviendra d’ailleurs plus tard. Très simplement, elle met en avant un jeune couple, qui se connait à peine et qui n’est pas forcément préparé à l’arrivée d’un bébé. Avec vos mots, comment présenteriez-vous ce programme ? Quelles thématiques y sont abordées ?
C’est un programme court, une minisérie de 5 épisodes, chacun durant de 3 à 4 minutes. En fait, c’est une succession de polaroids exhaustifs de la vie d’un couple, de sa rencontre à sa séparation. Lorsque Thomas, célibataire endurci rentre avec Mina après une soirée entre copains, ils ne se doutent pas qu’ils seront liés à jamais. Se laissant entraîner dans le tourbillon de l’amour, Mina va vite s’installer dans la chambre que Thomas occupe en colocation. Après quelques semaines de relation seulement, elle tombe enceinte. Une grossesse et une naissance qui mènent à une crise dans la vie ce jeune couple dont le fonctionnement va être bouleversé. Le nom de cette crise est le Baby Clash. D’où le titre.
Ces deux jeunes gens du même âge finissent la nuit ensemble mais on comprend, dès la séquence 2 du premier épisode, que, très vite, ils tombent amoureux. Ça va plutôt bien entre eux et elle va venir s’installer dans cette colocation, sans qu’ils ne le choisissent vraiment, un peu comme ça, dans la foulée des choses. Très très vite, elle va tomber enceinte, ils accueillent cette nouvelle avec énormément de plaisir, ils sont comme deux enfants qui ont reçu leurs cadeaux de Noel, sans comprendre les bouleversements que ça va amener. Ces derniers vont être énormes à plusieurs niveaux : parce que, elle, très féminine, très jeune fille de son temps, va se retrouver encombrée très rapidement par cette grossesse. Qui va carrément jouer sur sa féminité et sa libido et, petit à petit, elle va l’acculer lui, de plein de réflexions, de remarques, pour qu’il prenne un peu les choses en main et se responsabilise, si on peut dire. Mais il n’avait pas du tout prévu tout cela, c’est un peu trop gros pour lui.
Je les ai placés dans un unique décor, cette chambre de colocation, cette garçonnière, qui va donc devenir une chambre d’amoureux, un petit nid, qui va ensuite devenir un mini studio pour toute la famille. Donc l’espace va être de plus en plus encombré, comme leurs émotions et comme le couple va l’être aussi. C’est-à-dire qu’ils vont de plus en plus étouffer au sein de cet espace, jusqu’à ce qu’elle n’en puisse plus et que lui n’en puisse plus de la pression qu’elle exerce sur lui. Elle va donc décider de partir avec son enfant, faisant ce choix car ce dernier ne peut plus vivre dans cette atmosphère de tension. Ce n’est pas qu’ils ne s’aiment plus, c’est qu’ils ne se sont pas compris, ça a été trop vite, les responsabilités ont été trop lourdes et trop fortes pour eux, ils n’étaient pas du tout prêts, ce bébé n’était pas un projet mûri et réfléchi et c’est pour ça entre autres que son arrivée déclenche une crise. Mais ils prennent la meilleure décision de parents, pour le bien de cet enfant, en se séparant pour lui offrir un environnement apaisant. Je trouve que c’est une belle fin…contrairement à la manière dont certaines personnes la reçoivent. Une séparation est un échec je l’entends, mais dans le cas de Thomas et Mina, elle est indispensable pour tous. Et puis, je ne suis pas forcément fan des happy end. Parce que la vie, c’est pas ça.
Ces 5 épisodes montrent autant d’évolutions et de changements dans leur vie de couple et, surtout, dans leurs relations. En termes de registre, on peut parler, sans dévoiler de grand secret, d’une « dramédie » ?
Oui, c’est carrément une « dramédie ». Je sais qu’il y a des gens qui n’aiment pas beaucoup ce terme mais je l’utilise souvent. Tout mon travail est un mélange de comédie et de drame. La situation est déjà triste, on sait vers quoi on tend mais, à l’intérieur, on met de la vie, on met des punchlines, on met de la comédie pour que ce soit un peu plus facile à regarder pour le spectateur. J’aime bien faire rire les gens à un certain point puis qu’ils soient cueillis en se disant que, certes c’est drôle, mais que ce n’est pas si drôle que ça, que c’est triste. Il y a quelqu’un qui fait ça très bien, dont j’adore le travail et qui m’inspire énormément, je trouve son travail parfait, c’est Ricky Gervais. Il a un humour comme cela. En ce moment, je regarde la saison 2 de « After Life », qui est magnifique, on rit, on rit mais, en même temps, on est gêné, on est mal à l’aise et on pleure en même temps que l’on rit. On a le sourire en même temps que les larmes. J’adore ça, c’est la vie.
Donc, oui, c’est véritablement une « dramédie », c’est de la comédie mais il y a, je l’espère, de forts moments d’émotion.
Le décor, unique (la chambre en colocation de Thomas) évolue, lui aussi, dans son contenu notamment, en fonction de ce qui se passe dans le couple et dans cette nouvelle vie à 3. Peut-on parler d’un personnage à part entière ?
Complètement, on peut dire que c’est un personnage. J’avais cette idée en tête d’écrire un huis clos parce que je savais que j’allais tourner probablement sans production, donc sans aide financière. Il fallait que je ne me disperse pas dans la logistique de tournage. Donc c’était quand même une condition que j’avais à l’écriture déjà.
Ensuite, je me suis dit qu’il serait intéressant d’avoir un lieu qui ne soit pas qu’un prétexte, mais qui soit carrément un personnage. J’adore encrer mes personnages dans des décors forts parce que je trouve que ces derniers, souvent, supposent des comportements et des attitudes que l’on n’aurait pas ailleurs. Là, c’est le confinement et l’espace réduit de plus en plus encombré qui créent cette tension et qui la révèlent. J’aimais bien dire que cette garçonnière, qui devient ce nid d’amoureux, qui devient ce studio, n’était, au départ, justement, qu’une chambre de coloc occupée par un jeune, un espace de transition dans la vie d’un jeune adulte et donc pas prévue pour l’utilisation qu’ils en font ensuite, à savoir y accueillir un enfant. Forcément, l’histoire courrait à l’échec parce que l’espace n’était pas voué à cela.
Un deuxième travail a été fait sur ce décor, en travaillant sur la lumière et ensuite l’étalonnage. Si on regarde les 5 épisodes à la suite, au départ, c’est assez chaleureux, ça le devient ensuite de plus en plus et, au niveau de l’épisode 3, il commence à y avoir un twist, où les couleurs deviennent plus grises, plus sombres, moins contrastées. Il y a alors une espèce de gris, de terne car ça répond aussi aux émotions internes et à ce que le couple traverse. Plus ce dernier était épanoui, plus c’était chaud, chaleureux, avec des plantes vertes et des petites lumières partout. Plus le couple est triste, plus ça devient chargé, gris, avec des plantes fanées. J'ai donc acheté des plantes un mois avant et je les ai laissées faner et ensuite j’ai acheté les mêmes plantes fraîches….et du coup Quentin Guiot avec qui je travaillais, savait quand mettre les plantes fraîches et vertes et quand les remplacer par des plantes fanées. On n'a évidemment pas tourné dans l’ordre des séquences donc je peux vous dire que le décor était un vrai casse tête. Mais il était indispensable, ce travail sur le décor. De manière inconsciente, le spectateur ne le voit pas mais je sais que l’on a fait ce travail. Si vous regardez la fin quand elle parle et qu’on l’a voit dans le miroir et qu’elle dit « j’étouffe », autour d’elle dans le cadre du miroir, l’espace est très chargé. Lui, il a même du liniment et un biberon sur son espace de travail, son bureau, son espace à lui est aussi encombré.
Tourner un huis clos d’un couple avec l’enfant était plus simple chez moi. Au-delà du budget serré, j’avais surtout tout à la maison. Je suis moi-même maman de deux enfants, du coup j’avais le lit, la poussette, la chaise longue, la chaise haute. Je pouvais ainsi avoir tous les éléments de décor à l’intérieur, comme au théâtre.
Pour en revenir à la genèse du programme, quelles motivations vous ont poussée à développer ce programme ? Votre propre expérience, qui s’est passée bien plus positivement, grâce notamment au soutien de votre conjoint, en est-elle la source principale d’inspiration ?
Il faut savoir qu’une grossesse et un accouchement sont, dans la vie d’une femme, comme un passage d’un 36 tonnes. Émotionnellement et physiquement, ça bouleverse beaucoup de choses. On s’en rend compte surtout après. Quand ma fille a eu 5 mois et que j’ai développé ce projet, j’avais effectivement une sorte de recul sur tout ce que je venais de traverser. Je m’étais dit « heureusement que l’on était solide, que l’on était préparé, que c’était un projet et que l’on était fort » parce que, en fait, ça aurait pu nous balayer. Il y a tellement de fatigue et de frustration parce que, en tant que femme, le corps change et qu’on ne le retrouve pas tout de suite. Dans un premier temps, il est voué à nourrir son enfant, en tout cas me concernant, j’avais fait le choix de l’allaitement et j’avais adoré. Mais du coup, c’est un corps outil, nourricier, on est mère avant d’être femme, c’est tellement compliqué que l’on a forcément des frustrations qui sont cachées ici et là et que l’on balance à l’autre, notre miroir, notre seul retour.
Donc j’avais envie, très vite, de parler de cela. La maternité est un sujet qui me plait depuis longtemps. Sur « Paris, un jour de… », à l’époque, je n’avais pas d’enfant, j’en voulais un très très fort et j’avais déjà parlé de ce désir chez la femme qui commence à avoir 30 ans (même si je sais que certaines femmes n’en ont pas le désir ou l’ont mais plus tard). Là, je suis tombée enceinte, j’ai eu cet enfant et j’avais envie de montrer ce que c’était, dans un couple, que d’avoir un premier enfant. Ce que ça amène, aussi ce qu’est une grossesse pour une femme, comment les hormones se bousculent à l’intérieur, comment on doit penser à tout, comment, en devenant maman, on a peur pour notre sécurité et celle de l’enfant. L’enfant et la maman sont en fusion, on sait que le père est le tiers séparateur. D’ailleurs, dans la série, Mina épuisée par des nuits blanches fait remarquer à Thomas que, lui, les pleurs la nuit visiblement ne le dérangent pas, sous entendu qu’il dort paisiblement pendant qu’elle s’en occupe. Sous entendu, j’aurai bien aimé que tu prennes le relais de temps en temps...Mais elle n’arrive plus à communiquer calmement parce qu’elle est épuisée et dépassée. Lui se sent floué parce qu'il dit qu’il veut mais qu’elle l’en empêche…Et là, on est au cœur d’une vraie problématique qui est souvent vraie dans un couple qui vient d’accueillir un enfant, la maman est tellement en fusion avec son bébé que la relation est très animale, ça la fatigue mais elle ne peut pas faire autrement que d’être collée à son enfant, c’est un animal instinctif. Quand le père veut prendre sa place, il ne peut pas toujours, empêché par une maman louve…qui ne se rend même pas compte qu’elle est louve et lui reproche dans le même temps de pas être assez présent…c’est le poisson qui se mord la queue. Et puis, je voulais parler de notre société, de la précarité, du prix exorbitant des loyers qui ruinent des familles parce que c’est trop difficile. J’aime encrer mon travail dans la réalité. je veux que ce soit générationnel, cru, sans concession. La réalité telle que je la vois, je la ressens. Je veux que ça raisonne. Sinon, j’ai raté.
Du coup, je voulais parler de tout cela, c’étaient ma propre grossesse et ma propre expérience qui m’ont donné l’envie. J’ai voulu parler de ces difficultés et, pour le faire en si peu de temps, il fallait que je prenne les conditions d’un couple qui soit propice à cela. C’est-à-dire un couple jeune, pas préparé, qui se connait à peine et dont l’espace de vie est précaire.
« Baby clash » a été développée en autoproduction. Quelles ont été vos principales clés et astuces pour réussir ce « self made » ?
J’ai l’habitude de l’autoproduction donc je sais qu’il y a des postes clés sur lesquels je ne peux pas transgresser. Il y a le son, j’ai besoin d’un bon matériel, j’y ai mis les moyens, aussi l’image et l’éclairage. Ensuite, en post production, ce sont le montage, l’étalonnage et le mixage son. En gros, je savais qu’il fallait une à trois personnes à l’image. Je n’avais pas de script. J’en ai jamais , je derushe absolument tout. Dans une prise considérée ratée, il peut y avoir de très belles fulgurances et je m’en sers. Un regard, un mouvement, un bégaiement…ça m’intéresse. Les gens qui se sont engagés avec moi sont soit des gens qui ont déjà travaillé avec moi (Ben Rufi, le chef opérateur, était aussi à l’image de la saison 2 de "Paris, un jour de…", Karen Haddad au maquillage, Salomé Brussieux aux costumes, Quentin Guiot à la déco)…soit des gens qui sont venus sur lecture du projet et après avoir visionné mon travail pour ceux qui ne le connaissaient pas déjà. Toute l’équipe de post production me connaissait et connaissait bien mon travail parce que ce sont les mêmes avec qui je travaille depuis le début. Le compositeur musical Christophe Menassier aussi … tous se sont engagés et ont investi leur temps et leurs compétences au sein de ce projet. Je tiens à les remercier parce que, franchement, sans eux je n'aurai pas pu faire exister ce beau projet.
On a tourné sur deux jours et demi. Donc c’était très restreint, je peux vous dire qu’il fallait une équipe de dingue, tous dirigés vers un même but et ça a été le cas. Équipe incroyable qui a tellement travaillé.
Les spectateurs attendent un produit fini, quels que soient les moyens, il fallait donc être exigeant à l’image, je n’ai pas lâché les acteurs sur leur jeu, aussi exigeant à l’écriture en amont et à la post production en aval, notamment lors du mixage son et du montage.
Dans le contexte d’un huis clos, le spectateur peut très vite s’ennuyer, mon travail a donc été de donner beaucoup de respirations, en multipliant les axes et en faisant exister vraiment toute la pièce. Et j’adore la caméra épaule...j’adore? ça suit les mouvements, on est au plus près des corps, je trouve ça tellement organique.
Nous le disions au début de cet entretien, 5 épisodes sont en ligne. Aimeriez-vous pouvoir leur donner une suite ?
Je ne pense pas. Je suis déjà en train d’écrire autre chose. Cette série est une petite histoire, avec un début, un milieu et une fin de l’histoire du couple. Donc il n’y aura sans doute pas de suite, même si j’ai déjà reçu beaucoup de commentaires en ce sens.
En parallèle, on peut vous retrouver actuellement sur France 3, dans la nouvelle saison de « Tandem ». On imagine votre joie de continuer à participer à ce chouette programme ?
Oui, oui, je suis contente. Je suis rentrée en saison 3. Le but de mon personnage était d’amener un peu plus encore de comédie. J’avais eu un accueil hyper bienveillant. Surtout, j’ai eu et j’ai encore de la place pour faire évoluer mon personnage et le tendre vers quelque chose qui me plait. On est vraiment artisans, en tant que comédiens, dans ce programme, on a une place énorme pour notre personnage. On peut l’emmener là où on en a envie, ou presque. On est force de proposition, il y a de la discussion, de l’échange, dès la lecture. Du coup, c’est hyper plaisant.
J’adore mon personnage, elle est très fraîche, elle enquête à l’instinct, elle est très drôle, hyper attachante, tout en étant parfois très dure et très sérieuse quand l’enquête le nécessite. Il y a cette double palette à jouer, ce qui est génial à faire pour un acteur.
Crédits photo : Fabien Malot
Retrouvez-vous des similarités entre votre personnage du lieutenant Inès Zaidi et vous-même ?
Oui, effectivement, Elle a un côté très frais et aussi très autoritaire, ce qui me ressemble également. Tous ceux qui ont travaillé avec moi pourront le dire (rires);
je ramène beaucoup Inès vers ce que je suis. Le fait qu’elle travaille à l’instinct me ressemble énormément, je suis très instinctive dans mon métier de comédienne et de réalisatrice. Je suis plus instinctive que technique d’ailleurs. Je suis traversée par des visions, Aussi dans l’écriture et dans mes montages, où je fais vraiment confiance à mon instinct. Je sens quand ça fonctionne ou pas, je ne peux pas l’expliquer.
Sans tout en dire, peut-on s’attendre à quelques petits changements pour le lieutenant ?
Elle est joueuse, on a vu qu’elle drague un peu son responsable, le capitaine Marchal, qui est quand même l’ex âme sœur du commandant. Elle est joueuse, elle le taquine un peu, le dragouille un peu. Jusqu’à quel point ? A vous de regarder les épisodes…Mais elle aime bien cela, elle aime bien jouer. Ce qui est génial avec ce personnage, c’est qu’elle est vraiment dans son temps et hyper générationnelle. Elle joue mais est-elle prête à en assumer les conséquences ? Je ne peux pas en dire plus mais elle va jouer pas mal de temps, va pousser le jeu très loin, va beaucoup tester.
Plus généralement, quels sont vos autres projets et actualités artistiques à venir ?
« Miss » de Ruben Alves a été tourné il y a un an et devait sortir en mars. Ce fut le premier film repoussé, avant même la mise en place du confinement. Il sortira fin septembre. J’y joue Miss Saint Pierre et Miquelon, ce fut une expérience géniale. C’était un tout autre rôle et, pour une comédienne, c’est génial de faire une miss. C’est le rêve de toute petite fille. Ce film est une comédie mais sur un fond social très fort, ça parle d’identité.
Je viens de co-écrire et de co-développer pendant ce confinement une série, avec Rudy Milstein. Il jouait Doudou dans « Paris, un jour de… » et, là, on a décidé de co-écrire ensemble parce que ça faisait longtemps qu’on en avait envie. Une lecture est en cours, on espère que ça verra le jour.
J’ai une autre série en lecture aussi, dans d’autres productions. Je vais me remettre à l’écriture très vite, ça m’a donné envie de repartir au combat. C’est vrai que c’est toujours compliqué de faire ses projets seuls, en autoproduction mais comme Cassavetes, je pourrais hypothéquer ma maison pour développer mes projets. C’est plus compliqué pour moi de les laisser dans un tiroir que de les faire. Je veux que ça existe, l’art est fait pour exister.
J’ai aussi passé des castings, même en période de confinement, en vidéo. J’attends patiemment les réponses, il faut croiser les doigts pour moi.
Merci, Baya, pour toutes vos réponses !
Les épisodes de « Baby clash » sont visibles sur les liens ci-dessous :