Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Nous pouvons vous retrouver tous les jours de la semaine, de 12h à 16h, au micro d’Europe 2 en Nord Picardie. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Carrément ! Je suis passionné de radio depuis tout petit et je ne me vois pas faire un autre métier, donc c’est un plaisir de venir en studio pour parler en direct. Cela peut être dix secondes, trente secondes ou même une minute, de parler en direct aux gens est un plaisir quotidien. C’est pour cela que je me lève le matin…Oui, j’aime mon métier !
Vous accompagnez en musique, pendant quatre heures, les auditeurs, vous êtes un peu le fil conducteur de l’émission…
Les auditeurs qui écoutent à midi ne sont pas forcément les mêmes que ceux qui écoutent à quinze heures. Souvent, à midi, ce sont des gens qui sont en pause déjeuner, qui habitent peut-être à dix ou vingt minutes de leur boulot et qui prennent la voiture le temps de faire l’aller-retour à la maison. Alors qu’à quatorze heures, ce sont plutôt de gens qui sont sur la route, qui sont en déplacement ou qui vont à un rendez-vous. Je le constate à travers les appels que je reçois…Du coup, pertinemment, je sais que je vais avoir beaucoup plus de retours si je place un jeu à midi que si je le mets plus tard dans l’après-midi. C’est donc à moi de m’adapter !
En parlant d’adaptation, aimez-vous varier vos sujets selon l’horaire de l’après-midi ?
Je mets un point d’honneur à ne pas redonner une information, sauf s’il s’agit d’un bon plan à faire dans l’immédiat ou d’un de nos évènements. Avant l’émission, je sais aussi, pertinemment, qu’à telle ou telle heure, je vais parler des cadeaux offerts en national. Mais ces cadeaux-là sont plus difficiles à rendre locaux donc je sais que, sur le speak d’après, je vais plutôt axer sur quelque chose qui parle dans la région : une information locale, un bon plan local, un cadeau local, …En tout cas, pour en revenir à votre question, je me pose toujours la question, avant le direct, d’à quelle heure je vais parler du national car je sais que, pour le reste, je ne vais parler que du local.
Par contre, la difficulté est de réussir, même localement, à intéresser tout le monde : un auditeur de Soissons ne sera pas forcément curieux d’une information lilloise, j’en suis conscient…Donc il faut être local au maximum mais il faut essayer quand même de faire des choix. La priorité, j’ai envie de dire, est plutôt Lille car c’est la grosse agglomération. Néanmoins, s’il y a quelque chose qui va m’intéresser à Saint-Quentin, je vais en parler aussi.
Plus globalement, avez-vous une méthodologie particulière de préparation en amont de l’antenne ? Aimez-vous, par exemple, écrire vos interventions à l’avance ?
J’arrive le matin, vers huit heures trente ou neuf heures, je me concentre vraiment sur la promo jusqu’à onze heures environ. Puis je viens en studio charger ma journée, pour que tous les titres diffusés pendant l’émission s’affichent avec l’habillage, et je commence à mixer, afin de ne pas avoir cette partie-là pendant l’émission. Ensuite, je vais commencer à écrire mes speaks pour le début d’antenne. J’écris le reste petit à petit, durant le direct. En fonction aussi de la quantité d’informations locales, je sais si je vais avoir besoin ou non de m’organiser pour parler également d’autre chose.
Les auditeurs ne le voient pas mais, en plus du micro, vous gérez également la technique et la réalisation de l’émission…
C’est ça ! J’ai la partie réalisation, je gère la bonne diffusion des titres, des enchainements, de la pub, je réponds au standard quand je lance un jeu, je gère aussi les éventuels problèmes techniques,…Je suis assez multitâches, ce qui est également un plaisir !
Justement, le plaisir doit certainement aussi être lié à l’ambiance musicale dans laquelle vous baignez pendant quatre heures ?
Carrément ! C’est un métier cool, globalement ! Quand une info artiste vient d’arriver, tu la donnes sans problème. Mais le souci vient quand tu as un peu moins d’actualité autour d’artistes que tu diffuses régulièrement, il faut alors essayer tout de même de trouver quelque chose pour soit redonner une information mais de manière différente, soit rendre ton speak local. Je suis là quatre heures mais l’auditeur lambda qui zappe ne m’entend peut-être qu’une seule fois dans sa journée, pendant dix secondes. J’espère que, sur ces dix secondes, ce que je dis aura été local…pour que cet auditeur se dise qu’Europe 2, à cette heure-là, est proche de lui. Au-delà de cette vigilance, cela reste quand même sacrément agréable !
Généralement, quels retours vous font justement les auditeurs sur l’émission ?
Evidemment, il y a ceux que j’ai au téléphone quand ils gagnent un cadeau, ils sont alors toujours dans l’euphorie. Sinon, ce qui fait plaisir, et là on passe de l’autre côté de la barrière, c’est la rencontre physique avec les gens, lors de concerts ou d’évènements locaux. Là, ils nous parlent vraiment…et, souvent, nous remercient. C’est toujours plaisant !
Vous l’avez dit, la radio est, pour vous, une passion depuis tout petit…
Depuis l’âge de 10 ans, j’ai voulu faire de la radio ! J’écoutais alors Mickael, le soir, sur NRJ, parce que je n’arrivais pas à dormir. Cela m’a donné envie : il me faisait rire et j’aime bien faire rire les autres, j’aime bien passer un bon moment, …Puis, j’ai zappé sur Fun Radio, moi qui adore l’électro, et Skyrock, pour Difool, toujours le soir. Pendant des années, j’écoutais la radio le soir, je vous jure que je ne savais même pas que la radio était beaucoup plus écoutée le matin, je l’ai compris seulement au lycée.
Je n’ai jamais pensé faire autre chose, je ne me voyais pas faire quelque chose d’autre que de la radio, c’était impossible pour moi ! C’est un métier de passion…A travers mon parcours, j’ai fait de belles rencontres, au STUDEC ou en stages, d’autres passionnés, capables de retrouver des extraits d’il y a dix ans en arrière. Dans ce métier, clairement, les gens ne sont pas là par hasard, ils viennent par passion, pour la majorité d’entre eux.
Petit à petit, années après années, je comprends un peu mieux aussi les besoins et les attentes des auditeurs, mon regard de professionnel s’affine donc lui-aussi. Je suis plus précis encore, je le pense, sur mes interventions et le choix des cadeaux notamment. Je veille aussi à maitriser mes temps d’intervention, comme ma formation me l’a appris.
Pour terminer, que peut-on vous souhaiter pour la suite de votre parcours radiophonique ?
De continuer à faire ce que je fais ! Surtout, de continuer à aimer faire ce que je fais ! Si c’est sur Europe 2, tant mieux, si c’est ailleurs, tant mieux aussi !
Quel plaisir d’effectuer cette nouvelle interview ensemble !
Vous animez chaque jeudi soir, de 20h à 21h, sur Sud Radio, l’émission « But football club ». A titre personnel, on imagine sans doute la joie et le plaisir que cela doit être pour vous ?
Absolument ! Je pensais que je n’allais pas avoir un plaisir aussi important…J’ai fait, pendant très longtemps, des émissions de talk avec une bande, sur Europe 1, jusqu’à il y a deux ans maintenant, cela durait trois heures donc c’était assez lourd. J’étais un peu émoussé et c’est pour cela que j’avais arrêté pour me consacrer vraiment à la télévision, à CNews notamment. L’été dernier, j’ai même voulu arrêter les médias pour me consacrer pleinement au cinéma et c’est Michel Moulin qui a eu envie de faire cette émission, pour promouvoir le site « But ! Football club », un site historique et, à l’origine, un journal que je lisais quand j’étais adolescent notamment. Comme j’avais de bonnes relations avec Patrick Roger, le directeur général de Sud Radio, cela s’est assez vite fait finalement.
J’ai, en effet, retrouvé des automatismes, des réflexes et le plaisir du contact, de la tchatche en direct, des échanges parfois un peu animés avec beaucoup de mauvaise foi. C’est quelque chose qui ne m’a pas surpris mais qui m’a remis de suite dans le bain. J’avais l’impression de revenir à la maison, tout simplement…
Vous êtes entouré d’une belle bande, aux profils variés, ce qui permet de diversifier les points de vue et d’enrichir les échanges…
Complètement ! On est partis du principe qu’il fallait deux forts en gueule, que sont Michel Moulin et Karim Zeribi, avec des tempéraments assez différents. On a voulu y associer, ensuite, deux autres tempéraments pour apaiser, parfois, les situations. Même si je suis chargé de faire ce genre de chose, il est possible que ça m’échappe et m’appuyer sur Jimmy Algerino notamment, l’ancien joueur du PSG, ou sur Benjamin Danet, le patron du site « But ! Football club », permet d’apporter un autre contenu encore. Jimmy par rapport, bien sûr, à son expérience de joueur et Benjamin par sa grande expérience de journaliste. Cet ensemble, finalement, fait qu’il n’y a jamais la même résonnance, on a des propos qui sont riches, fluides, denses mais contradictoires, dans un débat.
Surtout, ce qui est intéressant, c’est qu’on dit des vérités. Ce n’est pas parce que l’on fait cette émission tous les jeudis que je dis ça, c’est parce que c’est un vrai constat : en fait, il y a des choses dites dans cette émission qui ne sont dites nulle part ailleurs ! Certains dirigeants doivent trembler, je pense, chaque jeudi, en se demandant ce qu’ils vont encore prendre dans la figure le soir. Ce ne sont pas des agressions gratuites, ou des attaques gratuites, c’est basé sur des propos, des postulats et des situations existantes. Par exemple, ce qui se passe actuellement à la Ligue sur les droits de la Ligue 1 est quelque chose dont nous avons parlé et qui nous a alerté il y a déjà plusieurs semaines. Michel Moulin avait notamment expliqué alors le rôle du président de la Ligue. Lui qui avait été candidat à la FFF il y a quelques années se rend compte qu’aujourd’hui, le football marche sur la tête. C’est un peu cela que l’on décrit en disant des vérités que beaucoup d’émissions et de journalistes n’osent pas dire mais qu’ils savent. On n’a pas d’exclusivité particulière mais, en revanche, on dit les choses sans filtre et c’est ce qui fait le succès de cette émission.
Humainement parlant, échanger avec ces intervenants-là doit être aussi très enrichissant…
Oui, parce que c’est de la co-construction, on s’envoie des messages ou on se parle tous tout au long de la semaine sur les sujets qui nous intéressent alors. Souvent, j’ai des coups de gueule de Michel Moulin, qui râle sur la manière dont fonctionne le foot, ce qui nourrit ma réflexion pour déterminer les thèmes évoqués le jeudi soir. Avec Jimmy, cela a toujours été comme cela aussi, notamment à Europe 1. C’est quelqu’un que je connais depuis plus de trente ans maintenant parce que, quand j’étais journaliste à France 3 à Epinal, lui y était joueur, en prêt de Monaco. On s’était rencontrés, on avait sympathisé et on est toujours restés en contact, c’est donc devenu un ami. Il a toujours une très belle réflexion, bienveillante, sur le football mais sans occulter les problématiques qu’il peut y avoir. Voilà pourquoi il est un peu le juge de paix de cette émission et qu’il amène beaucoup de choses dans ses contacts, dans son expertise et dans le choix des thématiques.
Jimmy est d’ailleurs au micro comme il est dans la vie, posé et calme, ce qui s’inscrit très bien dans votre émission…
Exactement ! C’est l’eau et le feu, avec des gens au tempérament méditerranéen et un Jimmy, même s’il est toulousain, qui arrive à être un peu plus calme, un peu plus apaisé, sans tergiverser, avec une opinion très tranchée. C’est cela ce qui est intéressant….On ne cherche pas le buzz, en revanche on cherche à ce que la vérité sur ce que l’on pense puisse éclater à tout moment quand on est en train de la raconter.
Le créneau du jeudi est particulièrement stratégique, faisant le lien entre les soirées européennes de Ligue des Champions et, le lendemain, les premières rencontres du week-end de Ligue 1…
Oui, on est très très bien placés dans le calendrier, on est au sortir des soirées de Ligue des Champions et on s’approche des matchs de Ligue 1. C’est un entre-deux qui nous permet d’être soit en réaction, soit en approche d’un évènement du week-end notamment. Mais on ne s’interdit pas de parler de sujets un peu plus froids, c’est-à-dire de sujets, toujours polémiques bien sûr, qui peuvent être installés dans le temps. On n’est alors pas forcément sur l’actualité pure, on n’est pas là pour décortiquer une rencontre, d’autres le font très bien, on est plus sur du débat sociétal footballistique, avec tout ce que l’on peut aller chercher dans les entrailles de ce sport. Les thèmes sont aussi choisis en fonction de la présence des gens dans l’émission.
Il est vrai que l’actualité sociétale du ballon rond est tellement riche qu’elle doit être une source d’inspiration très grande chaque semaine…
Oui ! Il y a la coulisse, bien sûr, avec tout ce qui peut se passer avec les dirigeants mais il y a aussi le jeu, les matchs, le foot, avec toujours des sujets qui reviennent inexorablement : Paris, Marseille, Mbappé sont incontournables…On a parfois le sentiment de traiter les mêmes thématiques en priorité mais il y a toujours des ramifications, des choses que l’on peut aborder autour de ces sujets qui font de toute manière l’unanimité et qui intéressent la plupart des auditeurs.
Sur cette tranche horaire de 20h à 21h, la programmation de Sud Radio met en avant dès le lundi soir des émissions sportives. La vôtre s’inscrit ainsi dans la continuité du début de semaine…
C’est une cohérence de grille, c’est un mix entre le foot et le rugby. Sud Radio est très implantée dans le rugby depuis de nombreuses années, elle fait la part belle à ce sport, on dit même que c’est la radio du rugby. Depuis cette saison, en effet, le foot est venu s’inviter parce qu’il est incontournable et qu’il reste le sport numéro un. Il y a une émission le mardi, une le mercredi et la nôtre le jeudi, ce sont des talks de foot qui traitent de l’actualité et des mêmes thématiques que nous mais avec des tons différents, parce que la personnalité des invités permanents est différente. Ce qui est très bien, cela permet d’être dans un spectre beaucoup plus large et d’avoir des avis dissonants, en tout cas des musicalités radiophoniques différentes en fonction de qui sont les gens en studio avec nous.
Plus globalement, quels principaux retours des auditeurs pouvez-vous avoir sur votre émission hebdomadaire ?
On a beaucoup de retours d’auditeurs très satisfaisants mais qui sont, j’ai envie de dire, assez basiques, sans que ce ne soit péjoratif : « Enfin une émission de football qui dit les choses », « enfin des gens qui n’ont pas leur langue dans leur poche », « enfin des gens qui ne sont pas de mauvaise foi »,…Après, on a une catégorie d’auditeurs qui est assez critique, cela arrive toujours, dans toutes les émissions, personne ne faisant l’unanimité, où ils estiment que l’on évoque toujours les mêmes personnages et les mêmes clubs. On essaie de leur expliquer, quand c’est possible, que, malheureusement, parler de ceux que l’on appelle les petits clubs ou de sujets un peu plus mineurs pourrait faire fuir la plus grande partie de l’auditoire. Voilà pourquoi on a quand même créé aussi un rendez-vous avec le football amateur, dans notre émission du jeudi, à 20h 45 : on donne alors la parole à une présidente, à un président, à un dirigeant, à un acteur du foot amateur, pour expliquer quelles sont leurs problématiques. Ils représentent de nombreux licenciés, c’est donc important de les mettre en avant.
On évoque aussi les actions sociales de clubs : cette semaine, on a reçu un club de football humanitaire, qui fait des actions à destination de causes internationales. La présidente est d’ailleurs une ancienne internationale marocaine…C’est donc une découverte de personnalités à travers toute la France, qui permet de prendre le poult de ce qu’est le football en général. Ce coup de projecteur nous a aussi permis de fédérer et de récolter de nouveaux auditeurs.
Que peut-on, ainsi, vous souhaiter pour la suite de cette belle aventure ?
De continuer, tout simplement, avec la même liberté car on a beaucoup de chance. Le slogan de Sud Radio est « Parlons vrai », il n’y a pas de doute là-dessus, on parle vrai. Donc on peut nous souhaiter de continuer avec ce rythme hebdomadaire qui nous va très bien. S’il y a plus, why not mais, en tout cas, cette petite fenêtre nous va bien à tous. Je dis « nous » parce que, certes, je présente l’émission mais celle-ci est faite vraiment par une équipe et par des gens qui, lorsqu’ils prennent la parole, disent des choses que je ne m’autoriserais pas à dire. C’est cela aussi qui fait le sel de l’émission !
En parallèle, vous l’avez évoqué, vous continuez à développer d’autres projets artistiques, notamment en acting, devant et derrière la caméra. C’est, là, une nouvelle corde à votre arc, que l’on ne vous connaissait pas…
En effet, cela fait maintenant cinq ans que je me suis lancé dans cette aventure parce que j’avais envie de faire cela depuis toujours, sans jamais oser le faire et aussi parce que j’étais engagé dans une carrière journalistique qui me prenait tout mon temps. Un moment donné, je me suis dit que l’on n’avait qu’une vie et qu’il fallait tenter de le faire…Donc je me suis lancé, j’ai pris des cours de théâtre, j’ai fait des stages, j’ai activé mes contacts pour essayer de commencer à tourner dans des petits rôles, ce qui m’a permis de me retrouver dans des films de Fabien Ontoniente, notamment « 4 zéros » récemment ou encore « Les enfants des justes » il y a quelques temps. J’ai aussi pu tourner avec Jean-Pascal Zadi, dans la série « En place ». En y prenant gout et en me rendant compte, même quand on a un agent, ce qui est mon cas, qu’il est difficile de trouver des rôles et de réussir des castings, je me suis dit qu’il pourrait être intéressant d’essayer de développer des idées pour m’attribuer des rôles plus intéressants et plus consistants. Pour cela, il faut du temps et il faut aussi pouvoir s’investir presque à 100%...C’est alors que j’avais décidé, l’été dernier, d’arrêter toutes mes activités médiatiques…Bon, je n’ai pas tenu ma promesse puisque je suis sur Sud Radio mais c’est moins chronophage que ça ne l’était avec CNews ou avec Europe 1.
Je suis, ainsi, en train de développer un projet de comédie, un road trip politique avec Gérard Lanvin. J’avais eu la chance de tourner avec lui il y a quelques années, on est devenus très amis, on a échangé et je lui ai proposé une idée qui lui a plu. L’écriture est en cours, le tournage aura lieu dans quelques mois, avec une date de diffusion encore indéfinie.
Avec la radio d’un côté et l’acting de l’autre, deux domaines qui pourraient paraitre différents, certainement que vous y trouvez quand même une complémentarité ?
Ils sont très similaires : c’est toujours du travail d’équipe, du travail de bande, de l’échange, de la communication,…Dans les deux cas, on raconte des histoires, la radio étant un média formidable pour cela. Donc on est vraiment dans le même univers : le support change mais, pour moi, la démarche reste la même !
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous animez, chaque week-end, « RTL2 Made in France » ainsi que « RTL2 Pop-rock Party ». A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Je co-anime, effectivement, « RTL2 Pop Rock Party » avec Loran, qui mixe et « RTL2 Made In France », comme son nom l’indique, est vraiment axé sur le son 100% pop-rock français, c’est l’occasion, en plus des classiques, de mettre en lumière des jeunes artistes. C’est très valorisant de faire découvrir, au travers de la radio, de jeunes talents. C’est un vrai plaisir de présenter cette émission « Made In France ». D’ailleurs, l’émission est proposée toute la semaine de 20h à 22h depuis la rentrée, je présente les soirées du week-end.
C’est aussi un plaisir de retrouver les auditeurs, plaisir qui dure depuis quelques années maintenantJ. J’ai eu plusieurs vies mais, dans toute ma carrière, je n’ai fait que deux radios : celle de la panthère et, depuis 2008, je suis à RTL2 ou j’ai retrouvé tout l’esprit de la première.
C’est une émission musicale dans laquelle vous êtes très présent…
C’est ce que l’on appelle une émission incarnée, on n’est pas dans le flux, on est plus que dans l’accompagnement, on se doit d’apporter quelque chose en plus. Les auditeurs peuvent, ainsi, aussi réécouter l’émission en podcast.
Le programme étant diffusé en début de soirée, adaptez-vous votre ton à l’antenne ?
Bien sûr ! Le langage est totalement différent le soir que le matin ou même dans la journée. D’où l’importance de bien positionner les animateurs par rapport à leur personnalité et leur voix.
Mon tout premier directeur portait une importance particulière à la voix, c’était d’ailleurs un des critères de recrutement, c’est au travers de la voix que l’on fait passer les émotions. Donc le ton de la voix le soir n’est pas le même qu’aux autres moments de la journée ! Après mon passage sur une radio pour un public plus jeune, en arrivant ici à RTL2, il a fallu s’adapter à un ton plus adulte. Je me souviens, quand je donnais des cours, de guider les élèves à s’adapter au format de la radio avant de proposer une maquette. C’est la règle numéro un ! Il faut s’imprégner du format et de l’ambiance pour, ensuite, amener sa personnalité.
Au tout début, j’avais très envie de rejoindre une radio en particulier et, à l’école de radio, durant un an, j’ai travaillé sur une maquette en ce sens. Pour cela, j’ai mangé cette radio matin, midi et soir. Ainsi, j’ai présenté une maquette qui correspondait à la cible…
Pour en revenir à vos émissions, avez-vous une méthodologie particulière de préparation en amont de l’antenne ?
Il y a deux écoles : celle de ceux qui écrivent – c’est beaucoup l’école d’aujourd’hui – et celle des animateurs qui n’écrivent pas. Je fais partie d’une génération qui note les idées, ce n’est pas que de l’impro, il y a de la recherche, je note les infos que je repère, les idées et j’assemble le tout en ouvrant le micro. Je suis moins à l’aise quand je lis ce que j’écris : ce ne sont plus forcément les mots que j’aurais voulu employer à l’instant T. Pour moi, le direct est synonyme d’émotion, il faut que je vive le moment présent…
Pendant l’émission, vous n’êtes pas seulement derrière le micro, vous gérez la réalisation et la technique…
C’est la grosse différence avec les radios généralistes, où il y a en plus des réalisateurs et des assistants. Nous sommes ce que l’on appelle des animateurs-technico-réalisateurs, on doit savoir tout faire. On a la responsabilité d’une antenne : s’il y a un pépin, il faut que l’on soit capable d’interagir. On n’est pas à l’abri d’une panne, même si on a évidemment à notre disposition des secours…
En quarante ans, la radio a énormément évolué et, aujourd’hui, on est quand même bien aidés. J’ai commencé avec les quarante-cinq tours et les jingles sur cassettes… Aujourd’hui la plus grande révolution est en marche, on en est à l’intelligence artificielle… Dans le studio, il y a beaucoup d’écrans, on n’a plus la matière en face de nous, on ne sort plus le disque pour le poser sur la platine, beaucoup de choses sont virtuelles. Je me souviens d’une période où j’avais un assistant, il était techniquement impossible de tout gérer en même temps, notamment pour diffuser les pubs une par une. Il y a quelques années, nous avions de grosses cartouches, avec, sur chacune, un jingle, un titre ou une pub. Lors d’un écran de plusieurs minutes avec des pubs de moins de trente secondes, on arrivait vite dans le studio avec une montagne digne de la tour de Pise. Aujourd’hui, c’est plus facile à gérer seul ! L’informatique a rendu les choses plus simple pour mieux se concentrer sur notre rôle d’animateur.
Plus globalement, quels principaux retours pouvez-vous avoir des auditeurs ?
Je reçois évidemment moins de courriers aujourd’hui, la communication est plus instantanée, les auditeurs me contactent directement via les réseaux sociaux. Beaucoup me reconnaissent et se souviennent de mes anciennes émissions. On est moins dans le fan-club que j’ai connu il y a quelques années, où on était parfois proche de l’hystérie.
Au début, j’ai commencé par la nuit, je finissais à 8 heures du matin et des auditeurs m’attendaient devant l’immeuble de la radio. Ils s’étaient levés à quatre ou cinq heures du matin pour prendre le premier RER afin de venir me voir, juste pour remettre des cadeaux ou prendre des photos! C’était fou… Tout cela, depuis, a évolué, les choses ont changé mais le métier est toujours aussi magique.
La radio reste effectivement un métier de passion…
On ne fait pas ce métier par hasard. C’est une passion, pour moi, depuis que je suis très jeune ! Dès l’âge de quatre ans, lorsque l’on m’offre à noël un théâtre de marionnettes, je m’imagine déjà faire un métier artistique. A sept ans, mon oncle, qui était directeur du planétarium au palais de la découverte de Paris, me confectionne un petit ampli avec un micro… je ne lâchais plus mon matériel ! J’ai par la suite été attiré par la magie de la télé, notamment par les émissions de Jacques Martin parce qu’on y voyait l’envers du décor.
Mes parents habitaient dans le sud-ouest de la France, RMC y était alors la radio de référence, j’entendais souvent Jean-Pierre Foucault. C’est lui, qui m’a vraiment donné l’envie de faire ce métier. J’ai eu, par la suite, l’occasion de le remercier.
Au-delà du plaisir du micro et de la technique, vos émissions vous permettent de réentendre des artistes et d’en découvrir d’autres, pour toujours plus affiner votre oreille et votre culture musicales…
Dans ce métier, il faut toujours rester curieux, musicalement j’aime tout, je n’ai pas une préférence pour un style particulier. Il est encore difficile, pour un jeune artiste, de percer, il y a certes plein de possibilités de se faire remarquer aujourd’hui et la radio reste un magnifique tremplin pour cela.
Sur RTL2, on suit les artistes, certains même depuis leurs débuts. La radio a créé, il y a peu, dans le cadre d’un partenariat avec la SACEM, « Les révélations pop-rock ». On propose, chaque mois, de faire découvrir le titre d’un nouveau talent. Une soirée a été organisée récemment où l’on a remis le trophée du public au grand gagnant. En janvier, lors de la première édition, c’est l’artiste Solann qui a été primée pour l’année 2024….
Pour terminer, que peut-on vous souhaiter pour la suite de la saison radiophonique en cours et de votre parcours derrière le micro ?
Evidemment, de continuer à faire ce métier de passion ! J’ai la chance, depuis que je suis à RTL2, de poursuivre ce rêve de gamin.
Je retiens toujours la phrase qu’un ami avait entendu de Michel Drucker : « Ce métier, c’est pas un sprint, c’est un marathon ».
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Nous pouvons vous retrouver, sur RTL, chaque soir de la semaine mais aussi en fin de matinée le week-end. Sans oublier RTL2, du lundi au vendredi, à partir de 16h. A titre personnel, on imagine sans doute la joie et la passion que cela doit être pour vous, à chaque fois, de retrouver le micro et de vous adresser aux auditeurs ?
Oui ! En fait, le jour où cette passion s’arrêtera et que ça deviendra un vrai boulot, peut-être qu’il faudra que je me pose de vraies questions sur mon avenir. Je ne dis pas qu’il n’y a pas des matins où je n’ai pas la flemme mais, dès que je me retrouve derrière un micro à raconter mes histoires, ce n’est plus pareil ! Je suis en train de vivre la vie que je rêvais de vivre quand j’avais 15 ans donc j’aurais vraiment tort de me priver, de ne pas être heureux de le faire et de me plaindre. Je parle sur le support que j’aime le plus au monde…Jamais de la vie, ça m’embête de faire cela ! En vrai, je souhaite à tout le monde de connaitre pareille situation !
Par contre, si, un jour, je me mets à ne plus aimer les artistes…C’est d’ailleurs arrivé à mon réalisateur adoré, Bernard Meneguzzi, qui est parti à la retraite pile quand il a eu la possibilité de le faire. J’ai travaillé avec lui pendant vingt ans, il a bossé aussi avec Zégut. A un moment, il y a eu un déclic, il en a eu marre des artistes, du showbiz et il est parti. Donc le jour où ça m’arrivera, il faudra que j’arrête…Mais, pour le moment, je ne connais pas ce sentiment, je n’en ai pas marre d’écouter de la musique, ni de raconter des histoires. Au contraire, ça me plait de le faire !
Justement, à l’antenne, il y a une vraie proximité entre vous et les auditeurs, vous partagez vos souvenirs, vos anecdotes et vos histoires…
C’est la vieille école RTL, avec Philippe Labro, qui a toujours dit que ce n’est pas parce que l’on est une radio populaire qu’il faut prendre nos auditeurs pour des débiles. Je considère que mes auditeurs sont intelligents et qu’ils peuvent écouter ce que j’ai à leur raconter…Il ne faut jamais niveler par le bas donc je m’oblige à travailler, à niveler mon travail par le haut, en essayant de dire et d’expliquer les choses, pour que ce soit ludique, rigolo et sympathique. Je pense qu’on peut être populaire sans être populiste et que l’on peut apprendre des choses aux gens sans les prendre pour des imbéciles. Vraiment, j’aime les gens pour qui je travaille, je n’ai aucun cynisme. Je suis un sale gosse parce que j’adore faire des bêtises d’ado et ricaner avec mes copains mais je ne mépriserai jamais mes auditeurs ni mes collègues. Du coup, cela implique pour moi beaucoup plus de travail mais je trouve que c’est chouette et valorisant. Quand quelqu’un me croise et me dit adorer ce que je fais parce que je lui apprends des choses, c’est super ! Pour moi, il n’y a pas de sous-culture…J’ai l’impression de ne faire que répéter ce que Philippe disait, qu’il faut respecter les gens à qui l’on parle et leur amener ce que l’on sait faire.
Vous êtes sur RTL depuis 26 ans, vous avez pu nouer, ainsi, de nombreux et forts liens artistiques…et on ressent cette volonté de les partager aux auditeurs, en leur ouvrant un peu ces portes…
Il y a quelque chose de très marrant qui m’est arrivé il y a quelques années. Pendant très très longtemps, j’ai fait parler les autres et m’étais effacé parce que je considérais – et que je considère encore – qu’en interview, la personne qui parle est plus importante que moi. Mais je ne me donnais pas de format d’émission où c’est moi qui étais en avant. Pendant le confinement, j’ai commencé, sur Instagram, à faire des histoires de chansons. Souvent, dans les soirées, je racontais déjà d’autres histoires mais que je n’utilisais pas à l’antenne. Quand on a commencé à faire « Bonus Track » avec un directeur des programmes qui s’appelle Gauthier Hourcade, on s’est dit que j’allais arrêter de faire parler les autres et que j’allais, moi, raconter des choses. Je pensais que j’allais ennuyer les auditeurs mais je l’ai quand même fait et il se trouve que les gens ont trouvé cela chouette. Donc je le fais beaucoup maintenant !
Tout ce que je raconte est aussi, en fait, le fruit de dizaines d’années à lire. Si vous veniez chez moi, il y a des tonnes de livres de biographies d’artistes. Pour ce week-end, je me ramène des revues et des bouquins pour la maison, en prévision d’une émission à venir. Je ne cesse de me nourrir et de ressortir ces informations…
Il y a donc eu un moment, dans ma carrière, il y a quelques années, où on a décidé que j’allais raconter des trucs. Avant, je ne le faisais pas, avant je me planquais derrière les artistes et, du coup, bizarrement, j’étais moins connu car j’étais moins mis en avant que quand je fais le conteur. Mais ce n’est pas une histoire d’égo, c’est une histoire de « bon, allez, on y va, tu es assez grand pour être crédible quand tu racontes une histoire ». Il y a, chez moi, un profond et permanent complexe de l’imposteur, contre lequel j’ai passé beaucoup de temps à lutter en travaillant plus que les autres. Cela dure depuis des années…Qui suis-je pour raconter des anecdotes, alors que Philippe Manœuvre existe ? Finalement, je suis quelqu’un d’autre que Philippe, qui est super balaise et qui est notre maitre à tous, mais j’ai le droit de le faire aussi ! J’ai osé le faire…
A l’antenne, au moment où le micro s’ouvre, votre ton est posé et calme, toujours en proximité avec les auditeurs, dans cette volonté de vulgarisation et de transmission au plus grand nombre…
Oui ! Je dis encore beaucoup trop de gros mots, je me fais fâcher par ma famille d’ailleurs. Mais il y a cette volonté d’expliquer aux gens : à chaque fois que j’ouvre le micro, inconsciemment, je me dis que je vais ouvrir mes bras pour raconter une histoire aux auditeurs. Je crois que je l’ai volé à un mec que j’adorais écouter, qui s’appelle Stéphane Paoli. C’était un grand journaliste et, quand j’étais étudiant, il faisait « Europe midi ». C’était le moment où j’allais manger, je l’écoutais, avant « Crime story », « Les inconnus » et Laurence Boccolini. Stéphane avait ce truc d’aller vers les gens, avec une voix si particulière…Je pense que je lui ai piqué cela, tellement j’étais fan de lui. J’ai souvent parlé de lui mais je ne l’ai jamais rencontré…Je me suis approprié, en tout cas, le fait d’animer à sa façon…C’est, je crois, le journaliste à qui j’ai piqué le plus de choses…
Vous savez, j’ai commencé la radio à 15 ans et, à cet âge-là, je ne savais pas trop quoi faire…Je parlais tout le temps. Je faisais aussi le DJ, j’animais les podiums d’été sur les plages, devant 20 000 personnes, pour financer mes études. Je viens de là…Je suis un gars de province, originaire de la campagne, je ne connaissais personne à Paris, je n’étais donc pas destiné, de base, à ce métier. C’est peut-être de là que vient le syndrome de l’imposteur que j’évoquais…Je suis tout allé chercher tout seul, j’ai fait tout ce qui était possible et imaginable…J’ai même fait des animations de Noel dans la rue…Jusqu’au prime de TF1…J’ai fait tout ce qu’il est possible de faire quand on parle dans un micro ! Je n’ai donc pas peur de parler au micro ni de monter sur scène devant un public nombreux. J’ai, notamment, fait trois fois la tour Eiffel – le spectacle de Johnny, un autre sur D8 pour SOS Racisme et un pour France 2 -, devant un million de personnes. Dans ces moments-là, je suis concentré, j’ai la pression mais je n’ai pas peur !
J’ai ce gêne-là, j’ai toujours su parler mais, quand tu es un animateur qui se construit, tu écoutes des gens : j’ai travaillé dans les mêmes radios que Julien Courbet et, en fait, je me suis aperçu que je n’étais pas fait pour l’humour, j’adore Zégut mais je n’avais déjà pas son style, lui qui fait de l’humour et du burlesque en plus du rock…Je ne trouvais pas encore ma place…Mon truc était, en fait, de parler de musique, en étant assez chaleureux et enveloppant, comme Stéphane Paoli. J’ai donc certainement piqué un peu à tous ces mecs que je viens de citer. C’est comme un arbre qui pousse avec l’aide de tuteurs, à un moment, il n’en a plus besoin, il est grand, il est lui-même et il devient ce qu’il est. Je suis un type, je pense, qui, à chaque fois que j’ouvre le micro, pense « Je vais te raconter une histoire ».
Quand je reçois quelqu’un, c’est là aussi une de mes particularités, par définition, je l’aime. Quand Jean-Marc Morandini fait une interview, c’est plutôt une citation à comparaitre, moi c’est plutôt « Je vais trouver ce que tu as de plus beau ». C’est Jean-Louis Aubert qui m’a donné cette définition, il m’a dit que j’étais comme lui, un paranoïaque à l’envers : par définition, on pense que les gens sont bien et par définition, on ne se méfie pas. Dès fois, on est déçu mais, souvent, on n’est pas déçu ! Je suis toujours comme cela, j’essaie systématiquement de trouver ce qu’il y a de chouette dans la personne en face de moi quand je l’interviewe et de mettre cela en avant. Même quand un album n’est pas terrible, si j’ai décidé d’inviter un mec, ce n’est pas pour le défoncer…Cela me met hyper mal à l’aise !
Ce sont donc mes deux particularités : d’une, si je te reçois, c’est que je prends position de t’aimer et, de deux, si je te parle, c’est que j’ai envie de te raconter une histoire. C’est comme cela que je fonctionne !
Pour terminer, on l’a dit, on peut vous retrouver dans différentes émissions, aux principes variés – les votes du public, le flux musical, les lives, les interviews, les histoires,… - mais avec la musique comme dénominateur commun. Cela vous permet une palette large de thèmes, tout en restant centré sur votre passion…
Le moment charnière de ma vie professionnelle, j’en parlais, a été quand j’ai décidé de me mettre en avant en parlant de musique. Mais, au moment où j’ai décidé cela, j’ai aussi décidé que je ne parlerai plus d’autres choses. Pendant longtemps, je me suis mis dans la mêlée des animateurs, j’ai fait des émissions sur France 3, où je ne parlais pas de musique, mais je ne suis pas un très bon animateur. Je suis, je pense, un bon animateur qui parle de musique, en ce moment je suis bien placé pour cela en France, mais quand on me met dans la mêlée pour présenter un jeu ou une émission de télé, franchement Cyril Féraud ou encore Bruno Guillon sont mille fois meilleurs que moi ! Je ne suis pas vif comme eux, ou comme peut l’être Julien Courbet, eux ont la vanne de suite, alors que, moi, comme le disait Montaigne, j’ai l’esprit d’escalier, c’est-à-dire que j’ai la bonne vanne mais quand je descends les escaliers pour rentrer chez moi. Tout cela a fait que j’ai arrêté de faire de la télé, après en avoir fait pendant très longtemps. Je m’étais alors enfin mis à écrire des bouquins, ce que beaucoup de monde me disait de faire depuis longtemps. J’ai aussi fait un documentaire, j’ai adoré cet exercice.
@ Thomas Padilla / Agence 1827 / RTL2
Donc je me suis concentré à ne plus parler que de musique. A ce moment-là, les planètes se sont alignées….RTL2 m’a fait une proposition pour la matinale, ce que je ne pouvais pas faire mais j’ai accepté d’essayer d’animer le 16/19. J’y suis allé avec la trouille car, quand tu descends d’une radio à douze points pour aller sur une à quatre, si tu te plantes, tu n’es pas bon…Mais il se trouve que ça a bien marché !
Aujourd’hui, entre « Stop ou encore », « Bonus Track », « Le Grand Studio » sur RTL, et RTL2, j’ai, en France, je crois, la gamme la plus large de musique. Il n’y a pas un seul mec qui fasse ce que je fais ! Je passe de Voulzy à Dépêche Mode, en passant par Badi ou les Stones…J’ai une gamme de produits dont je peux parler qui est inédite en France, et tout le monde trouve ça normal, ce qui est cool ! J’ai été interviewé récemment pour parler de Zaz sur « 50 minutes inside », le lendemain je suis passé au JT de France 2 pour parler de Dylan,…Je suis un médecin généraliste de la musique, vraiment : je ne suis pas hyper bon partout mais, là où je ne suis pas bon, je sais qui appeler. Je connais à peu près, en général et, surtout, je sais qui sont les spécialistes. Du coup, c’est une place de ouf, que je n’avais jamais eue avant, que j’ai maintenant depuis quatre à cinq ans. Je suis centré exactement où j’avais envie d’être.
Pendant longtemps, j’étais un peu malheureux, à la télé de ne pas être qui je voulais être mais j’y suis allé quand même, pour l’égo et l’argent. Je me suis rendu compte, à partir du moment où j’ai arrêté de passer à la télé, pour ne parler plus que de musique, que c’est alors que j’ai été le plus connu ! Donc, là, je suis dans une situation qui ne durera pas – parce que rien ne dure – mais qui est hyper rigolote…Je ne sais pas quand ça va s’arrêter…Mais il y aura un moment où ma radio va trop changer et où je ne vais pas me reconnaitre, ou un moment où je ne serai plus à la mode et où ma radio ne va pas me reconnaitre, ou un moment où je serai vraiment un animateur du passé, ce qui est normal. A ce moment-là, je crois que j’irai écrire des livres. En tout cas, comme le dit un de mes meilleures potes, Bruno Guillon, « si tu prenais l’homme le plus heureux sur terre à un instant t et que tu lui dis que c’est lui l’homme le plus heureux, le mec ne s’en rend pas compte » donc peut-être que je suis, en ce moment, l’homme le plus heureux sur terre et que je ne m’en rends pas compte…En tout cas, je suis assez au fait du fait que ce que je fais en ce moment est vraiment cool. C’est aussi pour cela que je travaille autant ! Je veux bien que ça s’arrête parce que c’est normal que ça s’arrête mais je ne veux pas que ça s’arrête parce que j’ai déconné, parce que j’ai été paresseux ou parce que j’ai été con. Je ne veux pas que ça s’arrête à cause de moi !
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Nous pouvons vous retrouver, du lundi au jeudi, de 18h à 20h, sur RMC, dans « Rothen s’enflamme ». A titre personnel, on image sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oui, oui, exactement ! Je m’éclate, de toute façon, dans ce que je fais sur cette tranche-là, que j’occupe depuis presque dix ans. Pendant deux heures, on parle de foot, on rigole avec les anciens joueurs, les gens peuvent intervenir et parler d’égal à égal à des mecs qui ont gagné la coupe du monde ou des grands trophées. J’adore, c’est super !
L’émission est riche et variée, entre analyses, débats, points de vue, humour,…pour le plus grand plaisir de tous…
Exactement ! On essaie de parler au plus grand nombre et de contenter tout le monde. On a des débats qui sont parfois très animés, très premier degré, on essaie de faire de vrais debriefs de matchs pour pousser les débats que les gens veulent entendre mais on essaie aussi de s’adresser aux gens qui ont envie de passer un bon moment et de se détendre. C’est pour cela que ça tient beaucoup à cœur à Jérôme, qui mène l’émission, de laisser une ambiance un peu de vestiaire de foot où ça se chambre, où ça parle sérieusement parfois et où on passe un bon moment.
Cela fait partie de l’ADN de RMC et de ses forces, de nombreux consultants, principalement anciens sportifs de haut niveau, se succèdent aux côtés de Jérôme tout au long de la semaine…
Tout à fait ! On se dit que, si quelqu’un n’aime pas Jérôme, il aimera bien peut-être Christophe Dugarry, que si quelqu’un n’aime pas Jean-Michel Larqué, il aimera bien Jérôme. On essaie de mélanger les profils et les consultants, en fonction des qualités propres à chacun, pour faire en sorte que tout le monde s’y retrouve et qu’à un moment donné, on se dise être content avec untel, ne pas être accord avec untel…On cherche, à chaque fois, la bonne complémentarité entre les consultants !
A l’antenne, on sent bien sûr, au fil des saisons, une certaine complicité avec Jérôme mais aussi une complémentarité, où, parfois, vous essayez de le modérer dans ses propos, mais aussi de faire entendre des points de vue divergents d’autres chroniqueurs…
C’est ça…Mon rôle est de faire en sorte que tous les avis soient entendus dans un débat. Donc si deux consultants partagent le même avis, si un troisième participant en partage un autre mais si un troisième avis peut encore arriver et qu’il n’est pas défendu à l’antenne, je vais le suggérer et demander « qu’est-ce que vous pensez de ci ou de ça ? ».
Parfois, quand tous les avis sont développés, j’interviens moins et je laisse vivre le débat. Je m’adapte vraiment en fonction des avis des uns et des autres.
En tout cas, même pour les auditeurs qui interviennent à l’antenne, il est à noter une vraie liberté de parole et de ton, tous les points de vue sont partagés et entendus….
Oui, oui ! De toute façon, c’est le principe de RMC depuis longtemps, on fait un trait d’union entre des anciens joueurs, des personnalités et des supporters qui peuvent venir à l’antenne pour échanger d’égal à égal et leur dire qu’ils ne sont pas forcément d’accord sur tel ou tel sujet. C’est la liberté de RMC que de rapprocher comme cela les gens ! Cela fait des années que ça dure et c’est une vraie force qu’il faut cultiver…
D’ailleurs, quels principaux retours pouvez-vous avoir des auditeurs sur le programme ?
Les retours sont de deux ordres en fait. Le retour le plus important pour une radio privée est la vague de sondages tous les trois mois, où, là, on a vraiment le résultat de ce que l’on fait au quotidien, à savoir le nombre d’auditeurs, la durée pendant laquelle ils nous écoutent, quels quarts d’heures ils écoutent en particulier. Ce sont des informations nettes très importantes…
Après, il y a le lien direct, les messages que l’on peut recevoir sur les réseaux sociaux, les gens qui nous parlent dans la rue, parfois les auditeurs qui appellent le 3216 et on essaie de prendre les avis, de les mélanger, de voir ce qui peut être pertinent ou pas et d’adapter ensuite les émissions.
Plus personnellement, en tant que grand fan de football, certainement que de travailler au quotidien avec tous les noms que vous avez cités doit être très plaisant…
Bien sûr ! Je les regardais, pour la plupart, à la télé, Jean-Michel Larqué est la voix que j’ai toujours entendue quand je regardais les matchs de foot, je voyais Jérôme quand j’étais abonné au parc des princes, Duga et Manu Petit me rappellent la coupe du monde 98. Maintenant, je fais les émissions avec eux, c’est sûr que c’est un privilège exceptionnel ! En plus de cela, ils permettent aussi de faire certains invités : grâce à Jérôme, on a pu voir Thierry Henry, grâce à Duga, on avait fait Zinédine Zidane il y a quelques années…Ce sont des moments privilégiés ! C’est aussi le fait de bosser à leurs côtés qui me permet de vivre tous ces moments !
Nous l’avons rappelé, tous sont d’anciens sportifs reconvertis dans les médias, que l’on sent très heureux et très à l’aise à l’antenne…
Oui ! Cela fait un moment qu’ils sont dans les médias et ils ont cette personnalité, ces opinions, ce côte grande gueule qui font que les médias font maintenant partie de leur vie et sont un automatisme. Ce sont des machines de guerre ! Là où il faut faire un certain travail, c’est avec ceux qui viennent d’arrêter et qui découvrent les médias, où il y a quelques conseils à leur donner.
En complément, le dimanche soir, vous êtes en direct du stade de l'affiche principale de la journée de Ligue 1, aux plus près des acteurs…
Exactement ! C’est quelque chose qui me tenait à cœur de retourner un peu dans les stades et sur les terrains pour voir de plus près les acteurs des matchs – les joueurs, les entraineurs, les directeurs sportifs. Je retrouve l’atmosphère du stade, tout en animant l’émission, en présentant donc l’avant-match, et en faisant la rencontre avec les commentateurs, les consultants et les correspondants de RMC. C’est un autre exercice mais qui est tout aussi plaisant !
Ce programme est, pour vous plus personnellement, certainement très complémentaire des analyses, débriefs et débats que vous animez en semaine…
Tout à fait ! Au stade, je peux voir le match dans des conditions particulières, on y voit des choses que l’on ne voit pas forcément à la télé, j’assiste aux conférences de presse et aux interviews, je ressens davantage l’atmosphère de l’après-match, …C’est un plus pour le reste de la semaine de « Rothen s’enflamme » !
En conclusion, que peut-on vous souhaiter pour la suite de la saison en cours ?
Que ça continue comme cela et qu’on continue à s’amuser autant en faisant les émissions !
Quelle joie d’effectuer cette interview avec vous !
Nous pouvons vous retrouver chaque fin d’après-midi, de 16h à 20h, sur M Radio aux côtés de Jérôme Zano. A titre personnel, on imagine sans doute le plaisir que ce doit être pour vous d’accompagner les auditeurs au quotidien ?
Oui ! Pour moi, ce n’est même pas un travail, c’est purement du plaisir ! Je le vois plus comme une satisfaction de pouvoir se dire que, chaque soir, on accompagne des familles, des personnes seules, des amis, des gens qui travaillent. Le but est de divertir, de passer un bon moment et d’apprendre.
A l’antenne, on ressent clairement une belle complicité entre vous et Jérôme…
Ce que l’on dégage à l’antenne correspond aussi à ce qui se passe en dehors. On est très proches, on est des amis…Au début de chaque collaboration, il y a toujours une petite appréhension de se demander si ça va bien se passer avec son binôme, on a eu énormément de chance car, très rapidement, on est devenus proches. On est très différents mais on partage aussi pas mal de centres d’intérêt, on a le même humour, on a la même vision de l’émission et c’est vrai qu’on a une complicité qui est assez incroyable. On est conscients de cette chance !
En plus du flux musical français diffusé, ces quatre heures d’antenne sont agrémentées d’informations et d’anecdotes, pour le plus grand plaisir de tous…
On est une radio musicale de divertissement, le but est que l’on trouve le bon dosage entre une anecdote qui fait rire et une information intéressante dont les auditeurs pourront reparler le soir, en famille ou avec leurs amis. On y ajoute aussi notre personnalité, on est des êtres humains, on vit les mêmes choses que tout le monde donc on parle de notre quotidien, pour essayer au maximum d’être dans la proximité. On a envie, en tout cas, de partager ce qui nous arrive.
Plus personnellement, comment aimez-vous d’ailleurs préparer le contenu de vos interventions ?
Il y a des thèmes qui sont quotidiens : la chronique « Info artiste », le « Classique 90/2000 », « L’histoire d’un tube », …Concernant les sujets, on fonctionne énormément au feeling, en discutant avec Jérôme. On ne prépare pas chacun de son côté, ça vient spontanément. On a parlé récemment de lessive car on avait eu un débat entre nous, qui nous avait inspirés. Tout le monde fait des lessives, c’est quelque chose qui parle à tous, on s’était ainsi surtout demandé comment angler ce sujet pour qu’il ne soit pas ennuyant et qu’il permette aux auditeurs d’apprendre un petit truc, tout en rigolant.
Vous avez aussi l’occasion, de temps en temps, de recevoir quelques invités renommés…
C’est assez régulier, en effet ! Depuis trois ans, on a déjà reçu pas mal d’artistes de la scène française et c’est vrai que c’est un exercice qui nous plait beaucoup. On est exactement les mêmes, Jérôme et moi, quand il y a un invité, rien ne change, je pense que l’authenticité est notre principale qualité. On fait, certes, la promo de l’artiste mais on veut qu’il passe un bon moment et aussi que l’auditeur puisse découvrir d’autres choses sur lui, avec légèreté.
Vos auditeurs sont certainement tous dans des moments différents de leur journée, au travail ou encore sur la route notamment. Adaptez-vous votre ton en ce sens, notamment comparativement à une matinale ?
On pense à tout le monde, on pense aussi à ceux qui travaillent de nuit, à ceux qui sont à la maison, à ceux qui sont en vacances, à ceux qui sont au travail…On pense, globalement, à tous mais on connait aussi notre cible, on sait qu’on est une radio assez provinciale, on sait qu’on est écoutés par des familles ou encore par les femmes. Donc on s’adresse à tout le monde mais on sait quand même à qui on parle.
Globalement, quels principaux retours pouvez-vous avoir de vos auditeurs ?
Qu’on est très simples ! En fait, ils ont l’impression qu’on fait partie de leur bande d’amis et qu’on ne se prend pas pour de grandes stars. Ils nous disent que l’on est totalement accessibles dans notre humour, dans notre quotidien, dans notre manière d’amener les sujets et que c’est très agréable parce que tout le monde se sent inclus en fait.
Pour terminer, que peut-on vous souhaiter pour la suite de cette belle aventure radiophonique ?
On peut nous souhaiter de continuer à faire de belles audiences avec un beau 16/20 et à gagner du terrain avec M Radio parce que c’est une radio pour laquelle on se bat et à laquelle on croit. On croit à notre thème de la chanson française, on pense qu’il peut se développer, on sait qu’on manque de fréquences mais on va tout faire pour qu’elles se développent. J’ai envie de faire vivre cette émission et de continuer à faire vivre cette radio !
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous animez, chaque jour de la semaine, la tranche 12h-16h sur RTL2 Ile de France. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
C’est ça ! Ce qui est ultra plaisant, quand on fait une tranche très locale comme le 12h-16h, c’est que l’on ne parle qu’aux franciliens, que l’on fait de l’actualité spéciale pour eux, qu’on est présent dans leur quotidien, dans leurs galères, sur la route ou dans les transports. En plus, on vit en région parisienne, sur le territoire où habitent les gens à qui on parle. Donc, oui, franchement, c’est plaisant ! On ne peut pas être plus connecté aux auditeurs qu’en faisant du local…
En national, il y a aussi beaucoup de proximité mais on est plus général dans ce que l’on va dire. C’est bête, en parlant de la pluie et du beau temps, on ne peut pas être aussi précis car, si ça se trouve, il ne fait pas le même temps selon la région d’écoute. En local, c’est vraiment là où on peut s’amuser à adapter complètement nos interventions.
Cela permet, ainsi, aux auditeurs d’alterner entre de la douceur musicale et des informations locales intéressantes…
Cette tranche est ce que l’on appelle du flux musical, dont la principale fonction est d’accompagner l’auditeur : la musique est la priorité, et non pas le talk. Le but est donc de faire des interventions d’une trentaine de secondes. Il faut que ça soit court, il faut que la musique revienne rapidement, il faut d’ailleurs qu’elle soit toujours présente : même quand on parle, on a toujours des petits habillages sous notre voix, pour ne pas parler à blanc.
L’objectif est, alors, d’accompagner les auditeurs dans leur journée. Souvent, au début, ils sont en pause déjeuner ou en train de faire leurs activités. Donc on est vraiment là avec eux, pour les accompagner tranquillement, on ne les embête pas avec des grosses chroniques.
Justement, adaptez-vous votre ton ou votre intonation à l’horaire évoqué, comparativement peut-être au morning, où les auditeurs n’en sont pas au même stade de leur journée ?
Complètement ! Dans un morning, on peut facilement souhaiter un bon réveil, un bon début de journée ou encore du courage pour la route du travail. On peut aussi penser aux gens de nuit, qui finissent leur journée.
Dans le 12h-16h, j’aime bien dire qu’il y a deux familles. Il y a les gens qui sont au boulot donc qui vont en pause déjeuner en début d’émission et puis il y a les retraités, les étudiants, les salariés en télétravail, qui ne sont pas dans le même rythme de la journée que les autres. Donc il faut toujours naviguer comme une balance et équilibrer les choses, en parlant aux personnes qui travaillent sans oublier celles qui ne sont pas au boulot, et qui ont envie de profiter.
La radio est un média d’accompagnement mais aussi de repères pour les gens, il faut donc veiller à rester dans ce cadre-là…
Pendant les fêtes de Noel, j’ai pu animer, une semaine durant, le best-of du « Double expresso », où les repères parlent encore plus, avec les informations et la météo toutes les trente minutes. Cette balise est ultra importante pour les auditeurs ! Il faut teaser les chroniques habituelles, je n’hésite alors pas à donner l’heure car des gens sont réglés vraiment dans leur journée par rapport à cela. Nous-mêmes, en tant qu’animateurs, nous devons de respecter le timing au maximum, pour ne pas prendre ni retard ni avance, afin de ne pas déstabiliser les auditeurs dans leurs habitudes. C’est donc un média d’horaires et d’habitudes, encore plus en morning.
En flux musical, le timing est moins important car la musique domine. On a alors plein de subtilités, je vais casser le mythe mais il existe en radio des versions musicales un peu plus courtes que la réalité, c’est ce que l’on appelle des compactés. On met d’ailleurs plus les nouveautés dans ce format car, pour moi, les classiques ne se compactent pas…
Plus concrètement, avez-vous d’ailleurs une méthodologie particulière de préparation pour vos interventions ?
Je considère que, quand on fait du flux musical, on est obligé d’être ultra précis et ultra carré. Il ne faut pas laisser trop de place à l’improvisation car il faut marquer les gens en un temps ultra court. Donc on n’a pas l’occasion d’installer une ambiance. Dans les cinq à dix premières secondes, il faut que l’on soit impactant pour la personne, il faut que les mots soient bien choisis donc, personnellement, j’écris tout ! Pour éviter des tics de langage, il faut être précis et carré.
Pour tout vous dire, j’ai même un petit tableau avec, pour chaque jour, une case par intervention, où je place des thèmes. Ensuite, je démarre toujours mon speak par une désannonce du titre, puis je fais le lien avec le sujet que je veux apporter et, enfin, je dois revenir à ce qui va se passer ensuite.
J’en suis à ma septième saison en radio, je faisais davantage d’improvisation au début mais je me suis vite rendu compte que j’étais moins impactant. Moins d’émotion passait parce que je ne choisissais pas les bons mots en direct. C’est, certes, ce qui rend la chose vivante mais, sur du flux, où c’est court, je considère qu’il faut être beaucoup plus précis.
Au-delà des demandes éditoriales, quelles sont vos éventuelles sources d’inspiration pour les thèmes abordés ?
Comme vous l’avez dit, il y a les opérations antenne, avec des jeux ou la promotion des autres émissions. Tous les jours, j’essaie de parler au moins une fois du « Double expresso », qui est la locomotive de la radio. On offre aussi, sur RTL2, des places, toutes les trois semaines, pour aller voir des artistes partout dans le monde donc il faut vendre ces opérations.
Concernant les speaks plus créatifs, je m’inspire beaucoup de l’air du temps, je regarde chaque jour les éphémérides, notamment ceux de nos artistes pop-rock, je regarde toute la presse et, notamment, les informations insolites. Je considère que, sur le 12h-16h, on n’est pas là pour donner des informations tristes mais plutôt des informations cools, ou encore des sondages rigolos.
On a aussi des speaks dits d’humeur, c’est comme un billet d’humeur mais cela dure moins de dix secondes, il faut donc être concis et réussir à vendre la musique, mais en donnant un mood.
Plus généralement, au-delà du micro, vous avez, pendant l’antenne, encore d’autres casquettes, notamment techniques…
Totalement ! En radio, sur les émissions de flux, notre intitulé de poste est animateur technico réalisateur. C’est-à-dire que l’on doit gérer la partie technique et le papotage dans le micro. Cela veut dire avoir une console de mixage devant soi, pour envoyer de façon instinctive les jingles et les habillages. Il faut aussi veiller à ce que les musiques soient bien calées, au début et à la fin. Il faut veiller également au timing, pour rentrer les écrans publicité dans les horaires vendus. Surtout, il faut faire en sorte qu’une heure dure une heure. Heureusement, la programmation musicale nous aide, tout est prémâché, ce n’est pas nous qui choisissons les titres, pour justement garantir de respecter les règles et les quotas imposés en France. En direct, ensuite, on étoffe et on s’adapte, selon notamment la durée et le contenu de nos interventions. Au final, en quatre heures, je n’ai pas le temps de m’ennuyer, je ne suis pas juste là à ne parler que toutes les dix, quinze ou vingt minutes, il se passe toujours quelque chose.
D’ailleurs, quels principaux retours pouvez-vous avoir de la part de vos auditeurs ?
Avec les réseaux sociaux, une minorité d’auditeurs envoie, effectivement, des messages, en fonction de ce que l’on a raconté à l’antenne ou juste pour dire qu’ils sont en train d’écouter notre radio. Cela fait plaisir, c’est un retour agréable à avoir ! Si on est là, c’est grâce aux auditeurs donc j’aime discuter avec ceux qui m’écrivent.
Pour boucler la boucle, on le sait, la radio est souvent un métier passion. Plus personnellement, d’où vous vient cette envie d’en faire votre quotidien ?
En réalité, plus jeune, j’étais vraiment passionné d’arts du spectacle, en particulier du cirque. Petit, je me rêvais d’être Monsieur Loyal, à présenter et à mettre en valeur les numéros et les artistes. A 14 ans, pour le stage de troisième, grâce à un contact journalistique de mes parents, j’ai pu entrer dans les locaux de France Bleu Caen, en Normandie, d’où je suis originaire. Cela a été une révélation ! Ma vision du média a alors totalement changé, mon envie aussi : en me disant que l’on peut être payé à parler dans un micro, à écouter de la musique, à rigoler et à s’amuser tous les jours, j’ai compris que c’est cela que je voulais faire de ma vie ! Il n’y avait plus de doute…
A partir de là, s’en est suivi tout le parcours. Au collège, j’étais dans la radio associative. Après le Bac, j’ai fait le Studio Ecole de France. Puis le train est lancé, le parcours commence, on s’accroche. C’est un métier de passion qui date donc de l’adolescence pour ma part.
En conclusion, que peut-on vous souhaiter pour la suite de votre parcours radiophonique ?
A court terme, de continuer à m’éclater ici, sur RTL2. Franchement, c’est une super belle station, l’ambiance de travail est très bonne, tout le monde s’entend particulièrement bien. On est un peu comme une famille...
Je suis actuellement sur l’Ile de France, sur la fréquence 105.9, et, pour les projets futurs, évidemment, je vise du national. Pourquoi pas, à terme, du talk, car cela me passionne aussi, et même créer des concepts ou des émissions, pour partir dans la production. On verra ce que l’avenir me réserve…
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Régulièrement, nous pouvons vous retrouver sur la chaine L’Equipe dans « L’Equipe du soir ». A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oui, c’est un plaisir, c’est évident ! En fait, quand tu commences ta carrière, tu as des objectifs, des choses que tu as envie de cocher, en termes de compétitions et de commentaires, mon métier initial étant commentateur. J’estime que, aujourd’hui, deux émissions font référence dans l’analyse foot, c’est « L’After » et « L’Equipe du soir »…et j’ai effectivement l’énorme chance d’avoir coché ces deux cases, d’avoir fait et même présenté « L’After », de participer et d’avoir aussi présenté « L’Equipe du soir ». Forcément, ça flatte un peu l’égo mais il n’y a pas que cela, il y a le plaisir, après 20 ans de carrière, d’arriver en plateau et de venir donner mon expertise liée à ces 20 années à suivre un club au jour le jour – ce que j’ai fait pendant 10 ans à Saint-Etienne, mon club de cœur-, et à travailler pour une grande rédaction comme celle de RMC, qui est très axée sur le fait de sortir des infos, avec la couverture de grandes compétitions – j’ai fait 2 coupes du monde, 4 CAN, 2 Euros. Tout cela me donne, je pense et j’espère, une vision qui se démarque un peu d’autres profils, qui viennent de la presse écrite.
Et peut-être aussi une vision que j’aimerais considérer comme quelque chose que j’assume et qui, pour moi, est une force : alors que beaucoup de journalistes disent que tu ne peux pas être journaliste et supporter, je pense que si, que tu peux faire preuve de recul – j’analyse tel ou tel sujet avec le recul du journaliste – et que tu peux également assumer le fait d’avoir été de 12 à 20 ans en Kop nord à Saint-Etienne, de connaitre, d’aimer et de respecter le monde ultra, de respecter les supporters, d’aimer l’amour du foot, d’avoir été joueur amateur, d’avoir été bénévole, d’avoir été entraineur dans des équipes amateur et donc d’avoir une vision du foot qui ne s’arrête pas à la Ligue 1, à la Ligue 2 et à la licence pro. Pour moi, la Ligue 1 et la ligue 2 sont une partie infime du football…Le football, ce n’est pas ça, c’est un impact social, c’est un bien public et un bien d’intérêt public social. J’aime attirer l’attention sur cette vision-là et donc défendre les supporters, défendre le football d’en bas, défendre la base de la pyramide plutôt que le haut.
L’émission est riche en participants, entre journalistes de la chaine et, notamment, ancien sportifs de haut niveau jeunes retraités. C’est sans doute une des forces du programme…
Le succès de l’émission tient énormément sur le casting, avec des profils extrêmement différents. Il y a des clasheurs, il y a des énervés, il y a des gens qui veulent voir les choses en noir ou en blanc, qui refusent de voir les nuances. Effectivement, il y a des joueurs romantiques comme Johan Micoud, des plus pragmatiques comme Raymond Domenech. En fait, toute cette petite famille est faite d’oncles, de tantes, de cousins très différents dans leur approche et dans leur réflexion du football. Cela ouvre le débat ! Je trouve que le rôle de chacun est assez défini et que l’on a un panel de diversité assez important. A mon goût et en corrélation directe avec ce que j’ai expliqué plus tôt, il manque une personne et j’aimerais beaucoup que l’on ait, en plus, un président de district ou un entraineur de niveau amateur. J’aimerais une représentation du football amateur parce que, oui, on débriefe le football de haut niveau mais tout le monde doit et peut en parler, il n’y a pas besoin d’être professionnel pour en parler, il suffit de voir les matchs, d’aimer le foot et de le comprendre. Il me manque peut-être juste cet aspect-là, sinon je trouve que le panorama est assez énorme.
Lors d’une émission qui débriefe un match qui vient de se terminer, votre méthodologie de préparation est-elle différente, comparativement à des soirées sans match et où les thèmes sont peut-être plus identifiables en amont ?
Je suis quelqu’un qui n’est à l’aise que quand il a préparé : si je ne prépare pas ce dont je vais parler, je vais être moins à l’aise et, parfois, un peu plus angoissé et donc peut-être moins compréhensible dans mes arguments. Effectivement, lors d’une émission où il n’y a pas de match, on a les thèmes maximum à 18h 30 environ, cela me laisse donc du temps pour me préparer sur chaque sujet : il y a des sujets que je maitrise bien et sur lequels je prépare donc moins de choses, il y a des sujets que je maitrise moins bien, où je me renseigne et où je prends davantage de notes. J’ai, en ce sens, souvent mon carnet sous les yeux pendant le direct, il m’arrive même de noter des choses sur le moment, quand je trouve que certains arguments ou certaines informations sont importants et pourraient me servir plus tard. En tout cas, je ne considère pas comme une faiblesse le fait de préparer ses interventions…
Sur un soir de match, c’est complètement différent parce que tu dois être parfaitement concentré sur la rencontre. Là aussi, je prends des notes mais c’est beaucoup plus didactique, en général ce sont des noms, des +, des -, qui me permettent à la fin d’avoir une vision de ce que j’ai ressenti pendant l’ensemble de la rencontre. Récemment, la première et la deuxième mi-temps de Paris contre Gérone ne donnent pas du tout la même sensation…Ce soir-là, en plateau, j’ai l’impression qu’il y a un enthousiaste presque béat parce que le PSG a réussi une bonne deuxième. A ce moment-là, j’ai le sentiment d’être un peu le pisse-froid de service et de tempérer les choses mais le fait est que, sur 90 minutes, on n’en a vues que 45 de bonnes donc j’ai du mal, à la fin, à être enthousiaste et à dire « Bravo, Paris a gagné sur une boulette de l’adversaire ». Tout le monde dit, sur la logique de la deuxième période, que ça peut faire 3 ou 4 à 0 mais si tu joues comme cela en première face à Arsenal, ça fera 3 ou 4 à 0 pour l’adversaire…Tout cela pour dire que je prends beaucoup de notes, que je me prépare. Je sais que l’on n’est pas nombreux, je vois Pia Clemens avoir elle aussi un carnet. J’ai besoin de cela, ce n’est pas tant pour savoir ce que je vais dire, c’est juste pour structurer ma pensée : j’ai, sur mon carnet, souvent des plans détaillés plus que des phrases complètes…
Vous êtes aussi amené à animer parfois cette émission. Le fait d’être chroniqueur vous aide-t-il en ce sens ?
Oui, beaucoup ! C’était déjà vrai pour « L’After », à la radio, mais ce média offre beaucoup plus de liberté sur les durées, en repoussant les pubs. La mécanique d’antenne n’est pas non plus la même quand il y a ou non des caméras. Si tu fais des duels, tu ne le sais pas toujours à l’avance donc il faut laisser du temps de préparation à la régie. Je pense que le fait d’avoir été chroniqueur m’a aidé à présenter et que le fait de présenter me permet peut-être d’être un chroniqueur un peu plus gérable. Je pense faire partie des polis, de ceux qui lèvent la main discrètement quand ils veulent dire quelque chose. Cela permet de comprendre que si, à un moment, on te dit stop, même si tu as le truc le plus intéressant du monde à dire, il faut s’arrêter pour ne pas mettre la régie dans l’embarras. Donc, oui, l’un nourrit l’autre.
Vous parliez de radio, vous intervenez régulièrement à présent sur RTL. Ce média vous offre des possibilités différentes mais certainement complémentaires de celles en télévision…
Pour moi, le média radio est le plus beau. J’ai commencé par cela, je viens de la radio. Quand j’étais petit, par choix éducatif de mes parents, on n’avait pas la télé à la maison, j’ai écouté 1 000 matchs de Saint-Etienne et de Ligue des Champions à la radio, dans mon lit, en m’endormant. Je trouve ce média magnifique : écouter un match à la radio est, je pense, 100 fois mieux qu’à la télé ! Si tu aimes le foot mais que tu ne veux pas à tout prix pouvoir en parler ou décrire une action, que ce qui t’intéresse, ce sont l’émotion, le suspense et l’arc narratif d’un match, alors la radio est 1 000 fois plus intéressante…Commenter en radio est le plus bel exercice du monde, j’adore cela, ça me manque aujourd’hui…Cela demande une concentration, un vocabulaire, une capacité d’improvisation, de combler les trous, de projeter une émotion dans la tête des gens. C’est l’exercice que je préfère !
Même à RTL, en analysant un match dans un rôle de consultant, la radio, c’est canon ! Tu ne te poses pas la question de savoir si la caméra est sur toi pendant que tu prends des notes, si tu es mal coiffé ou pas, si ton col est de travers,… non, tu es purement concentré sur ce qui se passe. Quand je fais les soirées à RTL, on a le match à la télé mais, parfois, je baisse la tête pour juste me concentrer sur le commentaire de ceux qui sont sur place. Parce que j’adore ce mode de consommation du foot et que j’ai aussi conscience qu’eux me font plus comprendre l’électricité d’un stade qu’en regardant la télé…
Un mot peut-être sur l’actualité de notre Ligue 1 : quel regard portez-vous sur ce début de championnat ? A quoi pensez-vous spontanément ?
Malheureusement, à rien qui ne soit en rapport avec le football ! Ce qui me vient à l’esprit, c’est ce qui s’est passé à la Ligue…Cela a été le plus gros feuilleton de la fin d’année dernière et de ce début de saison. Depuis la reprise de la Ligue 1, de quoi parle-t-on ? De jeu et de buts ? Non, on parle de Labrune et de DAZN : l’actualité médiatique autour du foot s’est complètement déplacée du terrain vers les instances. Ce qui d’ailleurs, pour moi, est quelque chose de grave mais qui est dans la droite lignée de ce vers quoi ces instances nous dirigent. J’ai évidemment suivi de très près la réélection de Labrune et je suis très inquiet pour le football : je pense que l’on va vers une banqueroute, après le Covid, après le désastre de Médiapro. Je ne le souhaite pas, ni à DAZN ni au football français mais je suis obligé d’admettre qu’un bout de moi-même le souhaite pour punir cette espèce de communauté des copains créée par Labrune où le résultat prime sur l’argument, où on ne décide pas une chose parce qu’elle est argumentée et intelligente, on la décide parce qu’elle va permettre de faire de l’argent.
Le problème dont on ne se rend pas compte revient à ce que je disais au début. Le football est pour moi un bien commun, il mériterait d’être lié au patrimoine de l’humanité. Culturellement, c’est quelque chose d’important dans la vie de chacun, ça unit les gens ! Cela crée un tissage social : même les gens isolés appartiennent enfin, toutes les deux semaines, à un groupe social. On ne se rend pas compte du nombre de personnes pour qui c’est à ce point important ! Le foot est un bien commun et donc un bien public : aujourd’hui, ce bien public est régenté par des instances comme la LFP, l’UEFA, la FIFA, qui, elles, sont leadées et cornaquées par des personnes qui n’ont pas une vision à long termes… Ce qu’elles veulent, c’est un profit immédiat ou une réélection ! Leur but n’est pas que le football, dans 100 ans, soit aussi populaire qu’il ne l’a été ces 100 dernières années, leur but est que ce football leur permette dans 2 à 4 ans d’être réélues ou de faire de l’argent.
On parle beaucoup du nouveau format de la Ligue des Champions où on rajoute des matchs, également du nouveau format de la coupe du monde des clubs, où là aussi des rencontres sont rajoutées. Cette vision d’augmenter le nombre de matchs pour faire plus de profit est une idée qu’un enfant de 8 ans serait capable d’avoir mais cela veut dire que, parfois, on oublie que l’on peut faire plus d’argent mais avec moins et que cela demande de l’innovation, des idées et de l’intelligence. Ces choses prennent du temps et ne rapportent pas d’argent dans l’immédiat…Si on décidait de réformer et de normaliser par exemple les différentes compétitions continentales à 16 équipes, on aurait finalement déjà la crème dès le début de la compétition, ce qui permettrait de vendre plus cher chaque tournoi…beIN SPORTS avait essayé de négocier pour ne diffuser la dernière CAN qu’à partir des 1/8èmes de finale parce que les phases de poule ne font pas d’audience, avec des rencontres d’une faiblesse abyssale. Mais c’est beaucoup plus simple de dire plus de matchs = plus d’argent immédiat = des bilans favorables = une réélection.
Je suis parti loin mais ce début de saison prouve qu’il y a, à mon avis, un problème entre l’opinion publique et ce qui se passe entre les instances. Je crains que ce qui était une érosion de l’amour du foot depuis les années 2000 en France tende vers un point de cassure rapidement. Après, ce qui me réjouit, en allant au stade, c’est de voir que Geoffroy-Guichard est plein à craquer, avec un enthousiasme énorme…Les gens continueront à aller dans les stades mais n’achèteront plus le football à la télévision, ou de moins en moins car c’est de plus en plus cher. En fait, on arrête de penser aux mecs qui aiment le foot et qui ont envie de voir un ou deux matchs par semaine à la télé, et d’aller au stade toutes les deux semaines.
Sportivement parlant, de plus en plus d’observateurs pensent qu’avec son recrutement estival et sans coupe d’Europe, l’OM pourrait être un adversaire à la taille du PSG sans Mbappé. Partagez-vous ce point de vue ?
J’adorerais cela parce que j’adorerais que la Ligue 1 retrouve de l’intérêt pas seulement au niveau de la relégation et des places européennes mais aussi pour le titre. Mais je ne le pense pas…Je pense que Paris est encore bien au-dessus. Je refuse, par principe, que l’argent puisse régenter le football mais il y a un degré de différenciation budgétaire qui fait qu’à un moment, globalement, les gros vont au bout…Je ne crois donc pas, malheureusement, que l’OM puisse concurrencer le PSG pour le titre, en revanche, je crois que, sur les confrontations directes, Marseille aura une vraie carte à jouer. Ce sera difficile pour les parisiens, ce ne sera pas une formalité. C’est une bonne nouvelle pour notre football !
Après, il y a des choses qui m’enthousiasment en Ligue 1. Je trouve que Lille travaille bien et a créé une belle équipe, même si, là, les résultats ont été un peu en descente ces derniers temps. En tout cas, j’ai beaucoup aimé ce qu’ils avaient proposé contre Paris. Il y a des entraineurs comme Haise à Nice que j’ai envie de voir…Il y a des choses qui continuent à m’exciter en Ligue 1.
Enfin, votre club de cœur, Saint-Etienne, est de retour dans l’élite. Cela a certainement dû vous faire particulièrement chaud au cœur ?
Oui, cela m’a fait extrêmement chaud au cœur ! Je ne vous cache pas que cela m’avait même ému de retourner à Geoffrey-Guichard en Ligue 1, avec la chaine L’Equipe. Je pense que le club est à sa place ! J’ai beaucoup d’affection pour ma ville, la place du football y est tellement importante, on est une ville de foot : du jeune de 10 ans à la mémé à 80 ans, on aime le foot, on suit le foot, on connait le résultat ! Ma mère ne s’est jamais intéressée au ballon rond mais, tous les dimanches matins, elle savait ce qu’on avait fait la veille…Parce que c’est quelque chose qui fait partie de la vie de la cité, au sens romain du terme. L’ASSE, en Ligue 2, dans une ville qui ne va pas très bien sur le plan de l’emploi et sur le plan social, était vraiment quelque chose de très difficile. Là, ça a ramené de la joie, ça a ramené quelque chose et ça se sent : les bars sont pleins, les gens vont au restaurant, il y a de la joie et Saint-Etienne a besoin de cela. Donc, oui, c’est touchant, même si je pense que l’on jouera le maintien cette année et que ce sera difficile. J’en espère pas plus sportivement mais si, simplement, on apporte du bonheur à ce public tellement captif, tellement amoureux et tellement lié à la ville, ce sera déjà gagné, en fait !
Quel plaisir d’effectuer cette nouvelle interview avec vous !
Nous pouvons, depuis quelques mois, vous retrouver régulièrement sur RMC. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oui, c’est extraordinaire puisque c’est, selon moi, la radio du foot en France, celle qui parle du foot, celle pour les passionnés. Pour les gens qui ne peuvent pas voir tous les matchs, ils peuvent quand même échanger et discuter des rencontres avec les consultants. Donc, oui, c’est un réel plaisir !
Parmi les forces de cette radio, notons un chouette casting de consultants, journalistes et animateurs, aux origines variées, ce qui doit certainement aider à enrichir un peu plus encore le débat à l’antenne…
C’est génial ! Je suis tous les dimanches avec Rolland Courbis, on est très différents, je suis une femme, il est un homme, il est un entraineur, je suis une journaliste, je suis parisienne, il est marseillais,…Contrairement à ce que beaucoup de gens pourraient imaginer, c’est très bienveillant ! J’adore !
J’ai eu la chance aussi de participer un peu à « L’after », c’est également un programme avec plein de nouveaux journalistes et de nouveaux consultants, avec beaucoup de talent, d’énergie et une connaissance profonde du football. Cela me plait !
Ce n’est pas votre première expérience derrière le micro, vous aviez notamment travaillé sur Europe 1. Vous avez aussi beaucoup fait d’image. Justement, qu’est-ce qui peut changer entre ces deux médias dans la façon d’amener la discussion ?
J’adore la radio, c’est mon média préféré depuis toujours ! Parce que je pense que c’est le média le plus libre, où on peut presque tout s’autoriser. En plus, comme on ne voit pas nos têtes, on se concentre davantage sur ce qui est dit donc c’est plus profond, cela me correspond vraiment ! Même si j’adore l’image, je trouve que la radio est une façon de se reconcentrer sur l’essentiel, ce qui me plait beaucoup !
RMC a cette force d’appartenir à un grand groupe, ce qui vous permet occasionnellement d’intervenir sur BFM…
J’ai eu la chance, oui, d’intervenir quelques fois sur BFM, c’est très enrichissant, c’est une expérience personnelle passionnante et, surtout, participer à un débat sur une chaine d’information est beaucoup plus exigeant que ce que les gens imaginent : il faut être sûr de ses infos, de ce que l’on va dire et de son sujet. Cela me plait beaucoup : j’aime énormément l’exigence du groupe !
Ces diverses interventions sont l’occasion pour vous de débattre du championnat de Ligue 1 notamment. Justement, quel regard portez-vous sur la première saison parisienne de Luis Enrique ?
J’adore ! Je le dis depuis toujours, il fallait à Paris un coach qui avait gagné la Ligue des Champions, c’était obligatoire pour faire passer un palier. Ce n’est pas la plus belle équipe que Paris ait connu, il y a eu meilleurs en termes de joueurs mais quand le coach sait où il va, sait ce qu’il veut, qu’il a du caractère et sait s’imposer, pour moi tout rentre dans l’ordre ! Paris fait une saison quasi parfaite, l’équipe est toujours engagée dans toutes les compétitions, je trouve que c’est un très bon signal pour la suite. Surtout, j’espère que Luis Enrique va rester à Paris le plus longtemps possible : son caractère, son expérience en tant qu’entraineur, en tant que joueur me ravissent, c’est l’un des meilleurs entraineurs que le PSG ait connu dans son histoire ! Pourvu que ça dure…
Il pratique une rotation large de l’effectif mais cela permet certainement d’avoir un maximum de joueurs concernés et de solutions…
Un grand coach, ce n’est pas que de la tactique ! Tous les coachs savent faire un bon schéma de jeu mais il faut aller plus loin que cela, il faut être un manager, il faut être capable de faire les bons choix, d’être rapide, de gérer un gros vestiaire, des égos. Effectivement, Enrique fait parfaitement tourner et je suis très satisfaite de ce que le PSG montre aujourd’hui aux yeux du monde, tout simplement.
Comment jugez-vous les chances parisiennes en Ligue des Champions cette saison ?
Je suis prudente… Je trouve que la Real Sociedad, le Barca et peut-être l’Atlético, c’est quand même une bonne étoile au-dessus de Luis Enrique ! Il connait tous les joueurs, c’est son pays, c’est son championnat donc, effectivement, ça sent bon…mais je n’oublie pas qu’il reste deux très grands d’Europe, City et le Real, et j’ai bien peur que la victoire finale revienne à l’une de ces deux équipes. Mais le PSG a beaucoup de choses à jouer et peut quand même regarder ses adversaires dans les yeux…
Une éventuelle élimination en 1/4 de finale face à Barcelone serait-elle un échec du coup, selon vous ?
Cela voudra dire, simplement, qu’il faudra réfléchir à renforcer encore un peu plus cette équipe : selon moi, il manque des défenseurs et des milieux. Il faut absolument remplacer Kylian s’il part…Oui, il faudra être capable de renforcer intelligemment cet été et retourner, pourquoi pas, vers cette idée de joueurs stars parce que je pense qu’Enrique est capable de gérer ce genre de joueurs.
Il faut encore élargir le budget du PSG, je sais que cela peut paraitre étonnant mais le Real et City ont des budgets plus gros et on sait que la Ligue des Champions se joue aussi beaucoup grâce à l’argent.
Dans la suite du classement de Ligue 1, Paris devance Brest, un étonnant deuxième. Quel regard portez-vous sur la possible participation des brestois à la plus prestigieuse des coupes d’Europe la saison prochaine ?
Cela n’a aucun intérêt d’avoir le Stade Brestois en Ligue des Champions ! Quand je dis aucun intérêt, je pèse mes mots…C’est très clair pour moi ! J’ai pris beaucoup de plaisir à voir Brest jouer cette saison mais je n’espère pas qu’un club de ce niveau se retrouve en Ligue des Champions, c’est une catastrophe ! La Ligue des Champions est l’image que l’on donne de la France et de chaque pays. Donc, pour moi, je préfère voir le PSG, Monaco et Lyon, que de voir Brest… On ne peut pas continuer à dire, en France, que l’on a une super équipe nationale et de performants centres de formation puis, au centre, avoir ce magma de Ligue 1…Non, c’est très grave ! Je pense qu’il faut absolument renforcer nos équipes, avoir de meilleurs joueurs et montrer le meilleur partout !
Les deux Olympique, Lyonnais et de Marseille, ont changé d’entraineurs à plusieurs reprises cette saison, avec des fortunes diverses…
Je trouve que Lyon, depuis la reprise, fait un travail extrêmement intéressant. L’équipe est sur la voie de la reconstruction…Pour moi, l’un des scandales de l’année a été ce qui s’est passé pour Fabio Grosso, avec cette agression puis son remerciement. Cela a été très dur ! Je ne sais pas si le monde du football s’est bien rendu compte de l’image catastrophique que l’on a donnée à l’étranger avec cela : un entraineur de l’OL qui se retrouve la tête en sang était la pire image que l’on pouvait donner !
Avec l’OM, le problème est que l’on ne peut espérer, contrairement à ce que pensent les supporters, qu’un propriétaire digne de ce nom mette ses billes dans ce club et cette ville. Cette dernière est trop dangereuse pour qu’un grand milliardaire décide d’y mettre son argent. C’est un fantasme ! Malheureusement, pour l’instant, la belle histoire de l’OM appartient au passé ! C’est un club qui a quand même fait sa gloire sur de la corruption mais les années 90 sont terminées…Il y a eu l’étincelle Didier Deschamps mais c’est tout…Ce club est à son maximum aujourd’hui !
Pour boucler la boucle du championnat national, peut-on considérer le binôme Metz / Clermont comme le plus évident pour la relégation directe ?
Oui, c’est difficile pour Metz et Clermont, c’est un chemin de croix chaque semaine. Je trouve que les budgets sont extrêmement difficiles, à hauteur à peine de 50 millions d’euros. Il faut être conscient de cet écart…je trouve que ces deux équipes ont fait du mieux possible…
Par contre, le reste du classement est tellement serré que je ne vais me risquer à pronostiquer le nom du barragiste : je vois ces équipes chaque semaine mais je n’ai pas d’idée !
A deux mois environ du début de l’Euro 2024, êtes-vous inquiète pour l’équipe de France après les deux derniers matchs de mars ? Ou la prestation était-elle normale à ce moment-là de la saison ?
La seule chose qui m’inquiète avec l’Equipe de France, c’est qu’elle a quand même perdu en quelques années le meilleur milieu du monde (Pogba, Kanté, Matuidi) et qu’il n’a jamais été remplacé. Pour moi, le niveau du milieu des bleus n’a plus rien à voir donc je suis un peu plus inquiète que je ne l’étais avant la coupe du monde au Qatar. Quand j’ai vu l’Allemagne revenir en force, je me suis dit qu’il fallait y faire attention, d’autant plus que l’équipe sera à la maison. Attention aussi à l’Angleterre et au Portugal…J’espère que l’on ne va pas avoir de mauvaises surprises avec la France … Je n’oublie pas la première mi-temps fantomatique face à l’Argentine, je n’oublie pas non plus le match amical contre les allemands,…On verra à l’Euro mais je ne suis pas d’un optimisme fou…
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Nous pouvons vous retrouver chaque week-end sur l’antenne de RFM. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Carrément ! J’aime bien le week-end…Déjà, je ne suis pas quelqu’un du matin donc le week-end, en fin d’après-midi, est parfait pour moiJ. J’adore…Ce n’est pas la même radio que la semaine, on est plus détente, on raccompagne les gens d’une sortie, d’un repas ou vers une sortie. On en accompagne aussi au boulot. C’est une ambiance très particulière, d’autant plus qu’il n’y a pas trop de monde à la radio. On est sur une antenne beaucoup plus détente, on se détend, c’est le week-end !
Après, il y a des rendez-vous comme « Le Hit RFM » qui dynamisent l’antenne. C’est cool à faire. On voit l’évolution des musiques du moment.
En amont de l’antenne, avez-vous une méthodologie particulière de préparation ?
Que ce soit en remplacement la semaine ou en week-end, je travaille toujours de la même manière : j’ai le conducteur donc je vois ce qui se passe musicalement. A côté de cela, je suis toujours à l’affut, comme tous les gens qui bossent en médias ou qui aiment la musique, des nouveautés et des sorties. En fait, j’habite Strasbourg, j’ai deux heures de train le samedi et j’en profite pour travailler. Je n’écris pas tout, j’écris des petites infos, je n’écris pas vraiment de phrase, j’aime être au feeling, j’aime le fait de parler. Je ne parle pas de la même manière d’un samedi sur l’autre donc je ne veux pas rester dans un texte qui me fera toujours rester le même, je veux que le mood passe. Je trouve cela important, on est humain, il y a des moments où on est un peu fatigué, il y a des moments où on a hâte que ce soit Noel, il y a des moments où on est un peu saoulé de voir cette grisaille et la pluie,… on essaie toujours d’être positif mais je crois que l’on peut se permettre d’être qui on est à l’antenne…et heureusement !
D’ailleurs, quels principaux retours pouvez-vous avoir des auditeurs ?
J’ai toujours un peu de mal avec les compliments mais j’ai l’impression que ça leur plait ! Je le disais, on est dans quelque chose de très détente le week-end, je pense être la même personne à l’extérieur que derrière le micro, c’est-à-dire quelqu’un de bienveillant, souriant et positif. Ce sont un peu les retours que j’ai, ça fait toujours plaisir et ça me plait bien, c’est cool !
Vous avez commencé à l’évoquer, le fait d’être à l’antenne en week-end permet d’accompagner les gens dans des moments qui ne sont pas forcément une course contre la montre pour eux…
C’est exactement cela ! On n’est pas en train de leur dire « il est 7h 25, dépêchez-vous, le prochain bus arrive », non, le week-end est synonyme de détente, je le dis d’ailleurs régulièrement à l’antenne. C’est comme l’antenne la nuit, c’est très particulier ! On est dans un accompagnement positif, on ne court plus, on marche, on prend le temps de penser à soi et de se faire du bien.
Au travers des différents programmes que vous animez, cela doit certainement être plaisant pour vous de baigner dans l’ambiance musicale de RFM ?
Carrément ! C’est super plaisant de partager notre passion. On adore la musique, on aime une bonne partie de ce que l’on diffuse, on n’aime pas tout, c’est normal, c’est humais mais c’est vrai que c’est sympa de partager notamment un artiste que l’on adore. Oui, c’est ça, il y a un vrai partage…je pense que l’on prend autant de plaisir à partager qu’à écouter…
Vous évoquiez la passion…Certainement que, comme beaucoup d’autres animateurs, la radio est un métier de passion pour vous ?
Clairement, je pense que c’est le cas de toutes les personnes qui font de la radio. C’est une passion qui a toujours été présente : plus jeune, j’écoutais Laurent Baffie dans « C’est quoi ce bordel ? », c’était vachement bien. La radio a toujours fait partie de ma vie mais elle n’était jamais rentrée dans ma vie comme une possibilité d’en faire mon métier. Suite à des rencontres, des gains en radio où j’ai remporté des voyages, un pote m’a incité à postuler à une école de radio à Paris, moi qui m’amusais toujours avec un micro à la main. C’était une époque où je ne savais pas trop quoi faire de ma vie, je sortais d’une fac d’histoire mais le skateboard et la vie ont eu raison des études, je suis parti dans le sud, j’ai un peu bourlingué mais sans trop savoir quoi faire. Je suis donc allé au Studec, où les rencontres m’ont permis de trouver le chemin qui m’a mené jusqu’au micro. Quel plaisir ! Quand le micro s’allume, il y a toujours un plaisir incroyable. On ne vient jamais à reculons faire de la radio : on passe de la musique et on parle aux gens de choses que l’on aime, pour les divertir, c’est un métier magnifique !
Vous l’avez dit, vous habitez Strasbourg : le fait aussi de venir à Paris vous permet de venir à l’antenne, le déplacement contextualise aussi sans doute votre métier…
Clairement ! C’est tout à fait ça, je vais à la radio, je me déplace, je mets 2 à 3 heures à partir de chez moi jusqu’à l’antenne. J’ai travaillé à RFM Strasbourg pendant 4 ans, j’ai été très heureux de travailler chez moi mais, là, il y a ce côté où j’arrive à Paris, j’ai passé un cap : les bretons ou encore les gens du sud-ouest m’entendent aussi maintenant ! C’est un voyage vers la France de l’intérieur, comme on dit chez nous en Alsace.
En complément du micro à RFM, vous avez aussi l’occasion d’intervenir sur d’autres supports médias, notamment le commentaire des matchs de handball. Cela doit être certainement particulièrement plaisant ?
Tout à fait ! Je suis un grand passionné de sport, de tous les sports, du foot, de la F1, du hand…J’ai eu l’opportunité, avec des collègues, de répondre à une offre pour commenter des matchs de handball, on a foncé et c’est un grand plaisir. Pareil, il y a un vrai partage d’émotions. C’est un rêve de gamin qui se réalise depuis 3 ou 4 ans maintenant. C’est cool de pouvoir commenter des champions du monde, des champions d’Europe, des champions olympiques, dans des salles pleines, à finir debout alors que l’on est dans une pièce avec un écran et un micro, parce que le match est tellement prenant qu’on se lève en tant que supporter.
Ces différents domaines sont, quelque part, sans doute complémentaires, bien que pouvant, de l’extérieur, paraitre éloignés ?
Totalement ! Ce sont des métiers de voix, tout se complète. A côté de cela, je fais des podcasts, j’ai été speaker pour l’Etoile noire de Strasbourg lorsque l’équipe de hockey était en Ligne Magnus, j’ai été speaker dans des salles de volley, de handball, dans des tournois…Il y a toujours un micro pas loin : avec la musique et le sport, c’est un peu la triplette gagnante !