Quel plaisir de vous retrouver pour cette interview !
Votre nouveau projet musical verra bientôt le jour, avec la sortie le 30 août prochain du premier titre, « Alors je reste ». A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous de le voir se concrétiser ?
C’est une joie immense ! Cela fait plusieurs années maintenant que j’écris des chansons, notamment depuis la fin de la comédie musicale. J’ai des carnets noirs d’idées, de mots, de ratures et le fait d’avoir réussi à enfin oser sortir et divulguer ces pensées est une sorte de soulagement. Je suis très fière de moi ! Après, j’espère que ça va toucher du monde mais, quoi qu’il en soit, la sortie de ce projet est une belle victoire.
De quoi parle ce premier titre et quel en est le registre musical ?
« Alors je reste » est une chanson qui n’était pas prévue initialement dans le projet. Elle parle de Beyrouth et de comment je vis l’éloignement avec ma ville de cœur, depuis 3 ans et le début de la crise avec l’explosion du port. J’ai essayé plusieurs fois d’écrire un texte ou une poésie pour parler de cela mais je n’y arrivais pas. A chaque fois, les mots me paraissaient insipides par rapport à la charge émotionnelle que ça implique d’être éloignée comme cela de chez soi.
Alors que le projet global était quasi finalisé, je me suis mise derrière mon ordinateur avec mon micro et là, j’ai sorti les paroles en a capela, sans rien avoir écrit avant. Les mots et la mélodie me sont venus en même temps ! J’ai compris alors que ce que je voulais exprimer par rapport à l’éloignement de ma ville est le fait que je suis coincée et obligée de rester là où je suis actuellement. C’est donc une chanson assez triste mais qui me permet de passer à un nouveau chapitre et d’accepter d’avoir connu 3 années de déchirure par rapport à mon pays. On n’oublie pas, on digère et on met les mots dessus pour s’en souvenir mais on peut maintenant passer à autre chose. J’espère y retourner très bientôt !
C’est de la pure chanson française, comme on pouvait entendre à l’époque chez Charles Aznavour ou encore Michel Berger. C’est ce qui me fait vibrer le plus car c’est avec cela que j’ai grandie. Bizarrement, j’ai passé plusieurs années à chercher ce que je voulais faire vraiment, en rejetant un peu ce côté de variété française car on m’avait dit, il y a 10 ans, que c’était has-been. Je me suis un peu perdue dans les conseils des gens alors que c’est ce que j’aime le plus depuis toute petite déjà. Ce sont ces artistes-là qui m’inspirent et, maintenant, je me suis retrouvée !
Où pourrons-nous découvrir cette chanson à partir du 30 ?
Elle sera disponible évidemment sur toutes les plateformes de streaming mais aussi sur Youtube car un clip y sera associé. Il a été fait avec Serapis, un super réalisateur très moderne dans son approche. Comme la chanson a un côté classique, je voulais créer du contraste. J’ai travaillé la direction sonore et la réalisation artistique avec Johsef, qui a lui aussi une approche très moderne. C’est ce qui permet de mettre au gout du jour mes références, de créer de la surprise sur quelque chose de familier.
Certainement que vous avez hâte de découvrir les retours du public ?
J’ai la chance d’avoir autour de moi, depuis 11 ans maintenant, des gens adorables qui prennent de mes nouvelles et qui suivent mes projets. Ils sont toujours là et j’ai vraiment hâte de leur faire découvrir. Je vais d’ailleurs leur proposer une écoute en avant-première. On va faire des sessions individuelles où je vais les appeler et où j’enregistrerai leurs réactions, que je pourrai ensuite partager. Il me tarde !
Ce projet est aussi l’occasion d’utiliser vos nombreuses cordes artistiques, notamment l’écriture, la composition ou encore la coproduction. C’est un peu votre bébé…
Effectivement, c’est le premier projet sur lequel je travaille intégralement. J’ai toujours écrit et composé mais là, vraiment, la démarche de mon directeur artistique a été de me pousser à faire le travail toute seule avant d’intervenir. La première chose qu’il m’a demandée, c’est d’avoir abouti 5 chansons avant de commencer à travailler ensemble dessus. Il a une façon très intelligente de travailler, il ne veut pas influencer la direction, il souhaite que cela reste le projet de l’artiste avant tout.
J’ai cru pendant longtemps qu’il fallait travailler avec des gens pour trouver qui on est et que ce sont eux qui allaient nous aider mais c’est faux : en réalité, ça émane de soi et ça prend des années pour réussir à assumer et à aboutir ce que l’on fait ! Je suis allée me former en production et en musique-business, cela m’a permis de comprendre l’industrie. J’ai monté mon label, qui s’appelle « Grand méchant loup » et j’ai signé mon projet dessus donc c’est vraiment mon bébé intégral !
Ce single est aussi le début d’une plus longue aventure, avec d’autres titres à venir…
Complètement ! Le but de tout cela est de retourner sur scène avec ces chansons. J’ai commencé ce projet par « Alors je reste » car, pour moi, ça pose les bases. J’ai une phrase que j’aime bien dire concernant Beyrouth : à défaut d’être ma prochaine destination, ça reste mon point de départ. Donc je veux vraiment commencer en parlant de Beyrouth, en parlant de ce retour aux origines, aux sources. Je le fais a capela, de façon brute et fidèle à ce que je suis.
Après, les autres chansons sont très intérieures, sur la même tonalité. Je cherche à exprimer une forme de poésie de la solitude, une forme de poésie que l’on peut trouver derrière les épreuves que l’on va vivre. J'aime les chansons tristes ! Elles permettent d'essayer justement de dépasser cette tristesse et trouver du beau dans les épreuves et les difficultés.
J’espère, avant la fin de l’année, remonter sur scène. Même si toutes les chansons ne seront alors pas encore sorties, j’aimerais commencer à les faire vivre en public. J’aimerais faire des tous petits concerts, des pocket concerts, dans des lieux très mignons, secrets, dans un cadre ultra intime. Cela me plairait d’avoir ce côté ultra proche des gens car je pense que les chansons doivent vivre ainsi. Je vise, pour l’instant, à partager ainsi ces petits secrets et peut-être que, plus tard, je les jouerai dans de plus grandes salles.
Plus globalement, chaque chanson a sans doute sa propre histoire, avec des durées de création très variables ?
C’est exactement cela ! Dans le process de création, la plupart du temps, celles qui aboutissent sont assez instantanées. Mais cela ne veut pas dire que j’ai l’aboutissement intégral de la chanson dès le début…je vais avoir un couplet et un refrain par exemple uniquement. Typiquement, j’ai terminé il y a quelques jours seulement la toute première chanson créée pour le projet, il y a 4 ans…J’avais déjà l’ossature mais je viens de changer la tonalité ainsi que quelques paroles et j’ai seulement alors trouvé comment elle devait être interprétée.
Les contenus viennent de moments vécus ou d’instants mélancoliques et je peaufine avec le temps. Parfois, je pense que c’est terminé, avant finalement de revenir dessus. C’est une longue aventure que d’aboutir des chansons… J
A quelques jours de la sortie du premier titre, dans quel état d’esprit êtes-vous ?
J’ai déjà anticipé un petit peu car j’ai révélé le preview le 4 août pour que ça coïncide avec la date tristement anniversaire de l’explosion du port de Beyrouth. C’était important pour moi de lancer la machine à cette date donc, maintenant, je ne suis que dans l’impatience. Je bouillonne ! J’ai envie que ça soit bien fait mais je reste confiante car je suis entourée de gens très proches, qui connaissent leur métier et qui sont bons. Je me sens un peu en famille !
Que peut-on du coup vous souhaiter pour les jours à venir mais surtout pour la suite de ce projet ?
Ce que j’aimerais profondément, c’est toucher les gens avec ce projet. Je souhaiterais que les paroles résonnent chez ceux qui vivent la même chose ou des choses similaires, qu’ils n’ont pas pu exprimer. Cela me plairait que ça réveille des émotions, que ça touche, que les gens aient envie de venir me voir en concert pour partager avec moi ces moments d’intimité. J’aimerais découvrir les histoires que l’on raconterait après avoir entendu mes chansons, j’aimerais vraiment que ces dernières appartiennent aux gens. Elles sont certes intimes et autobiographiques mais j’ai envie de les pousser pour les offrir au monde. Mon rêve absolu serait d’entendre mon public les chanterJ.
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous êtes une artiste aux multiples et nombreuses cordes, nous aurons l’occasion d’y revenir. Récemment, vous avez sorti un nouveau clip, « Ta peau ». On imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oui, c’est vrai ! C’est assez long de concrétiser même un seul morceau. Déjà, ne serait-ce que dans la créativité, il se peut qu’on change. Ça peut ainsi mettre du temps jusqu’à trouver la formule parfaite. Plus tard, même en studio, il m’arrive aussi de faire des modifications… Celui-là a aussi son histoire en termes de création. Tous les couplets existaient depuis longtemps mais j’ai fait des modifications jusqu’à la dernière minute. Il a mis du temps à accoucher, jusqu’à me convenir donc je suis effectivement très heureuse qu’il sorte.
La réalisation du clip est aussi tout un monde, on a des idées et des envies mais, après, il y a ce qu’on peut faire. Je suis très proactive dans les idées, dans les tenues, je surveille tout, je regarde le moindre détail et je veux que ça soit comme j’ai envie. Je fais vraiment attention, je soigne les détails pour que ça colle le plus possible à ce que j’imagine. Ensuite, il faut aussi définir le bon timing de sortie, avec le label et l’attaché de presse. Ces impératifs-là sont un peu abstraits pour nous, les créateurs mais très concrets pour euxJ.
Pour en revenir à la chanson et au clip en eux-mêmes, quels thèmes y sont abordés ? Comment qualifieriez-vous le registre musical ?
Le thème est sur un amour charnel, assez physique, en rapport avec la peau. Avec des jeux de mots autour de ce que la peau peut évoquer, peut transmettre comme émotions, comme sensations et comme saveurs. Ce thème est assez simple et évident, en lien avec une histoire d’amour, un crush comme on dit maintenant, où on aime la peau de l’autre et où on a envie de rester dans cette découverte-là pendant des heures, des mois, des années…
Le clip est venu assez naturellement de cela, avec cette envie de sensualité. Mais j’ai symbolisé ça plus par des fruits, du chocolat, et d’autres choses qui se mangent. Parce qu’il y a cette notion, quand on est amoureux, que l’on a envie de manger l’autre, que l’autre est un bonbon. C’est cette sensualité-là qui est décrite dans le clip. Au niveau des costumes, j’ai travaillé avec Claude Guillon, qui a un univers assez chamanique, yoga, ce qui a fait le pont avec mes autres passions que l’on évoquera plus tard. Lui avait des tenues déjà assez extravagantes et cool, qui m’ont plu. Le réalisateur a aussi amené ses idées sur le rythme, j’avais également envie de couleurs et de fraicheur, à l’opposé d’un précédent clip. En lien avec mon style musical, un peu pop, dansant, un peu sexy à la fois dans les mots et dans la musique. Je ne voulais pas illustrer avec un couple qui s’embrasse, je voulais laisser de la place au rêve.
Quels principaux retours avez-vous pu avoir du public ?
Ils sont très positifs, les vues sont nombreuses, les gens soutiennent. Les proches, les pros et les anonymes m’ont fait de jolis compliments, c’est chouette. Le public a compris et a adoré.
En complément, début août, vous aurez l’occasion de faire la première partie de Véronique Sanson, au Festival de Ramatuelle. Cela doit être une grande fierté ?
Oui, effectivement ! J’avais déjà écrit un EP, mon premier single avait déjà bien marché sur Europe 2 notamment et j’avais eu l’occasion, l’année dernière, de faire la première partie de Charlie Winston. Et, là, cette nouvelle tombe comme quelque chose de très émouvant. En plus, j’aime vraiment beaucoup Véronique Sanson, je connais bien ses chansons et Ramatuelle est très prestigieux, c’est un très beau Festival, où beaucoup de monde a déjà chanté. Je suis très émue, très heureuse et un peu stressée, il faut le dire.
@ Mary Brown
Vous évoquiez précédemment l’EP, qui fait le lien avec d’autres de vos cordes, le yoga et le bien-être. Vous avez d’ailleurs, en ce sens, développé récemment un nouveau lieu, permettant de mélanger vos différentes passions…
L’EP s’appelle « Liberté, égalité, sororité » et l’un des morceaux s’appelle « Sororité », où je parle de ce lien que l’on a entre les femmes, de cette envie d’être ensemble, du féminin sacré, d’accepter les multiples facettes du féminin. C’est l’une des particularités du féminin, on n’est pas dans une case, on peut être à la fois une poupée, une sorcière et une rebelle. Notre être a différentes facettes.
Dans ce lieu des Vosges, que je développe depuis un an, après dix années de pratique personnelle, je fais des retraites de yoga, avec des thématiques, autour de la detox, des chakras ou encore du féminin sacré. Dans celle-ci, évidemment, et contrairement aux autres, il n’y a que des pratiquantes féminines, avec des scènes de paroles, des cérémonies avec des fleurs et des masques de beauté, ou encore du cacao, et même de la musique. J’ai été formée dans ces différents domaines qui m’intéressent beaucoup parce que ça développe aussi la créativité. D’être entre femmes permet d’avoir vraiment cette notion de sororité, où on se reconnait, où on peut livrer notre vulnérabilité, dans le non-jugement. Ces espaces féminins sont vraiment hyper agréables.
Plus globalement, toutes les retraites sont hyper sympas, d’avoir ce lieu est chouette et j’y fais venir d’autres professeurs de yoga. Cela me permet d’y aller alors en tant que simple participante, cela me repose, ce n’est pas moi qui fais, je reçois. Cela me fait du bien !
Si on prend du recul et de la hauteur, vos différentes cordes et casquettes sont sans doute très complémentaires, personnellement et professionnellement ?
Oui, oui ! En fait, je me rends compte que, sous des formes différentes, cela me permet d’aborder des thèmes communs. J’ai écrit aussi des livres de yoga, autour du tantra, de la sensualité, des chakras. Du coup, c’est aussi le féminin sacré ! Donc c’est vrai que l’on va retrouver, dans l’univers de mes livres, des liens avec mon clip. Ainsi, je boucle la boucle mais dans différents domaines et j’exprime ce à quoi je crois à travers différents médias.
@ Mary Brown
Dans mes cours ou encore mes chansons, je dis ce que je pense, je donne mes outils qui me font du bien, j’essaie d’aider comme je peux. Comme je me suis beaucoup formée et que j’ai fait pas mal de travail sur moi-même, ça peut sans doute aider les autres. Après, je fais aussi du soin et du massage, c’est complémentaire parce que l’on comprend des choses sur l’être humain et sur …sa peau. Tout est assez connecté finalement et je pense que ça nourrit ma créativité. Après, il faut trouver le bon timing de gestion car il y a beaucoup de choses à faire mais, pour le moment, j’y arrive.
Pour terminer, en se projetant sur la suite de votre parcours artistique, quelles seraient vos envies ?
Là, j’ai envie de faire un album, je pense que je vais peut-être faire un ou deux singles avant. Encore une fois, ce sont des choses que je déterminerai avec le label. Avec l’EP à 6 titres et mes autres compositions, j’ai déjà 8 chansons, il ne m’en manque plus beaucoup. J’aimerais aussi faire plus de concerts car faire des premières parties d’artistes est super chouette. Je suis aussi comédienne, peut-être que je reviendrai sur les planches. Concernant le lieu dans les Vosges, j’aimerais faire de plus en plus de rencontres avec les professeurs et de plus en plus de stages. C’est hyper adapté, il est trop beau, en pleine forêt. J’ai aussi l’intention de faire un stage par mois, c’est quand même un rythme assez intense que j’aimerais tenir à partir de septembre. Et, je le dis même si c’est le début, j’écris un roman. Ça prendra le temps que ça prendra. Il y a donc beaucoup d’envies, je déborde d’idées !
Merci, Kym, pour toutes vos réponses !
A noter les références et crédits suivants pour le clip :
Auteur-Compositeur @kymthiriot
Réalisation Clip @jodelsaintmarc
Makeup @bene.goussaudmakeup
Chef Décorateur Accessoiriste et costumes @guyon.claude
Réalisation, arrangements, mixage et Mastering @tieryf.music
Quel plaisir d’effectuer cette nouvelle interview avec vous !
Votre premier album, « En boite », vient se sortir il y a quelques semaines. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous de voir ce projet aboutir et se concrétiser physiquement ?
Oui, c’est vrai, c’est un mélange de joie et de soulagement aussi, quelque part. Parce que cet album est la raison pour laquelle j’ai arrêté l’enseignement. En 2020, j’avais commencé à sortir les premiers singles et le projet de l’album a commencé à prendre forme l’année d’après, à la vue du nombre de titres enregistrés. J’ai eu l’envie d’aller jusqu’au bout, pour partager toutes mes chansons. Mais je me suis vite retrouvée dans une impasse où je n’arrivais plus à enregistrer les chansons, travailler les arrangements, en découvrir de nouvelles, réviser pour l’émission, faire les tournées, être mère, être conjointe et être enseignante, un métier qui prend énormément de temps quand on le fait avec passion. En 2022, j’ai réalisé que je n’avais sorti aucun titre…J’arrivais dans une période de ma vie où je n’arrivais justement plus à tout faire et, au final, le domaine qui trinquait le plus était le projet d’album, qui n’avançait plus. Parallèlement, j’ai eu la sensation de ne plus être à ma place à l’école, non pas que je n’aimais plus mon métier – au contraire – mais j’avais l’impression que je laissais passer devant moi une partie de ma vie que j’allais regretter. Donc j’ai pris cette décision d’arrêter l’enseignement pour l’artistique que j’allais délaisser. Prendre cette décision a été très dur pour moi, il y a un enjeu financier conséquent derrière et j’avais la peur de ne pas réussir à aller au bout de ce projet…
Faire un album était une montagne pour moi. Il y avait toute la partie artistique que je sentais être mon domaine mais il y a toute une partie administrative/légale que l’on n’imagine même pas, qui me faisait peur. J’ai commencé à m’y lancer, après la fin du tournage des Masters : en novembre, j’ai commencé à réfléchir à la structure que prendrait cet album, à la manière dont je l’envisageais visuellement et à me renseigner sur les démarches administratives à effectuer. Là, je suis tombée de très haut parce que c’était bien plus complexe que ce que j’avais pu imaginer. En janvier, les démarches se sont concrétisées, j’ai fait appel à la société de pressage et à un infographiste, j’ai fait les démarches auprès de la SACEM, de la SDRM, des plateformes de diffusion, …j’ai découvert un jargon que j’ignorais totalement. C’était drôle, je quittais l’école et ses sigles nombreux pour découvrir ceux du milieu musicalJ. Cela m’a pris beaucoup de temps car les démarches ne sont pas toutes les mêmes…Les démarches administratives sont complexes, c’est juste hallucinant et j’ai bien compris qu’être producteur est un métier à part entière. S’autoproduire, c’est donc vraiment avoir plusieurs casquettes, c’est chanter, c’est travailler sur les arrangements et c’est aussi avoir toute une gestion administrative complexe. Ce sont plusieurs métiers à la fois, ça prend du temps et moi qui déteste l’administratif, j’ai été servieJ. C’est donc pour cela que je parle d’apaisement car, tant que l’on n’a pas l’album dans les mains, on a peur qu’une mauvaise nouvelle administrative nous tombe dessus, on a peur que le colis soit perdu,…J’ai dû faire face d’ailleurs à plusieurs aléas, qui reculaient d’autant la sortie de l’album et quand elle est arrivée, j’ai soufflé…C’est aussi une fierté, à l’issue de toute cette bataille et j’ai beaucoup de reconnaissance envers les personnes qui ont travaillé avec moi et pour moi, de la photographe à l’infographiste, des choristes aux amis qui m’ont conseillée sur chacune des chansons, …Tous ces gens qui ont pris du temps pour m’aider et pour m’accompagner ont fait que cet album ressemble aujourd’hui à ce que j’espérais. Je suis fière de cet album, je trouve que c’est un produit fini, sur lequel on a pris du temps pour qu’il soit comme je le souhaitais, il représente pleinement ma personnalité artistique, je me retrouve vraiment dans cet album et je suis fière de l’exposer. La fierté n’est pas toujours mon point fort, je ne suis pas toujours fière de ce que je montre de moi, mais là, j’ai la tête haute quand je partage et montre aux gens cet album.
Aujourd’hui, où est-il possible de retrouver cet album ?
Au début, j’avais surtout laissé une place à l’album physique pour le privilégier, je l’ai volontairement mis sur les plateformes musicales seulement quelques semaines plus tard. Je voulais laisser une chance de vie à cet album physique car je trouve qu’il y a quelque chose en plus quand on peut le toucher et le feuilleter. J’ai vraiment ce souvenir-là, gamine, de passer des heures sur les livrets, à regarder les photos des artistes que j’admirais. J’ai mis vraiment un accent hyper important sur le mien, il y a un énorme travail de photographie avec tout un projet autour des quatre éléments qui réunissent l’univers de mes chansons. Chaque photo représente une émotion qui se trouve dans la chanson…
Cet album est vendu en mains propres sur mes différents lieux de concert, il sera en vente aussi à l’issue de chacune des dates que je ferai lors des tournées. Pour ceux qui se trouvent plus loin, j’ai créé mon site internet de vente de mon album et je fais aussi secrétaire, en envoyant par voie postale le colis. Il est d’ailleurs possible de me demander de dédicacer l’album envoyé car c’est important, pour moi, d’être reconnaissante et de prendre ce temps pour les personnes qui me soutiennent.
Je continue aussi à démarcher les lieux culturels pour voir s’il y a possibilité de faire une collaboration, afin de vendre cet album.
@ Aurelia Cordiez
Pour en revenir à l’album en lui-même, quels thèmes principaux peut-on y retrouver ?
Si on se fit déjà au titre de mon album, « En boîte », il y a un jeu de mot puisque je suis dans une boite et qu’on me voit en train d’en pousser les parois, comme si je voulais en sortir par la voix, qui a envie de résonner jusqu’à la scène. On peut aussi voir cette boite comme des stéréotypes que j’aurais envie de pousser et de dépasser, en en sortant…L’idée générale de cet album est donc de vouloir aller au-delà des stéréotypes, de casser un peu ce cliché que l’on pourrait mettre sur une femme en général. D’ailleurs, ça fait partie un peu de mon premier single, « Cliché de fille », qui voulait dire que, oui, je ressemble peut-être à un cliché que l’on pourrait avoir d’une femme mais que chaque femme est unique. Chaque femme ne peut donc être que celle qu’elle est. On retrouve cette idée dans beaucoup de mes titres. Une des chansons, « Qui étais-tu ? », parle d’un sujet assez lourd, celui de l’avortement et, pourtant, ce n’est pas une chanson sur laquelle on doit déprimer. Non, c’est un témoignage possible d’une femme unique, qui a pu vivre ça. Il peut y avoir une multitude de ressentis sur cette expérience et, là, c’est un témoignage possible. Cela ne veut pas dire que l’on est dans un cliché ou une boite, où toutes les femmes auraient vécu cela de la même façon. C’est une des manières de vivre cette épreuve, là c’est un questionnement d’une femme qui arrive à un moment de sa vie et qui se demande ce qu’aurait été cette personne. Cela ne veut pas dire qu’elle regrette, pas du tout, mais ça veut dire qu’on se pose la question, à un moment donné de sa vie de : « j’ai vécu cela et qu’est-ce que ça aurait été si j’avais pris une décision ? »
Un autre titre, mon dernier single, « En boîte », inverse les rôles et montre une situation de drague lourde, abusive, oppressante, d’une femme qui insiste auprès d’un homme qui n’est pas intéressé. Alors que, généralement, on a tendance à voir la situation inversée. J’avais donc envie d’une prise de conscience et d’une dénonciation, mais sans me faire porte-parole pour autant, juste pour faire ouvrir les yeux à certaines personnes de la gravité de la situation quand elles deviennent tout de même insistantes alors que l’on a refusé une avance. Mon album n’est pas un combat sociétal, c’est une façon d’ouvrir les yeux sur certains points qui touchent notre société. Je parle aussi d’un amour passion mais autodestructeur, ou encore d’un enfant de parents séparés qui se dit que, à un moment, ils ont bien dû s’aimer.
En fait, c’est vraiment un témoignage de personnes différentes, uniques, qui vivent des choses qui ne sont pas des généralités mais les gens qui écoutent peuvent parfois se sentir concernés par ce genre de témoignages. L’idée est de toucher le cœur des gens, que ce soit par une identification à la chanson ou par la découverte d’un autre point de vue que celui qu’ils avaient.
Comment décrivez-vous le registre musical de votre album ?
La question est hyper intéressante, j’ai eu récemment un très long échange avec un journaliste qui avait pris le temps d’écouter mon album de A à Z. Il m’a fait un retour d’abord sur les thèmes puis sur comment il ressent la musique. Il a écouté cet album avec un de ses amis, un américain venant des Etats-Unis, qui ne comprend donc pas un seul mot à l’album et qui s’est donc focalisé sur la musique. Il a dit que cet album est donc très « musical/music hall » donc c’est musical mais il y a un côté comédie musicale, presque cinématographique de la musique. Lorsque ce journaliste m’a dit cela, j’étais tout à fait d’accord avec lui et ça a révélé la personnalité de l’arrangeur, Nicolas Soulat, avec qui j’ai collaboré.
Ce dernier travaille principalement dans le cinéma donc on retrouve beaucoup de choses assez modernes, parfois osées, dès fois expérimentales qui donnent un aspect audacieux que j’aime beaucoup. Pour le côté musical, j’apprécie quand la chanson est presque entêtante, qu’on se retrouve à la chanter par surprise parce qu’on l’a écoutée juste avant ou la veille. J’adore cela ! Je trouve qu’une chanson marche quand elle reste dans la tête des gens. D’un point de vue personnel, quand j’écoute pour la première fois une chanson, je suis d’abord sensible à une musique avant de comprendre le sens de la chanson. Ce qui me permet d’être une deuxième fois surprise, face à des textes bouleversants une fois qu’on y a mis le sens. Du coup, je fais très attention à cela aussi quand je travaille sur l’arrangement ou quand je découvre une musique qu’on me propose : je peux la refuser si elle a trop de dissonances ou qu’elle ne reste pas en tête. C’est pour cela que, sur l’arrangement de l’album, j’ai insisté sur le fait qu’il y ait un côté presque addictif à la musique. C’est hyper important pour moi !
Vous évoquiez le single « En boite ». Au-delà de la chanson que l’on retrouve dans l’album, un très chouette et très long clip a été réalisé, avec une vraie qualité de réalisation et d’image…
C’est une chanson qui a sa personnalité puisqu’elle est très pop, presque pop-électro. Sur l’album, on retrouve beaucoup de styles musicaux différents, on a de la ballade, du pop-rock, des piano-voix mais aussi cette chanson, « En boite », qui donne envie de bouger. Forcément, il y a tout un jeu de mot là-dessus, encore une fois, sur le fait que ça se passe dans une boite de nuit et sur ces femmes que l’on met en boite, considérant qu’elles sont acquises sans même avoir leur avis à exprimer. D’ailleurs, comme j’inverse les rôles, le refrain dit « je te veux sans savoir si tu vas vouloir ». A travers cette chanson, si on ne voit pas le clip, ça peut mettre un certain temps avant d’en comprendre le sens. On se dit « mince, par rapport aux autres chansons, le niveau de lexique est très bas ». Il y a même un moment où je dis « je n’ai jamais vu un aussi joli cul ». D’ailleurs, ça a été tout un débat avec Dorian car, à la base, il n’y avait pas le mot « cul » dans la chanson : Dorian ayant un verbe très soutenu, ce n’est pas le genre de mot qu’il met dans une chanson. On a rigolé là-dessus et on a fini par y arriverJ, en lien avec le côté ringard des dragues d’aujourd’hui. Si on ne voit pas le clip, on entend ces mots vulgaires et on peut se demander comment je peux chanter des chansons aussi soutenues d’un côté et, d’un coup, arriver sur une chanson si vulgarisée. Dorian m’avait prévenu de cela, me disant que ceux qui ne comprendraient pas la chanson allaient me prendre pour une vraie dévergondée. J’ai donc fait attention, dans le clip, à de suite faire une mise en scène qui contextualisait la chanson, pour faire percevoir son cynisme. Donc ce clip est très long parce que j’ai tenu à avoir une partie sans musique, parlée, qui instaure le contexte.
Le tournage a été très très drôle, c’était génial, on a tourné en journée dans une boite de nuit, c’était donc une sorte de boite de jour et on vraiment fait la fête. C’était super de voir une foule s’ambiancer sur ma chanson ! La lumière et la fumée donnent de jolis images, tout le monde a joué le jeu des tenues, tous ont mis de belles robes de soirée ou des tenues classes. Le responsable du club « L’Ora » à Mouscron nous a accueillis avec une gentillesse incroyable, il a tout fait pour que tout rappelle l’ambiance nocturne, en faisant venir ses serveurs, en mettant des feux de Bengale autour des bouteilles, en faisant sauter les confettis. J’en suis très contente !
Pour la deuxième partie du clip, j’ai souhaité continuer sur le jeu de mots « en boite ». Mon conjoint, Sylvain, a fabriqué une boite blanche, qui rappelle celle dans laquelle je me trouve sur la couverture de mon album. Dedans, j’y ai enfermé le figurant qui, au début du clip, me draguait et avec lequel on inverse les rôles puisque c’est moi qui lui cours après. Je suis alors physiquement complètement différente, je suis l’amoureuse totalement cinglée, je le regarde, je ne le lâche pas, je le harcèle, je lui hurle dans les oreilles, je lui caresse le visage, je m’amuse avec lui comme s’il était mon petit jouet. Lui est dépité, enfermé dans cette boite il a envie de s’enfuir. On s’est beaucoup amusés aussi car c’était très compliqué de rentrer à deux dans cette petite boite qui devait faire 60 centimètres de profondeur. J’ai mis des couleurs très flash pour montrer un côté de petite fille sage mais, en réalité, complètement cinglée. J’ai voulu faire ressortir ce côté presque mignon mais malaisant. En tout cas, ces couleurs vives et naturelles mettent un contraste entre les deux parties du clip.
Je suis heureuse du rendu, le clip a rapidement dépassé les 10 000 vues et j’espère que ça continuera.
@ Aurelia Cordiez
Le 1er avril, vous avez pu interpréter en longueur, pour la première fois sur scène, vos chansons. Sans doute est-ce là un moment marquant duquel vous gardez de chouettes souvenirs ?
Exactement ! C’est une date symbolique pour moi. J’avais déjà chanté sur scène quelques-unes de mes chansons lors de la fête de la musique mais c’était sur bande son. Là, c’était la première fois que je faisais exclusivement mes chansons mais j’avais cette peur incroyable d’ennuyer le public avec uniquement des titres inconnus. Cela a été très symbolique aussi pour moi quand, dès les premières répétitions, j’ai entendu mes chansons jouées par ces fabuleux musiciens qui m’entouraient. Cela fait quelque chose au cœur, physiquement et intérieurement. En particulier sur les chansons à émotion. Je me souviens, j’étais presque à deux doigts de pleurer en commençant à chanter « Je veux que tu sortes ».
Chanter mes chansons avec des musiciens qui partagent mon émotion a été un nouveau coup de foudre pour moi, en répétitions ou en live. Idem, quand j’étais joyeuse sur scène, ils dansaient avec moi. Quand il y avait des ponts musicaux, je n’avais qu’une seule hâte, celle d’aller m’amuser à côté d’eux pour les encourager. Il y avait une communion avec les musiciens, ça a été magique et cela m’a marquée. J’ai été foudroyée car je ne m’y attendais pas. Je pense que c’est lié à la qualité des musiciens avec qui je travaille, ce sont des gens de cœur qui font cela avec passion.
Cette date est aussi très symbolique pour moi car beaucoup de gens ont été au rendez-vous, ce qui m’a énormément touchée. C’est une date qui représentait énormément pour moi, c’était comme un premier cap dans ma vie artistique par rapport à mes propres chansons, c’était mon premier concert rien qu’à moi. Je pense notamment à Merav, qui a été là pour toute la mise en scène, sans que je ne lui demande quoi que ce soit, ce qui m’a émue. Je cite aussi Hervé, venu faire de la figuration sur « En boite ». Je n’oublie pas non plus les choristes de mes premiers clips qui ont tous répondu présents, ni une danseuse du sud-ouest, Sandy, dont j’avais partagé une danse réalisée sur une de mes chansons et qui est venue illustrer « Je veux que tu sortes ». Toutes ces personnes ont répondu présentes, j’étais entourée de magnifiques gens et j’ai été très émue de la réponse positive de chacun, tout comme de la venue du public. La salle était pleine de gens venus me soutenir, cela a été rassurant pour moi. Donc cette première date m’a marquée par ce côté humain, j’en garde un magnifique souvenir !
Quels retours avez-vous déjà pu avoir du public sur votre album et sur ce concert ?
Le premier retour que j’ai est, en général, sur mon énergie sur scène et non pas forcément sur ma voix. Cela me touche énormément parce que j’y suis bien et les gens le voient. Je danse, je suis profondément triste quand je chante une chanson triste et inversement, je fais la fête à fond sur une chanson dansante. Cela fait appel à l’art du théâtre, que je ne connaissais pas et dans lequel je me plais beaucoup. J’aime interpréter, c’est le mot juste, je ne fais pas que chanter, je vis dans la peau des rôles et des personnages. J’ai l’impression d’être plurielle sur scène. Le 1er avril, j’ai été rassurée aussi par le fait que les gens n’aient pas vu le temps passer. C’est génial !
Concernant l’album, c’est un peu, je pense, la même chose. Les chansons étant assez différentes et le rythme varié, il y a du relief, tant par le style musical que par les sujets traités. Les gens aiment cela, je crois, aiment passer d’une émotion très forte à une ambiance festive, tout en abordant parfois des sujets très légers. C’est très varié et c’est ce qui me plait !
@ Frédéric Baussart
Sans doute que cette première expérience sur scène en appelle d’autres ?
Bien sûr ! Je souhaite renouvelle l’expérience et j’en profite pour lancer un appelJ. J’aimerais beaucoup le faire dans le nord, ce serait une grande fierté de pouvoir jouer à domicile et présenter mes chansons dans mon coin. Mais aussi partout en France ! C’est mon but ultime…
Quelle joie de vous retrouver pour cette nouvelle interview !
Vous avez participé il y a peu à l’édition 2022 des Masters de « N’Oubliez Pas Les Paroles » sur France 2. Après deux éditions précédentes pas évidentes pour vous, dans quel état d’esprit avez-vous abordé ces nouveaux tournages ?
Je pense qu’il y a eu déjà un changement dans ma façon de préparer ces Masters 2022. Les conditions de préparation ont été différentes grâce aux deux années précédentes, qui n’ont pas été très concluantes pour moi. Je me suis servie finalement de ces échecs – parfois des échecs qui dépendaient de moi, parfois des échecs qui étaient indépendants de ma volonté – pour en tirer des leçons et pour me préparer différemment. Donc ma préparation a touché à différents domaines. Psychologiquement, j’ai essayé de mettre beaucoup moins d’affect dans ma venue sur le plateau. En tout cas, pour les deux années précédentes, chaque échec que je vivais – alors que, sur le papier, ce n’est qu’un jeu – était considéré comme presque un échec personnel. Cela me touchait, m’affectait et avait des conséquences sur ma confiance en moi.
Cette année, j’ai vraiment pris du recul, j’ai bien intégré l’idée que beaucoup de choses dépendaient de moi mais que certaines ne dépendaient pas de moi, notamment les chansons qui tombaient. Cette année par exemple, on a vu des chansons qui n’étaient jamais tombées dans l’émission donc, techniquement, on peut apprendre autant de chansons que l’on veut mais si elles ne sont jamais tombées, cela réduit clairement les chances de pouvoir s’en sortir. A ce niveau de la compétition, un faux pas peut être fatal donc, forcément, c’est plus compliqué de se démarquer favorablement en tombant sur de nouveaux titres. Donc, d’un point de vue affectif, j’ai pris ce recul de me dire « fais ce que tu peux, pour ne pas regretter mais ne t’en veux pas après parce que tu auras justement tout donné pour y arriver et que, au moins, tu sortiras la tête haute de cela ». Cette démarche aide sur le mental et le conditionnement psychologique quand on se retrouve sur le plateau, cela donne une part de confiance en soi, en se disant que son boulot est fait.
La deuxième chose, ce sont les révisions en elles-mêmes que j’ai complètement changées. Cela a évolué depuis le début de mon parcours de manière assez aléatoire, ensuite on est tombés avec de grands maestros qui sont arrivés dans le classement et qui ont commencé à faire des tableaux de chansons qui tombaient dans telle ou telle catégorie. J’étais dépassée par toutes ces statistiques mais je me suis bien rendue compte que ça portait ses fruits donc j’ai commencé aussi, non pas à me faire des tableaux mais des playlists de même chansons, de chansons qui me sont mal-aimées et des potentielles mêmes chansons. Comme j’ai vu que les chansons devenaient de plus en plus dures de Masters en Masters, j’ai évidemment mis le paquet sur les mêmes chansons, c’était incontournable mais j’ai aussi bien travaillées les mal-aimées, les chansons rares. Donc j’ai fait une liste de chansons que je ne connaissais pas et qui sont peut-être tombées une seule fois dans l’année, que j’ai bien travaillées parce que, avec les souvenirs des années précédentes, je ne voulais pas me faire avoir une troisième fois. Avant, j’abandonnais ce type de chansons, pensant que j’aurais peu de chances de l’avoir et, là, j’ai complètement inversé ma logique de travail, en les révisant.
Comment avez-vous appréhendé, en conséquence, le premier tournage ?
Sur le plateau, je suis arrivée quelques heures avant de tourner, nous étions les premières avec Caroline à enregistrer pour les Masters. Mais on était presque à la fin de la journée de tournage puisque, juste avant, avaient eu lieu ceux des préliminaires. C’était déjà chouette de pouvoir rencontrer ces maestros de l’année et, de mon côté, j’ai reçu une nouvelle qui m’a pas mal bouleversée juste avant de monter sur le plateau. Donc j’étais assez désemparée, ce qui m’a vraiment déstabilisée. Je n’étais pas dans un mood positif. Parallèlement, Caroline était aussi très très stressée parce que c’est quelqu’un de très exigeante avec elle-même, alors qu’elle est très douée. Donc on avait deux candidates hyper stressées, vraiment. On n’a pas eu la même façon de gérer notre stress, je sais que Caroline l’a intériorisé sur le plateau alors que j’ai eu l’effet complètement inverse. Par le passé, j’avais déjà essayé de l’intérioriser aussi mais ça avait été une catastrophe, cela m’avait bloqué la mémoire. Là, effectivement, je n’étais pas dans les meilleures conditions psychologiques mais je ne voulais pas me refaire avoir par mon état. Donc je me suis dit « lâches toi, défoules toi, sors toute cette pression interne que tu as, pour sortir aussi ton potentiel ». Pendant le générique, j’ai commencé à sauter sur place, à secouer mes bras et mon corps pour lâcher toute cette pression que je ressentais. Et ça a continué sur le plateau…
Donc, pendant cette émission contre Caroline, j’étais très dynamique, très sautillante, un peu nerveuse mais de manière joyeuse. C’est comme cela que j’ai vécu cette émission et, en tout cas, ça m’a permis d’aller chercher des paroles dans ma mémoire, de ne pas me braquer. J’ai quand même commis un faux-pas dans la première même chanson et heureusement pour moi – malheureusement pour Caroline -, elle en a commis un aussi qui m’a laissé l’opportunité de gagner le match. Après, j’ai aussi été très très triste parce que je tiens beaucoup à Caroline, c’est quelqu’un que j’affectionne particulièrement et de la voir se tromper sur une chanson d’Aznavour qu’elle aime, j’ai eu mal au cœur car je savais qu’elle allait beaucoup s’en vouloir, comme j’avais déjà pu m’en vouloir dans les années précédentes.
J’ai eu des émotions assez extrêmes mais qui ont été assumées. Beaucoup de gens n’ont pas forcément compris pourquoi j’étais dans cet état-là, je savais pourquoi et, du coup, j’ai vécu cela comme une victoire personnelle d’avoir été capable de faire face à une pression interne que j’avais, tout en étant dans un tel contexte oppressant par lui-même. En étant dans une telle compétition, d’avoir su mettre mes émotions et ma pression interne de côté, c’était ma victoire à moi. En plus, cela s’est terminé par des finales peu évidentes, avec « Ma bataille » et « Rien n’est parfait » donc c’est une grande victoire aussi pour moi d’être repartie avec 15 000 euros.
Victoire qui vous permettait de poursuivre ainsi l’aventure….
Après, il y a eu une très très longue pause de trois semaines dans les tournages. Là, c’était en plein dans le mois de septembre, presque octobre d’ailleurs. Donc c’était la première fois que je me retrouvais dans ma vie à avoir des créneaux de révision vraiment disponibles parce que, avant, j’étais à l’école sur ces heures-là. J’ai décidé de ne pas sacrifier ma fille, c’est-à-dire que je profitais d’elle quand c’était la fin de l’école. Il était hors de question que je la délaisse pour les révisions mais, quand elle était à l’école, je travaillais, c’était mon école à moi. J’ai été à l’école des paroles pendant un mois, pour préparer ce deuxième match. Je m’étais dit que c’était une chance parce que c’est génial d’avoir presque un mois pour réviser à nouveau, surtout que je n’avais pas révisé plus que trois semaines avant le premier match, soit moins que ce que je voulais. Donc c’était une superbe opportunité…sauf que, quand on rebosse pendant un mois, on a l’impression d’aller repasser un premier tour de Masters, avec l’espoir d’avoir une récompense à son travail. Chose qui n’arrivait pas quand toutes les dates s’enchainaient… Là, c’était la première fois que je me mettais autant de pression pour un second tour. Parce qu’il y avait eu à nouveau une période de révision. Quand il a une période d’investissement personnel assez conséquent, on en espère une petite récompense…
Mon deuxième match a été contre Micka, avec qui j’ai adoré partager le plateau, il est d’une grande douceur et bienveillance. C’est à cette émission que Micka et moi avons été les premiers à découvrir ce nouveau concept de la même chanson, qui nous a tous déroutés, qui est de reprendre une même chanson mais avec la version d’un autre artiste. Je suis tombée sur « La vie ne m’apprend rien », version de Liane Foly. Enfant, j’écoutais avec mes parents la version de Balavoine mais, quand j’étais ado, j’étais attirée par les vois fortes et féminines. Donc la version de Liane Foly m’a énormément plu parce que j’ai pu l’interpréter en tant qu’ado, moi qui aimais bien chanter.
J’étais de la génération boys bands donc les « 2 to 3 », les « Spice Girls », les « Worlds Apart » et « Alliage » tapissaient les murs de ma chambre en poster. J’avais donc appris « Le temps qui court » des Alliage, quand j’étais gamine. Sauf qu’elle n’est absolument par construite de la même façon que celle de monsieur Chamfort. Donc, quand je suis entrée à « N’Oubliez Pas Les Paroles », j’ai dû tout déconstruire de ce que j’avais en tête et presque me censurer les versions de reprise pour rester uniquement sur la version d’origine. Je suis fan de Céline Dion, bien sûr que je n’ai pas écouté en boucle la version de Fabienne Thibeault de « Ziggy » et il y a en fait plein de nuances. Donc, arrivée à NOPLP, j’ai dû proscrire Céline Dion pour aller écouter l’originale. J’ai plein d’exemples en tête mais je les ai tellement interdits que, quand j’ai vu la chanson apparaitre, je me suis dit « c’est bon, je la connais…mais non, je ne la connais plus du tout, j’ai proscris tout cela, je ne sais pas ». J’ai été me créer des pièges là où il n’y en avait pas donc j’étais complètement déroutée par cette règle. Je suis tombée mais, heureusement, je n’ai pas été la seule à avoir été déroutée, Micka est tombé aussi. Le pauvre a bafouillé sur les deux. Au fur et à mesure, on s’est rendu compte que le mieux était de rester fidèle à l’originale, jusqu’à ce que ça s’arrête.
Je suis très heureuse d’avoir vécu ce deuxième match, même si je suis ressortie avec 0 euro. En fait, j’étais frustrée lors de l’émission contre Caroline de mettre arrêtée par prudence sur « Rien n’est parfait ». Je pensais la connaitre jusqu’au bout mais je m’étais dit que si je me trompais et que je perdais le match retour, je repartirais avec rien. Donc j’avais préféré m’arrêter là, par sagesse. Cela a joué lors du match contre Micka, où je pensais connaitre mieux « Miss Maggie » que j’ai eue en finale. Je voulais aller au moins jusqu’au 10 000 euros, j’ai été trop confiante et suis retombée à 0. Mais c’est sans regret parce que ça m’a permis d’être plus prudente sur les autres chansons lors des autres matchs suivants.
Justement, en parlant de match suivant, vous rencontrez ensuite Violaine…
Puis il y a eu effectivement les quarts de finale contre Violaine, on est très très amies toutes les deux, c’est quelqu’un que je porte dans mon cœur depuis des années. On a vécu beaucoup de choses ensemble et on était très heureuses, secrètement, de pouvoir partager ce plateau ensemble. Je savais que c’étaient mes derniers Masters donc vivre ce moment-là avec elle était un peu comme espérer partager un jour une émission avec Kévin ou Hervé, des maestros de qui je suis vraiment très proche. Même si les gens de l’extérieur se disent « ils vont s’affronter, quel déchirement », nous voyons cela comme un partage de vivre une expérience ensemble les yeux dans les yeux, la main dans la main. Donc on était trop heureuses de savoir que l’on allait se croiser sur le plateau et vivre de beaux moments. Qui plus est, on a vécu des émotions fortes puisque l’on a eu de belles chansons à vivre ensemble. On a eu la chance de chanter notamment « Allez plus haut », une chanson à voix. A chaque fois que je suis avec Violaine sur scène, je me noie dans ces yeux qui sont d’une grande bienveillance. Il y a un grand partage et de vivre cela, j’avais l’impression d’être comme sur scène avec elle, ce n’était pas du tout une concurrence. Bien sûr que l’on voulait toutes les deux gagner mais c’était tellement beau de vivre ces moments-là avec elle…
En plus, on a eu des chansons qui, je sais, sont très importantes pour elle et qui le sont pour moi aussi. Parce qu’on a un vécu commun sur ces chansons. C’était à croire que les étoiles étaient alignées pour nous montrer que nos choix amicaux sont les bons. C’était incroyable comme elles étaient symboliques pour elle comme pour moi. Donc un magnifique souvenir…Je fais une petite parenthèse, quand je suis tombée sur « Nicolas » en finale, j’ai vu que beaucoup de gens m’avaient reproché mon état presque second au moment de la validation des paroles. Mais, justement, c’est une chanson symbolique qui m’a permis de réaliser que les choix que j’ai dû faire cette année, qui ont suivi mes convictions et mes valeurs, étaient les bons, en voyant cette chanson apparaitre. C’est une chanson qui a beaucoup de valeur à mes yeux et aux yeux de beaucoup de mes amis qui ont vécu cette même expérience que moi sur ce plateau. Du coup, c’était important de gagner cette finale pour moi, bien sûr, mais pour tous ces amis qui étaient là aussi quand j’ai eu des moments difficiles à traverser cette année. Donc, quelque part, je me disais que je ne pouvais pas m’arrêter, même aux 10 000, ne serait-ce que pour eux. Pourtant, j’en ai eu envie, j’avais de gros doutes, je n’ai jamais été regardé le texte et quand j’ai réalisé qu’il y avait des phrases qui ne rimaient pas, ça m’a mis des doutes. Peut-être que j’avais toujours entendu cela mais que la philosophie de Renaud ne marchait pas avec moi ? Peut-être que c’était toujours ce que j’avais chanté mais que j’avais mal chanté ? Mais, là, je refusais de m’arrêter si tôt, je refusais l’idée de retomber à 0 donc ça m’a mise dans tous mes états. Parce que je savais que, en plus de me porter, je portais aussi beaucoup d’amis avec cette chanson. Très peu de personnes l’ont compris, même ma famille se demandait en regardant les diffusions pourquoi j’étais dans cet état-là. Mais cela a été un moment vraiment incroyablement fort…
On était en plus la dernière émission de la journée, les musiciens étaient au bout du bout du bout, ils en étaient à leur douzième émission, Nagui aussi, tout le monde n’en pouvait plus et cette émission est incroyablement longue parce que j’ai tellement le doute, parce que face à Micka je retombe à 0 après avoir été trop ambitieuse, parce que cette chanson est tellement symbolique que j’ai l’interdiction de me tromper. Tout cela m’a mise dans un état de doute incroyable, j’avais besoin de répéter dix fois la phrase pour être sûre, j’avais besoin de kinesthésie pour faire fonctionner ma mémoire donc je bougeais, j’extériorisais tout et je sais que très peu de gens l’ont compris. Maintenant, je ne regrette pas de l’avoir fait parce que c’était très fort et pas du tout du fake, c’était pleinement ressenti tel que ça a été diffusé à la télé. J’étais moi, dans un état second…mais moi, quand je vis des moments très intenses comme celui-ci. C’est un beau souvenir pour moi…
S’en suit alors la demi-finale….
Ensuite, on arrive du coup à la demi-finale et, quelle qu’en soit l’issue, l’expérience était nécessairement gagnée et plaisante. Je suis allée vers cette demi-finale en me disant « Elodie, l’année dernière, tu as perdu au premier tour, l’année d’avant aussi, l’année encore d’avant tu as vécu un âge d’or avec la finale contre Kévin, tu te rediriges à nouveau vers un prime. Cela fait cinq ans que le prime des Masters existe et, au total, oui tu auras deux échecs mais tu auras vécu aussi trois primes ». C’est plus qu’une bonne moyenne, je sais que j’ai des amis, dans les maestros, qui rêveraient ne serait-ce que d’en vivre un et j’ai la chance d’en vivre un troisième…Que voulez-vous de plus ? Aller en finale ? Tu as déjà vécu une finale…Gagner les Masters ? Le trophée prend la poussière sur le rebord de la cheminée… Bien sûr, j’aurais été très très fière de gagner ces Masters mais, quelque part, j’ai tout gagné. J’ai plein de proches qui m’ont dit « ah, j’étais dégoutée lorsque tu as perdu » mais non, je n’ai pas perdu, j’ai gagné l’expérience de revivre ce prime, de revivre un moment avec Renaud où on n’est pas du tout comme au premier tour, on est beaucoup plus détendus, on ne fait que s’amuser et vivre des émotions fortes…Je ne demandais rien de plus, j’étais déjà allée au-delà de mes objectifs que je m’étais fixés avant de commencer les tournages. Ils étaient de ne pas me laisser me déstabiliser par mes émotions, de m’assumer, de ne pas me laisser me déstabiliser par l’extérieur. Donc, pour moi, c’était une très belle victoire d’avoir tenu moralement, malgré ce contexte. C’était aussi une très belle victoire finale parce que j’ai eu des finales qui n’étaient pas évidentes, que ce soient « Nicolas », « Le mur du son » ou les deux premières citées précédemment. Sortir avec 45 000 euros était aussi une très belle fierté. Cela voulait dire qu’orienter mes révisions sur des chansons plus rares était un bon choix. Tout cela me prouvait que mes objectifs étaient atteints et que, maintenant, ce qui arrivait n’était que du plaisir à prendre. J’y suis allée vraiment dans cet état-là, Renaud aussi était dans un mood complètement différent de celui de l’année dernière…
Quand on est sur un premier tour, qu’on sort de plusieurs mois de révisions donc de plusieurs mois de sacrifices, quelque part, on espérait tous les deux sortir gagnants non pas du match mais de nos révisions. C’est ce qu’il espérait l’année dernière et on avait tous les deux une pression par rapport à cela. Là, le contexte était tellement différent, Renaud avait battu le gagnant des préliminaires, il avait gagné contre Arsène, l’un des maestros qui fait trembler tous les camarades, lui qui consacre énormément de temps aux révisions et qui a un self control émotionnel incroyable. Après ces victoires-là, comment voulez-vous que Renaud soit stressé ? Donc on a eu deux personnes qui étaient juste heureuses d’être là, de partager ce moment et on a partagé ce bonheur même avant le tournage. Ce n’était plus une concurrence…bien sûr, on se bat pour aller au bout de nous-même mais je sais qu’il aurait été très heureux pour moi si j’avais gagné et j’étais incroyablement heureuse pour lui, qui n’avait jamais passé de huitièmes de finale et qui le mérite amplement.
On a fait les répétitions du prime avec une superbe convivialité et un bonheur incroyable. J’essayais de rester quand même dans ma bulle de concentration pour ne pas donner trop d’énergie en amont. Mais j’étais heureuse, je savais que je n’avais plus rien à perdre. Cette ouverture du prime a été fabuleuse pour moi, j’ai eu l’honneur de pouvoir ouvrir le premier solo, entourée de mes amis qui ont super bien commencé la chanson. Oui, j’étais très fière d’être parmi ces quatre finalistes, d’être au-devant de ce plateau et d’avoir la chance de pouvoir encore chanter. On a ensuite appris que ce ne seraient que des mêmes chansons inédites donc on s’est dit « ouh là là là là là », j’ai donc fait appel à ma playlist des potentielles, c’était le moment ! Effectivement, c’est tombé sur une chanson, « Comme un boomerang », qui y était et que j’avais récitée par cœur, sans erreur, à Kévin deux semaines avant. Sauf que les phrases sont quasiment identiques, avec un pronom ou un déterminant qui changent. Donc, même si on l’a apprise par cœur, c’est typiquement le genre de chanson qu’il faut relire pour au moins avoir la structure globale en tête. Elle faisait donc partie de ma petite liste papier intitulée « à réviser la veille ». Sauf que, la veille, j’ai fait un aller-retour Lille – Paris dans la même journée donc je n’ai pas eu le temps de me pencher sur mes révisions et….patatras, je suis tombée, là où Renaud est allé beaucoup plus loin. Cela nous a mis plusieurs centaines de points d’écart sur le match aller, je me souviens qu’en perdant, j’ai dit « Désolée Kévin, désolée Kévin », en serrant très fort mon micro. Il avait misé sur ça, il avait partagé ce pari avec moi et je n’ai pas été à la hauteur donc je m’en voulais surtout pour lui.
Il y a eu ensuite une plus longue pause que d’habitude, avec la première partie du match Hervé-Manon puis la préparation du prime. On a donc eu plusieurs heures d’attente. Encore une fois, même si des centaines de points auraient dû me faire peur ou me démotiver, cela n’a pas été le cas, je savais que j’allais faire un prime et j’étais tellement heureuse de cela. Dans ma tête, c’était terminé, je savais que j’allais faire ce que je pouvais pour me battre jusqu’au bout mais que deux cents points contre Renaud étaient irrattrapables. Mais, ayant la main sur le match retour, je me suis dit que, peut-être, je pouvais viser une finale, en allant au bout de la même chanson. Je m’accrochais à cela…on a commencé le prime, j’étais très heureuse, bien, je sentais Renaud aussi très heureux, on était dans le partage de nos émotions. Preuve que j’étais détendue, sur les trente points, j’avais deux chansons sur lesquelles j’étais très mitigée, j’ai choisi « Dur dur d’être bébé » de Jordy, je n’avais pas les paroles mais j’ai chanté avec une voix de bébé et, d’ailleurs, je n’étais pas loin de la bonne réponse. On s’est bien amusés en tout cas et ça n’aurait rien changé aux deux cents moins d’écart. Donc j’étais très heureuse malgré mon retard, j’ai très très bien vécu ce prime. Quand c’étaient des chansons dynamiques, Renaud et moi nous retournions vers nos camarades pour chanter avec eux, ce n’étaient que des moments de partage. Puis est arrivée la même chanson, je vais dans le fauteuil, Renaud ne fait pas beaucoup de points avec « Toutes les machines ont un cœur ». Je l’avais écoutée il y a trois ans, je l’avais à peine entendue donc c’était sûr que je ne la connaissais pas. Je connaissais surtout le premier refrain, je me suis dit que j’allais le répéter une deuxième fois et que ça s’arrêterait quand ça s’arrêterait…et, là, j’entends la sonnette et je me dis « ce n’est pas vrai »…Je commence à tourner sur moi en mode « arrêtez tout parce que, là, c’est bon, je n’irai pas plus loin »…et j’entends tous les copains qui commencent à chanter, je me retourne vers eux et je fais la cheffe d’orchestre parce que je ne connaissais pas du tout la chanson. C’était un moment très rigolo et incroyable, vraiment j’ai mis du temps à réaliser que j’avais gagné sur une chanson que je ne connaissais pas. Donc j’ai pu tenter la finale, avec deux chansons qui, pour moi, devaient me permettre d’aller aux 20 000 euros. Pour la beauté de la chanson, je choisis « Mon vieux », en me disant que j’allais un peu plomber l’ambiance…
Mais, au final, c’est un moment de grande émotion….
Là, je suis beaucoup moins hésitante, j’y vais, je tente les 20 000 et, presque comme surprise, j’entends d’un coup les copains qui se mettent à chanter, une fois que j’ai fait ma proposition. Là, j’oublie complètement que je suis sur le plateau, les caméras disparaissent de ma tête, j’oublie presque Nagui à ce moment-là, avec tout le respect que j’ai pour lui. Parce que les voix de mes amis me portent. Forcément, je me retourne vers eux et je me dis que je ne craquerai pas, moi qui avais passé mon temps à pleurer sur les émissions précédentes. Donc je les regarde avec admiration mais, là, mes yeux se dirigent sur la droite et je vois Lucille qui a ses grands yeux bleus qui restent ouverts, pour ne pas cligner ni faire tomber les larmes, avec les lèvres qui tremblent…Pour ne pas pleurer, je regarde du coup à gauche et je vois Héloïse qui sanglote en essayant de chanter. Donc je me mets à pleurer, au point de ne plus savoir chanter. C’était de toute façon tellement beau que je voulais laisser mes amis chanter. J’étais dos aux caméras, je me noyais dans leurs yeux et c’est un moment hors du temps, tant pour la force de ces paroles que la fierté d’avoir quarante personnes qui me regardent tous, avec les larmes aux yeux et qui partagent ce moment avec moi. C’est ma plus grande des fiertés d’avoir eu la chance de vivre ce moment-là, c’était un instant incroyable.
A la fin de la chanson, Nagui me chuchote à l’oreille pour me demander si mon père va bien. C’était le cas, c’étaient simplement mes amis qui me faisaient pleurer. C’est important de dire aux gens qu’on les aime, ce que j’ai pu faire pour mon papa. Cerise sur le gâteau, je prends la décision d’arrêter le jeu quelques secondes et de me dire « là, c’est la dernière fois que tu es sur le plateau, tu es en prime, tu vas gagner 20 000 euros, tu viens de vivre un moment émotif incroyable,… remercie tes proches », parce qu’on est à la fin de l’aventure. J’ai donc pris le temps de remercier mes proches, ma fille, Sylvain, mes amis, ma famille qui, pendant plus de sept ans, ont compris que j’ai dit non à des moments humains importants à mes yeux et aux leurs. J’ai eu la chance de ne perdre aucun ami et de ne m’éloigner d’aucun membre de ma famille. Cela veut dire que je suis entourée de gens qui sont infiniment compréhensifs et qui m’ont toujours soutenue dans cette démarche, même si c’était long et même si je leur manquais. Même s’ils en ont souffert, ils ont accepté cela et ont tout fait pour ne pas me faire culpabiliser. C’était donc vraiment le moment pour moi de leur exprimer ma reconnaissance et je suis très fière de l’avoir fait. Tout n’a pas été diffusé, j’ai dit à ce moment-là aussi que c’était important de le faire pour moi mais également pour les autres maestros. Finalement, c’est quelque chose qui nous rassemble, beaucoup souffrent de ces sacrifices car, indirectement, nous faisons assumer à nos proches les choix que nous faisons en tant que maestros.
Puis, une fois les paroles bloquées, l’émission s’est très bien terminée avec 20 000 euros à la clé. Ensuite, je suis allée faire la fête avec les copains, dans le public. C’était donc une très belle fin. Je suis très heureuse que Renaud ait gagné ces masters, lui qui a tellement investi de temps personnel pour ses révisions. Il a sans doute vécu la même chose que moi et c’est presque logique qu’il ait enfin une récompense à son travail. Je suis vraiment ravie de cette issue, c’est très bien qu’il ait gagné, je n’ai aucune frustration, je suis très heureuse.
De façon plus globale, les Masters ont également ce charme de rendre les outsiders vainqueurs. Vous l’avez montré d’entrée de jeu face à Caroline. Margaux et Kévin notamment ont également chuté. Au final, sur le prime, il y a une grande hétérogénéité parmi les maestros présents, au regard du classement initial…
C’est vrai ! Avoir des outsiders qui percent dans un endroit où on ne les attend pas met du piment dans la compétition et ça donne encore plus envie de s’y accrocher. Effectivement, c’est alors difficile de dire qu’untel est favori. En tout cas, quand on est classé parmi les derniers, on a moins cette pression du classement. Mais je trouve justement que ce prime des Masters est effectivement très révélateur de l’hétérogénéité. Tant vis-à-vis du classement où on avait les extrêmes mais même sur la façon de réviser. On avait le plus assidu de tous, Renaud, qui lui commence à réviser dès le mois de janvier. Il m’a fait rire, en me disant « j’ai beaucoup moins révisé cette année, une heure par jour au lieu de trois ». Il fournit un travail continu et régulier tout au long de l’année, chose que je ne pourrais pas faire, bien que je travaille beaucoup. Et on a Manon qui a révisé deux semaines avant d’aller au premier tournage. Les deux ont pourtant atteint la demi-finale. C’est aussi révélateur de choix stratégiques. Manon a fait des choix parce qu’elle connaissait son niveau de révisions et qu’elle n’a pas pu réviser avant. Elle a très bien joué, elle est allée jusqu’au prime, je trouve cela pas mal…Finalement, n’est-ce pas elle qui est gagnante, en termes de rentabilité des investissements ? On ne sait pas…
Bien que l’on ait eu une finale masculine, il y avait aussi une parité en demi-finales, c’était bien réparti !
Sans dévoiler de grand secret, comment avez-vous vécu la diffusion des images ?
En fait, je n’en parle pas à mes proches avant. On nous impose d’ailleurs de ne pas divulguer les résultats, ce que je trouve normal. Et puis, on a aussi toujours eu cette habitude, avec mes proches, depuis les toutes premières diffusions, de ne pas se le dire pour le plaisir de regarder l’émission finalement. C’est très drôle, je dis toujours que, à la maison, il y a une ambiance de coupe du monde, ils crient aussi forts que lorsque la France marque un but.
Pour le premier match, j’ai une cinquantaine de personnes à la maison, qui n’étaient pas au courant du résultat, qui cherchent toujours dans mes yeux une quelconque émotion ou qui m’interrogent sur le futur voyage à Tahiti, en référence au séjour gagné par le champion des Masters. Il faut faire, pour le match, de la place pour tout le monde, on essaie de créer des espèces de gradins dans le salon, le tout dans une ambiance très cool. Personnellement, je fais très attention à la façon dont je chante, c’est important pour moi de ne pas faire trop de fausses notes. La famille et les amis s’accrochent à mes mains et au canapé, attendant les résultats. Donc, oui, effectivement, quand ils entendent la sonnette, ça crie d’un coup comme ça, à faire sursauter. C’est un moment incroyable, je me dis que j’ai de la chance d’avoir des gens qui ont le cœur qui vibre à ce moment-là pour moi parce qu’ils m’aiment et qu’ils veulent me voir y arriver. C’est une chance inouïe, c’est extrêmement flatteur et touchant de vivre ces moments-là.
La fois suivante, j’étais partie en Belgique donc on a vu l’émission avec des potes sur place, le tout dans une très bonne ambiance. Pour le quart de finale, c’est tombé en même temps qu’un match de l’équipe de France de football. Pour les raisons que l’on connait, je ne voulais pas encourager cette coupe du monde donc, du coup, je disais à mon mari que je ne voulais pas mettre la rencontre de foot après l’émission. Quitte à n’avoir personne autour de moi…Au final, il y a quand même eu une trentaine de personnes. Certaines sont reparties d’ailleurs juste après pour voir le match mais toutes étaient là pour me soutenir, j’étais donc très contente, encore plus dans ce contexte-là.
Quant au prime, je l’ai vécu d’une manière assez particulière, l’ayant vu quatre jours après sa diffusion. Parce que j’étais trois jours en immersion pour l’organisation d’un concert caritatif dans le Pas de Calais. J’étais bien en retard, je l’ai regardé toute seule mais l’émotion était bien là, ça m’a permis de pouvoir pleurer à chaudes larmes sans être jugée, en revivant ce moment-là. Mais c’était un bon moment, j’ai beaucoup apprécié.
Pour boucler la boucle sur l’aventure NOPLP, vous qui êtes trente-deuxième au classement, on peut penser que vous avez vécu vos derniers Masters. Quel regard, du coup, portez-vous sur cette aventure pendant toutes ces années ?
Cette expérience m’aura apporté tellement de choses. Je pense que la première des choses est l’apprentissage du suivi de mes convictions. Il y a dix ans, jamais je n’aurais imaginé que j’allais quitter l’enseignement, que j’allais suivre ce que me dicte mon cœur, que j’allais peut-être dire non à des opportunités entourées de paillettes, dans le but de rester moi-même et fidèle à celle que je suis. Je pense que la peur était plus présente chez moi avant cette émission, j’étais quelqu’un de plus craintive. Aujourd’hui, j’ai moins peur de suivre celle que je suis, et, ça, c’est énorme, cela m’a fait beaucoup grandir. Les expériences que j’en ai eues m’ont vraiment fait prendre du recul, les personnes que j’ai rencontrées m’ont vraiment faite grandir et m’ont rendue plus solide dans mes convictions. Aujourd’hui, j’ai plus de capacités à prendre du recul, changement que j’ai pu ressentir cette année. Je sais que ça m’aidera dans mes choix artistiques.
En lien avec cela, les expériences et les amis rencontrés dans cette aventure sont incroyables et ont bouleversé ma vie. C’est aussi quelque chose de très positif que je ressors. On parlait de la fin de l’émission mais, pour moi, on n’est qu’au début des amitiés. Elles sont d’une grande sincérité et je sais que certaines continueront bien au-delà de cette aventure.
Artistiquement, j’ai vécu des choses incroyables, en commençant par monter sur un plateau, devant un public. J’ai été à côté d’un grand monsieur, j’ai eu des ambiançeurs derrière moi, j’ai chanté avec un orchestre extrêmement talentueux et doué, le tout en live, sur des chansons que l’on connait parfois à peine. Donc cela développe des capacités d’improvisation et d’adaptation. Je n’oublie pas les premières scènes faites avec mes amis, ni le coup de cœur que j’ai eu justement pour la scène. Je peux même parler d’un coup de foudre, plus que sur le plateau ou que l’enregistrement en studio. Même si cela est aussi une nouvelle expérience que j’ai adorée. Ce que j’aime, c’est la scène, ça a été mon plaisir ultime de toute cette expérience. Cette année, j’en ai vécues des encore plus grandes, avec le Zénith de Lille, avec l’Olympia de Paris, avec l’Arena de Reims. Finalement, même une scène où j’avais deux cent personnes face à moi me faisait complètement vibrer. Quelle que soit la taille de la scène, elle me fait battre le cœur.
Je sais que je dois énormément à cette émission, je sais qu’il y a une réciprocité, je sais qu’aujourd’hui, sans maestros, il n’y a pas de Masters et je sais que Nagui nous avait déjà dit qu’il était très heureux de voir des candidats arrivés de manière lambda faire ensuite des millions de téléspectateurs en prime. C’est un pari fou donc c’est une grande fierté aussi de faire partie de ces gens-là qui font marcher la mécanique des Masters.
Je sais que je dois beaucoup à cette émission mais je dois aussi énormément au fait que mon mari ait eu confiance en moi. Je ne serais jamais allée dans cette émission s’il n’avait pas senti ce potentiel et s’il ne m’y avait pas inscrite finalement de force, après deux ans de réticence et s’il ne m’avait pas boostée dans ces révisions. Et je dois le dire, je dois beaucoup aussi à mon travail. Il ne fait pas tout, la chance y est pour quelque chose aussi mais j’ai su actionner au bon moment certaines ficelles que j’avais en main, parce que j’ai travaillé. Donc c’est un tout ! Je le dois donc à l’ensemble de l’expérience, il y a plein d’acteurs dans tout cela.
Je vous parlais des rencontres humaines, je pense que ça ne s’arrêtera pas là, ce sont des gens que j’aime, en qui j’ai confiance et avec qui j’ai envie de vivre des moments humains mais des moments artistiques aussi. Je n’ai pas, pour l’instant, de projet concret mais je sais que l’on fera des choses ensemble parce que l’on aime être ensemble, tout simplement.
Il faut être honnête, financièrement ça a complètement bouleversé ma vie également, j’ai changé de mode de vie, je suis partie d’un appartement pour arriver dans une maison, à l’âge de 30 ans, c’est une chance que tout le monde n’a pas et j’en ai conscience. Cela m’a permis aussi de faire des investissements qui me permettent, aujourd’hui, de stopper l’enseignement sans me mettre en danger financièrement. Beaucoup de gens rêveraient de se lancer dans la passion dont ils ont toujours rêvé mais ne peuvent pas le faire parce qu’il y a une famille à nourrir et un loyer à payer. Je dois moi aussi payer des choses mais j’ai gagné une belle somme d’argent, que je n’ai pas dilapidée et qui me permet de faire ces choix professionnels aujourd’hui. Donc, oui, c’est aussi une chance.
Pour terminer, des dates sur scène sont en préparation, notamment pour le début d’année….
Tout à fait ! On a deux concerts à Marly organisés le 4 février par un membre de NOPLP, où l’on côtoiera d’autres chanteurs ayant participé à d’autres émissions musicales. L’idée est de faire des concerts comme on les a déjà faits les fois précédentes, avec des costumes, avec de la danse, avec des chansons connues, d’autres un peu moins et de vivre des émotions fortes sur une scène avec le public.
Ensuite commencera une tournée à partir du 16 février, pendant dix jours, où on va sillonner une partie du nord de la France. On va aller jusqu’en Belgique. Je ne sais pas encore si je serai sur toutes les dates mais je me suis portée volontaire pour y être au maximum, la scène étant mon plaisir ultime. Pareil, chorégraphies, danse, fête seront au rendez-vous. L’idée n’est pas forcément de faire des grandes salles, on est plus sur des petites salles, en mode familial, en proximité avec le public, dans une ambiance bon enfant. L’objectif étant de toucher toutes les générations d’une famille, pour que tout le monde s’y retrouve. J’ai hâte d’y être car, en plus d’y vivre des expériences artistiques incroyables, j’y vis des moments de complicité et d’amitié très forts. J’y vis aussi des moments de rencontre avec les nouveaux chanteurs qui nous rejoignent. Ce sont de très bons moments que je savoure parce que je sais qu’ils ne dureront pas éternellement.
Quelle joie d’effectuer cette interview avec vous !
Vous avez récemment terminé une exposition de peintures à Paris. Quels principaux souvenirs gardez-vous de ce mois de mis en avant des œuvres ?
Kat Sroussy m’a proposé d’exposer à la Galerie Le Select suite à un tableau de Betty Boop que j’avais présenté il y a un an à la mairie du Vie à Paris pour l'exposition Florilèges de Saisons de Culture. Il faisait référence à l’affaire Weinstein, j’ai donc décidé de décliner d’autres Betty Boop après ce one-shot. J’ai fait des études d’histoire, j’aime bien l’actualité et ce support s’y prête bien. Cette fois-ci, j’ai proposé notamment une toile sur l’avortement suite à l’interdiction qu’il y a eue aux Etats-Unis. J’aime bien y glisser mon regard, avec des petits messages…
J’étais malheureusement peu à Paris pendant l’exposition, c’est passé très vite. J’exposais avec ma maman ChrisSivi qui est peintre et sculptrice, je garde un très bon souvenir d’avoir fait ensemble une exposition mère/fille.
Quels principaux retours ont pu faire les personnes venues voir cette exposition ?
Je ne sais pas si elles sont toutes objectives. En tout cas, j’ai plutôt eu de jolis retours sur mon travail. A la base, j’ai hérité de la peinture par mes deux grands-mères et par ma mère mais ce n’est pas du tout mon métier. Mais on m’a récemment commandé des toiles pour le nouveau laboratoire d’analyses Bio Eure Seine à Evreux donc c’est vrai que la peinture a été assez présente ces derniers mois.
Cette exposition-ci en appelle-t-elle d’autres prochainement ?
J’ai une prochaine exposition prévue en juin, dans l’Ain à Pérouges au cœur d’un petit village médiéval particulièrement charmant. J’exposerai avec ma mère et le photographe François De Marco. J’adore Betty Boop, je m’éclate à l’intégrer dans divers univers mais, en même temps, ce n’est pas moi qui en suis à l’origine. J’aime la création, j’ai mon propre style donc je me dis qu’il y aura sans doute des Betty Boop mais aussi d’autres thèmes. J’aime les portraits, j’aime les gens en général, j’aime l’humain, j’aime représenter les personnes.
Vous êtes une artiste aux cordes multiples et variés. Un projet de court-métrage devrait voir le jour cette année…
J’ai 10 000 projets en même temps, j’ai la tête pleineJ. Ce court-métrage qui sera réalisé par Thomas Grascoeur se déroule pendant le confinement, c’est basé sur les enjeux de la rencontre : souvent, on s’adapte à l’autre, on se suradapte même, on veut plaire et donc ça part de l’idée de base que, sur les sites de rencontres, on veut tellement séduire qu’on ment un peu et on s’oublie soi-même. En pleine période de Covid, quand on est enfermés, on peut mentir un petit peu mais, au bout d’un moment, le naturel revient au galop…C’est une comédie qui s’annonce très chouette. J’y suis scénariste et comédienne, j’avais écrit une première version il y a très longtemps et je l’ai adaptée suite à la pandémie.
Aurons-nous, en complément, l’occasion de vous revoir prochainement sur scène ?
Oui ! Je prépare un nouveau tour de chant avec Martin Pauvert, qui joue actuellement dans « Les Franglaises », c’est un super musicien multi instrumentiste, il est génial. Je n’ai pas chanté mes chansons depuis 2017, j’étais en pleine écriture de pièces de théâtre, je suis donc contente de retrouver mes premières amours.
Je serai sur scène le 18 mars dans la région lyonnaise. J’aime le texte, j’aime les mots, ce seront des chansons françaises intimistes, où je me livrerai peut-être un peu plus qu’avant. J’ai 40 ans, l’âge de la maturité, c’est un peu une renaissance pour moiJ.
Considérez-vous tous ces domaines comme des métiers différents ou comme un seul et même ensemble ?
Je pense que tout est complémentaire. J’aime dire des choses, j’aime l’écriture et je crois que j’apprécie exprimer des sentiments à travers différents vecteurs. Justement, pour moi, ce sont des techniques différentes mais tout est complémentaire en fait. Le théâtre va apporter à la chanteuse, qui va apporter à la comédienne. J’ai fait pas mal d’assistanat de mise en scène, j’ai eu la chance de travailler aux côtés notamment de Robert Hossein, de Richard Berry, de Niels Arestrup…C’est vrai que j’ai appris aussi beaucoup sur le terrain et j’aime également être de l’autre côté. C’est, là encore, un travail différent mais l’amour de l’art prime. J’aime donner un sens à tout ce que je fais, à travers des supports variés.
Vous allez même parfois encore plus loin, en faisant le lien avec l’œnologie, dans un autre projet qui vous tient à cœur…
Je suis petite fille de vigneron, dans le Beaujolais, j’ai baigné dans les vignes quand j’étais petite, j’ai fait les vendanges pendant des années donc c’est vrai que j’ai toujours été imprégnée par l’univers du vin. Je me suis formée à la dégustation géo-sensorielle et intuitive qui fait appel aux émotions. C’est ce qui m’intéressait, j’avais envie de travailler sur les émotions et d’apporter ma petite touche créative autour de ces dégustations. C’est une aventure œnologique culturelle et multi sensorielle. On y retrouve l’Histoire du vin, l’œnologie, des textes, des musiques, on fait appel aux neurosciences et l’idée est de partager un bon moment avec les gens.
Quelle joie d’effectuer cette interview avec vous !
Vous êtes actuellement sur scène, au théâtre Le Funambule Montmartre, dans la pièce « Folie Baroque ». A titre personnel, on imagine sans doute le plaisir et la joie que cela doit être pour vous ?
C’est un spectacle qui a vu le jour en 2020, nous avions joué 4 dates avant le confinement. Entre temps, l’équipe a pas mal changé, finalement la seule résistante, c’est bien moiJ. J’ai proposé à Alexis de nous rejoindre, c’est un ami comédien et metteur en scène. L’équipe est donc entièrement nouvelle, c’est un peu comme une nouvelle pièce.
Avec vos mots, comment présenteriez-vous ce spectacle ?
Je dirais que c’est une comédie classique musicale, pour ne pas l’associer à de la comédie musicale. On n’est pas du tout là-dessus, on ne vient pas défendre nos répliques en chantant, on est bien sur une pièce de théâtre qui raconte l’histoire de l’arrivée de castrats napolitains en France au XVIIIe siècle. La musique était alors assez présente, dans notre pays, dans les salons, dans les grandes familles aristocrates mais on n’avait encore jamais vu de chanteurs castrés en France.
A titre personnel, je joue le rôle de Claudine, une femme très libre, qui revient de Venise chez elle et qui offre un castrat à son amant ou mari – on ne sait pas exactement quel est leur lien. C’est l’élément déclencheur de la pièce…
Au moment de vous approprier ce personnage, vous étiez-vous plongée dans certains éléments de contexte de l’époque, pour mieux en appréhender l’atmosphère ?
Je ne suis évidemment pas habituée à jouer un personnage du XVIIIe donc, pour le rôle, j’ai regardé beaucoup de films d’époque. Notamment « Madame de Joncquières », avec Cécile de France, qui se tient extrêmement droite. La position des mains, à l’époque, est extrêmement importante. On ne peut évidemment pas les mettre dans les poches…Je connaissais peu le monde des castrats, j’ai regardé « Farinelli », je me suis renseignée, j’ai lu pas mal d’articles. Sabine, l’auteur, nous a beaucoup documentés aussi, elle nous a vraiment donné toute sa bibliographie de tous les bouquins dont elle s’était inspirée. Je suis allée voir pas mal de spectacles pour savoir quels éléments de mise en scène étaient mis en avant et quels étaient les costumes. Je pense notamment à une pièce au La Bruyère qui m’a vraiment marquée, qui s’appelait « Aime comme Marquise ». La comédienne qui jouait cette femme m’a beaucoup inspirée.
Mais, oui, il est évident que l’on s’est tous plus ou moins inspirés de vieux bouquins du lycée que l’on avait en tête, comme « La princesse de Clèves », ainsi que de films d’époque. Aujourd’hui, c’est vrai que pas mal de supports existent, nous permettant de travailler nos rôles.
Pour certaines facettes de Claudine, y avez-vous mis, de près ou de loin, un peu de vous ou de personnes de votre entourage ?
Je pense que Claudine me ressemble sur pas mal d’aspects. Elle est un peu fofolle, extravagante, elle parle beaucoup, elle peut aussi être joueuse avec son mari. Elle est parfois sur la retenue mais elle n’a pas sa langue dans sa poche, quand elle a besoin de dire quelque chose, elle le dit donc elle est assez honnête. Elle est également une femme enfant.
Donc, oui, j’y ai mis un peu de ma personnalité. De toute manière, tu y mets forcément un peu de toi quand tu construis un rôle. Evidemment, la classe sociale est très éloignée de la mienne, l’époque fait toute la différence mais il n’empêche que, dans sa folie, sa générosité et je dirais sa fougue, on se rejoint pas mal.
Les mots et le phrasé sont-ils d’ailleurs ceux de l’époque ? Ou le vocabulaire est-il plus contemporain ?
Je pense que Sabine a vraiment fait un beau travail, justement, sur la retranscription et le langage soutenu de l’époque. Maintenant, nous, comédiens, sommes très très fidèles à son écriture mais on peut y mettre aussi un peu de contemporain dans notre manière de parler pour, peut-être, rendre nos personnages plus quotidiens. Donc c’est vraiment un parti-pris. On a cette liberté de quand même casser un peu ce langage soutenu mais tout le texte est extrêmement classique. J’avoue que ça fait du bien aussi aux oreilles de ne pas avoir un « ouais, grave ! » en plein milieu d’une réplique.
Vous l’avez dit, vous êtes 4 sur scène mais pas forcément 4 comédiens, il y a un mélange de jeu et de musicalité tout au long de la représentation…
Sachant que ça parle des chanteurs castrats, on n’avait pas du tout envie de proposer juste un comédien qui interprète un castrat mais qui ne puisse pas chanter. Donc notre comédien, je vous rassure, n’est pas castré, il est contreténor donc il a une tessiture vocale évidemment très aigue pour un garçon. Il fallait aussi qu’il ait un amour pour Vivaldi, qu’il connaisse ses chansons et ses mélodies, Sébastien a donc fait, lui aussi, un gros travail de recherches. On ne voulait pas non plus se contenter d’une bande son, on souhaitait avoir un vrai piano sur scène. Malheureusement pour nous, ce n’est pas un clavecin car le piano, à l’époque, n’était pas vraiment existant mais, justement, on se marre là-dessus, on dit que c’est un piano droit et que mon mari est un avant-gardiste. Ces deux rôles, de Sébastien et de Magnhild, contrebalancent donc les deux autres personnages.
Quels principaux retours avez-vous déjà pu avoir du public, à l’issue du spectacle ?
Je pense qu’ils ont apprécié l’ambiance générale qui se dégage de cette pièce, on a eu de très beaux compliments sur le texte, sur l’énergie déployée sur le plateau, sur le décor classique de ce salon parisien, sur la beauté des chants. On a eu pas mal de mots gentils mais c’est un début, on verra par la suite.
A propos de début, sans doute peaufinez-vous encore certains éléments, en fonction de vos ressentis et des retours de la salle ?
On s’est rendu compte qu’il y avait quelques petites choses qui ne passaient pas. Pas le texte, qui est écrit et ancré, en revanche en mise en scène il peut y avoir des déplacements à retravailler. Un accessoire de texte peut aussi être déplacé ou changé de timing. Alors même que l’on est sur scène, on va refaire des répétitions pour que le spectacle se bonifie de semaines en semaines. Donc, oui, je pense qu’il va encore bouger, rien n’est fixé.
En complément, vous qui êtes une artiste aux multiples casquettes, vous développez d’autres projets musicaux…
Oui, c’est d’ailleurs aussi pour cela que « Folie Baroque » m’a beaucoup attirée quand on m’a proposé le rôle, c’est qu’il y avait évidemment un lien entre la musique et la comédie, les deux métiers que je fais et qui me plaisent toujours autant.
J’avais sorti un premier EP – un album de 6 titres – en mars 2022 et je suis sur l’écriture d’un second. C’est du travail, de l’écriture des textes à l’enregistrement, sans oublier les scénarii des clips. Je m’en occupe donc à côté du théâtre et j’aurai une date de concert le 27 janvier au Pamela Club, à Saint-Germain. C’est une date gratuite, où seront présentés 2 à 3 nouveaux titres du prochain EP. J’y ferai aussi quelques reprises et chanterai également l’intégralité du premier album.
Avoir cette pluridisciplinarité-là doit être, à titre personnel, particulièrement plaisant et agréable ?
Oui ! Là où je me sens un peu légitime sur scène dans « Folie Baroque », c’est que, comme je suis musicienne, j’ai une certaine oreille et donc je comprends leur langage, ce qu’un autre comédien peut-être ne comprendrait pas. Donc, quand ils parlent de tierces, de changements de tonalité ou de rythme, je les comprends. C’est mon petit plus en tant que comédienneJ. Parfois même, je traduis à Alexis ce qu’ils veulent dire. C’est vrai que c’est hyper sympa : j’ai, sur scène, le plaisir d’écouter de la belle musique et le plaisir pour moi de jouer la comédie.
Quelle joie d’effectuer cette interview avec vous !
Vous êtes une artiste aux multiples cordes, comme en témoigne votre parcours : l’image, la musique, la réalisation, l’écriture…Si on revient à l’origine de votre parcours, quelles principales raisons vous avaient donné l’envie d’en faire votre métier ?
Je sais que, pendant mon enfance, mes parents me disaient souvent que je parlais trop fort. A 9 ans, j’ai suivi un premier cours de théâtre. Je me souviens de la présentation que l’on a faite, je me suis retrouvée sur scène et j’ai adoré. J’ai découvert que je pouvais y parler fort, je m’exprimais et je m’y sentais libre, j’étais pleinement moi. Et puis, avec la surprise des gens qui applaudissent à la fin, c’est quand même quelque chose de magique… ! Je n’ai alors plus lâché le théâtre, je disais déjà que je voulais devenir comédienne, mes parents pensaient que ça allait me passer mais j’étais très déterminée.
J’ai continué le théâtre, jusqu’à intégrer une école sur Paris à mes 17 ans. Je chantais déjà et je me suis aussi tournée vers le cinéma. Je me suis rendue compte que j’aimais bien faire plein de choses et que je n’étais pas obligée de choisir. La création est aussi devenue importante pour moi, notamment pour ne pas être dépendante de celle des autres. Pour moi, l’art, c’est s’exprimer, dire des choses, les défendre…Mes projets me permettent de raconter ce que j’ai envie et cela ne m’empêche pas de participer à la création des autres. Le jeu fait vraiment partie aussi de mon équilibre de vie, je me suis construite avec cela. Mes émotions y trouvent leur place et peuvent rendre quelque chose de beau. En tout cas, j’ai toujours mille projets, je foisonne en permanence mais, parfois, on ne peut pas tout faire….
D’ailleurs, on peut vous retrouver dans la série quotidienne de France 2 « Un Si Grand Soleil ». On imagine sans doute, à titre personnel, le plaisir et la joie que cela a dû être pour vous de rejoindre cette belle famille ?
Oui ! En plus, c’est arrivé un peu comme une surprise de la vie. Je faisais Avignon cet été avec mon solo musical et j’ai commencé le festival en me disant que, finalement, je jouais beaucoup moins en ce moment. C’est drôle, j’ai été appelée peu de temps après pour rejoindre l’équipe, j’ai pris cela comme un signe de la vie. Quand je suis arrivée sur le tournage, l’accueil était super. C’était génial, tout de suite j’ai retrouvé le plaisir de jouer, comme une enfant. J’adore toujours autant cela ! Je les remercie vraiment… C’est top de jouer une flic, j’aime bien ces rôles avec un peu d’action. On enquête d’un côté et, de l’autre, on a des intrigues un peu plus personnelles, ça nous donne une autre position.
Vous êtes montée dans ce train lancé à pleine vitesse depuis plus de quatre ans maintenant. Comment avez-vous fait pour vous adapter notamment à ce rythme de tournage particulièrement intense ?
J’ai senti de suite que je n’avais pas envie de faire perdre du temps à l’équipe mais j’étais assez tranquille, sans peur. Ce qui est surprenant aussi, c’est que les équipes changent régulièrement, tous les quinze jours, ce qui diffère du cinéma. Mais c’est hyper joyeux, comme une espèce de grande bande. On ne s’ennuie pas, c’est tout le temps renouvelé. Je trouve cela très joyeux, on peut se réinventer tout le temps, avec des regards neufs. Comme je suis aussi réalisatrice, je crois que le fait d’être déjà passée derrière la caméra m’a aidé à être beaucoup plus efficace parce que je voyais très vite ce qui était en train de se mettre en place et comment ça allait se tourner. J’aime bien voir les tournages comme une grande famille où tout le monde travaille ensemble. On fait une grande chorégraphie tous ensemble. Donc j’ai plutôt bien vécu cette montée dans un train en marche. Ils ont été gentils, je n’avais pas les grosses séquences de dialogues dès le début, j’ai pu m’imprégner et les autres comédiens m’ont vite briefée aussi, ce qui est super.
@ Alice Lemarin
Après ces premières semaines de tournage, quel regard portez-vous sur votre personnage ?
Je l’aime bien, je pense la voir vraiment comme quelqu’un qui veut bien faire son travail, elle est très ordonnée, très consciencieuse. En même temps, j’avais envie de lui donner un côté un peu lumineux, un peu joyeux, je la vois un peu comme un bon petit soldat qui veut tout bien faire mais qui a quand même de l’humour, qui est sensible. J’aime bien ce côté sensible dans une fonction rigide, dans laquelle on arrête des gens et où il faut avoir de la distance avec les enquêtes. J’aime bien avoir ces deux casquettes, cela lui donne un peu de complexité. Je n’en ai pas fait quelqu’un de dur, cela avait d’ailleurs été impulsé par l’équipe artistique, dans les dialogues ou les costumes. Le fait qu’ils me mettent de la couleur donne déjà une indication : elle est lumineuse, elle bosse bien mais elle peut être touchée par des choses. Après, ce sont des prémices et on sait bien que son évolution dépendra de ce que les scénaristes auront envie de développer. Finalement, elle n’est pas si loin de moi. J’avais d’ailleurs envie d’apporter un peu de mon tempérament.
En complément, vous le disiez, vous développez d’autres projets, en écriture notamment…
Depuis deux ans, je fais beaucoup de musique, notamment avec « Aimez-moi » : c’est un concert spectacle où je raconte une histoire au travers de chansons de Barbara et de Janis Joplin mais qui sont entièrement dans mon univers musical, où j’ai plein de petits instruments avec moi. Je tourne régulièrement, un album est même sorti. Un clip va prochainement se tourner, que j’imagine comme une comédie musicale.
En parallèle, je suis en train de travailler à mes compositions pour sortir un EP avec un musicien anglais avec qui je bosse depuis le début. Au cinéma, j’ai sorti deux courts-métrages, dont un tourné en Suisse (car je suis franco-suisse). Un autre scénario est écrit pour lequel je cherche des financements. J’ai également un projet de long-métrage que je vais poursuivre.
Merci, Kloé, pour toutes vos réponses !
On peut vous retrouver également sur votre site : www.kloelang.com
C’est toujours une joie de vous retrouver pour une nouvelle interview !
Cette année 2022 est marquée notamment par votre participation à deux tournées musicales, dans des contextes différents. A titre personnel, on imagine sans doute le plaisir et la joie que cela doit être pour vous ?
Oui, en effet, il y a eu deux types de spectacles. Les concepts de ces deux spectacles sont bien différents et j’insiste beaucoup là-dessus. En février, on a commencé par une tournée caritative, qui est totalement indépendante de « N’oubliez pas les paroles », qui réunissait des amis qui se sont rencontrés grâce à l’émission et qui, en dehors de l’émission, ont continué à chanter ensemble pour le plaisir et pour les assos. Ça marchait tellement qu’il y a eu plusieurs dates qui se sont enchainées. En février, on s’est donc retrouvés entre amis qui se sont rencontrés à « N’oubliez pas les paroles » à faire des concerts de variété française et internationale, où on s’est mis à chanter, à danser. C’étaient des concerts sur bande son, parfois dans des petites salles, le but étant de répondre souvent aussi aux demandes des gens qui nous contactent sur les réseaux en nous disant « mais vous ne venez jamais dans les petites villes à tel endroit » donc on a été se perdre dans des jolis coins de France, c’était très mignon. C’était la première fois que j’ai vécu une tournée, finalement, ambiance tour-bus, à vivre ensemble pendant une dizaine de jours et à aller de salle de spectacle en salle de spectacle. Chaque étape était hyper enrichissante, demandait à ce que l’on s’adapte, qu’on innove dans la gestion de l’espace, du temps. Donc ça a été de très belles rencontres. A la fin de ces spectacles, on prenait toujours le temps d’aller rencontrer le public qui souhaitait discuter avec nous, on faisait les dédicaces, c’étaient de beaux moments de rencontre. Cette tournée a aussi été humainement quelque chose de très fort pour moi, j’ai vécu avec des amis, il y avait une ambiance de colonie de vacances qui était très forte. Nous n’étions pas si nombreux que cela et, dans des tournées comme celle-ci, on sympathise avec tout le monde, on n’est pas qu’entre chanteurs, on est aussi proches des techniciens que de l’habilleuse, que de la productrice. Ce sont des beaux liens humains qui se créent. Je garde de cette première expérience un très très beau souvenir.
Ensuite est arrivée une autre aventure dans ma vie, un peu plus tard, la tournée officielle « N’oubliez pas les paroles ». Là, le concept n’a rien à voir, déjà il s’agit uniquement de variété française et on est sur le jeu en grandeur réelle. Donc on a un karaoké géant, on est dans des salles de spectacle géantes, tout est géant, on a un public immense, ce sont des milliers de personnes et on a un décor gargantuesque. Les musiciens de l’émission sont là, le spectacle est animé par Magalie, il y a des chansons, souvent ce sont de medleys pour aller chercher le plus connu de la variété française, le but étant de faire chanter tout le public que l’on a face à nous. Ces chansons et ces medleys sont interrompus par le jeu, où on invite des personnes que l’on a vu chanter à pleine voix dans le public, une d’entre elles choisit le maestro qu’elle souhaite affronter, sur une même chanson. Après, le spectacle reprend et, un peu plus tard, un nouveau candidat arrive. Donc on est vraiment sur une ambiance de jeu, sur un énorme spectacle avec de sacrés musiciens en live et sur la scène, il y a un double écran avec les paroles affichées, de sorte que, tout au long du spectacle, on n’entende presque plus nos voix, tant on est ensevelis par les cris du public. Il y a beaucoup d’humour, beaucoup de dynamisme, de lumière, de paillettes, on est sur un show qui en envoie plein les yeux. Donc c’est complètement différent de cette ambiance plus intimiste que l’on avait dans notre tournée caritative et les sources de plaisir sont différentes du coup. Parce que, sur ce projet-là, je n’ai pas fait une tournée entière, j’ai été invitée sur trois dates, à Roanne, au Zénith de Lille deux jours plus tard et on terminait à l’Olympia deux semaines plus tard. Sachant que, à Paris, je suis montée sur scène une dizaine de minutes en cours de spectacle et on s’est tous retrouvés sur la chanson finale. Donc je ne l’ai pas vécue comme une tournée, même si c’en était une. Mais c’est vraiment à titre personnel car il y a eu des maestros qui ont fait toutes les dates, comme Caroline ou Hervé, qui ont vraiment vécu cet esprit de tournée. Moi, je l’ai moins vécu comme tel, humainement j’ai fait plein de belles rencontres, elles n’ont pas perduré durant dix jours de suite mais elles étaient quand même très très belles. J’ai aussi pu revoir les musiciens dans un autre contexte que l’émission, j’ai pu m’amuser avec les copains sur de belles scènes.
Par contre, en termes d’expérience, j’en retiens un frisson incroyable de la rencontre avec un public nombreux. Ça fait maintenant cinq ou six ans, je ne sais plus, que j’ai la chance de pouvoir faire des concerts, je pense que, avant cette tournée-là, le plus grand public que j’avais rencontré était d’un peu plus de 1 000 personnes à Argelès sur Mer, j’avais eu une petite boule au ventre à ce moment-là, je m’étais dit que ça faisait beaucoup et puis, en fait, j’ai retrouvé ce trac au Zénith de Lille. Je me souviens, on était dans le noir, on n’était même pas encore montés sur scène que les spectateurs bourrinaient des pieds, hurlaient, sifflaient, tapaient des mains, le sol tremblait de toutes ces vibes d’impatience de la part du public qui nous attendait. Je me suis dit « c’est pour nous tout ça ? » et là, il y a un trac qui est revenu de « waouh, c’est beaucoup-là, on entend qu’il y a du nombre derrière tout ce bruit et toutes ces vibrations ». Cela m’a fait ressentir des sensations que je n’avais pas ressenties depuis longtemps quant au trac par rapport à une grande foule. C’est vraiment un frisson que je n’oublierai pas, les battements de cœur juste avant le premier coup de batterie du générique de « N’oubliez pas les paroles » au Zénith de Lille, ça m’a envahi la poitrine, vraiment, j’ai eu une sensation très très intense que je n’oublierai jamais. Je pense que c’est aussi lié à la chaleur du public du nord JJJ.
J’ai aimé être sur scène, je ne voulais plus en descendre, je suis heureuse d’avoir fait ce que j’ai fait, j’ai pris un maximum de plaisir en ayant bien conscience que c’est quelque chose qui ne m’arriverait pas plusieurs fois dans la vie. Donc j’ai bien savouré, sur les trois dates, même à l’Olympia où je ne suis pas restée longtemps sur scène. Car qui n’a pas rêvé, un jour, de chanter à l’Olympia ? C’est une expérience magnifique et j’ai bien conscience de la chance que j’ai d’avoir pu vivre tout ça. On verra, c’était la première partie de la tournée officielle et la deuxième commencera pour moi à Reims.
Du coup, en troisième étape de mon calendrier bien chargé cette année, il y a eu une tournée caritative cet été, dont le concept a évolué. Cette tournée n’a pas réuni uniquement les chanteurs de « N’oubliez pas les paroles », ça a été ouvert aux différents artistes issus d’émissions sur la chanson. Donc on a, cet été, chanté avec des candidats de « The Voice », des candidats qui ont marqué « Nouvelle star », des candidats qui ont fait « l’Eurovision ». Du coup, on a complètement étendu l’horizon des chanteurs, d’une part pour diversifier encore plus ce spectacle, d’autre part pour élargir également le public touché. Le public de « The Voice » par exemple n’est pas du tout le même que celui de « N’oubliez pas les paroles ». Aussi pour nous permettre de faire de belles rencontres artistiques parce que l’on avait beaucoup à apprendre de gens dont le talent n’est pas forcément la mémoire mais, avant tout, les performances vocales et d’interprétation. Donc on est partis sur ce concept cet été, toujours en mode tour-bus, toujours avec des chorégraphies, toujours avec des costumes, toujours avec de la variété française et internationale mais avec une diversité d’interprètes encore plus grande. On a enchainé seize dates de concert, à cheval sur juillet et août, on a fait beaucoup de villes côtières, on a été dans les montagnes françaises, on a fait les Vosges, le Jura, les Pyrénées, c’était aussi une expérience incroyable, avec un défi personnel de tenir physiquement. Je sais que, à la fin de ce spectacle, j’ai une note puissante et haute à aller chercher, il fallait à la fois être heureuse de vivre tout cela et pouvoir savourer chaque moment mais, à la fois, être raisonnable pour pouvoir tenir le rythme physiquement.
C’est vrai que, le soir, quand il est une heure du matin, que l’on vient de mettre la valise dans la voiture, on a envie de rire et de s’amuser avec les copains parce qu’on a eu des délires pendant le spectacle, que personne n’a vus ou parce qu’on a envie de débriefer mais, souvent, je me faisais violence, à essayer d’aller me coucher le plus vite possible. Parce que, d’une part, le lendemain, il fallait se lever pour enchainer la même chose et d’autre part, dormir dans un bus n’est pas aussi reposant que de dormir dans une chambre d’hôtel ou dans son propre lit. Donc ça signifie aussi que chaque heure de sommeil est très précieuse pour pouvoir assurer le lendemain. Donc, voilà, un vrai défi personnel de performance physique, de performance vocale et de flexibilité, d’adaptabilité. Puisque, un jour, untel arrivait, le lendemain un autre repartait donc je reprenais sa chanson. Tous les jours, le spectacle changeait en fonction des arrivées et des départs donc ça demandait aussi une certaine adaptabilité puisque je ne chantais pas forcément les mêmes chansons tous les jours. Je reviens de cette tournée, c’était vraiment fabuleux, j’en ai encore des étoiles dans les yeux.
Votre été a également été intense en révisions, en prévision du tournage de l’édition 2022 du tournoi des Masters de « N’oubliez pas les paroles »…
C’est ça ! Effectivement, les masters se préparent, les tournages sont prévus pour septembre. On va dire que j’ai deux semaines de révision intense pour pouvoir m’y préparer. A chaque fois, d’année en année, je me dis qu’il faut que je m’y prenne plus tôt dans mes révisions et, en fait, en réalité, je m’y prends de plus en plus tard. Tout au long de l’année, j’écoute de nouvelles chansons que je vois apparaitre à l’émission, sans forcément me forcer à les apprendre par cœur mais, au moins, les apprivoiser si elles tombent dans la première manche. Au dernier moment, je révise la fameuse épreuve des mêmes chansons. Comme il y en a de plus en plus, il faut que je travaille encore plus. Là, effectivement, comme j’ai très peu de temps avant ma date de tournage, je révise de manière extrêmement intensive parce que je n’ai pas été très sérieuse en révision sur le reste de l’année.
Les deux éditions précédentes, vous concernant, ont été plus compliquées que celles d’avant. Face à cela, quels sentiments avez-vous ? L’envie d’effacer ces souvenirs ou la crainte qu’ils ne se reproduisent ?
Sur le vif, quand on vit un échec, surtout moi qui suis très perfectionniste, c’est douloureux, l’estime prend un coup. En même temps, je n’arrête pas d’expliquer cela à mes élèves, et je le pense, chaque erreur, chaque échec est un moyen d’apprendre autre chose. On n’apprend pas que par la réussite, on apprend par l’échec aussi. Il y a deux ans, en plus, j’ai perdu au premier tour à cause de moi, contre moi-même. J’ai été mon propre ennemi. Même si Mickael que j’affrontais à l’époque était excellent, j’avais des chances de réussir aussi mais le stress m’a complètement envahie et aucune parole ne m’est revenue sur une chanson que je maitrisais. Donc, pour l’année suivante, j’ai travaillé beaucoup plus le psychologique, j’ai commencé la méditation, j’ai commencé le yoga, beaucoup de pratiques que, jamais, je n’aurais imaginé faire il y a quelques années parce que, pour moi, c’était une perte de temps, ce n’était pas actif, ce n’était pas productif. Il fallait que j’agisse, que je bouge et je me suis rendue compte que l’on a beau avoir autant de connaissances que l’on veut, si on n’est pas capable de les sortir au bon moment parce que l’on ne travaille pas le mental, on a bossé en vain. J’ai donc travaillé davantage mon mental.
L’année dernière, je suis mal tombée sur les chansons, clairement je suis tombée sur des chansons assez rares et je suis tombée sur un candidat extrêmement préparé, qui a fait zéro faux pas. Là, pour le coup, je ne peux pas m’en vouloir de quoi que ce soit. A refaire, j’aurais refait la même chose, de toute façon. Je me suis quand même demandée ce que j’allais retirer de mon échec, c’est plus compliqué quand il ne dépend pas de soi, j’ai retenu quand même que, en fait, ce n’est qu’un jeu et les sacrifices que je fais, c’est moi qui les décide, personne ne me les impose. En fait, tous ces choix que je fais, c’est aussi à moi de les assumer et les assumer, ça veut dire aussi de toujours penser dans un coin de la tête que l’on peut le faire mais que ça peut être pour rien. Je vais le faire parce que j’ai cette gagne en moi, j’ai cette volonté de vouloir toujours essayer le maximum pour ne rien regretter mais c’est un jeu. Et il y a un tirage des chansons, qui n’est pas toujours en ma faveur, qui plus est, je suis en bas du classement, ce qui signifie que, si on venait à être ex-aequo, c’est celui qui est le mieux placé de toute façon qui gagne. Donc il y a des choses que je ne peux pas maitriser. C’est ce que je retiens de l’année dernière. En fait, j’ai toujours envie de retenir quelque chose de mes échecs, j’en ai vécus deux successifs, suite à une très belle aventure, à mon heure de gloire l’année précédente. Donc je suis tombée du grenier à la cave, pour le coup. Ca a fait mal mais j’en apprends des choses, j’en retiens des choses. Aujourd’hui, ces deux échecs me permettent, d’une part, de continuer à travailler mon mental. Je parlais de méditation, je fais aussi des écoutes hypnotiques pour me donner des objectifs et travailler ma concentration. D’autre part, l’autre échec me permet de retenir que tout n’est pas forcément maitrisé parce que c’est un jeu dans lequel il y a une part de chance et qu’elle n’est pas tout le temps là. Donc je me prépare aux deux possibilités, la victoire comme l’échec et s’il y a échec, il y aura d’autres choses positives à aller chercher à la place. Il faut que je me raccroche aux choses positives dans les deux cas.
En tout cas, à titre personnel, ce doit sans doute être une joie et un plaisir de retrouver le plateau et l’équipe, ainsi qu’une partie de vos amis maestros ?
Effectivement, c’est vrai que c’est un beau moment de retrouvailles. On voit moins les musiciens sur le plateau, on les fréquente moins, on n’est pas dans les mêmes loges par souci d’impartialité vis-à-vis du jeu. Ils ont les partitions des musiques qui vont tomber donc si on est ensemble dans les loges, il y aurait un souci, clairement. Mais je suis heureuse de les revoir quand même, on partage de belles choses sur le plateau. Je suis heureuse de retrouver ce lieu qui m’a proposé tellement de sensations, de vibrations, d’émotions, c’est un peu comme un pèlerinage de revenir-là, de retrouver ce lieu qui m’a tant fait vibrer. C’est une fierté de me dire que j’y suis depuis 2016, de pouvoir y retourner à chaque fois, oui, j’en suis fière. C’est un plaisir aussi de retrouver les copains. Après, je ne vous cache pas que l’on est quand même plus détendus quand on se retrouve en concert parce qu’il n’y a pas de compétition à ce moment-là. Le stress n’est pas là pour les concerts parce que les gens n’ont pas « sacrifié » des choses, du temps, des moments humains, des activités, chose que certains font pour les révisions. Moi qui suis une grande bosseuse, je suis devenue une petite joueuse aujourd’hui pour les révisions par rapport à certains dans les maestros. Il y en a qui passent leur année à ne faire que cela, à s’enfermer, à réviser tous les jours. Tout le monde ne le fait pas mais certains le font. Avec un tel rythme de vie, c’est logique, on a une attente très importante de ces masters, qui suscitent un stress indéniable. Cela ne va pas nuire à une bonne ambiance, ce n’est pas vrai mais ça libère certaines tensions au moment du tournage. Quand il est terminé, tout se relâche et ça fait du bien. Mais, en amont, il y a quand même des gens tendus, on est tous un peu stressés parce que l’on n’a pas envie d’avoir travaillé pour rien en fait, tout simplement.
Mais, oui, c’est un énorme plaisir de les retrouver chaque année, de faire de nouvelles rencontres aussi parce que le groupe s’agrandit à chaque fois. C’est fabuleux, des gens de l’extérieur auraient presque du mal à dire qui est là depuis sept ans et qui vient juste d’arriver, tellement on a l’habitude d’ouvrir ce groupe à de plus en plus de personnes. Donc, oui, ce sont de chouettes retrouvailles à chaque fois, même si je préfère celles après le tournage…comme ça, on n’a plus rien à penser, c’est beaucoup plus sympa !
Nous sommes à quelques jours de la rentrée, qui sera singulière pour vous, après un choix fort d’orientation, vous permettant d’avoir plus de temps pour travailler certains projets artistiques…
Oui, effectivement ! Ca fait maintenant depuis 2020 que j’ai mon projet qui a commencé, avec le premier single « Cliché de fille ». Suite à l’engouement qu’il y a eu autour, auquel je ne m’attendais pas, j’ai continué à travailler ce projet, particulièrement avec Doriane Bedel, qui est l’auteur-compositeur de beaucoup de mes chansons. Aujourd’hui, treize chansons sont enregistrées, elles sont en boite, les photos sont faites également, j’ai plein d’éléments de mon album qui sont prêts, il me reste la fabrication du support physique, à travailler la publication de celui-ci, la communication à faire autour. Je me pose beaucoup de questions sur comment éditer cet album, est-ce que je m’autoproduits, est-ce que je cherche un label, j’ai beaucoup de questions sur lesquelles je n’ai pas encore eu le temps de me pencher avec mon métier de professeur des écoles. Je sens que le temps passe et que ce projet qui a plutôt bien évolué stagne. C’est très frustrant, j’ai ressenti cette frustration fois cent cette année de ne pas réussir à tout faire avancer en même temps, mon métier, la vie de famille, les tournées, les révisions des masters et ce projet musical qui me tient tant à cœur. Donc, effectivement, j’ai décidé de mettre ma carrière de professeur des écoles entre parenthèses, ce n’est pas une démission, je suis en disponibilité pour pouvoir réaliser ce projet et agir étape par étape, afin de les faire chacune assidument.
Donc, dans l’ordre, je révise les paroles puisque j’ai très peu de temps, je fais les tournages des masters et je me penche sur la concrétisation de mon album, que j’espère sortir le plus rapidement possible. Je vais quand même me laisser le temps de bien faire les bons choix. Le but étant de pouvoir chanter, il va falloir que je démarche dans la région, autour de Lille, des lieux où je pourrais présenter mes chansons. Pour pouvoir, à l’issue de ces petits concerts, proposer mon album à vendre. J’ai donc ce projet, qui est, à la fois, de produire mon album et de trouver des lieux où je pourrais chanter et vivre de la chanson, tout simplement.
Quelle joie de vous retrouver pour ce nouvel échange !
Vendredi 16 septembre, vous monterez pour la première fois sur scène, dans le cadre du Festival « L’échappée musicale ». A titre personnel, on imagine sans doute le plaisir et la joie que cela doit être pour vous ?
Complètement ! En fait, je pense que je ne réalise pas encore, je réaliserai une fois que je serai sur scène, devant tout ce monde. Tout cela est arrivé très vite, j’ai fait mon premier single, j’en ai parlé avec Patrick Hernandez, on a travaillé ensemble, ma chanson est sortie le 10 juin et, là, de suite, je monte sur scène le 16 septembre, le jour de mon anniversaire, un jour très spécial, mon premier concert…Donc, oui, c’est une grande joie et une grande fierté de pouvoir en parler à mes parents, en leur disant « le 16 septembre, le jour de mes 22 ans, je monte sur scène, je chante mon premier single ». C’est une chanson des années 80 donc elle me touche particulièrement. J’espère que ce ne sera pas la dernière fois.
Ce Festival mettra en avant notamment les années 80, votre chanson fera ainsi le lien avec cette période…
C’est ça ! Si l’ordre ne change pas, je serai celle qui montera sur scène avant les chanteurs des années 80, pour ramener la nostalgie des années 80, pour mettre l’ambiance, pour mettre tout le monde dans le bon mood avant l’entrée des chanteurs de cette période. C’est donc moi qui vais faire changer d’époque, qui vais ramener le public aux années 80.
A quelques jours de l’évènement, dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Déjà, ce qui est sûr, c’est que j’ai trop hâte, j’y pense tout le temps, tous les jours. Tous les soirs, je chante sous la douche ma chanson pour me préparer au jour J. En même temps, de l’appréhension, c’est la première fois que je monte sur scène, en plus devant autant de monde. Je pense que je me pose les mêmes questions que les autres : est-ce que les gens vont aimer ? est-ce qu’ils vont me suivre dans ma bonne humeur et dans ma chanson ? Ou est-ce que ça ne va pas marcher ? Il y a la pression aussi parce que c’est mon anniversaire, j’ai envie que tout se passe bien, j’ai envie de donner le meilleur de moi-même, ce que je feraiJ. Mais, oui, il y a cette peur que ça ne plaise pas, que les gens s’ennuient…mais bon, je pense que ça va aller.
Ce premier single « Désir disco » est en lien étroit avec les années 80, nous l’avons compris. C’est une période, certes, que vous n’avez pas connue mais qui vous tient à cœur…
Oui, j’adore les années 80. Ça peut surprendre, ça surprend même très souvent mais, en fait, ça m’est littéralement tombé dessus. Depuis que je suis toute petite, mes parents me font écouter d’anciennes chansons, j’écoute donc du Gainsbourg, du Brel, …ce qui est bien plus vieux que les années 80. De moi-même, à force d’écouter des chansons et de les apprécier, je me suis amusée à faire des recherches sur les chansons des années 60, 70, 80, 90. C’est vrai que, dans les années 80, j’ai vraiment trouvé un univers, il y a des centaines de chansons qui me plaisent énormément, c’est vraiment ma période et je n’arrête pas de le dire à mes parents, je pense que je ne suis vraiment pas née à la bonne époque… quoi que, peut-être que si, peut-être que je suis là justement pour ramener ces années-là…
Après ce premier titre, une deuxième chanson est dans les cartons…
C’est ça ! La première chanson a bien marché et, du coup, ça m’a donné l’envie de continuer, tout simplement d’en faire d’autres. Oui, j’aime ça de toute façon, comme c’est un bonheur de le faire, je vais continuer. La deuxième chanson sera aussi avec un chanteur des années 80 parce que j’aimerais garder avec moi cette touche de l’époque. Par contre, ce sera beaucoup plus moderne et j’aimerais remercier mes parents de m’avoir donné le prénom d’Elisa. Donc c’est une chanson qui rappelle un peu Gainsbourg, elle s’inspire pas mal de lui.
En parallèle, depuis un an et demi, vous interprétez le personnage de Camille dans la série quotidienne de TF1 « Demain Nous Appartient ». Un personnage qui a vécu beaucoup de choses depuis son arrivée. Quel regard portez-vous sur son évolution ?
Déjà, elle a gagné énormément en maturité. A son arrivée, c’était juste une influenceuse qui vivait sa vie de jeune fille de 16 ans. Elle est toujours pleine de vie mais je pense que, aujourd’hui, elle a grandi, après tout ce qu’elle a vécu avec Stanislas, avec son père, avec la prise d’otage au Spoon. Je pense qu’elle a gagné en maturité mais en force aussi, en force de caractère. Aujourd’hui, je pense qu’elle a envie de montrer qu’elle est là, qu’elle sait ce qu’elle veut. Elle a envie de passer à autre chose, c’est sûr, elle a envie d’oublier Stanislas, elle a envie de s’amuser en fait, tout simplement. Elle a envie d’être une vraie petite fille de 16 ans, elle a envie de rattraper les années qu’elle a pu perdre de sa jeunesse puisqu’elle a dû jouer la grande pour sauver sa mère. Donc, en ce moment, je pense qu’elle rattrape le temps perdu.
Elle est arrivée à un stade où on peut dire que ce n’est plus une enfant mais elle en reste une malgré tout. C’est compliqué à expliquer…Ce n’est plus une enfant parce que, après tout ce qu’elle a vécu, je pense qu’elle sait ce qui est bien, ce qui n’est pas bien donc quand elle fait des bêtises, elle le sait, elle les fait parce qu’elle le veut. Mais elle a gardé son côté enfant dans le sens où elle a perdu du temps, aujourd’hui elle a besoin d’être une petite fille.
Cet été, elle a vécu une période agitée, notamment avec l’arrivée d’Emma, qui n’est pas sans influence sur elle…elle a franchi l’interdit, elle est allée sur un terrain où on ne l’attendait pas.
Complètement ! Je pense sincèrement que Camille est une fille très bien élevée, elle est très famille donc très suivie par sa mère et son père. Mais après ce qu’elle a vécu avec Stanislas, elle a gardé pas mal de cicatrices de ce qui s’est passé, elle a du mal à passer à autre chose. En même temps, c’est elle qui lui a mis le coup de couteau, certes pour sauver sa mère – ce n’est pas une meurtrière – mais ça laisse énormément de séquelles. Aujourd’hui, elle veut s’amuser, elle a envie de passer à autre chose et je pense qu’Emma est un appui. En fait, elle se sert d’elle pour faire des bêtises qu’elle n’a jamais faites. D’où le retour à l’enfance dont elle a besoin. Elle sait que voler c’est mal mais, juste, elle en a besoin. Un jour, elle s’arrêtera…Quand ? Je ne sais pas mais, pour l’instant, elle en a besoin. Vu qu’elle n’a pas énormément d’échanges avec sa mère sur ce qui s’est passé avec Stanislas – maintenant que j’y pense, elles n’en ont pas parlé du tout -, je pense qu’elle a besoin de se libérer et la manière de le faire pour elle, c’est Emma. C’est sa source de bien-être.
Artistiquement parlant, cette palette de jeu, avec toutes les émotions différentes évoquées, doit être très plaisante à jouer ?
Complètement ! J’apprends beaucoup : le fait de pouvoir changer, de passer d’une émotion à une autre et surtout ce sont des intentions de jeu qui ne sont quand même pas simples. Déjà, je fais semblant quand je joue mais faire semblant d’être, c’est encore plus compliqué. Quand je dis « faire semblant de », quand Camille fait sa bêtise, elle sait qu’elle fait une bêtise mais elle fait semblant de ne pas savoir parce qu’elle en a besoin, tout simplement. C’est de cette difficulté-là dont je parle. Oui, il y a des intentions de jeu qui sont pas mal à travailler et qui, bien sûr, me servent pour la suite.
Ces deux domaines, la musique d’un côté, le plateau de l’autre, peuvent paraitre bien différents mais sans doute que beaucoup de similarités existent ?
Il y a énormément de liens. On ne s’en rend pas compte je pense mais il faut le faire pour le voir. Chanter, c’est un travail vocal, il faut travailler la voix, bien articuler. C’est aussi le cas dans le métier d’acteur, quand on parle il faut bien articuler. C’est vrai que cet exercice que je fais dans la chanson m’aide aussi dans le métier d’acteur. Il y a plein d’autres choses. Etre sur scène, c’est être sur scène pour chanter comme être sur scène au théâtre et dire son texte. Il y a plein de choses, en fait, qui se rapprochent et je pense que l’un n’empêche pas l’autre.
En conclusion, que peut-on vous souhaiter pour la suite de votre parcours ?
Déjà, j’espère évoluer en tant qu’actrice car c’est ce que j’aime plus que tout. J’espère du fond du cœur avoir un rôle dans un film au cinéma et, pourquoi pas, tourner avec Sophie Marceau. C’est un vrai rêve de gamine, elle a vraiment bercé mon enfance dans « La boum » et surtout dans « Fanfan », un film qui me touche particulièrement. Je trouve qu’elle y est incroyable donc ça me plairait vraiment beaucoup de pouvoir, un jour, tourner avec elle. Si ça arrive, ce sera une victoire. Et pouvoir continuer, à côté, dans la chanson. En fait, m’amuser dans tous les domaines qui me plaisent, vivre, tout simplement…
Quelle joie d’effectuer cette interview avec vous !
Vous êtes une artiste aux multiples cordes, aux différentes casquettes, citons notamment le chant, la danse, l’interprétation…Si on revient à l’origine de votre parcours, qu’est-ce qui vous avait donné l’envie d’en faire votre métier ?
Cela a commencé vraiment très très tôt ! Ma mère avait même été très surprise. On allait souvent voir ma grand-mère en concert, elle qui appartenait à une chorale. Dès toute petite, j’étais hyper concentrée pendant les spectacles, voire fascinée. Je pense que j’avais 5 ou 6 ans quand ma maman m’avait emmené voir « Carmen », je n’avais pas bougé pendant les 2 heures de représentation. A partir de là, je suis rentrée dans une école de musique, j’ai commencé par le violon. J’étais aussi patineuse artistique. Je suis donc plus ou moins dans la représentation depuis toute petite. J’ai même rejoint une chorale d’adulte, alors que je ne savais pas encore lire. L’artistique est ce qui m’a fait tenir debout, ce qui m’a faite grandir, c’est toute ma vie et c’est venu uniquement de moi. Ce qui est sûr, c’est que ma famille m’a toujours soutenue dans cette voie.
J’ai fait du violon pendant plus de 10 ans, j’ai commencé la danse assez tard, vers mes 14 ans, par pure curiosité, par pure envie. C’est devenu une révélation, j’ai adoré la cohésion du mouvement en rapport avec la musique, cela m’a fascinée. Depuis, je n’ai jamais arrêté cet art. A la même période, j’ai commencé à chanter seule sur scène…J’ai aussi fait du théâtre dès le collège, en parallèle de cours de danse que je donnais ! Je faisais apprendre des chorégraphies, j’avais ma salle de danse, c’était super cool.
Par la suite, je suis rentrée en lycée artistique, en histoire de l’art. Très rapidement, je me suis tournée vers l’option théâtre, qui m’a beaucoup attirée. On avait des spectacles de fin d’année exclusivement créés par les étudiants, « Le méga show », c’était la coutume du lycée Savina. On avait le droit d’exprimer notre créativité sur un thème général qu’on posait au départ. J’ai donc apporté l’option danse, qu’il n’y avait pas avant. Au moment de quitter le lycée, on passait le flambeau à un ou une élève envers qui on avait confiance pour faire perdurer la coutume. Dans ce lycée, j’ai eu des professeurs absolument géniaux, j’ai beaucoup appris d’eux jusqu’à mon Bac théâtre.
Par la suite, parmi toutes vos expériences professionnelles, on imagine que certaines plus encore que d’autres vous ont particulièrement marquée ?
J’ai fait mon école de comédie musicale tout de suite après avoir eu mon Bac théâtre et, dès ma première année à Paris, j’ai été sur les planches. J’avais fait un spectacle au théâtre du Gymnase avec mon professeur, qui montait « Les Misérables ». Sans me rendre compte de la chance que j’avais de jouer dans ce lieu historique. Du coup, j’ai eu assez rapidement une petite expérience du plateau. Dans le cadre de la formation, on passait des auditons. Notamment celles de Mogador, où tout le monde a sa chance. J’en ai passées pas mal…jusqu’à celle du « Bal des vampires », où on était à peu près 500 danseuses à postuler. J’ai passé 4 ou 5 tours de danse, ensuite des tours de chant pour danser et chanter dans les ensembles. Au final, je n’ai pas été prise…
Deux mois sont passés, le casting était fait et j’avais été contactée pour être danseuse en événementiel pour la conférence de presse de lancement. C’était un vrai challenge car j’ai changé beaucoup de place, j’ai dû réapprendre rapidement la chorégraphie à plusieurs reprises. En fait, une des danseuses n’a finalement pas accepté le contrat, du coup son action a clairement changé ma vie, on m’a rappelée pour repasser une audition. J’étais blessée, je ne pouvais pas danser mais j’ai tout fait quand même pour y être, voulant absolument le job. Ils ont vu ma détermination, mon envie et j’ai eu la place, je me suis retrouvée avec l’un des rôles les plus importants, avec la capacité à remplacer n’importe qui n’importe quand, à n’importe quel moment du spectacle. J’avais 10 places à savoir par cœur, toutes très différentes. C’est le plus beau projet de ma vie, j’ai participé à une centaine de dates au final. Les conditions de travail à Mogador étaient merveilleuses, j’ai fait des rencontres qui ont changé ma vie….Cela a été un sacré tournant pour ma carrière, cela l’a lancée sur les chapeaux de roues.
Par la suite, j’ai eu la chance de faire plein d’autres projets, d’ampleur et de contenus différents et variables. Tous ont une valeur très importante à mes yeux, ils font partie de ma vie, de mon expérience….les rencontres sont toutes très belles.
En complément, quels sont vos autres projets et envies artistiques du moment ?
J’ai envie de mettre en scène des pièces de théâtre, aussi de me lancer dans l’écriture. Egalement d’être sur scène, pour travailler un personnage, en mettant mes compétences au service du spectacle. Ce challenge de chant, de danse, de théâtre m’attire, j’ai envie d’avoir de la matière à travailler, de découvrir des œuvres, de défendre des projets, de faire de nouvelles rencontres, de vivre des expériences inoubliables. C’est absolument fabuleux d’être sur un spectacle !
Evidemment, j’ai aussi le désir de tenter ma chance dans le milieu de l’audiovisuel…Cela m’attire énormément ! Je sais que j’ai matière à faire, c’est sûr….
Depuis quelques temps, vous êtes régisseuse au TMG. Cela doit être sans doute très plaisant mais aussi très enrichissant et très complémentaire, comparativement à toutes les autres cordes artistiques que l’on vient d’évoquer ?
Complètement ! Cela a été une des plus belles propositions de travail que l’on m’ait faite. Même si je ne suis pas sur les planches, j’y suis quand même finalement parce que la prolongation de mes mains a un impact sur la pièce et que lumières ainsi que la musique font partie du spectacle. Ce que j’adore dans ce travail, c’est que je garde un éveil artistique permanent, une connexion avec des artistes passionnés de théâtre. Le TMG propose beaucoup de projets originaux, de créations, je suis avec de jeunes troupes, je fais de très belles découvertes. Aussi, ce qui est génial, c’est que je m’enrichis au niveau culturel parce que je retrouve des œuvres classiques que je ne connaissais pas forcément. Je commence à connaitre beaucoup de pièces classiques, cela me baigne dans le théâtre de boulevard, que j’adore. Cela me fascine, me passionne, je découvre ou redécouvre des auteurs, c’est très enrichissant en tant que comédienne de faire ce métier. En plus de cela, il y a cette participation à la création, via la créativité des lumières qui aide à la mise en scène. Ce sont d’autres cordes artistiques, on est sur de la technique pure mais c’est dans la suite logique de ma passion, ce qui est génial !