Claire-Lise Lecerf évoque sa nouvelle pièce de théâtre, Les crapauds fous !

Bonjour Claire-Lise,
C'est une véritable joie de vous retrouver pour ce nouvel entretien.
1/ Vous êtes actuellement à l'affiche d'une nouvelle pièce, « Les crapauds fous ». Pour commencer, comment présenteriez-vous ce spectacle ? Quels thèmes y sont abordés ?
Cette pièce est une comédie d'aventure, relatant l'histoire vraie, méconnue et complètement dingue, de deux médecins héroïques qui, pendant la seconde guerre mondiale, sauvèrent des milliers de vies dans leur ville de Pologne, Rozwadow.

Nous sommes 9 comédiens sur scène, une vingtaine de personnages, pour cette pièce qui se partage vraiment entre rires et émotions. Il y beaucoup de moments de comédie. Bien sûr la page d’Histoire que nous relatons est extrêmement douloureuse, mais comme nous nous concentrons sur le stratagème mis au point par ces deux médecins pour berner les nazis, la pièce garde pleins de moments légers, et les instants d’émotions sont racontés avec beaucoup de pudeur.
Ce que j'aime dans cette pièce, c’est qu’elle part d'un exemple particulier pour aller jusqu'à l’universel, et redonne, par la même, foi en la nature humaine.
C'est une « feel good » pièce. On en ressort grandi, heureux, ému, touché, en ayant rigolé tout le long, car elle est pleine d’humour.
2/ Comment décririez-vous votre personnage ? Quelles sont ses principales caractéristiques ?
Anastazy évolue dans les années 90. Elle est la petite fille de l'un de ces deux médecins, Eugène Lazowski. C’est une jeune étudiante en psychologie qui, pour ses recherches, part à New-York, à la rencontre du deuxième médecin, Stanislaw, le meilleur ami de son grand-père, pour qu’il lui raconte leur histoire…
Cette jeune étudiante en psychologie s'intéresse au petit nombre de gens qui sont prêts à aller à contre courant. Ce petit nombre de gens qui sont empreints de quelque chose de supérieur, qui les dépasse et qui leur permet de braver tous les dangers, sans même réellement s’en rendre compte. C'est de ce petit nombre que l'espoir nait.
C'est un personnage très jeune, qui a donc un peu de cette fougue de la jeunesse, avec tout le questionnement, l’incompréhension, et la volonté de compréhension qui l’en incombe. C'est une histoire qu'elle n'a jamais entendue. Contrairement au narrateur et à tous les autres personnages de la pièce, elle n'a pas connu la guerre.
Anastasy est un personnage que j'ai voulu un peu « émerveillé et abasourdie » par ce qui se passe autours d’elle. Je suis, autant que le public, spectatrice de l’histoire. J’évolue dans le décor. Je la joue de manière un peu « onirique » car tout se transforme dans cette pièce, même les décors bougent. Il m’arrive d’aller vers mon grand-père ou ma grand-mère, que je redécouvre, jeunes, à une période où je ne les ai jamais connus. C’est touchant de s’imaginer rencontrer ses ancêtres, au moment où ils avaient notre âge. J’ai donc essayé de travailler mon personnage dans ce sens là. D’ailleurs, pendant la pièce, je garde toujours à la pensée mes vrais Grands-Parents, qui ont, eux aussi, fait la guerre et me l’ont racontée. J’ai voulu que l’on sente tout l’Amour que porte Anastazy à ses grands-parents, que l’on voit la nostalgie. Et puis, au final, il s’agit tout de même de l’histoire de sa famille !
3/ D'un point de vue artistique, comment avez-vous abordé le fait d'intervenir ponctuellement tout au long de la pièce ?
Je fais le même rôle pendant toute la pièce. C'est une histoire avec une vingtaine de personnages interprétés par neuf comédiens. Il y a donc beaucoup d'acteurs qui jouent plusieurs rôles.
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les transitions sont, pour moi, les parties les plus difficiles. Au début et à la fin, ce sont de plus grosses scènes, c'est donc plus facile d’installer les situations et de trouver l’enjeu. Alors que, dans les transitions, il faut être efficace, ramener de l’énergie, rentrer tout de suite dans le rythme et l'émotion de la scène en seulement quelques répliques. Et surtout il faut garder à l’esprit qu’Anastazy vient au départ questionner Stanislaw pour ses recherches, pour comprendre le fonctionnement de ces êtres exceptionnels. Mais, petit à petit, il n’y a plus que l’histoire qui l’intéresse, elle se laisse totalement embarquer dans le récit que lui raconte ce vieux médecin à la retraite. Au final, c’est l’histoire qui importe, moi je ne suis que le vecteur, je suis à son service.
Il y a des scènes pleines d’humour, mais ce qu'il me raconte peut aussi, parfois, être très douloureux, c'est toute sa mémoire (les souvenirs du Narrateur). A un moment il dit « Il n'y a pas une semaine sans que le vacarme de ces bruits ne m'arrache à mon sommeil ». Cette phrase est tellement vraie. Quelqu'un qui a connu la guerre dans ses atrocités les plus terribles, sera, au final, traumatisé toute sa vie. Ces transitions sont donc aussi une sorte de retour à la réalité. Surtout que certains souvenirs de l’histoire sont parfois légèrement transformés, puisque tout est raconté depuis son point de vue à lui (Le Narrateur, Stanislaw âgé)… ce qui donne lieu à quelques scènes cocasses.
4/ La pièce est à l'affiche depuis plusieurs semaines et les retours sont très positifs. Quelles sont, selon vous, les principales raisons de ce succès ?
C’est une histoire vraie ! La pièce a réussi à attirer le public de part l'histoire je pense. Elle plaît vraiment et le bouche à oreille fonctionne plutôt bien. Cette histoire et cette pièce mettent du baume au cœur et font du bien.
Avez-vous déjà pu échanger avec les spectateurs à l'issue des représentations ?
Je n'ai, malheureusement, pas eu beaucoup l’opportunité d’échanger avec les spectateurs (comme les décors sont assez lourds à faire et à défaire, on sort généralement trente cinq à quarante minutes après la fin de la pièce) mais cela m’est arrivé. J’ai croisé quelques personnes qui revenaient pour la deuxième fois voir la pièce, pour la faire découvrir à leurs enfants ou leurs amis. Et j’avoue que ça met du baume au cœur :)
5/ Vous le disiez, vous en êtes à la troisième semaine de représentations. Avez-vous déjà apporté quelques petites modifications ? Ou êtes-vous encore très proches de la version répétée ?
Quelques petits changements ont été apportés, notamment au niveau du texte où certaines répliques sont passées à d'autres personnages, ou des placements sur le plateau légèrement différents, pour apporter du dynamisme à certains moments. Même nous, dans notre manière d'interpréter, nous évoluons un peu.
Une pièce évolue surtout en début d’exploitation. C’est vraiment en présence du public que l’on peut connaître ses réactions.
Dans cette troupe, nous croyons vraiment en ce projet. Nous l'aimons énormément. Il nous tient à cœur, et je crois que c'est communicatif :) Nous avons la chance d’avoir été repris par le Théâtre des Béliers Parisiens, et allons donc continuer l’aventure au théâtre des Béliers Parisiens à partir du 19 Mai :)
6/ En parallèle, quels sont vos autres projets artistiques ?
J'ai terminé il y a peu un 6x52 minutes pour France 3, « Noces rouges », réalisé par Marwen Abdallah, un réalisateur génial. J’interprète le rôle de Blandine, un personnage affable, pervers, manipulateur… J'adore ce personnage mais je doute fort qu'il en soit de même pour le public, haha ;) C'est un vrai rôle de méchante. Blandine est une jeune femme qui n'a pas grand chose, pas grand chose à perdre, et qui n'a pas eu beaucoup de chance dans sa vie. Elle saisit la moindre opportunité pour améliorer son quotidien, même si cela implique des moyens de manipulation…
Cela ne fait pas de Blandine une belle personne mais, par contre, c'était passionnant à interpréter. J'ai adoré jouer ce rôle. Comme beaucoup de comédiens, j’aime beaucoup interpréter des rôles de méchants. C'est génial et jouissif d'aller chercher en soi cette part d'ombre que l'on a tous, et que l'on essaie plus ou moins de cacher. Là, pour une fois, on est autorisé à la montrer, c'est génial !
7/ En conclusion et pour revenir sur la pièce, que dire de plus pour inciter définitivement les lecteurs à venir vous voir sur scène ?
Si vous avez envie d'être le témoin d'une histoire vraie et extraordinaire qui vous redonne foi en l'humanité et vous donne de l'espoir, c'est l’occasion !
Merci Claire-Lise pour votre disponibilité !
















