Monsieur l'arbitre : Gilles Veissière nous en dit plus sur le livre qu'il a récemment publié !
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Bonjour Gilles,
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous avez récemment publié le livre “Monsieur l’arbitre”, chez Vaillant. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oui, oui ! Le plus beau moment a effectivement été celui d’ouvrir le carton et de récupérer le livre 🙂. C’est un instant particulier, qui est indescriptible : pour moi, cela a été 20 mois de travail acharné ! Comme je le dis dans le bouquin, 20 mois, ça correspond à la gestation d’une éléphant pour avoir son seul petit…J’ai la certitude que ce livre sera aussi le seul pour moi, même si beaucoup de gens qui l’ont déjà lu me demandent un tome 2, tellement, en toute modestie, les anecdotes leur ont fait passer un moment extraordinaire.
En tout cas, c’est la naissance de quelque chose qui vous fait dire que votre vie a été bien remplie !
Si l’on revient à la genèse de ce projet, qu’est-ce qui vous en avait donné l’idée et l’envie ?
Je vais surprendre beaucoup de gens, je suis chef d’une belle entreprise mais je n’ai jamais voulu d’ordinateur. Quand j’ai été élu de la République, je n’en avais jamais souhaité non plus. Je ne vis qu’avec des carnets et un crayon…Les mails sont le seul sujet “technique” qui vient sur mon téléphone, pour le reste je veux toujours que le cerveau soit en parfaite osmose avec la main et donc la plume qui s’y trouve. C’est pour cela que j’aime écrire ! C’est quelque chose de très fort chez moi…
J’avais commencé à écrire une histoire, celle de ce gamin de 14 ans qui se retrouve sur un terrain vague, à qui on oblige d’arbitrer, sous faute d’être puni. Quand j’ai tourné, il y a deux ans, avec M6, l’émission “99 à battre”, je me suis lié d’amitié avec Jérôme Barou, qui est une des plumes qui accompagne le magicien Eric Antoine. Suite à quoi je lui ai demandé de lire le début de mon livre, à lui qui avait écrit des sketchs pour Bigard aussi. Le soir-même, il m’avouait, alors que j’avais les doigts croisés sous la table, qu’il l’avait dévoré ! Il m’a conseillé de foncer, tellement c’est génial, de ne pas me retenir, de lâcher les coups, de me faire plaisir et de tout dire…
Gonflé à bloc, je suis allé m’enfermer plusieurs mois au Portugal et je me suis mis à écrire. La finalité représente 700 pages manuscrites, que j’ai données à mon ancienne secrétaire, Michelle, qui est à la retraite et qui a tout retapé petit à petit. Elle qui m’avait connu à la mairie, savait comment j’écrivais. A la fin, cela donne ce joli livre de 277 pages !
Plus concrètement encore, ce livre est l’occasion d’évoquer des sujets divers et variés…
Les deux premières parties évoquent ce petit garçon de 14 ans. A cet âge-là, dans les années 70, on joue, on n’arbitre pas…Les arbitres sont plutôt des personnes âgées, un peu ventripotentes, qui n’ont pas de gros potentiel footballistique. En plus, il y a très peu d’arbitres, il y a un manque récurrent au niveau des matchs amateurs. Pour les matchs jeunes, c’est toujours un dirigeant visiteur qui prend le sifflet. Donc je suis un extraterrestre parce qu’on avait rarement vu un gamin qui court, qui voit les fautes et qui siffle. Cela avait fait parler, tellement c’était irrationnel ! En rentrant ainsi dans cette aventure, j’avais pris la plus belle décision de ma vie 🙂. Jusqu’à finir en coupe du monde…
Dans la troisième partie, un peu comme Jules Verne qui avait fait le tour du monde en 80 jours, je l’ai fait en 32 pays et 101 matchs internationaux. Je ne parle presque plus de football, je parle des belles personnes que j’ai rencontrées, des beaux musées que j’ai pu visiter, mais aussi des chambres à gaz d’Auschwitz qui ont changé ma vie en y rentrant, ou encore de la possibilité incroyable et fantasmagorique d'atterrir au Japon, d’avoir des militaires qui viennent encadrer votre bus et d’aller dans une résidence pour prendre un brunch avec le fils de l’Empereur… Alors que je ne suis que Gilles Veissière, fils de Louis Veissière, livreur et de Solange Veissière, couturière, qui a grandi dans les HLM de Nice. Là, je me suis dit “Mais quels privilèges me donne ce sifflet !”.
La quatrième partie met en avant 10 matchs que j’ai choisis, parmi les 1500 que j’ai arbitrés, que j’aime le plus et qui m’ont le plus apporté en matière d’émotions. On a fait quelque chose d’incroyable avec mon éditeur, c’est que l’on a mis un QR code au début des rencontres, ce qui permet de revoir les 7 plus beaux matchs de ma carrière. Notamment un Brésil-Argentine, un PSG-OM, …
La dernière partie est mon coup de gueule, c’est du Gilles Veissière dans le texte, avec ma forte personnalité et mon impétuosité. Je parle alors de mon football vintage : ce que j’ai aimé et ce que j’ai traversé en côtoyant des Beckham, des Zidane, des Ronaldo, des Roberto Carlos, des Maldini, des Inzaghi, des Totti, des Buffon…des footballeurs de légende et des faiseurs d’émotions. Je fais la comparaison au football d’aujourd’hui, ce football datas, ce football que j'appellerais de statistiques, j’écratigne un peu tout ce qui me paraît anormal à l’heure actuelle. J’y fais beaucoup de révélations sur la corruption également. Je vous laisserai même découvrir la conclusion…J’espère, en tout cas, que les lecteurs s’apercevront qu’enfin il y a quelqu’un qui dit toute la vérité sur le football !
Choisir, c’est parfois renoncer : au moment d’évoquer certaines anecdotes de votre parcours, avez-vous parfois dû en sélectionner certaines plutôt que d’autres ?
C’est vrai qu’il y a eu un arbitrage dans ma tête parce qu’il y avait tellement d’anecdotes que je pourrais écrire un deuxième livre. On ne traverse pas 31 ans de passion, avec 1500 matchs, donc avec 1500 rencontres, sans qu’à chaque fois, il y ait une petite anecdote. J’en raconte qui sont incroyables, depuis mes débuts jusqu’à mon dernier match. Et puis, nous étions amateurs donc nous avions des moments libres…Je n’en parle pas dans le livre mais j’avouais encore récemment, en toute confidentialité, quelque chose d’incroyable à un supporter du Stade Rennais : j’arrivais un peu plus tôt au stade pour que le préposé des vestiaires arbitres aille m’acheter une galette-saucisse à la buvette 🙂. C’était ma tradition avant une rencontre là-bas, je m’enfermais même dans le vestiaire pour être tranquille. Idem, je ne commençais pas un match à Bordeaux si je n’avais pas mon café avec mes cannelés 🙂. Je pourrais encore en raconter tellement d’autres…
Au moment de vous replonger dans tous ces souvenirs, certainement que beaucoup d’émotions sont alors remontées ?
J’ai ri et pleuré, inexorablement. Quand je repensais à la Pologne, je pleurais. Quand je repensais à certaines anecdotes, je rigolais tout seul comme un idiot. On ne peut pas être insensible. J’ai maintenant une affection particulière pour les auteurs car c’est tellement dur d’écrire. J’ai souffert mais j’ai aimé faire ce livre. J’ai tout donné, j’ai beaucoup travaillé, vous découvrirez notamment beaucoup d’approches techniques dans la cinquième partie, où j’ai voulu appuyer mes thèses.
D’ailleurs, dans cette dernière partie, où vous livrez notamment vos coups de gueule, avez-vous dû vous réfréner sur certains ? Ou pas ?
La force du livre est que je dis tout ! Il n’y a pas de côté diffamatoire : je pense ce que je dis sur les instances, ce que j’explique peut dès fois faire peur et j’espère que les gens réfléchiront après m’avoir lu. Certes, ça pique mais, si le livre se vend, c’est peut-être parce que c’est Gilles Veissière. J’ai été un des plus grands arbitres de France, j’ai tout croqué (Finale de coupe de France, finale de coupe de la Ligue, finale de Coupe d’Europe, championnat d’Europe, coupe du Monde,...), j’ai été premier arbitre français sept fois consécutives, j’ai arbitré 255 matchs de Ligue 1 et 101 matchs internationaux, donc j’ai une légitimité.
J’ai arrêté ma carrière en mai 2025, je sors le livre en 2026, 21 ans se sont passés mais il n’y a jamais eu de casserole sur Gilles Veissière. En arrêtant l’arbitrage, je n’ai jamais cherché à être catapulté ailleurs, je suis sorti complètement du football en faisant d’autres choses. Mon seul plaisir est d’aller voir de temps en temps de jeunes arbitres dans ma région du sud, pour les accompagner et les encourager. Je le fais à titre gracieux et amical, d’ailleurs. Donc peut-être qu’effectivement ma crédibilité et ma légitimité vont en gêner certains 🙂…
Quels premiers retours avez-vous d’ailleurs déjà pu avoir de vos lecteurs ?
En toute modestie, ils sont extraordinaires ! L’ancien président de l’AS Cannes, Richard Conte, m’a dit que c’est la première fois de sa vie qu’il a passé un dimanche entier de lecture. Après avoir commencé le livre, il ne pouvait pas ne pas le finir, de son propre aveu. Il m’a même dit avoir eu des larmes au moment où j’évoque ma relation avec ma maman, et l’importance qu’elle a eu pour prendre la bonne direction.
D’autres m’ont dit “Je ne lisais plus, tu m’as redonné l’envie de lire ce genre de bouquin”. J’ai également des retours de femmes qui ont piqué le livre à leur mari et qui ont trouvé incroyable l’histoire de ce gamin.
J’ai un bon retour sur ma plume. Je suis quand même autodidacte, j’ai fait le livre tout seul, j’ai eu le support technique de mon ami Bernard Maccario, un écrivain historique, qui m’a expliqué comment le construire. Il m’a bien aidé ! J’ai également eu la grande chance d’avoir une relecture souhaitée par mes éditeurs d’une personne que je remercie aujourd’hui parce que, sans changer le livre, elle m’a apporté une belle continuation dans celui-ci, à savoir Stéphane Nolhart. Il a 250 manuscrits à son actif, c’est une très belle plume et il m’a beaucoup apporté pour romancer le livre dans les temps grammaticaux. Ces deux personnes m’ont vraiment apporté une certaine sécurité à ce que j’avais envie de dire. Je les en remercie infiniment !
Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de livres comme le mien. Franchement, les retours sont incroyables. J’ai eu le courage, à la fin du bouquin, tellement je l’ai écrit pour cela, de mettre mon mail parce que je veux que les gens, une fois qu’ils l’auront lu, n’aient pas peur de m’écrire afin d’échanger. Je suis super fier aussi que la nouvelle génération, qui ne lit plus, achète ce livre.
Si vous aviez arbitré aujourd’hui, en 2026, avec les mentalités actuelles et les nouvelles règles, auriez-vous pris le même plaisir qu’à l’époque ?
Je n’aurais pas pu, je n’aurais jamais fait cette carrière, je serais sorti ! Pour moi, le verbatim était important. J’étais amateur donc, sur le terrain, quand un joueur m’embêtait, je lui faisais savoir qu’il n’allait pas le faire longtemps. Je n’avais pas besoin d’un carton ou de quoi que ce soit, c’était frontal. De la même manière qu’un Pierluigi Collina était frontal. On était dans l’échange pour gérer les problèmes et les trublions, l’important était le spectacle, ainsi que la régularité du match. Aujourd’hui, on est sur un arbitrage aseptisé, uniformisé, presque robotisé…C’est normal, ils sont professionnels, ils ont un statut, ils ont pris un ascenseur social mais le prix de ce dernier coûte la liberté ! C’est, là, la force du livre : je revendique que les arbitres d’aujourd’hui sont excellents mais qu’ils ont perdu leur libre-arbitre et j’explique pourquoi. Si Gilles Veissière était là-dedans, il l’aurait perdu aussi, il n’aurait jamais été numéro un et se serait fait manger parce qu’avec sa personnalité, il aurait fait du frontal et aurait explosé. Donc je n’aurais pas fait carrière !
Entre la VAR, qui est, pour moi, un virus, les instances qui, pour moi, ne sont pas à la hauteur et tout ce que j’explique dans le livre, j’interpelle très fortement le président Diallo dans ma conclusion, et de manière un peu particulière…
L’arbitrage français est de plus en plus reconnu à l’international, ce qui doit certainement vous faire chaud au cœur ?
Oui ! Pour moi, des garçons comme Clément Turpin et François Letexier, qui ont du mal à s’exprimer en France, sont remarquables à l’étranger. Je le dis dans le livre, c’est quand même incroyable qu’ils finissent à la quatrième ou cinquième place nationale et qu’ils fassent des finales de coupe d’Europe…Cela ne veut pas dire que ceux qui sont devant eux au niveau national ne sont pas bons, mais ça m’interpelle quand même ! Je connais le problème, je sais pourquoi ils sont moins bons chez nous et c’est pour cela, au niveau fédéral, que je pense qu’ils feraient bien de prendre un peu le temps. C’est triste, je l’ai vécu…Vous verrez, en début de saison prochaine, aux premiers coups de grisou sur l’arbitrage, qu’au niveau fédéral, on dira qu’il y a un problème dans l’arbitrage. Le reste du temps, au niveau fédéral, ce sont les trois petits singes : mais sur les oreilles, mains sur les yeux et mains sur la bouche. Tant qu’on n’en parle pas, tant qu’il n’y a pas un penalty qui traine, on essaie de passer à travers les gouttes…L’arbitrage ne sert qu’à ça : ne faites pas d’histoire, ne créez pas d’emmerde, on a déjà assez de soucis avec nos finances, avec nos nominations, avec les médias, avec nos partenaires sportifs donc les arbitres, débrouillez vous pour être à la hauteur ! C’est cela qui ne va pas : on leur a enlevé le dialogue, on leur a enlevé l’échange donc, à partir de là, qu’est-ce qui se passe ? Dès l’instant où tu ne dialogues pas, où tu n’échanges pas, où tu n’ouvres pas la porte, où tu es une caste, dans laquelle tu es mieux payé que le premier ministre et un tout petit peu moins que le président de la République, tu te dois à un devoir d’explication, d’échange et de partage avec les médias notamment et avec les dirigeants. C’est là où ça ne va pas et où ça ne fonctionne absolument pas. Il y a donc beaucoup à faire pour améliorer l’arbitrage mais vous savez, quand vous avez une Ferrari et que vous donnez le volant à quelqu'un qui n’a conduit jusqu’à présent qu’une Clio, il y a des accidents à tous les carrefours…
Merci, Gilles, pour toutes vos réponses !
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