Rodolphe Sand évoque avec passion ses belles et variées actualités artistiques !

Publié le par Julian STOCKY

@ Ingrid Mareski

 

 

 

Bonjour Rodolphe,

 

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

 

Vous êtes un artiste aux multiples casquettes et votre actualité est riche. Vous continuez, notamment, d’accompagner la pièce “La Joconde parle enfin”, interprétée par Karina Marimon. On imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?

 

Tout à fait ! Dès que j’ai commencé ce métier en tant que comédien, j’ai compris que la mise en scène ferait partie aussi de mon travail. A chaque fois que je voyais mes amis en cours, j’avais toujours l’impression de savoir comment on pouvait améliorer les choses, quel point de vue on pouvait avoir donc c’est tout naturellement que je suis venu à la mise en scène. C’est d’ailleurs à l'École nationale de théâtre, rue Blanche, que j’ai connu Karina Marimon, qui joue ce spectacle.

 

Une mise en scène d’un seule en scène est, pour le coup, véritablement de l’accompagnement. Quand Karina m’a appelé pour me dire que Laurent Ruquier lui avait proposé cette pièce, je n’ai pas hésité beaucoup, alors que j’avais fait assez peu de seuls-en-scène. C’est le troisième pour moi, c’est beaucoup plus un travail très personnel avec l’acteur, il y a un accompagnement artistique mais aussi psychologique, cela demande un investissement autre donc il faut soit vraiment bien connaitre la personne, soit être sûr que ça va bien se passer avec elle, d’autant plus que le théâtre est du long terme. Karina est une amie, j’admire beaucoup l’actrice donc j’ai dit oui tout de suite. Cela a plutôt été une très belle aventure dès le départ, je ne connaissais pas Laurent, qu’elle m’a présenté et avec qui j’ai eu une entente amicale et artistique. Il a été extrêmement simple dans sa manière de collaborer, l’entente a été parfaite, aussi, je pense, parce que j’ai respecté les choses auxquelles tenait Laurent et qu’il a respecté mes demandes. Ce n’est pas du tout un auteur qui ne voudra pas que l’on change une virgule, au contraire si c’est justifié et si c’est dans l’intérêt de la pièce, il va évidemment accepter. Donc le travail était très prolifique !

 

On a commencé, il y a plus de deux ans, une tournée de rodage. La première avait eu lieu à Toulouse, je me souviens être en fond de salle avec Laurent et, en entendant la réaction du public, on s’était dit que l’on tenait quelque chose. Cela ne s’est pas démenti, on a ensuite fait le théâtre de l'œuvre, avant de repartir en tournée, puis de reprendre au studio des Champs-Elysées. Actuellement, nous sommes en grosse tournée jusqu’en juin. Laurent organise un petit festival fin juin pour fêter son arrivée à la tête de la comédie et du studio des Champs-Elysées, où nous allons faire trois exceptionnelles. Quelques dates à la rentrée auront normalement lieu au théâtre de l'œuvre pour filmer le spectacle, à destination de la télé.

 

En quelques mots, comment pitcher ce spectacle ?

 

Le pitch est tout bête: la Joconde parle enfin, elle nous raconte son histoire et on passe du tableau à la personne, on découvre qui elle était. Je trouve que toute la beauté du spectacle se joue dans le fait qu’elle sort, justement, du tableau et qu’elle va humaniser une œuvre assez mythique. C’est le tableau le plus connu du monde mais, finalement, je ne suis pas sûr que les gens en connaissent l’histoire, qui est absolument exceptionnelle et très intéressante. Donc c’est vraiment une approche, à la fois historique et humoristique, du tableau et de la femme représentée.

 

En tant que metteur en scène, lorsque le rideau s’ouvre, le bébé ne vous appartient alors plus. Comment appréhendez-vous ce moment-là, où vous ne pouvez plus intervenir ?

 

C’est la grande question…Pour moi, c’est facile parce que je crois que la mise en scène est un acte de générosité. En fait, le but est, à la fin, d’avoir envie de laisser les clés du camion aux acteurs pour qu’ils conduisent sur la route que je leur ai indiquée. Donner le spectacle aux comédiens est la vocation même de la mise en scène ! On délivre un spectacle, c’est un peu comme un accouchement…

 

Je choisis plus mes mises en scène qu’avant parce qu’on arrive souvent avec des distributions déjà installées, alors que je trouve que la part de la mise en scène est aussi la distribution des acteurs. On ne peut pas imputer une bonne ou une mauvaise mise en scène à un metteur en scène s’il n’a pas choisi ses acteurs parce que c’est 50% du job, voire plus. C’est un processus long, éreintant, physiquement fatiguant, il faut qu’on puisse être, à chaque fois, content d’avoir choisi cet interprète dans ce rôle-là, pour se dire “Je vais aller jusqu’au bout parce que c’est cette personne-là qu’il faut”. Malheureusement, pour des contraintes de célébrité ou autres, on se retrouve maintenant avec des comédiens que l’on n’a pas choisis, cela rend les choses plus difficiles et c’est au détriment, souvent, des œuvres.

 

 

@ Ingrid Mareski

 

 

En parallèle, les téléspectateurs de France 3 peuvent régulièrement vous retrouver dans la quotidienne “Un Si Grand Soleil”...

 

Je ne m’en étais pas rendu compte, cela fait déjà trois ans que je joue le personnage d’Yvon Chaligny, le critique d’art, ennemi juré d’Alix Dardel. C’est un vrai plaisir et une grande fierté de faire partie de cette aventure. Je suis metteur en scène, acteur et scénariste, je suis dialoguiste aussi sur cette série et, en fait, quand on écrivait la première arche d’Yvon Chaligny, j’avais dit à la directrice “C’est marrant, c’est un rôle que je pourrais jouer”. Un peu plus tard, mon agent d’acteur m’avait appelé pour me dire qu’il avait des essais pour moi pour….ce personnage ! Donc je ne m’étais pas trompé 🙂. Je ne pensais pas être pris, craignant un conflit d’intérêt mais le producteur m’avait rassuré, en m’expliquant qu’il n’y en aurait pas. 

 

C’est un personnage que j’adore, il me fait beaucoup rire, il m’amuse énormément à jouer. J’aime bien jouer des rôles un peu méchants, j’ai un plaisir fou à interpréter Yvon. En plus, son histoire évolue beaucoup, là il vient de récupérer la galerie d’Alix et, après avoir été pendant un moment avec Ulysse, il rencontre David…C’est super, je trouve que les scénaristes font très bien évoluer le personnage. J’avoue qu’à chaque fois, je lis les textes avec gourmandise et je me demande toujours ce qui va encore lui arriver.

 

J’ai des retours des téléspectateurs qui me disent beaucoup aimer les chamailleries entre mon personnage et Alix, cela plait. En plus, on s’entend très bien avec Nadia Fossier, son interprète, donc, vraiment, ce n’est que du bonheur ! On tourne, en plus, à Montpellier…Comme j’y vais en mai, il va faire beau donc la vie est belle !

 

D’interpréter un personnage sur la durée vous permet certainement d’étoffer un peu plus encore, à chaque fois, sa palette de couleurs…

 

C’est extrêmement rare ! Je trouve que l’on est dans une période absolument géniale pour les acteurs pour ça : grâce aux séries, on peut faire évoluer les personnages sur la durée, pendant longtemps. Cela leur donne beaucoup plus de chair, cela offre des personnalités plus complexes, ce qui est extraordinaire, pour un acteur, à jouer parce que ça veut dire beaucoup plus de profondeur.

 

D’ailleurs, aimez-vous regarder le rendu final, aussi pour capitaliser sur votre propre jeu ?

 

Récemment, j’ai joué dans “Les rayons et les ombres”, avec Jean Dujardin, où j’ai une scène, dans un film de trois heures vingt. J’ai été absolument ébahi par les retours des gens sur cette scène, de spectateurs que je ne connaissais pas. C’est étonnant parce que, sur “Un Si Grand Soleil”, où on me voit quand même assez régulièrement, je n’ai pas autant de retours que cela. Je me suis demandé si ce qui faisait que ce personnage avait marqué autrement que celui d’Yvon et je crois que ça m’a fait me poser la question de l’acteur que je suis. Ce qui est important, en fait, dans le métier d’acteur, ce n’est pas uniquement de jouer, c’est aussi de savoir ce qu’on transmet. De plus en plus, je me rends compte que je fais attention à cela dans mes choix de personnages. 

 

Yvon n’est pas forcément quelqu’un de sympathique mais c’est quelqu’un qui ne plaisante pas avec son métier. Il dit “Je suis critique d’art, je connais mon métier et Alix Dardel est une escroc, elle raconte n’importe quoi !’”. Et il a raison, il sait…Il le fait peut-être maladroitement, il ne le fait pas avec gentillesse, il est peut-être un petit peu revanchard, je vous l'accorde mais il sait de quoi il parle. Je trouve qu’on tire quelque chose de tout ça : il s’y prend peut-être mal mais, en tout cas, il a quelque chose à dire et ce n’est pas n’importe quoi. Cela marque les gens !

 

Je pense, objectivement, qu’un acteur ne peut pas maîtriser la portée de qu’il apporte ou pas mais je pense que c’est important qu’il sache ce qu’il a envie de raconter.

 

Toujours à l’image, deux autres tournages vous attendent prochainement, à Lyon et à Strasbourg…

 

De mi-mai à mi-juin, je vais tourner dans “Les mystères de la rose éternelle, un film de Lorenzo Gabriele, avec Fanny Cottençon notamment. Cela me ravit, c’est un unitaire, c’est une enquête policière et, surtout, je vais jouer un gendarme, ce qui m’amuse beaucoup. Je suis très heureux d’aller dans ce registre-là. En même temps, si les dates coïncident, je vais jouer dans “Face à face”, pour l’épisode final, réalisé par Stéphanie Tchou-Cotta, une amie. J’y serai un paparazzi, ce qui me plaît énormément.

 

Par ailleurs, vous écrivez actuellement, et ce sera la deuxième fois pour vous, un nouvel épisode de “Camping Paradis” pour TF1…

 

J’avais co-écrit, avec Nicolas Douay, “Coup de théâtre au camping”, il y a deux ans, pour une diffusion l’année dernière. L’expérience avait été plutôt positive, j’aime beaucoup l’équipe de production, notamment Richard et Damien et quand Ariane Zantain m’a dit avoir envie de refaire un épisode pour cette série, je lui ai répondu ok pour l’accompagner. On a enclenché quelque chose, qui devrait voir le jour d’ici un an.

 

Je trouve que la grande qualité, chez JLA, est de laisser le temps aux scénaristes de digérer ce qu’ils ont fait. Un 90 minutes demande plus de travail qu’un 52 minutes mais aussi beaucoup plus d’apports. Donc c’est un travail plus d’endurance, mais qui est très jouissif, surtout quand on est aussi bien accompagné 🙂. “Camping paradis” est également un exercice de style très intéressant parce qu’on sait à qui on s’adresse, il y a un côté populaire sans être populiste, les rapports sont doux donc c’est assez agréable à écrire !

 

Plus jeune, j’avais commencé avec Christian Clavier et Jean-Marie Poiré et le premier me disait “Je fais de la comédie par philosophie, parce que c’est plus agréable. Si on fait rire, on va rire !”. Je comprends un peu ça, j’aurais envie de dire la même chose avec l’écriture : écrire des choses douces est encore plus agréable !

 

 

 

 

La série est à l’écran depuis presque vingt ans. Qu’est-ce que cela implique pour vous, dans votre travail d’écriture ?

 

La première chose est qu’il ne faut pas se répéter. Quand une série a cet âge-là, on a peur de redire les mêmes choses et de revenir aux mêmes endroits. Pour le coup, le directeur littéraire nous accompagne. Mais ça nous demande une recherche plus importante quant au pitch. Après, à titre personnel, je trouve toujours qu’avoir des handicaps dans l’écriture est plus facile, finalement, que de se retrouver face à une page blanche, sans en avoir aucun. 

 

Je pense que la difficulté, dans “Camping paradis”, est de trouver l’état d’esprit de la série, c’est-à-dire, dans l’écriture, de trouver cette légèreté dans le drame, si j’ose dire. Chaque personnage arrive avec son problème qui, finalement, va être résolu, mais sans qu’il n’incombe sur un esprit de vacances et de douceur. On est sur un fil…mais c’est aussi ce qui est passionnant ! 

 

Je connais bien la plupart des comédiens récurrents de la série donc c’est chouette aussi de savoir qu’on écrit pour des potes !

 

Si on prend un peu de recul, ces différentes cordes artistiques pourraient paraître très éloignées mais certainement que vous y trouvez des complémentarités ?

 

J’ai envie de dire oui et non… Quand je suis scénariste, je suis scénariste. Quand je suis acteur, je suis acteur. Quand je suis metteur en scène, je suis metteur en scène. Donc, non, je ne mélange pas, généralement. On est dans un pays dans lequel les gens ont du mal à vous identifier si vous avez plusieurs casquettes donc ce n’est pas forcément très malin de le faire ou de le dire. Après, oui, évidemment que l’un transpire sur l’autre : être acteur m’aide à dialoguer…Souvent, le fait de se retrouver sur un plateau à dire des textes aide à l’écriture parce qu’on sait la matière que l’on peut mettre en bouche. 

 

J’ai voulu être aussi metteur en scène parce que, même si j’adore interpréter, je savais qu’à côté, j’avais envie d’autres nourritures, intellectuelles et de construction. On met les mains dans le cambouis, il y a un côté très artisanal. L’écriture, quant à elle, a toujours existé, j’ai une formation littéraire, j’ai même été prof donc ça a toujours fait partie de moi. Même si je ne pensais pas, un jour, gagner ma vie avec cela. C’est vraiment l’écriture qui s’est imposée à moi, plutôt que l’inverse. Encore maintenant, je suis très étonné quand on vient me chercher pour écrire…

 

C’est assez étonnant, je trouve, de voir la façon dont chaque métier est traité. Je suis traité d’une certaine manière en tant qu’acteur et d’une autre façon en tant que scénariste, et encore d’une autre manière en tant que metteur en scène. C’est assez culturel ! En Italie, c’est beaucoup plus hiérarchisé : pour eux, le metteur en scène est le maître, c’est lui qui a les idées et la vision globale. Alors qu’en France, c’est l’inverse, le metteur en scène est au service des autres. C’est plutôt intéressant, pour moi, à vivre : l’écriture demande une humilité forte, être acteur demande un égo, quoi qu’il en soit, et la mise en scène me demande des sciences de management des équipes. Cela n’a finalement rien à voir mais c’est aussi ce qui fait leur complémentarité ! 

 

Merci, Rodolphe, pour toutes vos réponses !

Publicité

Publié dans Télévision, Théâtre

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article