Pierre Samuel évoque son actualité et ses projets, sur scène et à l'image !
/image%2F1552669%2F20260706%2Fob_f50b24_image2-5.jpeg)
Bonjour Pierre,
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous êtes régulièrement sur scène, au théâtre des Mathurins, dans “Dernier coup de ciseaux”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oui, c’est un plaisir de revenir, de repartir et d’y revenir ! C’est la troisième fois que je reviens, j’en suis à 800 représentations de cette pièce qui se joue depuis 15 ans. Mon personnage dit tout ce qu’il pense, à n’importe quel moment, il n’a aucun jugement de lui-même ni aucun surmoi. C’est très pratique de savoir que l’on va avoir un moment, dans la soirée, où on va pouvoir s’exprimer vraiment, sans aucune limite. C’est aussi un personnage qui évolue en fonction de ce que j’apprends à côté : cela m’est arrivé de travailler, par exemple, la discipline de la danse et, depuis, le personnage danse beaucoup plus…Quand je travaille le doublage, je vais m’intéresser beaucoup à l’intensité de la voix, à son rythme et à sa hauteur, puis j’utilise ces outils pour rendre mon personnage le plus expressif possible. En fait, ça devient une pièce-exercice, en plus du plaisir que c’est de jouer devant des gens.
D’ailleurs, avec vos mots, comment présenter ce spectacle ?
C’est un concept ! C’est une pièce extrêmement originale qui propose, aux spectateurs, un rôle qu’ils n’ont jamais l’habitude d’avoir. Généralement, on propose aux gens de ressentir des émotions, de réagir à ce qui se passe sur scène et, là, on leur propose d’avoir, s'ils le souhaitent, un rôle dans la pièce. Il y a eu un meurtre dans un salon de coiffure, les présumés coupables sont devant le public, avec des personnages très hauts en couleurs, un petit peu comme dans le “Cluedo”. Mon personnage est tout jaune, la coiffeuse est toute rouge, …
Au public, on propose d’abord de devenir le témoin de ce meurtre puis d’aider la police à reconstituer ce qui s’est passé. Enfin, on propose aux gens de devenir les jurés d’un procès, pour déterminer qui sera le coupable. Tout cela est accessible de 7 à 107 ans, c’est extrêmement ouvert à tous les publics. D’ailleurs, dans la salle, il y a des spectateurs qui voient une pièce pour la première fois, d’autres sont des auteurs intéressés de voir la mécanique d’écriture, …Chacun peut y trouver son compte et on rit tous ensemble ! La lumière, dans la salle, est allumée, on joue donc en voyant les gens et c’est un grand plaisir de passer deux heures à les surprendre, à les faire rire et à vivre une expérience positive ensemble. Ce qui, je crois, est très important en ce moment !
Sans doute qu’en fonction des réactions du public, chaque soir est différent du précédent ?
Oui, parce que la pièce est écrite à partir des réactions du public. Ce sont les gens qui initient les scènes, ce qui leur donne la sensation que tout est créé sous leurs yeux. Mais, en fait, la pièce est beaucoup moins improvisée que ce que l’on croit…C’est ce qui donne un côté magique à ce spectacle, qui se joue sur scène mais aussi dans le hall. Nous jouons au temps présent, dans l’espace réel, les personnages ont nos noms et prénoms, donc il y a un peu cette illusion de mélange de réalité et de fiction, où les spectateurs s’y perdent et se prêtent au jeu. Si bien que, dès fois, des gens viennent me parler pendant la pause et s’adressent à moi comme si mon personnage existait vraiment, à m’évoquer leur cousin qui est coiffeur, à me demander si j’habite vraiment dans le théâtre…Il y a une confusion qui se fait : les gens se prêtent tellement au jeu qu’ils ne savent plus où il est, ce qui est très amusant et crée beaucoup de proximité.
/image%2F1552669%2F20260706%2Fob_c96f47_image0-5.jpeg)
La distribution est alternante, ce qui doit certainement permettre une fraîcheur supplémentaire…
Il y a un grand plaisir à voir comment chaque comédien s’approprie son rôle et le joue de manière très personnelle, avec son propre rythme. La bible de chaque personnage est très précise mais on amène ce dernier à nous, là où on sera le plus émouvant et le plus drôle. On ne sait jamais à l’avance avec qui on va jouer sur scène, ni dans la salle, on ne sait pas dans quel ordre la pièce va se jouer, puisqu’il est déterminé par le public, et on ne sait pas comment le spectacle va se terminer. Donc, tous les soirs, on est face à ces questions, qui peuvent paraître angoissantes à entendre mais qui, en réalité, sont hyper jouissives à vivre.
D’ailleurs, quels principaux retours du public pouvez-vous avoir ?
La première chose que les gens nous disent est “Qu’est-ce que c’était bien, qu’est-ce que l’on a rigolé. Merci ! C’était très surprenant”. On leur a fait du bien ! Je me sens très utile à faire cela, je vois des personnes détendues, souriantes, heureusement surprises, qui repartent avec de l’espoir. C’est très important !
Concernant mon personnage, pas mal de spectateurs se posent des questions sur mon orientation sexuelle, moi qui joue un cliché de coiffeur gay. Je suis flatté d’ailleurs que les gens n’arrivent pas à savoir si je suis vraiment homosexuel, ou si je suis hétérosexuel…Donc ils me posent la question mais je ne leur réponds jamais 🙂…
En parallèle, à l’image, vous avez tourné pour ARTE…
“Fertile” est une série en comédie dramatique, c’est un humour très sombre, à l’anglaise. C’est réalisé par Cédric le Gallo, qui avait fait “La revanches des crevettes pailletées”, dans lequel j’avais joué, il a même coécrit cette série avec Anaïs Fabre. C’est l’histoire d’une jeune femme qui n’arrive pas à avoir d’enfant, jouée par Laurence Arné, et qui découvre accidentellement que le fait de tuer des gens augmente sa libido et sa fertilité. Elle va donc devenir serial killeuse, dans le but de donner la vie…
Je joue l’ami du couple, mon personnage est fertile, il n’a aucun problème pour faire des enfants et il en est insupportable, à donner des conseils tous plus inutiles et énervants les uns que les autres. C’était agréable de jouer ce mec insupportable, qui pense tout savoir !
Vous êtes actuellement en tournage, pour France Télévisions, de la saison 2 de “Bugarach”...
C’est une série de science-fiction, réalisée par Nicolas Capus. Dans cette région de l’Aude, le maire de la ville avait expliqué, en 2012, qu’au pied de cette montagne très particulière, la fin du monde n’aurait pas lieu là-bas, alors même qu’elle avait été annoncée. Cela avait attiré une foule de gens hors normes et ça a donné l’idée aux auteurs d’écrire une série sur les mondes parallèles, notamment les vortex spatio-temporels. Je joue un chercheur de vortex, ces endroits où on passe dans le temps et dans l’espace, pour se retrouver dans des mondes où tout est différent, où la vie a pris un autre chemin. Ce programme est très original en télévision.
Audrey Dana est ma partenaire, pour ce tournage qui aura lieu tout au long de ce mois de juillet.
Toujours à l’image, les téléspectateurs de France 3 avaient récemment pu vous retrouver dans “C’est qui le chef ?”. Quels souvenirs en gardez-vous ?
C’est un téléfilm de comédie, qui raconte le milieu des influenceurs culinaires, avec notamment Bruno Solo et Michel Cymes. C’était super sympa de tourner avec ces deux acteurs ! Bruno Solo a énormément d’expérience, c’est un super acteur de comédie, il m’a énormément aidé. Même si on n’avait pas toutes nos scènes ensemble, cela l’amusait beaucoup de voir comment je construisais mon personnage. Il m’a donné des petits tuyaux…Michel Cymes a beaucoup moins d’expérience mais c’est un gros travailleur. Il s’en est très bien sorti ! C’est aussi quelqu’un de très humble et de très intéressant.
Je retrouvais Anaïs Fabre, une amie. Notre scène de talk-show était très inspirée de l’équipe de Cyril Hanouna, avec des personnages très hauts en couleurs. Pour jouer ce présentateur qui fait le show, j’ai aussi utilisé le rôle que j’interprète sur scène, qui n’a pas du tout peur de jouer très corporel, en étirant les phrases, ni d’en faire des caisses. C’était très agréable à jouer, je me suis beaucoup amusé !
Aude Gogny-Goubert, la réalisatrice, m’a fait confiance, elle a été très encourageante et très aimante. J’en garde un excellent souvenir !
Le succès d’audiences a certainement dû vous faire chaud au coeur ?
Cela fait très plaisir quand ce que tu fais est vu ! C’est comme un peintre, il a envie que ses tableaux soient regardés, ou un romancier, qui a envie que ses livres soient lus. Sinon, ça n’a pas de sens…On ne fait pas de l’art pour soi-même, on fait de l’art pour que ce soit reçu et que ça provoque quelque chose chez les gens, du rire, de l’émotion, ou encore des questions. Donc, oui, j’étais content que ça marche ! Cela veut aussi dire qu’il y a une possibilité qu’on fasse une suite…
Quand je suis content sur un tournage et qu’il y a la possibilité qu’il y en ait d’autres derrière, j’ai tout gagné !
Pour finir, quels sont vos autres projets en cours ou à venir ?
Cet été, je vais partir avec “Les grooms”, une fanfare qui existe depuis 40 ans et qui adapte des opéras dans la rue. Nous irons jouer, dans les rues de Faro, au Portugal, des airs du “Bel Canto” italien, en cachant des chanteurs au milieu des touristes. La fanfare déambulera dans les rues et les artistes, cachés dans le décor, viendront apporter des surprises, avec la voix lyrique qui est toujours très spectaculaire en pleine rue.
Le but étant de créer de l’émotion dans des endroits où on ne s’y attend pas…Je trouve cela super quand l’art et la poésie peuvent débarquer à n’importe quel moment mais aussi n’importe où.
/image%2F1552669%2F20260706%2Fob_2f14b9_image1-6.jpeg)
Enfin, je vais travailler, à la rentrée, avec Daisy Raynal, qui dirige la compagnie ‘Apparente”, dans le XXème arrondissement de Paris, composée, notamment de personnes handicapées. Elle a monté un spectacle autour du thème du cabaret et du rire. Elle fait appel à moi en tant qu’intervenant de comédie musicale et nous allons travailler, avec cette troupe, sur le thème de la fabrication du rire. Je suis impatient de commencer cela en septembre ! Cela va dans cette idée de qui que tu sois, on peut faire de l’art ensemble, on peut se présenter aux autres, on peut transmettre des émotions et en vivre ensemble.
Merci, Pierre, pour toutes vos réponses !