Justine Grave nous en dit plus sur les deux pièces de théâtre qu'elle joue au festival d'Avignon !
Bonjour Justine,
Quel plaisir d’effectuer cette nouvelle interview avec vous !
Vous serez, en juillet, sur la scène du festival d’Avignon, avec deux spectacles très différents. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oui ! C’est un peu un mélange d’excitation, de peur, de hâte et de plein de choses. Depuis l’école, c’est-à-dire depuis quatre ans, je n’avais pas fait de théâtre, donc de revenir tout de suite avec quelque chose de très intense en matière de création et d'enchaîner tout de suite deux fois vingt et une représentations, est, je pense, un rythme qui me convient. Dans le sens où, dans ma vie personnelle, je suis quand même quelqu’un qui ait un peu de mal à aller jusqu’au bout des choses parce que je m’éparpille énormément, donc, là, en fait, c’est très satisfaisant de me dire que, ça y est, je me suis vraiment focusée sur quelque chose et qu’on a été au bout en quelques semaines. Ça va être le TGV jusqu’à la ligne d’arrivée et c’est hyper plaisant de se dire que tout va se faire très vite. J’avoue que c’est très cool !
Plus concrètement, avec vos mots, comment pitcher le spectacle jeune public “L’éléphant rose existe-t-il ?”, que vous jouerez chaque matin à 10h ?
Je dirais que la pièce s’adresse à ceux qui rêvent encore et à ceux qui oublient parfois de rêver, mais qui voudraient se reconnecter à l’imaginaire. C’est une pièce accessible à partir de trois ans mais qui est idéalement adaptée aux cinq à douze ans. C’est du langage d’enfants, ce sont deux personnages, un qui rentre au collège et qui est plutôt anxieux, qui a envie de grandir très rapidement, pour se sentir adulte et un autre personnage, plus enfantin, qui a sept ans et qui, justement, lui n’a pas encore pensé une seule seconde à être adulte. Donc c’est un peu tout ce rapport entre les deux personnages : le plus grand qui va apprendre au plus petit à grandir, et le plus petit qui va apprendre au plus grand à garder son âme d’enfant.
D’ailleurs, lequel de ces deux personnages incarnez-vous ?
Alors, cela peut être très étonnant me connaissant mais je vais jouer le plus grand, qui ne veut plus être enfant 🙂. Étonnant parce que, dans la vie, je suis toujours une enfant et je crois que ce n’est pas prêt de s’arrêter…
Le fait de jouer un personnage très jeune vous offre sans doute une palette très variée de couleurs ?
Pour le coup, je n’avais vraiment jamais fait de spectacle jeune public, que ce soit à l’école ou en dehors, donc ce sont des codes de jeu que je n’avais pas et qui me paraissaient très très loins de moi-même parce que je suis quand même quelqu’un qui suis plutôt minimaliste à l’écran. Je déteste en faire trop, je déteste faire beaucoup d’artifices, j’aime toujours faire des choses qui se rapprochent de moi et donc, là, je sais que c’est du théâtre mais, quand même, il y avait des codes que je n’avais pas, dans le corps ou dans la voix. Surtout, je crois que le plus important est de penser aux spectateurs, pour le coup aux enfants, d’essayer de se remettre un peu dans leur tête et de se dire comment ils vont interpréter telle ou telle chose, comment ils vont accueillir telle ou telle réaction. Je pense, par exemple, à un moment où le personnage d’Ambre, le plus petit, me fait sursauter : j’avais tendance à crier mais, en fait, non, parce qu’il y a des enfants très petits qui pourraient être surpris. Donc il faut adapter tout cela ! Franchement, c’est hyper intéressant…
C’est aussi beaucoup de comédie et beaucoup de jeu de clown. Le langage est très corporel, les enfants comprenant beaucoup de choses par le corps. Il me faut retrouver tout cela, l’instinct, les petits tics que l’on peut avoir quand on est enfant, que ce soit de langage ou de mouvement.
Dans vos éventuelles sources d’inspiration, y a-t-il l’enfant que vous avez été ?
Non…Pour le coup, je ne pars vraiment pas du tout de moi-même parce que, à cet âge, je n’étais pas du tout consciente de comment j’agissais donc je ne peux pas du tout m’inspirer de comment j’étais. A l’inverse de maintenant, où j’analyse beaucoup plus ce que je fais.
Mon inspiration, en fait, est très simple : j’ai fait beaucoup de baby-sitting, j’en faisais encore récemment et ça tombait à pic…Cette année, chaque mercredi matin, je gardais une fille de neuf ans et un garçons de douze ans, pile la tranche d’âge parfaite…Quand on a commencé à créer la pièce, je me suis beaucoup inspirée d’eux, je les regardais énormément…C’était hyper intéressant ! L’écriture étant superbe, j’avais juste à rajouter mes petits ingrédients pour faire la bonne recette.
On le sait, le jeune public n’a pas forcément les codes du théâtre et peut, notamment, réagir à haute voix à ce qui se passe sur scène. Il vous faudra être prête à cela aussi…
Exactement ! Je pense que c’est hyper important, quand tu joues quelque chose, de toujours rester consciente de tout ce qui se passe autour de toi et d’avoir le recul nécessaire. Parfois, je crois que ça vaut le coût de réagir et de s’en servir, alors que, parfois, il faut savoir juste laisser couler et continuer son histoire. On a de la chance, on a fait une sortie de résidence en mai, très intimiste, avec des copains qui avaient des enfants. On a donc pu la tester sur un public qui allait de deux ans et demi à douze ans, on a vu un peu les différentes réactions et j’ai été très étonnée de la concentration des petits, qui étaient très émerveillés. Après, c’est un spectacle dans lequel il y a beaucoup de jeu mais aussi pas mal de jeux de lumière…On a essayé de mettre beaucoup d’ombres chinoises, d’effets de lumière, de la musique, du jeu avec les mains…Je pense que ça captive !
En tout cas, oui, je suis prête à ce qu’il y ait des petits qui crient, qui pleurent voire qui veulent sortir. Ce n’est pas un problème, il faut laisser la place et la liberté à l’enfant de s’exprimer donc ce n’est pas très grave.
On imagine également que des allusions et des références sont faites plus spécifiquement pour les adultes présents dans la salle ?
Exactement ! C’est une de mes meilleures amies qui a créé et écrit la pièce, ce qui fait que c’est très agréable de bosser avec elle. Au départ, on ressentait une écriture d’adulte, avec une pensée d’adulte, c’était trop mature pour des enfants. Une vraie réadaptation a été faite pour le jeune public, avec quelques références pour les adultes. Les plus petits ne percevront pas la subtilité de ne plus avoir accès à son imaginaire et de vouloir devenir grands mais, par contre, les grands le capteront. Au collège, les enfants sont à un âge où il se passe beaucoup de choses dans leur tête, je pense qu’ils retrouveront sur scène des questions qu’ils se posent eux-mêmes.
En complément, en début de soirée, vous serez à l’affiche de “Peines perdues”...
Ce sont quatre personnages : Christine, Sophie, que j’incarne, Alain et Didier. Christine est patronne de bar, Sophie est son employée, Alain est son mari et Didier est le père de Sophie, ainsi qu’un ami de Christine. Cela fait vingt ans qu’Alain est en prison et que Christine ne nous en a jamais parlé, elle n’a même jamais parlé de lui et …elle nous annonce qu’il revient aujourd’hui, qu’il sort de prison, après avoir été incarsceré pour le meurtre de son frère, dont on ne sait pas s’il est coupable ou pas.
Un événement va se passer dans la pièce et va faire que toutes les relations vont un peu être bouleversées. C’est un spectacle qui questionne sur, comment, en sortie de prison, reconstruire un couple, des relations amicales, des relations de travail, et sur comment les aprioris vont être menés. C'est donc une pièce sur la reconstruction et le maintien des liens.
Quel regard portez-vous sur Sophie, votre personnage ?
Je dirais qu’il a fallu trouver le juste milieu entre le personnage qui fait tampon, qui est très joyeux, qui apporte beaucoup de bonne humeur, qui fait beaucoup les liens entre les personnages et le fait que, quand même, c’est un événement qui n’arrive pas tous les jours. Même si elle est très rêveuse, très idéaliste, si elle veut que tout se passe bien, elle ne peut pas faire comme si cet évènement était anodin…Oui, il a fallu doser !
Là encore, sans doute que l’éventail d’émotions est large mais aussi très différent de celui du spectacle jeune public ?
Déjà, c’est un peu dans le nom du genre : c’est une comédie dramatique ! On s’imagine que les personnages passent de situations très loufoques à une situation beaucoup plus noire et sombre. J’avoue que c’est un plaisir de jouer dans cette pièce parce que ça commence de manière très légère, avec des petites vannes un peu à droite et à gauche, de la bonne humeur à pleines dents mais, au fur et à mesure du spectacle, il y a de plus en plus d’inquiétude, de stress, de colère et de regrets. Donc la palette est bien explorée !
Au moment de vous glisser dans la peau de Sophie, sans doute que les sources d’inspiration sont bien différentes de l’autre personnage ?
Pour le côté rêveur et sur la bonne humeur, je dirais qu’il y a quand même beaucoup de Jade de “Nouveau jour”. Je pense juste que Sophie est quand même plus terre à terre. Il y a des scènes où elle se fritte avec son père et, pour ça, je crois que je me suis un peu inspirée de ma jeunesse et de ma crise d’ado notamment, mais avec un regard plus adulte, parce que ce sont des situations qui sont quand même plus matures. Donc je pense qu’il y a un mélange entre la Justine d’aujourd’hui et celle d’avant !
Les journées au festival vont être très intenses mais ce sera une bonne fatigue…
Carrément ! Actuellement déjà, je vois ce que ça m’apporte. Je répète, en ce moment, “Peines perdues” et j’ai la chance de travailler avec des comédiens qui sont des pointures du théâtre. Les trois ont la soixantaine, font cela depuis des années, se sont formés au conservatoire donc, pour le coup, je me suis vraiment sentie en-dessous au départ. Je pense que je le suis encore au niveau technique et que j’ai du chemin pour arriver à leur niveau mais d’être avec des gens qui sont beaucoup plus expérimentés fait que je progresse beaucoup plus vite, c’est beaucoup plus challengeant et mon ego est beaucoup plus mis à rude épreuve. C’est bien, ça force à questionner…
C’est la même chose sur l’autre pièce : Emilie, qui nous met en scène, a l’habitude du jeune public, elle sait ce qu’elle fait et ce qu’elle dit donc c’est hyper agréable de pouvoir lui faire confiance. Clémence, la créatrice de la pièce, avec qui je suis sur scène, a déjà fait Avignon plusieurs années. C’est donc moi la petite nouvelle dans le groupe, c’est moi qui dois un peu ramer pour arriver au niveau mais, en tout cas, c’est quand même beaucoup de plaisir ! L’expérience vient avec et elle est beaucoup plus agréable dans ces conditions. Donc c’est chouette !
Le festival d’Avignon est la grande fête annuelle du théâtre, où le tractage permet une proximité avec le public que l’on ne retrouve nulle part ailleurs…
C’est clair ! Moi qui ai plus l’habitude de l’image, je vais être contente de retrouver cette proximité avec le public, pour avoir les ressentis. Le public est nouveau chaque jour, je ressentirai donc aussi le stress chaque jour. Je pense que le tractage fait partie de ce qui me fait le plus peur : il faut adapter son discours, cela reste de la communication pour que les gens viennent car, à Avignon, tu ne penses pas uniquement artistique mais aussi rentabilité. En plus, en tractant, on reste debout donc je crois que c’est la peur d’être fatiguée et, du coup, de plus subir les représentations. Après, je pense que je suis solide et que l’excitation sera quand même beaucoup plus importante.
En conclusion, que peut-on vous souhaiter pour ce festival d’Avignon qui approche à grands pas ?
De survivre 🙂. De passer une très bonne aventure, d’apprendre plein de choses, de rendre les gens heureux ! On ne pourra pas satisfaire tout le monde mais on peut nous souhaiter que les gens aient un regard critique intéressant sur le spectacle. J’ai envie que le résultat soit sympa mais j’ai surtout envie que le process soit agréable et ludique.
Aussi de kiffer avec les copains et d’aller voir d’autres spectacles ! J’ai même déjà commencé ma petite liste…Et bien sûr, de faire vivre ces spectacles et de continuer à les jouer après le festival ! Plus personnellement, pourquoi pas aussi enchaîner, ensuite, sur d’autres projets de théâtre…Ce pourrait être sympa !
Merci, Justine, pour toutes vos réponses !