Jean-Philippe Lutin évoque les coulisses de l'écriture de son livre !

Publié le par Julian STOCKY

 

 

 

 

Bonjour Jean-Philippe,

 

Quel plaisir d’effectuer cette nouvelle interview ensemble !

 

Vous avez sorti, il y a quelques semaines maintenant, le livre “6 rue cler”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?

 

Cela va vous paraître étrange mais non, il n’y a rien, je m’en fous ! En vrai, il n’y avait pas de projet de livre. C’est mon histoire, c’est moi qui raconte ma vie, il y a des trucs un peu fous, c’est spécial…Ce livre est né d’une urgence : premier samedi de 2024, je me réveille, je vais avoir 50 ans en juillet de la même année et jusqu’à mes 49 ans, je n’en avais rien à cirer des anniversaires mais mes 50 ans me posent un problème, je ne sais pas ce que ça veut dire, je ne comprends pas ce que ça représente…Donc ça fait 6 mois que ce sentiment traine un peu. J’avais passé, la veille de ce samedi matin, un casting où on n’était plus que deux mais pour lequel je n’avais pas été retenu. 

 

Au réveil, ce samedi, j’en avais tellement marre que j’avais envie de me jeter sous un train, pour régler le problème. Je ne vais pas bien mais je ne suis pas triste. Je commence même, dans la journée, à préparer des petites choses pour faciliter ma suite. Le dimanche soir, il y a une petite lueur qui s’allume, mais loin loin loin…Grosso modo, je me retrouvais devant un choix ! De continuer comme avant n’était pas possible, en tout cas. Mais, même si cette petite lueur était lointaine, j’ai voulu aller voir ce qui s’y passait car, après tout, 15 jours après, il y aura toujours des trains…

 

Le lendemain matin, je vais chez ma psy, je ne suis pas en forme, je lui raconte plus ou moins, elle me dit, pour la huit millième fois que je devrais écrire…Mais je ne sais pas faire, je ne sais pas ce que c’est que d’écrire. Je pars de chez elle et je rentre, en me disant “Écrire ? Mais écrire quoi ?”...J’arrive chez moi, j’ouvre mon ordinateur et j’essaie d’écrire, presque pour montrer, une bonne fois pour toutes, à ma psy que je ne sais pas faire. Pendant 20 minutes, je ne sais pas ce que je vais écrire puis je commence par ce qui sera la première phrase du livre, qui correspond à la date du décès de mon père, en 1995. Là, j’ouvre un robinet et j’écris pendant 5 heures d’affilée. C’est énervé, il y a une faute par mot mais je vois que ça me fait du bien de poser des choses. 

 

Deux jours après, je retourne chez ma psy, mon état s’est aggravé et elle veut m’hospitaliser. Mais je lui réponds que je n’ai pas le temps…Soit je tombe, soit je monte deux à trois marches pour reculer et je lui demande de me faire confiance. Elle me fait confiance et je repars continuer à écrire. Je l’ai fait pendant 4 à 5 mois et, le temps passant, les choses s'étiolaient, j’avais moins ce besoin d’écrire tous les jours…

 

Très vite, je comprends ce qui se passe. Jusqu’à mes 10 ans, j’ai grandi les pieds dans l’eau, puis à Rodez, où je perds mon papa. Trois mois après, on habite dans une tour, à Aubervilliers, et je suis à l’école au pied de la Tour Eiffel. La veille de la rentrée, alors que j’ai 14 ans, ma mère me montre le chemin jusqu’au 6 rue cler, devant l’établissement. J’ai toujours eu, depuis, ce lien et un attachement avec cet endroit-là, sans trop comprendre pourquoi. En écrivant, j’ai compris que l’image que j’ai de ce jour-là est incomplète, je ne vois que moi, rempli de trouille. Donc je prends en pleine figure que ça fait 35 ans que je suis, en fait, sur ce morceau de trottoir et que tout ce qui se passe derrière n’a été que de la chance subie. Les choses se sont passées comme elles se sont passées, je n’ai rien construit dessus, j’avais un détachement…d’un gamin de 14 ans, en fait. 

 

Tout le monde connaît son histoire, mais comme un sac fourre-tout. Le fait d’avoir écrit les choses dans l’ordre m’a permis de comprendre que tout était d’une logique implacable, qui ne pouvait m’amener nulle part ailleurs. Mais, à aucun moment, je me dis que je vais en faire un livre. A force d’envoyer mes écrits à de plus en plus de proches, ils m’ont dit que c’était génial…Mais non, je ne savais toujours pas écrire : j’ai écrit comme je parle, je n’ai quasiment rien relu, on a juste corrigé les fautes. Toujours dans le paradoxe, puisque c’était génial selon eux, j’ai envoyé ces textes aux maisons d’éditions…Et une m’a édité ! Le livre est sorti en janvier dernier et c’est très bizarre, il n’y avait pas de volonté, c’est arrivé comme cela donc je n’ai pas de fierté particulière. Malgré tout, il y a un contentement, pas tant dans le livre, plutôt dans ceux qui le lisent. J’ai donné, aux gens que j’aime, et sans doute à d’autres, une clef pour savoir à qui ils ont à faire. La “fierté” est d’être arrivé à me débarrasser de mes carapaces ! 

 

Contrairement à ce que me disent beaucoup de lecteurs, non, je ne suis pas allé au bout…Il ne peut pas y avoir de fin puisqu’il n’y avait pas de début. Par contre, franchement, ça me ferait marrer de faire “La grande librairie”, même si je sais que c’est presque impossible.

 

 

 

 

Ces moments d’écriture, et donc l'occasion de vous remémorer ces souvenirs, pas tous joyeux, ont-ils été agréables ?

 

C’est indéniable qu’ils m’ont fait du bien et qu’ils ont changé quelque chose. En écrivant, je suis resté ce que je suis. J'ai besoin de rire de tout donc je ris…Il y a des moments compliqués de ma vie que je raconte, sans pudeur, et que personne ne savait…Mais qui, pour moi, ne sont pas tristes. C’est juste ce qui s’est passé. 

 

Il y a des moments que j’évoque qui sont plus compliqués que d'autres et, quand je savais que j’allais arriver à un endroit un peu clef, souvent il me fallait du temps. Je n’écrivais alors pas pendant plusieurs jours, il fallait que je sois prêt pour passer l’étape. Oui, c’était parfois dur et la trouille était de savoir que les autres découvriraient ensuite ma réalité. De la même manière, après certains points cruciaux, j’avais besoin de plusieurs jours de décompression avant de reprendre. C’était comme ça, ce n’était pas réfléchi…

 

Cela m’a remis les choses dans l’ordre, ça m’a fait comprendre pourquoi j’en suis arrivé à vouloir me jeter sous un train. Je me suis auto-expliqué qui je suis. Cela a renforcé d’autres choses également. Il y a une chose dont je suis très fier, c’est que je n’ai de comptes à régler avec personne. Il faut lire ce livre non pas comme la vérité mais comme ma vérité à moi. C’est la manière dont j’ai vécu les choses, ce n’est que ma vision, ce n’est pas un procès. 

 

Même si cette écriture-là n’était pas forcément prévue, vous a-t-elle quand même donné un autre regard sur certaines choses ?

 

Oui, cela a ouvert plein de voies ! Déjà, cela m’a fait prendre conscience de ce que je ne savais pas moi, c’est-à-dire ma légitimité dans ce métier-là, que je fais depuis 35 ans. J’estime ne jamais avoir travaillé de ma vie, j’ai fait cela presque parce que ça m’était facile de jouer la comédie - normal, je n’ai pas grandi, j’avais 14 ans, même à 40 ans-, je n’ai fait que rire avec mes potes, en prenant bien soin de ne surtout rien montrer. J’ai finalement compris que faire rire et faire du bruit est un super moyen pour que personne ne te demande comment ça va. 

 

A la radio, à Europe 2, pendant des années, la seule chose qui me rappelait le travail était le réveil à 4h30 du matin. Mes camarades écrivaient des textes en avance alors que, moi, j’arrivais, je lisais le journal et, dès que quelque chose me faisait marrer, je prenais la parole, sans préparation. Puis, à Europe 1, aux côtés d'Elkabbach, je suis allé à l’Elysée, j’ai rencontré Bill Clinton et, à chaque fois, je me demandais ce que je faisais là, et je suis toujours arrivé en jean et en baskets. Jamais il ne m’est passé par la tête l’idée de mettre un costume et personne ne m’a jamais rien dit…Jamais non plus, en amont, je me suis demandé ce que j’allais faire dans ce film quotidien de 2 minutes 30 que je devais monter. C’est sur place que je trouvais…Ce qui était incroyable, c’est que tous les camarades des autres radios me connaissaient par ces podcasts, j’hallucinais presque. 

 

En fait, je n’avais pas conscience de tout cela, je l’ai compris en écrivant le livre. 

 

Merci, Jean-Philippe, pour toutes vos réponses !

 

Voici, d’ailleurs, un lien pour des informations complémentaires : 

https://www.editions-maia.com/livre/6-rue-cler-jean-philippe-lutin-9791042521837/

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L
Merci Julian pour cet article et ce moment passé ensemble !
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