Clémence Thomas évoque son jeune mais déjà beau parcours artistique !

Publié le par Julian STOCKY

 

 

 

Bonjour Clémence,

 

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

 

Vous avez, cette année, participé au Nikon Film Festival, avec “Numéro 56”. Avec le recul, auriez-vous imaginé que cette expérience vous permette tout ce qu’elle vous a finalement permis, tant dans la découverte technique que dans ce qui s’est passé après ?

 

A la base, je voulais juste avoir des images pour moi-même, pour pouvoir me vendre à un agent ou pour pouvoir postuler à des castings. Mais je ne me rendais pas compte du tout du travail que c’était de faire un film…Quand il a fallu recruter 15 personnes différentes, je ne comprenais même pas leurs métiers. Je ne savais pas non plus ce qu’était un découpage, un script, ni des planches de mood boards des plans qu’on allait avoir. Je n’y connaissais rien en caméra et, quand j’ai décidé de réaliser, c’était la panique, chaque corps de métier me posait des questions différentes, toutes plus incompréhensibles les unes que les autres. C’est alors que je me suis dit que j’allais m’entourer d’un co-réalisateur, moi qui n’y connaissais rien en technique.

 

La vie fait bien les choses, je jouais, à l’époque, au théâtre, avec un comédien, Sébastien Gill, qui était déjà assistant réalisateur et qui m’a dit qu’il m’accompagnerait avec plaisir. Donc je me suis lancée dans ce projet un peu les yeux fermés, j’avais fait une pré-écriture de ce dont je voulais parler et lui m’a accompagnée sur la réécriture, ainsi que sur la logistique que demande l’organisation d’un tournage, sans oublier le tournage en lui-même. Je n’ai fait qu’apprendre, ce qui est un peu bizarre pour un réalisateur parce qu’en fait, je posais des questions toutes les 10 minutes, à chaque corps de métier. J’ai eu de la chance d’être entourée de personnes toutes bienveillantes, toutes professionnelles et qui me disaient qu’il valait mieux poser une question que de faire une bêtise.

 

En tout cas, non, je ne me suis pas rendue compte de l’importance que ça a pris, parce que j’étais avec les bonnes personnes, qui ont permis de faire un film d’excellente qualité. Je ne pensais pas non plus que ça allait m’apporter autant de rencontres, de visibilité, ni de remontées médiatiques et professionnelles. Aujourd’hui, je me retrouve également à faire encore des projections du film ou à participer à des festivals, où, de temps en temps, je ne vais pas vous mentir, on me pose des questions techniques auxquelles je n’ai pas la réponse. 

 

J’étais en pleine découverte et le fait d’être très innocente de tout cela m’a aidée, je ne suis pas revenue 15 fois sur les décisions parce que la ligne directrice était assez claire.

 

 

 

 

Cette expérience vous a-t-elle déjà donné l’envie de la renouveler ?

 

Oui ! L’objectif était, initialement, d’avoir des images pour moi-même mais, en réalité, je me suis rendue compte que, sur ce projet, j’avais fait l’écriture, la réalisation, le jeu, la production donc que j’étais acteur majeur. Cela m’a surtout donné l’envie d’écrire à nouveau. Notamment l’écriture de scénarios, soit pour passer un message dans un projet, soit pour partager une ambiance ou une émotion. Après, je ne suis pas sûre que la réalisation, même si ça m’a plu, soit le poste le plus adapté pour moi, parce qu’il y a plein d’avis où je ne suis pas tranchée. Je veux aussi rester dans le jeu car j’aime jouer, cela me plaît d’être dans la lumière, je me sens bien devant une caméra.

 

Je voudrais également refaire ce festival l’année prochaine parce que c’est un format qui me plait. Au début, je trouvais cela très court mais être impactant sur un film de 2 minutes 20 nécessite d’avoir une histoire qui tient la route. Cela permet de ne pas faire trop long et d’avoir des plans très qualitatifs, avec une direction artistique très léchée. Donc j’attends le thème de l’année prochaine avec impatience…

 

 

 

 

Vous avez terminé, cette année, 58ème au classement. Quelles sensations ce résultat vous-a-t-il procuré ?

 

Beaucoup de fierté, principalement auprès de mes proches parce que je trouvais que le fait qu’ils voient un travail abouti donne une légitimité à cette nouvelle voie professionnelle que j’ai choisie. Cette matière concrète montre que je veux vraiment faire ce métier ! D’arriver dans les 100 premiers, parmi plus de 2 000 projets, alors que je n’y connaissais rien il y a 6 mois, est un peu un hold-up 🙂 mais, d’un autre côté, je me suis bien entourée et j’ai beaucoup travaillé, et ça a payé ! Oui, il y a de la fierté, c’est très satisfaisant, ça donne de la motivation pour continuer à faire et, de temps en temps, il y a aussi un peu d'innocence, à me demander pourquoi ça a marché, alors que je n’ai pas l’impression que ce travail soit hors du commun. Donc, fierté et bonheur ! 

 

En complément, vous avez rejoint une belle aventure théâtrale…

 

J’ai rejoint, il y a quelques mois, un atelier qui s’appelle “C’est tout vu”, dirigé et créé par Anne de Reparaz, une directrice de casting qui m’a repérée sur les réseaux sociaux. Elle l’a créé il y a 6 ans, avec l’association Valentin Haüy, une association de personnes voyantes, malvoyantes et non-voyantes. On fait du théâtre avec des personnes qui ne voient pas, ce sont soit des comédiens aveugles ou des personnes non-voyantes qui étaient tentées par l’aventure d’avoir un atelier un peu différent. Anne a monté une pièce avec 8 comédiens, 4 qui sont voyants et 4 qui ne le sont pas, ou pas bien. 

 

Au début, le fait qu’ils ne voient pas m’a beaucoup perturbée parce que les codes ne sont pas les mêmes. Mais, en réalité, la différence s’oublie vite parce qu’ils sont tellement portés sur d’autres choses que le regard, qu’en fait, quand je joue avec eux, de par ma voix, ils arrivent à savoir où est mon regard. Donc je n’ai pas l’impression qu’on ne me voit pas. Il y a des choses qui se travaillent sur les déplacements mais ces personnes sont tellement instinctives qu’elles arrivent directement à savoir quel est le bon. C’était très perturbant au début mais je me suis aperçue que la plupart d’entre elles sont beaucoup plus justes que des comédiens qui voient. 

 

Surtout, c’est quelque chose qui apporte tellement humainement, dans un milieu artistique où on oublie vite qu’on est privilégié. C’est une aventure bénévole, j’y vais une fois par semaine, cela me prend du temps mais c’est fantastique ! On a monté le spectacle et on essaie de le vendre. On apporte quelque chose de vraiment différent de ce qui se fait aujourd’hui sur les planches. La pièce est d’ailleurs audiodécrite, avec une personne sur scène, complètement neutre, qui explique ce qui se passe aux spectateurs qui ne voient pas. Cela permet de rendre le théâtre un peu plus accessible ! 

 

 

 

 

Quels sont vos autres projets en cours ou à venir ?

 

J’ai joué l’année dernière au Studio Hébertot, “Melting Pot”, une pièce écrite au XIXè siècle, une sorte de “Roméo et Juliette” pendant les pogroms des Etats-Unis, entre une chrétienne orthodoxe et un russe juif. C’est vraiment une pièce autour du vivre ensemble, que l’on essaie de programmer à nouveau et j’espère qu’elle sera à l’affiche fin 2026. 

 

Ensuite, je me rends compte que mes contenus sur les réseaux sociaux fonctionnent et m’apportent une certaine visibilité (@clemencethms). J’aimerais bien développer des formats courts, un peu comme on produirait un court-métrage, mais qui seraient des mini-fictions qui me permettraient de proposer mon univers et mes écritures.

 

Pour terminer, vous l’avez dit, ce métier artistique est récent pour vous. Justement, en quoi votre parcours d’avant vous aide-t-il aujourd’hui ?

 

Pour récapituler rapidement mon parcours, j’ai fait une école de commerce puis j’ai travaillé pendant 6 ans en tant que commerciale dans le monde du luxe. Par le plus grand des hasards, je me suis retrouvée à tester un cours de théâtre, je me suis rendue compte que ce métier existait et qu’on pouvait faire cela de sa vie, ça m’a paru fantastique et je me suis dit “Pourquoi pas !”. Je fais cela à plein temps depuis 1 an maintenant. Comme j’ai beaucoup travaillé, les projets sont arrivés assez rapidement.

 

Aujourd’hui, le fait d’avoir eu une carrière différente précédemment me permet d’avoir une rigueur de travail, un rythme encadré et carré, ainsi que du professionnalisme. Après, il y a aussi cette partie artistique qui s’est ouverte à moi, où je me suis rendue compte que l’on pouvait être très créatif dans son métier et c’est là où je redécouvre un monde entier dans lequel je peux m’épanouir. 

 

 

 

 

Cela m’aide aussi dans les relations. J’étais commerciale, j’aime parler aux gens, j’aime rencontrer des personnes et c’est quelque chose d’important en tant que comédien parce qu’en réalité, on se vend soi-même. Ma carrière d’avant m’a permis également d’avoir des contacts dans des domaines complètement différents et, aujourd’hui, cet entourage a, lui-aussi, des projets à me proposer. 

 

Sans oublier que ça m’apporte une différence…Mes références ne sont pas les mêmes, je connais d’autres choses et, du coup, j’apprends tout le temps ! 

 

Merci, Clémence, pour toutes vos réponses !

 

 

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Publié dans Télévision, Théâtre

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