Yannis Baraban évoque sa belle actualité sur scène...et peut-être ailleurs également !
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Bonjour Yannis,
Quel plaisir d’effectuer cette nouvelle interview avec vous !
Après plusieurs semaines à Paris, vous serez à l’affiche du festival d’Avignon, en juillet prochain, avec la pièce “Victor Hugo, mon amour”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oui, c’est un privilège, pour un comédien, de pouvoir se confronter à des personnages emblématiques et immenses, de talents multiples. Victor Hugo, au-delà de l’auteur qu’il est de l’oeuvre “Les Misérables”, qui est peut-être l’oeuvre littéraire française la plus connue dans le monde, a été un poète, un dramaturge, un député de Paris, un homme politique aux positions extrêmement puissantes au service du peuple et de sa défense…Il a également été un homme qui a dû s'exiler parce qu’il était condamné à mort lors de la deuxième République. Donc il a été un homme au destin immense et je trouve que le spectacle rend hommage à l’amplitude et à l’importance qu’a eu Victor Hugo dans l’histoire française, que ce soit dans les domaines artistique, littéraire, politique et idéologique.
Avec vos mots, comment présenter cette pièce ?
Tout est extrêmement fidèle, en fait, à la correspondance que Victor Hugo a entretenue avec sa maîtresse, Juliette Drouet, pendant 50 ans. Ils se sont rencontrés lorsqu’elle avait 30 ans et elle est morte à 80 ans. Durant toute cette période, ils ont entretenu une relation amoureuse et passionnée, souvent épistolaire. Il y a eu des hauts et des bas, et ce spectacle tricote ces lettres pour en faire des scènes à 2. Ce n’est pas un spectacle où on lit ces échanges, non, ce sont des scènes où l’adaptatrice, Anthéa Sogno, qui est aussi ma partenaire sur scène, a fait en sorte que ça se réponde. Ces moments de théâtre sont hauts en couleurs et très beaux, très lyriques, très poétiques, tellement ces lettres étaient très bien écrites. On le savait pour Victor Hugo mais Juliette Drouet aussi avait une très belle plume, du coup leur correspondance est formidable.
Ce qui est intéressant, c’est que ce spectacle permet aussi de redonner à Juliette Drouet ses lettres de noblesse dans le parcours qu’elle a eu aux côtés de cet homme-là pendant 50 ans, elle qui a été d’une importance formidable dans qui il était et dans sa carrière. Elle était, par exemple, sa copiste, c’est donc elle qui a recopié les brouillons de Victor Hugo au moment d’écrire “Les Misérables”. Ils avaient une très belle relation, très fusionnelle, ils avaient du mal à se séparer l’un de l’autre. A l’époque, quand on se mariait et qu’on avait des enfants, on ne divorçait que très rarement donc Victor Hugo ne s’est jamais séparé de sa femme mais il a passé sa vie affective avec Juliette Drouet.
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Sans doute que la palette de jeu à défendre sur scène doit être très plaisante pour vous ?
Oui, oui ! Le spectacle est vraiment super à jouer : ce n’est pas juste de l’amour, ce n’est pas juste du beau théâtre, ce n’est pas juste “Les Misérables”, ce n’est pas juste de la littérature, ce sont aussi des discours politiques, des disputes, un langage extrêmement direct et actuel, ainsi qu’une magnifique langue, dès lors qu’il s’agit d’exprimer son amour et d’utiliser sa place à l’Assemblée nationale pour demander l’éducation pour tous, avec un collège dans chaque ville, une école dans chaque village, ou pour défendre l’arrêt de la peine de mort. Il y a tout le côté extrêmement technique des monologues, notamment quand il s’agit de discours politiques, et puis des choses très ludiques de scènes de ménage. C’est donc et du Vaudeville et des grands textes épiques politiques et poétiques.
Au moment de vous glisser dans la peau du personnage, aviez-vous fait également un travail de recherche et de (re)lecture de documents historiques ?
Oui, j’ai lu deux biographies qui, du fait de sa vie chargée, faisaient 1 000 pages chacune. J’ai également lu pas mal de ses discours à l’Assemblée, qui ont été retranscrits, c’était passionnant. Ainsi que certaines des 23 000 lettres de leur correspondance, au travers d’un recueil qui regroupe les plus étonnantes d’entre elles, dont certaines se retrouvent en partie dans le spectacle. C’est le grand plaisir, en tant que comédien, de pouvoir découvrir totalement ou encore mieux la vie de personnages de la société. J’ai redécouvert l’immense célébrité qu’il avait, il est d’ailleurs le premier français à avoir eu droit à une avenue à son nom mais de son vivant. Il est donc mort dans un appartement d’une avenue qui portait son nom, ce qui était forcément une première.
Cet homme était un héros de la nation française et de la République française, dans une période extrêmement tourmentée au niveau politique, avec des coups d'État et des renversements d’Assemblée. En fait, il a marqué les gens par sa fidélité au peuple, il a toujours été du côté des petits, des faibles, des opprimés et il en a fait des œuvres populaires extraordinaires. Quand il est mort, à ses funérailles nationales, il y avait, je crois, deux millions de personnes ! C’est assez extraordinaire… Cette cérémonie a été un évènement national très puissant. Cet homme a donc marqué son siècle d’une façon indélébile, il est resté extrêmement célèbre mais, souvent, on oublie une partie de son destin…On ne peut qu’être admiratif, en tout cas, de l’impact qu’il a eu !
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Quels principaux retours du public pouvez-vous avoir ?
Les gens sont très émus parce que, avant tout, ça raconte une histoire d’amour sur cinquante ans de deux personnes qui se sont aimées passionnément et sincèrement. Comme ce sont des personnages hors norme, ce que retient le public et ce qui le touche particulièrement, c’est qu’ils ont exactement les mêmes aspirations, espoirs, frustrations et déceptions que tout un chacun. Évidemment aussi que ça a une portée théâtrale plus forte puisqu’ils s’expriment très bien mais, au fond, les enjeux sont toujours les mêmes.
C’est très touchant de voir deux personnes qui s’aiment rester ensemble jusqu’au bout de la vie de Juliette, qui est la première à mourir. Dès lors, Victor Hugo n’avait plus réussi à écrire de théâtre.
Le fait d’être présent en Avignon doit être très plaisant, c’est la grande fête annuelle du théâtre…
Oui ! On avait eu une petite expérience la saison dernière, je jouais en même temps un autre spectacle sur Paris donc je faisais des aller-retours et ça s’était très bien passé. En plus, on joue dans le théâtre d’Anthéa…Le spectacle fonctionne très bien auprès du public des festivaliers puisqu’il allie deux choses : la qualité littéraire et le cabaret théâtral, avec des scènes très courtes, très vives, très intenses et très variées. C’est très drôle et, en même temps, extrêmement émouvant, il y a quelque chose de très vibrant dans ce spectacle, à l’image de la vibration qui les unissait tous les deux et de l’intensité de leur relation.
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En parallèle, le troisième opus de “Zodiaque” sera proposé sur TF1, à partir du 18 juin prochain. De voir que la chaîne a relancé cette belle aventure, vingt ans après, a certainement dû vous faire chaud au coeur ?
C’est vrai qu’à l’époque, ça avait fait des scores exceptionnels et qui, aujourd’hui, sont imbattables. Oui, cela m’a fait très plaisir parce que cette série reste un très grand souvenir pour moi, que ce soit le succès qu’elle a eu ou les équipes avec qui j’ai travaillé. C’était cinq fois une heure et demie, c’est l’équivalent de cinq longs métrages donc, quand tu as un rôle principal, tu passes forcément beaucoup de temps avec les équipes. Tu y passes une partie de ton année…Ce qui est assez exceptionnel ! Francis Huster est quelqu’un que j’apprécie beaucoup. J’étais très heureux d’apprendre que ça allait reprendre, cela m’avait fait très plaisir…Je n’étais pas surpris parce que je sais à quel point ces sagas de l’été avaient marqué les gens, je me doutais, qu’un jour, l’idée reviendrait de faire une suite, surtout que la fin était ouverte…
La palette de jeu, pour vous, avait même encore évoluée entre les deux premières saisons…
C’était très complexe, en fait ! Sous l’aspect d’une saga d’été, l’articulation de chaque personnage était compliquée à trouver puisqu’il se passait énormément de choses et que les connexions étaient multiples. Ca allait très loin aussi, c’était marrant !
Ce qui m’avait très étonné à la fin de la première saison, c’est que mon personnage, bien qu’il soit un assassin, avait quand même un capital sympathie. Notre travail, en tant que comédien, n’est pas de défendre un personnage, c’est de l’interpréter dans toute son humanité. Être humain, c’est être capable de belles choses mais, hélas, être aussi capable des pires. Le tout, sans faire un procès ni sans être un partisan absolu, donc en essayant d’avoir un vrai recul.
Même s’il était coupable, il était aussi victime de plein d’autres choses, notamment du traitement de son père, ou de l’éducation qu’il a eue de sa grand-mère. Enfant, il a subi des sévices qui l’ont torturé. J’ai joué cela pleinement et il se trouve que les téléspectateurs l’ont perçu comme étant un personnage qui pouvait être touchant du fait de ses déséquilibres personnels et intimes qui viennent du passé. Cela avait été étonnant et c’est pour cela, du coup, que les auteurs, Franck Ollivier et Malina Detcheva, avaient écrit le deuxième en permettant au zodiaque de montrer un côté plus positif et, donc, de collaborer avec Keller pour essayer de l’aider à trouver celui qui s’inspirait des crimes de Mathias Rousseau. C’était passionnant parce que, évidemment que l'ambiguïté existait toujours, mais je pouvais aussi jouer des choses beaucoup plus positives….jusqu’au retournement final où, une fois de plus, on découvrait qu’il préférait rester du côté du crime…à priori…
Vingt ans après, certainement que cette nouvelle saison sera pleine de surprises…
En ce qui concerne la nouvelle saison, ce que je peux dire, c’est qu’elle est vraiment très très étonnante et très très bonne ! Les premiers retours des téléspectateurs sont assez dithyrambiques. Quant à savoir si Mathias Rousseau fait son retour, la seule chose que je peux dire est que je conseille vivement aux fans de la série d’aller jeter un œil, quand ça passera à partir du 18 juin, parce que beaucoup de surprises les attendent…
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En conclusion, pour boucler la boucle, si l’on revient à votre actualité théâtrale, que peut-on vous souhaiter pour le festival d’Avignon à venir ?
Je nous souhaite qu'autant de monde vienne nous applaudir que l’an dernier et que les gens puissent sortir de cette représentation avec l’idée, comme le disait Victor Hugo, que “Aimer, c’est plus que vivre”...
Merci, Yannis, pour toutes vos réponses !