La découvreuse oubliée : Marie Toscan évoque cette pièce qu'elle jouera au festival d'Avignon !

Publié le par Julian STOCKY

@ India L’ange

 

 

 

Bonjour Marie,

 

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

 

Vous serez sur la scène du Festival d’Avignon, en juillet prochain, dans “La découvreuse oubliée”, au théâtre de la Reine Blanche. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?

 

C’est une grande joie et un grand plaisir ! C’est une grande aventure qui m’attend, c’est un peu stressant aussi, parce qu’Avignon est quand même l’endroit où on vient voir du théâtre et où les gens attendent beaucoup de choses. Surtout, c’est un public qui vient très nombreux…Il y a quand même une petite pointe de stress de vouloir bien faire.

 

Plus concrètement, avec vos mots, comment pitcher cette pièce ?

 

C’est l’histoire du docteur Marthe Gautier, qui s’est spécialisée dans une technique précise, aux Etats-Unis et qui rentre en France…mais qui se retrouve dans un service qui n’était pas prévu. Elle rencontre alors un professeur qui fait des recherches sur la trisomie 21 et sur son origine. Revenant des Etats-Unis avec cette technique qu’elle est la seule à connaître, elle va pouvoir trouver le chromosome surnuméraire. De là, les choses vont se compliquer puisqu’elle va se faire voler ses recherches…

 

La pièce parle de trisomie 21 mais aussi d’avortement, du droit des femmes, de la place des femme dans ce milieu scientifique d’hommes. Il y a aussi des moments où on rigole, des petites choses de mise en scène apportent un peu de légèreté et font sourire mais ce sont des sujets très sérieux.

 

Quels personnages avez-vous le plaisir de défendre ?

 

Au tout début, je joue un huissier. Ensuite, je joue une journaliste qui vient interviewer Marthe Gautier, interprétée alors Marie-Christine Barrault. De là, la scientifique, par un petit tour de passe-passe, me donne sa place et je joue donc son rôle, pour faire exister son histoire plus jeune. Ensuite, j’interprète une autre journaliste, des années 70, puis une nonne…J’ai donc cinq rôles, les deux majeurs étant la journaliste qui vient interviewer Marthe Gautier et cette dernière jeune.

 

 

@ Pascal Gély

 

 

Sans doute que la palette de jeu doit être très plaisante ?

 

Elle est très très large et il faut réussir à switcher d’un personnage à l’autre…L’huissier est muet mais il a une démarche un peu particulière, la première journaliste est hyper énervée et révoltée, Marthe Gautier jeune a beaucoup d’aplomb mais, en même temps, reste dans ce milieu hyper masculin donc elle n’ose pas forcément parler, cette journaliste des années 70 est très speakerine des années 50, qui sourit mais qui n’en pense pas moins, la nonne fait des signes de croix tout le temps…Il  a donc eu toute une palette de jeu à trouver ! On a eu quand même six semaines de répétition dans des conditions optimales, sur le plateau, au théâtre, avec la lumière, le décor, la musique et la vidéo. On a tout construit ensemble, ce qui est hyper rare au théâtre, tous les corps de métier se sont accordés et on a tous travaillé ensemble pour créer ce spectacle. Surtout, on a pris le parti de ne jamais quitter la scène. C’est donc une mise en scène très intéressante, faite par l’incroyable Julie Timmerman. Je ne suis pas la seule, d’ailleurs, à jouer plusieurs personnages, c’est le cas également pour Matila Malliarakis et Mathieu Desfemmes.

 

Avez-vous, d’ailleurs, eu des sources particulières d’inspiration pour certains de ces personnages ?

 

Pour la journaliste des années 70, justement j’ai beaucoup regardé des vidéos des speakerines des années 50, pour voir un peu comment elles souriaient et comment elles parlaient. Pour Marthe Gautier jeune, j’ai lu pas mal de choses. Pour la nonne, je vous avoue que j’ai dû apprendre le signe de croix parce que je pensais que c’était dans l’autre sens 🙂.

 

C’est vrai que celle qui m’a demandé le plus de recherches en solo, étonnement, n’était pas Marthe Gautier, mais la journaliste. C’était la scène que je détestais le plus pendant les répétitions, ça n’allait pas et, en fait, trois jours avant, Julie, la metteuse en scène, m’a donné une indication qui a tout changé et c’est devenu ma scène préférée. Les gens applaudissent d’ailleurs à la fin…Comme quoi…

 

 

@ Pascal Gély

 

 

Vous avez déjà joué 52 fois entre janvier et fin mars. Quels principaux retours aviez-vous pu avoir du public ?

 

Les retours étaient très bons ! Les gens nous disaient que la mise en scène était très fine, très bien amenée et qu’il y avait une notion de transmission avec Marie-Christine, qui est ma grand-mère, qui m’a transmis cette passion et dont le personnage me demande de reprendre son rôle jeune. A un moment, elle me jette sa blouse et me met sur le devant de la scène, cela nous émeut beaucoup. Le public ne sait pas toujours que l’on est de la même famille et il nous dit quand même que l’on a une complicité incroyable…Cela fait 33 ans qu’on la pratique et qu’on la cultive comme un petit jardin.

 

On a eu beaucoup de monde d’horizons très variés, mais aussi beaucoup de membres de la famille de Marthe Gautier. Elle avait 7 frères et soeurs donc elle avait énormément de neveux et de nièces, ils sont venus très nombreux et étaient tous très émus que l’on rende la parole ainsi que l’honneur de leur tante. C’est super et très beau !

 

Si l’on revient à la genèse de cette aventure, qu’est-ce qui vous avait plu et donné l’envie d’y participer ?

 

Déjà, la perspective de faire évoluer, avec ma grand-mère, mon métier de comédienne, qui en est à ses débuts puisque j’ai commencé il y a 5 ans, était incroyable ! Surtout, d’interpréter une personne aussi forte de l’histoire, une femme qui s’est battue jusqu’à la fin de sa vie pour être reconnue était, pour moi, un honneur ! Je trouvais également que le jeu de Matila Malliarakis, qui joue celui qui a volé la recherche, allait être très ambivalent : à la fois, on a envie de le détester mais, en même temps, il a fait beaucoup de choses pour les enfants trisomiques. J’avais très envie de découvrir ce que c’était de travailler avec lui, Mathieu et Matila. J’avais très envie d’apprendre à leurs côtés ! 

 

Le fait d’être sur scène avec votre grand-mère a dû être un autre grand plaisir pour vous ?

 

Bien sûr ! J’ai aimé la perspective de se retrouver tous les jours et de créer cette pièce ensemble. Il faut savoir qu’elle me fait des notes tous les soirs, en sortant de scène : “Là, tu l’as dit trop aigu”, “là, ce n’était pas assez”, “là, dis le plus comme ci”, “là, dis le plus comme ça”... Donc j’apprends tous les soirs grâce à ses notes personnalisées 🙂, j’adore ! 

 

On s’est toujours très bien entendues avec Marie-Christine, j’allais dormir chez elle quand j’étais bébé, elle s’est occupée de moi donc ce spectacle nous a encore plus rapprochées, si c’était seulement possible. A la fin de la pièce, pour célébrer, on est parties en Turquie ensemble, je lui ai fait faire de la montgolfière, vous n’avez pas idée de tout ce qu’elle a fait à 82 ans ! Cette femme est incroyable…

 

 

@ Gala

 

 

De jouer en Avignon change-t-il quelque chose comparativement à des dates à Paris ?

 

La mise en scène change un peu parce que l’espace n’est pas le même à Avignon. A Paris, il y a deux colonnes, de chaque côté, desquelles on se sert pour ranger les accessoires. A priori, on va mettre un portant mais il y a donc des réadaptations à faire. Surtout, l’espace est plus petit donc il y a une mise en scène à faire évoluer. Et puis, cela fera trois mois que l’on n’aura pas joué…Je me suis remise à potasser mon texte du coup, je ne l’ai pas oublié parce que je l’ai joué beaucoup et qu’il sort maintenant un peu tout seul mais il y a peut-être des automatismes qui se seront un peu effacés. 

 

Au-delà de ces trois semaines en festival, cette belle aventure reprendra, pendant six semaines, en novembre et en décembre, à Paris…

 

Les quatre pièces de l’auteur vont être remises à l’honneur au théâtre de la Reine Blanche à partir de la rentrée et nous rejouerons cette pièce avant la fin de l’année. 

 

 

@ Pascal Gély

 

 

En parallèle, quels sont vos autres projets en cours ou à venir ?

 

J’ai deux écritures en cours. Une première, d’un court-métrage d’une durée de moins de 10 minutes, qui parlera du jour de la sortie de prison. On se demandera ce que c’est que de sortir de prison, dans le dénuement total d’affaires et d’argent. On se focalisera sur cette journée uniquement donc il y aura beaucoup de plans séquence, pour notamment réussir à capter l’angoisse que c’est de réussir à prendre le RER pour la première fois de sa vie, comme ce fut le cas de la personne que j’ai accompagnée et dont je m’inspire. Pour vous dire, ce monsieur saluait tout le monde dans les transports en commun puisque, pour lui, c’était normal. Il y a plein de choses qui m’avaient beaucoup émue lorsque j’avais aidé cet ex-détenu et c’est d’ailleurs Marie-Christine qui m’avait conseillé d’en écrire un film. L’idée est superbe ! 

 

L’autre écriture concerne un documentaire sur ce qu’est l’enfermement pour certains types de publics, notamment des détenus carcéraux, des adolescents en hôpital psychiatrique, des prostituées enfermées dans des réseaux, à qui on confisque leur passeport et des gens du voyage, plus libres et sans attaches. Pour cela, j’ai fait des demandes de subventions culture justice pour intervenir en prison, j’espère les avoir l’année prochaine. Ensuite, il me faut encore toutes les autorisations car c’est très compliqué de venir tourner devant une prison… 

 

Ces différents domaines, entre le jeu d’un côté et l’écriture de l’autre, doivent certainement être très complémentaires pour vous ?

 

L’un nourrit l’autre parce que, en fait, je n’avais jamais écrit et le fait d’avoir joué ces 52 fois m’a un peu donné des indices sur ce qui doit être présent pour qu’une histoire avance et ce qui est en trop. C’est vrai que cela me donne des idées.

 

J’avais également joué dans un long-métrage, j’avais alors pu découvrir l’organisation. Avant cela, j’étais assistante réalisateur pendant 6 ans et donc je connais très bien le plateau. C’est un univers que je maîtrise presque par cœur, avec lequel j’ai grandi également, ma mère et ma grand-mère étant comédiennes. Mais c’est vrai que la pièce a complété tout cela, pour m’aider à tenir un fil rouge et pour savoir ce que l’on veut dire ou montrer. 

 

 

@ India L’ange

 

 

En conclusion, que peut-on vous souhaiter pour le festival d’Avignon à venir ?

 

Un franc-succès et plus de reprises après, dans d’autres théâtres, en province notamment. C’est une pièce qui mérite d’être vue donc on peut nous souhaiter d’aller la jouer dans plein d’endroits en France et ailleurs !

 

Merci, Marie, pour toutes vos réponses !

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Publié dans Théâtre

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