Cindy Maria évoque sa belle et diversifiée actualité théâtrale !

Publié le par Julian STOCKY

 

 

 

Bonjour Cindy,

 

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

 

Vous serez à l’affiche, en juillet prochain, du festival d’Avignon, avec la pièce “L’affaire Collini”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?

 

Oui ! C’est la deuxième fois que j’y vais en tant que comédienne, après y être allée pendant quinze ans en tant que spectatrice. C’est une expérience à part, c’est un mois dans une bulle remplie d'émotions et de rencontres. J’adore…C’est un rêve, en fait ! Je me revois, il y a six ou sept ans, discuter avec les comédiens de leur vie et me dire que, “jamais, je ne pourrais faire cela car ça manque de sécurité”. Mais, quand, il y a deux ans, je me suis retrouvée à mon premier festival en tant que comédienne, je me suis dit “Waouh, ça y est, j’y suis, j’ai réussi à dépasser mes peurs et à réaliser mon rêve !”. C’était alors avec mon école, c’était le projet de fin d’année donc, même si on était dans les conditions d’une représentation par jour et que l’on flyait, on n’était pas payés. L’enjeu était différent…Cette année, il va falloir ramener du monde en salle ! Et puis jouer sans public, cela n’a pas de sens :)

 

Avec vos mots, comment présenter cette pièce ?

 

A la base, c’est un roman d’un auteur allemand, Ferdinand Von Schirach, dont mon metteur en scène, Franck Bouchet, a obtenu les droits pour pouvoir l’adapter au théâtre. C’est un procès tiré d’une histoire vraie : on sait qu’il y a eu un meurtre et toute la pièce est sur non pas le “est-ce qu’il l’a fait ?” mais sur le “pourquoi il l’a fait ?” En enquêtant sur le dossier, l’avocat du meurtrier va découvrir un gros scandale juridique de l’histoire allemande, et une vérité à laquelle personne ne veut se confronter.

 

 

 

 

 

Quels personnages avez-vous le plaisir de défendre ?

 

C’est un vrai challenge pour moi : j’en incarne trois ! Avec, en plus, des changements très rapides de costumes…Je joue la juge, je joue Johanna, la petite-fille de la personne assassinée et je joue un témoin, une juriste spécialisée dans l’Histoire. Je change de voix pour chaque personnage, c’est nouveau pour moi et cela représente un gros travail. C’est hyper intéressant ! Emotionnellement, c’est un vrai exercice également : en l’espace de trente secondes, je dois passer d’une juge, qui doit être la plus neutre et la plus droite possible, à une Johanna qui vient d’apprendre la mort de son grand-père et qui est donc chargée d’émotions. Passer d’un état à un autre a été le plus difficile pour moi ! 

 

J’ai fait, cette année, une formation passionnante, qui m’a aidée à passer plus facilement d’une émotion à la suivante. Les méthodes y étaient particulières mais hyper enrichissantes.

 

En tout cas, on peut imaginer que cette diversité de personnages vous permet une palette de jeu riche en couleurs ?

 

Ah oui, c’est génial de jouer trois personnages en une pièce, avec des tessitures, des postures et des corps différents. Cette recherche a été passionnante et c’est tellement enrichissant d’avoir tout cela à jouer, cela rend un peu schizo mais c’est un travail très intéressant.

 

 

 

 

D’ailleurs, au moment de travailler cette pièce, vous étiez-vous renseignée sur le roman ? Ou, au contraire, aviez-vous préféré garder une certaine distance ?

 

Je suis restée focus sur le texte théâtral. Il existe aussi une adaptation télé mais je ne l’ai pas regardée. Quand je joue des pièces, je ne m’intéresse volontairement pas à ce qui a été fait d’autre sur le sujet parce que, sinon, je suis forcément influencée. Sur mes deux premières pièces, je remplaçais une comédienne qui jouait depuis longtemps, j’avais dû apprendre la mise en scène sur vidéo et, pendant très longtemps, je copiais cette comédienne-là plutôt que de m’approprier le personnage…Cela m’avait permis de comprendre qu’il valait mieux éviter ce genre de chose…Donc je suis restée sur le texte de mon metteur en scène et sur sa vision. Même lui m’avait déconseillé de regarder le téléfilm… Une adaptation est une vision propre à celui qui la fait, et qui n’est pas forcément celle de l’auteur initial….et qui ne serait pas forcément la mienne non plus. Je préfère donc rester, ici, sur les directives de Franck 🙂.

 

A quelques semaines de la première, dans quel état d’esprit êtes-vous ?

 

Avant, dans mon ancienne vie, je serais certainement déjà dans l’anticipation mais, aujourd’hui, ce métier m’a appris à être beaucoup plus dans le moment présent. Ce qui fait que c’est, à la fois, demain et dans un mois. Donc je n’y suis pas encore…Je suis une grosse traqueuse, je sais très bien ce que ça va me provoquer quand on y sera, un mélange d’excitation et de stress. Donc, pour l’instant, je ne suis pas encore connectée à Avignon. J’y vais step by step, pour rester concentrée. 

 

Je sais que la première sera dure : cette pièce, je le disais, est un vrai challenge pour moi, je ne fais pas ce métier depuis très longtemps, c’est le premier drame que je défends sur scène et, en Avignon, le public sera différent de celui devant lequel j’ai l’habitude de jouer, où ce sont plutôt des gens qui viennent s’aérer l’esprit en regardant une comédie. A Avignon, c’est un public de connaisseurs qui enchainent les pièces et qui sont donc beaucoup plus critiques, il faut, du coup, les tenir en haleine. La barre est beaucoup plus haute, l’enjeu est encore différent. 

 

 

 

 

On le sait, ce festival est un moment privilégié d’échanges et de proximité avec le public…

 

Oui…Justement, le challenge sera de ne pas trop se laisser influencer, ni par les bonnes critiques, ni par les mauvaises. D’une personne à l’autre, sur trois semaines, on n’aura jamais les mêmes avis, c’est très subjectif finalement. 

 

On a quand même été rassurés par nos deux premières représentations, les retours étaient bons. En première lecture, la pièce n’est pas forcément facile à comprendre mais les spectateurs avaient bien capté ce qui se jouait. Mon dernier personnage, celui du témoin, explique et dénoue d’ailleurs pas mal de choses par rapport aux lois de l’époque notamment.  

 

Du coup, que peut-on vous souhaiter pour ces trois semaines d’exploitation en Avignon ?

 

De s’éclater sur scène, ensemble, avec le public ! Ce qui est génial aussi avec Avignon, c’est qu’on joue tous les jours donc je sais qu’on va évoluer dans nos personnages. Ce sera l’occasion, très rapidement, de faire grandir la pièce. Je sais déjà qu’entre le 3 juillet et le 25, la pièce va évoluer et …c’est génial ! En moyenne, il est dit qu’on peut se lâcher au bout de 10 représentations, car le texte est là et nous traverse. On peut alors s’amuser à aller chercher de nouvelles choses et jouer avec son personnage…Avignon va nous le permettre, c’est trop bien !

 

Et un peu de monde quand même 🙂 car, sans public, on n’est rien. Cela reste du spectacle vivant…

 

 

 

 

En complément, parmi vos autres casquettes, vous accompagnez la mise en scène d’un spectacle jeune public…

 

Jeune public, oui, mais qui est assez poétique pour être accessible aux enfants et aux grands enfants 🙂. “Les fabuleuses rencontres de Buffito” est un spectacle joué par un comédien, Jean-Philippe Mabbit, qui est également psychologue scolaire en milieu difficile et qui a donc une grande connaissance de l’enfant. Il a voulu travailler sur les objets d’attachement et leurs rôles, notamment des nounours que l’on avait quand on était enfants. Il montre aussi comment, avec rien, on peut trouver la joie…et donc qu’on a besoin de peu pour vivre heureux. La notion de prendre soin est aussi mise en avant.

 

C’est l’histoire d’un clown, qui est balayeur mais qui est un peu tristouille…Pendant son épopée, il va faire des rencontres, avec des objets, entre autres un ours en peluche qui va lui faire voir le monde un peu autrement, de manière un peu plus colorée. On va donc également traverser l’histoire de Boubou, cet ourson, qui a perdu sa petite fille et que notre clown va aider dans sa recherche…Il me paraissait important de montrer que les attributs sont une chose mais, grâce à un jeu de miroir, on finira par se rendre compte qu’on se suffit à soi-même. La notion d’estime de soi est quelque chose d’important.

 

Justement, dans votre travail de mise en scène, quel est l’impact de s’adresser principalement à des enfants ?

 

Les enfants ne réagissent pas aux mêmes choses que les adultes donc c’était un challenge pour moi, qui connais beaucoup plus le public adulte. Avec ma petite fille, on va souvent voir des spectacles de son âge, j’adore cela ! J’aime bien ceux qui parlent autant aux petits qu’aux adultes mais il y en a peu qui y arrivent…C’est vraiment ce que l’on essaie de faire nous aussi, avec un côté poétique qui peut emporter les adultes et avec des répétitions qui plaisent beaucoup aux enfants. Pour le personnage du clown, il est important d’aller au bout de ses mouvements car le corps est quelque chose qui compte. Ses gestes doivent aussi être explicites, plus encore qu’avec les adultes. Donc, oui, les points d’attention sont un peu différents.

 

Pour garder les enfants en éveil, il faut également de l’interaction et éviter la monotonie. Il faut les étonner ! Ils aiment quand c’est multidisciplinaire, ce qui est un peu le cas dans notre spectacle.

 

Plus globalement, ces différentes casquettes artistiques peuvent paraître très éloignées mais, à l’inverse, y trouvez-vous des complémentarités ?

 

Forcément, parce que tu sais ce que c’est que d’être sur scène. Donc je pense que c’est un plus…Cela aide à la connaissance de l’espace scénique également. Je sais aussi mieux ce qu’il est possible de faire et ce qu’il n’est pas possible de faire. J’ai moi-même fait des expérimentations sur scène et mon expérience me permet d’en suggérer d’autres. En tant que comédienne, j’ai moi-même été mise en scène donc j’ai eu à faire avec des metteurs en scène. 

 

 

 

 

En conclusion, quelles seraient vos envies pour la suite de votre parcours artistique ?

 

J’ai beaucoup aimé cette première expérience de mise en scène professionnelle, c’est quelque chose que j’aimerais continuer. Peut-être pas tout de suite mais, à termes, j’aimerais écrire ma propre pièce et la mettre en scène. 

 

Globalement, depuis que j’ai commencé, j’ai beaucoup joué dans des comédies parce que j’adore cela et aussi parce que c’est clairement le registre le plus programmé, on ne va pas se mentir. Mais j’aimerais bien jouer quand même dans des pièces qui me parlent profondément, qui me touchent encore plus…La formation que j’évoquais m’a rappelé pourquoi j’ai choisi ce métier, à savoir pour vivre et faire ressentir des émotions, ainsi que pour faire passer des messages, messages qui ont du sens pour moi. Je n’abandonnerai pas la comédie parce que j’adore cela mais ça me plairait d’avoir du temps pour d’autres projets qui iraient dans ce sens. 

 

Je mets en scène une pièce avec mes élèves, c’est une création avec plein de textes, de théâtre bien-sûr mais pas uniquement, aussi de poésies, de courts-métrages, de chansons,...Le tout sur l’affirmation de soi. Je suis fière de ce que l’on est en train de faire donc pourquoi pas, ensuite, créer ce genre de choses à titre professionnel. 

 

Cette année, mon objectif était aussi de commencer à aller plus vers la caméra. J’aimerais bien expérimenter cela. Le théâtre est mon premier choix de cœur mais l’acting m’attire aussi. Le jeu y est quand même différent…Tout en portant la voix au théâtre, il faut rester dans la sincérité alors que, à l’image, on peut parler plus doucement pour dire la même chose, la caméra et le micro faisant leur travail. 

 

Merci, Cindy, pour toutes vos réponses !

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Publié dans Théâtre

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