Manon Giraudon Nicolai évoque sa belle actualité, sur scène et à l'image !
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Bonjour Manon,
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
vous effectuez la mise en scène d’un autre spectacle, qui sera à l’affiche du festival d’Avignon en juillet prochain…
C’est “On ne badine pas avec l’amour”, d’Alfred de Musset, un texte classique absolument merveilleux. Quand j’ai relu la pièce, je l’ai trouvée d’une telle modernité…Elle parle d’un triangle amoureux : Camille et Perdican sont deux cousins qui doivent se marier mais Rosette est également amoureuse de lui…Perdican va en jouer, entre orgueil et égo mal placé. On passe d’une comédie légère, au début, à un drame…
Le fait d’être, cette fois-ci, à l’extérieur de la scène doit être très enrichissant pour vous, humainement et artistiquement….
C’est passionnant, il y a 7 comédiens et 2 régisseurs, soit 9 personnes…Donc 9 personnalités, 9 humanités différentes, 9 histoires différentes. Évidemment, quand ils se retrouvent sur les planches, il y a une espèce de mise à nu et je dois faire avec les fragilités et les facilités de chacun. C’est une aventure humaine incroyable ! Pour moi, le théâtre, d’autant plus quand il y a beaucoup de comédiens, est une aventure extraordinaire.
D’ailleurs, comment vivez-vous alors les premières, sans filet pour vous, à ne plus pouvoir intervenir ou les aider ?
Ce n’est pas facile du tout ! Les comédiens jouent leur partition et, quand ils sortent de leur scène, ils restent concentrés mais peuvent souffler un peu…Alors que, moi, j’ai l’impression de jouer les 7 rôles donc je suis, en fait, en tension constante, je suis en apnée. C’est clairement épuisant pour moi : à la fin d’une première, je suis lessivée, c’est comme un accouchement, les émotions sont incroyables.
Le festival d’Avignon est la grande fête annuelle du théâtre, à laquelle il doit être très grisant de participer….
Ah, oui ! On a eu une chance immense…La dernière fois que l’on a joué cette pièce, le 14 février dernier, au théâtre de l’olivier, je suis montée sur scène, à la fin du spectacle, pour dire que je cherchais un producteur afin de l’amener un peu plus loin. Un couple est ensuite venu me voir, le monsieur n’est absolument pas producteur mais a eu un coup de cœur pour la pièce et, en tant qu’homme d’affaires, il a envie d’investir. De là est née cette coproduction pour le festival d’Avignon !
C’est une aventure incroyable : on est 10 au total, il a fallu trouver une grande maison et un grand théâtre, tout est décuplé, il a tout fallu faire en grand…
En complément, vous êtes actuellement sur scène dans “Le morpion”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Exactement ! Je joue, depuis quatre ans, “L’art du mensonge”, je l’ai interprétée plus de 200 fois, je prends toujours autant de plaisir, c’est vrai mais, au bout d’un moment, on s'essouffle un peu, on ne trouve plus de nouveautés qui redonnent la lumière. Là, quand le producteur m’a donné ce nouveau projet, “Le morpion”, j’y ai vu une nouvelle aventure ! Je suis super contente, d’autant plus que c’est la première fois que je joue avec mon producteur et aussi que je joue une pièce à trois.
Je pense que ce triangle fonctionne vachement bien donc je suis hyper heureuse !
Plus concrètement encore, comment pitcher ce spectacle ?
C’est l’histoire de trois colocataires, avec trois personnalités bien définies. C’est une chiche colocation, ils n’ont vraiment pas beaucoup d’argent. Je joue Sarah, la radine…
Sébastien, qui paye 80% du loyer, va trouver un billet de 50 euros sous leur boîte aux lettres et il va se questionner pour savoir à qui il appartient. Toute la question est de savoir ce qu’ils vont faire de ce billet et s’en suivent, évidemment, des péripéties très drôles.
Quel regard portez-vous sur Sarah, votre personnage ?
Elle est une écrivaine ratée, elle rêve d’écrire un roman mais elle n’a toujours pas le titre, ni même écrit les premières lignes. Elle est également profondément radine…
Mon chéri, qui est venu voir la pièce, me disait que c’était rigolo parce que ce personnage est à l’exact opposé de ce que je suis. Je pense, dans la vie, être quelqu’un de quand même assez généreuse, de solaire et d’active, alors que Sarah est une radine qui reste à la maison toute la journée, à regarder CNews. Elle procrastine et, en plus de cela, ne veut rien partager, même pas son tube de dentifrice.
Quels premiers retours du public avez-vous déjà pu avoir ?
Notre première était le 6 mai, au théâtre de l’olivier, que je dirige et on a eu de belles réactions. Une quinzaine de critiques sur Billetreduc nous indiquent que c’est super et que les gens allaient partager, donc on est très contents ! Disons que c’est de bon augure pour la tournée qui commence prochainement à la Comédie de Tours.
Vous l’avez dit, vous dirigez un théâtre, qui a l’originalité d’être dans un lycée….
Effectivement ! Il est à l’intérieur du lycée de l’olivier, dans le 12ème, à Marseille. Il a été monté il y a une vingtaine d’années et j’ai récupéré le théâtre il y a deux ans. Je m’occupe de dispenser les ateliers aux élèves de l’option théâtre du lycée, en plus de la programmation, en passant par l’accueil des artistes ou encore la billetterie. Une fois par mois, on y reçoit donc une compagnie, professionnelle ou non…
A l’image, vous avez récemment tourné dans “Temps mort”, de Stéphanie Pillonca, qui vous a offert beaucoup de liberté sur le plateau…
Tout à fait ! Je ne connaissais pas cette réalisatrice, elle est absolument incroyable. Ce fut une très belle rencontre humaine…Quand je suis arrivée, elle m’a dit “Fais toi plaisir sur le texte, j’ai vu tes essais en casting, repars en impro !”. Je me suis régalée ! J’avoue que, quand on tombe sur des réalisateurs qui nous laissent une telle liberté, c’est une pépite en tant qu’acteur.
Quel rôle avez-vous interprété ?
Je joue le rôle d’Hasnah, qui est en couple avec Francky. Je suis interrogée dans le cadre d’une enquête policière, moi la prothésiste ongulaire du sud de la France, qui est complètement barrée et loufoque. Avec Francky, on ne va pas du tout ensemble, si bien qu’en arrivant au salon, les enquêteurs sont étonnés de savoir que je suis sa compagne. Notre couple n’est pas assorti, ce qui est rigolo…
Depuis peu, vous accompagnez également les directeurs de casting…
C’est tout nouveau. Un de mes meilleurs amis, directeur de casting, m’a proposé d’être son assistante et de donner la réplique, ce que j’ai accepté avec grand plaisir. Cela me permet de voir l’envers du décor, c’est très très intéressant. J’accueille les comédiens avec bienveillance, pour les mettre à l’aise.
Toutes ces casquettes doivent probablement être très complémentaires pour vous ?
Oui ! Le fait d’avoir toutes ces casquettes-là me permet d’avoir un espèce de liant et de voir tous les tenants et aboutissants. Ce matin, je passais un casting alors que, hier, j’étais moi-même assistante casting. Donc cela m’aide en tant que comédienne, je sais ce qui est attendu. De même, de diriger un théâtre me permet de savoir ce que les producteurs veulent pour Avignon…
Pour terminer, quels sont vos projets en cours ou vos envies pour la suite de votre parcours ?
J’aimerais bien réaliser “On ne badine pas avec l’amour” en long-métrage, moi qui me suis beaucoup inspirée, pour la mise en scène, du film “Roméo + Juliette”, avec Léonardo DiCaprio. J’ai déjà réalisé plusieurs courts-métrages, soit seule soit en coréalisation et certains de mes films ont été primés, même à l’international, ce dont je suis très contente.
Merci, Manon, pour toutes vos réponses !