Elie Rapp évoque sa très belle et riche actualité théâtrale !

Publié le par Julian STOCKY

 

 

 

Bonjour Elie,

 

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

 

Dans le cadre du festival d’Avignon, puis, ensuite, à Paris, au Lucernaire à partir du 2 septembre, vous mettez en scène la pièce “Hemingway”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?

 

Tout à fait ! C’est une aventure un peu particulière puisque le projet existe depuis l’année dernière. Le spectacle avait déjà été monté et la production a voulu retravailler la mise en scène ainsi que le visuel, pour pouvoir le présenter à Paris, en collaboration avec le théâtre du Lucernaire. C’est à ce moment-là que Jérôme Paquatte et l’auteure Pascale Moine-Frémy m’ont demandé de retravailler la direction d’acteurs et donc la mise en scène, ainsi que la scénographie. C’est une première pour moi d’accompagner un seul en scène, c’est épuisant au niveau des répétitions (rires) puisque Jérôme est tout seul à prendre toutes les informations et que je me concentre sur un seul point d’attention. Mais c’est très enthousiasmant ! 

 

Justement, qu’est-ce que ça change pour vous d’être dans une reprise, à non pas à la création originale ?

 

Ce n’est presque pas le même métier ! Lorsqu’on fait une création totale, on lit le texte et on laisse son imagination un peu voler au gré des mots, le comédien est une page blanche : nous créons le personnage ensemble. Là, Jérôme avait tout un spectacle en tête, avec une autre scénographie et une autre gestuelle. Forcément, à présent, il a une autre vision de son parcours sur scène. Il doit donc effacer une partie pour en reconstruire une autre. C’est très délicat pour lui, c’est une gymnastique intellectuelle qui peut être très pesante.

 

 

 

 

J’ai choisi un autre fil rouge que la création d’origine et c’est ce qui fait qu’il vit une autre aventure à travers les mêmes mots. Donc à moi aussi de le rassurer ! Je n’ai pas eu besoin de le convaincre de ma vision puisqu’on travaille ensemble depuis longtemps, il fait partie de la troupe du “Renard argenté” qui, depuis 2016, a monté plusieurs pièces. Cela l’intéressait d’avoir un directeur d’acteurs qui le connaisse, avec ses forces et ses faiblesses, avec sa sensibilité et son émotivité. Donc c’est vrai que l’on a, de suite, travaillé en confiance, je n’avais pas besoin de me justifier, il n’avait pas besoin de me justifier non plus ses états émotionnels, on avance bien et vite.

 

Au moment de rejoindre cette aventure, connaissiez-vous déjà le spectacle ?

 

Il m’avait invitée à la sortie de résidence, je l’avais vu et, déjà, il y avait énormément de matière au plateau. Il avait connu un premier succès en Avignon, puis en tournée mais ce spectacle méritait d’être encore précisé. Pour le Lucernaire, il manquait une certaine dimension. J’ai déjà travaillé avec les équipes du Lucernaire et c’est pour cela que, finalement, Jérôme a fait appel à moi.

 

Sans tout en dévoiler, comment présenter ce spectacle ?

 

C’est un biopic sur l’auteur, Hemingway, et plus précisément c’est le rapport que cet auteur entretient avec son écriture. On parle peu de lui dans son intimité ni dans sa vie privée, mais de comment le jeune écrivain arrive à devenir le célèbre Hemingway, quels obstacles franchir jusqu’à obtenir le prix Nobel de littérature. La pièce est construite avec des flashbacks, qui dévoilent comment il a consolidé son travail que certains ont jugé enfantin, voire simpliste. On raconte dans le spectacle que c’est une écriture extrêmement épurée mais riche, condensée, concentrée et taillée telle une sculpture dans le marbre.

 

Pour la mise en scène, j’ai vraiment repris ce fil-là, la construction de son écriture, pour que le spectateur sache vraiment à quoi servent nos flashbacks et comment le personnage est touché par ses souvenirs. On « fictionne » son apogée à l’époque du prix Nobel et sa déchéance par la suite : son écriture ne peut plus exister au milieu de ses hallucinations et de son alcoolisme.

 

 

 

 

Plus généralement, dans quel état d’esprit êtes-vous lors d’une première, dans ce moment où vous ne pouvez plus intervenir directement ?

 

Je continue à apprendre des comédiens et des expériences, j’apprends à garder une petite distance. Effectivement, le spectacle ne m’appartient plus dès lors que le comédien met un pied sur scène. Donc j’essaie de voir si on rentre dans le cahier des charges de ce que l’on s’était dit, si ça raconte l’histoire, si le comédien traverse son jeu et arrive à travailler sur la complexité du personnage. Mais il faut aussi, à un moment donné, que la mise en scène fasse un pas en arrière…Ce qui compte, c’est ce qui va se passer en direct sur scène, pas tellement ce que l’on s’est dit en coulisses ! C’est la magie de la scène… 

 

De commencer par Avignon avant de venir à Paris implique-t-il des vigilances particulières ?

 

Oui ! C’est à Avignon que le spectacle va rencontrer pour la première fois le public : l’écoute du public vous renseigne sur un spectacle. Ceci dit, on n’est pas non plus là pour répondre à la demande particulière des spectateurs (rires). Il faut faire attention…Les réactions de la salle sont un super renseignement mais parfois ce n’est pas ce qu’on attendait en termes d’émotion ou de compréhension.

 

C’est aussi l’enjeu et la responsabilité du metteur en scène de vérifier que l’on répond à l’esprit de l’auteur.

 

En parallèle, “L’heure des assassins” poursuit son beau chemin en tournée, ce qui doit certainement vous faire particulièrement plaisir ?

 

C’est vrai que la fidélité du public est superbe ! Notre trilogie a eu un tel succès qu’un quatrième spectacle a même été développé… « Les Aventuriers de Minuit »

 

Depuis 2016, nous produisons les spectacles avec la même qualité : on tient à ce qu’il y ait un beau décor, de beaux costumes, de belles lumières, une vraie charte graphique, avec, pour cette trilogie, un petit côté théâtre classique qui répond à l’époque dans laquelle s’inscrivent les histoires, c’est à dire début XXème siècle en Angleterre. La modernité se situe davantage dans l’écriture, dans les ruptures de mise en scène, dans la fantaisie que j’aime bien apporter…Mon co-metteur en scène joue dans chaque pièce le rôle d’Arthur Conan Doyle, il fait donc également office de metteur en scène résident. Je reviens de temps en temps pour apporter des précisions dans la direction d’acteurs. Mais les comédiens sont très autonomes. Ils ont maintenant une telle maîtrise qu’ils arrivent presque à s’auto-corriger, c’est donc très agréable pour moi de travailler avec ce niveau de confiance.

 

La dernière création, « Les Aventuriers de Minuit », est très différente de la trilogie. Au bout d’un moment, on ne peut pas toujours non plus proposer la même chose, c’est pour cela que c’était important pour nous, sur le quatrième opus, de sortir du huis-clos pour aller mener une aventure sur les routes anglaises et écossaises. C’est une pièce plus large public, qui ravira toute la famille.

 

 

 

 

Justement, si l’on revient à la naissance de ce quatrième opus, d’où en sont venues l’idée et l’envie ?

 

Nous devions monter l’adaptation de Blake et Mortimer mais l’obtention des droits n’a pas abouti. Alors les deux auteurs, Florence et Julien Lefebvre, se sont appuyés sur leurs recherches pour nous proposer une comédie policière montée comme un « Road Théâtre » sur les routes du Nord de l’Angleterre et de l’Ecosse. Nous démarrons à Londres en 1893. Cette fois-ci, Arthur Conan Doyle fait équipe avec Jules Verne, un duo franco-britannique que tout oppose mais qui va se révéler très complémentaire.

 

Des dates auront lieu sur Paris à la rentrée…

 

Oui, on va jouer au Studio Marigny à partir du 16 septembre, une très belle salle sur les Champs-Elysées, on est ravis et ce sera une première parisienne pour cette pièce, “Les aventuriers de minuit”. On espère donc bien revoir tous les spectateurs de la trilogie…

 

La première a eu lieu le 5 novembre au théâtre des Herbiers en Vendée. Cette pièce est depuis sur les routes françaises, on est souvent complets, c’est une vraie chance !

 

 

 

 

Plus globalement, le fait d’alterner entre ces différents projets vous permet sans doute une large palette…

 

Les choses s’additionnent et je peux déjà vous annoncer deux prochains projets, pour moi, l’année prochaine. 

 

Une nouvelle enquête, que j’ai écrite cette fois-ci, une comédie policière « Le Mystère Long John Silver » qui se passe au temps des corsaires et des pirates…Je reviens au huis-clos : ça se passe en 1715, après la mort de Louis XIV : on va mélanger la culture bourgeoise et populaire, la culture anglaise et française, la culture des pirates et celle des corsaires. Je suis très excitée de travailler sur ce nouveau projet ! Ce sera une nouvelle production du “Renard argenté”, qui commencera, comme d’habitude, par une tournée d’une vingtaine de dates, avant Paris.

 

Et je vais co-mettre en scène “La fin heureuse de Félix Faure”, un vaudeville historique écrit par Nicolas Poiret et Sébastien Blanc. C’est une formidable comédie sur le jour du décès accidentel, dans les bras de sa maîtresse, de cet ancien président de la République…On revit cette journée-là où il ne faut rien dire à personne mais où, évidemment, tout le monde vient au moment le plus inopportun. On lancera le spectacle en Avignon 2027 à l’Atelier théâtre Actuel. 

 

 

 

 

Pour terminer, quelles seraient vos envies pour la suite de votre parcours ?

 

J’en ai plein ! J’aimerais bien, déjà, revenir à mon univers de fables pour adultes. J’avais écrit deux spectacles en ce sens, dont un qui avait tourné pendant près de 3 ans. J’ai aussi le projet d’un spectacle jeune public : moi qui suis maman d’un petit garçon, j’ai envie de lui faire ce cadeau ! Petit à petit, il me plairait aussi d’ajouter un côté un peu plus musical à mes mises en scène. Parallèlement, je continue à écrire des romans… et je ne mets pas de côté la réalisation ! Bref, au travail ! (rires)

 

Merci, Elie, pour toutes vos réponses !

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Publié dans Théâtre

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