Sarah Lelouch évoque son parcours, ses différentes casquettes et ses souvenirs de "Fort Boyard" !
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Bonjour Sarah,
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Aujourd’hui, vous êtes notamment productrice et entrepreneuse mais votre parcours est très riche et très varié. Si l’on en revient à sa genèse, d’où vous vient cette passion pour les médias, en sens large du terme ?
D’abord, j’ai baigné dans un univers déjà médiatique et cinématographique. Quand j’ai eu 18 ans, j’ai préféré commencer par la télé, je ne voulais pas me risquer au cinéma et j’étais attirée par le métier de journaliste. Donc j’ai commencé comme cela, sur des émissions comme “Capital” sur M6, j’ai aussi fait de la radio, au sein du groupe NRJ et, très vite, on m’a proposé de passer devant la caméra, en tant qu’animatrice…Je voulais essentiellement m’intéresser à la culture, parler de cinéma et de théâtre. Donc j’ai présenté des émissions de musique, de cinéma et, un jour, on m’a proposé, à ma plus grande surprise parce que ce n’était pas du tout mon univers ni dans mes envies, de présenter “Fort Boyard”. Là, je m’éloignais complètement du métier de journaliste mais c’était impossible de refuser, même si je ne connaissais pas l’émission à l’époque, seulement de nom. C’est une belle exposition, surtout c’était une vraie récréation, et c’était une vraie machine de production parce que l’on était nombreux, 150 sur le fort. Donc j’étais assez fascinée par la machine que c’était et c’est là où je me suis rendue compte que j’avais beaucoup plus envie de faire de la production et d’être derrière la caméra, plutôt que devant.
Je n’étais pas forcément à l’aise devant donc j’ai créé, en parallèle, ma société de production. J’avais des idées d’émissions de télévision, j’avais surtout envie d’essayer d’apporter des contenus pas forcément faciles d’accès, clivants mais que j’avais envie de rendre un peu plus populaires et c’est comme cela que j’ai produit mes premières émissions, d’abord de rap, de culture urbaine et je me suis positionnée très naturellement sur la diversité. Je suis un mélange, ma mère est suédoise, mon père est d’origine pied noir donc les sujets de la diversité m’intéressaient beaucoup…Je me suis rendue compte aussi en produisant des émissions de rap, d’à quel point la diversité était, encore à l’époque, en 2005, pas très bien représentée. C’est toujours, aujourd’hui, d’actualité, avec ces représentations différentes que, maintenant, on cherche à mettre en avant parce que le rap, ça y est, c’est fait, ça s’est bien démocratisé.
Voilà, j’ai créé ma société de production, j’ai continué quand même à faire de l’animation et j’ai produit des premiers documentaires. La boite fonctionnait plutôt bien et, en 2012/2013, j’ai été rattrapé par le virus du cinéma et je me suis dit que si je pouvais produire du contenu audiovisuel, je pouvais peut-être aussi produire des films de cinéma. Tout en ayant ce désir de porter à l’écran des sujets qui me parlaient et qui incarnaient toujours cette diversité après laquelle je cours. Je suis, ainsi, devenue aussi productrice de cinéma, j’ai commencé par produire, et réaliser également d’ailleurs, des courts-métrages.
Votre parcours a été et est encore certainement riche en rencontres humaines….
Oui ! De toute façon, on dit ça tout le temps, chaque tournage est une aventure humaine…A la fin de chaque tournage, on se dit que ça y est, on a une nouvelle famille, on se prend dans les bras, on se promet de continuer à se voir et, évidemment, la vie fait qu’il y a des rencontres qui restent, qui deviennent même des amis et qu’il y en a d’autres que l’on n’oublie pas mais que l’on voit moins. C’est vrai que la vie est faite de cela, de rencontres et il y en a qui sont un peu plus importantes que d’autres…
Vous avez été devant la caméra, vous êtes beaucoup derrière actuellement et sans doute que les deux, techniquement et humainement, doivent finalement être très complémentaires ?
Oui ! Je suis totalement d’accord avec ce que vous dites mais c’est un écueil en France parce que les gens ont besoin de vous mettre dans des cases. Alors que, effectivement, une oeuvre audiovisuelle, je parle en tant que productrice, réalisatrice et animatrice, ne présente pas de grande différence : un producteur est un chef d’orchestre qui va diriger un réalisateur, un réalisateur est un chef d’orchestre qui va diriger une équipe mais qui ne peut pas la diriger sans le producteur, un animateur ou même un acteur fait devant la caméra ce qu’il fait parce qu’il est en accord avec le réalisateur et le producteur. Alors, quand on peut avoir les deux mêmes casquettes, on évite les disputes 🙂 parce qu’on se dispute avec soi-même.
C’est vrai que j’ai plusieurs casquettes et que je les assume, même si c’est compliqué pour le grand public, ou même pour les professionnels, de me mettre dans une case.
Vous avez fondé et êtes encore à la direction de différentes entités…Cette casquette-là également doit être très plaisante à enfiler ?
Oui, puisqu’on peut aussi dire que je suis entrepreneuse 🙂 …mais un producteur est un entrepreneur. Aujourd’hui, j’ai quatre sociétés, qui ont des fonctions différentes mais, finalement, qui vont l’une avec l’autre donc c’est plus un écosystème. C’est vrai que c’est un vrai métier entrepreneurial, c’est former des équipes, avoir des idées, les mettre en œuvre,...
Vous avez toujours eu à cœur de démocratiser les formats et, encore à l’heure actuelle, vous vous intéressez aux technologies dont tout le monde parle, notamment celles autour de l’IA…
Aujourd’hui, mon nouveau combat est de démocratiser le cinéma, après avoir essayé de démocratiser d’autres sujets. Le cinéma est un milieu qui est très fermé, difficile d’accès si on n’a pas les contacts et si on n’a pas accès à certaines formations. Je trouve ça dommage parce qu’un film est une bonne idée et que les bonnes idées n’appartiennent pas qu’aux professionnels, elles appartiennent à tout le monde…Donc c’est vrai que j’ai envie, aujourd’hui, et c’est ce que je fais, de mettre en place des solutions, pour permettre à tout le monde de faire du cinéma, s’ils ont envie de faire du cinéma. C’est un métier qui fait rêver, qui fait fantasmer et, aujourd’hui, oui, j’ai envie de le mettre à la portée de tout le monde. Si, aujourd’hui, je parle d’IA, c’est, d’abord, parce que je parle de nouvelles technologies et les technologies ont été, pour moi, une première solution pour démocratiser le cinéma. Pour qu’on nous fasse confiance et qu’on nous propose des idées, il faut que les gens n’aient pas peur de se les faire voler, donc c’était le premier problème de mon envie et de mon concept. C’est là où j’ai découvert une première nouvelle technologie qu’est la blockchain, qui est un moyen de sécuriser, de certifier et d’authentifier l’origine d’une idée, d’un contrat ou d’un acte de propriété. C’est comme cela que j’ai pu commencer à imaginer clapAction, la plateforme que je développe aujourd’hui et qui permet donc à tout le monde de faire du cinéma.
Forcément, en parlant de nouvelles technologies, il y a 5 ou 6 ans, j’ai découvert des nouveaux mots, comme le blockchain ou encore l’IA…En m’intéressant à l’IA, je me suis rendue compte que c’était, là-aussi, un super outil de démocratisation et qu’il pouvait permettre, justement, à tous ceux qui n’ont pas accès aux formations ni au matériel cinématographique, de pouvoir se former seuls pour proposer des oeuvres audiovisuelles et de se faire remarquer. Donc j’ai vu, dans l’IA, un formidable potentiel, une formidable innovation, une nouvelle innovation pour l’industrie audiovisuelle mais, en parlant avec les professionnels, je me suis rendue compte à quel point, surtout il y a 4 ou 5 ans, c’étaient des sujets tabous, clivants, qui font peur, à juste titre d’ailleurs. Parce qu’il y a des questions de droits, qui sont centrales, surtout pour les artistes et, surtout, on peut avoir la meilleure technologie du monde, si on n’a pas les talents pour la manier, elle ne sert strictement à rien. Donc il faut, aujourd’hui, protéger les artistes !
Du coup, je milite à la fois pour rassurer les artistes mais aussi pour qu’on utilise, aujourd’hui, cette nouvelle technologie. Actuellement, on est dans une phase encore expérimentale, une phase où l’IA ne coûte pas très cher, elle peut même être gratuite et c’est pour cela qu’il y a une grande fenêtre de tir pour monsieur et madame tout le monde, afin de faire des œuvres. Mais je pense que cette fenêtre de tir ne va pas durer longtemps parce que, aujourd’hui, on nous injecte de l’IA en intraveineuse, comme une drogue et que, dans quelques années, l’IA va coûter de l’argent mais on ne pourra plus s’en passer, alors que tout le monde ne pourra plus l’utiliser. Donc j’incite beaucoup les jeunes talents à utiliser ces outils !
A l’été dernier, vous étiez revenue sur le fort, pour une petite surprise à Olivier Minne, au moment de sa dernière journée de tournage. On peut imaginer qu’à tous points de vue, ces moments furent riches en émotions ?
Oui, oui, oui ! C’était une journée très particulière, c’était une très belle journée, elle était très joyeuse, même si on avait tous beaucoup de tristesse. Même si je n’anime plus “Fort Boyard” depuis de nombreuses années, c’est une émission qui me tient à coeur et, surtout, Olivier me tient énormément à coeur. Au-delà du fait que ce soit un ami, je pense que c’est, en plus d’être un animateur de talent, une personne rare, une personne vraie, qui a un grand coeur, qui respecte tout le monde, qui qu’on soit, le public, les techniciens, qui a toujours un mot gentil. En télé, je trouve ça rare et je pense que, de ne plus avoir Olivier aux commandes de “Fort Boyard” est une grande perte pour cette émission. On verra ce que fera son successeur, peut-être que ce sera formidable mais c’est une page qui se tourne et qui se tournait. C’est vrai que je revenais, ça faisait 15 ou 16 ans que je n’étais pas revenue, puisque j’étais revenue en tant que candidate, donc de retrouver l’équipe, de faire une surprise à Olivier qui ne savait pas que je venais, de retrouver ce caillou, comme on l’appelle, était très beau. Il y a eu un hommage qui a été diffusé à la télé mais il y a aussi eu, après, un hommage qui a été un peu plus réservé aux membres de l’équipe et il y avait beaucoup d’émotion, oui.
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D’ailleurs, quelques années plus tard, quels souvenirs gardez-vous de votre co-animation de ce programme emblématique ?
Mes souvenirs, ce sont mes débuts, ce sont les crises de rires que l’on avait vraiment avec Olivier parce que, les années où j’animais “Fort Boyard”, ce que je trouvais génial et qui n’a plus été fait après, et qui n’avait pas été fait d’ailleurs avant, c’est qu’on passait la nuit sur le fort…Les candidats dormaient sur le fort ! Donc on avait un rythme de travail très intense puisqu’on terminait à 1 heure du matin, après il fallait prendre le bateau pour rentrer à l'hôtel mais il fallait qu’on soit de nouveau sur place vers 5 heures du matin, donc ça laissait peu de temps pour se reposer. Mais c’est cette fatigue nerveuse qui, finalement, nous rendait très joyeux et nous faisait beaucoup beaucoup rire. Pour moi, ça a été une récréation ! “Fort Boyard” a été ma récréation ….
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Merci, Sarah, pour toutes vos réponses !