Julien Goetz évoque sa belle et variée actualité artistique !
Bonjour Julien,
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Votre actualité est actuellement riche et variée. Notamment, vous avez participé au Nikon Film Festival, avec un personnage qui vous a permis une belle palette de jeu…
Tout à fait ! Ce personnage, Georges Klinex, se rapproche évidemment du clown. Il est dans une tonalité qui me parle beaucoup, c’est-à-dire un endroit de maladresse poétique. C’est quelqu’un qui essaie sincèrement et généreusement, avec toute la bonne volonté qu’il peut avoir, de faire ce qu’il a à faire et de vivre sa vie mais il a des mains en mousse…Il se prend les pieds dans le tapis, ça ne marche jamais exactement comme il le voudrait et ça dérape toujours à un moment donné. Ce Nikon-là était aussi l’occasion de poser la question de qu’est-ce que l’on fait de tout ça, de comment on accepte nos ratés, nos failles, ce qui nous échappe, alors que l’on est dans une société qui essaie de contrôler, de lisser et d’organiser.
Le thème du festival, cette année, était la beauté et, avec Raphaëlle Dubois, qui m’a proposé de faire ce film, et qui l’a réalisé, on s’était rapidement dit que, pour nous, la beauté résidait surtout dans l’imperfection. Raphaelle est aussi une comédienne, je la côtoie depuis 5 ou 6 ans, on travaille beaucoup ensemble donc on se connait dans des endroits de fragilité de travail et on sait très bien que, l’endroit où on est les plus justes en tant qu’acteurs, c’est cet endroit où ça nous échappe. C’est d’ailleurs très spécifique, notamment, au travail de la caméra…À l'image, elle vient chercher des choses qui nous échappent, en tant qu’acteurs, alors qu’au théâtre, c’est un peu différent, on est un petit peu plus encore dans la technique, on ne peut pas tout lâcher. Souvent, les prises gardées sont celles avec de petits imprévus…Cela marche au moment du tournage mais c’est aussi vrai dès le casting, parce que, dans cette faille-là, c’est là où on voit le plus cet être humain qui est en face de nous ! Il casse alors la coquille de bien se présenter…C’est sans doute ce qui nous raconte le plus ! Il ne faut pas le cacher, il faut l’accepter et en rire…
Ce Nikon était pratiquement muet, ce qui m’a beaucoup plu car j’aime beaucoup ces vieilles techniques. Revenir à des choses très simples remet l’acteur au centre ! D’ailleurs, ce personnage, c’est tellement moi : j’ai sa maladresse et j’ai sa difficulté à accepter les erreurs…Je pense, en tout cas j’ose espérer, que j’ai aussi un peu de sa poésie et de sa tendresse…
Toujours à l’image, vous aviez participé à un épisode inédit de “Joséphine, ange gardien”, diffusé fin décembre sur TF1. Le succès d’audience a certainement dû vous faire particulièrement chaud au cœur ?
Oui, c’est super ! C’est une série qui existe depuis longtemps, je crois que c’est la plus ancienne de l’audiovisuel français, ce qui est assez fou ! C’était une super chance de pouvoir tenir ce rôle dans cet épisode, avec Jennifer, avec Mimi et avec tout le cast, qui était génial. C’était un des mes premiers rôles un peu conséquent, on va dire. Dans le cheminement d’un acteur, il y a toujours ce chemin où on fait d’abord des petits personnages qui passent une journée sur le plateau, qui n’ont pas de prénom, c’est le journaliste, l’avocat, le médecin et puis, après, petit à petit, progressant, on commence à avoir d’autres choses. Là, il y avait une vraie présence, avec quelque chose qui se développe chez le personnage, entre le début et la fin de l’épisode. C’était un vrai plaisir de faire cela !
On l’avait tourné près de deux ans avant la diffusion, donc il y avait une grande attente et c’était cool de voir que ça avait répondu du côté des fans de la série. La saveur du programme y était bien présente et c’était cool de venir y mettre ma petite touche, avec ce personnage d’ex-mari, de père surtout, qui me parle beaucoup, car je suis père moi-même. On a pu se demander comment gérer nos enfants dans une séparation, comment gérer les non-dits avec l’ancien conjoint, comment essayer de ne pas faire peser la situation sur nos enfants…Cela paraît tout simple mais ça croise plein de choses donc c’est un personnage que j’ai vraiment aimé traverser et par lequel j’ai été traversé aussi.
J’ai trouvé que ça marchait bien ! On a toujours cette petite appréhension : on tourne mais on ne voit pas le montage donc on se demande si ce que l’on a fait tient…Je pense que l’épisode fonctionne, qu’on est touché donc j’étais ravi ! Et puis, c’est drôle, cette série étant vraiment un petit trésor de l’audiovisuel français, j’ai eu des messages familiaux de gens dont j’ai découvert qu’ils suivaient ce programme. C’est super !
L’intrigue pouvait effectivement parler à tout le monde, au travers des différentes arches…
C’est vrai ! D’ailleurs, les ados ont fait un sacré boulot, ils ont beaucoup nagé, ils ont eu un entraînement assez strict, ils se sont beaucoup donnés, notamment sur tout le travail de synchronisation. Pour la petite histoire, c’est drôle, ma nièce fait de la natation synchronisée depuis longtemps et, lorsque la production a cherché une équipe pour accompagner, la sienne a failli être retenue.
On a tourné une partie des scènes dans la piscine de Saint-Germain en Laye, dans les Yvelines, là où je suis né donc c’était très drôle de tourner là-bas !
En parallèle, vous serez de retour, en juillet prochain, au festival d’Avignon, avec la pièce “Deux frères”. Très simplement, comment la pitcher ?
C’est une pièce très lumineuse, avec laquelle on a déjà fait deux fois ce festival. C’est l’histoire de deux frères qui viennent raconter leur enfance, pendant laquelle l’un des deux a été battu par leur père, mais pas l’autre. Donc ils vont s’interroger sur pourquoi cette différence et puis, on va les voir grandir et devenir adultes, jusqu’à se poser la question de devenir pères à leur tour. Forcément, cela va remuer beaucoup de choses en eux ! Cette pièce raconte surtout comment cet amour de frères va leur permettre de dépasser cette violence paternelle et de dire les choses, pour aller au-delà de ce qu’ils ont subi, l’un comme l’autre…Même si l’un des deux n’a pas été battu, il a quand même eu les répercussions de la violence et la culpabilité de ne pas forcément avoir pu l’empêcher donc c’est une pièce très intense…On y rit, on y pleure, on y est touchés et je pense qu’on en sort avec une sensation de se dire qu’il ne faut pas laisser faire ! Pas pour un côté donneur de leçon mais parce que, humainement, on a envie de se prendre dans les bras, en fait…
C’est une pièce écrite par Renaud Merviel, qui est au plateau avec moi, elle est importante pour nous aussi parce que c’est une pièce d’hommes qui raconte la violence masculine et qui raconte ce qu’on en fait. C’est une pièce d’hommes qui se prennent dans les bras et qui sont capables de se dire “Je t’aime”, sans que ce ne soit un tabou, ni moqué et qui sont capables de tendresse, en tout cas de maladresse dans cette tentative de tendresse. Cet endroit de questionnement, dans mon cheminement d’homme de 46 ans, est très important ! Ce qui m’intéresse, c’est de questionner comment on peut faire tendresse, entre hommes et comment on peut nourrir cette chose-là…
Je crois, d’ailleurs, que j’ai mis de cette tendresse-là dans les trois rôles que l’on vient d’évoquer me concernant. J’assume vouloir porter cette couleur-là, masculine, dans les personnages qui me sont proposés. Je crois que c’est quelque chose d’important pour moi !
Quels principaux retours avez-vous déjà pu avoir du public sur cette pièce ?
Les gens sont très touchés par l’amour qui lie ces deux frères. Le mot “tendresse” revient beaucoup…Ils sont aussi très marqués par la capacité qu’a cette pièce à raconter un sujet dur, celui des violences infantiles, mais sans pathos…On passe vraiment par toutes les émotions, y compris des émotions joyeuses. On assume aussi des endroits de naïveté donc ça rigole sincèrement. Oui, les gens nous parlent souvent du fait d’avoir été surpris par ces montagnes russes émotionnelles…Ils ne s’attendaient pas du tout à cela ! Ils nous parlent également de la justesse avec laquelle est traité le sujet, c’est d’autant plus fou que, heureusement, ni Renaud ni moi n’avons été des enfants battus…On a joué cette pièce plus de cent fois mais c’est toujours l’histoire de quelqu’un dans la salle ! Renaud avait fait un gros travail documentaire au moment de l’écriture mais, surtout, je crois qu’il y a un endroit d’empathie, qui est au cœur de notre travail d’acteurs…
Dans la pièce, la violence n’est pas cachée mais elle n’est pas non plus démonstrative, il y a des moments un peu durs mais dans lesquels on ne s'appesantit jamais, il y a toujours un élan de vie qui repart. On nous en parle souvent…
Vous êtes un artiste aux multiples cordes, qui, de l’extérieur, pourraient paraitre éloignées. Mais sans doute que, pour vous, elles doivent être très complémentaires ?
Oui, c’est juste ! Je travaille aussi en écriture, de fictions mais beaucoup de documentaires et, pour moi, il y a une complémentarité très forte : cela part de la même intention, d’une curiosité pour le monde qui m’entoure et surtout pour les humains à l’intérieur. Cela part aussi de questions irrésolues pour moi, de choses que je ne comprends pas en moi. Je pense que c’est ce que je cherche à résoudre quand j’embrasse un personnage, en me demandant ce qu’est sa vie, ce qu’il traverse et pourquoi il le vit comme cela. Quand je l’incarne ensuite, c’est moi qui l’incarne, avec ce que je suis et avec ma sensibilité. C’est la même chose en documentaire, c’est aller à la rencontre, c’est tendre un micro et écouter. Je crois que l’écoute est très centrale dans tout ça !
Pour terminer, quelles seraient vos envies pour la suite de votre parcours artistique ?
J’ai l’envie de travailler avec certains réalisateurs ou certaines réalisatrices, j’aimerais travailler au théâtre avec certains metteurs en scène, j’adorerais travailler sur certains formats de série pour creuser des sillons de personnages et déployer des choses…A l'image, j’ai envie, aujourd’hui, de soutenir des personnages masculins qui défendent d'autres récits et d’autres regards. J’ai envie de rôles qui me permettent de déployer ce qui m’importe, humainement. Cela ne veut pas dire que des rôles jolis et sympas…Je pense que c’est plutôt en chemin, j’ai confiance, j’ai la chance d’être dans une période ascendante.
Merci, Julien, pour toutes vos réponses !