Grand vide, au théâtre de Belleville : Interview croisée avec Gary Guénaire et Mélanie Robert !
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Bonjour Gary, bonjour Mélanie,
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous deux !
Vous serez, du 4 au 31 mai prochain, sur la scène du théâtre de Belleville, dans “Grand vide”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Gary : Carrément ! Oui, c’est excitant ! C’est chouette de travailler ensemble, avec Mélanie, sur ce projet. On a une super équipe, je suis content parce que j’ai réuni pas mal de personnes avec lesquelles j’avais déjà travaillé, que ce soient Damien, Louise et Alexiane, ou Vincent, avec qui je collabore à la mise en scène. Ensemble, il y a une alchimie assez géniale donc c’est très excitant de se dire que, dans moins de deux semaines, on démarre cette exploitation. C’est un spectacle que j’ai beaucoup rêvé pendant deux ans et d’être dans le concret est chouette !
Mélanie : Ce qui est bien aussi, c’est qu’on est tous un peu différents et, en même temps, complémentaires. Cette pièce est, bien sûr, unique par son écriture et par ce que ça engendre mais, ce qui est intéressant à voir, c’est qu’on vient tous de différents endroits, du théâtre, de la télé, du cinéma et, qu’en même temps, ce spectacle nous rassemble et crée quelque chose d’assez chouette. On a, je pense, surtout très hâte que les gens découvrent l’univers de Gary, qui est quand même assez particulier, il faut bien le dire. C’est un humour que j’adore ! Souvent, les gens me disent “Ah, mais il est comme ça, en fait ?”...Oui, il est comme ça et cela se retranscrit dans son écriture ainsi que dans cet humour très noir.
Plus concrètement encore, sans tout en dévoiler, comment pitcher cette pièce ?
Gary : En une phrase, je dirais que c’est un drame burlesque, sur une satire du monde de la télévision que j’ai bien connu plus jeune. Plus concrètement, dans l’histoire, Eva, une jeune dealeuse, se retrouve être l’intruse, un matin, dans une réunion d’une grande chaîne de télévision, alors que les audiences de la série à succès vont tomber. Elle est donc entourée de personnages qui, eux, font partie de la chaîne et qui vont se révéler quasiment monstrueux. Contrairement à Eva, ils n’ont pas de prénom, ils sont représentés par leur fonction : la directrice, le secrétaire, l’artiste,...Au fur et à mesure de la réunion, Eva va se rendre compte que c’est une sorte de cauchemar et on va se demander si elle va réussir à sortir de cette salle, elle qui est venue par ambition, afin d’atteindre le milieu de la télévision, qui fait tant rêver. Mais ce dernier va se révéler bien plus sombre qu’elle ne l’aurait imaginé.
Quel personnage aurez-vous plaisir, chacun, à défendre ?
Gary : Je joue le rôle du secrétaire. Il est méchant avec ceux qui sont en-dessous de lui, écrasé par ceux qui sont au-dessus et il est vraiment représentatif de ce système dans lequel il est. Parfois, il se rebelle puis, à un moment, il reboote, il revient au niveau 0, avant de se rebeller à nouveau puis de se rééteindre. C’est comme un symbole de ce système et de cette chaîne qui se renouvellent perpétuellement.
Mélanie : Je joue deux rôles. Au début, on me découvre en femme de ménage qui parait toute gentille et assez classique. Le deuxième est un enfant, qui débarque dans cette fameuse réunion et que personne n’attendait. On ne sait pas si c’est un garçon ou une fille, on ne sait pas réellement quel âge il a donc on ne sait pas qui il est ni ce qu’il fait là. On apprend, plus tard, que son père travaille dans l’entreprise et que lui est en stage…
Certainement que la palette de jeu doit être très plaisante à défendre ?
Gary : Il y a un registre qui m’intéresse beaucoup, celui dit burlesque. C’est aussi un endroit de recherche dans mes courts-métrages, dont “Indomptables”. Je l’ai réalisé avec le soutien de l’Adami et de France Télévisions Studio, c’est un peu dans la même veine que “Grand vide”. J’appelle cela de la comédie physique : le travail du corps est très assumé, les corps sont très présents dans la direction d’acteurs, c’est un comique sec et quasiment froid, parfois. J’aime bien prendre cette référence de Jim Carrey, qui n’est pas un acteur naturaliste mais qui est profondément juste. C’est là où je veux emmener les acteurs et les actrices avec moi, en allant vers des choses grandioses, qui sortent physiquement de l’ordinaire mais en ayant un jeu profondément juste. C’est ce qui m’intéresse, c’est ce que l’on développe et c’est ce qui est en jeu. C’est également ce qui rend l’explication des personnages plus compliquée parce que ce ne sont pas des personnages psychologiques, ils représentent un peu plus des entités. Ils ne sont pas classiques, ce sont des thèmes en eux-mêmes. C’est ce qui est assez particulier dans la pièce mais qui est chouette à voir !
Mélanie : C’est particulier pour moi parce que je n'ai pas fait de théâtre depuis dix ans donc je me remets dans le bain de quelque chose qui est complètement différent de la télé ou du cinéma. Là, il y avait plein de nouvelles choses : se remettre dans le théâtre, se faire diriger pour la première fois par Gary, comprendre son écriture qui n’est, comme il vient de le dire, pas toujours simple. On fait, je pense, ce métier aussi pour ça, pour travailler, pour découvrir, pour chercher et c’est ce qui est très intéressant dans les répétitions actuelles. C’est très plaisant de chercher sur le plateau ce que l’on doit faire, où aller, comment se déplacer, comment parler…Le costume entre aussi en jeu. J’aime tellement avoir plusieurs personnages à jouer donc, là, d’en interpréter deux est parfait !
De devoir switcher, Mélanie, dans une même pièce, entre deux personnages très différents doit être très riche artistiquement et très plaisant personnellement ?
Mélanie : Totalement !
Gary : J’invite vraiment les gens à venir découvrir le travail de Mélanie. On avait fait une lecture publique au début de l’année et certaines personnes n’avaient pas remarqué que ce n’était pas la même personne qui jouait l’enfant et la femme de ménage. Donc c’est assez chouette, oui ! Il y a quelque chose de très intéressant dans le travail de ces deux rôles !
D’ailleurs, avez-vous eu, Mélanie, des sources particulières d’inspiration pour vos deux personnages ?
Mélanie : Je les ai surtout prises dans les retours de Gary et de Vincent, qui nous aide pour la mise en scène. Je sais que je psychologise beaucoup les choses, j’ai toujours besoin de poser mille questions et de comprendre. En fait, ce qui est plus difficile là, c’est quand Gary me demande de jouer la réalité de la situation.
Gary : L’endroit de recherche, pour moi, est qu’il n’y a pas de personnage. On ne va pas créer des choses avec. On est nous, on se glisse dans la peau et on rencontre une identité écrite, en fait. Mélanie, comme elle le disait, n’a pas fait de théâtre depuis un bout de temps et revenir comme cela est particulier, c’est hyper dur car la scène a vraiment une grammaire particulière.
Pour la femme de ménage, il y avait le film “Ouistreham” et, pour l’enfant, “Charlie et la chocolaterie”.
Mélanie : Oui, il y a plein d’inspirations mais ce qui est plus complexe, en tout cas avec mes personnages, c’est d’essayer de copier un phrasé. A un moment, je faisais des propositions de gestuelles de l’enfant mais ce n’est pas pareil quand vous êtes sur un plateau, où les choses sont décuplées et où on peut se permettre de faire des choses que l’on ne pourrait pas faire au cinéma. Pour le coup, ce que j’apprécie là, c’est de me laisser totalement diriger, je fais des propositions mais moins que d’habitude, dans le sens où j’ai plus besoin qu’on m’emmène quelque part. Chacun son métier, je ne suis pas metteuse en scène, je laisse ça à Gary et à Vincent 🙂.
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Si l’on en revient, Gary, à la genèse de ce projet, comment vous en sont venues l’envie et l’idée ?
Gary : Quand je travaille en écriture, je travaille pas mal en ramifications, avec plein d’univers et de thèmes différents, que j’aime ramener ensemble. Ce qui me permet de créer quelque chose qui me plait et qui est original. Dans “Grand vide”, il y a, d’une part, le côté formel, avec le comique burlesque et, d’autre part, le grand thème de l’ambition, en se demandant jusqu’où on est prêt à aller par ambition. Il y avait aussi, encore plus concrètement, le parcours d’une amie, qui était dealeuse quand elle est arrivée à Paris, pour financer ses études de cinéma. Cela m’avait un peu fasciné de me dire qu’elle avait toujours frôlé de se faire prendre, sans jamais que ce ne soit le cas. Au début de l’écriture, je me suis demandé ce qui se passerait si ça tournait mal pour elle…
C’est l’univers de l’entreprise et j’ai aimé vouloir le situer dans le monde de la production de la télé, que je connais bien mais ça aurait pu être également dans le monde de la banque ou dans n’importe quel autre système capitaliste, avec des hiérarchies, pour raconter la violence sourde et les rapports absurdes. C’était tout aussi passionnant de raconter les coulisses de la télé, notamment des chiffres d’audiences et de comment sont gérées les statistiques. En fait, ces dernières sont derrière tout, notamment dans le fait qu’une série continue ou non, ou qu’un personnage soit développé ou pas.
A quelques jours de la première, dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Mélanie : J’ai cette hâte de revenir sur scène, j’adore le projet mais Gary a quand même plus de stress à mon avis, c’est son bébé, il l’a écrit et il joue dedans. En tout cas, c’est marrant, je pensais que je serais méga stressée (bon, on s’en reparle quand même deux heures avant la première 🙂) mais, là, j’ai surtout hâte. Cela fait longtemps que l’on est en répétition donc il me tarde que le public découvre la pièce. On en fait la promotion sur les réseaux, avec des photos notamment mais avant d’avoir vu cette pièce, je pense qu’on ne peut pas la comprendre. Du coup, j’ai très envie que les gens se projettent et qu’en sortant, ils nous disent avoir compris. C’est vraiment ce moment-là que j’attends donc je suis actuellement plus dans l’impatience et l’excitation !
Gary : Je dirais que je ne m’en rends pas compte, pour l’instant, parce qu’en fait, il y a encore tellement de travail. On est dans un process de création qui est particulier puisqu’on va travailler jusqu’à la veille de la première. On est encore dans les découvertes avec les costumes de Jules, il y a des éléments de scénographie qui sont en fin de construction avec Margot, il y a toute la création lumière qui va être faite avec Enzo. Donc ce n’est tellement pas palpable pour l’instant que je n’ai pas encore de stress. Même si c’est demain, je sais…
Que peut-on vous souhaiter pour ce premier mois de distribution ?
Mélanie : Du rire, du soutien du public, de l’amour !
Gary : Des salles pleines et des gens qui sont heureux ! Avant tout chose, c’est une comédie et, dans le monde dans lequel on vit, pour moi la comédie a une forte résonance. Par son biais, on peut dénoncer et raconter plein de choses, ce n’est pas un art gratuit et mineur et c’est très exigeant comme travail. Donc j’espère que ça va toucher les gens à cet endroit-là et, surtout, j’espère que ce ne sera que le début.
Mélanie : Comme je le disais, j’ai envie que les gens s’approprient la pièce, qu’ils en ressortent en ayant découvert un humour qu’ils ne connaissent peut-être pas et en se disant que ça leur a fait du bien, dans ce monde complexe. Je me souviens avoir voulu faire ce métier en découvrant Louis de Funès, en découvrant “Le père Noel est une ordure”, en découvrant “Le dîner de cons”, des comédies et comédiens qui m’ont donné envie de faire rire. Je nous souhaite donc que les gens ressortent avec la banane et qu’ils aient envie d’en parler autour d’eux.
En complément, quels sont vos autres projets et actualités ?
Gary : “Indomptables” est un projet sur lequel je travaillais depuis longtemps, c’est une comédie en duo, avec Louise Massin. C’est un film de comédie burlesque qui vient de se finir, on a fait la projection équipe il y a deux semaines donc c’est tout neuf. On commence à l’envoyer en festivals ! Je suis vraiment très content de ce film, tourné à la Grande-Motte, une ville que j’aime beaucoup et qui est architecturalement assez dingue. J’espère que ce sera la version courte de quelque chose de plus long…
Il y a également “Vents contraires”, un autre court-métrage, qui est en préparation. On vient de recevoir le soutien de la région Pays de la Loire. Le projet est quasiment en fin de financement et on tournera cet automne. Mélanie fera, à priori, partie du casting. Le thème est plus dramatique, cela retrace un peu mes derniers moments d’amitié avec mon meilleur ami, que j’ai perdu il y a huit ans, à la sortie du lycée. Ce projet est donc beaucoup plus intime et me tient très à cœur. Il est hyper excitant à faire !
Personnellement, en plus de “Grand vide”, je vais jouer dans “Alpenstock”, au théâtre du Funambule, tout le mois de mai ! Je suis très heureux de tous ces projets, dans un monde culturel secoué. D’avoir du travail n’a pas de prix donc c’est trop chouette, je me sens privilégié !
Mélanie : J’ai tourné, fin 2025, dans un téléfilm pour France Télévisions, “Triple peine”, de Noémie Kocher. Cela parle d’une histoire vraie et assez dure, d’harcèlement sexuel qu’ont vécu de jeunes actrices. Fleure Geffrier, une comédienne que j’aime beaucoup et mon amie dans la vie, a le premier rôle.
Merci à tous les deux pour vos réponses !