Ciné+ OCS / Deep : Aurélien Molas nous présente ce nouveau programme, dont il est à l'origine !

Publié le par Julian STOCKY

 

 

 

Bonjour Aurélien,

 

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

 

Nous nous retrouvons dans le cadre de l’édition 2025 du festival CreaTVty, pour la projection de “Deep”. On imagine sans doute la joie que cela doit être, pour vous, d’être présent ici ?

 

Le mot n’est pas galvaudé de dire, déjà, que c’est un plaisir ! C’est même un honneur…C’est une joie, en fait, déjà de participer à ce festival, dont j’avais beaucoup entendu parler. Il est tout neuf, tout récent, il n’y a pas tant de festivals de fictions et je les avais un peu écumés avec mes anciens projets donc, là, il y a quelque chose de frais. On m’avait vanté, aussi, la convivialité de ce festival et je trouve que la convivialité est, justement, ce qui manque dans ce bas-monde…En fait, je ne suis pas déçu ! 

 

C’est chouette de pouvoir se retrouver là ! Évidemment, c’est émotionnel parce qu’on présente une série mais je ne sais pas, l’ambiance du festival me plaît beaucoup, en tout cas me correspond…

 

Si l’on revient à la genèse de cette belle aventure, qu’est-ce qui vous avait donné l’envie et l’idée ?

 

Je peux être très loquace là-dessus 🙂…Je vais essayer de le faire assez simple ! A la base, il y avait une envie, en fait, de faire une série de sous-marins, ça partait vraiment très basiquement d’un genre plutôt cinématographique jamais trop exploité en France. Donc c’est partie de cette idée-là, plutôt d’un concept, en fait…et il s’avère que la chaîne Ciné+ OCS m’a suivi mais, à partir de là, il fallait bien raconter une histoire. C’est là que les choses ont commencé à évoluer. Au début, ça devait être un thriller anxiogène dans un sous-marin et je savais qu’il y aurait un élément fantastique, en tout cas que le voyage dans le temps allait apparaître mais il y avait quelque chose qui coinçait, dans le ton dramatique ou sérieux. Dans ma tête, je n’y arrivais pas, je l’avais trop fait dans d’autres séries que j’avais pu écrire, développer et créer…Là, j’avais envie de me confronter à une autre part de ma personnalité. Cela s’est fait un peu comme ça, avec, de fil en aiguille, l’envie d’avoir des héros qui sont des anti-héros, de jouer avec des codes de cinéma et aussi de bande-dessinés, en un sens…Je voulais que “Deep” ressemble à une illusion de fourre-tout, au départ, qui, petit à petit, se réorganise avec, à l’intérieur de cela, la transmission d’un amour du cinéma et de la série, avec des références multiples, que les gens voient ou ne voient pas, peu importe, mais qui sont les miennes et que j’ai réinventées. Voilà, il y a un vent de liberté, c’était l’ambition ! Je voulais surtout que les gens passent un bon moment, sans ambition de fond…J’ai même voulu titré “Deep, attendez vous à voir une série sans fond”...mais les producteurs n’ont pas voulu 🙂. 

 

Il y a une phrase de Dupontel que j’aime citer, “Il ne faut jamais se prendre au sérieux mais faire les choses sérieusement”. Cela a été le mot d’ordre, c’était sur la feuille de service du premier jour de tournage ! C’est ce que j’ai demandé à toutes mes équipes.

 

J’ai aussi eu l’envie de travailler avec de nouveaux visages, certains techniciens avaient 20 ans mais je voulais que tous aient l’amour du cinéma. C’est quelque chose qui me manque, je le retrouve difficilement en salle ou dans les séries, cette liberté-là me manque. Je me suis dit que, plutôt que de me plaindre dans mon coin et de jouer les frustrés, il fallait que j’essaie de le faire. C’est comme cela que c’est vraiment né !

 

Les épisodes montrent une vraie qualité artistique, avec une très belle image…

 

L’exigence plastique, purement esthétique, a été le vrai grand défi, en fait. Je savais que c’était ce résultat-là que je voulais, personne ne pensait que ce serait possible dans le budget alloué mais, avec des gens compétents, de la réflexion, de la bonne énergie, du noir et blanc, c’est devenu possible…J’ai collaboré avec une boite d’effets spéciaux qui, depuis, a tous mes projets, tellement ce qu’ils ont fait pour une bouchée de pain est extraordinaire. J’ai aussi travaillé avec les artistes, assis à leur table. C’est-à-dire que j’ai brisé tous les protocoles de production et de post-production classiques, à me dire que l’on n’a pas d’argent mais que si on collabore, si on pense, si on discute, si on échange, c’est là que vont naître les grandes idées. Mon job, après, est de choisir lesquelles vont être les meilleures pour la série…Il y a des idées de mon chef opérateur, de la cheffe costumière et des comédiens. Donc il y avait ce côté participatif et, pour moi, l’exigence était de se dire que l’on n’a pas d’argent mais que le téléspectateur, lui, en fait, ne le sait pas. Surtout, il allume la télé et ne sait pas combien ça a coûté, il s’en fout, ce qu’il veut, c’est que ça soit beau, que ça claque, que ça l’amuse, que ça le distrait. 

 

Je me suis dit que j’allais taper au plus haut de ce que l’on pouvait faire et le noir et blanc a été mon parti pris le plus radical. Il a beaucoup effrayé la chaine, au départ…Vraiment, ils étaient très réticents, j’ai dû me battre pour cela, ils avaient peur que ça fasse vieillot mais je leur ai garanti que ça n’allait pas l’être…Le noir et blanc est moderne ! Peu importe le média, si on est solide sur ses références et sur ce que l’on a envie de transmettre, les questions de modernité ou de non modernité me passent un peu au-dessus. On a rajouté des touches de couleurs juste pour s’amuser, parce que c’était beau. J’avais cette image du poisson rouge, qui est un hommage à “Rusty James” de Coppola, donc ce ne sont que des images de cinéma avec lesquelles j’ai grandi, remixées, réinventées et proposées aujourd’hui.

 

 

 

 

Vous êtes accompagné également d’un très beau casting…

 

J’ai eu de la chance, j’ai eu carte blanche sur le casting. Je voulais absolument retravailler avec Dimitri donc il était casté avant même d’être casté. Foed Amara a été casté dans le rôle de Félix et il apporte quelque chose de vraiment fort. Ilyès Salah a aussi été une découverte, il apporte dans le personnage de Jules un peps et une façon d’être incroyables. Pareil pour Bamar Kane : il est arrivé pour le casting et, à la seconde où il s’est assis, je savais que c’était lui. C’est un mec étonnant, il est sénégalais, il est en galère de titre de séjour…mais c’est un mec d’une intelligence, d’une culture, d’un smooth, d’une façon de jouer, il est métronome. Il apparaît dans de grandes productions Netflix et il a voulu jouer dans “Deep” donc je l’ai accueilli 🙂.

 

L’important était que les quatres, ensemble, fonctionnent. C’était marrant, leur complicité se développait au fur et à mesure du tournage, jusqu’à exploser à l’écran dans les épisodes 4 et 5. C’était fou de les voir ensemble !

 

Pour le reste du casting, Philipp Hochmair joue le grand méchant nazi, pareil c’est un acteur qui a eu l’équivalent du César en Allemagne mais qui voulait absolument tourner en français. C’était son objectif, il s’est mis un défi…J’adore Armelle Deutsch depuis longtemps, elle joue Gretta, elle a adoré le rôle, elle tourne tous les mois dans des trucs énormes mais, là, elle a accepté pour un cachet de misère parce que de jouer le rôle d’une scientifique nazi la faisait mourir de rire. Elle a pu inventer un accent et jouer avec son image. Enfin, Alyzée Costes est l’atout charme, elle joue Lucie et, pareil, elle avait été extraordinaire dans “Les papillons noirs”, sur Arte, où elle avait le rôle principal mais elle est venue là parce qu’elle aimait le script. Donc j’ai eu une chance dingue ! En fait, l’enthousiasme du projet a compensé tout ce qui, normalement, est un frein : les cachets très bas, la production difficile, avec 6 à 12 minutes utiles par jour…Mais ils ont accepté tout cela et m’ont donné le meilleur d’eux-mêmes ! Du coup, j’ai essayé de leur rendre…Ils ont beaucoup eu le droit de faire de l’impro et de s’amuser…C’est assez chouette !

 

Certainement êtes-vous impatient de pouvoir proposer la série au grand public et curieux des réactions ?

 

Très curieux et vraiment impatient ! Même pour cloturer le sujet pour moi…On a fini la série en 2024…J’ai hâte de voir comment ça va réagir. Je sais que c’est un public de niche et j’espère que le programme va justement toucher ce public de niche parce que c’est pour lui que je l’ai fait, pour des gens qui aiment passionnément ce décalage. Peut-être que quelques curieux vont tomber dessus, vont se demander “Qu’est-ce que c’est ce truc ?” et vont rester un peu plus longtemps…jusqu’à passer une bonne soirée à se marrer ! Ce serait la plus belle des récompenses !

 

Pour terminer, quels sont vos autres projets en cours ou à venir ?

 

Mon prochain projet est un long-métrage de cinéma, une adaptation d’Edgar Allan Poe. Si tout va bien, il sera en tournage au deuxième semestre 2026…

 

Merci, Aurélien, pour toutes vos réponses !

Publicité

Publié dans Télévision

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article