A priori, Une place au soleil, Un si grand soleil : Laly Vannucci, réalisatrice, évoque sa belle actualité télévisuelle !
Bonjour Laly,
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
La deuxième saison de “A priori”, dont vous avez réalisé la moitié des épisodes, est actuellement diffusée chaque mardi soir sur France 3. On imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oui ! En fait, c’est Benoît Masocco qui me l’avait proposé en saison 1, j’avais fait les deux derniers épisodes. Cela avait été un vrai plaisir de pouvoir travailler, notamment, avec Bruno. Pour cette saison 2, Sébastien Perroy et moi nous partageons les dix épisodes et, en effet, c’est une réelle joie de savoir que c’est maintenant diffusé…En plus, on a été leaders sur la première soirée, ce qui est plutôt pas mal ! On est contents des chiffres, on espère que ça va continuer comme cela…La série est sympa, elle est colorée, on a une vraie vie à l’intérieur du commissariat, les personnages sont hauts en couleurs, ils ont tous leur caractère, c’est très sympa !
Florent Manaudou faisait ses premiers pas dans la comédie. Pour la petite anecdote, je l’avais eu comme guest sur “Munch”, à l’époque où j’étais première assistante. Cela a été un sacré job, même pour lui qui ne connaissait pas du tout l’organisation d’un tournage, qui ne savait pas ce que c’était qu’un plan de travail, qui n’imaginait pas que les journées étaient aussi longues, de 7h à 20h,...Cela a été un petit peu compliqué, pour lui, de prendre conscience de tout cela mais, petit à petit, il a réussi à prendre le moule, on va dire et à donner, je crois, le meilleur de lui-même. Lucia l’a vraiment porté aussi, elle a été formidable et très généreuse avec lui, elle a réussi à bien le manager 🙂.
Le fait de revenir sur une nouvelle saison, avec autant d’épisodes, vous a sans doute permis de travailler sur la longueur…
C’est vrai que ces dix épisodes nous ont permis, avec Sébastien, de travailler bien les personnages et leurs enjeux. Elle avec son histoire de paternité puis avec la recherche de sa maman, Florent qui, lui, incarne un homme un petit peu obscur, on ne sait pas s’il est là par hasard ou pas…
C’était agréable de travailler avec les équipes sur le long terme, on a commencé en avril pour finir en octobre. Il faut à peu près 9 jours pour tourner un épisode de 52 minutes et on travaille, en parallèle, avec les deux équipes, c’est-à-dire que les comédiens principaux passent d’un plateau A à un plateau B. Cela n’a pas été facile, pour les premiers assistants, de jongler mais on y est arrivé !
Le fait d’être deux réalisateurs sur une même saison a-t-il impliqué certaines adaptations particulières ?
Je pense que l’on a chacun notre manière de travailler donc on en a parlé un peu au début mais, très vite, on est restés dans nos épisodes. On ne s’est pas donnés de tips, on en avait eus de la production, notamment les plans transversaux dans un panneau noir pour les flashbacks mais, sinon, chacun a vraiment travaillé ses épisodes. On ne s’est pas coordonnés, on a plus gardé notre identité de réalisateurs et ça fonctionne plutôt très bien, je trouve.
Au-delà de ces mois de tournage que vous évoquiez, votre travail commence bien en amont et se termine très en aval…
En plus du tournage, j’ai à peu près 15 jours de préparation par épisode, donc j’ai travaillé 6 semaines en amont de mes 3 premiers épisodes, pour découvrir les décors au travers de repérages, pour faire mes découpages, pour traiter les contraintes d’accessoirisation. Donc, oui, on a obligatoirement un gros travail en amont, on est obligé de tout préparer pour qu’au moment du tournage, tout soit bien coordonné et que l’on n’ait pas de temps à perdre, parce que le temps, c’est de l’argent, encore plus en télévision… Par épisode, on fait 4 jours en extérieur et 5 jours en intérieur, les journées sont bien chargées !
A quoi, d’ailleurs, êtes-vous attentive, prioritairement, dans votre travail ?
D’abord, la scène et l’intention du texte, pour pouvoir bien diriger les comédiens. Puis, pour pouvoir mettre en valeur cette intention, c’est le découpage, afin de savoir ce qu’il est possible, ou non, de faire techniquement, en fonction du décor. Après, bien sûr, la coordination avec le premier assistant. Pour le coup, il ne faut pas inventer n’importe quoi le jour J, il faut vraiment que je pense en amont ce que je veux : un accessoire, un vêtement, une intention de geste, …Avant tout, je pense que c’est bien comprendre la scène et son intention, pour permettre aux comédiens de la faire vivre !
J’aime bien donner du rythme, j’aime que mes personnages bougent et se déplacent, parce qu’en général, quand je regarde la vie, les gens sont très en mouvance, surtout dans le quotidien, encore plus chez des flics, où il se passe plein de choses. Quand tu fais bouger tes comédiens, ça veut dire que tu démultiplies les axes et donc il faut bien être sur l’intention de quel axe j’ai envie d’avoir à tel moment pour telle réplique.
Au moment de la diffusion et, le lendemain matin, à l’annonce des audiences, dans quel état d’esprit êtes-vous alors ?
C’est une dernière étape mais qui est tellement aléatoire : ce n’est pas parce que tu as fait un mauvais chiffre que tu as fait un mauvais téléfilm, et inversément. Mais, disons que, jusqu’au bout, tu es attentif parce que tu as envie de savoir si les gens ont apprécié…Si le chiffre est bon, ça veut dire que, éventuellement, il peut y avoir une autre saison ou d’autres épisodes, qui vont arriver, ce qui est plutôt bien, et pour la production, et pour les techniciens.
Je regarde un petit peu les commentaires, j’essaie de m’en protéger un maximum mais c’est plus fort que nous, on est curieux donc on va voir ce que les gens disent du jeu de l’un ou encore du scénario. Un film, c’est comme un bébé, tu l’accompagnes jusqu’au bout, comme si tu l’emmenais à la maternelle.
Ce mardi, bien que je le connaissais, j’ai quand même regardé l’épisode, c’était plus fort que moi…En plus, j’avais toutes mes copines qui me faisaient leurs commentaires. On est alors dans le moment, c’est plutôt grisant et sympa !
En parallèle, vous avez récemment tourné, pour France Télévisions, “Une place au soleil”, au format de 90 minutes. Sans tout en dévoiler, quelle histoire y est racontée ?
C’est l’histoire d’une jeune maman, jouée par Béatrice de la Boulaye, de deux ados, de 14 et 15 ans, elle est agent de police et est convoquée par son chef parce que son fils a fait des bêtises. Elle est persuadée que son enfant est harcelé à l’école et, n’en pouvant plus, au bout de 4 interpellations, elle décide de changer de vie et de partir à la campagne, pour l’éloigner. Elle change de métier et devient secrétaire de mairie, c’est une nouvelle vie qui démarre, faite de nouvelles aventures, pour elle et pour ses enfants. Tout cela va se faire autour d’un petit village qui s’appelle Montarel, où Philippe Duquesne joue le maire et où Farida Rahouadj tient une charmante petite épicerie, lui permettant d’être très au courant de tout ce qui se dit…
Un jour, la fille, ado, qui refuse de rester dans ce trou fait une fugue mais tombe sur le corps d’un homme. De là, commence une enquête, menée par Antoine Hamel, le gendarme, et comme c’est plus fort qu’elle, Béatrice va enquêter avec lui…
Ce projet a été l’occasion de côtoyer un chouette casting…
J’ai découvert ces quatre comédiens, c’était un vrai bonheur, c’était une vraie troupe. Même entre eux, ils se sont rencontrés, il y a vraiment eu une belle osmose : une histoire de village s’est créée avec eux !
Beaucoup de comédiens du cru nous ont accompagnés, de jeunes comédiens comme Olivier Moreno et Lalie Ferriol, qui font les enfants de Béatrice. Ainsi qu’Olivier Cabassut notamment, ou encore Marie Guillard. Cette multitude de personnages hauts en couleurs vient bousculer le quotidien de notre secrétaire de mairie.
Cela se veut dans l’humour, c’est quelque chose de familial…On traite de sujets profonds, tout en étant sur la corde de l’humour. C’est cela qui était un peu compliqué mais qui a très bien marché.
…et de tourner dans un cadre très agréable…
C’est un joli village, à côté du Pic Saint-Loup, à 20 minutes des studios de Vendargues. On a créé des décors, ceux de la mairie, de la gendarmerie et de l’appartement de fonction d’Audrey, que joue Béatrice, le tout dans un lieu qui s’appelle “Le collège des écossais”, qui appartient à l’éducation nationale, qui nous l’a gentiment loué.
Sur ce projet-ci, vous êtes présente dès la création. Qu’est-ce que cela change dans votre travail ?
Cela change tout ! Quand tu fais ton casting, c’est quand même autre chose, tu vas vers des personnages que tu as imaginés. Ils ne me sont pas imposés, ma part de créativité est beaucoup plus importante… Idem pour la déco : tu n’es pas dans quelque chose de construit, tu es dans quelque chose que tu es en train de construire donc c’est grisant. J’ai pu imaginer des choses, j’ai pu exprimer une certaine liberté de créativité, qui permet de laisser cours à mon imagination, ce qui n’a pas de prix. Et, pour finir, tu as le “final cut” sur le montage, ce qui change beaucoup de choses… Tu vas jusqu’au bout de ton idée ! C’est un moment très jouissif !
On vous imagine, du coup, impatiente de pouvoir présenter le rendu final au grand public ?
Oui, je suis impatiente ! Mais, vous savez, c’est vraiment step by step : au départ, tu fais tes images, tu as déjà les rushs, les producteurs te disent s’ils aiment ou non, puis ton monteur récupère toutes les images, cela a été assez long ici car il a commencé son travail seulement à la fin du tournage. On avait, initialement, un bout à bout de 1 heure 57 et on a réussi à faire un joli 93 minutes, avec une belle rythmique. Petit à petit, le bébé prend forme, devient potelé…Puis c’est le chargé de programme qui regarde…
Dans quelques semaines, vous aurez également plaisir à retrouver les plateaux de la série quotidienne de France 3 “Un Si Grand Soleil”...
J’ai toujours fait ce métier, j’ai été première assistante à 25 ans, j’ai fait presque 20 ans à ce poste et, quand je suis arrivée sur cette série, j’avais demandé à Thomas s’il serait possible de passer à la réalisation. Il m’avait mis dans les mains de Chris Nahon, que j’adore, avec qui j’ai travaillé pendant 5 ans. Et puis, un jour, Thomas m’a demandé d’écrire un court-métrage, cela s’appelle “Façade”, ça a plu et il m’a, donc, proposé de faire des sessions sur la série. J’y reviens régulièrement, c’est un endroit que j’adore, c’est une vraie famille, où on a quand même un espace de liberté, où on a le temps de travailler, avec des comédiens vraiment formidables. J’aime y retourner ! Ce sera d’ailleurs le cas au mois de mai…
La quotidienne est un bel exercice, on apprend énormément ! Il y a tellement de contraintes, avec des comédiens qui viennent et qui repartent d’une séquence à une autre, et un timing serré mais, en même temps, je ne me sens pas lésée, je peux faire de beaux travellings, de la cascade, il y a vraiment une ouverture. Ce qui fait la qualité de cette quotidienne, c’est qu’ils laissent quand même les réalisateurs avec une liberté de créativité qui est assez rare, je pense.
Le fait d’y revenir ponctuellement vous permet certainement une certaine fraîcheur…
J’essaie ! Plus tu tournes, plus tu t’enrichies…L’expérience aide et, je pense, te permet d’être plus libre dans ta créativité. Aussi, tu sais que, parfois, tu peux aller plus vite sur certaines choses. Donc, oui, c’est une très bonne école !
Pour terminer, quelles seraient vos envies pour la suite de votre déjà très beau parcours ?
J’écris un petit peu, notamment une série. Mais il faut que je trouve le temps…L’idée serait de faire un projet qui m’appartienne totalement !
Merci, Laly, pour toutes vos réponses !