Mon trésor : Magali Bonfils nous en dit plus sur la pièce de théâtre dans laquelle elle joue actuellement !

Publié le par Julian STOCKY

 

 

Bonjour Magali,

 

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

 

Vous êtes actuellement sur les planches, les lundis et mercredis, à la Scène Parisienne, dans “Mon trésor”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?

 

Complètement ! Je suis vraiment très gâtée ! C’est un très très joli rôle et je pense que je ne remercierais jamais assez Marc Samuel de m’avoir fait ce cadeau, qui est franchement chargé émotionnellement. D’abord parce qu’il s’avère que Marc est mon partenaire sur scène et l’auteur de la pièce et, qu’en plus, je joue le rôle de sa maman qui est, dans la vraie vie, sa déesse, tout autant que son épouse Michèle…Ce n’est pas rien pour moi !

 

 

 

Plus concrètement encore, avec vos mots mais rien en dévoiler, comment pitcher cette pièce ?

 

“Mon trésor” raconte donc l’histoire de ce petit garçon, Marc, qui vivait à Constantine avec sa famille, son père, sa mère, ses deux frères, ses oncles et ses tantes. Une vie où était mélangée la joie d’être tous ensemble, français, juif, arabes, …Cela ne posait absolument aucun problème ! Et puis, la guerre a pointé le bout de son nez, il a fallu quitter Constantine, pour arriver en France et cette pièce raconte ce que c’est que de devoir quitter son pays et arriver quelque part où on est des français mais d’Algérie, des algériens mais de France…Donc ça raconte, en même temps, ce déracinement et cet enracinement nouveau. 

 

Cela raconte également le lien mère / fils : qu’est-ce que c’est que d’être une mère juive mais, surtout, qu’est-ce que c’est que d’être une mère ? C’est vrai que cela m’a énormément touchée parce que je suis moi-même maman de deux enfants merveilleux, qui ont 13 et 21 ans. J’ai été touchée par le texte de Marc et je me suis rendue compte, à travers ses souvenirs très précis, qu’en fait on raconte l’humanité toute entière et le lien qui unit une mère à son fils.

 

 

Quand Marc m’a proposé cette pièce, cela m’a également énormément touchée et bouleversée parce que ça raconte aussi l’histoire de ma famille. On est kabyles, on a vécu exactement la même histoire, en fait : ma grand-mère a dû quitter l’Algérie pendant la guerre parce que son mari venait malheureusement de se faire tuer par le F.L.N, en sortant, un soir, acheter des cigarettes…Elle s’est retrouvée avec 9 enfants sur les bras, à devoir quitter son pays du jour au lendemain, pour avancer.

 

Sans doute, d’ailleurs, que la palette de jeu du personnage a été très plaisante ?

 

C’était vraiment un beau cadeau ! J’ai toujours eu beaucoup de chance, j’ai été très gâtée dans les différents rôles que j’ai pu avoir à jouer mais, là, il y a une palette de jeu qui est vraiment costaud. Il y a, en même temps, la truculence de ce personnage très méditerranéen, avec des envolées lyriques arabisantes et des choses extrêmement drôles, avec, en même temps, des choses extrêmement émouvantes parce que c’est dur, pour une maman, de voir son fils quitter le nid. On coupe un cordon que l’on ne voudrait jamais voir être coupé mais, en même temps, c’est le sel de la vie. 

 

On voit cette maman d’abord très très jeune, quand elle est pétillante, en Algérie, jusqu’à, ensuite, ses 80 ans. Donc c’est une belle traversée, pour une comédienne, de pouvoir jouer en un seul spectacle ce personnage qui vieillit, au fur et à mesure, mais qui raconte les douleurs de la vie avec toujours autant de soleil dans les yeux.

 

 

 

Le travail de préparation a sans doute été intense et riche ?

 

Je me sens incroyablement gâtée d’avoir rencontré Raphaëlle Cambray, qui nous met en scène. C’est une perle, humainement et artistiquement. Je ne la connaissais pas, je l’ai découverte sur scène dans “Du charbon dans les veines”, où elle est vraiment absolument bouleversante. J’ai eu du mal à m’arrêter de pleurer à la sortie et, quand j’ai su que c’est elle qui allait nous mettre en scène, je me suis dit “Waouh, quelle chance!”. Je trouve qu’elle a amené un regard d’une poésie rare sur ce texte de Marc. 

 

A la première lecture, on est vraiment dans une narration poétique et, du coup, même moi, je me disais que le travail de la metteuse en scène allait être de rendre ce texte ancré dans des situations, pour que ça devienne truculent pour les gens et que ça ne soit pas simplement un récit. Raphaëlle a réussi à amener cela, ils ont, avec Marc, retravaillé ensemble le texte pour que tout devienne situationnel et que, du coup, on soit dans l’instant. Et puis, elle a amené une poésie, avec un décor assez succinct, d’un système de panneaux qui, selon la façon dont ils sont disposés sur scène, représentent soit l’extérieur donc les murs de la ville, soit l’intérieur de l'appartement. C’est d’une ingéniosité rare !

 

C’est typiquement le genre de mise en scène que j’adore, parce qu’elle fait appel à l’imaginaire du spectateur. Rien n’est plaqué…et, pour moi, c’est ça le théâtre, c’est laisser le pouvoir au public de créer. Je trouve cela super beau ! 

 

 

 

En complément, un peu plus tard dans l’année, vous serez sur scène, au festival d’Avignon, le lieu où il faut être quand on aime le théâtre…

 

Absolument ! Je suis ravie de retourner à Avignon, pour la première fois depuis 5 ans. “Dumas, la plume et l’épée”, est une pièce de Jean-Félix Lalanne, avec Edouard Montoute, Franck Capillery, Daniel-Jean Colloredo, Alain Bernard et Thomas Boissy. Cela raconte comment Dumas, de son vivant, a été raillé, du fait d’être noir et ça met en parallèle sa vie avec la création de Monte-Cristo. 

 

En octobre, un autre projet verra le jour…

 

Ce sera une pièce de Jean-Felix Lalanne et de Roberto Alagna, qui ont créé un opéra autour de Caruso. La création aura lieu à Grenoble et j’aurai la chance de retrouver Roberto, avec qui j’avais fait une magnifique tournée l’année dernière, pour interpréter, cette fois-ci, le rôle de Magda.

 

Vous êtes une artiste aux multiples cordes et casquettes. De l’extérieur, elles pourraient paraître très éloignées mais sans doute sont-elles très complémentaires pour vous ?

 

Justement, ce qui me passionne, c’est de faire des ponts entre ces disciplines. Je sais qu’en France, c’est quelque chose qui n’est pas évident mais, oui, on peut très bien passer d’un univers à un autre et c’est ça, justement, qui nourrit artistiquement. Je suis très gâtée, j’ai aussi mes activités de comédienne de doublage en chant et en dialogues, je suis à la direction artistique également, et c’est génial d’être un jour au théâtre puis dans un studio de doublage le lendemain. J’ai beaucoup de chance !

 

Je pense même, très sincèrement, que l’on ne peut faire bien ce métier que quand on sait ce qui se passe de l’autre côté, parce ça aide. On connaît l’état d’un comédien dans un studio de doublage, le stress que ça peut être parfois. Donc, quand on est des deux côtés de la barrière, forcément on sait comment ça se passe et on peut désamorcer les choses quand il y a besoin. C’est important de savoir se mettre à la place de l’autre ! Et c’est ce que j’ai adoré dans le travail avec Raphaëlle : elle est comédienne elle-même donc elle sait exactement ce qui se passe dans nos têtes, quand on a un doute ou une question…C’est une grande chance d’être dirigée par des gens qui savent de quoi ils parlent ! 

 

En conclusion, que peut-on vous souhaiter pour cette année 2026, qui démarre seulement ?

 

On peut me souhaiter de continuer à être sollicitée pour des projets aussi différents et aussi humains parce que c’est vraiment quelque chose qui est au cœur de mes envies. Je souhaite travailler avec des gens avec qui ça se passe bien humainement…Je commence à avoir un petit peu roulé ma bosse maintenant et ça ne doit être que du plaisir ! Donc de continuer à être nourrie par des rôles au théâtre, en chansons, en direction artistique et de continuer à faire des rencontres ! D’être toujours surprise par ce métier, de continuer à me mettre en danger, de continuer à avoir le trac, … 

 

Merci, Magali, pour toutes vos réponses !

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Publié dans Théâtre

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