Manon Rony évoque sa belle et variée actualité théâtrale !
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Bonjour Manon,
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous êtes actuellement sur scène, chaque dimanche soir, au café de la gare, dans “Pour quelques dollars de moins”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oui ! J’ai démarré au café de la gare parce que je suis la fille de Sotha, qui a fondé ce lieu donc j’ai grandi dans ce théâtre, j’y ai joué très jeune avec ma maman, avant de voler de mes propres ailes. Cela faisait très longtemps que l’on n’avait pas retravaillé ensemble…Là, elle remonte cette pièce des années 80, mais avec une nouvelle mise en scène, faite par un ami. Donc c’est une histoire particulière pour moi !
Avec vos mots, comment présenter ce spectacle ?
A New-York, dans les années 80, une jeune fille rentre chez elle, en étant suivie par quelqu’un d’autre…C’est, forcément, un peu angoissant mais ce n’est pas non plus un mélodrame, cette personne ne souhaite pas lui faire du mal, elle veut juste habiter dans son appartement.
Il y a un suspens, le public se pose des questions et, comme une troisième personne va rentrer, un duo un peu comique va s’installer….Avant que, finalement, une complicité ne se crée entre eux trois !
Quel regard portez-vous d’ailleurs sur votre personnage ?
Il est écrit comme étant seul : cette fille est arrivée à New-York il y a peu et ne connaît pas grand monde. Elle a sa mère au téléphone tous les jours…A l’écriture, c’était, je pense, plus écrit comme quelque chose de rigolo qu’elle soit seule et qu’elle s’accroche à une amitié potentielle avec de nouvelles personnes mais je crois que la mise en scène l’a amenée dans quelque chose de plus triste et dramatique.
Sans doute que la palette de jeu associée doit être très plaisante ?
Oui, oui ! Quand je rentre, je parle toute seule à mon appartement, je ne sais pas qu’il y a des gens dedans donc je me lâche, de façon évidemment théâtralisée. Ensuite, elle a parfois peur de ces deux hommes et veut qu’ils partent mais, à d’autres moments, elle les trouve drôles et a envie qu’ils restent…Donc, oui, il y a une grande palette pendant une heure et quart ! Je m’amuse beaucoup, c’est très plaisant d’avoir plein de choses à jouer !
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Avez-vous eu certaines sources particulières d’inspiration au moment de vous glisser dans sa peau ?
Je crois que je me sers toujours de moi-même ! Après, je ne suis pas une solitaire, j’ai toujours du monde autour de moi, ce n’est pas mon truc d’avoir un appartement vide…Peut-être que je me sers de cette peur d’être seule pour jouer cette femme qui est seule ? Mais, vraiment, c’est de la fiction totale pour moi qui suis une grande angoissée de la solitude !
Les deux interprètes masculins se connaissaient déjà d’avant cette pièce, formant un duo comique. A-t-il été facile de trouver votre place ?
Pas du tout ! C’est limite s’ils ne m’ont pas vouvoyé quand on s’est rencontrés 🙂 …Mais ils sont trop mignons et adorables ! Ils ont 15 ans de moins que moi, ils forment un vrai binôme, sortent ensemble le soir, se retrouvent le matin, ce sont les meilleurs amis du monde, ils ont déjà fait je ne sais combien de spectacles ensemble, se connaissent depuis des années,...Ma chance a été que le metteur en scène soit un ami donc je n’étais pas toute seule…
Vous jouez le dimanche soir, un horaire original à Paris…
En fait, c’est un moment à part ! Sotha fait même la soupe après le spectacle, comme il y a 30 ans, soupe qui est offerte au public pour partager un moment avec l’équipe technique et discuter tous ensemble. Les gens qui choisissent ce créneau viennent passer une soirée entière avec nous. La pièce dure une heure et quart mais les spectateurs restent au moins deux heures dans la salle…
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En complément, vous avez écrit la pièce “Vous permettez”, actuellement jouée au Funambule Montmartre…
J’avais écrit et monté beaucoup de pièces aux sujets assez lourds. J’étais entre deux spectacles, un sur la guerre d’Espagne, l’autre sur la mort de Georges Floyd et j’ai eu l’envie d’écrire une comédie légère. Elle évoque le rapport que l’on a à nos enfants : les miens sont encore petits mais je me demande toujours si, plus tard, une fois qu’on leur aura tout inculqué, ils se mettront avec quelqu’un qui n’est du tout de notre genre. En fait, il y a souvent des pièces sur des couples qui rencontrent les beaux-parents et qui sont en panique totale mais je n’avais pas encore vu ce regard-là des parents qui regardent leur gendre ou leur brue en disant “Waouh, ce n’est vraiment pas du tout ce que j’avais prévu ou imaginé!”. J’ai essayé de ne pas être cliché, ce sont juste des gens de 50 ou 60 ans, qui n’ont plus envie de faire semblant d’être quelqu’un d’autre et qui assument leur personnalité. Ils ne sont pas si éloignés les uns des autres mais n’ont pas envie de faire d’effort…C’est prétexte à se marrer parce qu'ils ne sont pas hypocrites mais justement assez francs.
Lors d’une première d'une pièce que vous avez écrite et que vous ne jouez pas, dans quel état êtes-vous alors ?
J’estime que chacun doit être à sa place : le régisseur en régie, les acteurs sur scène, le metteur en scène dans la salle…C’est comme cela aussi que j’ai appris mon métier donc ce n’est pas frustrant de ne pas pouvoir intervenir sur le plateau.
En tout cas, ces différentes casquettes sont sans doute très complémentaires ?
J’ai grandi au café de la gare, où j’ai appris à “faire du théâtre”, donc à le construire, à faire la caisse, à faire la régie, à faire les décors, à faire les costumes,...C’est pour cela que j’ai toujours préféré le théâtre au cinéma, où on n’a souvent qu’un seul poste. Sur les planches, on peut tout bâtir de A à Z, on peut toucher à tout.
Merci, Manon, pour toutes vos réponses !