Raphaëlle Cambray évoque sa belle actualité, au théâtre et à l'image !

Publié le par Julian STOCKY

 

 

Bonjour Raphaëlle,

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

Votre actualité artistique est particulièrement riche et variée, en ce moment. Vous êtes sur scène, au théâtre du Palais Royal, dans “Du charbon dans les veines”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous, à chaque fois, de retrouver la scène, vos camarades et le public ?

Bien sûr ! C’est vrai que c’est le trio gagnant ! Le théâtre est avant tout une aventure humaine, un peu plus encore que les autres formes d’expression artistique. L’exercice du plateau est toujours une épreuve de vérité. L'idéal est d’être en bonne compagnie, avec des gens que l’on a plaisir à retrouver...Au début, on peut toujours redouter le loup dans la bergerie mais, cette fois-ci, nous sommes chanceux car nous avons sept brebis qui sont contentes d’être ensemble 🙂.

En plus, cette création théâtrale est une véritable martingale gagnante parce que le public nous suit de façon enthousiaste, particulièrement depuis les Molières, on ne va pas se mentir. Au départ, sur le papier, le sujet n'était pas très évident ...Actuellement, les gens ont plus envie de divertissement, de comédie. Le thème de notre pièce n’était pas gagné d’avance, trop misérabiliste ? Trop triste ? Trop Zola dans l'esprit ? L’affiche et le titre ne donnaient pas trop envie de venir mais, maintenant, les cinq Molières piquent la curiosité de beaucoup de monde. Comme le bouche à oreille est excellent, cela fait une belle boule de neige qui ne cesse de grandir. C’est vrai que nous sommes très très gâtés !

Plus concrètement encore, avec vos mots mais sans tout en dévoiler, comment présenteriez- vous cette pièce ?

C’est une fresque familiale, qui se déroule dans les années 60, au moment de la coupe du monde de football. Cela correspond aussi à l’arrivée de la télévision dans certains foyers. C’est très tendre, cela met en avant toutes les valeurs simples de la vie, autour de l’amitié et de l’amour. On voit comment, dans le milieu minier, où la vie est réputée pour être difficile, économiquement et physiquement, on arrive à apporter de la lumière et de la joie quelque soit l'adversité de la vie...

Votre personnage vous permet sans doute une palette de jeu très plaisante à défendre…

Oui ! Pour moi, c’est un peu une machine à remonter le temps parce que cette pièce raconte beaucoup de mon enfance. C’est l’histoire de mes arrières grands parents / grands parents qui se déroule chaque soir...Quand j’arrive sur le plateau, j’ai l’impression de réenfiler les chaussures de mon arrière grand-mère et de ma grand-mère ! C’est un projet qui restera unique pour moi. Il est profondément impliqué dans l’intime de mon histoire familiale, donc ça a une saveur particulière.

 

 

Globalement, quels principaux retours avez-vous du public ?

De façon très unanime, toutes générations confondues, tous niveaux sociaux confondus, les gens sont extrêmement bouleversés. Pas dans le sens de la tristesse mais dans celui de l’émotion procurée par les joies simples de la vie et de ses valeurs profondes. Dans notre monde si bousculé, où les pertes de repères s'accumulent, où à cause de l'IA on n'arrive plus à savoir ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas, là, pendant 1h30 sur scène, on a l’impression d’être en prise directe avec des choses extrêmement vraies et sincères. C'est ce qui bouleverse les spectateurs, ils se reconnectent à la simplicité des sentiments.

Le public est très joyeux en sortant de la pièce. Cette dernière est tellement porteuse d’optimisme, de joie de vivre et de volonté de continuer quoiqu'il arrive... Par les temps qui courent, les occasions de se réjouir et de se faire plaisir sont rares.

Pas mal de gens qui viennent nous voir sont du Nord ou bien de pays miniers. Ce que je vis sur scène chaque soir via l'histoire de mes grands-parents, eux le revivent un peu par procuration avec moi. Cela les touche personnellement, quelque chose résonne à un endroit familial pour beaucoup de spectateurs. Je ne pensais pas qu’il y aurait autant d’unanimité sur un tel sujet.

Au-delà des représentations parisiennes, de nombreuses dates sont prévues en province. De pouvoir alterner les deux doit être un vrai plus ?

Complètement ! Je suis provinciale, je le revendique haut et fort, même si je suis arrivée à Paris à peine majeure pour mes études. La tournée nous permet de faire un tour de France formidable et on se rend compte à quel point il y a des tempéraments différents de publics. C’est toujours joyeux de se demander comment la pièce va être reçue, perçue et commentée. Cette géographie du public est assez passionnante !

J’adore les voyages, j’adore prendre le train, j’adore découvrir de nouvelles villes, c’est exaltant d’être sur les routes.

En complément, vous mettez actuellement en scène deux spectacles, “Mon trésor” et “La visite”. Certainement que cette autre corde artistique est très complémentaire de celle du jeu ?

Tellement ! J’aime penser que l’on ne progresse jamais autant comme comédien que lorsqu'on fait de la mise en scène. On s’aperçoit alors de tout le processus qu’il faut activer pour obtenir des comédiens une performance sensible et véridique. A l’inverse aussi, on progresse énormément comme metteur en scène quand on est comédien, parce qu’on se rend compte de tous les manques que l’on peut éprouver. Tout cela fait une alchimie assez magique et, effectivement, les deux activités sont très complémentaires. Je ne conçois pas de faire ce métier-là différemment, je n’aurais pas envie qu’on me demande de choisir. Il y a des moments où la mise en scène prend un peu plus le pas et d’autres où c’est le travail de comédien mais je trouve cela formidable de pouvoir jongler avec les deux.

Un mot, si vous le voulez bien, sur chacun de ces deux spectacles ?

Ce sont deux spectacles absolument différents. Le premier, “Mon trésor”, est très autobiographique. C’est un spectacle écrit par mon ami Marc Samuel, qui a eu d’ailleurs la bourse Adami déclencheur, pour l’aider à la production. Ce projet très personnel raconte toute son enfance en Algérie jusqu’aux événements de 62 ... puis le violent rapatriement en France qui fut un terrible choc de vie. Il y raconte surtout la grande et belle histoire d’amour avec sa mère, dans cette famille de pieds noirs installée d'abord à Constantine, puis à Villeurbanne. Mais c’est avant tout et surtout une grande déclaration d’amour à sa mère !

 

 

Il y a un côté très poétique, très joyeux, très truculent. Une dizaine de tableaux nous permettent de traverser le temps, de ses 7 ans jusqu’à ses 65 ans. Sa maman, qui a maintenant plus de 90 ans, sera à la Première. Ce sera un grand rendez-vous affectif pour Marc, le 12 janvier au théâtre de la Scène parisienne.

Ensuite, je vais mettre en scène une jeune femme, Clara de Gasquet, qui va interpréter un texte d’Anne Berest : “La visite”. C’est un seule-en-scène, un grand exercice de saut dans le vide. C’est l'histoire d'une jeune maman qui vient d’accoucher deux à trois mois auparavant et qui reçoit la visite des cousins de son mari. Ce dernier n’étant pas là, c’est elle qui fait l’accueil et elle se retrouve à devoir faire face à cette belle-famille qu’elle ne connaît pas du tout. Cela va être l’occasion d’aborder tous les sujets qui lui passent par la tête, liés à la maternité et à tout ce qu’elle traverse depuis son accouchement. C’est donc un état des lieux des quelques mois d’après naissance, sur le bouleversement que ça opère, sur le cataclysme que ça génère, le tout avec beaucoup d’humour et des vérités assez tranchantes.

 

 

D’accompagner ces textes, ces spectacles et ces artistes est probablement très enrichissant humainement ?

Bien sûr ! C’est pour cela que je fais ce métier, de toute façon. C’est pour cela aussi que le théâtre est, pour moi, la terre primordiale. C’est cet endroit-là qui permet le plus de contacts en profondeur avec les gens. On ne se croise pas rapidement deux à trois jours, comme souvent sur les plateaux de tournage. Au théâtre, les traversées sont plus longues. On est aussi dans l’obligation de se mettre dans des situations de vérité donc, oui, je trouve qu’il n’y a pas plus enrichissant humainement.

Plus personnellement, comment appréhendez-vous les premières représentations de spectacles pour lesquels vous êtes à la mise en scène et donc pour lesquels vous ne pouvez plus agir directement ?

C’est une situation un peu particulière. Ce que j’ai remarqué, c’est que, autant je n’ai pratiquement jamais le trac en tant que comédienne - c’est plus une forme d’excitation et de joie d’être là, autant j’ai un peu le trac quand je suis metteuse en scène parce que je ne suis plus en maîtrise lorsque le rideau est levé. On a fait tout le boulot, le bateau prend la mer, le bébé doit faire ses premiers pas tout seul et, là, je me dis “A Dieu vat !”. C’est particulier ce trac...mais je crois qu'il est surtout lié à cette volonté de bien faire, qui est obsessionnelle chez moi. Aussi parce que ça engage bien évidemment ma responsabilité et que je ne veux pas décevoir les gens qui m’ont fait confiance.

En parallèle, nous pourrons vous retrouver très prochainement sur TF1 et France 2, respectivement dans “Le diplôme” et “Mitterrand confidentiel”...

Dans “Le diplôme”, c’est plus un clin d'œil...C’est une scène très drôle de speed-dating avec Bernard Campan. Une rencontre improbable qui nous a bien amusés, on a bien ri avec Bernard.

J’ai eu la chance d’être choisie par Antoine Garceau pour cette mini-série prestige de quatre épisodes sur France 2. Elle dresse un portrait intime de François Mitterrand, une partie très personnelle que l’on connaît moins, lui qui était très secret. Cet éclairage met en lumière son rapport avec les femmes, particulièrement avec Anne Pingeot et Danielle Mitterrand. Je me retrouve à incarner la mère d'Anne Pingeot, quand cette dernière avait 18 ans. Thérèse Pingeot est une grande bourgeoise clermontoise, qui reçoit les notables de la belle société, dans sa résidence secondaire d'Hossegor. C’était très drôle à faire, d’autant plus que, le reste du temps, je joue Simone, au fond de la mine. Ce grand écart de jeu a été très joyeux ! C’est un peu l’avantage de ce métier ces grands écarts d'incarnation.

 

 

La rencontre avec Antoine a été évidente ! Je ne suis pas du genre flagorneuse mais j'ai été ravie de toute cette aventure. C’est une grande chance d’avoir pu rencontrer son exigence de travail et son humanité.

Votre agenda que l’on imagine très chargé vous laisse-t-il quand même le temps de travailler déjà à d’autres projets ?

Dès que février sera passé, je vais préparer un très gros rendez-vous pour moi, très important, celui de la création, salle Réjane, au théâtre de Paris, de la pièce “Déni”, une création écrite par Sophie Cottin que je vais mettre en scène et dans laquelle je jouerai également. C'est un projet que nous portons toutes les deux de façon très personnelle. Un vrai sujet jamais abordé au théâtre.

Pour terminer, que peut-on ainsi vous souhaiter pour cette nouvelle année qui commence ?

Une santé de fer ! C’est la seule chose qui m’importe, parce que je me dis que pour le reste, on finit toujours par s'en accommoder.

Merci, Raphaëlle, pour toutes vos réponses !

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Publié dans Théâtre, Télévision

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