Marine Toulet évoque avec passion sa belle actualité, sur scène et à l'image !

Publié le par Julian STOCKY

@ Flavien Dareau

 

 

Bonjour Marine,

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

Votre actualité est particulièrement riche et variée en ce moment. Vous êtes sur scène, à la comédie Montorgueil, dans “Charge mentale, sauve qui peut !”. On imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?

Oui, c’est évident ! Je suis une comédienne qui a eu des années de galère, où je n’étais pas programmée tout le temps et où je jouais quelques fois par mois. Là, de passer à deux fois par semaine, bientôt trois, et plus puisqu’il y a d’autres pièces qui vont être en simultané, c’est super ! Et puis, ça veut dire que l’on continue à apprendre et qu’on progresse dix fois plus, parce que c’est la pratique qui fait avancer. La théorie et les choses que l’on voit à l’école permettent d’avoir la technique mais il n’y a rien de mieux que de se confronter aux gens, au public et à différents partenaires. Cela maintient en forme, ça permet de toujours apprendre, ce qui est hyper important…Car ce n’est jamais fini…On ne monte jamais sur scène, en se disant “C’est bon, je maitrise”...Même au bout de deux ans sur cette pièce, parfois, je me dis “Ah, cet endroit-là passait il y a quelques temps mais il ne passe plus, il faut que je le réinvente”. C’est pour ça que l’on appelle cela du spectacle vivant…

Je m’éclate plusieurs fois par semaine, c’est super génial ! Et le travail appelle le travail, c’est-à-dire que plus on travaille, plus on montre, sur les réseaux, que l’on travaille, plus on est appelé pour travailler…C’est le bon revers de la médaille !

Sans tout en dévoiler, avec vos mots, comment pitcher cette pièce ?

C’est une émission de télé, entrecoupée par des sketchs, qui sont des flashbacks pour expliquer la charge mentale. En fait, il y a quatre charges fondamentales que l’autrice a identifiées : la charge de l’enfantement, la charge de l’apparence, la charge de la maternité ainsi que la charge de la vie professionnelle et familiale. A chaque fois qu’on va se débarrasser d’une charge, on va revenir en arrière, à l’origine de celle-ci, pour la décortiquer. 

C’est l’histoire de la charge mentale d’Adam et Eve, à l’entretien d’embauche de nos jours et on suit le parcours d’Ella, mon personnage, la descendante de la femme à l’origine de toutes les femmes. On voit comment Eve s’est faite entourlouper par Adam et par Dieu pour porter toutes les charges et tout le poids négatif, puis comment elle va avoir des enfants et essayer de retrouver un travail après la maternité. On partage ses galères, avec humour…Donc, soit on est sur l’émission, avec la présentatrice, soit on est en flashbacks. C’est très drôle, c’est une façon de faire très originale parce que ce n’est pas une histoire linéaire, ce qui est intéressant à interpréter. En fait, je joue un personnage mais qui est pluriel : je joue l’adolescente, je joue la future maman, je joue la maman déjà aguerrie, je joue Eve,...J’ai plein de choses à jouer, plein d’époques et d’étapes différentes du personnage. J’apparente cela à un film mais où j’ai la chance d’incarner toutes les étapes d’une vie ! 

 

 

C’est super riche, on s’amuse, il y a beaucoup d'interactions avec le public, ce que j’adore. D’aller choper les gens permet de réinventer tous les soirs parce qu’ils ne réagissent jamais de la même manière. Il faut vraiment rester en connexion avec eux ! Vraiment, je m’éclate…En plus, c’est une des rares pièces de comédie avec deux femmes. Flore, l’autrice et metteuse en scène, a un don pour choisir ses actrices : à chaque fois, elle prend des filles qui ont un capital sympathie énorme et qui font leur job sans jamais te piquer le tien, ce qui est très appréciable ! On s’amuse mais sans se piétiner, il n’y a pas de bagarre d’égo sur scène, on est là pour se marrer, pour se porter et pour se mettre en valeur l’une l’autre. Elle a réussi à choisir des comédiennes qui ont créé une jolie sororité autour de son projet et c’est quand même ce dont on parle dans cette pièce…Donc je pense que le pari est réussi !

La pièce avait d’ailleurs commencé à Lille, avant de partir en tournée. Des théâtres parisiens nous avaient fermé leurs portes, prétextant que cette pièce parlerait surtout en province …mais on voit que ça marche, même à Paris ! La charge mentale est partout ! On s’est adaptées un peu, ça nous a fait grandir et devenir encore plus exigeantes, face à des yeux, dans la salle, très aiguisés. 

D’ailleurs, quels principaux retours avez-vous de la part du public ?

Notamment en province, on a le temps, à la sortie, de saluer tous les spectateurs un par un. Vraiment, on a des gens qui sont venus voir le spectacle plusieurs fois et qui nous expliquent que ça a ouvert une discussion au sein de leur famille. Comme quoi, alors que l’on décrit parfois le café-théâtre comme de la gaudriole qui ne sert pas à grand-chose, en fait le rire permet aussi de réfléchir…Ce n’est pas inutile de rire ni d’aller se détendre, surtout sur des sujets comme celui-ci.

On traite les choses avec le plus d’humour possible donc même les hommes passent un bon moment et reconnaissent prendre conscience de certaines choses. Les femmes nous disent merci. Certaines nous expliquent même que le discours avec leur ado allait changer, pour ne plus l’éduquer pareil. Donc ça fait bouger un peu les lignes, tout en faisant marrer ! Tout est dédramatisé dans ce spectacle, rien n’est grave… Comme on prend, dans le public, des gens de tous âges, il y a même, parfois, un choc des générations ! Des enfants ont trouvé cela trop marrant, ils ont eu l’impression “d’avoir vu papa et maman à la maison, et de comprendre ce que maman traverse”. Ce retour de leur part est intéressant.

 

@ Alicia Guiguen

 

En parallèle, dans le même lieu, nous pouvons vous retrouver dans “Merci, au suivant!”. Certainement que cette autre pièce doit, pour vous, être très complémentaire de la première, artistiquement et personnellement ?

Oui, oui ! C’est vraiment très très très complémentaire et c’est aussi pour ça que j’ai accepté. Déjà, c’est dans le même théâtre, je connais les gens et c’est intéressant, aussi, de s’inscrire dans un lieu, pour ne pas se disperser.

C’est une pièce jouée avec un homme, le rapport n’est donc pas le même et on ne parle pas de la même chose. Là, c’est, je pense, le pire speed-dating de l’humanité…Cette jeune femme, restée cinq ans avec le même homme, ne sait plus draguer et est obligée de faire des speed-datings pour rencontrer l’amour. Elle tombe sur toutes les caricatures des hommes que l’on peut rencontrer. C’est du café-théâtre donc on est dans la caricature mais elle va traverser des déboires. Je pense qu’il y a, dans ce spectacle, une belle évolution du personnage : à la fois, elle arrive un peu à reculons mais, en même temps, très enthousiaste de tourner cette page et d’aller de l’avant, puis, au fur et à mesure, c’est la déconfiture parce qu’elle croise des fou-furieux. Je crois que cette expérience va la transformer et la déculpabiliser d’être seule…Je pense que l’on se fait tout un monde, parfois, d’être seul, dans une société qui veut nous caser à deux, avec des enfants et il me semble que beaucoup de gens vont s’y retrouver ! 

A la fois, c’est très drôle et le personnage est super touchant. Et puis, c’est très différent de l’autre pièce, elle ne traverse pas la même chose. Cela se revendique être une grande comédie stand-up et je crois que ça l’est vraiment parce qu’il y a toute une partie seule en scène qui me plait beaucoup. C’est une sorte de tremplin vers mon futur seule-en-scène, c’est vraiment un entraînement parce que je suis à la fois seule en scène sur les trois quarts du spectacle et, en même temps, j’ai toujours mon partenaire qui est là et avec qui je peux me marrer. C’est un bon compromis, je pense, pour moi ! 

J’ai même dû apprendre le tango pour ce spectacle-là, en deux répétitions seulement…C’était un défi, c’était sportif…

 

 

Le défi est sans doute également dans le fait de devoir switcher rapidement d’un spectacle à l’autre, et donc d’un personnage à l’autre ?

Oui ! Je pense que la balance se fait dans le bon sens. Majoritairement, je vais jouer ce nouveau spectacle en premier, ce qui peut être un peu la genèse du personnage. En tout cas, dans ma tête, il faut, je pense, que je le vive comme cela. Techniquement, certains samedis, je n’ai que quinze minutes pour passer d’un rôle à l’autre mais je pense que les costumes sont aidants pour trouver les personnages. Notamment sur “Charge mentale, sauve qui peut!”, d’enfiler le costume me permet d’enfiler la peau du personnage et de me préparer assez rapidement. Mais c’est vrai que c’est une gymnastique ! 

J’aime bien ce genre de défis ! Globalement, j’aime les défis sur scène et cela me plait énormément aussi de devoir reprendre un rôle en quelques jours seulement…Le cas échéant, je sais bien que, à la première, ce n’est pas encore la meilleure version mais je sais aussi que je vais apprendre avec les gens, ce qui est formidable ! Il y a toujours un côté grisant d’apprendre encore de nouvelles techniques.

Vous le disiez, cette nouvelle pièce est une sorte de tremplin vers “Facetagram”, votre seule-en-scène…

Ce serait plus pour fin d’année 2026…En fait, j’ai créé ce spectacle l’année dernière et, vraiment, c’est venu d’une envie, en tournée, lorsqu’on n’avait pas pu assurer une date, ma comparse étant tombée malade. J’ai souvenir de la régisseuse qui me dit “C’est vraiment dommage que tu n’aies pas un one, sinon on l’aurait passé…”. L’idée n’était pas mauvaise…

Je l’ai joué, une première fois, pour une audition, pour me confronter et voir ce que ça donnait. J’ai eu la chance d’être accompagnée, à la régie, par Nelly, une personne qui n’est pas du tout du métier et qui ne m’avait jamais vue jouer. Elle m’a donné des retours de spectatrice pure et dure, mais avec un œil de la lectrice aguerrie qu’elle est. Cela m’a incitée à une réécriture, par manque de liants…J’ai mis des mois à trouver ce qu’il me manquait et, à présent, c’est un vrai dialogue intérieur, avec beaucoup de voix off. Je pense que c’est un spectacle qui me ressemble, il est à mon image ! 

Pour terminer, que peut-on vous souhaiter pour cette nouvelle année qui démarre ?

J’ai eu la chance, fin décembre, de jouer un petit personnage dans “Scènes de ménages”, qui pourrait devenir récurrent, selon la réalisatrice, puisque c’est l’amie d’un couple qui est en place. Donc on peut me souhaiter de revenir parce que ce sont vraiment une ambiance et une expérience de tournage que j’ai beaucoup aimées. Il y a un vrai parallèle avec le théâtre, parce qu’on a très peu de temps, au final, pour tourner et pour être bon. Donc il faut être un peu immédiat…C’est comme dans le spectacle vivant, c’est sans filet. Cela m’a vraiment plu donc pourquoi pas plus d’épisodes ? Je serais comblée : de la voix off, du théâtre et de la télé …

Merci, Marine, pour toutes vos réponses !

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Publié dans Théâtre, Télévision

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