Laurent Marion évoque la sortie de son album ainsi que ses projets pour la suite !
Bonjour Laurent,
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous étiez, il y a quelques jours, sur scène, au Sofar Sounds Paris, en concert. Quels souvenirs en gardez-vous ?
C’était une tripartie, c’est-à-dire qu’il y avait deux autres artistes avec nous et, à froid, la première sensation est le sentiment de relâchement et de joie. Cela faisait quatre ans que j’attendais de pouvoir délivrer mon répertoire donc c’est comme un avènement. Je savoure l’instant, c’est du plaisir!
La deuxième est l’envie d’en faire un autre ! C’est inhérent chez moi, je pense tout le temps à l’après, parfois même trop vite. Je ne suis pas assez dans l’instant mais pas ce soir-là, où j’étais totalement dans l’instant. Il y avait une écoute incroyable, on aurait dit un public Japonais. La moindre note résonnait d’un temps et les applaudissements venaient vraiment après. Donc il y avait beaucoup d’humilité dans cette soirée, j’avais beaucoup de respect et de gratitude pour le public et les organisateurs, qui étaient tous là bénévolement.
En parlant du public, on imagine que ces instants de proximité ont dû vous faire particulièrement chaud au cœur ?
Oui ! C’est comme si les gens avaient conscience de tout le travail fait au studio pour y arriver…Le public était mi-anglophone, mi-francophone, du coup je me suis permis de prendre un peu plus de temps pour présenter les chansons et il y avait une écoute incroyable. J’ai même pu prendre le temps de regarder chacun des spectateurs…Dans ces moments-là, lorsque des regards m’interpellent, j’essaie de trouver comment la chanson interagit et résonne en eux. Je fais des chansons vraiment très intimistes, qui parlent de ma personne et de ma famille donc cette proximité est une chance !
Cette soirée s’inscrivait dans la suite logique de la sortie de l’album ”As time goes by”, que l’on pourrait presque qualifier de voyage culturel…
La musique comme correspondance, avec l’auditeur ou le spectateur, au travers de cartes postales musicales, est un peu le fer de lance de ma communication autour de cet album. En fait, c’est exactement ce qui se passe au travers des réactions et j’en suis trop content, cela me fait plaisir ! Il y a vraiment des échanges entre moi et le public, il y a même des gens que je connais pas qui m’écrivent sur Instagram pour me dire “adorer mon album”. C’est la première fois que cela m’arrive, c’est la première fois que les gens prennent un temps de fou pour m’expliquer ce qu’ils ont ressenti avec mes titres. Rien que d’en parler m’émeut ! Cet album est en train de remplir sa mission et c’est le plus beau cadeau que la vie pouvait me faire : avec tous les efforts que j’ai fournis, c’est la meilleure des récompenses !
En plus, j’ai eu un partenaire pour la distribution, ouvrant les vannes sur l’Europe et même sur le monde. On a fait une grosse campagne de sponsoring très précise, pour aller chercher les gens dans les pays où la folk plait…et ça paie !
L’album, en lui-même, est une partie de moi, c’est comme si j’avais fait un don d’organe, vraiment ! C’est quelque chose que j’ai longtemps mûri en moi, c’est quelque chose que je donne ! Évidemment que je fais cela pour moi parce que la musique a été une aide pour moi qui, petit, était migraineux, la musique m’a guérie de ces maux, mais je le fais aussi pour les gens, afin que ça résonne en eux et qu’ils s’identifient à certaines de mes chansons.
Cet album est un voyage, dès fois ce sont même des voyages que j’ai rêvé de faire mais que je n’ai pas pu réaliser. Je suis allé travailler la musique des pays que je rêvais d’explorer et, du coup, j’aide les gens comme moi, qui n’ont pas forcément les moyens de voyager, à le faire d’un point de vue musical. Ma mission est d’arriver à faire voyager les gens avec la curiosité instrumentale, inhérente à mon processus créatif.
Vous le disiez, le chemin a été long jusqu’à la sortie de l’album…
C’est exactement cela ! Ma mère est une grande universitaire et, petit, je l’ai vue présenter sa thèse…Quand j’ai eu fini cet album, elle a été la première à le savoir et je lui ai dit “Ça y est, je viens de finir ma thèse à moi!”. En fait, j’ai fait un vrai travail de recherche…Je dis souvent de mon projet qu’il est une itinérance sonore. Depuis que je suis petit, je suis curieux de tout, du cinéma, de la photographie, du sport et de la musique, et cet album est un mélange de cette curiosité, justement et de quatre ans de travail, au Pré-Saint-Gervais, avec Matthieu Lefèvre, le réalisateur. Je n’ai pas arrêté d’explorer, j’ai croisé le chemin de tellement d’artistes, je me suis entouré, trente personnes ont travaillé sur l’album, c’est colossal !
Je n’ai pas vu passer ces quatre années, c’était une aventure folle, pleine de rebondissements, mais on y est arrivé ! Cela a été très dur mais je suis tellement heureux de la finalité. J’ai réussi à payer tout le monde, j’en suis très fier et chacun en est sorti grandi : le chemin de ces trente personnes s’est nourri de cette aventure et elles me l’ont toutes rendu au quintuple, ce qui est super beau !
On peut donc penser que les retours que vous évoquiez doivent vous faire encore plus chaud au coeur…
Ils n’ont pas le même poids que pour les deux autres EP que j’avais faits, même si, pour moi, ils ont la même valeur. En fait, quand les gens me remercient pour la musique que je fais, même si ce n’est qu’une minute d’une chanson qui leur a évoqué quelque chose, c’est comme si je faisais un travail de mémoire.
Ce premier album vous donne-t-il déjà l’envie d’un deuxième ?
Oui, déjà ! Bon, pour l’instant, il reste encore des clips et des lives de cet album à sortir…Ce qui va se passer, c’est que des extra songs vont poper en fait tout au long des prochains mois, le making-of de l’album va sortir ainsi qu’un clip de fou, voire deux peut-être. Cela va être trop bien ! Ce n’est pas fini, des chansons qui ne sont pas dans la version digitale vont sortir en single…Ces titres feront même le lien avec mon prochain projet !
Cet album se termine par la chanson “My piano is my home”, c’est une lettre ouverte à mon piano pour le remercier d’avoir enduré tous ces déménagements, mes coups de gueule, les températures subies, … Le clip qui va en découler est un film de famille, en huit millimètres ! Ce titre a été le début de la direction artistique du prochain album mais j’ai encore plein de directions possibles. Ce serait soit un projet piano voix, parce que c’est mon instrument de prédilection, soit un projet musiques du monde, avec une assise folk mais encore plus ouvert sur le reste, soit un nouvel EP, dans la continuité de l’album.
En parallèle, la saison 2 de “Tom et Lola” vient tout juste d’être diffusée sur France 3. Certainement que vous avez été ravi de retrouver cette belle équipe ?
J’ai passé de chouettes moments ! Là aussi, il y a un travail d’équipe très solide. DEMD m’avait déjà fait confiance sur le premier épisode de “Tandem”, je m’étais également régalé, l’accueil avait été super. C’était la même chose ici aussi !
J’ai pu travailler notamment avec Dounia Coesens, une actrice juste incroyable. Elle a un sens aigu de l’écoute et du partage. Sa préparation est exemplaire…J’ai rarement croisé le chemin d’une comédienne comme cela ! Avec Pierre-Yves Bon, ils ont réussi à créer, tous les deux cette amitié indéfectible qui fit le pilier de cette belle histoire. Ils rebattent complètement les cartes de ce que l’on voit dans les séries. C’est sur le fil mais très juste, très doux et très vrai à la fois !
Elle a cette force et cette générosité, qui font que, dès les essais, on s’est compris. Elle se donne à 1 000% pour cette histoire et pour son personnage, elle est très engagée, elle est aussi très exigeante avec elle-même. C’est génial d’avoir croisé son chemin, j’étais en admiration ! Il n’y avait pas ce côté où je la regardais jouer, on l’a fait ensemble, elle m’a embarqué dans son art et sa facilité d’être dans l’instant. Cela m’a fait énormément de bien parce que je suis quelqu’un parfois de très control freak, donc ça m’a aidé à lâcher tout cela. C’était génial !
Le succès de la série est tellement mérité…Je n’aurais jamais cru battre “Harry Potter” ! On a réussi, tous ensemble, à créer une histoire sincère, vraie, émouvante, drôle et intrigante à la fois. Je salue le travail, notamment, des scénaristes et du compositeur Charles Sicouri, tous ont fait un boulot de fou !
Ces différentes casquettes artistiques, bien que pouvant paraître éloignées, sont sans doute très complémentaires pour vous…
A la base, je viens du théâtre de la commedia dell’arte, que j’ai pratiqué pendant plus de dix ans, où j’ai eu plaisir à travailler des œuvres autant théâtrales que musicales. Aujourd’hui, je suis également compositeur de musiques de films. Récemment, j’ai travaillé aux côtés de Guillaume Roussel et Stéphane Le Gouvello, sur la série “Néro”, avec mes flûtes autochtones. Donc la boucle est bouclée ! Je récolte le fruit de mes rencontres et de mon parcours, c’est super beau ! Finalement, tout n’est qu’une question de curiosité et de rencontres… S’il n’y avait qu’une seule chose à retenir, ce serait celle-là !
Mon rêve ultime serait de composer pour de grands réalisateurs et de belles œuvres…La musique à l’image rassemble, en fait, mes deux univers. Et l’un nourrit l’autre, à tous points de vue : artistique, humain, technique, logistique…
Merci, Laurent, pour toutes vos réponses !