Guillaume Blanchard nous en dit plus sur son actualité, notamment théâtrale !

Publié le par Julian STOCKY

 

 

Bonjour Guillaume,

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

Vous êtes actuellement sur scène, dans « Le Horla », dans ce beau lieu qu’est A La Folie Théâtre. À titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?

Ah oui ! C’est vraiment une expérience extraordinaire ! Bien qu’il soit toujours stressant de monter sur scène (même après plus de 200 représentations), quand on se lance dans cette pièce pour défendre le texte de Maupassant, c’est toujours impressionnant et incroyable de voir à quel point les gens sont à l’écoute. Les spectateurs, très attentifs, nous accompagnent par leur silence et nous permettent de plonger entièrement dans cette aventure… Et bien souvent, ce n’est qu’au moment des applaudissements que je prends pleinement conscience de l’attention du public.

Plus concrètement, avec vos mots, mais sans tout en dévoiler, comment présenter cette pièce ?

C’est l’histoire d’un homme qui devient progressivement obsédé par une mystérieuse présence qui semble le hanter : le Horla. Tout se fait, évidemment, au fur et à mesure. Au début de la pièce, le personnage est complètement serein, tout va bien et, justement, c’est tout l’intérêt du texte de Maupassant : tout un chacun peut s’identifier à ce personnage et se dire « C’est une personne totalement normale… tout comme moi ». Mais, au fil des jours, de petits décalages apparaissent. Il se sent de plus en plus bizarre, se pose des questions, analyse, peut-être trop, suranalyse les choses, ce qui le fait sombrer dans une forme de paranoïa et de folie dans laquelle il glisse progressivement.

 

 

Quel regard portez-vous sur ce personnage ?

Je l’aime beaucoup, parce qu’il est très humain. Il essaie constamment de comprendre ce qui lui arrive et de prouver qu’il n’est pas fou. Il a toujours sa propre logique, et c’est ce qui le rend si intéressant à interpréter. Finalement, il pourrait être n’importe lequel d’entre nous.

On a créé ce spectacle il y a cinq ans maintenant, au moment du Covid. Quand on a commencé à le jouer, les théâtres rouvraient à peine, les gens sortaient de cette longue période d’isolement, et beaucoup nous ont dit que ce personnage, seul et plein de questionnements, leur rappelait ce qu’ils avaient vécu pendant le Covid.

Je crois que nous avons tous une part de « Horla » en nous. Selon les moments et les situations, elle peut rester discrète ou prendre plus de place. C’est fascinant, je trouve. Après une représentation, j’ai discuté avec une psychologue venue voir la pièce ; elle me disait que « l’on a tous ce personnage en nous ». C’est sans doute pour cela que la pièce touche un public aussi large.

La palette de jeu à défendre doit être, pour vous, particulièrement agréable…

En tant que comédien, c’est juste incroyable ! La pièce démarre avec des petits oiseaux, tout va bien, la journée est paisible. Le personnage est chez lui et raconte quelle chance il a de vivre dans ce pays magnifique et dans sa belle maison… Puis traverser, en une heure et demie, tout ce qu’il va traverser est juste jouissif et extraordinaire ! Je finis littéralement en sueur à la fin de chaque représentation, tant il passe par des émotions intenses. Cela me permet de jouer énormément de choses ; j’ai une chance incroyable, c’est sûr !

Comme il y a une alternance du comédien qui vous accompagne, sans doute que l’énergie est différente à chaque fois ?

Tout à fait ! L’énergie dépend du partenaire, mais aussi du public et de l’état dans lequel je me trouve ce jour-là. Ce sont de petites choses qui font que chaque soir est différent et que, à chaque fois, je redécouvre un peu le texte. On me demande souvent si je ne m’ennuie pas après toutes ces représentations, mais non, au contraire, c’est un vrai plaisir !

Parfois, nous jouons aussi pour des scolaires, ce qui change complètement la dynamique. Leur spontanéité oblige à rester très concentré, mais elle apporte aussi un regard neuf sur la pièce. Comme les enfants n’ont pas forcément les codes du théâtre, ils expriment leurs émotions sans retenue, et cela me rappelle soudain que « ah oui, il y a cela aussi dans la pièce »… Cela me permet de remettre le curseur à zéro et de me recentrer, à chaque fois, sur ce que je vis, comme si c’était la première fois, alors que j’ai déjà joué la pièce plus de deux cents fois.

Chaque année, la pièce se joue pendant trois mois environ, ce qui vous permet probablement, à chaque fois, d’y revenir avec une certaine fraîcheur et un autre regard ?

Complètement ! Une pause permet soit d’oublier certaines choses, soit d’en avoir une autre vision. Cela permet de redécouvrir la pièce et d’en faire ressortir d’autres éléments. C’est intéressant, pour moi comme pour le metteur en scène. C’est une sorte de danse entre lui et moi : on se met d’accord sur les nouveautés que l’on veut changer, chercher, tester, et sur ce que l’on décide de garder ou non. Cela bouge toujours un peu, tout en respectant le cadre de départ.

Vous avez commencé à l’évoquer, quels principaux retours pouvez-vous avoir du public?

En général, les gens sont bluffés par l’intensité de la pièce. En plus du jeu et de l’histoire, il y a aussi la mise en scène, les lumières, les tours de magie, et les spectateurs sont stupéfaits que les deux seuls comédiens que nous sommes les fassent voyager pendant une heure et demie à travers tous les méandres psychologiques du personnage. Ils ne s’y attendent pas et ne pensent pas pouvoir vivre cela au théâtre. Ils se demandent même comment on parvient à faire tout cela avec un décor unique.

Pour laisser place à l’imagination, le metteur en scène a simplement suspendu des cadres vides, et c’est tout. Je rentre dans le premier cadre et je dis « J’aime la vue de ma fenêtre » : on sait alors ce que c’est. Et ainsi de suite… Chacun voit ainsi des choses qui n’existent pas réellement, et c’est très chouette.

En complément, toujours au théâtre, vous serez probablement au Festival d’Avignon, l’été prochain, dans un tout autre registre…

C’est encore en pourparlers mais, effectivement, je vais peut-être rejoindre une troupe qui joue une pièce sur Edward Snowden, le lanceur d’alerte. Ce serait donc un registre très différent. La pièce évoque notamment la journaliste et écrivaine française Flore Vasseur, qui a eu l’opportunité de l’interviewer et qui en a tiré un documentaire produit par Arte en 2017. On suit tout le questionnement et le silence que Snowden est obligé de garder dans sa vie privée avant de lancer l’alerte.

On voit aussi le parallèle entre cette journaliste, qui se pose de nombreuses questions sur le 11 septembre, les médias en général et le pouvoir, et Snowden qui, lui, s’interroge sur son travail, la moralité, les valeurs, et se demande s’il est, ou non, un traître à sa nation. C’est une pièce particulièrement intéressante, d’autant plus qu’à notre époque, les gens ne se posent presque plus ces questions. À l’époque de Snowden, cela faisait scandale ; à l’époque du Covid, on refusait certaines applications sur nos téléphones ; aujourd’hui, on accepte toutes les conditions générales et l’idée d’être constamment espionnés. Le chemin parcouru est assez vertigineux.

Être présent dans ce grand barnum d’Avignon fait partie des endroits où il faut être…

C’est génial, artistiquement, pour un comédien ! C’est l’occasion de rencontrer ses camarades, d’aller voir énormément de pièces de théâtre — près de 2 000 chaque jour. C’est foisonnant et cela permet surtout de découvrir de véritables pépites que l’on n’aurait pas forcément vues ailleurs. C’est aussi accepter de se laisser surprendre. Chaque année, je ressors en larmes d’une ou deux pièces. Il n’y a qu’à Avignon que l’on vit ça.

 

 

En parallèle, les téléspectateurs de TMC ont pu vous suivre dans la série « Les Mystères de l’amour ». Quels souvenirs en gardez-vous ?

C’est une grande famille, très humaine. Tout le monde est très gentil et m’a accueilli à bras ouverts. C’était une expérience vraiment agréable, même si les conditions de tournage sont assez sportives et demandent beaucoup d’énergie. Il faut enchaîner rapidement, ce qui n’est pas toujours évident, mais il en est sorti une expérience vraiment chouette.

J’ai commencé à Saint-Martin, ce qui n’est pas désagréable du tout 🙂. J’y ai passé un séjour génial, et j’ai cru comprendre que Jean-Luc Azoulay m’avait fait revenir parce que tout s’était très bien passé et que cela lui avait plu. Tant mieux ! C’était la même chose à Paris, où j’ai pu rencontrer encore plus de personnes.

Tourner dans ces conditions-là est vraiment agréable. Le côté familial m’a beaucoup touché.

Même si, vu de l’extérieur, théâtre et télévision peuvent paraître éloignés, sans doute y trouvez-vous une réelle complémentarité ?

Oui, ce sont deux exercices complètement différents. Au théâtre, on bénéficie de nombreuses répétitions et d’un long travail de mise en place avant de jouer. À la télévision, c’est l’inverse : il faut être prêt à réagir immédiatement. Même si le texte est appris en amont, tout se fait très vite. On découvre parfois les autres comédiens dix minutes avant de jouer, on répète à peine une ou deux fois, puis il faut se lancer, être efficace et vivant tout de suite.

Mais vous avez raison : l’un nourrit l’autre. L’expérience de l’un apporte de la matière à l’autre. Sur un tournage, on peut tenter des choses plus instinctives, presque des accidents de jeu, qui sont parfois conservés parce qu’ils fonctionnent immédiatement. Si cela avait été répété, le résultat aurait été différent. Ce sont donc deux expériences très distinctes, mais extrêmement enrichissantes.

Pour terminer, quelles seraient vos envies pour la suite de votre parcours artistique ?

J’ai beaucoup d’envies. J’ai également réalisé des courts métrages et des clips, une expérience qui m’a beaucoup plu. Pour la suite, j’aimerais continuer à explorer des projets variés, aussi bien sur scène que derrière la caméra. La réalisation m’attire de plus en plus, car elle permet d’avoir une vision globale d’un projet, de sa conception à sa finalisation.

Peut-être que la prochaine étape serait de réaliser mon propre film et d’y jouer, ce que je n’ai encore jamais fait. Ce serait un véritable défi pour moi. En tant que comédien, je ne suis jamais pleinement satisfait de mon travail ; en tant que réalisateur, je cherche toujours la perfection. Combiner les deux serait sans doute plus délicat, mais ce pourrait bien être mon prochain défi.

Merci, Guillaume, pour toutes vos réponses !

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Publié dans Théâtre, Télévision

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