HBO & France 2 / L'affaire Laura Stern : Marie Kremer évoque la co-écriture de cette puissante mini-série !

Publié le par Julian STOCKY

 

 

Bonjour Marie,

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

Nous nous retrouvons dans le cadre de l’édition 2025 du festival CreaTVty, juste après la diffusion de “L’affaire Laura Stern”. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous d’être présente ici, pour défendre ce beau projet ?

Bien sûr ! Le seul but de notre métier est de le partager avec les gens et surtout cette série-là a été créée pour cela. A la base, je suis actrice, tous les projets que l’on fait, c’est pour rencontrer un public, c’est pour poser des questions, c’est pour interroger et quand je passe, comme là, à l’écriture, ça l’est d’autant plus. J’ai eu la chance de collaborer avec Frédéric Krivine, qui avait écrit “Un village français”, une série dans laquelle j’ai joué pendant des années, je ne le connaissais pas très bien en tant que personne mais je me suis rendue compte qu’en ayant dit ses mots, pendant des années, je le connaissais à travers l’écriture bien plus que ce que je ne croyais. Une de ses forces est que l’on n’est ni dans le noir, ni dans le blanc, on est toujours dans une zone de gris, qui permet les questions, qui permet de sortir des clichés et c’est ce que l’on a tenté de faire avec “L’affaire Laura Stern”. On voulait que les gens en sortent en se demandant “Et nous, qu’est-ce que l’on fait ?”, sans du tout poser de culpabilité. C’est un sujet qui touche la violence faite aux femmes mais aussi la violence d’ordre générale, qui nous arrive. A un moment donné, avec notre fragilité d’humain, avec tout ce qui arrive dans le monde, avec ce qui nous arrive plus personnellement, comment réagit-on ? Qu’est-ce qu’on a le droit de faire ? et de ne pas faire ? Si on n’a pas le droit de faire, est-ce qu’on va laisser mourir les gens autour de nous ? Pendant combien de temps ?

Notre métier est la fiction donc on se détache de la réalité. La fiction sert à augmenter la réalité, à poser des questions dessus, à aller un peu plus loin donc c’est bien un personnage de fiction.

Sans doute que le travail préparatoire a été exhaustif ?

Il n’est imprégné que de vérités ! Comme sur toute la longueur du “Village français”, où Frédéric était accompagné, dans l’écriture, par un écrivain, nous ne nous sommes imprégnés que de vrais témoignages, d’histoires aussi plus personnelles et j’ai presque fait un travail d’investigation dans un centre pour femmes, à Marseille. Frédéric, aussi, a beaucoup interrogé de femmes donc tout ce que l’on raconte n’est pas très loin de la réalité, malheureusement.

Justement, la frontière entre la réalité et la fiction n’est sans doute pas très épaisse…

Ce n’était pas du tout simple…On était plus dans la fiction au début mais au plus on a avancé dans le projet, au plus on s’est rapprochés de quelque chose de réel. Dans notre écriture, bien sûr que ce que l’on raconte est imprégné de réalités et de questions que l’on se pose. Après, le metteur en scène, Akim Isker, est aussi quelqu’un qui travaille beaucoup comme cela, qui est très proche du réel, et il a emmené le projet vers presque du documentaire, même si on reste dans de la fiction. Il s’est entouré de femmes, il a beaucoup écouté les femmes victimes, il a emmené ses comédiennes les écouter parce que c’est très important, pour les acteurs, de s’immerger et de rester humbles face aux histoires des gens. Oui, je pense que le travail d’Akim est très humble et très proche des gens ! C’est aussi ce que l’on désirait à l’écriture…

 

 

Parmi les personnes présentes à l’image, il y a d’ailleurs des femmes ayant réellement  connu cette situation….

Notamment dans les salles de parole ! Akim les a, petit à petit, intégrées au projet, pour amener le réalisme dont il avait besoin et pour être avec elles. C’est très compliqué d’être victime et ça permet aussi aux victimes d’essayer de sortir de cette position. Donc, oui, c’était important pour le projet, on a été portés par leur réalité et nos réalités aussi, d’ailleurs, plus cachées, cachées dans nos vies et dans nos proches. La violence est partout…

Lors de projections comme celle-ci, sur grand écran, vous recevez aussi beaucoup…

C’était super intéressant ce soir ! On a notamment eu une femme qui travaille là-dedans depuis plus de vingt ans et ces gens qui se battent ont besoin de porte-paroles, ont besoin que les autres se réveillent. C’est parfois très compliqué d’être seul face à tout cela ! On est de moins en moins seul mais on est encore très très seul…La justice française n’est pas la première à être au courant de tout ce qui se passe. On a encore besoin d’avancer énormément ! La question de la justice est très compliquée…

En tout cas, on vous imagine impatiente de pouvoir proposer cette mini série plus largement au grand public ?

Bien sûr ! J’espère que ce programme pourra circuler et qu’il posera des questions. On a besoin de la justice, elle peut être réparatrice, il est important que les femmes puissent s’exprimer face à la justice. C’est aussi une sorte de cri pour dire “On a besoin que ça existe!”. Je ne sais pas, je pense beaucoup à l’humilité…

Ce programme n’est pas du tout que pour les femmes, c’est un projet que j’ai toujours voulu avec les hommes. Des hommes doux, des hommes bons, des hommes intelligents, il y en a…Je pense aussi aux hommes que l’on éduque, nos fils, les futures générations…Donc c’est un combat, féministe, à faire avec les hommes parce que sans eux, on ne peut rien faire. On ne doit pas le faire contre eux, on doit le faire avec eux ! Il y a des hommes biens autour de nous et à qui jamais ça ne pourrait même ne fusse que d’arriver dans leur esprit de violenter une femme, même psychologiquement ou encore physiquement. Mais il faut qu’ils soient avec nous…Cette série est une série pour éveiller les consciences, avec les hommes, pas contre les hommes, jamais.

 

 

Du coup, que peut-on vous souhaiter pour la soirée de diffusion ?

Que ça fasse débat ! On peut nous souhaiter qu’on sorte de là en se disant “Qu’est-ce que l’on peut faire ? Comment est-ce que l’on peut être plus attentif ?”, en se reconnaissant peut-être victime, en se posant des questions sur soi, en osant dire. Peu importe le sujet mais si, avec les films et les projets que l’on fait, on peut réveiller ne serait-ce que deux à trois personnes…Pour moi, quel qu’en soit le sujet, les plus beaux films sont ceux qui  donnent envie de vivre…J’espère que ça va donner envie d’aider, envie d’écouter, envie de se reconnaître peut-être soi-même victime et se sortir de quelque chose, envie de vivre en gros.

Pour terminer, quels sont vos autres projets en cours ou à venir ?

Je suis actrice, j’ai très envie de rejouer. L’écriture m'a beaucoup prise mais j’ai besoin de rejouer, c’est mon métier et je l’aime énormément. Après, j’ai lancé d’autres projets à l’écriture, des projets qui sont sur des sujets qui me sont très personnels, très importants. Ce que j’ai appris avec Frédéric, c’est vraiment qu’il fallait partir de soi. Je n’ai pas 10 000 projets mais les projets sur lesquels je travaille sont des projets qui partent de moi, pour rencontrer les autres.

Merci, Marie, pour toutes vos réponses !

Publicité

Publié dans Télévision

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article