Clara Huet nous en dit plus sur sa belle et riche actualité !
Bonjour Clara,
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Votre actualité théâtrale est riche et variée. “Crystal clear” aura trois premières représentations en ce mois de janvier et vous retrouverez cette pièce au festival d’Avignon cet été. Sans tout en dévoiler, comment présenter ce spectacle ?
C’est un triangle amoureux, qui va nous permettre d’aborder la cécité. Le personnage principal est un homme, il a eu une relation plutôt assez longue avec mon personnage, qu’il va progressivement quitter, pour aller vers une autre femme. Il est diabétique, il ne s’en occupe pas très bien, ce qui fait qu’il y a, malheureusement, des conséquences irréversibles sur sa santé, à savoir qu’il perd progressivement la vue. Sa deuxième histoire d’amour sera avec une aveugle, ce qui sera l’occasion d’aborder la vie d’aveugles, leurs contraintes au quotidien, ce que ça implique…
C’est un thème qui est très rarement évoqué au théâtre et même au cinéma, donc on va aussi utiliser ce projet pour réfléchir à comment proposer un spectacle qui peut être également accessible aux personnes non voyantes. Le metteur en scène, Thierry Harcourt, a réfléchi à comment intégrer l’audiodescription, pour que cette pièce soit, par le sujet et par la mise en scène, accessible à tous.
Quelles sont les principales caractéristiques de Jeanne, votre personnage ?
C’est une battante, c’est quelqu’un qui ne lâche pas l’affaire comme cela. On va dire que ça fait cinq ou six ans qu’elle est en couple avec cet homme et elle voit bien que ça périclite, qu’il commence peu à peu à prendre la porte de sortie mais sans vraiment le dire. Elle est attentive au fait que l’amour s’entretienne, c’est aussi un travail, il faut remettre une pièce dans la machine de temps en temps pour raviver les flammes. En même temps, elle s’adapte à lui, à ses besoins, elle n’est pas totalement satisfaite non plus…C’est une institutrice, elle a quelque chose d’un peu organisé et de carré.
Il y a deux scènes dans cette pièce pour elle : dans la première, on voit un peu l’état de leur couple, qui n’est pas loin de la fin et, dans celle d’après, ils ne sont plus ensemble, entre-temps il a perdu la vue et donc, elle est un petit peu là à essayer d’être présente, tout en n’étant plus la femme qui fait partie de sa vie. Elle met les pieds dans tous les plats, c’est très compliqué…Elle utilise le mot “voir” parce qu’en fait, on l’utilise tout le temps dans la vie…Elle fait toutes les indélicatesses et maladresses possibles, tout en essayant de faire preuve de bonne volonté, parce qu’elle tient à lui et qu’elle veut être là. Cela permet de montrer que ce n’est pas simple, en fait, même pour les voyants, qui essaient d’aider et de s’acclimater à une nouvelle vie, avec des contraintes plus importantes.
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Sans doute que la palette de jeu associée doit être très plaisante ?
Elle est plaisante et elle est complexe…Ce personnage n’est pas évident, le metteur en scène me disait même que, pour lui, c’est celui qui allait le moins récolter parce qu’il n’y a pas l’empathie de la personne non voyante, ni de celle qui perd la vue au fur et à mesure…Elle est la femme qui se fait quitter, qui essaie d’être là mais qui est maladroite donc il fallait que je lui trouve son humanité et son empathie. En même temps, elle aussi a ses émotions, la situation n’est pas simple pour elle, elle a aimé cet homme, qui est parti avec une autre, donc il y a du deuil, de la colère, de la souffrance, de l’amour et elle n’en reste pas moins humaine, avec ses émotions, à essayer de vivre tout cela. C’est intéressant !
D’ailleurs, avez-vous eu certaines sources plus personnelles d’inspiration ?
Il s’avère, que personnellement, 2025 a été une année de séparation avec le papa de ma fille, ce n’est évidemment pas la même situation mais ça reste un deuil d’une histoire. Donc c’est sûr que c’est venu me nourrir à plein de moments, je n’ai pas eu besoin de chercher bien loin !
On vous imagine sans doute impatiente de pouvoir proposer la pièce au public et curieuse des retours des spectateurs ?
Oui, oui, c’est sûr ! Vraiment, quand on sent qu’un projet auquel on participe n’est pas seulement du divertissement mais qu’il y a aussi un intérêt social et politique, avec un avant et après la pièce, qui permet de réfléchir et de faire se rendre compte de certaines choses au public, je trouve très noble et très intéressant, pour un artiste, d’y participer. Ce qui est pas mal aussi, c’est que, comme mon personnage n’est pas tout le temps sur scène, je prends en charge l’audiodescription. Ce rôle est intéressant également !
C’est une petite production, c’est une petite équipe et le metteur en scène, plutôt que de voir cela comme une contrainte, l’a pris comme une qualité. Il a décidé de mettre très peu de choses en scénographie donc tout repose sur les comédiens sur scène : créer l’univers, apporter le passif, être simplement sur l’action et les émotions,...C’est très jouissif pour un acteur ! On n’a rien auquel se raccrocher, les gens ne vont pas pouvoir dire qu’ils aiment bien les rideaux, la sono ou le canapé, …Non, c’est juste nous donc il ne faut pas se planter, il faut être là !
Certainement qu’il doit y avoir beaucoup de fierté de pouvoir amener ce projet, sur ce sujet-là, en Avignon, à l’été prochain ?
Complètement ! Personnellement, c’est très excitant pour moi parce que, malgré mes plus de dix ans d’expérience dans le milieu, je n’ai jamais amené une pièce à Avignon en tant que comédienne. Cela va être mon premier Avignon en tant que festivalière, j’ai hâte !
A partir de septembre, vous serez en tournée avec une autre pièce, “L'invitation”, qui avait déjà existée à Paris. Sans doute en êtes-vous très heureuse ?
C’est assez fou pour moi cette année : je renoue avec le théâtre, que j’avais un peu laissé de côté pendant un temps, pour d’autres projets, grâce à deux spectacles très différents, en termes de registre ou de construction. Là, on a une grosse production derrière, on va avoir énormément de dates en tournée, avec des salles plutôt grandes et des comédiens qui ont leur notoriété. C’est aussi une première pour moi de participer à un projet du registre de la comédie ! C’est une mise en lumière assez exceptionnelle, je suis ravie que le metteur en scène, Éric Laugérias, me donne cette chance. J’ai hâte de commencer !
Artistiquement, comment appréhendez-vous le fait de vous réapproprier le spectacle, avec une nouvelle équipe ?
J’ai déjà lu la pièce mais j’ai toujours un peu de mal à me projeter à ce moment-là. C’est plus simple quand je l’entends, quand on fait une lecture, à table, avec les autres comédiens et que l’on voit déjà un peu ce que ça donne dans le jeu. Cela me permet de visualiser beaucoup mieux ! Mais comme cela n’a pas été possible tout de suite, je suis allée voir sur internet des extraits de la captation de la première création. Comme ça fait un moment, je n’ai plus tout en tête, ce qui n’est pas plus mal, cela va me permettre de commencer sur une feuille vierge et d’y mettre, dans le personnage, ce que j’ai envie et ce que je vais vivre sur le plateau, nourrie du lien avec mes camarades et de la vision du metteur en scène.
En comédie, il y a quelque chose de très technique dans le rythme, ça va aussi beaucoup influer sur la création.
En quelques mots, quelle est l’histoire de cette pièce à trois personnages ?
Un couple est marié depuis près de quinze ou vingt ans et la pièce s’ouvre à deux heures du matin, au moment où le mari rentre chez lui, en faisant doucement, un bouquet de fleurs à la main pour sa femme. Elle allume la lumière, lui demandant “Alors, c’est encore à cette heure-ci que tu rentres?” et son mari s’excuse, expliquant qu’il a passé la soirée avec un ami qui ne va pas bien. Mais mon personnage ne semble pas le connaître, malgré toutes ces années de mariage…et, pas dupe, elle propose de l’inviter à dîner le lendemain soir pour le rencontrer.
Évidemment, ce n’est pas la vérité, cet ami n’existe pas et donc il va falloir l’inventer, il va falloir trouver un homme qui voudra bien endosser ce rôle…S’en suit alors la scène du dîner…
En complément, vous êtes régulièrement en spectacle, sur un registre encore tout autre …
Cela fait trois saisons que je travaille dans un lieu festif, à Paris, qui s’appelle “Mondaine”. On est à mi-chemin entre un dîner spectacle et de la musique live d’accompagnement. C’est un restaurant sans scène, les artistes déambulent, vont et viennent tout au long de la soirée pour, au fur et à mesure, amener les gens à se lever, à danser, à partager cette joie et cette énergie, pour finir dans une ambiance de DJ Set.
J’y suis artiste chanteuse et danseuse, on est une dizaine à tourner du mercredi au samedi, pour qu’il y ait, chaque soir, trois présents. Je fais aussi partie de l’équipe de création, je gère la partie mise en scène et chorégraphie. On essaie de faire en sorte de se rapprocher de plus en plus du côté spectacle, pour offrir aux gens un visuel, avec des parenthèses de danse.
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Ces différentes casquettes sont probablement très complémentaires les unes des autres…
Tout se nourrit et se recoupe. Je fais aussi de la décoration d’intérieur, c’est quand même de l’art, c’est quand même le goût du visuel et du beau, il faut une certaine aptitude à organiser l’espace et à raconter des histoires, en s’inventant un fil conducteur au fur et à mesure des pièces, avec des couleurs, des énergies et des sensations. Ce sont des choses que l’on peut retrouver, par exemple, dans une mise en scène au théâtre. Je n’ai pas encore tenté l’expérience mais cela fait deux ans que je suis Thierry Harcourt en tant qu’assistante et j’ai touché le sujet du bout des doigts. Le jour où une pièce m’animera et m’inspirera, j'adorerais pouvoir créer ma propre mise en scène !
Pour terminer, que peut-on vous souhaiter pour cette nouvelle année qui démarre ?
C’est une bonne question…De continuer à prendre autant de plaisir que j’en prends dans cet univers depuis le début ! D’accepter le fait que, parfois, il y a des périodes de doute…Comme nous sommes notre propre outil de travail, ça vient nous bousculer de façon assez intense mais cela fait partie du jeu. J’ai la chance d’être dans une année pleine de promesses donc elle s’avère être très excitante. Peut-être qu’après, il y aura une petite vague descendante donc on peut me souhaiter de la sérénité et de profiter de tous les moments que nous offre ce magnifique métier !
Merci, Clara, pour toutes vos réponses !
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Quelques informations complémentaires :
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