RTBF / Un monde à part & Fort Boyard: François Mazure évoque sa belle actualité télévisuelle !
Bonjour François,
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Les téléspectateurs de la RTBF peuvent vous retrouver dans « Un monde à part ». A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Oui ! Cela me plait d’autant plus plaisir que c’est un projet que j’ai porté depuis le début, que j’ai créé, que j’ai conçu, qui est arrivé à un moment de ma vie qui était un peu compliqué…Parce que le programme que je présentais précédemment, un magazine d’informations hebdomadaire, s’était arrêté brutalement, d’une manière un peu injuste, dans le sens où le programme marchait très bien, avec des audiences qui faisaient le double du précédent. Donc je me suis retrouvé, du jour au lendemain, sans programme, à retourner à l’information, moi qui suis un journaliste d’information à la base, à me dire « Où en es-tu ? Tu as 40 ans, tu as encore 27 ans à travailler » donc je me suis dit que, plutôt que de m’apitoyer sur mon sort, de me plaindre et de râler sur ma hiérarchie, j’allais, au contraire, proposer et imaginer un programme qui, cette fois-ci, me ressemble à 100% et pour lequel j’allais me donner corps et âme. Donc c’est comme ça qu’est venue l’idée de « Un monde à part ». D’ailleurs, l’idée du nom m’est venue en faisant le jardin dans la maison que je retape en France, figurez-vous…
J’ai toujours été un fan absolu de voyages, j’ai beaucoup voyagé quand j’étais plus jeune, je me suis rendu au Népal pendant plusieurs mois, en Inde, au Sénégal, aux Philippines, aux Etats-Unis, tout ça avec très très peu de moyens. En plus du journalisme, j’étudiais l’anthropologie et, donc, je me suis dit que j’allais essayer de proposer un programme qui synthétise un petit peu l’ensemble de mes passions, à savoir le journalisme, raconter des histoires et le voyage…mais en ne faisant pas l’erreur d’oublier les réseaux sociaux. Parce qu’on le sait, tous les médias, en ce moment, se penchent là-dessus, à se dire qu’ils ont du retard et qu’il leur faut trouver des solutions. Là où mon programme précédent avait un petit peu mis de côté la question des réseaux sociaux – il faisait 100% de la télé-, je me suis dit que j’allais proposer un programme qui s’inspire du langage des réseaux sociaux ou encore de Youtube, pour en faire un programme en télévision et qui aura aussi une grande quantité de contenus exclusifs pour les réseaux sociaux. Donc, forcément, ça a résonné dans l’oreille de ma hiérarchie, qui s’est dit que ce pourrait être un programme intéressant…Les étoiles se sont bien alignées dans le sens où le programme historique de la RBTF « Le carnet du bourlingueur » s’arrêtait après 30 ans de diffusion, son présentateur partant à la retraite…libérant la case…et « Un monde à part » a pu se créer !
C’est, maintenant, la sixième saison qui démarre. C’est un beau succès en Belgique et nous sommes aussi diffusés sur TV5 Monde, en Suisse, désormais au Bénin ou encore sur la VRT. Sans oublier les réseaux sociaux…On a plus de 700 000 abonnés sur Facebook et alors que la page a été lancée il y a seulement un an, déjà 100 000 abonnés sur Instagram. Donc ça marche bien et ça marche bien, je pense, parce qu’il y a une authenticité que recherchent les gens, il y a un côté insolite extrême, il y a l’incarnation d’un personnage, à savoir moi-même, qui fidélise un peu le programme et, surtout, je ne triche pas, j’essaie toujours d’avoir ce regard d’enfant sur tout ce que je découvre et pour transmettre cette passion que j’ai, qui est là et qui existe vraiment. Cela fait des années que je voyage pour le travail mais je suis toujours toujours toujours ébloui par ce que je peux découvrir…La chance que l’on a dans ce métier, c’est que l’on va dans des endroits où, normalement, on ne pourrait pas se rendre. On vit des choses que l’on ne vivrait pas dans aucune autre situation. Il y a des moments où on se dit « Qu’est-ce que je fais là ? »…C’est ça que j’adore dans ce métier !
A chaque fois, c’est l’occasion, pour tous, d’un enrichissement culturel et humain…mais aussi de magnifiques images…
Oui ! Comme je le disais, j’ai étudié l’anthropologie. Je n’avais pas de plan de carrière en me disant que je voulais être reporter / journaliste. Je dirais, un peu par la force des choses, par le fait de mes études qui m’ont guidé, sans trop le savoir, vers l’anthropologie, que je me suis toujours intéressé aux autres, aux autres cultures, aux autres manières de vivre, aux autres religions, aux autres modes de fonctionnement. Cela m’a toujours fasciné et étonné…J’ai toujours essayé d’avoir ce regard d’anthropologue, à savoir un regard neutre, qui ne porte pas de jugement et « Un monde à part », par définition, c’est aller à la rencontre des gens, au plus proche. Je suis en immersion, je ne suis pas un regard extérieur, qui regarde de loin et qui ne s’implique pas…Je participe, je suis au plus proche des gens et c’est ce que j’aime, effectivement, j’aime ces rencontres ! Il y en a qui me marquent plus que d’autres, mon voyage à Cuba était particulièrement marquant, au Brésil aussi. On ne peut pas s’impliquer émotionnellement de la même façon dans tous les voyages mais c’est clair que ce sont toujours les reportages dans lesquels il y a un aspect humain qui m’intéressent le plus. Je constate aussi que ce sont ceux qui intéressent le plus les téléspectateurs !
D’ailleurs, quels principaux retours pouvez-vous avoir de la part du public ?
On a beaucoup de chance parce qu’on sait que les réseaux sociaux sont souvent un lieu où on trouve de tout et pas toujours le meilleur…Mais l’immense majorité des retours que l’on a sont extrêmement positifs et bienveillants. Ce sont des gens qui nous remercient de nous emmener dans des endroits où ils ne pourraient pas se rendre eux-mêmes, ce sont des gens qui nous encouragent à aller toujours plus loin, ce sont des gens qui, souvent, apprécient justement ce regard que je peux avoir, qui est toujours un peu dans l’étonnement, dans la contemplation et dans l’empathie, que j’essaie d’avoir dans mes interviews. Donc c’est essentiellement positif !
Il y a pas mal de gens, aussi, qui se proposent de se mettre dans nos valises, il faut le reconnaitre ! Malheureusement, on ne peut pas prendre tout le monde, on est une petite équipe avec un petit budget mais ça fait très plaisir. Ce qui est vraiment fantastique et très positif avec les réseaux sociaux également, c’est que, très souvent, on a des suggestions de lieux, de destinations ou de reportages, de la part d’internautes ou de téléspectateurs. C’est vraiment une plus-value que l’on n’avait pas par le passé : en télévision, les gens pouvaient écrire au courrier des lecteurs ou à une boite mail mais c’était assez rare qu’ils le fassent. Dans ce cas, c’était souvent pour un reproche, une critique ou une remarque sur une erreur que l’on aurait pu commettre…En 5 ans et demi, avec tous nos abonnés, il y a forcément un flux assez impressionnant de contacts mais avec plein de choses très positives !
Quels seraient les lieux que vous n’avez pas encore pu faire découvrir au public et que vous aimeriez pouvoir lui partager ?
Cette planète est une source inépuisable de reportages étonnants et de rencontres. J’aime aller dans les choses les plus extrêmes…J’ai le rêve de pouvoir, un jour, me rendre en Corée du nord parce que je pense que c’est vraiment un monde à part ! Il y a pas mal de sujets à faire en Inde, on n’y a jamais été encore mais c’est prévu, c’est dans nos projets. Et je trouve qu’on devrait se rendre plus régulièrement en Afrique subsaharienne. On a eu la chance d’aller au Congo, on s’est rendu en Afrique de l’ouest aussi, au Bénin notamment mais je trouve qu’il y a tellement de choses magnifiques, incroyables et des gens qui ont vraiment beaucoup de talent ainsi qu’une grande richesse, à mettre en lumière dans ces régions. Evidemment, on sait bien, en télévision, qu’il y a des destinations qui fonctionnent toujours très bien : les Etats-Unis sont tellement étonnants, surprenants, extrêmes, les modes de vie sont parfois tellement hors du commun que ça marche toujours pour la télévision…Mais je ne veux pas délaisser les destinations moins populaires parce que, d’expérience, je me rends compte, finalement, contrairement à ce que pensent certaines chaines ou certains éditeurs, que ce sont des régions qui intéressent le public. Mais c’est vrai qu’il y a tellement tellement tellement de sujets à faire…
Je peux vous révéler les prochaines destinations : on se rend aux iles Galápagos dans une dizaine de jours et, je l’ai dit, on va aller en Inde. Figurez-vous qu’il y aura aussi l’Azerbaïdjan…C’est un pays très peu connu mais j’ai déjà des contacts sur place parce que j’aime par-dessus tout montrer les endroits auxquels on s’attend le moins.
Certainement d’ailleurs que les préparations des émissions ne sont pas toujours des plus simples…
Cela dépend des cas de figures. Le plus souvent, ce qui prend le plus de temps, pour certaines destinations, ce sont les démarches de visas et d’autorisation de tournage. Là, par exemple, pour les iles Galápagos, c’est un enfer, je vous le dis, pour avoir des autorisations de tournage…Non seulement, ils veulent de l’argent mais aussi toutes sortes de documents très compliqués à obtenir. Au niveau logistique, c’est très compliqué ! Il y a des tas de pays où on ne rentre pas comme cela avec une caméra donc il y a beaucoup de démarches administratives…
En revanche, en ce qui concerne les contacts humains, c’est peut-être une spécificité de « Un monde à part », je veux laisser une bonne place à la surprise et à la spontanéité. Donc ça veut dire que je ne veux pas arriver dans une destination où, pendant 5 à 6 jours, tous mes contacts sont pris à telle heure, en allant d’un endroit à un autre, en sachant avant de s’y rendre ce que l’on va avoir. Pour moi, c’est important, justement, de laisser la place aux opportunités qui vont se proposer sur place et aux surprises. Et ce sont souvent souvent souvent les meilleurs résultats que l’on peut avoir ! Parce que c’est sur place que l’on se rend compte des choses, que c’est sur place que les choses se passent…On n’est pas une émission où il y a simplement des interviews et des plans de coupe, c’est une émission dans laquelle je suis en immersion et, pour cela, il faut, à un moment, que je me laisse guider par les rencontres et par mon instinct. Tout cela pour vous dire que, pour pas mal de destinations, le plus dur est de trouver une ou deux personnes de confiance qui vont nous ouvrir les portes et nous guider. La suite se fait sur place…Cela veut dire que c’est intense, une fois sur place il faut y aller, il faut avoir les yeux grands ouverts et aller au charbon mais, souvent, c’est plus fort en termes de storytelling et d’action parce que les choses sont vraies, spontanées et authentiques.
Donc beaucoup de préparation en termes logistiques, de préparation de visas et pour trouver les sujets aussi mais tout n’est pas goupillé à l’avance !
En parallèle, sera diffusée d’ici quelques semaines votre participation à la mythique émission « Fort Boyard », version Belgique. Sans doute était-ce pour vous un honneur de participer à ce programme historique de la télévision ?
Oui, complètement ! En fait, les deux se rejoignent : j’ai le sentiment, Julian, que notre rôle d’adulte est de réaliser nos rêves d’enfant et d’adolescent. Pour moi, c’est essentiel de ne jamais renier l’enfant ou l’adolescent que l’on était, et les rêves qu’il avait, quels qu’ils soient, même des choses qui peuvent paraitre futiles. Mais il ne faut pas d’ironie…J’ai toujours aimé les rencontres, les voyages, la découverte, l’aventure donc j’essaie de poursuivre dans cette voie. Et « Fort Boyard », c’était vraiment, quand j’étais gamin, une émission culte, qui me faisait rêver mais jamais, d’autant plus en tant que belge, j’aurais pu imaginer y participer parce que c’est un programme français, où les participants sont, pour la plupart, dans le paysage médiatique français. Mais il se fait que la RTBF a pu « racheter » le concept pour pouvoir l’adapter donc, quand j’ai su que c’était le cas, j’ai fait savoir que ça m’intéressait. Ça tombait bien parce que j’étais dans les personnalités de la chaine auxquelles ils pensaient donc quand on m’a dit que j’étais sélectionné, j’étais très très heureux parce que, à nouveau, c’est un rêve d’adolescent qui se réalise !
J’encourage tout le monde à se poser la question « Quels étaient mes rêves d’ado ? ». Cela peut être des choses futiles…Par exemple, j’ai beaucoup joué au basket-ball et, quand j’étais gamin, j’avais une paire de baskets par an parce que c’était comme ça mais j’adorais certaines paires. Aujourd’hui, en tant qu’adulte, je peux me le permettre, je m’offre certaines paires vintages et c’est un rêve d’ado qui se réalise ! Certains vont trouver cela futile, d’autres vont dire que c’est jeter son argent par la fenêtre mais, pour moi, de répondre justement à ces envies de gamin que l’on était nous rend plus heureux ! Cela nous rattache aussi à qui l’on est… « Fort Boyard » en fait partie, mais comme plein d’autres choses…
C’est vrai que c’est un grand honneur et une grande chance ! Toutes les équipes étaient super sympas, vraiment ! J’étais surpris, j’ai trouvé qu’ils étaient tous aimables, accueillants, sympas, disponibles, …Olivier Minne en particulier, alors que c’était sa dernière saison et qu’il est évidemment très occupé. Passe-Partout aussi, avec toujours une petite blague, et toujours très soutenant dans les épreuves parce que ce sont des épreuves vraiment sérieuses…On a l’impression peut-être d’autre chose à la télé mais non, ce sont des épreuves qui sont compliquées. Donc j’ai adoré, c’est un souvenir qui restera gravé très longtemps dans ma mémoire !
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D’ailleurs, appréhendiez-vous certaines épreuves plus particulièrement, avant de vous rendre sur le fort ? A l’inverse, en attendiez-vous d’autres avec impatience ?
C’est un peu lié aussi à mon métier, il n’y a pas grand-chose qui m’effraie réellement. Les araignées, sauter de haut,…ne m’inquiètent pas vraiment. D’ailleurs, même si l’émission n’est pas encore diffusée, je peux vous dire que les araignées et les scorpions ne me font absolument pas peur. La seule chose, peut-être, qui pouvait me faire une certaine appréhension est tout ce qui est lié à la claustrophobie. Comme je suis assez grand, si, à un moment, je me retrouve bloqué dans un petit espace à ne plus pouvoir bouger, ça peut éventuellement m’inquiéter mais pas autre mesure. Après, il y a les épreuves physiques, où il faut pouvoir répondre, ainsi que les épreuves de déduction, qui peuvent parfois être compliquées, mais de là à m’inquiéter, non…J’étais plus excité qu’inquiété !
Certainement qu’au moment où les caméras ont commencé à tourner, cohésion et bonne humeur étaient au rendez-vous, pour aider au dépassement de soi…
Oui, c’est sûr ! Et c’est vrai que, aussi, mécaniquement, quand la caméra tourne, il y a beaucoup de choses que l’on fait que l’on ne ferait sans doute pas quand elle ne tourne pas. Par exemple, dans « Un monde à part », je me suis parfois retrouvé dans des situations très compliquées, à sauter d’un hélicoptère, à faire du rappel avec les forces spéciales colombiennes, à me retrouver dans certains quartiers chauds dans l’eau glacée…Ce sont des choses que j’ai dû faire pour le boulot : les gens pensent que je suis un casse-cou et que j’adore mais, en fait, je ne le ferais pas à titre privé. Quand c’est pour le travail, c’est vrai que c’est comme s’il y avait une distance qui s’installait et qui réduit un peu les appréhensions et les peurs, parce qu’on est obligé d’y aller. Et on y va sans trop réfléchir !
En plus, pour « Fort Boyard », il y a l’aspect compétition, il y a l’aspect équipe, il y a la cause que l’on veut défendre donc, évidemment, on se pose moins de questions que si c’était un dimanche matin, que l’on avait les mains dans les poches en allant se balader, c’est sûr !
Avec le recul, quelles sont les qualités attendues pour être un bon candidat sur le fort ?
Le dépassement de soi, l’esprit d’équipe, le fait d’oser dépasser ses peurs,…Maintenant, ça reste un programme de télévision donc je pense que les personnes qui font les castings ne cherchent pas que les super champions qui vont réaliser toutes les séquences. L’idée est aussi que l’on ressente les émotions et la peur donc, si on sait que je n’ai pas peur des araignées, on ne va pas forcément me mettre sur cette épreuve-là. Je pense que les fragilités, les faiblesses et les obstacles font partie aussi du storytelling de « Fort Boyard » et donc, pour être un bon candidat, il faut aussi, quelque part, avoir ses faiblesses et ses fragilités. Pour réussir toutes les épreuves, il faut de l’audace, il faut du dépassement de soi, il faut du courage mais, pour faire un bon candidat, je mets un peu de nuance, en étant dans l’état d’esprit du producteur, il faut surtout vivre les choses à fond, sans trop réfléchir ! Une personne qui va se retrouver dans une pièce, avec des araignées et des scorpions, et qui va montrer ses émotions, parce qu’elle les a vraiment, sera une bonne candidate parce que c’est ce que l’on veut voir en tant que téléspectateur…On veut voir des émotions, on veut voir aussi des personnes qui, justement parce qu’elles ont toutes ces appréhensions, vont se dépasser. Si on n’avait que des casse-cous aventuriers, qui n’ont peur de rien, le programme serait sans doute moins excitant à regarder !
Merci, François, pour toutes vos réponses !