Chrystelle Nammour nous en dit plus sur la sortie de son EP !
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Bonjour Chrystelle,
Quel plaisir de vous retrouver pour cette nouvelle interview ensemble !
Le 5 septembre dernier est sorti « Middle », votre premier EP, en 7 titres. On imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?
Effectivement ! Je n’imaginais pas que ça allait susciter en moi une telle fierté. C’est comme si ça avait développé quelque chose dans ma tête, même dans la manière par rapport à laquelle je me vois dans le monde artistique. J’ai toujours eu, et je le raconte avec le mot « Middle », cette sensation de ne pas avoir vraiment ma place et d’être moins bien que les autres. Là, le fait d’avoir sorti cet EP, c’est comme si j’avais enfin un socle solide sur lequel je peux poser le pied et dire « Voilà ce que je suis », pour, maintenant, éclore. Donc c’est extrêmement satisfaisant !
Parmi les 7 titres, 2 sont totalement inédits du grand public. Un mot, peut-être, sur ceux-ci ?
L’un s’appelle « Middle », du même nom que l’EP et l’autre est « J’ai mal au monde ». Je les avais gardés un peu en réserve, au chaud...
Comme c’est un EP qui me présente, je trouve que « Middle » est la synthèse de ma manière de me voir dans ce monde.
Je vous avoue que « J’ai mal au monde » est mon titre préféré, c’est ma petite pépite. Je voulais que les gens découvrent, dans l’EP, quelque chose d’inédit, de surprenant, de très chargé émotionnellement. Cette chanson parle d’un sujet très dur, celui de la maladie mentale, sur lequel j’ai essayé de mettre du beau…
Donc je suis très fière de ces deux titres !
Plus globalement, un fil conducteur est-il à retrouver parmi les 7 titres de l’EP ?
Clairement, il y a une ligne commune : chaque chanson présente une des facettes de ma personnalité ! J’ai choisi d’ouvrir l’EP avec « Alors je reste » parce que ça plante vraiment le décor : d’où je viens, qui je suis, …
Après, on arrive à « J’ai mal au monde », qui arrive en deuxième. Je voulais lui donner une place importante sur ce projet, je voulais que les gens puissent la découvrir comme la première nouveauté du projet parce qu’elle a une place très spéciale dans mon cœur. J’y mets un coup de projecteur ! Je l’ai dit, ça parle de la maladie mentale : j’ai des proches qui vivent la bipolarité et la schizophrénie, ce sont des choses qui m’ont beaucoup marquée dans ma vie. C’est très dur pour ceux qui accompagnent, il faut comprendre la maladie, il faut essayer de se mettre un peu à la place des proches qui la vivent, pour savoir comment leur parler et quelle main leur tendre. Dans cette chanson, je parle comme si c’était moi qui étais atteinte de cette maladie, je me mets en fait à la place de la personne pour essayer de décortiquer ce qu’elle ressent, mais avec mon prisme et ma manière de comprendre cette maladie, pour essayer de lever un peu le tabou qu’il y a autour…Souvent, les souffrants n’en parlent pas et ne vont pas forcément expliquer profondément ce qu’ils ressentent. Donc j’ai fait cet exercice aussi pour, d’une certaine manière, exorciser le mal.
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En numéro trois, c’est « Comme un garçon », une chanson qui parle de l’amour impossible : aimer un homme qui découvre qu’il aime les hommes…Plus largement, on se demande ce qu’une femme hétéro peut faire lorsqu’elle est amoureuse d’un homo. C’est quelque chose que j’ai vécu, qui m’a aussi beaucoup marquée et que j’ai voulu raconter.
Après, la quatrième chanson est « Mon père ». Je suis issue d’une famille orientale, le père représente beaucoup chez nous, il porte le foyer, c’est un peu le scotch de la famille, il réunit les gens, il est fédérateur. C’est une manière de rendre un hommage à mon père et de montrer que je ne suis pas la fille de n’importe qui…
Ensuite, on arrive à la chanson « Middle », qui parle d’accepter de ne pas toujours courir après la singularité ou le fait d’être exceptionnel. On peut être heureux, s’affirmer, être épanoui et exister en étant quelqu’un de normal. On n’a pas toujours besoin d’en faire plus…Il y a deux dimensions à cette chanson. Une première qui concerne les artistes parce que ce mot « Middle » est venu lors de mon premier casting, quand j’avais 17 ans et que je suis venue de Beyrouth à Paris, pour faire le casting de la « Nouvelle star », que je suivais assidument. Le casteur, en face de moi, m’avait répondu « C’est pas mal, c’est middle ! ». Evidemment, j’avais fondu en larmes, c’était un drame pour moi et j’ai gardé ce mot avec moi, qui m’a hantée pendant toutes ces années, en me disant « Je ne suis pas assez, je ne suis pas crédible », jusqu’au jour où, au début du confinement, je me suis mise derrière mon piano et où ces mots sont sortis « Tu peux bien ouvrir ta gueule, t’as raison, je suis middle ». Je m’étais alors demandé, en fait, pourquoi c’est un problème d’être dans la norme : ces gens-là cherchent des personnages très spécifiques pour leurs émissions de télé, ok je ne corresponds pas mais est-ce que ça veut dire que je ne suis pas artiste ou que je n’ai pas des choses à dire pour toucher les gens ? Non, c’est faux, il faut se sortir cela de la tête ! En réalité, le fait d’être dans la moyenne fera que, peut-être, les gens vont se retrouver dans mes chansons…Donc j’ai arrêté de le vivre comme un problème, j’en ai fait une force et je l’ai chanté haut et fort…Oui, je suis middle et ça me va !
La deuxième dimension de cette chanson peut, je pense, s’étendre hors du cadre artistique, à toutes les femmes. Dans le clip que vous allez pouvoir découvrir, on est plusieurs femmes et on représente, à nous toutes, un peu la féminité, de par nos origines différentes. Que ce soit en Europe ou même en Orient, pèse sur nos têtes le fait de devoir être toujours parfaites, de bien se présenter, de ne pas avoir de rides,…Mais arrêtez ! On peut être middle et bien dans notre peau…Nous, les femmes, avons le droit d’être justes normales…Arrêter de nous demander la perfection, on en a marre !
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Ensuite, il y a le track « Ma fille », un titre qui parle des dangers des prédateurs amoureux. J’adresse cette chanson un peu à toutes les jeunes filles…Vous le verrez, c’est un EP globalement féminin : c’est l’histoire d’une jeune femme normale, que je suis, à travers mes yeux donc c’est vrai qu’il y a des angles très féminins. Là, je parle aux jeunes demoiselles, en leur disant « Ma fille, si tu t’allonges, méfies-toi du printemps, si les roses sont rouges, elles sont tâchées de sang ». Pour dire, en gros, de ne pas se faire embobiner : ce n’est pas parce qu’on va les couvrir d’attentions et d’amour que c’est forcément sincère. C’est souvent la technique des prédateurs amoureux quand ils voient quelqu’un en manque d’attention, pour poser leur emprise. Je l’ai vécu, moi aussi, avec un garçon, dans une relation qui a duré 8 mois et, à la fin, je ne savais plus qui j’étais. J’étais arrivée à un stade où je n’osais plus rien faire sans lui demander la permission et, quand je faisais quelque chose, ce n’était jamais bien. Il étouffait ma personnalité, il m’avait coupée de tous mes proches, c’était vraiment très dur…Heureusement, j’avais réussi à prendre la fuite de cette relation, grâce au film de Maïwenn, « Mon roi ».
En dernier titre, on arrive sur « En vis-à-vis », pour boucler la boucle. Je plante les clous sur le fait que cet EP parle de moi en face à face et que tous ces titres sont autant de facettes de ma personnalité, comme je vous le disais. « En vis-à-vis », c’est vraiment cela, c’est se regarder dans le miroir et se dire « En fait, je suis comment ? ». La conclusion de cette chanson est que j’aurais voulu être un peu plus que moi, j’aurais voulu être autre, je me rêve mieux que ce que je suis. Cela fait écho, d’une certaine manière, à « Middle » !
De la même façon, retrouve-t-on, musicalement, un chemin commun ?
Le chemin est commun, je l’ai travaillé avec Johsef, qui est à la direction artistique du projet et c’est lui qui a trouvé cette voie, en épurant beaucoup les arrangements et en déshabillant les tracks plutôt qu’en les habillant. On a choisi de faire certains titres a capella, d’autres en piano-voix. Toutes les chansons ont une dimension un peu cinématographique dans l’arrangement, il y a quelque chose de très visuel et toutes ont une dimension très feutrée, très intime, comme une petite bulle dans laquelle j’invite les gens à me découvrir. La voix est toujours mise très en avant et le reste accompagne de manière très discrète, il n’y a pas un arrangement grandiloquent, pour, justement, que le propos reste sur les textes et sur les mots.
Donc c’est vraiment très intimiste musicalement, c’est calme, doux et posé !
Avez-vous déjà eu des premiers retours du public ?
Complètement ! J’ai, bien sûr, eu des retours de mes proches et des gens qui me suivent. Ils sont très positifs. Je m’attendais à ce que le premier point d’accroche soit la chanson « Middle » mais j’ai eu beaucoup de retours sur « J’ai mal au monde ». Les gens trouvent ce titre incroyable et m’ont même dit que j’aurais dû le sortir avant…Donc je suis contente parce que ça a fait l’effet pépite que je voulais ! Un clip va arriver dans les prochaines semaines, qui permettra aux gens de découvrir cette chanson plus en profondeur….J’en suis très contente !
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Cet EP est une étape importante pour vous, vous l’avez dit mais ce n’est, finalement, qu’un point de passage…
Tout à fait ! Je vous le disais, je sens que j’ai construit un premier socle sur lequel je peux, maintenant, mettre mes pieds pour sauter. Avant de parler de l’album, la suite va d’abord être de faire des live. Je commence à réunir mon équipe, parce que ces chansons ont vraiment été écrites pour vivre sur scène. Je ne serai entourée que de femmes, musiciennes et techniciennes. Cela me stimule énormément parce que, malheureusement, les femmes sont peu valorisées dans l’industrie musicale et peu programmées en concert.
Pour moi, le fait de n’être qu’entre filles crée un environnement très safe, propice à l’amusement entre copines. J’ai vraiment envie de vivre et de partager cela sur scène ! Surtout, cela colle parfaitement à l’identité du projet…Donc tout est cohérent pour moi !
Je n’ai pas encore tout monté en détails mais je vise piano, synthé, percussions et guitare. Maintenant, il faut tout construire pour, je l’espère, fin 2025. Suivront un single puis un autre et, enfin, l’album !
En conclusion, que peut-on vous souhaiter pour cette belle aventure naissante ?
De continuer sur ma lancée, c’est-à-dire d’avoir vraiment les deux pieds fermement ancrés sur mon socle et de faire vivre les chansons sur scène, pour rencontrer un public plus large grâce aux live. C’est vraiment mon objectif !
Merci, Chrystelle, pour toutes vos réponses !