Dis papa, comment on fait les mamans ? : Interview croisée avec Marion Huguenin et Marine Periat !
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Bonjour Marion, bonjour Marine,
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous deux !
Vous avez lancé depuis quelques mois la web-série « Dis papa, comment on fait les mamans ? ». On imagine sans doute la joie que ce doit être pour vous de voir ce projet se concrétiser ?
Marion : Oui, c’était un long projet en gestation J…
Marine : 3 ans d’écriture, comme un postpartum J…3 ans se sont écoulés entre le moment où on a eu l’idée et la première diffusion.
Marion : On était toutes les deux enceintes de notre premier… C’était trop chouette ! En plus, comme on est amies avant d’être collègues, c’est encore plus de plaisir ! L’équipe est une bande de copains pros avec qui on avait déjà travaillé, on ne voulait travailler qu’avec des gens en qui on avait confiance. C’était essentiel !
Marine : On a voulu faire quelque chose de quali, cela nous importait beaucoup de ne pas tourner à l’arrache avec un téléphone. On a eu la chance d'être accompagnées par L'arbre Productions.
Marion : On voulait aussi travailler avec des gens qui sont dans la bienveillance et qui avaient envie de nous accompagner sur ce projet. Je crois que l’on a réussi : si c’était à refaire, on ne changerait personne !
Pour en revenir à la genèse de ce projet, comment vous sont venues l’envie et de l’idée de son développement ?
Marine : Tout est parti de nos grossesses respectives, on se posait énormément de questions, plus farfelues les unes que les autres. Tout était prétexte à faire des recherches.
Marion : Je me rappelle très bien comment ça a commencé…Lors d’un diner chez moi, on se disait que l’on est toutes les deux pareilles, à faire des benchmarking sur tout : on est capable de passer 4 à 5 heures par jour à comparer des biberons, leurs matières, leurs formes, …On a fini par trouver qu’au bout d’un moment, ça devenait risible et qu’on était ridicules. On avait beaucoup d’autodérision sur ce que l’on vivait, à tel point qu’on a alors eu l’envie d’en écrire des sketchs.
Pendant nos grossesses respectives, on se posait les mêmes questions, sur les mêmes sujets, aux mêmes moments. On regardait « La maison des maternelles » et on voyait bien qu’il y avait des interviews de mamans qui connaissaient les mêmes problématiques… On se disait donc que l’on n’était pas les seules à vivre ces situations…
Marine : On a eu la chance de vivre notre grossesse et l’arrivée de nos enfants ensemble mais contrairement à nous, beaucoup de mères sont isolées, ou ont des amies avec des enfants plus grands. Elles n’ont pas forcément l’occasion d’échanger sur ce qu’elles vivent. En créant « Dis papa » on voulait vraiment apporter de l’aide aux mamans et les accompagner dans leur maternité. Être « la bonne copine », pour les soutenir dans leurs angoisses et qu’elles prennent conscience qu’elles ne sont pas seules dans ce qu’elles traversent. L’arrivée d’un bébé est un tsunami émotionnel et physique, on peut vite être dépassée. Je pense que l’on se met une telle pression pour être une mère parfaite que l’on oublie de s’écouter. Ce que l’on traverse dans la maternité a quelque chose de très universel. Prendre conscience que l’on n’est pas seule à ressentir les mêmes émotions, à vivre les mêmes angoisses ou situations permet de dédramatiser le quotidien. On se fait souvent un monde de tout quand on devient parents mais il ne faut jamais perdre de vue que l’on fait juste de notre mieux et comme on peut surtout.
Marion : Oui, c’est vraiment ce côté d’hyper parentalité que l’on a voulu traiter. Parce qu’on est dans une société qui met beaucoup de pression, avec beaucoup d’injonctions, où on laisse peu de place finalement à l’instinct maternel, s’il existe. En tout cas, je me souviens m’être posé des questions alors même que des réponses étaient finalement très simples et qu’il ne fallait pas voir plus loin que le bout de son nez. Je me renseignais sur tout un tas de sujets, au lieu de laisser libre court à ce que j’aurais pu penser naturellement, comme la génération de nos parents qui se posait moins de questions. Personnellement je préfère être sachante mais cette idée de vouloir être le parent parfait est aussi, je pense, générationnelle. On voulait aider ces mamans qui se posent des questions à avoir des réponses et montrer tous les aspects…En réalité, il n’y a pas de bonne réponse, on montre des choses, on donne des conseils et elles piochent dans ce qu’elles veulent, elles prennent ce qu’elles souhaitent prendre.
Marine : Cela leur donne ensuite matière à aller creuser ou non sur le sujet et la thématique que l’on aborde. Mais l’idée était, vraiment de manière facile, ludique, par le biais de l’humour, de leur donner des clefs. On peut passer des heures à regrouper des articles, qui se contredisent et c’est vrai qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de faire mais, à un moment donné, il faut faire des choix et se faire confiance.
On voulait créer une communauté de mamans …C’était l’un de nos leitmotivs car ensemble on est plus fortes. Il y a encore aujourd’hui de nombreux sujets tabous. Je trouve que l’on n’est pas assez préparée à l’arrivée d’un enfant : on nous vend encore le stéréotype de l’accouchement parfait, de tomber en amour avec son bébé au moment où il arrive, sauf qu’on ne sait absolument pas la mère que l’on va devenir. En fait, je trouve que ces clichés mettent une pression terrible à la mère. Oui, on a le droit d’être dépassée, oui on ne sait pas forcément comment faire, il faut parfois un peu de temps pour apprendre à s’apprivoiser et que le lien se crée…
Marion : On peut, au moment de l’accouchement, ne pas avoir de coup de foudre pour son bébé…Et alors ? On l’aime moins pour autant ? Non, je ne crois pas ! On n’a pas forcément non plus eu de coup de foudre pour nos partenaires ou nos conjoints et, pour autant, on les aime très fort. Il y a des femmes qui vivent cela et qui le vivent très mal. On se fait tellement un monde de tout qu’au final, on peut être déçue. Mais heureusement il y a des choses qui se passent très bien…
Marine : Et d’autres moins bien ! Comme l’accouchement par exemple (rire) ! Pour certaines femmes, ça se passe extrêmement bien alors que pour d’autres, c’est plus compliqué. Je trouve qu’on est pas assez préparé à l’éventualité que ça se passe mal ou, en tout cas, pas comme on l’avait prévu. Le postpartum est également très peu abordé. Dans un des sketchs, on parle notamment des lochies, qui sont des petits caillots de sang que la maman perd après l’accouchement…qui sont très peu évoqués, comme les tranchées d’ailleurs. On ne sait pas tout ça, on le découvre au moment où on met au monde notre enfant. Le fait d’être avertie permet de mieux accepter les choses en fait : c’est important d’informer et de préparer les mamans. On ne nous parle que des choses positives et de tout ce qui va bien, comme si le fait de parler de tout l’envers du décor allait effrayer les femmes à faire des enfants. Donc nous voulons tout dire, parler sans tabou ! On parle même des varices…
Les sujets de vos sketchs sont sérieux, ils ont du fond et, pour autant, vous l’avez rapidement évoqué, il y a beaucoup d’humour et d’autodérision…
Marine : Tout à fait ! Par exemple, la mort subite du nourrisson est un sujet d’angoisse pour tous les parents donc on s’est demandé comment traiter un sujet pareil avec de l’humour…
Marion : C’était un défi ! Après, on n’est pas forcément hilare devant les épisodes mais ce n’est pas nécessairement le but. L’idée était surtout de traiter les sujets avec légèreté et humour, ce qui n’est pas toujours évident en effet, comme la mort subite du nourrisson ou même les varices vulvaires.
Marine : Sans parler de sujets aussi lourds, est récemment sorti le sketch du siège-auto : c’est un casse-tête absolu pour les parents de choisir le bon modèle, on ne voulait pas faire un spot de prévention routière mais on était obligées de donner plein de caractéristiques de sièges, d’expliquer ce qui est plus sécuritaire pour un nourrisson,…Il fallait rendre tout cela digeste et non juste faire un tuto explicatif aux mamans. Donc il y a certains sketchs qui ont été plus ou moins faciles dans l’écriture mais l’idée était de rendre les choses funs.
Artistiquement parlant, ces différents sketchs vous permettent des palettes de jeu larges et variées…
Marion : Oui, c’est vrai, on passe par plein d’émotions ! La comédie permet cela, c’était une chouette expérience. Surtout, on a écrit nos sketchs donc on pouvait se lâcher un peu plus.
Marine : Le fait de se lâcher est vraiment venu dans le jeu, au moment des prises. Je ne visualisais pas vraiment, au moment de l’écriture, jusqu’où le jeu pouvait aller.
Marion : A l’inverse, quand j’écris, j’imagine comment ça va être joué. Ce qui était du coup difficile, c’était de ne pas figer les choses. Je pense, ainsi, que j’ai eu plus de facilité à jouer certaines situations que j’avais écrites, plutôt que celles que Marine avait écrites. C’était une bonne expérience pour cela aussi.
Marine : En tout cas, c’était important de tirer un peu le trait parce que, si on jouait la situation pour ce qu’elle est, on aurait été dans quelque chose de trop quotidien.
Marion : On ne voulait ni être des clowns ni être plombant donc il a fallu trouver un entre-deux !
Au moment de choisir les sujets, avez-vous eu, justement, certaines hésitations ? Avez-vous dû faire des choix ?
Marine : C’est toute la complexité du projet ! Je n’ai pas le sentiment que l’on se soit bridées sur nos sujets : on est parti d’un sujet et on a fait en sorte qu’il puisse se jouer, en trouvant, dans l’écriture, des mécanismes.
Marion : Il y a certains sujets qui nous tenaient plus ou moins à cœur et certains plus ou moins compliqués à dédramatiser… On a suivi nos inspirations et nos envies, on s’est servies de nos expériences mais pas uniquement : lors de l’écriture, j’ai découvert des sujets que j’aurais bien aimé connaitre avant mon accouchement et ça m’a donné l’envie d‘en parler. On s’est basées aussi sur l’actualité…
Marine : Nos amies ont également été de vraies sources pour nous !
Marion : Nos mères, nos amies qui ont eu des enfants…ou pas ! Je pense notamment à un sketch qu’on a écrit sur l’éducation positive, un sujet d’actualité dont tout le monde parle. Typiquement, pour une femme qui n’a pas eu d’enfant et qui en a ras-le-bol de voir des gamins crier, elle peut se dire que la maman se fait marcher sur les pieds. On a donc eu pas mal d’inspirations différentes…
Quels principaux retours avez-vous pu avoir jusqu’à présent sur vos différents sketchs ?
Marine : Beaucoup de mamans nous disent que ça leur apprend des choses et que ça leur a donné envie d’aller plus loin pour creuser certains sujets. Elles se retrouvent beaucoup dans les situations…
Marion : Oui, on a énormément cela dans les commentaires : « c’est exactement ce que je vis », « merci d’avoir mis un mot sur ce que je vis ». Cela nous fait plaisir parce que c’est notre but premier ! C’est le plus beau compliment que l’on puisse nous faire. On ne voulait pas tomber dans un cliché de maternité mais évoquer des questions que les mamans se posent réellement.
Marine : Il y a une vraie identification des mamans…
Marion : C’est sympa de se dire que des femmes ont appris des choses ! On a moins, par contre, de commentaires de papas. Pourtant il y a un homme qui nous suit sur Youtube, qui nous a trouvées par hasard et, à chaque fois, il met des commentaires hyper sympas. Je ne sais pas s’il est papa mais comme quoi, ça peut aussi parler aux hommes !
Marine : On aborde beaucoup de sujets féminins qui peuvent permettre aux papas de mieux comprendre ce que vivent leurs partenaires. On espère qu’ils auront une vraie prise de conscience sur la charge mentale. La maman vit un tel tsunami émotionnel, entre la chute des hormones, le post-partum et tout ce qu’elle doit gérer à la maison, en plus d’être à l’écoute de son bébé jour et nuit, qu’il y a de quoi se sentir épuisée et démunie… C’est important que les papas comprennent ce que l’on traverse. Si « Dis papa » peut permettre cette prise de conscience, c’est super. Après l’idée est aussi de leur donner des conseils et qu’ils se sentent concernés. Par exemple dans le « Dunstan Baby Language », on parle d’une méthode pour décrypter les pleurs des bébés.
Marion : Beaucoup de sujets sont pour les deux. Même si on évoque principalement les mamans, ça permet aussi aux hommes de comprendre leurs femmes donc ça peut parler à tout le monde.
Quelle suite aimeriez-vous pouvoir donner à cette belle aventure ?
Marion : On aimerait bien continuer, évidemment et, pour cela, il faudrait qu’on ait de la visibilité…
Marine : Dans notre idéal, ce serait de traiter des sujets en lien avec l’évolution de nos enfants : on ne traverse pas forcément les mêmes problématiques selon l’âge de l’enfant donc les sujets sont infinis. Je trouve cela super ! A chaque étape de l’enfant, finalement, on a envie de faire un sketch ! On pourrait parler aussi, notamment, des difficultés d’éducation…
Marion : …Du couple également…
Marine : Du baby-clash… Qui était un sujet encore tabou, il y a peu de temps : quand on rentre à la maison, on pense que l’on va être dans une petite bulle d’amour et de bonheur absolu avec son bébé et son conjoint mais on bien loin d’imaginer le quotidien qui n’est pas tous les jours facile à vivre. Il y a tellement de couples qui partent à vau-l’eau parce que ce n’est pas facile de devenir parents. Il faut que chacun trouve sa place et prenne ses marques, c’est normal qu’il y ait du conflit.
Marion : J’avais lu un article, tous les couples vivent cette période, à plus ou moins forte intensité.
Marine : Mais le fait de le savoir et de l’identifier permet de faire prendre conscience qu’on n’est pas seul à vivre cette situation et que cette phase est même normale.
Marion : Cela incite à s’accrocher : quand on le sait, on peut anticiper des choses ! On est en train de partir en psychanalyse, là J….Pour en revenir à la question, on aimerait forcément faire une saison 2 sur les sujets que l’on n’a pas abordés. Ce serait l’objectif à court-terme. Pour plus tard encore, on se dit que l’on pourrait même inclure des hommes dans les sketchs ou en faire une pièce…En tout cas, on voudrait ne pas s’arrêter là !
Marine : Laisser la place et la parole aux papas serait génial aussi.
Marion : Je trouve qu’il y a plein de choses à faire. On pourrait même aborder le fait de porter un enfant avec une PMA ou encore la parentalité d’un couple homosexuel. Ce serait alors d’autres questionnements, différents des nôtres qui nous ont donné l’envie de développer cette mini-série.
En complément, quels sont vos autres projets et actualités, en cours et à venir ?
Marion : Je tourne à nouveau dans « Les mystères de l’amour », j’ai repris le chemin des plateaux il y a quelques jours, à la sortie de mon deuxième congé maternité. Je suis aussi en train d’écrire une pièce.
Marine : Je travaille, en ce moment, principalement en doublage. Une série sur Netflix va sortir dans très peu de temps, dans laquelle je prête ma voix à l’une des actrices principales. Par ailleurs, je travaille avec la compagnie « Les oiseaux de nuit » sur une pièce de théâtre forum sur la santé des femmes : « Perte de chances ». L’idée est justement de parler de la charge mentale, de la fausse couche, des maladies cardio-vasculaires, des règles, des violences médicales, pour faire de la prévention autour de la santé des femmes.
Merci à toutes les deux pour vos réponses !
La mini-série est visible sur le lien suivant :
https://www.youtube.com/@dispapacommentonfaitlesmamans/videos