Festival d'Avignon 2023 - Les gens heureux ne tombent pas amoureux : Interview croisée des trois comédiens de cette pièce à succès !

Publié le par Julian STOCKY

 

 

Bonjour Anaïs, bonjour Victoria et bonjour Yannick,

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

Vous êtes actuellement sur scène, dans le cadre du festival d’Avignon 2023, avec la pièce « Les gens heureux ne tombent pas amoureux », à 13h 35, à la Marelle des Teinturiers. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?

Yannick : Exactement ! C’est fou, le festival demande un tel investissement, financier pour moi en tant que producteur, physique également, ça demande aussi d’être coupé du monde pendant un mois. A chaque fois, à la fin, je me dis que je ne le referai plus l’année prochaine et, un mois avant, l’envie se réveille. En tout cas, c’est mon troisième cette année et je prends toujours autant de plaisir à le faire.

Anaïs : C’est quand même le plus grand festival de théâtre du monde et rien que cela, ce n’est pas rien. Le métier est très bien représenté pendant un mois dans cette bulle hors du temps et loin de chez nous, et cela nous permet de nous retrouver tous ensemble, chose que l’on n’arrive pas à faire à Paris, même à 3 stations de métro. Ici, à Avignon, tout le monde est ensemble, il y a un côté un peu magique qui, je pense, nous rappelle notre passion. Sentir cette motivation chez les autres est porteur et hyper beau !

Victoria : C’est la deuxième fois que je le fais, je suis ravie, j’adore, c’est particulier, c’est une bulle suspendue et folle, où on ne voit pas le temps passer.

Anaïs : Je ne sais pas si ça arrive dans beaucoup de métiers mais, pendant un mois, tout le monde est ensemble, 24 heures sur 24.

Victoria : Cela rappelle un peu les tournages de film où on se retrouve avec toute une équipe que l’on ne connait pas. D’un coup, ça crée une intimité sincère et rapide.

Avec vos mots, comment présenteriez-vous cette pièce ?

Anaïs : On pourrait dire que c’est une pièce délicieusement cruelle, qui nous fait passer par tout un tas d’émotions différentes. C’est un petit puzzle émotionnel, avec trois visions différentes de l’amour, au travers de nos trois personnages. Je pense qu’il y a de la place pour tous les spectateurs : chaque trait de caractère étant assez fixé, tout le monde peut y trouver son compte, soit dans le personnage, soit dans la vision de l’amour, soit dans encore autre chose, on ne sait pas.

Victoria : Oui, il y a un triangle amoureux, avec un côté un peu Almodovar, que Yannick adore. On est vraiment dans des émotions fortes et sincères, on passe rapidement du rire au drame.

Yannick : Le côté Almodovar que l’on évoque vient aussi, je pense, du traitement des rôles des femmes. Chaque personnage a une part de moi donc c’est peut-être mon côté féminin que j’ai mis dans chacun de ces deux rôlesJ. Quand j’écrivais, il y avait quelque chose d’important dans ces deux personnages, où aucune d’elle n’a tort. Dans la pièce, sans trop en dévoiler, il y a beaucoup de mensonges mais je pense que chacune est vraiment sincère dans sa manière d’appréhender l’histoire. Toutes les deux sont des femmes fortes. Typiquement, Elsa, qui peut paraitre très légère et dans l’amusement, arrive, en réalité, un peu à faire faire ce qu’elle veut à Théo.

Anaïs : Ce que j’aime beaucoup dans ces personnages, c’est que tout est fait avec amour. Même dans les scènes de dispute, tout part de ce sentiment, il n’y a rien de gratuit. C’est le propre des relations, l’amour est à la base.

Un mot peut-être, chacune et chacun, sur votre personnage et sur ses caractéristiques ?

Victoria : Mon personnage, Solange Brémont, est une femme forte, qui s’est construite toute seule et qui peut paraitre, au premier abord, assez carriériste. Elle a réussi dans son métier de journaliste et elle se rend peut-être compte, à un moment donné, qu’elle a fait passer son travail avant beaucoup de choses. Elle a eu la chance d’être soutenue et accompagnée par son mari, on parle souvent des femmes derrière les hommes, là c’est un homme qui est derrière la femme.

Elle peut paraitre un peu froide car, en tant que femme, c’est encore difficile de se construire dans certains métiers malheureusement toujours très représentés par des hommes. Sans doute que Solange s’est endurcie dans certains aspects de sa personnalité parce qu’elle a dû se forger une carapace dans son métier de journaliste.

Yannick : Théo est quelqu’un que j’aurais pu aimer dans ma vie, j’ai beaucoup de respect pour lui. Il ne me ressemble pas, peut-être sur son petit côté homme-enfant quand il interagit avec Elsa. En tout cas, je trouve qu’il a une humilité et qu’il arrive à pardonner rapidement.

Anaïs : Elsa, infirmière, est le personnage le plus léger de la pièce, elle est vraiment à fond dans son métier, elle fait les choses à 1000%, par amour de sa profession et des patients. En même temps, elle est quand même assez rock’n roll et impulsive, même insolente. Elle a un côté un peu ado rebelle, elle est parfois même dans les nuages, d’où les échanges très intéressants qu’elle a dans la pièce avec Solange, femme mature et bien ancrée.

Elle est complètement brouillonne dans sa folie mais elle est pleine de bienveillance et d’amour. Ce métier est incroyable, c’est un métier de vocation, de don de soi, elle est là pour les autres, elle se donne, elle s’oublie, je trouve cela très très beau. On le ressent beaucoup dans la relation entre Théo et elle, d’un patient avec son infirmière.

 

 

Quels principaux retours pouvez-vous avoir du public ?

Yannick : On a des très bons retours. Ce qui revient souvent, c’est que c’est surprenant. Peut-être parce que l’on est un peu en contre-programmation dans ce théâtre. On nous dit aussi que c’est une belle histoire, qui n’est pas facile à jouer – ce qui est vrai car on mélange deux styles. On démarre comme une comédie, ça pourrait même ressembler à un boulevard parfois parce que les portes claquent. Mais, en réalité, ça bascule à un moment donné, avec un tableau qui amène le public ailleurs.

Le texte revient beaucoup aussi dans les retours, j’ai des compliments sur le fait que c’est très bien écrit, ce qui me fait particulièrement plaisir. C’est une des pièces que j’ai mis le plus de temps à écrire, il y a des choses personnelles dedans et comme je ne voulais pas faire quelque chose de biographique, j’ai transformé à chaque fois le contenu. L’émotion ressort aussi…

Victoria : Oui, les gens nous remercient pour ce moment de vie, nous disant avoir l’impression d’avoir vécu quelque chose qui les a marqués.

Anaïs : Je trouve que c’est ce qui est encore plus beau dans les retours : les « bravo » sont super mais un « merci » est tellement plus fort ! C’est dingue à quel point un mot aussi court est un magnifique cadeau pour nous, encore plus quand les gens ont les yeux embués d’émotion. On se dit alors que l’on a réussi notre travail, que l’énergie mise au profit de l’écriture et de nos personnages a permis au public de vivre un moment privilégié avec cette histoire. Chez chacun, cela appuie à un endroit différent, on ne sait jamais lequel et c’est ce qui est beau ! De voir les gens bouleversés à la fin est dingue…

Victoria : Des gens se reconnaissent dans les personnages, des infirmières sont notamment allées saluer Anaïs…J’ai moi-même rencontré une vraie Solange Brémont, c’était incroyable ! Elle faisait quelques comparaisons notamment sur nos tailles, elle avait mémorisé toutes mes tenues, elle m’a même donné des conseils, elle s’était complètement projetée dans mon personnage. C’est drôle et magnifique !

Yannick : On parlait du traitement des personnages féminins mais ce qui me surprend, c’est que j’ai vu des hommes, même d’un certain âge, sortir en pleurant. J’ai l’impression que ça touche quelque chose chez eux et j’espère en tout cas que ça rapproche les gens qui s’aiment encore, que ça leur permet de discuter de certains sujets dont ils oublient de parler parce qu’ils sont ensemble depuis très longtemps.

Pour terminer, que peut-on vous souhaiter pour la suite du festival ?

Victoria : Que ça continue comme cela !

Anaïs : Que l’on continue à émouvoir les gens !

Yannick : D’avoir des salles pleines, d’avoir d’autres jolis retours ! On a eu de beaux commentaires nous disant que c’est la plus belle pièce vue cette année, on espère que ça va continuer et que l’on en aura encore plein comme cela.

Victoria : On a envie que cette pièce voyage…

Yannick : On nous a déjà proposé des dates de tournée, j’en suis très content !

Merci à tous les trois pour vos réponses !

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Publié dans Théâtre

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