Coline Mattel évoque son actualité télévisuelle ainsi qu'artistique, et en profite pour revenir sur sa carrière de sportive de haut niveau !

Publié le par Julian STOCKY

 

Bonjour Coline,

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

La saison de sports d’hiver a commencé il y a quelques semaines maintenant et nous pouvons vous retrouver régulièrement aux commentaires sur Eurosport. A titre personnel, on imagine sans doute le plaisir et la joie que cela doit être pour vous ?

Oui, c’est un vrai plaisir. C’est un boulot aussi, il faut bosser, il faut se préparer. Même si le travail de consultant est un travail d’analyse qui peut être fait dans l’instant, il faut quand même venir en sachant ce qui s’est passé précédemment, il faut étoffer un petit peu. J’essaie donc de préparer correctement chaque compétition avant d’y aller. Par contre, c’est un vrai plaisir à faire parce que, effectivement, c’est un sport que j’ai fait pendant 15 ans. Même quand je ne commente pas, j’essaie de regarder les compétitions. C’est toujours un vrai plaisir de retrouver des têtes que je connais, des filles avec qui j’ai fait de la compétition pendant 10 ans et qui sont devenues des vraies amies. Je suis les performances des unes et des autres. Le saut à ski est un sport magnifique donc si je peux le regarder et, en plus, discuter avec quelqu’un en direct, oui, c’est un vrai plaisir !

On note d’ailleurs une vraie complémentarité avec le commentateur à vos côtés…

Il y a deux rôles qui sont un peu définis. Le journaliste, dans l’absolu, est plutôt celui qui va meubler et qui va mettre l’énergie. Je trouve que le commentaire d’une compétition est hyper intéressant parce que c’est lui qui la rend vivante. On peut être passionné de sport et regarder sans le son mais ce moment joyeux qu’est une compétition est vraiment créé, à la télé, par les commentateurs. Donc c’est plutôt le journaliste qui amène cet entrain, cette dynamique. Dans l’absolu, le rôle du consultant est plutôt l’analyse, dans la vulgarisation, avec l’aspect technique. Quand, en plus, on se connait bien avec le journaliste, en fait c’est juste un échange, les deux ont des choses à dire pendant les moments de creux et les deux ont des choses à dire sur la technique. C’est super agréable de travailler avec les journalistes avec lesquels je bonne à Eurosport, ils sont tous très doués, ils font leur métier très très bien. Je me laisse porter et on se retrouve finalement à deux personnes passionnées de ce qu’elles regardent, qui en parlent. C’est intéressant quand on arrive au stade de la discussion, il y a toujours cette idée que l’on parle pour quelqu’un qui nous écoute mais, en fait, avant tout, c’est un échange entre les deux, avec le micro comme troisième personne, sans oublier le public. Oui, d’avoir vraiment cet échange permet d’équilibrer les deux rôles, c’est plus un ping-pong. Les deux vont de pair.

 

 

Quand vous commentez des sportifs français, arrivez-vous à procéder de la même façon que pour des athlètes étrangers que vous connaitriez peut-être moins ?

Les deux choses ne sont pas incompatibles, on peut être supporter et éventuellement un peu plus encourageant. On peut très bien glisser un « Allez untel » juste avant son saut, sans pour autant perdre la capacité de faire une analyse correcte et de dire, le cas échéant, que c’est un mauvais saut. Ce n’est pas l’entrain que l’on va mettre avant le résultat qui enlève l’analyse technique que l’on pourrait faire d’un saut. Au contraire, c’est hyper enthousiasmant, à la télé, quand on voit des français gagner. Je suis pour la beauté du sport d’une manière générale et d’avoir l’opportunité de voir des français faire un bon résultat et de le voir arriver donne des moments incroyables.

Les françaises ont plutôt bien commencé la saison, l’une a fait un top 15 et un top 10, l’autre deux top 20. C’est un beau début de saison, qui promet de belles choses. Il leur reste un mois de préparation avant la compétition suivante. Elles sont vraiment à un bon niveau et on peut espérer des top 6 voire des podiums pour la saison, ce qui serait trop cool. De vraiment pouvoir s’enthousiasmer et de commenter en direct un podium français est quelque chose de chouette, ça fait un petit moment que ce n’est pas arrivé en saut en ski.

Vous évoquiez le lien que vous pouvez avoir encore avec certaines sportives. En profitez-vous, au moment de préparer une compétition, pour passer quelques coups de fil ?

Oui, complètement ! Quand j’ai l’occasion de le faire, j’appelle. C’est intéressant d’appeler autant les athlètes que, dès fois, le coach. Je connais aussi des entraineurs à l’étranger, je pense à mon ancien coach Fred, maintenant entraineur adjoint des hommes en Finlande, il est très axé sur la partie matériel, notamment il fait des combinaisons. Face à des règles très précises qui changent tous les ans, lui est capable de m’expliquer ce qui a changé dans la règle. Je vais aussi appeler le coach de l’équipe de France pour avoir un peu les infos sur quelle équipe a fait son stage de préparation à quel endroit. Je vais appeler les françaises pour savoir comment elles se sentent et pour avoir différentes choses à dire à différents moments. Une compétition de sauts à ski peut être très longue car très soumise aux intempéries. S’il se met à neiger ou à venter très fort au milieu de la compétition, en général on fait une pause. Donc, en direct, dès fois il faut meubler. Rappeler les nouvelles règles sur la longueur des skis ou la compensation du vent par exemple sont des choses intéressantes à amener dans ces moments-là de creux.

Parmi tous les commentaires que vous avez eus l’opportunité de faire jusqu’à présent, certains moments vous ont-ils particulièrement marquée ?

L’an dernier, j’ai eu l’occasion de commenter les JO, c’était magnifique. On essaie d’avoir toujours le même niveau d’enthousiasme quelle que soit la compétition, encore plus quand des athlètes ne sautent pas bien. Mais les JO sont quelque chose de magique, c’est tous les 4 ans, c’est la compétition ultime, c’est le graal et, du coup, ça crée ce truc en plus. Que l’on soit athlète ou pas…Beaucoup de gens qui ne regardent pas de sport à la télé le reste du temps se retrouvent à chialer en voyant des équipes qui ne sont même pas françaises gagner des médailles. Aux commentaires, c’est un moment hors du commun et je me suis effectivement retrouvée à lâcher ma petite larme en regardant la cérémonie de médailles à la fin. Cela me rappelle aussi des souvenirs mais quand même, c’est beau, c’est émouvant, c’est la magie du sport…

Il y a une compétition qui m’a vachement marquée, en plus de cela, c’est la compétition par équipe mixte aux JO d’hiver. C’était la première fois qu’il y avait cette épreuve aux JO, c’est top pour l’avancée du sport féminin. C’était une compétition atrocement difficile à commenter parce qu’il y avait plein de disqualifications, pour des soucis d’équipements non conformes. Ce sujet fait parler depuis un moment…la plupart des disqualifiés étaient des filles que je connais. On dit souvent que la règle, c’est la règle mais voir les pionnières de la discipline être disqualifiées a fait passer certaines à côté d’une médaille d’or qu’elles n’auront probablement jamais. Dommage, elles l’auraient méritée. Le moment était bizarre parce que l’on n’avait pas forcément toutes les infos en direct donc, en plus, on avait des messages par textos pour nous informer d’une disqualification. C’étaient des espèces de coups de massue les uns après les autres, tous hyper émouvants. C’est du sport, ce n’est pas la fin du monde mais de la voir en larmes en bas du tremplin était un moment assez fort. Je crois que je n’ai pas réussi à parler pendant plus de 10 minutes après certaines disqualifications, tellement c’est sorti de nulle part. En plus, aux JO, c’est dur, ça envoie une mauvaise image du sport féminin, alors que les garçons avaient des combinaisons toutes aussi grandes, voire plus…C’était particulier, c’était un moment en direct où on était presque sans voix, sans savoir ce qui se passait et sans tout comprendre…

 

 

Vous parliez des souvenirs que cela vous rappelait. On peut penser que votre médaille olympique fait justement partie des moments les plus marquants de votre carrière ?

Oui, un des moments les plus marquants et aussi le plus récent. C’est le dernier gros résultat que j’ai fait, c’est celui qui est le plus frais dans ma tête et celui dont j’ai beaucoup reparlé, ce qui rend forcément le souvenir encore plus vivant. Mais, oui, oui, les JO de Sotchi étaient fous parce que c’est énormément de travail. J’ai eu d’autres moments comme ça où on travaille pendant des années, avant d’être récompensés à la fin mais là, c’étaient les JO, les premiers de l’histoire du saut féminin. C’était un des moments où j’ai fourni le plus d’efforts dans ma carrière, aussi parce qu’il y a eu une période où les résultats étaient un peu plus faciles, où j’avais plus confiance en moi. Avant cette période des JO, j’avais été un peu plus en difficultés la saison précédente et il y avait aussi ce truc de la confiance qui était moins là. Après, elle est revenue, je suis allée la chercher avant les Jeux mais ça a été un travail un peu plus long, avec quelques moments de doute. Du coup, ça rend la chose encore plus chouette je pense parce que, oui, il a ce truc de « je me suis vraiment battue pour aller chercher cette médaille ». Du coup, contrairement à d’autres moments, il y a absolument 0 déception. Même en regardant la liste des résultats et en constatant que je suis à 90 centimètres de la médaille d’or, pas de regret parce que je me suis battue pour y aller. Cela aurait pu être une autre, c’est passé à pas grand-chose. C’est la compétition d’une journée et je ressors de là sans aucun regret. Alors que j’ai pu en avoir sur d’autres très bons résultats que j’ai faits, où j’avais vraiment les moyens de faire mieux.

Sur ces Jeux, je pourrais avoir une petite aigreur mais pas du tout. Même 8 ans après, en re-regardant la compétition et me rendant vraiment compte de ce qui s’est passé, de qui a fait quelle faute, je ressors en me disant que j’ai une chance incroyable d’avoir pu vivre ce moment et d’avoir pu mettre en place ce qu’il fallait pour le vivre.

 

 

En complément, dans un autre registre, pour votre deuxième vie professionnelle, vous vous êtes orientée vers l’artistique…Vous avez notamment tourné récemment un court-métrage, qui est en montage…

C’est drôle parce que ce n’est même pas un tel tout autre registre que cela, pour deux choses. Déjà, le sport de haut niveau et le théâtre, dans l’absolu, fonctionnent tout à fait de la même manière. C’est beaucoup de travail en amont, on ne monte pas sur scène comme ça. L’apprentissage du texte est une chose mais travailler son rôle en est une autre. Et il y a un travail qui est autant technique que de corps, de voix. Donc je trouve que, comme au saut à ski, il y a tout un travail à faire en amont. Il y a aussi le moment où on monte sur scène comme on lâche la barre d’élan avant n’importe quelle compétition. Il y a ce truc un peu grisant de « on se jette dans le vide », qui pourrait être du trac avant de monter sur scène ou un petit peu de stress avant de faire un saut. En fait, on est parti et ça déroule parce qu’il y a ce travail en amont qui permet de faire en sorte que les choses soient fluides et qu’on ne soit plus que dans l’instant. Je pourrais le dire autant d’un bon saut que d’une interprétation d’une pièce sur scène. Donc je fais des liens vraiment forts entre les deux.

Ce court-métrage raconte l’histoire d’une jeune sauteuse à ski française. Donc je pense qu’il n’y avait pas 40 comédiennes qui auraient pu faire du saut à ski. Ce n’est pas du tout de mon initiative, on aurait pu penser que c’est moi qui l’ai écrit mais non. J’ai été contactée au printemps dernier par une réalisatrice française qui habite à Munich. Elle m’a appelée pour, dans un premier temps, discuter avec moi du saut à ski, de ma carrière et du sport. En fait, je comprends qu’elle écrit un film qui parle d’une sauteuse à ski. Au début, elle voulait simplement poser des questions pour que le scénario soit proche de la réalité. Elle voulait aussi y évoquer la professionnalisation du sport féminin ainsi que la problématique dans le sport de vivre via les sponsors, de se financer et de trouver des fonds en faisant de la publicité. Donc de la problématique de comment vivre de cette manière pour faire sa passion. Et puis, on a discuté aussi de théâtre et, assez rapidement, elle m’a envoyé le scénario et m’a proposé de passer des essais. On est finalement parties pour 8 jours de tournage en Allemagne, c’est un court-métrage d’une trentaine de minutes qui devrait faire tous les festivals. C’est un projet conséquent pour un film de fin d’études.

On était à Oberstdorf, en Allemagne, dans un endroit où je suis allée passer chaque été 10 jours de stage depuis que j’ai 12 ans. C’était la première fois que je jouais vraiment devant la caméra. Pour mon personnage, beaucoup de choses sont inspirées de mon expérience et, en même temps, c’est une fiction. En plus de cela, j’ai sauté pour le film, j’ai littéralement fait les deux choses de ma vie ensemble, sur un même projet, avec une super équipe. Oui, c’était une expérience de fou. C’était la meilleure connexion entre ces deux domaines, c’était une belle connexion des deux grandes parties de ma vie. Je n’ai pas encore vu les images mais, en tout cas, l’expérience était super chouette. C’est un joli projet, le message du film est beau et ça remet en question beaucoup de choses que j’ai vécues, sans que je ne puisse le faire alors. Le sport de haut niveau est très capitaliste, c’est le meilleur qui gagne le plus et le problème est que les grandes nations de saut à ski ont un maximum d’argent à investir et vont faire de meilleurs résultats que les petites nations. En même temps, quand tu es une petite nation, que tu n’as pas beaucoup de sponsors, tu n’as pas forcément beaucoup d’argent donc tu ne peux pas forcément te développer au-delà d’un certain stade. On parle de cela de manière générale et c’est marrant, c’est une opinion que j’avais au moment où je faisais du sport mais que l’on pouvait difficilement chambouler donc c’est aussi l’occasion de mettre le doigt sur quelque chose qui ne fonctionne pas très bien. En même temps, cela reste difficile de répondre à la question de comment faire autrement. Le film parle de cela, c’était intéressant de pouvoir aussi émettre ce questionnement. J’ai hâte du coup de voir le résultat !

Merci, Coline, pour toutes vos réponses !

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Publié dans Télévision, Théâtre

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