Ciel, ma belle-mère ! Rosalie Hamet évoque la pièce, de retour à l'affiche au théâtre Edgar
Bonjour Rosalie,
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Vous êtes actuellement à l’affiche, au théâtre Edgar, de la pièce « Ciel, ma belle-mère ! ». Dans le contexte sanitaire que l’on connait depuis dix-huit mois, on imagine sans doute le plaisir et la joie que ce doit être pour vous de retrouver le public et les planches ?
Oui, je crois même que le mot exact pour beaucoup est soulagement. Je parle aussi au nom de mes camarades, on l’a tous bien dit quand on s’est retrouvés, c’est vraiment un soulagement total de pouvoir retrouver le public, de pouvoir retrouver aussi le travail, de pouvoir se retrouver nous aussi. Je pense que ça nous a tous mis un petit coup au moral, évidemment, de ne pas pouvoir travailler, de ne pas pouvoir se sentir en activité. On attendait cette reprise avec une impatience énorme. Je crois que c’est surtout une frustration de ne pas pouvoir partager des moments avec le public, au-delà de ne pas travailler, au-delà de ne pas donner à notre public. Parce que l’entière partie de notre travail est de les faire rire, de créer des émotions tous ensemble. C’est ce qui me donne le plus envie pour l’instant et c’est ce que je veux refaire absolument parce que c’est quand même magique. Le lien que l’on peut faire avec cent à cent trente personnes est merveilleux.
La pièce avait longtemps été à l’affiche à Paris puis en tournée. Pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore, comment la présenteriez-vous ? De quoi parle-t-elle ?
Pour la présenter de la manière la plus simple, c’est l’histoire d’un homme, Barillon, qui veut se marier avec Valentine, une très jeune femme que j’interprète et qui est la fille d’une mère un petit peu excentrique, qui n’a pas froid aux yeux, la veuve Jambart. Elle a eu deux premiers mariages dont elle s’est servie pour enseigner tout de l’amour à sa fille. Lors du mariage, l’employé de mairie, un peu bourré, va marquer le nom de la mère de Valentine à la place de celui de la fille. Et la mère va malheureusement signer, elle se retrouve donc mariée à son gendre …En plus, Valentine, sa fille, est amoureuse de Patrice, le jeune premier.
Là, le gros problème de la pièce se dévoile. Ma mère est mariée à mon mari, je suis heureuse parce que je peux retrouver Patrice mais attention, notre cher Jambart, que l’on pensait mort, disparu en mer, rentre vivant de ce naufrage. Donc ma pauvre petite maman se retrouve bigame, j’ai deux beaux-papas et j’ai enfin mon fiancé peut-être à portée de main. Seulement, évidemment, il va y avoir un petit peu de cafouillages pendant les redécouvertes de chacun…
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On peut donc qualifier cette pièce d’un Feydeau moderne ?
C’est parfait, c’est totalement ça, c’est vraiment tourné aux blagues d’aujourd’hui. On a toujours le Feydeau d’avant, on a toujours les répliques, on a toujours le mariage mais c’est une pièce complètement différente. Au début, elle comportait quatorze personnages, là on en a plus que sept, Emmanuelle Hamet la quand même bien écourtée…de trois heures, elle est passée à une heure et demie. Ce n’est que du rire ! On a modernisé les blagues pour qu’elles parlent à tous. A tout âge possible, on peut rire de cette pièce, c’est pas mal☺.
Vous l’avez dit, vous y interprétez le personnage de Valentine. Quelles sont justement ses principales caractéristiques ?
Je pense que c’est une femme qui a du caractère, elle le tient de sa mère, elle a appris à bon école à se servir des hommes et encore plus à se servir de ses proches. En fait, c’est une jeune femme qui veut se sortir d’une famille de fous, elle est réaliste, elle sait que sa famille est totalement folle, que sa mère part dans des délires bien à elle et Valentine sait, dès le début de la pièce, ce qu’elle veut : ne pas se marier avec Barillon mais avec l’amour de sa vie. Maintenant, comment y arriver ? Elle va trouver des subterfuges et c’est là où je la trouve très intelligente, c’est une fille qui est droite mais qui sait jouer du minaudage et de la féminité de la jeune femme de l’époque pour montrer que, finalement, elle prend les choses en main pour arriver à son objectif. D’ailleurs, elle y parvient avec pas mal de succès je trouve, elle a la facilité de se moquer un peu de tout le monde sans que personne ne s’en rende compte. Ce sont des personnages ancrés dans le Feydeau-rire, dans le burlesque, où on en rajoute un peu alors qu’elle est plus légère… mais elle arrive à mener la pièce en apportant aux spectateurs à chaque fois des péripéties et en s’en dépatouillant très facilement. Elle est assez jeune, à cette époque des choses étaient quand même interdites, comme le fait d’avoir un amant quand on était fiancée, alors qu’elle en a un. Elle va jusqu’à l’inviter le soir, quand ses parents sont au théâtre, dans l’appartement. Elle est téméraire, ce n’est pas une petite chose finalement, elle est forte.
Pendant les trois ans de représentation de la pièce à Paris, vous l’aviez vous-même vue à différentes reprises. Cela vous a-t-il aidé à l’interprétation de ce personnage ou les modifications apportées cette fois-ci vous aident-elles à donner une touche plus personnelle à votre jeu ?
Au début, quand j’ai découvert la pièce, j’avais la vision du jeu d’acteur de Nadège. Comme c’est indiqué dans le script, il lui fallait jouer quelqu’un d’assez ingénue qui se retrouve dans une famille toujours aussi folle et qui doit s’en dépatouiller. Mais notre différence d’âge a aussi fait que je ne pouvais pas du tout jouer une jeune ingénue parce que, face à un Barillon plutôt âgé comparativement à une jeune fille de vingt ans, cela aurait été peut-être un peu brusque pour le public. Donc, très naturellement est venu le caractère. On a compris dès le début que je devais me détacher du jeu de Nadège pour trouver une sorte de caractère. Par contre, j’ai repris les déplacements et certaines manières, notamment la gimmick du « Oh, oui ! », qui est géniale et qui fait rire beaucoup de personnes. Après, avec ça, j’ai fait une sorte de tableau dans ma tête pour essayer de trouver à Valentine quelque chose qui aille au-dessus de l’ingénue, plus dans le sérieux des différentes situations. Tout en gardant une ingénu, consciente de ce qu’elle est et donc de ce qu’elle peut faire. On est partis sur un autre chemin, même si j’avais une bonne base avec le jeu de Nadège qui m’a quand même beaucoup aidée. Ça m’a rassurée, pour ma première pièce!
Vous êtes sept comédiens et comédiennes sur scène, avec un mélange entre l’ancienne distribution et la nouvelle. Les répétitions ont sans doute été très studieuses mais très chaleureuses aussi ?
Totalement ! Je suis la petite dernière, après Stéphane et Emmanuel, qui ont eu déjà quelques représentations avant moi. Je connaissais certains comédiens mais j’en ai découverts d’autres, tous sont formidables, c’est génial. Dès le début, quand je suis arrivée, j’avais peur tout simplement, c’est normal et, en fait, ils m’ont de suite rassurée. On est tous entre camarades, il y a beaucoup de rires. C’est vraiment de la bonne entente, on s’amuse ensemble pour amuser les autres ! On a réussi à créer et faire évoluer la pièce à sept, c’était un réel travail de troupe. C’était magique !
Pour terminer, que peut-on vous souhaiter pour la suite de cette belle aventure ?
De la mener à bien, ce serait super et de pouvoir avoir un tremplin grâce à cela. C’est quand même le but, je ne suis qu’au début de mon parcours et j’ai envie de le continuer jusqu’à la fin, c’est une certitude. Je veux foncer, c’est le moment de trouver de nouveaux projets en même temps, de suivre son chemin.
Merci, Rosalie, pour toutes vos réponses !