Medi Sadoun évoque son actualité télévisuelle, pour France Télés : L'ami qui n'existait pas !

Publié le par Julian STOCKY

 

Bonjour Medi,

Quel plaisir d’effectuer ce nouvel entretien avec vous !

Vous êtes présent, ici, au Festival de la Fiction TV de La Rochelle pour présenter « L’ami qui n’existait pas ». Déjà, on imagine que, avec le contexte que l’on a connu, il doit y avoir beaucoup de joie de retrouver le public, en plus pour mettre en avant une nouveauté ?

Ah oui ! De toute façon, c’est grâce au public qu’on existe : pas de public, pas de film. Pas d’amour du public, pas d’envie de donner de l’amour. Quel que soit le rôle, de toute façon on le fait pour donner de l’émotion à un public potentiel, pour faire plaisir, pour faire connaitre des émotions que certains ne connaissent pas. C’est ça le vrai bonheur, quand les gens viennent nous voir pour nous dire « ton rôle était crédible, j’y crois ». Je fais toujours des choses qui me font vibrer, sinon je ne saurais pas les jouer et je serais obligé d’utiliser mon cerveau pour créer un personnage que je ne connais pas. Je ne veux pas mentir, je reste cohérent, je choisis les films que je fais, il m’est arrivé de refuser des films, même si je n’avais pas forcément de boulot derrière car ce n’était pas possible.

Donc, oui, c’est une grande joie, j’ai la chance que Nicolas m’ait proposé ce rôle-là, c’est un cadeau du ciel. Quand j’ai demandé qui allait interpréter Camille, qu’on m’a dit Audrey Dana, j’étais très heureux. J’adore la discrétion des acteurs car ils créent un mystère. Audrey, je l’ai vue simplement dans les films, pas plus donc c’était un mystère mais je savais que, en même temps, elle avait une profondeur et une spiritualité très fortes. Avant de la rencontrer, je savais que ça allait être énorme, je me suis mis un petit peu la pression mais cette pression est toujours humaine, ce n’est pas une pression à se demander si je vais réussir à résoudre l’équation qu’on va me donner, c’est une pression de savoir si je vais rencontrer l’humain comme j’imagine qu’il est. Et en fait, oui, j’ai eu du 100% humain avec Nicolas, j’ai eu du 100% humain avec Audrey, qui est d’une générosité extrême dans le jeu. Au moment où elle n’est plus à l’image, elle vous donne autant d’émotion et ça, c’est la plus grosse preuve d’amour d’un comédien, elle vous envoie les larmes alors qu’elle n’est pas à l’image. Elle a raison, c’est très subtil.

Nicolas, j’ai eu beaucoup de chance, c’est un réalisateur qui calme, on va dire, tous les autres. Dans le sens où vous oubliez qu’il est réalisateur, vous avez un copain, un ami, vous parlez des valeurs, on se rejoint là-dessus, voilà il n’y a même pas de direction, il vous fait confiance. Comme il ne vous dit rien, je me demandais si je l’avais bien fait ou pas et il me répondait oui, il veut vraiment éviter que l’on réfléchisse. Parce que, quand il y a une direction, eh ben on réfléchit et, du coup, l’instinct disparait. Lui laisse notre instinct, comme ça, se mettre en place, c’est magnifique.

Pour en revenir à votre personnage, qu’est-ce qui a vous attiré en lui ? Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de rejoindre cette aventure ?

La rigueur du métier de mon personnage, qui est commissaire de police. Qui arrive sur un sujet très très sensible, puisqu’il a une femme qui va traverser différents types d’émotions et c’est la frontière entre le devoir de policier et l’empathie. On est vraiment sur un fil entre l’empathie et l’envie de vouloir aider naturellement cette personne. Le métier de flic fait mettre un mur sur ces émotions-là pour pouvoir aller au bout de son projet, afin de savoir où est le vice. C’était toute la subtilité du jeu qu’Audrey m’a aidée à avoir tout à fait naturellement de par l’émotion qu’elle envoyait. Au début, elle m’annonce qu’elle cherche son enfant, je me dis que c’est probablement une fugue, ensuite je la vois avec des larmes, empathie naturelle et quand je me rends compte qu’il y a peut-être un enlèvement d’enfant, là, ça ne rigole plus, je pose des vraies questions et, quand je vois qu’elle a un passé psychiatrique, je me dis que l’on marche sur des œufs. C’est-à-dire que je ne peux plus être flic, je suis obligé d’être dans l’empathie et d’être assistante sociale. Pour savoir si elle va m’aider, si je veux avoir des informations, en allant dans son sens, en étant dans la douceur. Si je commence à lui rappeler que je suis flic, elle va se fermer et se barrer, elle va me mentir. Donc c’est vraiment aller dans ce sens-là.

Sauf que, à un moment donné, on ne peut pas aller dans le sens d’une personne qui a des problèmes psychologiques parce que vous devenez médecin ou assistante sociale. Je suis obligé, à un moment donné, de dire que je suis flic et que, maintenant, ça suffit, que l’on m’a assez mené en bateau. C’est là toute la difficulté ou pas d’échange qu’il y a et de travail à deux sur la vraie écoute.

 

 

Cette large palette de jeu doit être très plaisante pour vous, en tant que comédien ?

Oui, parce que, là, vraiment, on joue. Je n’ai jamais eu autant l’impression de jouer dans un film que dans celui-là. Parce qu’on n’est pas limité à un rythme d’une séquence, tant que l’émotion est là, on garde la caméra. D’ailleurs, le scénario le dit comme cela, ce n’est pas le texte qui fait la longueur du film, ce sont vraiment les émotions. C’est ça qui est magnifique, plaisant, on rentre vraiment dans l’histoire et, une fois que ça ne tourne plus, on est encore dans l’histoire, on pense à cette histoire, on pense à ce que l’on va faire demain car on tournait de manière chronologique. Là, c’était vraiment prenant, jouissif.

Une fois que l’on est apnée, quand on sort, on respire, on remet les niveaux à zéro. Quand on a une bulle et que l’on a à faire à quelqu’un qui pleure, on a besoin d’aller faire un footing avant de revenir pour retomber dedans. Comme un chirurgien quand il sort d’une opération, qui a besoin d’aller fumer ou de déconner. Ce n’est pas pour rire de la situation, c’est juste pour se recharger, pour reprendre de l’oxygène, afin de mieux repartir ensuite. Moi, c’est en déconnant un petit peu, en lâchant tout, avant de revenir car c’est une part de vérité qui est en nous.

Le retour du public à l’issue de la première projection a été très positif. On imagine que vous avez hâte de pouvoir le présenter au plus grand nombre ?

J’ai eu des retours très touchants, même de gens d’autres chaines. J’ai été très content de voir que les gens ont été bluffés, ça m’a profondément touché. Voilà, je prends, je ne sais pas quoi faire de tout cela. Pourtant, j’ai l’impression de n’avoir rien fait, j’ai simplement suivi Audrey qui m’envoyait des émotions et on a raconté une histoire à deux. On est contents et on a envie de repartir sur des projets humains comme celui-ci, en télé.

Merci, Medi, pour toutes vos réponses !

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Publié dans Télévision

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