Eurosport : Lesly Boitrelle évoque le Tour de France actuellement à l'antenne et les Jeux Olympiques à venir prochainement !
Bonjour Lesly,
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
On peut vous retrouver régulièrement à l’animation de l’émission d’Eurosport « Les Rois de la Pédale » pour le tour de France 2021. On imagine, à titre personnel, le plaisir et la joie de voir cet évènement se dérouler dans des conditions presque normales ?
Oui, c’est ça. Pour beaucoup, cette dernière année et demie a quand même été compliquée, ce n’est pas encore terminé, c’est sûr que ça fait plaisir de retravailler, ça fait plaisir de revoir du public au bord des routes, ça fait plaisir aussi de revoir un gamin qui vient de récupérer un bidon de Mathieu Van Der Poel et qui ne réalise pas trop. On ressent très clairement cette ferveur-là du public dans le Tour de France ou dans d’autres évènements sportifs. C’est sûr, de retrouver un semblant de vie normale fait bien sûr plaisir, sur le Tour de France mais pas uniquement, je pense aussi à l’Euro de foot. Ça fait quand même plaisir, c’est ça aussi le sport, de jouer devant du public, devant ses amis, devant sa famille. Cet engouement supplémentaire permet un 12è homme au foot par exemple. Le public et les supporters ont, en tout cas, un vrai impact sur les performances. Cette semaine, sur le Tour, dans le Mont Ventoux, on a vu Julian Alaphilippe caler comme jamais dans la deuxième ascension, c’était important alors pour lui d’être soutenu.
D’ailleurs, quel regard portez-vous sur cette première semaine et demie de course ?
C’est n’importe quoi, dans le bon sens du terme. Jamais on aurait pu prédire ce qui s’est passé pendant cette semaine et demie. On a Julian Alaphilippe qui va chercher le maillot lors de la première étape, lui le champion du monde français. Ensuite, on a Mathieu Van Der Poel, le petit fils de Raymond Poulidor, qui va chercher le maillot sur la deuxième. Puis on a le retour de Mark Cavendish, qui revient juste de nulle part, après une traversée du désert sur ces trois à quatre dernières années. En tout cas, aller chercher ces victoires est totalement improbable, étant donné qu’il n’était même pas censé être sur ce tour. C’est une blessure d’un coéquipier qui a incité l’équipe à le prendre, pour un dernier tour. Non seulement il est là mais il va en chercher une, il va en chercher deux, il va en chercher trois et il vient d’égaler le nombre de victoires d’Eddy Merckx.
A tout cela s’ajoute un Pogacar qui écrase tout sur son passage, c’en est même un peu déprimant. On se demande jusqu’où il va pouvoir aller, tellement il était facile sur le chrono, tellement il avale ses adversaires un par un. Vraiment, toutes les étapes ont eu leurs lots d’émotions et d’histoires. C’est ce que j’ai dit en plateau en riant, on va aux toilettes, on revient, il s’est passé dix trucsJ. C’est complètement hallucinant. A chaque jour son histoire. C’est une bien belle édition jusqu’à présent. En plus, j’ai de la chance parce que je suis en charge des grosses étapes de montagne à chaque fois avant les jours de repos. On se régale, j’ai 36 000 notes juste avant les débriefs, on arrive à s’y retrouver mais c’est vrai que c’est plutôt top jusqu’à présent. Pourvu que ça dure….
Le grand vainqueur est-il du coup déjà tout désigné ?
Il va falloir quand même s’accrocher pour aller chercher Pogacar, il semble tellement haut dessus et facile. On s’était dit que les principaux concurrents étaient les coureurs de la Jumbo Visma, sauf qu’ils ne sont plus que cinq. Primoz Roglic a déjà abandonné suite à une chute lors de la troisième étape. Le principal concurrent, slovène, est out. On a du mal à voir les Ineos se mettre en place, ils ont du mal en ce début de tour de France. Ils ont pourtant remporté les quatre dernières grandes courses du World Tour, le tour de Romandie, le Giro, le Critérium du Dauphiné et le tour de Suisse, sauf que, là, ils coincent sur ce caillou et quel caillou qu’est Pogacar. Point de vue suspense, quand on voit en plus les écarts au général, difficile de se dire que quelqu’un va pouvoir aller le chercher à la régulière. Sauf que tout peut se passer dans un tour de France, on l’a vu avec Primoz Roglic, il peut y avoir une chute notamment. Ce n’est pas terminé, trois semaines c’est très long, déjà arriver à finir le tour de France est, en soi, une belle performance, quand on voit les étapes et le nombre de coureurs qui arrivent hors délai parce que c’est hyper hyper compliqué. Donc, non, on n’est pas à l’abri que Pogacar ait un petit coup de moins de bien, qu’il ait une chute…il y a plein de choses qui peuvent se passer encore, ce n’est pas plié.
Côté français, à quoi peut-on s’attendre selon vous ?
C’est vrai que Julian vient d’être papa donc j’imagine qu’il a énormément de choses en tête aussi du côté de sa vie personnelle. C’était déjà superbe et, pour le coup, inattendu qu’il puisse se parer de jaune dès la première étape. Il a un peu coincé quand même cette semaine dans la deuxième montée du Mont Ventoux, c’était un peu trop compliqué pour lui.
Il y a David Gaudu, qui découvre aussi ce qu’est être leader sur le Tour, avec la Groupama FDJ. Il a été désigné leader suite au forfait de Thibaut Pinot, qui a toujours mal au dos. David a les cartes en main, il n’est pas très très bon en chrono malheureusement, il essaie à chaque fois de limiter la casse mais il est fort en montagne. Le fait est qu’il lui faut un bon train, des bons équipiers pour pouvoir performer en montagne, c’est peut-être là que le bât blesse par rapport à la Team Emirates qui est impériale dans ce domaine-là. Mais il est tombé malade cette semaine et a abandonné ses espoirs de bon classement général.
Je n’oublie pas Guillaume Martin qu’il faut suivre, avec la Cofidis. Pierre Latour faisait un gros début de tour et, là, il a un petit peu déçu lors de la grosse grosse étape dimanche dernier. Franck Bonnamour, pour le coup, est la bonne surprise de ce début de tour avec B&B Hotels, qui nous fait de sacrés numéros à chaque fois. Aurélien Paret Peintre est là aussi. On a de belles petites histoires avec nos français, que l’on suit attentivement. On a de beaux noms, pourquoi ne pas accrocher des Top 10.
Vous la passionnée de sport, quels souvenirs avez-vous du tour de France ?
Je pense que Chris Froome qui descend de son vélo et qui continue à pieds était quand même assez incroyable. C’était un moment qui restera gravé. J’avais couvert, en 2017, le tour sur place, forcément c’était une autre fatigue et une autre ambiance, avec tout le public qui nous entourait. J’en garderai un souvenir tout personnel parce que, cette année-là, ce n’était pas prévu mais j’ai appris que j’étais enceinte de mon premier enfant. Je ne comprenais pas pourquoi j’étais tout le temps malade, c’était Jérôme Pineau qui conduisait la voiture, je me disais que c’était un conducteur terribleJ. Lors du deuxième jour de repos, on était en plein milieu du Puy-en-Vêlais, j’étais faire un test et j’ai appris que j’étais enceinte. Je l’ai dit, ce n’était pas prévu mais c’était la belle surprise. Forcément, c’est une édition du tour qui restera gravée à vie. Tout le monde s’inquiétait pour moi, me disait que j’avais attrapé un virus, que ce n’était pas normal que je dorme tout le temps en voiture. Je les ai tous rassurés à Paris sur les Champs en leur disant que ce n’était pas un virus mais un petit bébé, ils étaient bien soulagés et moi-aussi pour le coup lorsque j’avais fait le test. Voilà, ça restera une image gravée personnellement.
Après, c’est vrai que la domination dans les sprints de Mark Cavendish, de Marcel Kittel aussi, qui est parti un peu trop tôt également, restera quelque chose aussi de gravé.
Pour en revenir à l’émission, comment décririez-vous « Les RP » ? Vous avez la chance, en plus, d’être entourée de consultants de renom, expérimentés du haut niveau…
C’est de la bonne humeur. On a de la chance d’être très très bien entourés, avec Monsieur Vélo, Guillaume Di Grazia qui connait toutes les anecdotes, qui connait tous les coureurs. Si j’ai une question sur la prononciation d’un coureur ou sur telle année du tour, c’est à lui que je demande. Après, on a Jacky Durand et Steve Chainel, qui ne sont pas les derniers pour rigoler. Ils sont professionnels mais ils ont aussi leur touche d’anecdotes, qu’ils nous distillent pendant leurs commentaires. Il y a des petits pics et des petits jeux entre eux, c’est assez marrant de retrouver cela, que ce soit aux commentaires ou en plateau. Donc, vraiment, on donne l’info mais dans la bonne humeur, c’est vraiment ça « Les Rois de la Pédale ». Il y a aussi Dadou, notre dessinateur, qui nous fait sourire tout au long des émissions avec ses caricatures. C’est aussi génial. Et Louis-Pierre Frileux, qui est tout le temps sur place, qui nous apporte toutes ses interviews et toutes les réactions. Il a vraiment un bon feeling avec les coureurs, ça commence à faire un bon moment qu’il va sur place. Il nous fait vivre aussi les coulisses du tour de France avec Florian Pigeon, via leur petite « Carte blanche ». Tout le monde se passionne pour le tour, c’est un des évènements sportifs les plus regardés dans le monde avec les Jeux Olympiques et la coupe du monde de foot. C’est vrai que, mise à part être sur le bord des routes, les gens sont très friands de ces coulisses et de ces anecdotes, que l’on parvient à leur donner et à leur montrer à l’image. L’ambiance des « RP », c’est vraiment ça, c’est de l’expertise. Jacky n’est pas n’importe qui, c’est le dernier français à avoir remporté le tour des Flandres, Steve a son expertise aussi parce qu’il est taillé dans le cyclo-cross. Des Van Der Poel, des Van Aert, ça parle et on voit que ça devient de plus en plus important pour le cyclisme sur route d’avoir cette touche-là aussi. L’alliance des deux plus le dictionnaire Guillaume Di Grazia et nos envoyés spéciaux font que c’est un beau mélange.
On se marre bien en plateau, on se marre bien à l’antenne. Vous n’êtes pas à l’abri d’entendre des anecdotes ou des chansons de Jacky Durand pendant qu’il commente. C’est arrivé quand on est passé du côté de Paimpol. Ce sont des moments sympas, on est en famille, on apprend toujours des choses sur le vélo et on rigole bien.
Vous êtes à l’antenne avant et après la course, ça permet un vrai lien et une vraie continuité pour les téléspectateurs.
Oui, c’est ça. Le matin, on aura fait un focus sur tel ou tel coureur, ou alors on se pose telle question sur le débat. Derrière, on a une partie de la réponse dans l’étape du jour et on y revient après la course. Ça permet le lien tout au long de la journée avec les gens.
Le matin, on a énormément d’interviews de Louis-Pierre sur place et, souvent, ces coureurs performent justement l’étape d’après. Il y a une part de chance aussi mais, quand même, on la provoque. On a les grands favoris mais également pas mal de français, qui se mettent derrière dans l’échappée, qui tentent des choses et c’est vraiment sympa. Le débrief coule de source, étant donné que l’on a transmis toutes les clés avant. En plus, les garçons restent aux commentaires de toute l’étape. Même s’il y a des publicités à la télévision, on peut regarder, sur le player, l’étape sans interruption. Donc ils sont vraiment en commentaires continus. Quand je les récupère après, ils viennent de s’enchainer trois à quatre heures de direct. La dernière fois, pour l’étape la plus longue, de 250 kilomètres, c’était pratiquement six heures, où ils ne bougent pas vraiment de leur cabine. C’est une vraie performance, entre l’émission du matin, l’étape en continu et le retour juste derrière en plateau pour terminer. Ensuite, post caméra, on leur demande leurs prévisions pour le lendemain et on prépare le conducteur. Ca fait de longues journées mais on est contents de bosser dans cette atmosphère un peu de famille. Derrière, on peut aller boire des verres, manger ensemble…la famille de Steve est venue le week-dernier. C’est vraiment une bonne équipe, tout le monde s’entend très bien. On travaille beaucoup mais on est content.
On peut raisonnablement penser que, pour vous, la diffusion de l’étape doit être intense et active pour préparer au mieux le débrief ?
Je prends une feuille blanche, je me mets en régie avec mon chef d’édition, on s’isole des moments de la course que l’on estime clés ou qui pourront nous servir pour le débrief, que ce soit une chute, une bordure, une échappée ou un autre évènement pendant la course. On prend des notes et, au fur et à mesure, on se dégage des angles, on essaie d’éditorialiser un maximum. Pour se dire de quoi l’on va parler en sortie. On sait, c’est une évidence, que le début de l’émission sera sur le vainqueur. Derrière, on va dérouler le maillot jaune puis tout ce qui a émaillé la course. Quand l’étape a fait 250 kilomètres, il m’a fallu deux pages blanches, tellement j’avais écrit de choses. Le tout, après, est de savoir s’y retrouver dans ses notes et de jongler avec Louis-Pierre qui est à l’arrivée et qui nous envoie les réactions. C’est le gros du travail.
En parallèle, sur quels programmes pourrons-nous vous retrouver pendant les Jeux Olympiques diffusés sur les antennes d’Eurosport ?
Déjà, ça fait plaisir de revenir sur les Jeux Olympiques. Ce seront mes deuxièmes JO. Il y a cinq ans, j’étais à Rio pour BFM TV et RMC. Je suis trop contente d’y participer à nouveau. Toutes les personnalités que j’avais rencontrées, notamment les médaillées, m’avaient toutes touchée, par leur sincérité et, surtout, par leur amour vrai pour leur sport, malgré les sacrifices faits au quotidien. C’est donc important de les mettre en valeur et en avant.
La chaine Eurosport 1 sera dédiée à toutes les stars internationales et à tous les gros évènements. Eurosport 2 sera quant à elle consacrée au parcours de Français et, de mon côté, j’accompagnerai les téléspectateurs du réveil jusqu’à la fin de la journée olympique sur cette chaîne. Je vais suivre les performances et les médailles de nos Français. Je pourrai me déplacer dans les différents lieux olympiques, de la piscine au dojo, en passant par le stade d’athlétisme. Voilà, je vais pouvoir bouger comme cela de lieu en lieu, là où, justement, il y aura des médailles qui se joueront pour nos Tricolores. On pourra avoir tous les médaillés soit en Skype, soit grâce à notre technologie du Cube, où chaque athlète pourra être à la fois à Tokyo et en plateau avec moi. Comme les Jeux sont vécus à domicile cette fois-ci, c’est vrai que c’est important de rapprocher les fans de leurs champions. On va pouvoir le faire grâce au Cube et grâce aux nombreux invités que je vais avoir. Avec la Covid, 24 heures après, les athlètes devront quitter Tokyo. Il n’y aura donc pas ce qu’il y a d’habitude au club France, avec la fête et les nombreuses personnes. Après avoir fini leurs épreuves, les athlètes devront vite rentrer en France. Le premier avion arrive ici vers 4h 30 du matin, il sera possible pour nous d’avoir les athlètes en plateau dès le matin, pour qu’ils nous racontent comment ils auront vécu tout cela. On imagine que l’expérience ne va pas être totale comme ça avait été le cas à Rio ou même à Londres, évidemment. Mais, voilà, ce côté décalage horaire ne va pas trop trop se faire sentirJ. Les finales de judo seront aux alentours de 11 heures / 11 heures 30, l’escrime vers 15 heures. Pour les sports collectifs, il y aura très peu de matchs des équipes de France qui se dérouleront la nuit. Pour la plupart, ils seront en fin de matinée ou en après-midi. Donc ça va, on ne sera pas trop touchés. Cela va nous permettre de garder un maximum de téléspectateurs.
On sera donc au cœur des Jeux grâce à la technologie du Cube. On touchera tout le monde, du fan super pointilleux à la personne qui veut juste passer un bon moment à regarder des performances incroyables. C’est vrai que l’on a vu, pendant cette longue période de Covid, la passion et l’impact qu’avait le sport sur notre quotidien. On a profondément besoin de toutes ces émotions véhiculées par le sport. On s’est rendus compte, pendant cette période, du pouvoir du sport de nous faire changer, de nous inspirer, de nous unir aussi. Les Jeux Olympiques, c’est tout ça ! Il est important que l’on soit derrière les athlètes et que l’on soit fiers d’eux. Je suis très fière de faire partie de l’aventure avec Eurosport et de véhiculer ces messages positifs autour des JO.
Merci, Lesly, pour toutes vos réponses !