beIN SPORTS : Tatiana Golovin évoque le tournoi de Wimbledon, actuellement à l'antenne !
Bonjour Tatiana,
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !
Nous sommes actuellement en plein cœur de la deuxième semaine de l’édition 2021 de Wimbledon. A titre personnel, on imagine sans doute la joie et le plaisir de voir le tournoi se dérouler « normalement », avec le retour du public ?
Bien sûr, ça fait une grande différence, déjà pour les joueurs, qui arrivent à jouer dans une ambiance. Mais aussi pour les fans et pour nous à la télé, où ça change absolument tout. On a, comme je l’ai dit, une atmosphère, une ambiance, on arrive aussi à avoir d’autres émotions de la part des joueurs lorsqu’ils arrivent à partager avec le public. Surtout, maintenant, sur cette fin de deuxième semaine, il y a carrément stade plein. Déjà, en première semaine, même à moitié de capacité, les organisateurs avaient essayé de mettre tous les spectateurs au plus proche du terrain, on sentait une superbe ambiance. On arrive donc petit à petit à voir la fin…Même si on a eu Johanna Konta qui a été enlevée du tournoi parce qu’elle avait été cas contact. Les restrictions sont encore très sérieuses mais on les respecte et on commence à voir le bout du tunnel…Avoir le public de retour change tout.
Selon vous, comment réagissent les joueurs au retour du public ? Une phase de réadaptation est-elle nécessaire ?
Je crois que c’est surtout au silence qu’ils n’arrivaient pas à s’habituer. C’est quelque chose que l’on expérimente normalement qu’à l’entrainement. Jouer devant un public, surtout en Grand Chelem, permet le soutien. C’est donc un retour à la normale qui s’accepte très facilement. Je crois que c’était l’inverse avant. A Rome, il y avait du monde mais lors des débuts de journée à Madrid, il n’y avait personne et on sentait que ça redevenait beaucoup plus difficile pour les joueurs. Cela fait partie aussi du tennis, on doit s’adapter à tout et je crois que c’était un autre élément auquel il fallait s’adapter. Je crois qu’ils étaient déjà tous très contents, malgré la pandémie et les malheurs qui se passaient dans le monde, de continuer finalement à jouer. Ils n’ont pas trop été impactés, au niveau de leur programmation, par cette pandémie.
Ce retour progressif vous permettra aussi peut-être, à moyen terme, de retourner dans les stades commenter les matchs pour retrouver cette atmosphère si particulière ?
Bien sûr ! A beIN SPORTS, on fait quand même beaucoup de choses en plateau. Personnellement, je ne commente pas beaucoup, je fais surtout les émissions et les fins de matchs. Mais c’est vrai que, normalement, pour Wimbledon, on allait sur place et c’était assez sympa. Après, j’ai trois enfants, je voyage déjà beaucoup, cela ne me dérange pas de rester un peu en place et de ne pas suivre le circuit tout au long de l’année, sinon autant y être et jouer soi-même. Mais bien sûr, sur Wimbledon, le fait de ne pas être sur place nous fait rater quand même cette expérience si unique. C’est encore plus spécial et extraordinaire sur un Grand Chelem.
Après une semaine et demie, quel regard portez-vous sur cette édition 2021 ?
On a eu beaucoup de surprises à Roland avec, à la fin, un tableau où l’on ne connaissait pas spécialement beaucoup les joueuses. J’ai trouvé ça assez compliqué pour les jeunes ou même les spectateurs qui ne suivent pas forcément le tennis tout au long de l’année. Arriver en demie d’un Grand Chelem et ne pas connaitre toutes les joueuses rend le partage plus compliqué. Alors que, là, finalement, je trouve que, sur ces demi-finales, on a quatre joueuses qui sont en super forme, qui jouent très bien. Le tableau féminin est même plus élevé, je pense, pour une fois que le tableau masculin. On se rend compte que lorsque Nadal, Murray ou Tsitsipas sont absents ou rapidement éliminés, finalement ça fait un creux. Heureusement que Federer était là, sinon Djokovic aurait été la seule personne forte dans le tableau de deuxième semaine.
Quels sont vos pronostics pour la fin de la compétition ?
J’ai été terrible pour les pronostics tout au long de la quinzaine, pratiquement toutes les joueuses et tous les joueurs que je voyais aller loin ont été éliminés. Il va falloir que je fasse attention à ce que je disJ. Je pense que, logiquement, Djokovic a vraiment tout pour continuer à écrire l’histoire. Ce qu’il fait est simplement extraordinaire, il a des ailes après sa victoire à Roland, il ne fait pas l’erreur de trop se réjouir, comme cela avait été le cas la dernière fois, pour sa première victoire à Roland où il avait eu un coup de moins bien ensuite. Là, au contraire, il surfe sur cette vague, il a fait une préparation avant Roland de fou, ça continue encore à payer. Une fois de plus, il a un tableau qui est complètement à sa portée, c’est quelqu’un qui, je pense, utilise toutes les opportunités, il sait très bien le faire, c’est pour ça qu’il est aussi rigoureux, aussi précieux, aussi sérieux, aussi discipliné sur tout ce qu’il approche. Pour moi, Djokovic est assez clairement le favori.
Chez les filles, je vois les quatre remporter le tournoi, tout simplement. Barty le mériterait, elle adore le gazon et aimerait bien que le tennis soit joué toute l’année sur cette surface. Rien de plus logique pour une numéro une mondiale. Elle fait une bonne année, même si elle a raté un peu sur terre battue, notamment à Roland avec une blessure. Sabalenka est aussi une des joueuses que l’on voit le plus jouer. Elle est numéro deux, elle peut battre n’importe qui si elle est dans un bon jour. Pliskova est sur le circuit depuis dix ans, cette ancienne numéro une mondiale n’a jamais remporté un Grand Chelem donc elle le mériterait aussi. Même si elle n’a peut-être pas aussi bien joué cette année, du coup je la vois peut-être moins aller en finale. Et Kerber a déjà soulevé le trophée à Wimbledon, elle a encore gagné un tournoi il y a quelques jours, on retrouve vraiment l’ancienne Kerber sur cette surface. Honnêtement, c’est très difficile. J’avais dit Muchova, je pensais que ça pouvait être une surprise, une autre tchèque qui arrive loin dans le tournoi. Je dirais Barty mais Seb Grosjean, qui a toujours raison, a dit Sabalenka J. On verra.
Pour ces derniers jours à l’antenne, dans quel cadre pourrons-nous vous retrouver ? On l’imagine, en avant et en après match, pour apporter votre regard d’ancienne joueuse ?
Oui, on regarde les matchs à Paris, Lionel et Fred sont sur place. On fait la présentation d’avant match et le debrief à la fin, comme ça s’est passé depuis le début du tournoi.
Lorsque vous regardez un match, entre deux interventions en plateau, avec quel œil le voyez-vous ? La passionnée de tennis ? L’ancienne joueuse pro ?
Quand je regarde les hommes, c’est complètement un regard de passionnée. Je regarde ça comme une fan. Quand les Big 4 jouaient, on avait des frissons à chaque fois que l’on arrivait en bout de tournoi. Ils étaient un peu mes idoles. Là, on arrive à avoir une nouvelle génération super intéressante aussi.
Pour les femmes, je regarde plus avec mon œil d’ancienne joueuse. Même si je n’ai pas joué contre la plupart des filles, j’en avais quand même affronté certaines donc je me projette. Quand j’ai recommencé en 2019, j’ai retrouvé les terrains, les entrainements, les sensations, le matériel. C’est vrai que, maintenant, ça me permet d’être encore plus présente et lucide sur ce qui se passe, et pas juste d’avoir des anciens souvenirs de quand je jouais.
Lorsque vous commentez en direct certaines rencontres, quelles sont vos préférences ? Proposer votre analyse entre les points ? Ou intervenir peut-être même pendant l’échange si le contexte le nécessite ?
De toute manière, on a un journaliste à côté qui peut vraiment donner les statistiques, le parcours de la joueuse, les informations particulières. Je pense que mon rôle est surtout d’analyser ce qui se passe. Peut-être aussi de donner mon point de vue par rapport à l’émotion, à la tension, à la nervosité. Pour expliquer pourquoi quelqu’un rate ou ne rate pas. Je parle aussi de la gestion du match. Surtout, j’interviens également sur des points assez précis liés à proprement parler au tennis, que l’on ne peut finalement connaitre que lorsque l’on a soi-même joué.
Au-delà de Wimbledon, sur quels autres futurs tournois pourrons-nous vous retrouver à l’antenne ?
Les années précédentes, on était plus ou moins sur tous les Masters. Là, avec la Covid et avec maintenant les nouvelles restrictions, j’ai essayé de tout regrouper sur cet été et je repars ensuite aux Etats-Unis. Donc je reviendrai peut-être une semaine, à la fin de l’année.
Merci, Tatiana, pour toutes vos réponses !