Les petits meurtres d’Agatha Christie 70’S : Interview croisée avec les trois comédiens principaux de la série de France 2 !
Bonjour Emilie, bonjour Chloé, bonjour Arthur,
Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous trois !
On pourra vous retrouver sur France 2, le vendredi 29 janvier prochain, dans « Les petits meurtres d’Agatha Christie 70’S ». On imagine votre joie de participer à cette belle aventure, dès son commencement ?
Emilie : Oui, oui, oui, c’est une joie, c’est un plaisir de rentrer dans cette équipe et même dans cette famille j’ai envie de dire, qui est menée d’une main de maitre, qui est chapotée par la maman Sophie Revil. C’est vraiment un univers joyeux et exigeant, c’est très agréable de travailler dans ces conditions-là.
Arthur : Oui, parce que c’est le départ d’une nouvelle version, dans des années qui sont très colorées et qui permettent quand même quelques fantaisies. Avec un personnage qui a beaucoup de caractère et qui est assez jouissif à jouer. C’est-à-dire que je peux être assez extraverti, il y a pas mal d’humour dans l’écriture de ce personnage et, en règle générale, dans les scénarios de la série. Donc, oui, c’est un grand plaisir.
Chloé : Ah oui, oui, oui, complètement ! Je suis très très contente de participer à cette aventure qui vit depuis plus de dix ans je crois et qui fonctionnait très très bien avec les anciens personnages. C’est une vraie aventure d’équipe en plus, il y a la déco, la mise en scène, les costumes, … c’est une vraie cohésion de groupe, ce qui est hyper intéressant car ce sont toujours les mêmes depuis longtemps.
Emilie, vous y interprétez le rôle d’Annie Gréco, qui arrive au commissariat de Lille pour en être justement la commissaire. Qui est-elle ? Quelles sont ses principales caractéristiques ?
Emilie : Annie est une femme droite, qui a fait des choix dans sa vie et qui a privilégié sa carrière. Parce que, à l’époque, il fallait faire des choix, ne pas être mariée, ne pas dépendre d’un homme, que ce soit d’un mari ou d’un père. Avec ses choix, elle se retrouve finalement très isolée, très seule, c’est peut-être une de ses failles et aussi une de ses forces. C’est une femme qui est autoritaire, qui tient sa barque, qui découvre aussi ce qu’est une femme de pouvoir face à des hommes qui n’ont pas l’habitude d’être dirigés par une patronne. Elle garde tous les attributs, tous les apparats de la féminité, qui peuvent être les talons, la jupe, le sac à main, le vernis à ongles, le brushing impeccable. On s’est amusés à dire qu’Annie Gréco était finalement la rencontre d’un sac à main et d’un holster.
Arthur, vous incarnez Max Beretta. Comment le présenter ?
Arthur : C’est un très bon inspecteur de police, qui a beaucoup de flair, c’est quelqu’un de loyal, qui adore son métier. Maintenant, c’est quelqu’un de très impulsif, quelqu’un qui est assez colérique et qui peut vite en venir en mains s’il sent qu’on lui manque de respect ou qu’on le prend pour plus idiot qu’il n’est. Je crois aussi que ce personnage cristallise tout ce que les hommes de cette époque peuvent penser des femmes, en tout cas c’est ce que la productrice et les scénaristes ont voulu faire. C’est l’homme macho des années 70 dans toute sa splendeur et qui, paradoxalement, est très sensible et très timide aussi face aux femmes.
Chloé, quant à vous, vous jouez Rose Bellecour. Qui est-elle ?
Chloé : Rose est psychologue, c’est sa vocation et elle vient d’une famille très très fortunée. Elle a peu de patients, elle a du mal à percer dans son métier. En parallèle, elle a une vraie envie d’émancipation, elle a envie aussi de sortir de cette famille, de faire ses preuves toute seule et elle a un peu également envie de prouver à ses parents puis à la commissaire et à l’inspecteur, ses capacités et son talent de psy. Il y a un peu de frustration derrière, elle qui n’est pas encore reconnue dans son travail. Petit à petit, dans les enquêtes qu’elle va mener avec ses deux acolytes, elle va montrer qu’elle a aussi des capacités de profileuse.
Avez-vous eu des sources particulières d’inspiration pour leurs interprétations ?
Emilie : Quand on est arrivés sur le projet, Arthur, Chloé et moi, Sophie Revil avait déjà forcément imaginé, avec les auteurs, nos personnages et, effectivement, ils avaient des inspirations de départ qu’ils nous ont de suite données. Pour Annie Gréco, ils voulaient une sorte de mélange entre Annie Girardot, Lino Ventura et Simone Signoret, de sacrées références. Le but n’est pas de leur ressembler ni de les imiter, c’est de s’inspirer d’eux, d’une sorte de force tranquille et droite que Lino Ventura pouvait dégager et aussi une sorte d’impertinence, de vivacité, de féminité que pouvaient avoir Annie Girardot et Simone Signoret. C’est vrai que ce sont de bons points de départ pour commencer à travailler.
En vrai, les personnages étaient vraiment très très bien écrits, très très bien dessinés. A tous les postes, c’est vraiment un travail d’équipe, aux costumes, au maquillage, à la coiffure, on travaille tous ensemble pour créer le personnage.
Arthur : Dès le départ, on avait des influences qui nous ont été données par Sophie, des modèles, des archétypes. Pour moi, c’était entre un Jean-Paul Belmondo et un Patrick Dewaere. Il se trouve qu’au moment de faire les lectures et de travailler les dialogues puis au moment des essayages de costumes, les choses se sont mises naturellement en place. A l’écriture déjà, on sent cette filiation avec ces deux acteurs, en tout cas ce qu’ils pouvaient représenter dans les années 70. C’est-à-dire Belmondo quelque chose de très joyeux, d’assez solaire et de très physique aussi et Dewaere quelque chose de plus sombre et de plus nerveux.
Chloé : Sophie Revil, quand elle m’a parlé de mon personnage, m’a évoqué Marlène Jobert et Audrey Hepburn. Mais c’était plus dans quelque chose de physique et de graphique, pas vraiment dans l’interprétation du personnage. Pour cette dernière, je ne me suis pas inspirée d’une actrice ou d’un autre personnage, j’ai joué avec moi-même. Dans les costumes et dans la coupe de cheveux particulièrement très années 70, dans la démarche, dans la façon de tenir, les inspirations de Sophie m’ont aidée pour pouvoir jouer.
Emilie, votre personnage est bien entouré. Pouvez-vous nous présenter ses camarades ?
Emilie : Très concrètement, on va demander à la commissaire de choisir un adjoint et, comme de par hasard, elle va décider de travailler avec un inspecteur qui est très bon mais qui lui aussi a été mis sur la sellette et qui lui aussi doit faire ses preuves. Max Beretta, pour ne pas le nommer, a des problèmes d’impulsivité et de violence, qu’Annie va essayer de canaliser. Elle va exiger de lui qu’il se soigne, en lui mettant dans les pattes une psychologue qu’elle rencontre par hasard sur une scène de crime, Rose Bellecour. Elle aussi, finalement, est assez isolée parce qu’elle veut devenir psychologue, qui est un métier encore très très peu connu. Elle est fille à papa, sa mère essaie désespérément de lui trouver un mari, ne croit pas une seule seconde que sa fille ne peut dépendre que d’elle-même et s’en sortir seule. Finalement, ces trois personnages qui sont assez seuls et qui ont tous des choses à prouver vont s’allier et faire équipe, ils vont être très solidaires et très loyaux les uns envers les autres, pour pouvoir résoudre des enquêtes.
Regardiez-vous les versions précédentes, dans les années 30 puis les années 60 ? Vous y êtes-vous replongés avant le tournage ? Ou avez-vous préféré rester neutres et prendre un peu de recul ?
Emilie : En fait, ce sont un peu les deux. Je connaissais moi-même la série, j’avais déjà regardé des épisodes sans même avoir l’idée qu’un jour, je ferai partie de ce projet. On a eu la gentillesse de m’offrir tous les coffrets, j’ai pu en regarder quelques-uns mais c’est vrai que, à un moment donné, il faut se mettre au boulot sur nous. On ne peut s’arrêter sur le passé, il faut bosser au présent. Donc, au bout d’un moment, je me suis concentrée sur nos scénarios. J’avais compris l’idée et, de toute façon, l’équipe était toujours là pour nous soutenir et nous rappeler l’esprit de la série, au cas où on s’en évaderait.
Arthur : J’ai la télé chez moi depuis assez peu de temps, du coup je n’avais pas beaucoup regardé cette série, j’en connaissais l’existence, j’avais déjà zappé chez mes parents ou des amis, j’en avais entendu beaucoup de bien par le public mais aussi dans le métier. Sophie Revil nous a proposé à Emilie, Chloé et moi d’avoir la possibilité de piocher dans les 37 épisodes réalisés entre la première et la deuxième saison. Du coup, j’en ai regardé quelques-uns pour me familiariser avec l’esprit visuel du programme. Sachant que l’esthétique qui va avec l’époque changerait puisque, là, nous passons des années 60 aux années 70. Outre ce changement, c’était surtout pour voir dans quelle famille je mets les pieds. C’était pour voir dans quelle chronologie je mets les pieds. C’est une vraie histoire, cette série a 12 ans, il y a beaucoup beaucoup de spectateurs qui suivent le programme de manière assidue, on le voit sur les réseaux sociaux, les gens ont peur que l’on change tout et que, finalement, on ait symboliquement tué des membres de leur famille. Sauf que c’est tout nouveau. Voilà, pour moi, c’était aussi pour bien voir ce qu’ils avaient fait, qui était de très bonne qualité. Je m’étais dit que si ce que je vois est bien, si ça me plait, il n’y a pas de raison pour que je n’aille pas dans cette même famille 10 ans plus tard avec une toute nouvelle ambiance.
Chloé : J’ai regardé et, en plus, j’avais joué dans l’épisode « Ding dingue dong » en saison 2 le rôle de la meurtrière. C’est vrai que, quand Sophie m’a dit que j’allais jouer en saison 3, elle m’a passé les dvd et je m’y suis remise, pas tant pour le jeu des acteurs mais surtout pour l’ambiance de la série. Aussi au niveau de l’image, pour voir ce que ça rendait, pour voir ce qui était vraiment montré au niveau des décors. Je voulais m’approprier une ambiance.
« La nuit qui n’en finit pas » sera le première épisode, en diffusion le 29 janvier prochain. Combien d’autres ont déjà été tournés ?
Emilie : Pour l’instant, on a réussi à en faire quatre en 2020, ce qui, comme le dit Anne Holmes, la patronne de la fiction à France Télévisions, est quand même un exploit vues les circonstances sanitaires. On est censé en faire quatre de 90 minutes par an.
En plus, c’est un programme qui s’adresse à tous les publics et non pas uniquement aux fans de la première époque ni seulement aux férus de l’écrivaine.
Emilie : Evidemment ! Ce sont de nouveaux personnages qui n’ont rien à voir avec les précédents, dans le sens où ce n’est pas une continuité. On n’est pas dans la continuité ni de l’époque ni des personnages. On retrouve l’esprit de la série, c’est-à-dire un esprit loufoque, décalé, drôle, léger, pétillant. Et, en même temps, l’esprit d’Agatha Christie, avec ses enquêtes bien ficelées, faites de rebondissements et de personnages un peu sombres où tout le monde peut être suspect.
Arthur : Vraiment, je prends mon pied en tant qu’acteur à jouer dans ces épisodes, je les trouve bien écrits, bien réalisés. Maintenant, j’adorerais que ça s’ouvre à un public complémentaire. Peut-être plus jeune, peut-être plus attiré par les années 70 que par, on va dire, le côté plus feutré et plus froid des années 60. On va voir…J’ai hâte déjà que la première diffusion ait lieu pour que l’on soit informés de l’envie et du désir qu’il peut y avoir sur cette troisième saison.
Chloé : C’est vrai que, même en saison 2 déjà, on n’était pas obligés de regarder dans l’ordre chronologique. Ce sont vraiment des films à part entière à chaque fois, c’est ce qui est intéressant. Ce sera pareil en saison 3, c’est assez chouette aussi pour cela.
Qu’avez-vous ressenti en visionnant à l’avance le premier épisode ?
Emilie : J’étais fière, franchement, de ce que l’on a fait. J’ai le trac, évidemment, de montrer cela aux gens. De toute manière, tout d’un coup, c’est fait, ça ne nous appartient plus, on ne peut plus rien faire, on est là à attendre de voir la réaction des gens, on est un peu impuissants. Mais voilà, on a fait ce que l’on avait à faire, je pense qu’on l’a bien fait, vraiment. On a le trac, on a hâte mais je pense que les gens ne seront pas déçus.
Arthur : Ce qui est sûr, c’est que quand on tourne un épisode comme cela qui, en plus, est aussi long qu’un film, il y a énormément d’aspects du scénario, de l’histoire que l’on n’imagine pas. Il y a pas mal de séquences où je ne suis pas à l’écran, je n’étais donc pas là et je les découvre. Je découvre aussi le point de vue de la caméra, avec la lumière qui est étalonnée, avec le son aussi. C’est à la fois un projet que l’on a l’impression de connaitre et une version de ce projet qu’on ne connait pas du tout. Ce qui est bien, c’est que ça monte en puissance. Là, le premier épisode va présenter les personnages, va permettre de présenter le nouveau contexte. C’est un peu une diffusion test. Nous espérons tous, moi le premier, que les gens s’attacheront aux personnages. Je crois qu’ils le feront. Vraiment, à la lecture des scénarios et via les retours que l’on a pu avoir jusqu’à présent, tout va dans le même sens, tout le monde a beaucoup aimé. En tout cas, le premier épisode m’a plu et j’ai envie qu’il plaise autant voire plus aux téléspectateurs.
Chloé : C’était très émouvant de voir pour la première fois le premier épisode. Quand on tourne, on ne le fait pas dans l’ordre chronologique, on imagine seulement le rendu, on peut regarder de temps en temps les rushs vite fait derrière le combo mais on ne sait pas ce que ça va rendre à la fin et, là, de voir vraiment le scénario, reçu trois mois avant, en images, c’est hyper jouissif, c’est hyper émouvant. Même par rapport à notre trio que l’on a formé très très vite et par rapport à la complicité que l’on avait sur le plateau, de la retrouver à l’image est hyper agréable. Le trac commence même à monter. On espère que ça va plaire. Ce serait chouette, oui.
Merci à tous pour vos réponses !