Yannis Baraban évoque sa belle et riche actualité théâtrale !

Publié le par Julian STOCKY

 

Bonjour Yannis,

Merci de nous accorder un peu de votre temps pour répondre à quelques questions.

Votre été théâtral a été très riche, avec plusieurs créations, au sens large du terme. Notamment en juillet dernier, au Festival d’Avignon, avec « Maux d’amour », pièce jouée au théâtre de la Luna. Quels souvenirs en gardez-vous ?

Ce fut très intense. Créer un spectacle, en Avignon, dans le OFF, est toujours très éprouvant. Car on est confronté au premier regard du public alors que ce dernier est très sollicité. Donc, forcément, il est beaucoup plus exigeant car il a des éléments de comparaison avec tous les autres spectacles. C’est un challenge !

Cette pièce est l’adaptation d’un film américain, « Tendre passion », qui a eu, dans les années 80, plusieurs Oscars. Une première adaptation sur scène avait eu lieu il y a deux ans, à Broadway et c’est à ce moment-là que Dominique Besnehard en avait parlé à Corinne Touzet.

Nous sommes cinq sur scène, dans un magnifique décor. La mise en scène est de la très talentueuse Johanna Boyé. Ce fut un travail passionnant. Le public et la critique nous ont bien accueillis, cela promet, je pense, un bel avenir à ce spectacle.

Justement, quels ont été les principaux retours des spectateurs ?

C’est une vraie comédie dramatique comme on n’en fait plus, qui mêle la comédie poussée jusqu’au burlesque à une comédie sentimentale, émotionnelle, familiale et bouleversante. Les personnages sont hauts en couleurs. Mon rôle est celui d’un astronaute qui a marché sur la lune et qui, maintenant, est à la retraite. Il passe son temps à présent à faire tout ce qu’il n’a pas pu faire pendant sa carrière de militaire. Il profite au maximum. C’est un personnage fabuleux, qui s’installe à côté de celui joué par Corinne Touzet, célibataire qui élève sa fille dans une relation un peu toxique, passionnelle et possessive.

On les suit pendant près de vingt ans, de relation, de connivence et d’évolution de leurs rapports, entre ce voisin très original, très fantasque et cette femme un peu installée et rigide. Leur relation amoureuse est très touchante.

 

 

Le public nous a dit se reconnaitre dans ces personnages, dans cette femme qui a fait sa vie, qui a eu ses enfants, qui cherche un nouvel amour alors que le temps passe. Aussi dans sa relation avec sa fille qui est sa seule amie et qu’elle couve jusqu’à l’étouffer. Elle qui veut s’émanciper. Aussi dans mon personnage, un quinqua haut en couleurs, qui va chercher les plaisirs là où il peut les trouver et qui est confronté lui aussi à l’âge qui passe. Bref, toute une galerie de personnages extrêmement bien écrits qui renvoie aux spectateurs, en miroir, ce qu’ils vivent, ce qu’ils sont et l’endroit où ils en sont de leur vie.

Comme toute création, on peut imaginer que, au fur et à mesure des dates, vous vous êtes senti de plus en plus à l’aise avec ce personnage et dans son interprétation ?

Oui, bien sûr ! Les conditions de jeu en Avignon sont assez folkloriques, le temps de montage et de démontage est très réduit, ce qui n’est pas le cas à Paris où on a un décor à priori fixe. Tout est très rapide, très vif et très intense. Il faut intégrer cela à son jeu, dans la préparation, dans son rapport au théâtre qui ne nous appartient pas. Il faut donc trouver des repères plus rapides et plus instinctifs. Pour autant, nous étions très en place techniquement, dès la première d’ailleurs. Il y avait plein de choses à intégrer mais nous nous sommes amusés dès le début.

Evidemment, tout cela s’est peaufiné au fur et à mesure, surtout pour mon personnage, qui est comique. Donc, forcément, pour les gags, pour le timing des répliques, j’avais besoin du public pour rendre la chose la meilleure possible. Lorsque l’on a commencé, on était bien et lorsque nous avons fini, nous étions encore mieux.

Quelle est la suite espérée pour ce spectacle ?

Une tournée est signée à partir de janvier 2021, avec beaucoup de dates partout en France. De nombreux diffuseurs et acheteurs sont venus, le spectacle leur a plu. Nous allons même aller à l’étranger, c’est formidable.

Si tout se passe bien, il est possible que nous reprenions le spectacle à la rentrée de la même année, dans une salle parisienne. Pour l’instant, rien n’est signé, rien n’est sûr mais cela fait partie des possibilités. On a bon espoir en tout cas.

En parallèle, en août dernier, vous avez participé à une autre aventure, avec la pièce « Partage de Midi », de Paul Claudel. Comment présenteriez-vous ce spectacle-ci ?

Paul Claudel est un auteur français contemporain, qui avait l’ambition de faire un théâtre qui se rapprocherait, en termes de style et de langage, de Shakespeare, dans son lyrisme. Il plaçait donc la barre très haute. Ses pièces étaient parfois très lyriques, parfois baroques, avec un texte ébouriffant.

Il était profondément chrétien et se posait toujours la question de la place de l’Homme par rapport à la foi. Ses pièces sont ainsi des situations assez quotidiennes, réalistes. En l’occurrence, cette pièce commence sur un bateau, où des français partent tenter leur chance en Chine. Un est diplomate, un autre est un aventurier business man que je joue, une est mariée et mère de trois enfants, qui retrouve par hasard le personnage de l’aventurier avec lequel elle avait eu une relation quelques années auparavant. Elle va tomber sous le charme cette fois ci du diplomate. Va se jouer entre ces quatre personnages un Vaudeville. Le texte est bouleversant parce que d’un lyrisme incroyable.

 

 

Au-delà des premières dates, d’autres représentations sont-elles déjà prévues ?

Cette pièce sera jouée à l’occasion de l’inauguration d’un nouveau théâtre à Paris, celui de la reine Clothilde, dans le VIIè arrondissement. On va ouvrir la programmation en octobre. C’est une belle aventure, être au début d’un théâtre est très passionnant.

Ces deux pièces s’étant jouées dans un intervalle proche, les répétitions respectives étaient assez rapprochées. Comment avez-vous réussi à jongler ?

J’arrive à cumuler les répétitions de théâtre et des tournages. Car la manière d’aborder le texte est totalement différente. Là, en l’occurrence, le texte de Paul Claudel est tellement complexe que j’ai travaillé en session intensive le personnage avant d’attaquer les répétitions de « Maux d’amour ». Je n’ai pas fait les deux choses en même temps.

Ainsi, cela s’est bien passé. Je n’aurais pas été capable d’avoir les deux dossiers ouverts en même temps dans mon logiciel. Car c’est quand même très pointu.

Pour terminer, si on se projette un peu plus loin, à l’horizon d’Avignon 2020, vous êtes déjà en préparation d’un autre spectacle, dans un registre bien différent, autours du personnage historique de Louis XVI.

C’est une pièce passionnante. Je travaille en relation avec l’auteur, Pascal Olive, qu’il a écrite en alexandrins. L’histoire est très originale, imaginons Louis XVI qui reçoit la visite d’un messager très étonnant qui vient lui annoncer tout ce qui va lui arriver. Notamment son destin tragique. Il vient lui laisser, comme preuve, un livre qui raconte toute son histoire.

 

 

Il a ainsi sous ses yeux son destin écrit et donc celui de la France. Lui, fort de ce savoir-là et de cette connaissance, va tout faire pour ne pas y passer, forcément. Il va inverser le destin. Du coup, tous les personnages que nous connaissons vont être vus mais ils n’auront pas eu la destinée que nous savons qu’ils ont. Nous verrons comment Louis XVI va essayer de devenir, peut-être, un meilleur roi qu’il n’a été. La pièce est intéressante, c’est un thriller. On est tout le temps tenu. C’est une mise en abime également, ça pose des questions. Si notre destin avait été tout autre, qui serions-nous aujourd’hui ? C’est un jeu de l’esprit intéressant, riche et original mais c’est aussi une comédie. C’est parfois très burlesque, la pièce ne se prend pas au sérieux, évidemment.

Ce fut un plaisir, Yannis, d’échanger avec vous !

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Publié dans Théâtre

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